LOECHE OU LOU ESCHE. 28.H
gnoires pour les personnes que quelque motif oblige à prendre leur bain à part.
L'eau des sources élant très chaude, on en emplit les piscines le soir ; on l'agile ensuite très souvent, et le matin, à l'heure du bain, elle a ordinairement de 35" à 37° centigr. La durée du bain varie d'une à cinq heures dans la matinée, d'une à trois heures l'après-midi, et cela chaque jour, selon la gravité du cas et la période du traitement où se trouve le malade. Anciennement, l'immersion dans les piscines se prolongeait encore davantage et atteignait jusqu'à dix heures par jour. On comprend qu'une pareille pratique, presque traditionnelle en Suisse, puisqu'elle se retrouve à Baden et à Pfeffers [voy. ces mots], ait imposé la nécessité aux baigneurs de se réunir et de surmonter toute répugnance en vue d'un si long séjour dans l'eau. Un peignoir de toile ou de flanelle est revêtu par eux. Dessiéges mobiles, des tables flottantes, une galerie qui règne autour des piscines et facilite les visites du dehors, permettent d'abréger les longueurs du bain par des distractions de toutes sortes. Nous ne trouvons mentionné nulle part si l'eau qui remplit les carrés est même partiellement renouvelée pendant la baignée. Après le bain, lequel ne détermine d'abord que les effets d'un bain tiède, le malade, soigneusement essuyé, va se mettre au lit pendant une demi-heure, une heure, ou plus longtemps, s'il est besoin de favoriser la sudation.
Les eaux se prennent aussi à Loèche en boisson, habituellement en même temps (pie la cure par les bains. On en ingère, à jeun, depuis un jusqu'à dix verres, pris à la distancée d'un quart d'heure. Elles servent encore en lotions, en fomentations, en lavements et en injections. Les douches ont eu jusqu'ici une organisation trop élémentaire dans cette localité pour pouvoir compter dans les conditions du traitement. Enfin, d'après le docteur Loretan, on emploie le limon que laissent déposer les eaux, et qui contient de l'oxyde de fer, en application sur les ulcères atoniques.
Il résulte de l'examen des principes minéralisateurs énoncés dans l'analyse de M. Morin, qu'on a rangé bien à tort les sources de Loèche parmi les eaux sulfureuses. Ce chimiste a, depuis la publication de ses premiers résultats, annoncé qu'il avait découvert des iodures dans ces mêmes eaux. M. Cantù y avait déjà signalé de l'iode et même du brome. Un dépôt essayé à l'appareil de Marsh, par MM. Dublanc et Payen, a donné des traces d'arsenic. Mais il n'a rien été ajouté de plus aux analyses antérieures, et si, comme toutes les eaux sulfatées, celles de Loèche peuvent dégager accidentellement de l'hydrogène sulfuré, leur caractéristique s'éloigne de beaucoupde celles où l'élément soufre prédomine. D'ailleurs, on s'accorde à ne leur reconnaître ni odeur ni saveur particulière. Leur
284 LOECHE OU LOUESUHi;.
limpidité est parfaite dans l'état ordinaire, et les changements assez rares qu'elles éprouvent, en se troublant quelquefois pendant deux ou trois jours, ne doivent être considérés que comme un phénomène accidentel résultant de quelques écoulements souterrains qui n'ont pas même d'effet sur leur température (Grillet, Les sources thermales de Luèche, 1865). Nous croyons devoir conclure que c'est beaucoup plus au mode d'emploi qu'à la nature même de ces eaux que leur action curative se rapporte.
Les divers écrits relatifs à Loèche proclament unanimement l'importance d'un phénomène d'éruption cutanée, connu sous la désignation de poussée, que l'usage de ces eaux en bains provoque chez presque tous les sujets, et dont la donnée thérapeutique est presque restée le privilège de cette station. Nous aurons à examiner ailleurs la valeur réelle en médecine hydrologique de l'exanthème artificiel qu'on obtient, non-seulement à Loèche, mais encore sous l'influence d'autres eaux dans des circonstances déterminées [voy. Poussée]. D'après M. le docteur Payen (Essai sur les eaux minérales de Louesche, 1828), la poussée semble être un effet constant des eaux de Loèche ; générale ou partielle, elle a lieu chez le plusgraml nombre des baigneurs. M. Grillet (toc. cit.) reproduit la même remarque ; mais il ajoute que, sur certains sujets, il y a absence complète de cette éruption, toutes circonstances égales d'ailleurs. De plus, on observe dans la manifestation, la marche et la disparition de cet état érythémateux de la peau, des variations frappantes, non-seulement sur des sujets différents, mais encore sur le même individu prenant les eaux pendant deux saisons consécutives, ou chez celui qui, dans un moindre intervalle, suivra deux fois sa cure dans la même année. Nous ne voyons rien là qui ne se rencontre dans une application quelconque du traitement thermal aux nombreuses idiosyncrasîes qui impriment leurs caractères à ceux des diathèses originelles ou acquises. Mais, nous l'avouons, quand M. Grillet assure, comme un fait digne d'attention, quoique plus rare que les précédents, l'apparition de la poussée chez ceux qui prennent des bains relativement très courts à Loèche, contrairement à l'usage du lieu, et chez ceux qui n'usent que de l'eau en boisson, alors oir peut concevoir quelques doutes. M. Payen, dont les études, pour remonter déjà à un certain nombre d'années, n'en sont pas moins empreintes d'une grave autorité d'expérience personnelle et recommandable, relate à peine cette exception à la règle de Loèche. Il n'est pas à notre connaissance que des observations rigoureuses l'aient non plus confirmée plus récemment. La question expérimentale mérite d'être de nouveau éclairée. Du moins, jusqu'à preuve péremptoire, on ne saurait considérer la poussée, dont il est tant parlé' à propos de Loèche,
LOÈCHE OU LOUESCHE. 285
que comme une conséquence du bain thermal prolongé et comme un procédé fréquemment efficace de médication substitutive, plus encore que dérivative.
C'est à ces titres que les eaux sulfatées calciques et chaudes de Loèche ont conquis depuis longtemps une place légitime dans le traitement des maladies cutanées. Mais Alibert lui-même insistait déjà sur l'obligation de n'employer, disait-il, les eaux de celte nature que contre les dartres accompagnées d'inertie des propriétés vitales de la peau. C'est surtout dans les formes sèches, squameuses, dont le psoriasis est une parfaite expression, qu'on réussira à modifier par une excitation énergique les conditions morbides de l'appareil tégumentaire. Là, au contraire, comme dans la plupart des affections eczémateuses, où l'on aura à redouter une influence trop stimulante et capable de dépasser le but, nous pensons que si les eaux de Loèche peuvent être conseillées, ce n'est qu'avec beaucoup de ménagements, pour peu que la maladie occupe une région étendue, soit invétérée et contrebalance quelque affection des organes internes. La diathèse herpétique elle-même ne trouve pas dans ces eaux une minéralisation spéciale. L'activité imprimée à l'exhalation cutanée et aux autres fonctions secrétaires et éliminatrices retentira nécessairement sur toute l'économie. C'est ce qui explique comment des sujets lymphatiques atteints de dermatoses ont obtenu d'excellents résultats à Loèche. Nous en dirions autant des scrofuleux qu'on y traite, des paralytiques et des rhumatisants, auxquels une thermalité , indépendante d'agents médicamenteux proprement dits, pourra devenir salutaire. lien est de même dans les dysménorrhées, dans la chlorose et la leucorrhée reliées aux troubles de la menstruation. Nous ne parlerons pas de la syphilis qu'il est d'usage d'ajouter au cadre des maladies relevant des eaux minérales et avec laquelle on confond trop souvent la cachexie syphilitique. Pour ces divers cas, la méthode de Loèche peut s'adapter, comme tonique et corroborante, mais non comme spécifique.
Nous ne sommes pas suffisamment renseignés sur le parti qu'il est permis d'attendre des eaux de Loèche prises en boisson. Employées en même temps que les bains, elles provoquent encore la diaphorèse et augmentent les urines ; il ne semble pas qu'elles déterminent, du côté de l'intestin, autre chose que de la constipation et de la congestion des vaisseaux hémorrhoïdaux. Rarement on fait à Loèche une cure par les boissons seules (Payen).
Il est fréquent de recourir aux ventouses scarifiées dans ces bains, principalement à la fin du traitement, et de la part des paysans suisses.
Loèche se groupe au pied delà Gemmi ; les variations de température y sont brusques et réclament des précautions. Les sites alpestres les