‹ Dictionnaire général de la politiqueChapitre 545 sur 557 · VII. INSTRUCTION PUBLIQUE (ÉDUCATION · texte numérisé non relu

VII. INSTRUCTION PUBLIQUE (ÉDUCATION

Instruction pi-imaire^. — Des trois royaumes, l'Ecosse est le plus avancé pour l'éducation populaire. Dès le seizième siècle, les fondateurs de l'Église presbytérienne ordonnèrent à chaque paroisse d'entretenir une école sous la surveillance du pasteur, et cette obligation fut confirmée par deux lois de 1633 et de 1606 qui autorisèrent, en cas de besoin, les commissaires répartiteurs des impols à lever une taxe scolaire. Ces écoles presbytériennes adoucirent les mœurs sauvages du pays; elles formèrent des générations morales et éclairées qui fécondèrent un sol pauvre, et d'où les Anglais virent s'élever des rivaux et des maiires dans le génie civil, l'industrie et le commerce. Les subsides accordés par l'État depuis vingt ans ont encore contribué à développer cet enseignement: sur les 629,235 enfants de 5 à 13 ans, qui existaient en 1871, on en comptait 494.860, c'esl-à-dire 78.64 p. 100, inscrits dans les écoles soumises à l'inspection , et les fréquenlant plus ou moius régulièrement. Le nombre de ces écoles s'était élevé de 974 en 1855, à 1,933 en 1870, et le nombre des enfants présents lors des visites, de 85,142 à 2 19.4 il.

L'iilandc n'est sortie qu'au commencement du siècle de l'ignorance. où elle était plongée.

1. ro.v-.les documents parlcmeiit.iires sur la loi de 1870 et V Éducation du peuple, par M. de Laveleye.

GRANDE-BRETAGNE (INSTRUCTION PUBLIQUE)

Une association se donna pour mission de répandre l'instruction primaire en dehors de toute considération dogmatique et de tout esprit de secte. Attaquée parles fanatiques, cette œuvre obtint du pape Grégoire XVI une approbation non moins précieuse pour le succès de ses travaux que les subsides qu'elle recevait sur les fonds de l'État. Plus tard, le gouvernement organisa une administration spéciale qui donna à renseignement une plus vive impulsion. En 1830, ou comptait 789 écoles nationales et 107,042 enfants inscrits; en 1871, il y avait 6,9 1 i écoles, 1,021,700 enfants inscrits, et en moyenne 363,850 enfants présents dans les écoles chaque jour de l'année. Dans les écoles mixtes, les enfants se réparlissaicnt ainsi qu'il suit: 126,785 protestants avec 28.285 catholiques dans I,1C6 écoles dirigées par des instituteurs protestants; 15,397 protestants avec 12,119 catholiques dans 123 écoles dirigées conjointement par des protestants et par des catholiques; 26,863 protestants avec 364,3 i7 catholiques dans 2,659 écoles dirigées par des catholiques. Les catholiques formaient 80.98 p. 100, les presbytériens 10.98, les anglicans 7.36, et les autres communions 0.68. Les écoles non mixtes étaient fréquentées par 425,963 enfants, dont 27,795 protestants et 398.168 catholiques. On enseignait la musique vocale dans 697 écoles et le dessin dans 274. Il y avait 135 fermes-écoles annexées à des écoles primaires. Malheureusement, l'opinion du saint-siége a changé dans ces dernières années, et, en 1871, les prélats catholiques d'Irlande ont invité les fidèles de leur Église à réclamer de l'État un enseignement conforme au vœu de leur conscience.

L'Angleterre a été la dernière à se mettre en marche. En 1803, les enfants fréquentant les écoles étaient dans la proportion d'un par 1,712 habitants. Ce fait, révélé par une enquête, stimula le clergé et Tiniliative privée; en 1833, le nombre des écoliers s'élevait à 13 p. 100. Le Parlement, reconnaissant que sans l'aide de rÉIat le progrès serait trop lent, vota une somme de 20,000 liv. st. , dont le gouvernejuent confia l'emploi à deux sociétés établies pour propager l'instruction primaire. Ce n'était là qu'un expédient provisoire; en 1839, un ordre en conseil créa une administration spéciale [deparlment qf cducotioiiK sous la direction d'un comité du conseil privé. Aussitôt une adresse fut proposée dans chacune des deux chambres pour supplier la reine de renoncer à cette mesure ; au sentiment d'antipathie, qu'excite toute extension du pouvoir exécutif, s'ajoutaient les craintes jalouses de toutes les communions l'cligieuses pour la direction de leurs écoles. Dans la Chambre des communes, la proposition ne fut rejetéc qu'à la majorité de deux voix; dans la Chambre des lords, l'archcvôque de Cantorbéry se prononça énergiqucment contre la nouvelle Institution , et l'adresse fut votée à une grande majorité. Néanmoins, la reine maintint résolument son ordonnance.

Il restait à lever bien des obstacles. Les sub-

sides ne devant pas dépasser le montant des dons et souscriptions des habitants, les cantons où cette ressource faisait défaut se trouvaient dépoumis d'enseignement. Les parents usaient largement du droit qu'ils avaient de ne pas envoyer leurs enfants dans les écoles ouvertes pour eux. Les diverses communions religieuses ayant sous leur direction les écoles qu'elles avaient fondées, beaucoup de ces établissements ne renfermaient qu'un petit nombre d'élèves, de sorte que l'enseignement coiitait fort cher. Par le môme motif, l'accord manquait dans les programmes et l'élément religieux dominait à l'excès. On chercha patiemment le moyen de faire di?pa'*aître ces inconvénients sans troubler ni détruire les écoles établies, sans se priver des dons volontaires et sans irriter l'Église anglicane, qui comprend la grande majorité de la nation et l'emporte sur toutes les autres communions par la richesse et l'importance sociale. Tel fut l'objet de la loi rendue le 9 août 1870, pour l'Angleterre seulement.

Les communions religieuses, les municipalités, les particuliers, restent libres d'élablLî des écoles et de les gouverner comme bon leur semble; les écoles existantes restent telles qiie leurs fondateurs les c:;t établies; mais aucune école ne peut obtenir une subvention de l'État qu'aux conditions suivantes :

I" Aucun enfant ne doit être obligé de suivre ou de ne pas suivre une école du dimanche on l'exercice d'un culte, ou d'assister à des cérémonies ou des instructions religieuses dans l'école ou ailleurs, contrairement à la volonté de ses parents, ou de venir à l'école un jour réservé au culte dans la religion à laquelle appartiennent ses parents.

2° Aucune pratique ou instruction religieuse ne doit avoir lieu dans l'école qu'au commencement des classes ou à la fin, ou au commencement et à la fin. Les heures en sont marquées sur un tableau approuvé par le département de l'éducation et posé dans chaque salle dans un endroit apparent. Les parents sont libres de ne pas laisser leurs enfants assister à ces pratiques ou instructions.

3" Les inspecteurs du gouvernement doivent être admis à toute heure dans ces écoles; mais il leur est interdit de s'enquérir des pratiques ou instructions religieuses et d'interroger les élèves sur des sujets religieux.

La loi autorise d'ailleurs les administrateurs de toute école primaire à ne pas tenir compte des règles établies par les fondateurs , qui les empêcheraient de participer aux subventions de l'État.

Il est pourvu à l'insuffisance des écoles existantes par les moyens indiqués ci-après :

Le territoire de l'Angleterre et du pays de Galles est divisé en districts scolaires. Dans ceux où le département de l'éducation reconnaît que les besoins ne sont pas satisfaits, il détermine, dans un avis au public, le nombre, la dimension et les dispositions des écoles à créer. Pendant un mois après cette publication, une enquête peut être demandée par les intéressés, qui sont: 1» les contribuables des dis-

GRANDE-BRETAGNE (INSTRUCTION PUBLIQUE)

tricts, pourvu qu'ils soient au moins dix, ou, s'ils sont moins de dix, pourvu qu'ils soient portés sur le rôle de la taxe des pauvres pour une valeur du tiers au moins de la totalité de la valeur imposable du district ; 2° les administrateurs d'une école primaire du district. Le département fait procéder à l'enquête, en règle les frais et les met à la charge, soit du district, soit des réclamants.

Dans le délai d'un mois, après la première décision, s'il n'est pas fait d'enquête, ou après l'arrivée du rapport du commissaire enquêteur, le département de l'éducation prend une décision définitive, et les mesures qu'il déclare nécessaires doivent être exécutées par les intéressés dans un délai de six mois. Sinon, le département ordonne la formation d'un conseil scolaire, à qui il enjoint de pourvoir immédiatement à l'exécution de sa décision.

Les membres des conseils scolaires sont élus pour trois ans, par les bourgeois dans les bourgs , par les contribuables dans les paroisses autres que celles de Londres, par les électeurs municipaux dans la Cité, et par les électeurs des oestrics dans les autres divisions de la capitale. Chaque votant a un nombre de voix égal à celui des membres à élire, et peut donner toutes ses voix à un seul candidat ou les répartir entre plusieurs. Le département de l'éducation règle toutes les formalités de l'élection et détermine le nombre des membres, qui doit être de 5 à 15. Les dépenses sont payées sur le fonds des écoles du district. [Voy. ci-après.)

Le conseil nomme les instituteurs et les employés nécessaires; il ûxe leurs traitements et peut les révoquer.

Les fonctions des conseils sont gratuites; mais ils peuvent se servir des fonds qu'ils ont à leur disposition pour s'indemniser des dépenses ou dommages-intérêts auxquels ils seraient condamnés dans l'exercice de leurs fonctions. A Londres, les présidents peuvent recevoir un traitement fixé par chaque conseil d'accord avec le département de l'éducation.

Les conseils fixent de même la rétribution scolaire que chaque enfant est tenu de payer.

Si les parents d'un enfant sont trop pauvres pour payer la rétribution scolaire dans une école publique du district, le conseil peut la payer pour eux, de six mois en six mois, mais sans exiger que l'enfant suive une autre école que celle choisie par ses parents.

Dans le cas où le département de l'éducation reconnaît, sur la proposition d'un conseil, que les habitants d'une localité sont trop pauvres pour payer une rétribution scolaire, il autorise ce conseil à étabhr une école gratuite.

Les dépenses se payent sur un fonds composé des rétributions scolaires, des subventions de l'Elat, du produit des emprunts et de prélèvements sur les taxes locales. Lorsqu'il est nécessaire de recourir à cette dernière ressource, l'autorité chargée de la perception des taxes doit satisfaire aux réquisitions du conseil scolaire; sinon, le conseil est autorisé à lever lui-même la taxe nécessaire.

Le département de l'éducation peut ordonner, excepté à Londres, qu'un district scolaire contribuera à la création et à l'entretien d'écoles situées dans un ou plusieurs autres districts et fixer les parts contributives. Dans ce cas, les électeurs du district assujetti à la contribution sont appelés à élire un certain nombre de membres du conseil du district où est située l'école.

Les conseils scolaires de plusieurs districts peuvent, avec l'approbation du département de l'éducation, se concerter pour établir ensemble des écoles communes à ces districts. En outre, le département a le pouvoir de réunir plusieurs districts et de former un conseil scolaire pour cette réunion.

Si un conseil scolaire n'est pas élu à l'époque fixée, ou s'il cesse de fonctionner, le département de l'éducation peut faire procéder de nouveau à une élection ou nommer lui-même un conseil de 5 à 15 membres qu'il peut également révoquer. Ce conseil possède les mêmes pouvoirs qu'un conseil électif. Lorsque plus tard le département juge à propos de reformer un conseil électif, les membres qu'il a nommés sont remplacés par ceux qui sont élus, et peuvent l'être eux-mêmes.

Le département de l'éducation peut également, dans le cas où un conseil n'établit pas une école dans le délai d'un an après l'injonction qu'il a reçue, ou contrevient à la loi, ou néglige d'en exécuter les dispositions ou s'y refuse, le déclarer e?i défaut et le remplacer comme il est dit ci- dessus, ou, s'il le préfère, prononcer la dissolution et faire procéder à une élection. Mais il est tenu, dans ces différents cas, de rendre compte de ses décisions et de ses motifs dans le rapport annuel qu'il doit présenter au Parlement.

Les conseils scolaires sont autorisés à faire , avec l'approbation du département de l'éducation, des règlements ayant pour objet : 1° d'obliger les parents à envoyer à l'école les enfants âgés de plus de 5 ans et de moins de 13 ans, sauf les exceptions indiquées ci-après; 2" de fixer le temps que les enfants doivent passera l'école, sauf les restrictions indiquées ci-dessus concernant les pratiques ou instructions religieuses; 3° d'exonérer de la rétribution scolaire les parents hors d'état de la payer; 4» d'établir des peines en cas d'infraction à ces règlements.

Les enfants de 5 à 13 ans qui ont acquis l'instruction déclarée obligatoire dans le règlement qui les concerne, sont dispensés de suivre l'école. Sont également dispensés les enfants qui reçoivent l'instruction primaire d'une autre manière, ceux qui sont retenus par une maladie constatée ou par une cause de force majeure, et ceux qui demeurent aune trop grande distance de l'école.

Les règlements sont annoncés et déposés pendant un mois au siège du conseil scolaire, pour être conuniiniqués à tout coiilrii)uable. Puis ils sont soumis au contrôle du département de l'éducation et sanctionnés par un ordre en conseil. Aucune amende ne doit ex-

GRANDE-BRETAGNE (INSTRUCTION PUBLIQUE)

céder 5 sh. (6 fr. 25 c.) par contravention, y compris les frais.

Il ne peut être accordé à une école une subvention supérieure à son revenu annuel, à moins que la taxe locale ne puisse produire au moins 20 1. st. (500 fr.), ou 7 sh. G d. (9 fr. 35 c) par enfant; dans ce cas, la subvention est accrue eu proportion.

Il est alloué à toute école ouverte au moins 400 fois dans Tannée: 1° 6 sh. (7 fr. 50 c.) par élève suivant l'école pendant toute l'année , 2" 8 sh. (10 fr.) par élève de 4 à 7 ans présent le jour de l'examen, et pour chaque élève de plus de 7 ans, 4 sh. (5 fr.) s'il passe un bon examen pour la lecture, 4 sh. pour l'écritnre et 4 sh. pour l'arithmétique. Toute école ouverte le soir au moins 80 fois pendant l'année, peut obtenir: 1" 7 sh. 6 d. (9 fr. 35 c.) par élève présent au moins 50 fois; 2° pour chaque élève présent à l'examen, 2 sh. G d. (3 fr. 10 c), s'il passe un bon examen pour la lecture, 2 sh. 6 d. pour l'écriture et 2 sh. G d. pour l'arithmétique.

La subvention est réduite de 1 sh. par élève dans les écoles où l'ou n'enseigne pas la musique vocale. Elle est réduite d'un dixième au moins et de la moitié au plus, si l'instituteur manque à ses devoirs, ou si les administrateurs invités à faire des changements ou des réparations dans le local ne se conforment pas à cette invitation dans le délai de six mois , ou s'ils ne fournissent pas le matériel d'enseignement nécessaire.

Les instituteurs sont aidés par des adjoints et par ceux de leurs élèves qui montrent d'heureuses dispositions pour l'enseignement. Ces élèves-maitres reçoivent 10 1. st. (250 fr.) la première année, *et 20 1. st. après cinq ans. Dans les écoles de filles, les élèves-maîtresses reçoivent les deux tiers de ces sommes. Des récompenses en argent sont données en outre à ceux de ces élèves qui se distinguent. A la fin de leur noviciat, ils peuvent continuer leurs études dans les écoles normales, et là il est alloué pour les frais d'éducation 23 1. st. (575 f r.) aux garçons et 17 1. st. (425 fr.) aux filles. A leur sortie de l'école normale, ils reçoivent un diplôme, et il est remis aux hommes, pour leurs frais de premier établissement, une somme de 45 1. st. (1,125 fr.) , et aux femmes, une somme de 30 1. st. (750 fr.). Il y avait en 1870, dans les écoles d'Angleterre et d'Ecosse soumises à l'inspection, 14,960 instituteurs et institutrices munis du diplôme et 645 qui se préparaient pour l'obtenir. Les écoles normales au nombre de 45 renfermaient 2,600 élèves. En Irlande, on comptait en 1868, dans les écoles nationales, 6.171 instituteurs et institutrices et 2,449 adjoints ou adjointes.

Instruction secondaire. — Chacun des trois royaumes a son système propre, et c'est l'Ecosse qui obtient les meilleurs résultats. L'enseignement s'y donne dans des collèges communaux, dits burgh schools, et dans des écoles ou cours spéciaux pour l'industrie et le commerce. Les burgh schools sont régis par les municipalités; les études se divisent en diffé-

rents cours de lettres et de science qui se payent séparément et entre lesquels les parents peuvent faire leur choix. Mais le succès de ces établissements tient surtout à la sollicitude avec laquelle les parents suivent les progrès de leurs enfants. Une commission faisait observer que s'il en était de même en Angleterre, l'éducation y rencontrerait beaucoup moins d'obstacles.

L' Andersonian universittj, fondée à Glasgow en 1708 pour ics études scientifiques et servant principalement d'école préparatoire de médecine, reçoit le soir 700 à 800 élèves auxquels on enseigne l'écriture, les langues vivantes, la tenue des livres, les mathématiques élémentaires et la physique.

A Edimbourg, le Walt institution and school of arts, fondé en 1821 par Ilorner, enseigne la chimie, la physique, les mathématiques, les langues vivantes , le dessin et le modelage. La moitié des élèves sont des ouvriers. Des diplômes se délivrent à la suite d'examens.

On compte une vingtaine de mechanies instilutes qui ont mieux réussi qu'en Angleterre, parce que l'instruction primaire était jjIus répandue. Des cours de sciences s'y font le soir avec l'aide du département des sciences et des arts de South-Kensinglon (voy. ci-après). Des écoles de dessin ont été établies de même dans plusieurs villes; celle d'Edimbourg est parfaitement installée et est fréquentée par 1,800 élèves. Des cours faits le soir au musée de science et d'art étaient suivis en 1871 par 1,159 auditeurs.

Eu Irlande, l'instruction secondaire se donne, soit dans des collèges dépendant des universités et dont il sera parlé ci-après, soit dans des écoles fondées par des particuliers et qui soulèvent les mêmes critiques que celles d'Angleterre [voy. ci-après). On a l'intention de les réorganiser. 11 existe aussi des cours de sciences subventionnés par le département de Soulh- Kensington. On y comptait à Dublin, en 1871, 3,148 auditeurs.

L'Angleterre possède un grand nombre d'écoles publiques secondaires, toutes issues de l'initiative privée et pourvues de dotations plus ou moins riches. En première ligne figurent les grandes écoles d'Eton (800 élèves), de Harrow (520) et de Rugby (500), qui datent du seizième siècle et sont situées dans la campagne; d'autres moins nombreuses sont situées à Londres, à Winchester et à Shrevsbury. Il existait dans ces établissements des abus que lel'arleraent a fait cesser. De nouveaux administrateurs ont été institués cl ils ont dressé des statuts qui, après avoir été soumis au contrôle d'une commission , ont reçu la sanction de la reine en conseil. Les élèves d'Eton, d ilarrovv et de Uugby ne se réunissent à l'école que pour les classes et les exercices religieux ; ils vivent en famille chez les professeurs qui dirigent et surveillent leurs études. Les frais d'éducation vont ainsi jusqu'à 5,000 fr. par an; mais il y a des élèves boursiers. Le temps se partage entre les exercices du corps et les études. Ce sont les premiers élèves qui font l'oificc de

GKANDE-BKETAGNE (INSTRUCTION PUBLIQUE).

maîtres d'études; mais à côté de cette règle qui produit de bons effets, on voit les plus jeunes élèves soumis à des services de domesticité envers leurs aînés et souvent traités avec brutalité. Outre les prix consistant en médailles et en livres, on donne à de bons élèves des pensions de 30 à 100 1. st. pendant plusieurs années, à condition de poursuivre leurs études dans une université.

L'enseignement a été modiflé dans plusieurs grandes écoles fondées dans ces derniers temps: le grec est écarté, le latin réduit, et à la place on a introduit les sciences et les langues vivantes.

Une autre catégorie se compose de nombreuses écoles anciennement désignées sous le nom de grammar schools et destinées à enseigner gratuitement le grec elle latin. La plupart ne comptent pas moins de deux siècles d'existence, etla différence des temps, sanspar- 1er des caprices des fondateurs, rend leurs libéralités peu profitables. L'enseignement déterminé par les testaments ne convient plus à beaucoup de parents qui préfèrent pour leurs enfants des connaissances appropriées à la profession qu'ils doivent embrasser. Des dotations sont grevées de dons et de distributions de ciiarilé qui ont dégénéré en abus; des legs faits en faveur d'enfants nés dans tel endroit ou appartenant à telle famille restent souvent sans emploi ou proûlent à de mauvais éièves. Il y a des dotations insuffisantes pour rémunérer des maîtres capables. Les places sont à la disposition d'administrateurs qui obéissenttrop souvent à l'esprit de secte ou de parti. Le choix des maîtres est gêné par l'obligation d'appartenir à l'Église anglicane. Des administrateurs sont absents ou négligents; il faut d'ailleurs compter avec les maîtres qui ne peuvent être congédiés.

Ces faits signalés par une enquête ont déterminé le Parlement à intervenir. Une commission a été cbargée de dresser un plan de réorganisation et elle a proposé de procéder d'après les principes suivants: formation de comités d'administration élus par les chefs de famille pour un temps limité; l'instruction gratuite accordée seulement comme récompense du mérite; l'enseignement mis en rapport avec les besoins des localités; les traitements fixes des maîtres supprimés et remplacés par des rémunérations proportionnées aux résultats obtenus; le droit conféré aux administrateurs de nommer et de révoquer les maîtres; l'application au développement de l'enseignement, des charités abusives et des dotations inutiles; enfin l'établissement de pensions dans lesquelles seraient logés et nourris les élèves qui ne pourraient rentrer chez leurs parents dans l'intervalle des classes.

On cite avec éloge le collège de la cité de Londres fondé en 18il; le programme comprend les langues vivantes, lesmalliématiqnes, le grec, le latin et la nmsique vocale. A Manchester, le collège fondé en 1852 par M. Owen donne un enseignement littéraire et scientifique le jour et le soir. Le coflegiate institulion

de Liverpool offre trois cours d'études: le premier comprend les connaissances nécessaires pour entrer dans les universités; le second est moins littéraire et plus scientifique; dans le troisième, on apprend les langues vivantes, l'arithmétique, la tenue des Hvres et le dessin. Ces dernières connaissances sont en outre enseignées dans des cours du soir. A Londres, le collège de l'université et le collège du roi ont ouvert aussi le soir des cours qui compren-. nent depuis l'écriture et la tenue des livres jusqu'au latin, au grec et aux sciences matliômaliques.

Il existe encore des établissements privés où renseignement est surtout approprié à l'in-. dustrie et au commerce. Mais beaucoup de ces écoles où le prix est peu élevé ne sont guère qu'au niveau des écoles primaires subventionnées ou même au-dessous. On se plaint que la disciphne y est assez relâchée, et le recrutement des sous-maitres est très-difficile. Quant aux écoles de fdlcs, une commission d'enquête en a donné dans son rapport une idée peu avantageuse; aussi des associations ,de dames se soiii-elles formées pour créer de meilleurs établissements où se donne une éducation littéraire et scientifique.

Un dernier groupe se compose d'écoles et de cours publics destinés principalement aux artisans et aux ouvrieis. Les mechanics institutes qui avaient été étabhs en très-grand nombre, ont dégénéré la plupart en réunions de plaisir. Un des survivants prospère à Maachester. Moyennant une cotisation de 5 sh. par trimestre, on a à sa disposition: 1° une bibliothèque; 2" une salle de lecture des journaux et revues; 3° une salle où l'on joue aux échecs et où l'on peut prendre du café, du thé, etc., à des jirix modérés; 4° des cours du soir qui embrassent l'écriture, les langues vivantes, l'arithmétique, la tenue des livres, l'algèbre, la géométrie, l'histoire; 5" une salle de gymnastique et d'escrime. Les femmes sont admises aux cours du soir. 'En outre, pendant le jour, des classes sont ouvertes pour l'enseignement des connaissances nécessaires au commerce.

Une mention spéciale est due à l'institution publique établie en 1859 à South-Kensinglon sous le nom de science and art département. Cet établissement comprend une école normale de dessin, une école centrale de dessin el un musée industriel. Les élèves sont admis à l'école normale après avoir passé un examen sur des matières autres que le dessin. Ils peuvent obtenir à la suite d'examens semestriels des certificats auxquels sont attachées des subventions de COO à 1 ,800 fr. Lorsqu'ils ont six ccrtiOcals, ils sont mis à la tète des écoles d'art établies dans diflèrentcs villes. Des cours de dessin se font le soir pour les ouvriers moyennant une rèlribution de 12 fr. 50 c. par semestre. Des récompenses sont décernées aux meilleurs élèves des écoles, et les maiires reçoivent des allocations proportionnées aux résultats obtenus. En 1871, on comptait dans les écoles 212.500 élèves.

Pour les sciences, le département a profité

GRANDE-BRETAGNE (INSTRUCTION PUBLIQUE)

des mechanics institules et autres cours populaires qui existaient. Lorsqu'on lui justifie de la formation d'un comité d'administration de 5 membres, et qu'il se trouve un professeur muni d'un certificat, le département accorde à ce dernier, en sus de la rétribution scolaire, un supplément proportionné au nombre des ouvriers qu'il instruit et aux résultats constatés par des examens. Les élèves méritants obtiennent des prix et des bourses pour suivre les cours de l'école royale des mines, du collège royal de chimie, du laboratoire métallurgique de Londres, ou du collège royal de science à Dublin. Le département subvient aussi à l'achat du matériel nécessaire. Le programme des études comprend toutes les sciences, ainsi que l'architecture et le dessin des machines; mais dans beaucoup de cours ou n'enseigne que la chimie, la physique et la botanique.

Instruction supérieure. — Les hautes études se font dans des universités et des collèges annexes qui ne présentent pas moins de variétés que les établissements d'un ordre inférieur. En 1856 et 1858, l'État est intervenu seulement pour corriger certains abus et réformer des dispositions trop en désaccord avec l'esprit du siècle; les universités sont toujours, comme à l'origine, des corporations enseignantes, se gouvernant elles-mêmes, indépendantes les unes des autres, et possédant, entre autres prérogatives, celle d'envoyer des représentants à la Chambre des communes.

À Oxford et à Cambridge , l'enseignement comprend les langues anciennes, les mathématiques, les sciences naturelles, les sciences morales, la théologie, le droit et la médecine. Les professeurs, nommés au concours, se tiennent dans les hauteurs de la science et ne se préoccupent point des examens ni des grades; aussi leurs cours sont-ils peu suivis. Les études se font dans des collèges voisins ; des agrégés y sont chargés, sous le titre de tutors, de la surveillance morale et de la direction intellectuelle des étudiants, et ce sont des privute tutors, répétiteurs particuliers, qui les préparent aux examens moyennant rétribution. Il y a un corps d'examinateurs indépendant du professorat.

Le personnel des étudiants se compose : 1" de jeunes gens riches qui peuvent mener une vie somptueuse, chasser à courre, etc.; 2° d'aspirants aux fonctions ecclésiastiques; 3° de lauréats des écoles secondaires; 4° de boursiers et de pensionnaires ordinaires ; h" d'étudiants autorisés depuis 1856 à suivre les cours de l'université en dehors des collèges. L'examen d'admission est insignifiant. Au bout de deux ou trois ans, on passe un examen assez facile pour obtenir le grade de bachelier es arts, et au bout de trois ans le bachelier devient maître es arts, sans examen. Des bourses sont accordées aux étudiants qui se sont distingués dans les examens. Les premiers deviennent agrégés (feltows), et à ce titre sont atlachées des pensions (fellowships) en nombre limité, qui sont viagères à Oxford, à condition de ne pas se marier, et à Cambridge, à condition

d'être employés dans un collège; sinon, elles ne durent que sept années. Les nobles jouissent de plusieurs privilèges; ils payent aussi plus cher que les autres. Les frais d'études, d'examens et de pension sont très-élevès. Chaque collège paye une redevance annuelle à l'université. Un principal est à la tète de chaque collège. L'université est administrée par un vice-chanceher, la fonction de chancelier étant purement honorifique. Le vice-chancelier est assisté d'un conseil, et un sénat, composé des maîtres es arts et des docteurs, se réunit pour élire chaque année le vice-chancelier et délibérer sur les questions qui intéressent l'université. Dans l'intervalle des assemblées, le sénat est représenté par des comités permanents chargés de diverses fonctions.

L'université de Londres, fondée en 1837, dilîére de ses deux ainèes sous plusieurs rapports. Elle est purement laïque et n'admet chez elle aucune distinction de dogme et de secte. Elle ne donne pas d'enseignement; son olïïce est uniquement d'examiner les aspirants aux grades. Lçi examens sont sérieux. Celui qu'on doit passer pour être inmiatriculé, porte sur les mathématiques, la physique, la chimie, les classiques, l'anglais, l'histoire d'.\ngleterre, la géographie, le français ou l'allemand. Pour obtenir le grade de bachelier, il faut passer deux examens; pour le grade de maitre es arts, un Lxameu sur les classiques, les mathématiques, la phj*sique, la philosophie et l'économie politique; enfin pour le grade de docteur es sciences, un examen approfondi. Des règles analogues sont établies pour le droit et la médecine. De plus, les femmes sont admises à des examens de deux degrés, qui sont beaucoup plus étendus et plus dithciles qu'en France.

Acette université se rattachentdeuxcolkgcs, situés à Londres. L'un, dit collège de l'université, reçoit des élèves de toute communion et les prép'are aux examens. L'autre, dit collège du Uo, est anglican et se divise en deux sections. Dans la première, les études comprennent la théologie, la médecine, la cliinn-gie, les lettres, les sciences, le droit, l'économie polilique et les langues orientales. Dans l'autre section s'enseignent les lettres, les mathématiques et les sciences appliquées au génie civil et à l'industrie.

L'université de Durham est de fait un séminaire anglican.

L'Ecosse possède quatre universtlés, celles de Saint-André, de Glasgow, d'Aberdccn et d'Edimbourg, qui ont subi d'utiles réformes en 1858. Ces universités dilTèrent de celles d'Angleterre sous trois rai)porls. L'cn.^ciguemeut' est donné directement par les professeurs, et ce sont eux aussi qui examinent les aspirants aux grades. Les étudiants n'iiabitent pus dans des collèges; ils se logent en ville; la plupart sont peu fortunés, et beaucoup sont même obligés, poursubvcuir à leurs besoins, de faire divers travaux él rangers à leurs études. Les universités n'étant pas riclienifut dotées, les professeurs ne reçoivent guère que le produit des rétributions scolaires.

GRANDE-BRETAGNE (ARMÉE)

Chaque univerâité est administrée par un chancelier et un sénat composé des professeurs. Une cour universitaire, composée d'un recteur élu par les étudiants et d'assesseurs nommés respeclivemcnt par le chancelier, le recteur et le sénat, a sous son contrôle l'administration et l'enseignement; elle nomme aux chaires, fixe les rétributions scolaires, peut censurer, suspendre ou révoquer les professeurs, sauf, dans ce dernier cas, l'approbation de la reine en conseil. Enfin un conseil général, composé du chanceher, des membres de la cour universitaire, des professeurs, des maîtres es arts et des docteurs, s'assemble une fois par an pour délibérer sur les questions universitaires. C'est ce conseil qui nomme à vie le chancelier. Les grades sont conférés par le sénat.

En Irlande, les établissements d'enseignement supérieur sont dans une situation anormale et peu prospère. Un collège, dit de la Trinité, fondé en 1691 comme auxiliaire et séminaire de l'Église anglicane, a acquis plus tard irrégulièrement le titre d'université de Dublin et le droit de conférer les grades. L'administration en est confiée à un conseil composé d'un président [prooost) et de sept agrégés, qui reçoivent en moyenne 1,800 liv. st. (45,000 fr.) par an pour très-peu d'occupation. Les cours sont faits par une vingtaine d'autres agrégés, qui, ne recevant que GOO liv. st., donnent en outre des répétitions aux étudiants. Pour être agrégé, il faut avoir pris les ordres dans la religion anglicane; trois places seulement sont attribuées aux laïques. Les é'udes comprennent la théologie, le droit, la médecine, \ei lettres, la philosophie, les mathématiques, la physique et l'astronomie. Avec un revenu annuel de 78,000 liv. st. (1,950,000 fr.), cet établissement ne compte que 360 étudiants, et parmi les gradués il n'y a pas un tiers de catholiques.

Dès 18G1, l'insufiisance de cet établissement fut reconnue, et l'on pensa y pourvoir en créant, aux frais de l'État, une université, dite de la Reine, à Dublin, et trois collèges à Belfast, Cork et Galway. Afin de ménager les croyances religieuses, on donna aux aspirants aux grades la faculté de ne pas passer d'examens de théologie et de philosophie. Le génie civil et l'agriculture furent compris dans les études des collèges, avec les lettres, les mathématiques, les sciences naturelles, la médecine, le droit et l'économie politique. On fit un bon choix de professeurs. Mais ce système mixte ne fut goûté ni des presbytériens, ni des catholiques; les premiers établirent pour eux un collège à Magee, et les seconds fondèrent à Dublin un établissement auquel ils donnèrent le nom d'université catholique, bien qu'il lui manque l'autorisation de conférer les grades, et oii l'enseignement est le même que dans les collèges de la Reine , mais avec la théologie placée au premier rang; ces établissements ont nui aux autres sans prospérer eux-mèmeç. Le nombre des étudiants et des gradués subissant d'année en année une diminution à laquelle ont aussi contribué d'autres circonstances, le gouverne-

ment a jugé qu'il importait de relever l'enseignement universitaire en le réorganisant sur de nouvelles bases. D'après un projet de loi présenté à la Chambre des communes, l'université de la Reine serait supprimée ; celle deDubhn serait réduite au rang de collège; il serait institué dans cette ville une nouvelle université qui serait constituée comme celles d'Oxford et de Cambridge. A cette université seraient annexés le collège de la Trinité , ceux de la Reine et celui qui porte le nom d'université catholique. L'enseignement de la théologie serait laissé à chaque Église, et on donnerait aux aspirants aux grades la faculté de ne pas passer d examens de philosophie et d'histoire moderne.

Page 1