‹ Dictionnaire général de la politiqueChapitre 507 sur 557 · X. RESSOURCES AGRICOLES, INDUSTRIELLES, COMMERCIALES · texte numérisé non relu

X. RESSOURCES AGRICOLES, INDUSTRIELLES, COMMERCIALES

De tout temps la richesse a été un élément essentiel de la puissance. Dans les rapports internationaux l'influence se mesure généralement par le nombre des baïonnettes, et les baïonnettes ne vivent que d'or. La victoire est donc aux gros sacs plutôt qu'aux gros bataillons. Aussi chaque nation parait-elle tendre à multiplier ses ressources budgétaires et demande au contribuable des sacrifices croissants. Il est heureux que le revenu des citoyens augmente également, et — à peu d'exceptions près — jusqu'à présent il n'est pas permis de soutenir péremptoirement que limpùt ait suivi une progression plus rapide que la production. Au fond, on n'a aucune connaissance certaine du rapport qui existe entre ce que le Trésor demande et ce que le contribuable peut donner; ce renseignement serait pourtant d'une importance majeure. De rares tentatives ont été faites, plus ou moins habilement, pour se procurer ce renseignement , mais toujours sans succès. II n'existe, sans doute, aucun moyen d'obtenir le chiffre exact du revenu de chaque particulier, mais on pourrait arriver à évaluer assez approximativement l'ensemble des productions d'un pays. A défaut d'un inventaire complet, nous devons nous contenter d'indications qui produiront une impression générale assez conforme à la réalité des faits. Avant d'avoir mesuré la hauteur du mont Blanc, on savait que sa masse imposante dépasse les autres cimes des Alpes; de même, si nous ne pouvons aligner que de rares chiffres précis, il ne nous sera pas moins facile de faire sentir que les ressources de la France sont immenses — quoique peut-être pas inépuisables.

Aijriculture. — La France, entend-on souvent dire , est un pays éminemment agricole. Nous croyons qu'on n'a pas (oujours bien pesé la portée de cette proposition. Généralement on s'en sert comme d'un argument pour demander des faveurs pour l'agriculture, pour la mettre au-dessus de l'industrie manufacturière et du commerce. Ce sont, il nous semble, des amis mal inspirés qui en agissent ainsi; ils ont oublié la fable de l'estomac et des membres qui fit une si grande impression sur ,1e peuple romain campé au mont Aventin. Toutes les branches du travail national, qu'elles produisent la matière première, qu'elles l'élaborent dans une manufacture ou qu'elles le transportent et le répartissent entre les consommateurs , toutes ces branches, disons-nous, sont égalcmeut né-

cessaires pour que l'arbre étende ses bienfaits sur tout le pays. Plus est solide l'équilibre entre l'agriculture , l'industrie et le commerce , plus le travail est fécond, plus aussi les richesses s'accroissent et le bien-être descend dans les masses. La prépondérance exclusive du commerce constituerait un édifice bâti sur le sable, la prépondérance des manufactures exposerait le pays à des commotions subites, peut-être à des catastrophes , la prépondérance de l'agriculture ralentirait les progrès de l'aisance. Tout le monde sait qu'un capital employé dans une exploitation rurale rapporte généralement moins que lorsqu'on le fait valoir dans le commerce ou dans l'industrie. Par conséquent, dire que la France est un pays éminemment agricole, c'est dire que c'est un pays pauvre. Affirmons plutôt que c'est une contrée parfaitement équilibrée , où une agriculture avancée donne la main à une industrie puissante, l'une et l'autre alimentant un commerce florissant.

Et nous n'exagérons point.

Oui, notre agriculture est avancée. Partout en France on connaît les procédés perfectionnés, il n'y a presque pas de canton où on ne les pratique, où l'on ne trouverait quelqu'un digne du prix d'honneur agricole , et si tous les cultivateurs n'ont pas adopté ces procédés, c'est que le progrès lui-même est soumis à des conditions de temps. Il faut d'abord qu'on ait économisé un capital avant de songer à l'employer en améliorations. Déjà, en parcourant la Flandre française, laLimagne, le Languedoc, la Beauce, la Lorraine, on trouve de grandes étendues compactes dont les habitants ne le cèdent ni en savoir, ni en succès à aucune autre contrée de l'Europe. La statistique ellemême est obligée * de signaler les progrès. Citons quelques-unes de ces données.

Commençons par les céréales. Ce n'est pas là le produit dont le cultivateur se loue le plus ; du moins, si on a eu tort de prétendre qu'on y perd toujours, les bénéfices sont-ils modérés. Nous commençons néanmoins par les céréales, parce qu'elles sont la base de notre nourriture, et parce que leur valeur totale est considérable. Or, que dit la statistique de cette culture? Qu'au commencement de ce siècle on consacrait environ i'/î millions d'hectares au froment, tandis que la culture s'étend actuellement sur 6 '/î millions , cet accroissement de 2 millions étant gagné sur le seigle d'une part, sur les terres en friche de l'autre. Ce n'est pas tout. La même superficie qui donnait autrefois 10 hectohtres en rend actuellement plus de 16, et remarquons-le bien , rendement avoué par le cultivateur en garde contre les exigences du fisc et des propriétaires. Aussi, lorsque les tableaux officiels accusent une production totale de 55 millions d'hectolitres vers 1820, de 75 millions vers ISiO, de 85 millions en 1851 et de 110 millions en 1861 , de 107 raillions en 1869 (en 1862, 116 millions, maximum

1. On sait que la plupart des cultivateurs atténuent le chiffre de leur production : les uns par crainte de l'impôt, les autres (fermiers) pour que leur fermage ue soit pas augmenté.

FRANCE

atteint), nous sommes en droit de soupçonner qu'à chacune de ces époques il y a eu une forte atténuation. Kous croyons qu'en fait on peut considérer ces chiffres comme indiquant Je produit net destiné à la consommation, non compris les quantités réservées pour la semence.

La production s'est-elle tenue au niveau de la population? La réponse est difTicile, car il ne faut pas vouloir résoudre une question aussi délicate, uniquement d'après les résultats de quelques opérations arithmétiques. Il parait, sans doute que, il y a cinquante ans, le sol de la France ne produisait que deux hectolitres de froment pour chacun de ses enfants, tandis qu'il leur en revient presque trois de nos jours ; mais quelle est la quantité de céréales inférieures que nos pères , et surtout nos grandspères, mélangeaient avec le froment? Habitués, comme nous le sommes, à une meilleure farine, pouvons-nous compter en récolter, année moyenne, de quoi satisfaire à nos besoins actuels ? Si nous consultons les tableaux des douanes, nous rencontrons parmi les quarante dernières années — à une ou deux près — autant de récoltes qui fournissent un excédant pour l'exportation, que de récoltes insuffisantes. Mais quand on fait la balance des quantités, il résulte un déficit définitif de plus de 35 millions d'hectolitres, presque un million par an , soit pour trois à quatre jours de pain.

Ce déficit ne nous effrayerait pas beaucoup. Mais que penser de Taugraentation constante des prix? L'hectolitre de froment a coûté

de 1820 à 1829 18^06=

La tendance ascensionnelle ne dure-t-elle pas depuis trop longtemps déjà pour qu'on puisse l'attribuer uniquement à raflluence de l'or, n'est-elle pas plutôt et dans une plus forte mesure le résultat du rapide accroissement de la consommation ? Si cette conjecture est fondée, nous pouvons en conclure que les prix deviendront de plus en plus rémunérateurs, et que l'agriculture, réaUsant des bénéfices croissants, consentira plus volontiers à faire les frais des améliorations nécessaires. Ce serait fort heureux, car les richesses se multiplieraient d'après une progression géométrique. D'un autre côté, on pourrait croire que l'insuffisance de nos récoltes peut nous constituer^ dans une certaine mesure, en dépendance d'autres contrées; mais ce serait là une erreur, car, malgré la disette, nous avons fait, en 1855 et 185G, la guerre à la Russie, et il s'en est fallu bien peu alors qu'on ne bombardât Odessa, l'un de nos greniers d'abondance.

Le froment est la principale céréale, mais pour compléter nos approvisionnenenls, nous avons COG,000 heclarcs qui produisent au moins 9 millions d'hectolitres de méteil; 2,100,000

1. Dans cette période il y a eu plusieurs années d'abondance exceptionnelle.

hectares en seigle, donnant 23 à 24 millions d'hectolitres; 1,100,000 hectares en orge avec une production de plus de 20 millions dlieclolitres; 3 millions d'hectares d'avoine avec 70 millions d'hectolitres; de plus, 10 millions d'hectolitres de maïs, 8 millions de sarrasin, plus de 100 millions d'hectohtres de pommes de terre.

Somme toute, il reste encore beaucoup à faire pour que la culture des denrées agricoles soit constamment au niveau de nos besoins, et ce qui est fâcheux, mais inévitable, c'est que les exportations se font à un prix bien inférieur à l'importation; on a calculé que, depuis une quarantaine d'années, li dilTérence s'est élevée à environ 850 millions de francs à notre préjudice.

La vigne nous fournit une certaine coirpensation. C'est un de nos produits agricoles les plus précieux qui couvre environ 2,200,000 hectares. La quantité de vin récoltée varie beaucoup d'une année à l'autre ; mais lorsque l'oïdium — qui parait, d'ailleurs, vaincu par le soufrage — ne cause aucun dégât, on peut l'évaluer à plus de 60 millions d'hectolitres. Presque toute cette quantité est consommée dans le pays. De 1827 à 1836 on n'a exporté en moyenne que 1,181,000 hectolitres, valant 42 '/s millions; de 1837 à 1846, 1,348.000 hectolitres, pour 50 millions; de 1847 à 1856, 1,731,000 hectolitres, pour 109 millions; de 1857 à 1866, 2,159,000 liectoUtres, pour 218 millions.

L'élève du bétail constitue sans doute une grande industrie en France, et si l'on juge d'après les concours annuels, d'après les efforts faits par le gouvernement, les associations et les particuliers, on s'attendra peut-être à des progrès bien autrement rapides. Aous croyons que la lenteur relative de la multiplication tient au climat plus qu'aux hommes. Lorsqu'il faut produire les fourrages à grands frais, l'élève n'est plus profitable; n'avons-nous pas lu, imprimé sous la signature d'agronomes très-distingués, que le bétail est un mal nécessaire! On est revenu de ce jugement défavorable, par suite de circonstances qu'il n'entre pas dans notre cadre de raconter; néanmoins, il reste certain que Félève du bétail ne se fait avantageusement sur une grande échelle que dans les contrées où les prés naturels sont étendus et d'un produit abondant. L'engraissement peut se faire aussi dans le voisinage des fabriques de sucre et de quelques distilleries, et en fait, on ne se prive pas de cette ressource fourragère.

Or, la France ne brille pas par l'étendue de ses prés: en 18i2, elle n'en avait que 4,200,000 hectares; depuis lors, un million d'hectares a été ajouté; les documents officiels ne disent pas comment, probablement en améliorant des pâturages (prés non fauchables). 11 ne nous scini)lc pas qu'on ait transformé en prairies beaucoup de terres arables; d'ailleurs , on aurait plutôt multipUé les luzcrnières , les champs de sainfoin et de trèUc qui, de 1 '/s millions d'hectares en 1842, ne sont encore arrivés

FEANCE.

qu'à 2 '(î millions d'iiectares. Toutefois, nous crovons que ces chiffres sont restés au-dessous de la vérité. Il n'est pas nécessaire d'ajouter qu'outre le produit des prés nous disposons encore, pour la nourriture du bétail, de l'avoine et d'une partie de l'orge , de racines, de vesces, de choux cavaliers, de résidus des sucreries, etc.

Avec toutes ces ressources , on n'arrive guère qu'à nourrir (recensement de 1866) 3,312,637 chevaux (1812, 2,122,617; — 1850, 2,983,966), 518,000 ânes et ânesses; 350,000 mules et mulets, 12,733,000 bêtes à cornes (1866), dont 6,700.000 vaclies (6,682,000 bêtes à cornes en 1812;' 9,131,000 en 1829; 9,937,000 en 1839); 30,386,000 bêtes à laine (32 millions en 1829, 29 millions en 1839, 35 millions en 1852); enfin, 59 millions de porcs et 1,680,000 chèvres. Les nombres que nous venons de reproduire et qui sont probablement au-dessous de la vérité, n'indiquent qu'une partie des progrès réalisés, car, presque partout, des soins mieux entendus, des croisements intelligents, l'améhoration de l'alimentation ont augmenté sensiblement la taille et le poids des animaux.

Pour apprécier l'extension qu'un pays donne à relève du bétail , on évalue généralement le nombre d'animaux pour 100 hectares et par 1,000 habitants. N'y a-t-il pas quelque injustice a comparer de pareilles moyennes prises sur l'ensemble du territoire de France avec celles d'Angleterre ou de Hollande? Pour rendre ces rapprochements plus instructifs, on devrait se borner, ce nous semble, aux départements situés au nord de la Loire, contrée qui se trouve dans des conditions climatériques moins éloignées despaj'S habités par nos émules, parfois nos modèles. Si notre Midi est assez pauvre en bétail, il faut porter à son compte ses vins et ses huiles, ses soies, ses oranges, ses garances et divers autres produits qui, réunis, seroût peut-être considérés comme une parfaite compensation.

Tout en nous efforçant de rendre justice à tout le monde, nous 'devons reconnaîti'e qu'il y a encore de la marge au progrès, tant pour l'amélioration des procédés que pour les défrichements. Le territoire de la France se divise ainsi: terres arables, 48.3p. 100; vignes, 3.7; prairies naturelles, 9.7; pâtures et pâtis, landes, 17.8; forêts, 16.8; routes, rivières, etc., 3.7 p. 100. Mais tous les pâtures et pâtis ne sont pas susceptibles d'être mis en culture; gardonsnous bien de construire une utopie sur cette base. Les capitaux les plus considérables seraient impuissants. Il reste encore aux institutions de crédit (yoy.) bien des choses utiles à faire ; par exemple , à amortir une dette hypothécaire de 6 milliards (avec les dettes apparentes', 11 '/s milliards), somme qui ne constitue qu'une faible fraction de la valeur vénale

1. Le Code Napoléon distingue diverses catégories de dettes hypothécaires (art. 213i, 2135 et autres), dont, par exemple, celles du mari ou du tuteur ne constituent pas une dette proprement dite. Il est aussi des dettes éteintes par diverses causes pour lesquelles on attend que les dix aimées (durée de l'inscription non renouvelée, art. ai51) soient écoulées.

des immeubles (terre, maisons, usines), établie, en 1851 , officiellement à 83,744 millions (en 1821, à 39,514 millions), et l'on sait que les contribuables ne se rendent jamais coupables d'exagération dans leurs déclarations. On évalue actuellement les propriétés à au moins 150 milliards.

La propriété foncière , on le sait , est trèsdivisée; on comptait environ 10 millions de cotes foncières en 1815, 11 millions en 1840, plus de 12 millions en 1856, 13 milUons en 1858, 14 millions en 1865, de sorte que la division dénote même une tendance à s'accroître. Il s'opère sans doute des réunions de cotes, mais la séparation semble l'emporter. Toutefois , comme l'on possède souvent des terres dans plus d'une commune , bien des propriétés figurent à la fois dans les registres de plusieurs percepteurs. Le nonil)re exact des propriétaires n'est pas connu , mais un relevé commencé en 1862, a fait constater qu'il y avait 5,257,073 exploitations rurales, dont 3,799,759 étaient cultivées par leurs propriétaires. Un autre relevé a montré que parmi 10,000 agriculteurs, on trouve 3,518 propriétaires, 1,272 fermiers, 694 métayers, le reste étant journaliers ou domestiques. Les propriétaires dont il est question dans ce second relevé comprennent nonseulement les propriétaires d'exploitations entières , mais encore les possesseurs de simples parcelles de terre.

Le sol, on le sait, est très-inégalement réparti. On est assez près de la vérité en évaluant à 5 p. 100 la part de la grande propriété (non compris les forêts), à 19 ^j p. 100 celle de la moyenne, et à 74 '/s la part de la petite.

Industrie. — Après l'Angleterre, c'est la France qui est le pays le plus industriel. Elle n'a , sur le continent , de rivaux ou d'émulés qu'en Suisse , en Belgique , et dans quelques parties de l'Allemagne. Pour plusieurs produits importants, sa supériorité est hors de conteste; mais ses mines ne sont ni aussi nombreuses ni aussi abondantes que celles de quelquesuns de ses voisins. Cependant l'extraction de la houille va en croissant; en 1787, on n'eu avait tiré des mines situées en France que 2,150,000 quintaux métriques; quinze ans plus tard, on arriva à 8,441,000 quintaux, chiffre qu'onne dépassa guère jusqu'en 1815. En 1825, on atteignit 14,913,000 quintaux; en 1835, 25,064,000 quintaux; en 1844, 37,827,000 quintaux; en 1847, 51,532,000 quintaux. De 1848 à 1852, la production, que la révolution avait réduite à 40 millions, se releva jusqu'à 49 raillions; elle prit ensuite un essor rapide et atteignit, en 1857, 79 millions de quintaux; elle retomba, en 1858, à 66 millions, pour remonter à 80 millions de quintaux en 1800 et dépasser 90 millions en 1862 et même 132 millions en 1808. L'importation atteint 77 millions de quintaux, et la consommation plus de 200 millions (209 en 1868). 85,000 ouvriers sont occupés dans les mines de houille.

Bien que l'usage domestique de la houille se répande, c'est surtout dans l'industrie que son emploi prédomine. Il y a longtemps que les

FRANCE

forêts sont devenues insuffisantes pour alimenter nos usines, et on a dû appliquer des quantités croissantes de combustible minéral à la fabrication du fer. En 1789, les 202 hauts-fourneaux ont produit 655,495 quintaux de fonte en gueuse et 75,792 quintaux de fonte moulée, sans autre combustible que du charbon de bois. C'est vers 1819 que l'emploi de la houille commence (20,000 sur 1,125,000 quintaux de fonte); mais ce n'est qu'en 1852 que les deux modes de production en sont veiius à se balancer, 2,633,400 quintauxaubois, 2,593,000 à la houille ou au coke. De la production totale actuelle de la fonte : 12,353,000 quintaux (1868, dernière statistique), environ 1 '/» milhon de quintaux sont moulés et les autres sont affinés ou transformés en fer. Plus de Ys de ces opérations se font maintenant au charbon minéral. Les usines françaises font subir au fer toutes les élaborations nécessaires pour la consommation; ou rétire en barres (6,385,000 quintaux) et en fil de fer; on le lamine en tôle, dont une partie est étamée (fer-blanc); ou fabrique tous les instruments, outils et machines dont se sert un grand pays; on hvre aux chemins de fer des quantités considérables de rails (1,882,000 quintaux) — mais pas assez; — on produit les diverses sortes d'acier (991,721 quintaux en 1868); mais on n'est pas encore parvenu à satisfaire à tous les besoins du marché intérieur, puisqu'il entre encore de notables quantités de fonte , de fer et de rails. On n'exagère pas en évaluant le nombre actuel des ouvriers appartenant à l'industrie des fers à 180,000.

Les autres métaux ne jouent qu'un rôle secondaire parmi les productions françaises. On trouve 224,000 quintaux de cuivre, 4°2.500 kil. d'argent fin , 274,000 quintaux de plomb et d'autres minéraux moins importants, des quantités presque insigniDantes de zinc (29,000 quintaux) et d'étain. Mais la fabrication des produits chimiques est florissante et continue de croître. Ceci s'applique tant aux produits chimiques proprement dits , aux sels et acides de toutes les dénominations, qu'aux marchandises d'un usage plus général, telles que le sucre (voy. ce mot), les distilleries (voy. Spiritueux), le savon et quelques autres. Les teintureries et mémo les papeteries, les tanneries et autres en profitent.

Mais parmi les grandes industries, c'est-àdire parmi celles qui occupent de nombreux ouATiers et versent sur le marché des masses de marchandises , les manufactures de tissus prennent en France le premier rang. En 1851 , on y comptait officiellement 64,420 patrons, 431.380 ouvriers, 477,063 ouvrières, et ce chiffre était déjà alors bien au-dessous de la vérité, ou du moins en donnait-il une idée inexacte, en ce sens qu'on n'avait pas compris dans l'industrie textile une foule de professions secondaires qui en dépendent et la complètent'. Ainsi quand l'agent du dénombrement inscrit parmi les mécaniciens (ouvriers en métaux) l'ouvrier qui conduit la machine à vapeur d'une

1. La viUe de Paris et quelques autres, comme Elbeuf, avaient été omises.

lliature de cotou, il suit ses instructions à la lettre plutôt que dans leur esprit, et la lettre tue ici l'exactitude, car s'il arrive une crise cotonnière , ce mécanicien sera privé de son salaire comme la fileuse et la bobineuse.

Quelles sont les quantités produites? On ne possède en France que des données incomplètes sur ce point; mais on peut, en utihsant un certain nombre d"indicalions. évaluer les valeurs des produits de la manufacture de lin à 250 millions, du coton à 650 millions, de la laine à 950 miUions, de la soie à un milliard, les tissus mélangés à 330 millions, lorsque, bien entendu , ces manufactures sont en pleine activité. Les matières premières employées sont alors de 70 à 75 millions de kilogrammes de chanvre, de 60 millions de kilogni urnes de lin, de 80 millions de kilogrammes de coton', de 90 millions de Icilogrammes de laine (dont 60 milhons de laine indigène); enfin de 5 à 6 millions de kilogrammes de soie grége , dont 2 '/s à 3 millions de kilogrammes produits en France. Les tissus sont trop variés pour qu'il soit possible d'en faire une énumération complète et surtout d'indiquer les quantités produites.

11 ne serait pas juste de passer sous silence la bijouterie et l'orfèvrerie (32 à 35 millions de francs), les bijoux dorés (12 millions), les articles de Paris, les modes, les fleurs et tant d'industries qui, si elles ne travailleut que pour le luxe, maintiennent les traditions du goût dont la pureté est reconnue par toutes les nations civilisées.

Nous venons d'énoncer le caractère distinctif de l'industrie française, le goût. On se tromperait cependant en croyant que les manufactures françaises ne travailleut que pour le luxe; il faut faire deux parts de leurs produits : celle qui est destinée à la consommation intérieure doit satisfaire aussi bien aux besoins du pauvre que du riche; celle qui est destinée à Fexportation a plus particulièrement — mais non exclusivement — en vue les classes aisées. 11 en résulte que notre commerce extérieur est assez facilement affecté parles crises internationales qui ne se font sentir dans les transactions intérieures que si elles coïncident avec une mauvaise récolte.

Commerce. — Dans la plupart des pays, quand on parle statistique du commerce , on ne pense qu'au commerce extérieur. Cest du moius le seul sur lequel on possède des renseiguements chiffrés. Néanmoins le commerce intérieur est bien autrement important et considérable. C'est par ses innombrables canaux que les denrées et les produits arriveut jusqu'au consommateur, et le montant des transactions qui constituent ce mou vcment se compte par milliards. Mais personne n'a encore pu en ' déterminer le chifl're. Peut-être, faute de mieux, le mouvement des fonds de la banque

1. 12 miUions de kilogrammes en ISIG ; 13 miUions en 1817; 20 millions en 1820; 29 millions en 1830; 53 millions en 1840 ; 59 millions en 1850 ; S-l millions en 185G; 73 millions en 1857; 79 millions en 1858; 123 millions en ISGO et autant eu 18C1 ; 30 millions en 18C2 (crise); 132 millions en 18G9.

FRANCE

peut-il en donner une idée. On ne connaîtrait pas davantage le commerce extérieur, s'il n'y avait pas des droits de douanes, et encore!

En attendant, voici ce que les documents officiels nous apprennent sur le commerce français». Après avoir oscillé pendant plus de vingt ans entre 6 et 700 millions, la valeur de l'importation et de Texportation réunies atteignit, en 1827, 921 millions, le chiffre de 1787. On ne salua le milliard qu'en 1832. En 1841 on dépassa 1,560 millions, en 1851 deux milliards, en 1856 le troisième milliard (3,148 millions), en 1860 on dépassa le quatrième milliard; eu 1869, l'année avant la guerre avec l'Allemagne, on atteignit 6,228 millions. A l'exception des années 1828, 1830, 1837, 18 iO à 1848, 1861, 1862, 1867, 1868 et 1869, l'exportation a toujours excédé l'importation (jusqu'en 1869). Mais s'il est vrai que rien n'est plus brutal qu'un chiffre, ce qui apparemment veut dire que lorsqu'il parle , il force fout le monde à l'écouter, on peut dire aussi que rien n'est moins clair: il faut savoir interpréter le chiffre pour le comprendre , et c'est précisément la différence des interprétations qui fait trouver dans la statistique « des armes pour ou contre toutes les opinions ». Or, les fluctuations des rapports entre les importations et les exportations supportent des interprétations diverses; qu'il nous suffise de dire que les tableaux français comprennent les céréales, marchandise d'un mouvement extrêmement irrégulier , et qu'en revanche ils ne comprennent pas les métaux précieux, ni les monnaies, qui sont indiqués séparément et nullement en totalité; ![u'iis ne sauraient indiquer la circulation des lettres de change, ni les opérations des virements de compte; enfla que les valeurs ne sont pas tout à fait conformes à la réalité des choses, mais cependant d'une approximation suffisante.

Si maintenant nous réunissons les renseignements sur les marchandises avec ceux qui sont relatifs aux métaux précieux, nous obtenons le tableau qui suit pour les périodes quinquennales ci -après (nous donnons la moyenne annuelle en millions de Francs) :

Importations , commerce spécial.

Métaux .

Marchandises.

Exportations.

précieux.

Lorsqu'on ajoute les métaux précieux, les gros chiffres sont le plus souvent du côté de

1. Nous donnons lo commerce spécial, celui qui indique la consommation et l.a production françaises. Le commerce général renferme en outre les chiffres du trauiiit et de l'entrepôt. Le chiffre des marchandises qui entrent en franchise est le même pour le commerce général et le commerce spécial.

Page 1