Le chiffre de 1870 n'a pas pu être complété
l'exportation. A l'exception des années 1861 et 1863 l'importation des métaux précieux a toujours dépassé l'exportation. La somme totale des importations pour les quinze années 1855- 1869 a été de 10,141 millions, les exportations se sont élevées à 6,872 millions, de sorte qu'il est resté dans le pays pour 3,269 millions d'or et d'argent dans la seule période précitée. Même en ne considérant ces chiffres que comme approximatifs , ils sont assez remarquables pour faire réfléchir. Ils expliquent en partie que la France ait pu payer une rançon de 5 milliards. La France importe surtout des matières brutes : qu'on prenne , en effet , un tableau du commerce extérieur, on trouvera que sur les
63 marchandises énumérées , une dizaine seulement sont des produits fabriqués, et leur valeur totale n'atteint pas un demi pour cent de la totalité de l'importation.
Parmi les matières ou denrées importées , nous citons les suivantes, en nous servant de la moyenne annuelle prise sur la période 1857- 1866: céréales, 91 millions de francs; coton en laine, 238 millions; soie brute, 255 millions; laine en masse, 178 millions; sucre, 118 millions; bois communs, 125 millions; graines oléagineuses, 44 millions; houille, 107 millions; peaux brutes, 88 millions; cuivre, 39 millions; cendres et regrets dorfévres, 29 millions; café,
64 millions; bestiaux, 65 millions, et chevaux, lOmillions; indigo, 21 millions; lin, 46 millions, et chanvre, 8 millions; puis des métaux et des matières variées.
Passons au tableau des exportations. Nous ne pouvons pas compter ici le nombre des articles indiquant des matières premières, parce que la liste des réexportations, souvent de faibles quantités , est longue , et on sait à première inspection que , par exemple , l'indigo , la cochenille, le coton, etc., constituent une réexportation. Il sera aisé néanmoins de montrer que les produits fabriqués dominent à l'exportation. Sur une valeur totale qui s'élève à 2,430 millions, on pourrait distinguer cinq ou six marchandises manufacturées prenant à elles seules un milliard; on les trouvera parmi les suivantes: tissus de soie, 414 millions; tissus de laine, 241 millions; tabletterie, l38minions; tissus de coton, 75 millions; tissus de lin, 19 milUons; linge et habillement, S5 millions; peaux tannées et ouvrées, 128 millions; sucre raffiné, 58miUions; poteries, verres et cristaux, 35 millions; papiers, 36 millions; ouvrages eu métaux, 42 millions; parfumerie, 14 millions; orfèvreries, 18 millions. L'eau-de-vie est également un produit fabriqué, 62 millions. Enfin mentionnonsles modes et fleurs artiflcielles, 14 millions, et les savons de Marseille qui n'ont pu dépasser 6 à 7 millions. Nous passons sous silence une foule de marchandises dont plusieurs assez importantes.
La France exporte cependant plus de denrées agricoles, qu'elle n'introduit de produits fabriqués. Ses principales exportations de cette catégorie ont été en 1857-1866: vins, 219 millions; soies brutes, 69 millions; céréales, 89 millions; laines, 27 millions; beurre et fromage,
38 millions (en 1866, 72 millions); œufs, 12millions; garance, 12 millions; huile d'olive, 7 millions, etc. Encore plusieurs de ces produits ont-ils subi une élaboration comme l'huile, les céréales (exportées en partie sous forme de farines), les soies (grèges ou moulinées).
Indiquons les pays avec lesquels le commerce français est le plus actif (moyenne annuelle de la période 1857-1866, commerce spécial). Ce sont les suivants: Grande-Bretagne, 1,153 millions; Belgique, 406 millions; Italie, 390 millions; Allemagne, Zollverein (et villes hanséatiqucs), 361 millions; États-Unis (époque de guerre civile), 332 millions; Suisse, 202 millions; Espagne, 19'i millions; Russie, 104 millions; Turquie, 171 millions; Brésil, 138 millions; Indes anglaises, 85 millions; Rio delà Plata, 111 millions; Egypte, 70 millions; Pays- Bas, 56 millions. Mentionnons encore Cuba et Porto-Rico, 60 millions; le Pérou, 50 millions; le Chili, 33 millions; le Mexique, 30 millions; la Norwége, 37 millions; le Portugal, 22 millions ; 1 Autriche , 28 millions ; la Suède , 24 millions; la Grèce, 13 millions; le Danemark, 3 millions. Dans les chiffres qui précèdent l'exportation et l'importation ont été réunies. Il faudrait toute une série de tableaux , si nous voulions indiquer pour chaque contrée les rapports entre ces deux termes, qui varient nécessairement plus ou moins d'une année à l'autre.
11 importe seulement de faire remarquer, et nous revenons ainsi au caractère du commerce français, que sur les 6,280 millions, montant du commerce général^ de la France, 4,429 appartiennent au commerce maritime et 1,851 au commerce par terre. Et si nous distinguons l'importation de l'exportation, nous trouvons à l'entrée 1,98 i millions par mer et 1,003 millions par terre, et à la sortie 2.445 par mer. et 848 par terre, chiirrcs qui indiquent également que nous importons plus de matières brutes (encombrantes) que nous n'en exportons.
C'est ce caractère de notre commerce, c'est, en un mot, la nature de nos productions qui explique l'infériorité relative de notre marine marchande. Si nous avions les houilles et les fers anglais, les cotons américains, le café et le sucre du Brésil, nous aurions un encouragement à la navigation bien autrement puissant que toutes les primes et toutes les faveurs douanières. C'est là la vraie cause pour laquelle notre mouvement maritime n'est que de 4.500,000 tonneaux à l'entrée et 3,100,000 à la sortie, dont 2,700,000 à rentrée et 1,650,000 à la sortie, sous pavillon étranger.
Ajoutons, avant de finir, que notre cabotage {voy. ce mot) constitue un mouvement de 3 millions de tonneaux, et que l'effectif de la marine se compose de plus de 15.000 navires à voiles et à vapeur, jaugeant plus d'un million de tonneaux.
Progrès. — Si nous nous proposions simplement de dém.ontrer qi'e la France a fait des progrés, nous aurions à craindre d'être interrompu par le cri général de: La cause est en-
1. Les renseignements suivants n'existent pas pour le commerce spécial.
tendue. Que la civilisation ait marché depuis cinquante ou soixante ans , et surtout que le bien-être se soit répandu , l'aisance généralisée , et par suite les mœurs adoucies , ce sont là des choses que personne ne conteste. Mais il serait utile, au point de vue politique, de pouvoir mesurer au moins le progrés matériel réalisé depuis une série d'années. Des recherches de cette nature nous permettraient peutêtre de constater dans quelle mesure l'accroissement de nos richesses a compensé, par rapport à la puis.sance de la France, l'augmentation plus rapide de la population de beaucoup d'autres États; elles nous permettraient aussi de risquer quelques conjectures sur le revenu de la nation, renseignement qui serait d'une importance hors ligne, s'il était possible de le déterminer exactement.
Commençons par la propriété immobilière.
Elle a été l'objet de deux recensements , en 1821 et en 1851, et dont voici les résultats : La valeur vénale du sol , en y comprenant les maisons et les usines, était, en 1821, de 39,51 4,000,000 fr., en 1851 de83,744,000,000fr. Ce serait là un accroissement de 112 p. 100 en trente ans. Mais en réalité les progrés ont été plus considérables; on n'ignore pas la dépréciation que les propriétés avaient subie après la révolution de 1848, et si l'on avait estimé à 100 milliards la valeur des immeubles en 1847, ou serait resté au-dessous de la vérité. En 1873, le chiffre est bien plus fort. On sait qu'après 1852, lorsque la crainte du « Spectre rouge » s'est dissipée (quelle honte, d'avoir peur d'un spectre au dix-neuvième siècle), le prix des immeubles a commencé par revenir à son faux antérieur, qu'il a depuis considérablement dépassé, de sorte qu'en posant le chiffre de 120 milliards, nous restons au-dessous de la vérité, car beaucoup de personnes vont jusqu'à 150 milliards.
Pourquoi la valeur des immeubles a-t-elle augmenté ? En laissant de côté l'argument tiré de l'atriuence de For, il nous reste encore à signaler deux causes principales, les voici:
La première, c'est l'augmentation des revenus du sol et la hausse du loyer. Les revenus du sol ont augmenté par l'effet simultané de Faccroissement des produits et de Félévation des prix. Ainsi, pour ne citer qu'un exemple , de 1820 à 1829, le rendement moyen oscillait entre 1 1 et 12 hectolitres de froment par hectare, et le prix était de 18 fr. 06 c; de 1850 à 1859, le rendement est de 15 à 16 hectolitres, le prix de 21 fr. 71 c. Que la population ait marché plus vite que la production , que chaque individu ait accru sa consommation, ou que d'autres circonstances aient exercé leur influence, toujours est-il que dans la première période chaque hectare rapportait brut II '/sX 18.06, soit 207 fr. 69 c. , et dans la seconde 15 '/îX 2 1.71, soit 336 fr. 50 c.
La seconde cause de Faccroissement de la valeur du sol, c'est la multiplication des richesses mobilières. Beaucoup de personnes qui ont acquis une fortune dans les affaires aiment à jouir de la sécurité qu'offre un place-
FRANCE
ment en immeubles, de sorte que la demande s'accroît dans une rapide progression. Or , la concurrence des acheteurs influe bien plus fortement sur le prix des propriétés que la marche lente, mais certaine de l'augmentation de la production.
Oui, la demande s'accroît, ou du moins s'est accrue jusqu'à présent, dans une rapide progression. Il semblerait presque que Vensemble des fortunes privées dune nation suivit une autre loi que chacune de ces fortunes prise isolément. Tel petit industriel tire de son capital de 1,000 fr. 200 ou 300 p. 100' et davantage, tandis que le grand capitaliste se contente de 3 ou 4 p. 100. Mais si l'individu subit les conséquences de l'oflre et de la demande et voit diminuer le taux de l'intérêt à mesure que les capitaux se multiplient, une nation a une puissance industrielle d'autant plus intense que le taux de l'intérêt est plus bas. Ce fait suffit déjà pour justifier la proposition que la puissance industrielle d'une nation croit plus vile que ses capitaux, mais on peut ajouter qu'abstraction faite du taux de l'intérêt , la grandeur du capital a une vertu qui lui est propre. Ainsi si dans une manufacture roulant sur 500,000 fr. on réalise, sans machines, un bénéfice de 50,000 fr., si l'on parvient à doubler le capital, au heu d'un bénéfice double, c'est un profit quadruple qu'on obtiendra souvent. Les profils d'une nation s'élèvent à coiip sûr dans une progression plus rapide que le montant de ses capitaux.
Or, quel a été le chiffre des capitaux mobiliers à diverses époques? voilà une question qu'il faudrait pouvoir résoudre. Elle est plus compliquée qu'on ne pense. Par exemple, d'après quel principe faut-il déterminer le capital d'un établissement? 1° D'après les sommes employées pour le monter, ou 2° d'après sa valeur actuelle, basée sur ses produits. Quelques tentatives très-imparfaites ont été faites pour évaluer le montant des capitaux existants, les chiffres otTiciels pubhés jusqu'à ce jour sur ce point n'ont aucune valeur, puisqu'il faudrait en quintupler, peut-être même décupler le montant. Nous ne saurions suppléer à cette lacune, car il n'est pas donné à un seul homme de dresser d'une manière exacte un pareil inventaire; tout ce que nous pouvons faire, c'est de risquer quelques évaluations fondées sur un certain nombre d'indices qui ne sont que l'ombre de la vérité, mais qui en marquent assez bien les contours.
Voici quelques-uns des indices qui nous ont servi de guide et qui ont leur intérêt propre. (En millions de francs.)
Commerce (importation
et exportation) ... . 889 1,442 4,174 7,126 Rente , etc. (capital) . . 3,000 3,500 9,,900 19,500
1. Nons savons bien que dans les 2 on 3,000 fr. que le petit industriel gagne, le salaire, le profit et les intérêts sont confondus; mais ne sait-on pas à quel taux il emprunte souvent ses petits capitaux , et il lui reste pourtant quelque chose après avoir satisfait l'asurier.
Droits d'enregistrement
Chemins de fer
Banque. Escompte . . .
— Mouvementdes
caisses
Institutions de crédit. • Entreprises industrielles (considérables) . .
Caisses d'épargne (total des dépôts)
600 l,50oi
Chemins âe fer.
3,350,000 actions. Produit moyen , 40 fr. 134,000,000 19,240,000 obligations. Produit moyen,
15 fr. 25 cent 288,600,000
Sociétés diverses (Seine).
5,639,000 actions. Produit moyen , 20 fr. 112,780,000 5,401,000 obligations. Produit moyen ,
18 fr. 90 cent 102,629,000
Ville de Paris.
3,167,060 titres. Produit moyen, 13 fr.
60 cent.
Sociétés des départements.
512,016 actions à 16 fr. 60 cent 8,102,000
1,370,138 — à 32 fr 43.860,000
386,700 obligations à 18 fr. 50 cent. . . lO^lôljOOO
135,700 — à 22 fr. 70 cent. . . 3,080,000
39,201,614 titres.
Revenu.
A ces chiff"res nous pourrions ajouter le nombre des machines à vapeur (11,620 en 1855 et 31,094 en 1868), le tonnage des navires , les progrès réalisés par le cabotage malgré la concurrence des chemins de fer, et un certain nombre d'autres que nous supprimons pour abréger. De la combinaison de toutes les données que nous avons comparées , il nous semble qu'on peut faire l'évaluation suivante :
Le capital mobilier a été
en 1820, de 15.500 milliards.
Nous ferons remarquer que ce n'est pas sans hésitations et sans vérifications que nous avons écrit ce dernier chiffre, qui n'a d'autre valeur que d'avoir été calculé d'après les mêmes principes que les précédents et auxquels il peut donc être comparé. Nous devons seulement faire remarquer que dans les 1 7 '/s milliards auxquels on évalue la propriété bâtie sont compris plusieurs centaines de milhons. valeur des usines et manufactures et autres bâtiments que nous n'avons pu défalquer des chiffres cidessus. Enfin la valeur entière des chemins de fer a été rangée parmi les meubles. Nous avons tenu compte aussi des valeurs étrangères possédées par des Français.
Ressources et revenus individuels. — S'il est frès-diiricile de déterminer la valeur du capital national, il sera presque impossible, du moins pour un seul homme , d'arriver à une évaluation suffisamment approximative des revenus.
1. Ce chififre est basé en partie sur le tableau que nons allons donner et qui est emprunté au rapport sur le budget de 1873. Ce tableau indique la base de l'impôt de 3 p. 100 sur le revenu des valeurs mobilières.