OREZZA
Il est à supposer cependant que ces eaux minérales présentent une constitution plus complexe. Aussi est-ce avec réserve que nous les plaçons dans les bicarbonatées sodiques.
Le gaz qui se dégage en grande abondance dans ces eaux est composé de 16 parties d'acide carbonique et de S6 d'azote.
Leurs propriétés médicales n'ont pas encore été suffisamment étudiées. Les habitants de la localité les font servir eu grande partie aux usages domestiqués. A l'époque romaine, elles étaient connues et fréquentées sous le nom â'Aquœ calidœ Cilinorum. Pas d'établissement.
orezza (Corse, canton de Piedicroce). A 30 kilomètres environ de Bastia, et à une petite distance de la mer.
Ferrugineuse bicarbonatée. Tempér., 15°centigr.
Plusieurs sources jaillissent à une petite distance les unes des autres dans la vallée d'Orezza, mais deux principales méritent seulement d'être signalées ici. La première, la moins importante, et qui n'a été l'objet d'aucun examen chimique attentif, est sulfurée et bicarbonatée: elle porte dans le pays le nom de Source d'en haut {Sorgente soprano).
La seconde, distante de 1 50 mètres de la précédente et nommée Sowce d'en bas {Sorgente sottana), est très abondante (ViU 000 litres environ par vingt-quatre heures), et très fréquentée par les malades pauvres et par les habitants aisés d'Ajaccio, de Bastia, de Calvi, etc., mais seulement usitée en boisson. On en exporte même au dehors une quantité très notable. Voici sa composition.
Eau : un litre.
Lit.
Air atmosphérique 0,011
Acide carbonique libre et des bicarbonates 1,248 ,
Carbonate de chaux 0,602
— de magnésie 0,074
— de lithiue traces
— de fer 0,128
— de manganèse. traces
— de cobalt traces
Sulfate de chaux 0,021
Chlorure.de potassium ) ft[/
— de sodium i
Alumine 0,006
Acide silicique 0,004
Acide arsénique \
Fluorure de calcium '■ traces
(POGGIALE, 1853.)
C'est dans l'eau d'Orezza que l'on a vu inscrit pour la première fois le cobalt.
L'eau d'Orezza est particulièrement utile dans la chlorose, les engorgements des viscères abdominaux, les flueurs blanches, les affections anciennes du tube digestif, et généralement dans toutes les maladies qui proviennent de la faiblesse des organes.
ORGANIQUES (Matières). — lin hydrologie, on donne le nom de matières organiques à des composés très divers, pour la plupart encore mal définis, mais ayant tous pour éléments constitutifs essentiels, de même que les autres substances de nature organique, du carbone, de l'oxygène, de l'hydrogène, le plus souvent de l'azote, quelquefois du soufre et d'autres principes minéraux, et ayant tous aussi, pour caractère chimique le plus saillant, la propriété de réduire, dans des circonstances déterminées, les sulfates en sulfures. On les rencontre dans les eaux, sous trois états différents : 1° en dissolution; 2° sous forme concrète, réputée anhisle; 3° présentant les signes non douteux d'une organisation tantôt végétale, tantôt animale. C'est sous ces trois caractéristiques principales que nous allons les considérer.
1° Matièri; organique en dissolution. — Il est extrêmement rare qu'on puisse constater directement de visu la présence de cette matière dans l'eau ; le microscope même n'en décèle point de vestiges; sa petite proportion, comparée à celle des principes minéraux, et surtout à la masse du liquide qui la dissout, rend naturellement compte de ce fait. — On ne peut citer, croyons-nous, que les eaux de Porla, dont la leinte jaunâtre ait été pour Berzelius un indice de son existence. — Quant aux réactifs proposés (chlorure d'or, tannin, etc.), ils sont impuissants à la mettre en évidence incontestable. Ordinairement elle ne se manifeste aux analystes que parla coloration jaunâtre, brune, noire ou grisâtre (suivant sa nature et ses proportions], qu'elle communique au résidu de l'évaporation de l'eau par la chaleur; quelquefois encore, quand on élève suffisamment la température, par une odeur de ses produits volatils, analogue à celle des substances végétales ou animales soumises à la même épreuve. Elle est susceptible d'être entraînée en partie par l'évaporalion, même spontanée, des eaux, et son existence y est démontrée encore par les productions concrètes qu'elle dépose, sous la seule influence du refroidissement (?), sur les portes des galeries souterraines de certains établissements thermaux [voy. Atmosphère thermale]. Cette matière n'est pas identique dans toutes les eaux ; mais néanmoins l'impossibilité de l'isoler des autres substances auxquelles elle est mélangée, l'absence de données et de caractères suiïisanls pour déterminer, dans tous les cas, même approximativement, sa nature, font que les observateurs, qui ne l'ont pas négligée tout à fait, se sont contentés de la signaler sans en Indiquer ni la composition exacte, ni l'origine. Chacun, suivant ses idées préconçues,
suivant la portée de ses recherches, l'a inscrite, quelquefois pour des eaux identiques, sous une dénomination différente dont la justesse, est rarement à l'abri des critiques. Voici quelques-uns des noms sous lesquels on la trouve désignée dans les analyses :
Matières organiques. — Matière (ou substance) organique.
— pseudo-organique.
— organisée.
— organique azolce.
organique azotée et sulfurée.
— organique albutnineuse.
— organique animalisée.
— végéto-animale, Dispan, Magnes, Lahcus, etc.
— végétale et animale.
— animale azotée.
— extr active.
— extraclive végétale.
— extraclive animalisée, Barbut, Bonvoisin.
— gommeuse.
— grasse.
— végétale grasse.
— grasse résineuse, Lansberg.
— subrésineuse.
— résiniforme.
Résine et corps exlractif.
Matière (ou substance bitumineuse), Pilhes, etc.
Bitume.
Matière organique de l'humus.
— humique.
Humus.
Substance colorante extraclive, Fourcroy.
Glairine, Auglada, etc.
Glairine ou bdrégine.
Glairine rudimentaire, 0. Henry.
p. ... i matière organique soluble. \ matière organique insoluble.
Ajoutons que d'autres observateurs, se basant sur des considérations d'un ordre différent, mais plus méthodique, ont proposé, pour la matière organique en solution dans les eaux sulfurées des Pyrénées particulièrement, les noms suivants :
Glairigène, 0. Henry. Sulfurose, Lambrou.
Pyrénéine, Fontan. Hydrose, Lambron.
Sulfurhydrine, Cazin.
M. Lambron attribue la dénomination de sulfurose à la matière en solution provenant , selon lui , de la décomposition de la sulfuraire [voy. plus loin Matières organisées], et l'appellation iVhydrose à la matière organique des eaux potables et courantes, qui existerait également dans toutes les eaux minérales.
Est-il nécessaire de faire remarquer l'absence de fondement d'indications telles que matière organisée, matière pseudo-organique, matière organique animalisée, etc. ! Nous comprenons, à la rigueur, qu'on ait cru expliquer ainsi la présence de l'azote, mais comment admettre une matière organique azotée et sulfurée? comment s'est- on assuré que ce soufre appartenait à l'élément organique plutôt qu'aux éléments minéraux de l'eau elle-même ?
En présence de la confusion de langage dont nous venons de donner des exemples, Userait bien désirable, du moins jusqu'à ce que la science ait apporté des documents plus complets sur la nature réelle des variétés multiples de celte matière, que les chimistes se bornassent à l'inscrire dans leurs analyses, sous le nom de matière organique, en ajoutant azotée ou non azotée, d'après le renseignement qu'aura fourni l'essai par la chaux potassée [voy. Humus], et quand sa qualité bitumineuse ou humique n'est pas absolument hors de doute, comme pour le bitume, les acides humique ou géique, crénique et apocrénique [voy. ces mots]. Us devraient, en outre, ne mettre en ligne qu'avec plus de réserve des composés tels que la substance amyloïde (?) de VAcqua acetosa, si complaisante à se colorer en bleu par l'iode , tels que les acides acétique, butyrique, propionique, formique, de l'eau de Bruckenau [voy. ces mots], substances évidemment étrangères à la composition normale de l'eau, introduites par accident ou produites pendant les réactions analytiques.
Il est maintenant bien établi qu'il existe dans toutes les eaux naturelles, de quelque essence qu'elles soient, une matière organique en dissolution ; mais, pour ce qui regarde les eaux minérales, nous croyons que cette matière peut être de nature et d'origine plus complexes. Ainsi, on peut admettre que les eaux de formation géologique, ou émergeant de terrains primitifs, ramènent une matière primitive, c'est-à-dire constituant avec elles un être unique, ayant pris naissance en même temps qu'elles 'et sous les mêmes actions par une association directe et simultanée de leurs éléments. D'un autre côté, les eaux ayant leur point de départ dans les terrains secondaires ou tertiaires, et par couséquent provenant d'infiltrations des eaux supérieures, ne contiendraient qu'une matière accidentelle due vraisemblablement, soit à des actions chimiques diverses s'exerçanl, à des températures et sous des pressions quelquefois considérables, entre des azotates, des composés ammoniacaux, et des minéraux d'origine organique (hydrocarbures, bitumes, lignites, etc.), soit tout simplement, comme pour les eaux douces, à la décomposition, sur ou au voisinage de la surface terrestre, de corps organisés récemment ou anciennement privés de vitalité, qu? les eaux super-
ficielles dissolvent et entraînent à travers les couches perméables et les failles, soit enfin à toutes ces causes réunies. Si, en outre on réfléchit que les eaux des terrains primitifs et celles des terrains secondaires peuvent, dans leur trajet jusqu'à leurs points d'émergence, subir des mélanges, non-seulement entre elles, mais aussi avec d'autres eaux de composition diverse émanant directement des terrains superficiels, on s'expliquera comment la nature de la matière organique doit varier à l'infini, et combien les proportions des mélanges, ainsi que leur température, doit influer, concurremment avec l'intervention des agents atmosphériques, sur sa composition et sur la manifestation des phénomènes ultérieurs. Mais quel que soit le nom par lequel on désigne cette matière organique dissoute, quelle que soit l'origine ou la composition qu'on lui attribue, on ne saurait nier qu'elle ne soit le principal élément producteur des matières concrètes, anhistes et organisées, dont nous allons parler.
2" Matière organique concrète, réputée anhiste. • — Toutes les eaux naturelles, et surtout les eaux minérales, après avoir reçu le contact de l'air atmosphérique, abandonnent sur leur parcours, avec plus ou moins d'abondance, suivant leur nature, des dépôts organiques, le plus souvent azotés, onctueux, glaireux, de couleur blanche, grisâtre, gris verdâtre, noirâtre, etc., qui, enduisant les corps solides immergés, tapissent le fond et les parois des canaux et des bassins, ou, s'élevant à la surface du liquide sous forme de magmas gélatineux, de pellicules, de filandres, plus ou moins transparents et de coloration diverse, en rapport avec les composés minéraux qui s'y fixent, s'accumulent contre les obstacles, finissent quelquefois par obstruer les conduits et par encombrer les réservoirs servant à son aménagement. Disons tout de suite que, pour plusieurs savants, le fait même de l'apparition de ces substances est un indice probant qu'elles possèdent toutes un certain étal d'organisation. Cette assertion, que Bory de Saint-Vincent et d'autres naturalistes ont déjà exprimée, mais qui a été combattue ou dédaignée par quelques observateurs, souvent peu compétents, il faut, le dire, n'est pas encore admise par la science comme un fait irrécusable. Cependant on s'accorde généralement à voir en elles au moins des formes de passage entre la matière organique en dissolution et la matière organisée. « Un ouvrage qui traiterait ex professa ce sujet difficile est fort désirable, — écrivait récemment le plus savant de nos phycologistes, ML C. Moflr tagne, — mais il n'est pas même ébauché. » De là vient (pie certaines des productions organiques hydrominérales sont encore communément regardées comme anhistes ; néanmoins quelques auteurs insistent silice fait, que l'examen microscopique convenablement poursuivi n'a presque jamais manqué de déceler, dans des échantillons en apparence tout
à fait amorphes, des signes d'organisation (cellules ou filaments) la plus rudimentaire peut-être, mais en réalité incontestable. Il ne s'agit pas, bien entendu, de la partie mucoso-gélatineuse qui sert d'enveloj)|ie protectrice et pour ainsi dire de gangue à presque toutes les Phycées, partie absolument chaotique.
Les matières organiques concrètes qui prennent naissance dans les eaux sulfurées, étant plus abondantes et plus singulières, ont été le sujet de recherches beaucoup plus nombreuses et plus approfondies que celles qu'on trouve dans les eaux bicarbonatées, sulfatées, chlorurées, etc. Il est arrivé souvent qu'on a conclu des unes aux autres, sans se donner davantage de peine ; aussi leur étude comparative reste presquo tout entière à faire. Ce que nous allons dire s'appliquera donc principalement aux matières des eaux sulfurées, et plus particulièrement à celles des Pyrénées.
Ici aussi les dénominations foisonnent : les unes basées, ou sur les caractères objectifs, ou sur les propriétés présumées, ou sur la composition plus ou moins exacte; les autres inspirées par la nature minérale, la chaleur de l'eau, par le nom de la région, ou même de la station balnéaire où on les rencontre, etc. C'est ainsi qu'on a dit :
Matière grasse \
Graisse ,• Bordeu, pour les Pyrénées.
Glaires ;
Substance qlaireuse | „ , ,
„. .... / Bayen, pour Luchou.
Flocons soyo-gelalmeux. . . )
Zoogène Giiiibernat, pour Isehia.
Matière animale \ Vauquelin, Chaptal , Longchamp et autres, pour
Matière végéto-animale. ..) les Pyrénées, Vichy, etc.
— végétale Berzelius, pour Karlsbad.
— pseudo-organique.
— amorphe ) n, I
. y. > lurpm , „ , ,
— ■ chaotique ) s pour les Pyrénées.
Barégine (2 variétés) Longehamps. . . \
Glairine [6 variétés) Auglada ]
Glairidine Bonjean, pour Aix en Savoie.
Luchonine A. Séguier, Barrau, pour Luchon.
Axine Astrié, pour Ax.
Arline pour Amélie-les-Baips (Bains près Arles).
Saint-salvérine Fabas ) „ . . „
t, , , . , .. > } pour Saint-Sauveur.
Salvatorme ...... ?)....
Pyreneme déposée ) „ ,
o t , ; .• il Fontau
Substance gelatm. amorphe )
Snlfomncose Cazjn ) ^ p ënées#
Sulfodiphtherose j :
Sulfurine Lambrou ]
Géline Autagnier /
Thermaline Forichou ) m
Nérisine Richond des Brus j y
Une liste complète exigerait plusieurs pages.
On remarquera qu'un certain nombre des noms cités ont déjà été enregistrés parmi ceux attribués à la matière organique en dissolution. C'est que, en efîet, les expériences analytiques, lorsqu'on en a effectué, ont souvent fourni pour la matière concrète des résultats analogues à ceux obtenus par l'examen de la première, c'est-à-dire suffisants seulement pour établir leur essence organique, tenant tantôt de la substance végétale, tantôt de la substance animale, tantôt des deux à la fois. Notons pourtant qu'on n'y retrouve plus la résine, le bitume, l'humus, ni leurs dérivés, ce qui indique la présence plus habituelle de l'azote comme élément constituant. La plupart des dénominations, embrassant quelquefois des espèces très complexes, s'appliquent et à des espèces encore réputées amorphes, et à des individus reconnus aujourd'hui comme devant être à bon droit rangés parmi les Algues, et que, par suite de l'imperfection des méthodes et des instruments, sinon par suite de l'ignorance ou de l'inhabileté des observateurs, on a longtemps regardés aussi comme absolument anhistes, c'est-à-dire privés de tout vestige d'organisation.
Dans celte conviction, on expliquait la production de toutes les matières concrètes par des conjectures; la plus rationnelle admettait la coagulation de la matière organique dissoute par l'influence de la diminution de pression et de température, et surtout par la première action de l'air atmosphérique. C'est cette hypothèse qu'il faut accepter encore pour les espèces véritablement amorphes, s'il en existe. En tout cas, on a observé qu'elles n'apparaissent que dans des eaux de température modérée et ayant subi le contact de l'air; dans les eaux très chaudes, audessus de 50° centigr. , elles ne se montrent qu'après que ces eaux se sont refroidies au-dessous de ce degré, soit naturellement, soit par le mélange d'un filet d'eau de température plus basse.
Leur coloration est, avons-nous dit, très variable selon les espèces, selon qu'elles sont plus ou moins anciennes, selon la température et la composition de l'eau, selon la durée de l'aération et le degré de la lumière. Lorsqu'elles revêtent une teinte brune, rouge ou verte, c'est l'indice à peu près certain qu'elles jouissent d'une organisation plus ou moins avancée.
Ces matières, en général, ont une consistance presque nulle; elles s'écrasent et se désagrègent sous la plus faible pression. Apparaissant et séjournant au milieu d'un liquide, elles en sont gorgées et fixent de cette manière, soit comme corps constituant dans leur substance, soit comme dépôts dans leurs replis et sur leur surface, les éléments minéralisateurs de l'eau, et môme cerlains d'entre eux, le soufre par exemple, semblent être indispensables à la formation de quelques-unes.
3° Matière or(;anisée [voy. Bouts, limon végétal]. — Les matières organisées des eaux appartiennent aux degrés les plus inférieurs de l'échelie des êtres vivants; la plupart sont microscopiques, et les grossissements des plus fortes lentilles peuvent seules les faire reconnaître. Chez un grand nombre, les caractères sont assez tranchés pour qu'on puisse facilement les ciasser, soit dans la série végétale, soit dans la série animale; mais d'autres ne présentent que des signes douteux, mixtes, qui les font ranger par les naturalistes, tantôt d'un côté, tantôt de l'autre. C'est pour ceux-ci que Bory de Saint-Vincent avait créé son groupe des Psychodiairos. Bien que toutes les questions relatives à celte intéressante partie de l'histoire naturelle soient loin encore d'être résolues, la multiplicité des observations, le progrès des méthodes, les perfectionnements apportés au microscope, ont jeté peu à peu la lumière sur des points hier encore tout à fait obscurs, et ont favorisé l'institution de classifications rationnelles.
A. Série végétale. — Les végétaux qui naissent et se développent au sein des eaux constituent la classe des Phycées (ou Algues submergées) , comprenant les Zoospermées, les Floridées, les Phycoïdées et les Diatomacées (Montagne), familles qui se subdivisent en tribus, sous-tribus et genres, et réunissaient déjà, il y a quinze ans, plus de deux] mille espèces. Ce n'est pas ici le lieu d'entrer dans l'historique et les détails de cette nomenclature; nous devons nous restreindre à parler brièvement des formes les plus singulières ou qu'on rencontre le plus ordinairement dans les eaux minérales. Mais avant d'aller plus loin, signalons, pour la blâmer, l'habitude prise par beaucoup d'hydrologistes de désigner sous le nom de Conferves les végétaux quelconques observés dans les eaux minérales. Les Conferves ne constituent qu'un seid genre dans une seule des nombreuses tribus et sous-tribus dont se compose la classe des Algues, lequel genre se caractérise comme il suit : « Filaments tubuleux, capillaires, cloisonnés de distance en distance, cylindriques ou légèrement étranglés au niveau des cloisons, simples ou rameux, de couleur le plus ordinairement verte; flottant en masses plus ou moins volumineuses sur les eaux, ou bien fixées par l'une de leurs extrémités, soit aux pierres ou aux aspérités submergées, soit sur d'autres plantes. » Lors donc que le genre ou la tribu du végétal à énoncer n'est pas déterminée, on doit, pour éviter des erreurs préjudiciables aux progrès de la science, se borner à le désigner par la dénomination & Algue ou de Phycée.
C'est sur les matières des eaux sulfurées, avons-nous dit, qu'on a fait les observations les plus anciennes et les plus nombreuses. Malgré cela, nous avons vuLongchamp et Anglada confondre, sous les noms de baré-
gine et de glairine, les agglomérations organiques si complexes des eaux des Pyrénées, en admettant l'un deux variétés, l'autre six, mais sans résultat pour leur classement définitif. M. Fontan, le premier, dégagea nettement la nature organisée de l'une d'elles, qu'il appela sulfuraire, en la rapportant aux végétaux confervoïdes. La science accepta alors la découverte de M. Fontan; ce n'est pourtant que tout récemment que MM. Kutzing et Montagne, régularisant la position de cette algue, l'ont rangée parmi les Leptomitus, dans la tribu des Confervacées, sous le nom de Leptomitus sulfuraria, l'épithèle devant servir à la fois de caractéristique du milieu où elle croît et rappeler la dénomination créée par l'observateur. Mais d'autres formes de ces matières restaient considérées encore comme amorphes, et l'on a continué à les englober sous les appellations de glairine et de barégine, comme si l'on avait eu affaire à une substance unique et toujours identique. Pour essayer de ramener les idées vers des habitudes plus rationnelles, M. Lambron proposa de leur attribuer la désignation de suif urine; M. Aulagnier imagina ensuite celle de géline ; M. Cazin (Recherches sur les matières organiques des eaux de Luchon, 1855-1858), en en décrivant ou indiquant cinq formes bien distinctes, et doutant aussi alors qu'elles fussent organisées, lésa spécifiées sous les noms dcsutfomucose, sulfodiphthérose, sulfosébose, sulfosarcose et sulfothrycose, voulant par là rappeler autant que possible leur origine et leurs aspects les plus saillants. Mais, depuis les examens répétés qu'il a poursuivis sur place et à Paris, sur des échantillons nombreux et recueillis à des époques différentes, cet observateur est arrivé à cette conviction, que quatre d'entre elles jouissent d'une organisation réelle (cellules ou filaments), et il les a réparties parmi les tribus des Phycées, dont leurs caractères les rapprochent le plus. Pour une seule, où les signes ne sont pas absolument nets, M. Cazin a provisoirement adopté la manière de voir de Bory de Saint-Vincent, en la plaçant dans un genre Chaos. On a donc désormais les correspondances suivantes, qui annulent ses premières dénominations :
Sulfomucose = Chaos sulfuraria, Chaodinées, Bory.
Sulfodiphlhérose — Cryptococcus sulfuraria, Palmellces, Lyngbye.
Sulfosébose = Calolhrix (sp.?), Oscillariées, Bory.
Sulfosarcose = Leptothrix (sp. ?), Leptothrycées, Kutzing.
Sulfothrycose == Zygnema (sp.?), Zygnémées, Duby.
C'est non-seulement, dit M. Cazin, parce que, comme la sulfuraire citée plus haut, les deux premières espèces paraissent être particulières aux eaux sulfurées, mais aussi parce que leur analyse élémentaire démontre la présence du soufre dans leur substance, qu'il a cru devoir joindre à leur appellation spécifique l'épithèle attributive de sulfuraria.
Outre ces Algues, d'autres encore, surtout des Diatomées, signalées aussi par divers observateurs, se trouvent soit isolées, soit mélangées avec elles ; mais celles-ci se rencontrent dans des eaux de nature variable, et ne doivent pas arrêter notre attention. Ces agglomérations d'organismes multiples se présentant, le plus ordinairement au premier aspect, sous des formes principales décrites par les hydrologistes (magmas glaireux, membraneux, filamenteux, sulfomucose, mlfodiphthérose, sulfuraire, etc.), il est probable que l'on continuera de les désigner parles noms collectifs et commodes de glairineou de barégine, qui sont maintenant d'un usage vulgaire.
Les eaux minérales autres que les eaux sulfurées ont aussi presque toutes, outre des Algues communes, des Algues qui leur sont particulières ; du moins les recherches qu'on a déjà effectuées rendent cette opinion fort probable. Les dimensions de cet article ne nous permettent pas d'énumérer toutes celles déjà acquises ; citons-en seulement quelques exemples extraits des Annules de la Société d' hydrologie médicale :
A Vichy, MM. Montagne, Petit et H aime ont déterminé YUlothrix Vichyensis et le Navicula Vichy ensis ; à Ems, M. Montagne a indiqué VHygrocrocis Amisinna ; à Valdieri, on trouve le remarquable Leptothrix ValderiaDe\p. , \eSpluerozyga Garelliana Montg. ;àNéris, l'algue, non encore nommée, mais si bien étudiée, quant à ses mœurs, et si bien décrite, quant à ses caractères apparents, par MM. de Laurès et Bec* querel.
Peu de temps après qu'on les a séparées du milieu où elles se forment et mises en contact avec l'air atmosphérique, les matières organiques concrètes, organisées ou non, surtout celles qui sont azotées, sulfurées, s'altèrent, répandent une odeur très fétide, en rapport avec leur nature intime. Elles sont insolubles dans l'eau, l'alcool et l'élher. Les alcalis caustiques en séparent la cellulose insoluble, dissolvent l'albumine végétale et quelques-uns des principes minéraux qu'elles renferment. Les acides minéraux et l'acide acétique se comportent à peu près de la même manière : M. Filhol a trouvé, en outre, que l'acide nitrique formait des acides oxalique et xanthoprotéique avec la matière organique des eaux sulfurées des Pyrénées. Chauffées à une température assez élevée, elles dégagent de l'eau, puis des produits empyreumatiques et hydrocarbonés, du carbonate et du cyanhydrate d'ammoniaque, et laissent du charbon parmi le résidu. On observe, enfin, que la matière organique a la propriété très singulière de fixer l'iode et d'autres éléments minéralisateurs deseaux.
B. Série animale — En dehors des Animaux vivant dans les eaux [voy. ces mots] qui ne peuvent se classer dans la matière organisée dont nous nous occupons, il existe dans les eaux minérales, au milieu des
Algues, une foule d'eues essentielle ment microscopiques, dont Porganisalion et souvent même l'individualité ne sont pas toujours bien distinctes, mais dont cependant l'animalité est aussi réelle que pour les animaux les plus parfaits. Ces êtres sont compris dans la classe des Vers nématoïdes et dans celle des Infusoires. Bien qu'un article ait déjà été inséré sous ce dernier titre, dans ce Dictionnaire, nous croyons devoir y revenir ici pour modifier des assertions peut-être trop affirmatives relativement au Gallionelia ferruginea-Qi aux Navicules, et pas assez relativement aux Oscillaires. En effet, ces individus appartiennent incontestablement et définitivement à la classe des Algues: les deux premières espèces à la tribu des Diatomées, plantes à enveloppe siliceuse; l'autre à la famille des Zoospermées. Sans entrer dans la discussion des opinions et des faits, disons seulement « qu'il faut d'autant plus facilement admettre la nature végétale des Diatomées, qu'elles ont incontestablement des affinités plus étroites avec les Desmidiées qu'avec les Infusoires, et que pour tous les naturalistes, Ehrenberg excepté, les Desmidiées sont bien des Algues. » Quant aux Oscillaires, la question est encore mieux jugée: de ce qu'elles sont animées de mouvements spontanés, ainsi que plusieurs autres genres d'Algues, et particulièrement certaines Diatomées, on avait conclu, pour elles aussi, non pas à leur annualisation, mais à un état mixte participant de l'animal et du végétal ; Bory de Saint-Vincent les avait fait entrer dans ses Psychodiaires. Depuis longtemps déjà pliycologistes et zoologistes sont d'accord : « Les vrais Infusoires sont des animaux aquatiques très petits, non symétriques, sans sexes distincts, sans œufs visibles, sans cavité digestive déterminée ou permanente , ayant tout ou partie de leur corps sans tégument résistant » (Dujardin.)
Voici les noms de quelques genres d'animalcules et d'Infusoires qu'on rencontre dans les eaux minérales :
Anguillule, Leucophre, Euglena,
Oncholaimus, Vorticelle, Bacterium,
Phanoglene, Monas, Vibrion.
Ceux de la première colonne sont des animalcules microscopiques; les autres, des Infusoires vrais.
S'il est vrai que quelques-uns de ces êtres ne se produisent que dans les matières organiques en décomposition, on ne peut nier non plus qu'un certain nombre ne se trouve aussi au milieu d'Algues parfaitement saines et vivantes, et il ne nous répugne aucunement d'admettre qu'ils tirent leur origine et leurs moyens de développement de la matière organique soluble, puis des matières concrètes, de la même manière que les substances végétales.
\ Diat
Afin qu'on puisse se faire une idée de la multiplicité des corps organisés qu'on rencontre dans les eaux minérales, et de la variété de leur distribution, suivant la différence de composition des sources, nous donnons ici, pour exemples, le résultat des recherches de M. Montagne sur les eaux de Vittel et de Saint-Amand (Nord) (Annales des sciences naturelles).