MINÉRALISATION DUS EAUX
Examinons maintenant le mode probable de minéralisation des eaux appartenant aux quatre grandes classes des bicarbonatées, des sulfurées, des chlorurées et des sulfatées.
1° Eaux bicarbonatées. ■ — Pour les eaux bicarbonatées thermales qui jaillissent des terrains primitifs ou volcaniques, et par conséquent dans lesquelles le bicarbonate de soude forme l'élément dominant, il est à supposer que, sous l'influence de la pression et de la température intérieure du sol, l'acide carbonique, entraîné avec la vapeur aqueuse et peut-être l'eau elle-même, désagrège et décompose les roches. Il se produit alors des carbonates alcalins et terreux, tandis que la silice mise en liberté et au contact d'une grande masse de liquide se dissout. Ce n'est qu'en se rapprochant davantage du sol, et alors que les eaux ont perdu la plus grande partie de leur calorique natif, que les carbonates se convertissent en bicarbonates. Mais ici se présente une anomalie que la chimie et la géologie parviennent difficilement à expliquer. Si les roches sont l'origine première des sels apportés par les eaux, on ne comprend plus pourquoi celles-ci ne sont pas plus riches en sels potassiques qu'en sels sodiques, puisque dans les silicates la potasse est toujours en proportion plus grande que la soude'; et ce que nous disons ici se présente également au sujet des eaux sulfurées sodiques qui émergent toujours des terrains primitifs. Quant aux eaux bicarbonatées avec prédominance de sels de chaux et de magnésie, et qui néanmoins sortent des terrains cristallisés, comme beaucoup de celles de l'Auvergne, la théorie de leur minéralisation ne peut s'expliquer que par l'existence des terrains secondaires ou tertiaires sous les massifs granitiques, et cela par suite des soulèvements terrestres et des révolutions volcaniques que le sol a subis.
Le mode de minéralisation des eaux minérales bicarbonatées froides qui émergent des terrains de sédiment inférieurs, moyens et supérieurs, est sans doute le même; seulement, comme elles ont à traverser une plus grande étendue de terrains crétacé et magnésien, une partie de leur bicarbonate de soude est remplacée par des bicarbonates de chaux et de magnésie : c'est ce que l'analyse met hors de doute.
Quant aux ferrugineuses bicarbonatées, la nature même du sel qui leur assigne ce caractère donne tout lieu de croire qu'elles se sont minéralisées à une basse température et à une profondeur moindre que les eaux bicarbonatées sodiques, mixtes et thermales. L'acide carbonique en excès, en contact avec les terrains riches en espèces ferrugineuses, agissant de concert avec l'eau et la matière organique, réduit le sesquioxyde de fer et le. dissout à l'état de bicarbonate de protoxyde. Les eaux riches en bicarbonate de manganèse se forment probablement de la même manière.