RÉSERVOIR
cessité de les approvisionner dans des réservoirs pendant les temps morts du service.
L'assiette des réservoirs doit se combiner avec celle des établissements qu'ils doivent alimenter. Dans leur installation on devra tenir compte du volume des sources, de la différence de niveau entre l'émergence et les lieux d'emploi.
Les réservoirs doivent être construits de manière à combattre les causes de refroidissement et d'altérations consécutifs. Quand on le pourra faire, on devra les asseoir sur les griffons même des sources. C'est l'installation à préférer ; les gaz natifs à dégagement spontané, en modifiant le milieu aériforme supérieur à l'eau, ajoutent à sa conservation. Ainsi pour les carbonatées ferrugineuses, on obtient un matelas d'acide carbonique qui oscille avec l'eau et la conserve. Les sulfureuses profitent de cette disposition par appauvrissement en oxygène de l'air supérieur, dû au gaz sulfhydrique qui se dégage.
En France, les exploitations thermales les plus importantes s'exercent sur des sulfurées sodiques ou calciqùes, et des bicarbonatées, plus ou moins ferrugineuses. Pour les sulfureuses surtout il serait intéressant, au plus haut degré, de combattre l'altération qui se produit par le séjour en réservoir. MM. Chambert, Filhol et J. François avaient, en 1848, proposé pour Luchon l'emploi d'un gazomètre à azote mis en communication avec l'ensemble des réservoirs. Ce projet adopté pour Labassère a été ajourné pour Luchon.
Depuis, des études ont été poursuivies par MM. Filhol, J. François, 0. Henry, Chevalier, pour conserver les sulfureuses en réservoir. On a essayé l'hydrogène, l'azote et l'acide carbonique. L'hydrogène a été rejeté comme d'une conservation difficile dans les appareils. L'acide carbonique, bon pour les ferrugineuses, n'est pas d'une innocuité satisfaisante pour les sulfureuses. L'azote, par sa nature passive, par sa densité sensiblement voisine de celle de l'air, est le gaz qui paraît devoir être préféré : M. Filhol a tenté, en 1858 et 1859, des essais pour sa production économique avec le sulfure de calcium.
Des essais se préparent pour arriver à la production rapide et économique de l'azote, en vue d'appliquer régulièrement ce gaz, contenu dans un gazomètre, à la conservation des eaux en réservoir. On comprendra toute l'importance qui s'attache à cette recherche, si l'on remarque que l'oscillation permanente du niveau d'eau des réservoirs y introduit sans cesse de l'air nouveau, dont l'action altérante est d'autant plus prononcée qu'elle s'adresse à des eaux plos chaudes.
D'un autre côté, il est telles stations thermales où l'approvisionnement journalier devient insuffisant depuis quelques années , par
suite de l'augmentation considérable des malades qui en font usage.
Ce ne sont plus seulement des réservoirs d'alimentation journalière, que l'on distingue sous le nom de réservoirs de distribution, qui sont nécessaires. On tend à aller plus loin et l'on étudie dans plusieurs stations l'établissement de réservoirs, ou bâches de réserve, destinés à approvisionner des eaux avant la pleine saison, ainsi que, depuis quelques années, on le pratique à Vichy.
La construction des réservoirs, au point de vue du choix des matériaux, n'a pas de règles formulées. Elle est soumise, aux ressources en matériaux dont on peut disposer, et aux règles qu'impose l'approvisionnement de masses liquides. Il existe des réservoirs en bois, avec ou sans revêtement de plomb. Il en est en tôle; dans le plus grand nombre de cas, ils sont en maçonnerie. On établit selon les cas, les maçonneries en pierre de taille, en moellon ou en béton ; les enduits intérieurs au ciment. L'emploi de chaux hydraulique ou hydraulisée est toujours à rechercher.
RÉSIDU DES EAUX MEVÉRALES. L'usage a depuis longtemps consacré le nom de résidu aux dépôts que les eaux minérales abandonnent lorsque, par la voie artificielle, on soustrait tout le véhicule qui maintient les gaz, les sels et les matières organiques en dissolution.
Un résidu diffère d'un dépôt spontané en ce que le premier contient tous les sels et la matière organique de l'eau minérale, tandis que le second n'est formé que de sels insolubles et d'une partie seulement de la matière organique [voy. Dépôt].
Il ne peut jamais représenter les principes minéralisateurs tels que les eaux minérales les fournissent, par les raisons suivantes.
Toutes les fois qu'une eau minérale est soumise à l'action de la chaleur et avant qu'elle soit arrivée au degré de l'ébullition, l'oxygène, l'azote, l'acide sulfhydrique et l'acide carbonique libres se volatilisent. Les affinités que la nature avait en quelque sorte assignées aux sels se trouvent interverties, les bicarbonates se décomposent, des sels solubles nouveaux apparaissent en dissolution, tandis que d'autres sels insolubles se précipitent : voici pour l'action mécanique.
Mais pendant la concentration de l'eau minérale, l'action chimique ne tarde pas à se faire sentir. L'oxygène de l'air intervenant, oxyde le protoxyde de fer, détruit plus ou moins complètement les sulfures et modifie dans de certaines limites la matière organique. Après l'élimination complète du liquide, on obtient alors tous les sels solubles et insolubles qui constituent par leur ensemble le résidu.
Ces renseignements étaient nécessaires pour montrer l'erreur dans laquelle les anciens chimistes étaient tombés, lorsqu'ils concluaient à la
présence des sels contenus dans les eaux minérales, d'après la nature des résidus qu'ils en obtenaient, et enfin pour faire voir (pie jamais, môme en chauffant les eaux à une température aussi peu élevée que possible, on ne peut en retirer ces sels sous le même état qu'ils sont fournis par les sources. Nous aurons du reste l'occasion de revenir sur ce point important au sujet des sels de Vichy.
La manière de procéder à la détermination du résidu salin d'une eau minérale est loin de procurer des résultats exacts, à moins qu'on ne s'entoure de certaines précautions que l'un de nous a déjà fait connaître {Traité de chimie hydrologique, p. 505).
Suivant la proportion des sels, on fait évaporer à la température du bain de sable et dans une capsule de platine dont on a pris très exactement le poids à l'avance, 125, 250 à 500 centimètres cubes et même jusqu'à un litre d'eau minérale. Comme cette opération exige un temps assez long on garantit la capsule des poussières qui voltigent dans l'air ou qui proviennent du fourneau, en maintenant au-dessus de celui-ci un cerceau recouvert d'une feuille de papier Joseph. Lorsque tout le liquide destiné à ce genre d'analyse a été évaporé, on porte la capsule de platine sur le plateau de la balance, et on n'arrête l'expérience que lorsque les pesées deviennent invariables.
Le dosage du résidu salin ne peut être qu'approximatif, ou bien servir de terme de comparaison lorsqu'on a à analyser plusieurs eaux d'un même groupe, d'abord parce qu'on n'est jamais sûr d'avoir évaporé toute l'eau d'interposition et de combinaison des sels, ensuite parce qu'il se volatilise toujours quelques portions des principes salins, et enfin, parce que le chlorure de magnésium se décompose, partiellement il est vrai, en acide chlorhydrique et en magnésie.
C'est pour éviter ces divers inconvénients que nous avons proposé le premier de faire évaporer l'eau minérale jusqu'à siccité sans le concours de la chaleur.
Nous choisissons des capsules en verre très mince, des fonds de ballon par exemple, dont nous prenons le poids à un demi-milligramme près, puis nous y mettons de 30 à 60 centimètres cubes d'eau minérale. Les capsules sont placées sous des cloches, au-dessus d'un vase contenant de l'acide sulfurique et à côté on met quelques fragments de chaux vive ; les appareils sont ainsi abandonnés dans une chambre ayant une température modérée. En renouvelant l'acide sulfurique et la chaux, de temps à autre, on peut dans l'espace d'une à deux semaines, selon la saison, faire évaporer tout le liquide, et à la fin il ne reste plus qu'un dépôt dont on apprécie le poids à l'aide de la balance.
Par ce moyen, les bicarbonates de chaux et de fer sont convertis, il