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appareils de circulation et de respiration. Chez les Insectes ^ l’abdomen ne porte jamais de membres, pas plus que chez les Arachnides. Souvent on trouve à son extrémité postérieure des appareils particuliers dont les fonctions très-diverses sont curieuses à connaître, et ont souvent trait à la ponte des œufs. Chez les Crustacés l’abdomen est souvent muni d’appendices de formes et d’usages variés. Ad. F.

Abdomen ou Ventre (Anatomie humaine), — ■ l’une des trois grandes cavités qui renferment les principaux viscères du corps humain. L’abdomen est borné en haut par

Fig. 6. — Abdomen de l'homme ouvert par sa face antérieure et montrant le foie f, — l'estomac e, — le gros intestin ou côlon transverse cc, — la masse des intestins grêles ii, — la vessie V.

le diaphragme, en bas par le bassin, en arrière par la portion lombaire de la colonne vertébrale, en avant et sur les côtés par divers muscles dont les fibres se croisent dans des directions variées. On le divise en 9 régions ; 3 supérieures : Vépigastre (des mots grecs epî^ sur, audessus^ et gastêr ventre) au milieu, et de chaque côté Vhypochondre (du grec hgpo^ sous, eichondros^ cartilage) droit et Vhypochondre gauche^ régions placées sous les cartilages des fausses côtes ; — 3 moyennes : la région ombilicale (ombilic ou nombril) au milieu, les flancs droit et gauche sur les côtés ; — 3 inférieures Vhypogastre [hypo, en dessous, gastêr^ ventre) au milieu, les régions iliaques (du latin ilia^ entrailles) droite et gauche.

L^abdomen est complètement rempli par les viscères suivants : dans l’hypochondre gauche, Vestomac avec la rate; dans rh}^pochondre droit, le /bfe; entre ces viscères, au niveau de la région épigastrique mais en arrière de l’estomac, \q pancréas ; en dessous la masse des intestins rattachée à la colonne vertébrale par la membrane séreuse womvoéQ péritoine ; en arrière les grandes a et les grandes veines du corps ; et, de chaque côté des vertèbres lombaires, l’un des deux reins ; en bas, vers la région hypogastrique, la vessie urinaire. Le péritoine recouvre ces divers organes de son feuillet viscéral, et son feuillet pariétal tapisse toute la face interne de la cavité abdominale. L’importance des organes renfermés dans le ventre ou abdomen explique la gravité des coups et blessures (voyez Blessure) ou des maladies qui intéressent cette grande cavité (voyez Maladie). Le foie, le péritoine, les intestins sont principalement le siège de maladies trèsredoutables. Les coups sur le ventre, dont on fait trop souvent un regrettable badinage, peuvent quelquefois entraîner de dangereuses consé^quences. Cette partie du corps a besoin aussi de demeurer libre de toute compression ; le jeu de la respiration en serait gêné, et en outre ii en peut résulter une prédisposition aux hernies ou descentes (voyez Hernie). L’emploi des corsets chez les femmes, surtout pendant l’enfance et la jeunesse, doit être spécialement surveillé à ce point de vue (voyez Corset).

ABDOMINAUX (Poissons) (Zoologie). — Nom donné par G. Cuvier au 2"'® ordre de la classe des Poissons, pour rappeler que chez les poissons de ce groupe les nageoires abdominales ou ventrales, conservant leur posisition naturelle, sont fixées sous le ventre en arrière des nageoires pectorales. Ce second ordre, désigné sous le nom

de Malacoptérygiens abdominaux, réunit, selon Cuvier, les caractères suivants : Poissons osseux, à branchies libres ; la mâchoire supérieure mobile sur les os du front ; les nageoires dépourvues de rayons épineux ; les nageoires ventrales suspendues sous l’abdomen, en arrière des pectorales et sans être attachées aux os de l’épaule. Le nom adopté ici par G. Cuvier avait été imaginé par Linné, puis employé d’après lui par Lacépède et G. Duraéril.

Cet ordre comprend surtout des poissons d’eau douce ; on y admet cinq familles : les Cyprinoïdes (carpes, barbeaux) ; les Esoces (brochets) ; les Siluroïdes (silures) ; les Salmones (saumons, truites) ; les Clupes (harengs, aloses).

ABDUCTEURS (Muscles) (Anatomie), dulatin obducere, écarter. — Muscles qui ont pour fonction d’écarter de la ligne moyenne du corps les parties qu’ils mettent en mouvement. Les muscles abducteurs ne se rencontrent guère que dans les membres. Ainsi, dans l’espèce humaine, la cuisse est écartée du corps et portée en dehors par des muscles abducteurs, qui sont le grand, le moyen et le petit fessier ; le bras a pour abducteurs les muscles deltoïde, coraco-brachial , sus-épineux ; h la main on peut citer surtout le long et le court abducteur du pouce ; etc.

ABEILLE (Zoologie), sans doute dérivé par corruption du mot latin apicula, abeille, diminutif de apis. — Insecte de l’ordre des Hyménoptères connu de toute antiquité par ses mœurs, ses instincts, ses travaux admirables et par la précieuse faculté de produire le miel; aussi l’abeille est-elle souvent nommée mouche à miel.

Les caractères et la conformation de cet insecte, étant beaucoup plus faciles à comprendre, lorsque ses mœurs sont connues, seront exposés un peu plus loin dans cet article.

Mœurs des abeilles. — Les abeilles vivent réunies en sociétés nombreuses, sortes de cités régies par des lois fixes, renfermant plusieurs castes et où le travail, divisé d’une façon régulière, s’exécute avec un ensemble admirable. Ces sociétés nous offrent, comme celles des Fourmis, trois sortes d’individus : les ouvrières, les reines et les faux bourdons. Les premières sont spécialement chargées des travaux que nécessite l’existence de la colonie ; les deux autres sortes d’individus sont les femelles et les mâles, d’où naîtront les nouvelles générations destinées à la peupler ou à émigrer au dehors.

Lorsque des abeilles occupent une ruche vide, leur premier soin est de clore les petites fentes qui peuvent exister dans les parois de leur habitation et de n’y laisser qu’une étroite ouverture dont l’entrée est toujours surveillée par un certain nombre d’ouvrières. Elles emploient à ce travail une sorte de résine d’un brun rougeâtre qu’on nomme propolis, et qu’elles savent se procurer et mettre en réserve (voir plus loin).

Lorsque la ruche est hermétiquement close, sauf l’entrée réservée, la colonie s’occupe de construire un gâteau, c’est le nom que Ton donne à une double rangée de cellules hexagonales, adossées par leur fond. M. Michelet, en décrivant dans un livre récent {Vlnsecte, 1859), cette partie du travail des abeilles, s’est inspiré d’un passage de Huber, qu’il semble bon de rapporter ici : U L’ouvrière dont les lames de matière à cire sont bonnes « à être employées, fend la presse de ses camarades, les (( force à se retirer... elle se suspend alors par les pattes U antérieures au centre de l’endroit qu’elle a déblayé. (( Nous la vîmes aussitôt saisir une des plaques qui débor- !( daient ses anneaux (les anneaux médians de l’abdou men). L’abeille tenait alors cette lame dans une posi- (( tion verticale : nous nous aperçûmes qu’elle la faisait (( tourner entre ses dents à l’aide des crochets de ses « premières jambes, qui, étant fixés à sou bord opposé, (( pouvaient lui imprimer ime direction convenable. La (( trompe repliée sur elle-même, lui servait de point d’ap- « pui, elle contribuait, en s’élevant et s’abaissant tour à (( tour, à faire passer toutes les portions de la circonfé- (( rencesousle tranchant des mandibules, et le bord de cette « lame fut ainsi brisé et concassé en peu d’instants. Ces (( fragments, poussés par d’autres nouvellement hachés, « reculèrent du côté de la bouche et sortirent de cette « espèce de filière sous la forme d’un ruban fort étroit. Ils (( se présentèrent ensuite à la lèvre inférieure ; celle-ci « les imprègne d’une liqueur écumeuse semblable à une « bouillie... Après avoir enduit toute la matière du ru- « ban avec la liqueur dont elle était chargée, la lèvre in- « férieure poussa en avant cette cire et la força à repas- (( ser une deuxième fois dans la même filière, mais en sens « opposé ; le mouvement qu’elle communiquait à la cire « la fit avancer vers la pointe acérée des mandibules et

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n à mesure qu’elle passait elle était hachée de nouveau. <! L’abeille appliqua enfin les parcelles de cire contre la « voûte de la ruche ; elle en plaça d’autres au-dessous <( et à côté des premières... Cependant l’abeille fondatrice « quitta la place après avoir employé ce qu’elle avait de « matière à cire ; elle se perdit au milieu de ses compa- « gnes, et une autre lui succéda. »

«D’autres, poursuit M. Michelet, continuent sans s’écar- « terce qu’a commencé la première. Si quelque novice inin- « telligente ne suit pas le plan adopté, les maîtresses abeil- « les, savantes et expérimentées, sont là pour saisir le « défaut et y porter remède. » (Huber.) Comme elles déposent leur cire au môme endroit, les abeilles ne tardent pas à former une masse irrégulière qui sert à creuser les cellules du premier rang et qui fournit une base solide aux constructions qui vont se développer. Chaque cellule est sculptée dans le bloc primitif par les ouvrières. Les mandibules cornées dont leur bouche est pourvue leur servent de ciseaux; leurs antennes sans cesse en mouvement sondent en la heurtant l’épaisseur de la cire, et prennent les mesures indispensables pour exécuter une construction si régulière. Pendant ce travail d’autres s’occupent à prolonger le gâteau commencé, en accumulant de nouvelle cire. Réaumur a constaté qu’un gâteau large de 25 centimètres est souvent l’ouvrage d’une seule journée. Dès que le premier atteint une hauteur de 7 à 8 millimètres, un autre est fondé de chaque côté.

Lorsque la ruche est habitée depuis quelque temps, on peut y voir dans leur ensemble les constructions que ces insectes y ont élevées. Elle renferme alors un assez grand nombre de gâteaux généralement parallèles les uns aux autres, parfois obliques, suspendus à la voûte de la ruche et en môme temps attachés par leurs bords aux parois latérales.

(( Il est aisé, dit Réaumur, d’apercevoir que les gâteaux (( ne se touchent point, qu’entre deux gâteaux il reste un « espace au moins assez large pour que deux abeilles « puissent y passer à la fois, ce sont les rues ou, si l’on « veut, les places publiques que les architectes ont ré- <( servées pour pouvoir faire usage de toutes les cellules « de chaque gâteau. Outre ces grandes rues, on en re- « marque beaucoup de plus petites, qu’on appellera « peut-être plus volontiers des portes ou des passages; <( ce sont des ouvertures ménagées dans chaque gâteau « et qui le traversent. »

Les gâteaux se composent d’un grand nombre de cellules, ayant la forme d’un prisme à six pans , terminé par un fond pyramidal résultant de la réunion de trois losanges égaux, également inclinés quic oupent les faces du prisme obliquement à leurs arêtes. Les gâteaux étant formés par une double couche de cellules adossées {fig.l et H), il en résulte que le fond des cellules de l’une des couches constitue en môme temps le fond de celles de la couche adossée ; mais ces cellules ne sont pas vis-à-vis l’une de l’autre ; chacune d’el- . „ . les est, par son fond,

contiguë à trois cellules de la couche opposée. Plusieurs géomètres distingués ont étudié au point de vue mathématique ce travail des abeilles {Annales des sciences naturelles^ 2® série, t. XIII). Mais qui nous dira quels procédés ces insectes mettent en œuvre? En tout cas la symétrie des diverses parties de leur corps doit leur être très-utile pour prendre les mesures diverses que nécessitent ces opérations. L’adossement des cellules par des pointements à trois faces est la meilleure disposition géométrique pour ménager le temps, la cire employée et la place disponible. « Ainsi, dit M. Lalanne, les abeilles, dans la « construction de leurs alvéoles, ont résolu un problème « de minimum^ et les parois de leur merveilleux édifice « ont été disposées de la manière la plus économique, en « épargnant le plus possible la matière et le travail, pour « un volume déterminé d’alvéoles. »

Frappés de ces grands traits, des sages ont pensé Qu’un céleste rayon dans leur sein fut versé.

{Géorgîques, liv. iV )

disait Virgile, il y a dix-neuf cents ans, et l’on ignorait alors la plus grande partie de ces mœurs étonnantes !

Les cellules ou alvéoles, selon l’expression de M. Michelet, sont généralement, l’été des berceaux, l’hiver des réservoirs de pollen et de miel, un grenier d’abondance pour la république.

« Lorsque, dit Réaumur, la récolte du pollen est si « facile et si abondante qu’il en vient plus à la ruche « qu’il n’en peut être consommé, l’abeille qui arrive avec (( deux pelotes de cette matière, attendrait longtemps « avant de trouver des compagnes qui vinssent les lui « ôter. Toutes en sont gorgées ; celle qui en rapporte est « probablement aussi raf^s.isiée; mais elle n’a garde de « laisser perdre le fruit de son travail. Il vient des temps « où il y a disette de poussière d’étamines, et môme « dans la saison la plus favorable, il y a des jours fâcheux « où les abeilles ne peuvent aller ramasser celle dont « les fleurs sont chargées. Il leur convient d’avoir, pour « de pareils temps, du pollen en provision. L’abeille qui « arrive chargée de deux pelotes de cette matière s’accro- « che avec ses deux jambes contre le bord d’une cellule « dans laquelle il n’y a ni ver ni miel ; elle y fait entrer « ses deux jambes postérieures, celles qui sont chargées « de pelotes, et alors avec le bout de chacune de ses « jambes du milieu, elle pousse dans l’alvéole la lentille « de pollen de chacune des jambes postérieures. »

Dès qu’une abeille a commencé à déposer ainsi du pollen, d’autres l’imitent en ayant soin de pétrir leur récolte et de l’humecter avec du miel. Outre le pollen et le miel destiné à la nourriture habituelle, les abeilles déposent comme provisions, dans ces cellules de cire presque incorruptible du miel incomplètement, préparé et par cela môme susceptible d’une longue conservation. Toutes ces réserves ne sont employées que dans les moments de grande nécessité, « quand la bise est venue. » Aussi les cellules qui les renferment sont-elles hermétiquement closes par un couvercle de cire soudé aux bords de l’alvéole.

Quand vient le temps d’élever les petits, un certain nombre de cellules sont appropriées à cet usage. Chacune d’elles ne reçoit qu’un seul œuf et protège durant tout son développement le ver, ou larve, qui pendant cette période ne sort jamais de son berceau de cire. S’il arrive par hasard que plusieurs œufs soient déposés dans une môme cellule, les ouvrières ne tardent pas à détruire ceux qui font double emploi ou les répartissent dans d’autres cellules. Les vers, ou larves, qui naissent de ces œufs sont placés, non sur le fond môme de la cellule, mais sur une espèce de bouillie que les ouvrières apportent plusieurs fois par jour. Presque insipide dans les premiers temps, cette bouillie finit par devenir très-sucrée; c’est par degrés que les ouvrières nourrices amènent les larves à un état où le miel peut leur servir d’aliment. Cette bouillie destinée aux larves d’ouvrières, et même celle qui est donnée aux larves de reines, paraît être un mélange de miel et de pollen dans des proportions variées. Au bout de six à sept jours, la larve cherche à s’allonger; c’est le moment où elle va passer à l’état de nymphe. Les ouvrières, reconnaissant qu’elle n’a plus besoin d’être nourrie, ferment avec de la cire l’ouverture de la cellule, tandis que pour préserver la délicatesse de sa peau, au moment critique de cette métamorphose, le ver s’empresse, comme certaines chenilles, de tapisser de soie les parois de sa prison temporaire.

Ainsi sont élevés les ouvrières et les faux-bourdons; mais il en est tout autrement pour les reines. A leurs larves sont réservées des alvéoles beaucoup plus spacieuses, plus solides, qui ont la forme d’un dé à coudre et sont suspendues verticalement aux parties inférieures des rayons; on les nomme les cellules royales. Une nourriture spéciale est donnée par les ouvrières aux larves qui les habitent.

Dans une ruche qui contient quelquefois 20 000 ou 30 000 individus, dont 600 à 800 faux-bourdons, on ne trouve presque toujours qu’une seule reine. Mais au printemps, après l’éclosion des ouvrières et des faux-bourdons, quelques jeunes reines éclosent à leur tour. Atten- . tives et vigilantes, des ouvrières font la garde à l’entrée ! de leurs cellules royales, les empêchent de sortir dans la . ruche et fortifient avec la cire la clôture fragile que la ; prisonnière s’efforce de briser; elle manifeste son impa- 1 tience par un bruissement assez fort; l’ancienne reine

Fig. 7. — Cellules ou alvéoles coupées suivant l'épaisseur du gâteau.

Fig. 8. — Cellules ou alvéoles vues de face.

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l’entend et le comprend fort bien. Émue d’une jalousie peu maternelle, celle-ci parcourt la ruche pour détruire les jeunes rivales auxquelles elle a donné le jour. Quelques-unes tombent sous ses coups et sont impitoyablement déchirées ; mais des rassemblements d’ouvrières l’arrêtent bientôt et l’entraînent vers une autre partie de la ruche. La plus grande rumeur règne dans cette cité ordinairement si paisible; les provisions mises en réserve sont livrées au pillage; enfin la vieille reine s’élance hors de la ruche qu’elle abandonne définitivement, et une nombreuse émigration d’ouvrières et de faux-bourdons la suit et forme ainsi le premier essaim^ ou vulgairement jeton^ qui se détache de la colonie.

La ruche presque déserte voit bientôt revenir les ouvrières qui étaient occupées au dehors à la récolte du pollen ; de nouvelles éclosions augmentent leur nombre ; les jeunes reines libres enfin sont sorties de leurs cellules, et la colonie va retrouver un chef. Celles-ci en décident le choix par un de ces combats si poétiquement décrits par Virgile, qui les avait vus lorsqu’ils se livrent hors de la ruche mais racontés par Huber qui les avait observés dans la ruche, môme. Deux jeunes reines sortirent en m ôme temps de deux cellules voisines ; à peine se furentelles vues qu’elles s’élancèrent l’une contre l’autre avec fureur et se saisirent de la manière suivante : chacune d’elles avait ses antennes prises entre les dents de sa rivale ; tête contre tête, corselet contre corselet, elles se tenaient face à face, et n’avaient qu’à replier l’extrémité de leur corps pour se percer mutuellement ; mais elles se dégagèrent et s’enfuirent , chacune , de leur côté. Sans doute leur instinct défend un mode d’attaque où les deux adversaires périraient. Plusieurs fois la môme manœuvre se renouvela, les ouvrières s’opposèrent à la fuite des deux reines et les retinrent en présence ; enfin la plus forte des deux, profitant d’un moment où l’autre ne la voyait pas venir, fondit sur son ennemie, la saisit avec ses dents près de la naissance de l’aile, monta sur son corps et lui plongea son dard dans le corps entre deux anneaux. La victime tomba, s’affaiblit rapidement et mourut peu de temps après. Ainsi se reconstitue l’unité monarchique de la ruche et les ouvrières reprennent bientôt leurs travaux.

L’essaim qui a pris son vol au dehors s’éloigne peu de son ancienne habitation ; il ne songe qu’à fonder une nouvelle colonie. Généralement les abeilles qui le composent vont se poser sur les arbres voisins où elles se suspendent en s’attachant les unes aux autres par les petits crochets qui terminent leurs pattes, comme si elles se tenaient par les mains. Il est assez facile de décider l’essaim à entrer dans une ruche ; on a remarqué que dans cette circonstance les abeilles font très-rarement usage de leur aiguillon. A peine installées dans leur nouvelle demeure, elles se mettent au travail avec ardeur, et, en quinze jours, elles en font plus que dans tout le reste de l’année.

Une ruche bien peuplée donne souvent deux et trois essaims, mais le dernier l’affaiblit beaucoup et la met en danger de périr pendant l’hiver.

iOn a souvent comparé ces laborieuses cités des abeilles aux sociétés humaines, et il faut en convenir, cette comparaison est fertile en rapprochements curieux. Mais il importe de ne pas s’en laisser imposer par les mots et de ne rien prêter de nos idées aux habitants des ruches. La reine, qui semble le chef de leur colonie et que l’on a longtemps appelée le roi (voyez \qs Géorgiques)^ n’est pas une maîtresse qui commande et gouverne. Le peuple nombreux des ouvrières a ses devoirs tout tracés par une loi mystérieuse; elles travaillent librement; si elles entourent la reine de tous les égards d’une espèce de culte, elles veillent à ce que celle-ci remplisse dans la ruche son rôle de providentielle maternité, et si par hasard elle tente de s’en écarter, les ouvrières l’y contraignent avec une sorte de fermeté respectueuse. C’est ainsi qu’au moment où la reine va déposer les œufs, on voit marcher autour d’elle un véritable cortège d’ouvrières. Cette suite nombreuse et vigilante la guide de cellule en cellule, lui fournit au besoin la nourriture qu’elle ne peut aller prendre, et lui prête assistance dans sa tâche laborieuse. D’autres fois, au signal de leur reine, elles suspendent leurs travaux pendant que celle-ci fait entendre un bourdonnement particulier. Si la reine vient à périr à une époque où l’on ne peut la remplacer par une nouvelle, chaque soir les abeilles font entendre à deux ou trois reprises une sorte de chant lugubre; le reste du jour elles demeurent inactives et silencieuses ; enfin elles se dispersent et finissent misérablement. « Dans une de mes ruches, dit « un observateur (M. de Frarière), une vieille reine, de- « venue toute noire, sans poils, les ailes déchirées, mais

« qui n’en était pas moins chère à sa peuplade, mourut « sans laisser de postérité. Son corps inanimé était tombé « au fond de la ruche, les abeilles l’environnaient avec « respect; la brossaient avec soin, lui offraient du miel, « la retournaient dans tous les sens, et pendant plusieurs « jours elles traitèrent leur défunte souveraine avec tous « les égards qu’elles avaient pour elle de son vivant. » Puis quand elles comprirent que leur reine était morte, le deuil commença. Pour conjurer ce malheur, les abeilles ont reçu le privilège de pouvoir créer des reines avec des larves d’ouvrières. Elles commencent par détruire les cellules qui environnent celle où repose la larve prédestinée à cette transformation. Cette cellule a bientôt reçu la forme et les dimensions d’une loge royale ; en même temps la larve change d’alimentation et reçoit des ouvrières nourrices la bouillie sucrée qu’on donne ordinairement aux reines. Sous l’influence de ce nouveau régime les larves se développent tout autrement qu’elles ne l'auraient fait et deviennent des reines. Ainsi tout est prévu pour assurer aux abeilles l’indispensable présence d’une reine qui, en assurant la perpétuité de la race, donne un but aux travaux de son peuple.

Virgile a célébré avec raison la sage distribution de ces travaux. « Les unes, dit-il (en parlant des ouvrières), « sont chargées de récolter la nourriture commune, et « vont butiner dans les champs; d’autres, dans l’intérieur « delà ruche posent les premiers fondements des gâteaux « avec la glu flexible récoltée sur les arbres, et y sus- « pendent leurs cellules de cire ; d’autres élèvent et nour- « rissent les petits qui sont l’espoir de la nation : d’au- « très encore préparent le miel épuré et en remplissent <( certaines alvéoles. Il en est enfin qui ont pour mission « de faire sentinelle à la porte de la ruche, d’examiner (( le ciel et de prévenir dès que le mauvais temps me- « nace; elles reçoivent les fardeaux que rapportent les « butineuses, ou vont en bataillon combattre et repousser « le frelon ravisseur. » {Géorgiques-^ 1. IV). Il ajoute un peu plus loin que les travaux intérieurs sont généralement réservés aux plus vieilles ouvrières; les jeunes vont récolter au dehors et combattent les ennemis, s’il en est besoin. A la nuit tombante toutes rentrent à la ruche, le silence se fait et l’aurore seule les rappelle aux champs ; enfin le mauvais temps les empêche de sortir et elles semblent très-habiles à le prévoir.

Du miel. — Le produit le plus intéressant pour nous des travaux de l’abeille est le miel qui pendant longtemps a tenu lieu du sucre. Cette substance provient d’une matière sucrée que recèlent la plupart des fleurs au fond de leur calice, et que l’on nomme leur nectar. Les plantes de la famille des labiées, telles que le thym, la lavande, la menthe^ etc., fournissent le meilleur nectar aux abeilles. L’insecte se plonge dans la fleur pour laper les liquides sucrés qu’elle renferme; il se sert pour cela de sa trompe longue, charnue et flexible comme une langue ; le nectar remonte jusqu’à une ouverture qu’on peut considérer comme le pharynx ou arrière-bouche; de là un canal œsophagien [fig. 9), le conduit dans un premier estomac, sorte de poche vésiculeuse, où ce nectar s’élabore et devient du miel. Ce premier estomac ou jabot est donc une sorte d’alambic dans lequel^ par une digestion spéciale, les liquides sucrés de la fleur se transforment et sont tenus en réserve. Quand l’abeille veut offrir le nectar à une larve, à sa reine , ou le déposer dans une cellule, elle le fait remonter à sa bouche et le dégorge le long de sa trompe- Le miel préparé par une abeille est habituellernent divisé en trois parts, l’une pour elle-même, une autre pour la communauté, la troisième pour les larves ; le surplus, dès qu’il y en a, est mis en réserve pour la mauvaise saison.

Outre le miel, les abeilles récoltent sur les fleurs la poussière des étamines o\\ pollen., dont elles se nourrissent et qu’elles emmagasinent également dans leur ruche.

De la cire et de la propolis. — La cire est produite par l’abeille elle-même, c’est une sorte de transsudation

Fig. 9. — Canal disrestif de l'abeille domestique. — h. Bouche. — œ, OEsophage.— j. Jabot.— e, Estomac.— i, Intestin.— 7', Recaim.

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ou sécrétion dont le produit s’amasse entre les anneaux de l’abdomen des ouvrières. Longtemps on a cru que cette substance était préparée avec le pollen des fleurs ; Réaumur lui-même partageait cette opinion. Ce fut un simple cultivateur de la Lusace qui découvrit la véritable origine de la cire; John Hunter, en Angleterre, confirma ces premières observations, et Huber, le célèbre historien des abeilles, mit le fait hors de doute. Il trouva, sous les anneaux de l’abdomen, dans le repli qui les sépare les uns des autres, des plaques de cire rangées par paires dans de petites poches. Chaque ouvrière porte huit de ces plaques ; mais il faut avouer que ce n’est pas encore la cire complète^; bien que déjà fusible, cette matière n’est encore ni flexible ni blanche, et les abeilles l’élaborent au fur et à mesure qu’elles la mettent en œuvre. Huber fit à ce sujet des expériences curieuses ; il reconnut que les abeilles nourries uniquement de pollen ne peuvent plus produire de cire, tandis que si elles sont alimentées avec une liqueur sucrée elles en produisent beaucoup.

L’origine de la matière résineuse qu’on nomme la propolis n’est pas très-bien connue : Huber seul a vu les abeilles la recueillir sur des bourgeons de peupliers et d’arbres analogues. D’un autre côté, plusieurs observateurs ont remarqué qu’elles ne manquent pas de propolis dans des pays où il n’y a aucun arbre de cette nature; ils ajoutent que cette matière paraît dans les ruches, en été et non au printemps. Peut-être est-ce dans les anthères des étamines dont le pollen n’est pas encore répandu en poussière, que les abeilles vont chercher la matière première de la propolis.

Développement et conformation des abeilles. — Les œufs des abeilles {fig. 10,i) sont de petits corps allongés,

ovales et un peu courbes ; ils sont blanchâtres et mesurent 2 à 3 millimètres. L’éclosion a lieu de 3 à 6 jours après qu’ils ont été déposés dans les alvéoles, et elle donne naissance à un petit ver ou larve {fig.

10,2), long environ de 4 millimètres ; son corps est blanc, marqué de rides ou plis circulaires et contourné en anneau; elle est dépourvue de pattes. En 6 jours, ces larves que l’on nomme le couvain, et dont l’éducation est la plus chère occupation des ouvrières, ont terminé leur développement, et atteint une longueur de 14 millimètres [fig. 10,3). L’état de nymphe où elles entrent ensuite dure 12 jours, puis la nymphe, se dépouillant de l’épiderme où elle a été emprisonnée, apparaît en abeille, ronge le couvercle de son alvéole et se montre au jour. Ses ailes encore humides ont besoin de se consolider à l’air, et pendant ce temps la jeune abeille procède à une sorte de toilette personnelle après laquelle elle prend part aux travaux. Les jeunes reines séjournent plus longtemps dans les alvéoles et naissent toutes prêtes à voler; mais les ouvrières les nettoient et les parent avec soin dès qu’elles ont quitté leur cellule royale. Les jeunes abeilles se reconnaissent à leur couleur grise, à l’abondance des poils; les vieilles sont rousses, plus petites et moins velues. On ne sait au juste quelle est la durée de la vie des abeilles, et l’on hésite entre trois et sept années.

Les abeilles ouvrières ou neutres, {fig. 11), que l’on considère comme des femelles stériles, ont une taille moindre que les deux autres sortes d’individus; leurs antennes ont i2 articles, leur abdomen court et incomplètement développé ne montre que 6 anneaux.

Elles ont, comme les reines, un aigui’-^ Ion caché dans l’extrémité de l’abdomen et qui, en piquant, verse dans la . plaie, où le plus souvent il reste, un

liquide vénéneux. Mais les ouvrières sont surtout remarquables par l’organisation des pattes postérieures, qui jouent un grand rôle dans la récolte des matériaux d’où le miel et la cire. La jambe postérieure {fig. 12) a la forme d’une plaque triangulaire articulée avec la cuisse, et offrant en dehors, vers l’extrémité, une légère cavité bordée de poils qu’on appelle corbeille : le

r'ig. 10. — OEufs et larves de l'abeille. — 1, Trois œufs. — 2, Jeune larve vue à un grossissement de 2 diamètres. — 3, Larves près de se transformer.

Fig. 11.— Abeille domestique, ouvrière (gr. natur.).

Fig. 12. — Patte postérieure d'abeille vue en dessus et en dessous — e, Hanche — d, Cuisse. — a, a', Jambe. — b, b' , Tarse, lev anneau. — c, Reste du tarse (10 fois la long.).

successivement dans les cor-

premier article du tarse est élargi en une lame de forme quadrangulaire et constitue, par la mobilité de son attache avec la jambe, une espèce de pince qui tient lieu de main à ces insectes.

Cette pièce , nommée pièce carrée, est lisse en dehors, et couverte , à sa face interne, de poils roides, fins, serrés, ce qui lui a valu aussi le nom de brosse»

Tout le monde a vu les abeilles se plonger dans les corolles des fleurs et s’y couvrir de la poussière jaune provenant des étamines. C’est alors que les poils dont elles sont hérissées leur sont d’un grand usage. Quand elles sont suffisamment chargées en balayant tout leur corps avec les tarses des jambes, elles rassemblent le pollen à l’aide de leurs brosses et en forment de petites boules que les pattes intermédiaires (2e paire) déposent beilles.

La sécrétion de la cire, qui appartient surtout à la jeunesse des ouvrières, modifie la forme de l’abdomen, et Huber a distingué les ouvrières civières et les nourrices ou les grandes et petites ouvrières. Ces nourrices ou petites ouvrières s’occupent spécialement de l’éducation des petits et laissent aux autres plus jeunes les travaux pénibles.

Les reines ou femelles {fig. 13) se font remarquer par la longueur de leur abdomen où l’on compte 7 anneaux bien distincts ; elles ont d’ail- ^ /

leurs la même conformation que les ouvrières,sauf qu’elles n’ont aux jambes postérieures ni brosses ni corbeilles. Une reine abeille peut donner le jour à tout un peuple ; Réaumur a trouvé chez une seule jusqu’à 1 200 œufs à la fois, et ils se reproduisent à mesure qu’ils sont mis au jour.

Les faux-bourdons ou mâles {fig. 14), ou bourdons des cultivateurs, sont plus gros que les ouvrières, plus petits que les reines et ressemblent aux véritables bourdons. Ils se distinguent par une tête arrondie avec deux gros yeux à facettes qui se touchent sur le sommet. Dépourvus de corbeilles et de brosses, ils manquent aussi d’aiguillon. Leur trompe ou langue est plus courte que chez les deux autres sortes d’individus.

La bouche des abeilles offre une composition qui leur permet de diviser des corps résistants et de laper des liquides. De fortes mandibules (vulgairement nommées dents), puis des mâchoires longues et munies d’un palpe court, enfin au milieu et en dessous la lèvre inférieure prolongée en une trompe ou langue molle et charnue.

La vue paraît très-perçante chez les abeilles, car on ne peut douter qu’elles n’aperçoivent de très-loin leur rucher et ne se rendent en ligne droite à leur habitation. L’ouïe semblerait exister aussi d’une manière plus évidente que dans beaucoup d’autres insectes, car le bourdonnement des reines est différent de celui des ouvrières et paraît exercer sur celles-ci une influence très-grande. D’ailleurs chacun sait que les cultivateurs, pour recueillir les essaims dans de nouvelles ruches, font retentir l’air de sons métalliques discordants. Il faut dire cependant que le bruit du tonnerre, celui d’une arme à feu, ne semblent pas affecter les abeilles.

Les antennes sont, comme chez presque tous les Insectes, le siège d’un tact particulier fort développé ; et l’on en comprend toute la délicatesse lorsqu’on voit l’abeille parcourir dans l’obscurité tous les détours de sa retraite

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Fig. 13. — Abeille domestique, femelle ou reine (gr. natur.).

Fig. H. — Abeille do mestique, mâle ou fauxbourdon (gr. natur.).

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et chercher l’alvéole qui recèle sa récolte en palpant tout ce qui l’entoure. Si l’on retranche les antennes à une abeille, on la voit se laisser tomber des gâteaux et elle ne tarde pas à s’échapper de la ruche pour n’y plus revenir ; s’appliquant à elle-même les lois draconiennes de la société où elle vit, elle s’exile de l’habitation où, ne pouvant plus travailler, elle devient une charge inutile.

Ennemis des oMilles. — L’ennemi le plus redoutable peut-être de ces industrieux insectes est la teigne de la cire, espèce de papillon dont la chenille détruit les gâteaux à l’abri de longs tubes de soie qu’elle se construit et dont la solidité défie l’aiguillon des abeilles. Les larves de certains insectes coléoptères, les clairons, leurs sont aussi fort nuisibles. Les dégâts de ces ennemis de leurs cités poussent parfois les abeilles à des actes singuliers de brigandage. Les pauvres bêtes émigrent en masse vers des ruches plus heureuses ; repoussées à coups d’aiguillon, elles livrent un combat acharné ; vaincues, elles se dispersent et meurent; victorieuses, elles envahissent la ruche attaquée, tuent tout ce qui reste des premières habitantes, et enlèvent le miel pour le transporter dans leur ruche.

Il faut encore citer parmi les ennemis des abeilles les rats, les loirs, certains oiseaux tels que les guêpiers; de nombreux insectes, guêpes, frelons, philanthe apivore, etc : Ce dernier approvisionne chacun de ses œufs de trois corps d’abeilles. Quant au sphinx tête de mort, on a certainement beaucoup exagéré le tort qu’il peut causer aux ruches.

Telle est en abrégé l’histoire de l’abeille domestique [Apis mellifica, L.). Les mœurs de ce peuple industrieux ont eu, de tout temps, le privilège d’exciter l’enthousiasme des observateurs. On ne saurait en effet trop admirer une réunion de qualités aussi nombreuses que celles dont un de nos naturalistes modernes donne ainsi le résumé : u Amour de l’ordre et du travail ; organisation « delà spécialité; économie savante dans les voies et (( moyens ; surveillance sévère de l’emploi du trésor pu- (( blic; haine vigoureuse des travailleurs pour les oisifs (( et extermination de ceux-ci ; légitimité fondée sur le prin- « cipe de la souveraineté nationale; affection dévouée, sans « être aveugle, pour le chef de l’État; abnégation des « individus au profit de la chose publique ; application « constante, et souvent rigoureuse, de la maxime qui « établit que le salut du peuple est la suprême loi ; atta- « chôment inaltérable au lieu natal; horreur de l’inva- <( sion étrangère et vigilance infatigable aux portes de la <( cité; admirables précautions contre l’anarchie qui ré- « sulterait de la vacance du trône; voilà quelques-unes «> des conditions du contrat social que les abeilles exé- « cutent ponctuellement depuis la création du monde. « Ces insectes étaient, chez les Égyptiens, l’emblème « hiéroglyphique de la royauté ; mais vous pourrez vous « convaincre, en les étudiant, que si leur État est une

(( monarchie, c’est celle-là sur- <( tout qui mérite d’être appe- « léela meilleure des républi- « ques. »

Piqûre des abeilles. — L’aiguillon des abeilles produit une blessure douloureuse qui souvent devient le point de départ d’un inflammation assez considérable, parfois même occasionne quelque peu de fièvre. On a vu des personnes être fort malades à la suite de plusieurs piqûres simultanées faites par plusieurs abeilles et si elles étaient en trop grand nombre un homme pourrait mourir de leurs suites.

Ces accidents proviennent à la fois du dard barbelé qui se brise et reste habituellement dans la piqûre, et du venin préparé par un apparie CabeUi^rès^-liw^ reil spécial (/iy. 15), qui est

OU aiguillon.— Glande à ve- instlllG Q^nS Ici plctlG. AviSSl

niri. — Y, Réservoir et condiiii. conscille-t-on d’cxtraire d’a-

— a, a, h. Derniers anneaux de , i i9 • *n • j i»

rabriomen. - ee, Basedelaiguil- bord 1 aigUlllOll, puiS de frottCr

Ion. la plaie avec de l’huile ou avec

de l’eau fraîche légèrement aiguisée de vinaigre. On emploie aussi avec succès l’alcali volatil étendu d’eau. L’inflammation, si elle se manifeste cède d’ailleurs aux moyens ordinairement employés pour

combattre cet état morbide quelle qu’en soit la cause.

Autres espèces d’abeilles. — Outre l’abeille commune, on trouve sur les côtes d’Italie, en Grèce : l’Abeille ligurienne [Apis ligustica, Spinola), qui paraît d’un naturel plus doux, car elle se laisse enlever son miel sans jamr’s se défendre au moyen de son aiguillon. L’Abeille d Égypte est aussi une espèce différente (Ajow fasciata, Latr.), elle était élevée avec soin par les anciens Égyptiens, qui, chaque année, au mois d’octobre, remontaient leurs ruches, sur des bateaux, de la basse Égypte dans la haute. D’après Columelle, les Grecs faisaient aussi passer leurs ruches de l’Achaïe dans l’Attique, lorsque les fleurs disparaissaient dans la première de ces provinces dont la température était plus chaude. Les autres contrées de l’ancien continent possèdent quelques autres espèces moins remarquables.

On trouvera au mot Apiculture, les faits qui concernent plus particulièrement l’exploitation des abeilles. L’histoire naturelle de ces merveilleux insectes a de tout temps excité vivement l’attention, et les anciens en connaissaient déjà beaucoup de traits auxquels se mêlait plus d’une erreur (voyez les Géorgiques de Virgile, 1. IV). Les modernes ont poussé fort loin cette curieuse étude^ et nos connaissances actuelles sont surtout dues à Réaumur pour servir à Vhistoire naturelle des

insectes, 1734-42), et à François Huber (NoimeZ/e^ Observations sur les abeilles, 1792, 2 vol. in-8°) : ces deux ouvrages sont sans contredit les plus curieux que les naturalistes aient jamais écrits sur les mœurs des animaux, et nous y renvoyons également l’étudiant et l’homme du monde. L. Fair.

Abeille (Zoologie classique). — Genre à' Insectes de l’ordre des Hyménoptères, ^Qciionû.e.’s, Porte-aiguillon, famille des Mellifères de Latreille. Le grand genre ou Abeille, de Linné, a été partagé par Latreille en 2 sections comprenant 45 sous-genres, que l’on a coutume de considérer aujourd’hui comme des genres. La 2® section, celle Apiaires, compte parmi ses 37 genres, celui des Abeilles proprêment dites ou genre Apis, dont les caractères peuvent s’énoncer ainsi :

Caractères : — An/e/meA filiformes et coudées; mandibules en forme de cuiller chez les individus neutres, bidentées chez les mâles et les femelles ; premier omticle des tarses des jambes postérieures très-développé et carré, dans les individus neutres, où il porte intérieurement une sorte de brosse formée de poils rangés en bandes transversales.

Outre V abeille domestique ou mouche à miel, et les autres espèces signalées plus haut pour la production du miel, le vulgaire désigne encore sous le nom à'abeilles divers insectes appartenant à des genres voisins et que font remarquer certaines particularités de mœurs. — L’A beille perce-bois ou menuisière est aujourd’hui le type du genre Xylocope ;V Abeille maçonne et V Abeille tapissière se rapportent au genre Osmie; Abeilles coupeuses sont des Mégachiles;\Qs Abeilles nomades de Fabricius sont des Cucullines, etc. On range dans le genre Mélipone diverses espèces dont le miel est recherché dans l’Amérique méridionale.

ABERRATION (Astronomie et Physique), du latin aberrare, s’écarter. — Effet produit par la déviation des rayons lumineux dans trois circonstances différentes.

Aberration de sphéricité (voyez Réflexion, Miroirs, Réfraction, Lentilles). — Les rayons de lumière qui, émanant d’un point lumineux, viennent se réfléchir sur un miroir sphérique, ne vont pas tous«après la réflexion converger rigoureusement en un même point, image du premier ; ils s’en écartent d’autant plus que le miroir a

Fi'^. 16. — Aberration de sphe- Fig. 17, — Aberration de sphéri-

° ricité dans un miroir. cité dans une lentille.

plusd’étendue. La grandeur de respace«ô(/iy. 16), danslequel s’effectue cette réunion des rayons réfléchis, s’appelle I l’aberration de sphéricité. Elle nuit beaucoup à la netfeté des images. On la fait disparaître soit en plaçant devant 1 le miroir des diaphragmes qui restreignent son étendue,

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soit, comme le fait M. Foucault, en modifiant par tâtonnement la surface jusqu’à ce qu’on soit arrivé à sa perfection.

Les lentilles donnent lieu {fig. 17) à des phénomènes du môme genre. Les rayons lumineux qui les traversent vers leurs bords, sont rendus par elles plus convergents que ceux qui traversent leurs parties centrales et viennent se croiser plus près de la lentille. C’est aussi à l’aide de diaphragmes qu’on obvie à ce grave inconvénient.

Aberration de réfrangibilité. — Les rayons lumineux de diverses couleurs qui composent la lumière blanche (voyez Lumière, Spectre solaire), ne sont pas également déviés de leur direction par les prismes et les lentilles : les rayons bleus le sont plus fortement que les rayons jaunes, ceux-ci que les rayons rouges. Si donc un môme point lumineux envoie sur une lentille de la lumière composée de rayons de différentes couleurs, comme cela a toujours lieu dans la nature, chaque rayon coloré sera dévié ou réfracté d’une manière qui lui est propre ; ce qui donnera lieu à des images offrant sur leurs bords des teintes irisées. On obvie à cet inconvénient, qui rendrait impossible la construction d’une bonne lunette, on achromatisant les lentilles (voyez Lunettes, Achromatisme).

Les miroirs qui opèrent par réflexion de la lumière sont exempts de ce défaut et n’ojat pas besoin d’être achromatisés.

Aberration des astres. — Par suite du mouvement an- ‘nuel de la terre combiné avec la vitesse de la lumière, les étoiles ne sont jamais vues à leur véritable place ; elles paraissent décrire annuellement dans le ciel, autour de leur position vraie, de petites ellipses dont le grand axe (parallèle à l’écliptique) a une valeur constante de W' environ, et dont le petit axe varie suivant la latitude de l’étoile. Ce phénomène, qu’on appelle Vaberration des astres, a été découvert par Bradley, qui en a donné l’explication en 1728.

Voici un fait bien simple qui peut rendre compte de la

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occuper successivement l’étoile e dans le cours d’une année.

L’aberration existe pour le soleil comme pour les étoiles,

cause de l’aberration : si dans un temps calme, la pluie tombe verticalement et qu’on soit dans une voiture ouverte sur le devant ; quand celle-ci marche avec rapidité, la pluie entre comme si elle tombait suivant une direction oblique : le mouvement par lequel nous allons contre la pluie fait que celle-ci, en outre de sa propre vitesse, nous paraît poussée horizontalement en sens contraire de la marche de la voiture, et l’impression que nous recevons est celle d’une direction intermédiaire ou oblique, représentée par la diagonale d’un parallélogramme dont les côtés seraient les vitesses de la pluie et de la voiture.

De même un observateur placé à la surface de la terre n’est pas en repos, il est emporté par elle dans son mouvement autour du soleil ; et quand il est atteint par un rayon lumineux ER venant d’une étoile (^‘^. 18), le rayon lui semble venir suivant une direction er, intermédiaire entre celle que suit la lu mière et celledu globe terrestre dirigée suivant TT.

La vitesse de la lumière étant très-grande par rapport à celle de la terre, l’aberration est toujours fort petite. Les effets de l’aberration sont en outre variables d’un jour à 1 autre, m.ais ils redeviennent les mêmes après unerévomtion complète de la terre autour du soleil, c’est-à-dire au bout de l’année.

La figure 19 montre l’ensemble des positions que paraît

et aussi pour les planètes; mais ici il y a de plus à tenir compte du chemin que parcourt la planète dans le temps que la lumière met à arriver à la terre.

Ce phénomène, une fois constaté, peut être considéré comme une preuve du mouvement de la terre autour du soleil ; la mesure de son effet peut servir également à déterminer la vitesse de la lumière : c’est ainsi qu’on a trouvé que la lumière met 8“* 1 7® à parcourir la distance moyenne du soleil à la terre. E. R.

(Voyez Jupiter, Terre, Lumière.)

ABIÉTINÉES (Botanique), du latin abies, sapin. — Groupe de plantes arborescentes de la famille des Conifères, qui a pour type le genre Sapin. Les abiétinées qui, pour la plupart des auteurs, forment la deuxième tribu de cette famille, sont en général de grands arbres (parfois des arbrisseaux) chargés de nombreux rameaux et couverts de feuilles vertes même en hiver, roides et pointues ; ce qui a fait nommer plusieurs abiétinées arbres à aiguilles. En été, ces arbres donnent pour fruit un gros cône écailleux ou strobile. Les diverses espèces sont surtout répandues dans l’Amérique du Nord et dans la région tempérée de l’hémisphère septentrional ; on n’en trouve pas en Afrique. — Caractères distinctifs : écailles des chatons mâles munies de connectifs portant habituellement chacun deux loges d’anthères; deux ou quatre ovules suspendus à la base de chaque écaille du chaton femelle. — Genres principaux : Sapin, Pesse, Mélèze, Cèdre, Pin, Araucaria, Dammara, Cunninghamia (voy. Pin et Sapin). G — s.

ABLE, ABLET, ABLETTE (Zoologie), Leuciscus, Cuv. — Les abies, vulgairement nommés poissons blancs, forment un genre voisin des carpes, des goujons, des barbeaux et des tanches. U Ablette {Leuciscus Alburnus, Cuv.), nommée aussi Able, Borde, Ovelle, est l’espèce qui peut servir de type au genre ; son corps étroit est argenté., brillant, les nageoires pâles, le museau obtus avec la mâchoire inférieure un peu plus longue que la supérieure; le dessus de la tête et du dos est verdâtre avec des reflets irisés et dorés; les flancs et les joues bril-

lent d’une belle couleur argentée mate {fig. 20) ; ce poisson mesure f 4 à 16 centimètres. Il est très-commun dans la Seine et dans toutes les eaux douces de l’Europe, où il détruit beaucoup de frai de poissons. Il pond eu mai et juin. Sa chair est peu estimée.

L’ablette est une des espèces le plus habituellement employées pour la fabrication des fausses perles. La

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