BRET
GHILOGNATHES (Zoologie), Chilognatha, Latr,, du grec cheïlos, lèvre, et gnathos, mâchoire; ces animaux ont les mandibules garnies d’une espèce de lèvre inférieure. — Premier ordre de la classe des Myriapodes, dont le corps est généralement cylindrique et revêtu de téguments très-durs, et composé d’une suite ordinairement considérable d’anneaux ; antennes au moins aussi grosses au bout qu’à la base et formées de sept articles ; les pattes courtes terminées par un seul croche^ leur nombre augmente à chaque mue jusqu’à l’âge adulte, et va jusqu’à trente-neuf paires pour les mâles et soixantequatre pour les femelles. Ces mues se renouvellent plu-
Fi». B38. — Ordre des Chilognates (iin Iule).
sieurs fois dans le jeune âge. Le type de cet ordre est le genre Iule. Ces animaux marchent lentement, se roulent en spirale ou en boule ; ils se nourrissent de débris végétaux et animaux en décomposition. Linné en avait formé le seul genre des Iules, que Latreille {Règne animal) a subdivisé en quatre sous-genres : 1“ les Iules propres; 2° les Gloméris;^^ les Polydèmes; 4»» les Pollyxènes .
CHILOPODES (Zoologie), Chilopoda, Latr., du grec cheïlos, lèvre^ et du génitif podos, pied, parce que ces animaux ont une espèce de lèvre et deux petits pieds onguiculés. — Deuxième ordre de la classe des Myriapodes, qui a pour type le genre Scolopendre.
Ils ont le corps déprimé et membraneux, les antennes amincies vers le bout et composées de quatre articles ou plus.
Chaque anneau, recouvert d’une plaque coriace, ne porte en général qu’une paire de pieds dont la dernière est rejetée en arrière en forme de queue ; bouche armée de deux mâchoires munies de palpes, d’une espèce de lèvre et de deux petits pieds onguiculés ; et d’une seconde lèvre formée par une seconde paire de pieds terminés par un fort crochet mobile; il est percé d’un trou pour la sortie d’une liqueur vénéneuse qui, chez les grandes espèces et dans les pays chauds, paraît trèsactive. Les chilopodes courent très-vite, sont carnassiers, recherchent l’obscurité et se cachent ordinairement
Fig. 639. — Ordre
des Chilopodes (la Lilhobie fourchue).
sous les pierres ou les écorces des arbres. Latreille {Règne animal) les divise en trois genres : 1° les Scuiigères; 2" les Lithobies ; 3° les Scolopendres.
CHIMÈRE (Zoologie) , Chimœra , Lin. Nom mythologique donné à ces poissons par Linné, à cause de la conformation singulière de leur tête. — Genre de Poissons chondropférygiens à branchies fixes, dont le caractère consiste à avoir une seule ouverture branchiale de chaque côté du cou, et une queue terminée par un long filament. Ils montrent le plus grand rapport avec les squales par leurs formes générales et la position de leurs nageoires; au lieu de dents, ces poissons ont des plaques dures et non visibles qui garnissent les mâchoires, quatre à la supérieure, deux à l’inférieure : ils portent entre les yeux un lambeau charnu, terminé par un groupe de petits aiguillons. Cuvier les divise en deux sous-genres ; 1" Les Chimères propres ; le museau simplement conique ; la deuxième dorsale commence immédiatement derrière la première et s’étend jusque sur le bout de la queue. On n’en connaît qu’une espèce, la C. arctique {C.monstrosa, Lin.), vulgairement Roi des harengs, qui atteint jusqu’à 1 mètre de long ; de couleur argentée, tachetée de brun. Elle habite nos mers. Sa chair est trop dure à manger; les Norwégiens font des gâteaux avec ses œufs, et depuis longtemps ils tirent de son foie une huile dont ils font usage en médecine. 2" Le Callorhynque {Coliorhyncus Gronov.) a le museau terminé par un lambeau charnu. On n’en connaît aussi qu’une espèce, la C. autarcique [C. callorhyncus,lÀn.). Èllehabite les mers méridionales.
CHIMIATRIE (Médecine), du grec chumeia, mélange de sucs, amalgame, d’où l’on a îmtchume, en grec moderne cheimeia, qu’on devrait peut-être écrire chymie, et de iatrikê,méàQc,\ne. — On a désigné sous ce nom l’usage que l’on a fait, à diverses époques, des théories chimiques dans leur application à la science médicale. En effet, la chimie a été appliquée à la médecine tant qu’on n’a pas connu les véritables principes de la science, et il est bon de remarquer que la chimiatrie ne fut qu’une branche de l’humorisme qui doit son existence à l’application qu’on voulut faire des influences chimiques aux altérations des humeurs, sans tenir compte des solides et des systèmes d’organes. On trouve déjà dans les écrits des anciens des traces de ces idées ; mais ce n’est que dans le moyen âge qu’il faut chercher la véritable origine de la chimiatrie.
Paracelse est l’auteur de la première théorie médicale basée sur la chimie :
aux quatre éléments admis par les anciens, il avait substitué trois éléments chimiques, le sel, le mercure et le soufre. Van Helmont, qui vint après lui, fit entrer dans son système l’action des ferments, subordonnés toutefois à la puissance de ses archées. Après eux, Sylvius, Vieussens, Willis, et d’autres grands esprits, furent entraînés dans l’erreur commune; mollement combattue par des ennemis maladroits et trop faibles pour d’aussi rudes athlètes, cette doctrine trouva enfin dans Riolan un adversaire digne de ces grands noms, et la Faculté de médecine le soutint dans cette lutte, dans laquelle, ainsi que cela arrive toujours, on d^assa le but; ainsi on alla jusqu’à condamner le tartre stibié, parce qu’il avait une origine chimique. Enfin, la philosophie de Bacon et de Newton vint éclairer l’étude des sciences ; la médecine prit part à ce mouvement, dans lequel Boerrhaave contribua à la chute de la chimiatrie, qui tomba alors comme secte dans le plus profond oubli. Toutefois, il ne faudrait pas confondre avec ces vaines théories, ce faisceau de lumières dont la chimie moderne a éclairé les sciences médicales, et surtout la physiologie; les sublimes travaux de Lavoisier sur la respiration, sur la chaleur animale, les recherches plus modernes sur la digestion , sur le sang et ses altérations, etc. Ces travaux et ces découvertes, comme toujours, ont inspiré des esprits moins justes, plus audacieux, plus avides de célébrité qu’amoureux de la vérité, et il en est qui ont voulu expliquer jusqu’au principe de la vie ; mais c’est là le secret de Dieu, et nul mortel sensé ne doit élever ses prétentions jusque-là. F — n.
CHIMIE. — Science toute moderne ayant pour objet l’étude des divers modes d’action que les corps exercent entre eux au contact et qui ont pour résultat des modifications profondes et permanentes dans leur nature ; l’étude des changements dans leur composition que ces corps éprouvent sous l’influence des agents physiques, chaleur, électricité, lumière ; l’étude enfin des lois qui président à toutes ces actions. En dehors de ces divers objets, la
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CHI
chimie est encore une science essentiellement descriptive énumérant les propriétés caractéristiques de chacun des produits qu’elle examine. Tandis que la physique n’embrasse que les phénomènes les plus généraux de la matière, qu’elle s’intéresse par-dessus tout aux grandes f^orces ou agents naturels, attraction, chaleur, électricité, lumière, qu’elle n’interroge les corps que pour mettre en évidence les effets de ces forces et découvrir les lois de leur action, la chimie étudie chaque corps en particulier, pour lui-même, recherchant son origine et son mode de formation, relatant sa physionomie propre et recherchant ce qu’il devient dans les diverses conditions où il peut être placé. Malgré ces différences capitales, la physique et la chimie n’en sont pas moins deux sciences sœurs ayant des rapports continuels et devant, un jour plus ou moins éloigné, se fondre en une seule science. La physique, en effet, est de plus en plus entraînée vers l’étude des phénomènes moléculaires qui sont en résumé la manifestation première des agents physiques et qui même quelquefois les constituent tout entiers. La chimie, de son côté, est poussée vers le même point, parce que les phénomènes chimiques ne sont au fond que des phénomènes moléculaires. A côté de ces deux sciences toutes spéculatives se rangent les applications que l’on en tire chaque jour au grand profit de la puissance et de la richesse de l’homme. De là la distinction de la chimie théor ique et de la chimie appliquée.
La chimie théorique se divise en chimie minérale, qui s’étend à tous les corps que peut fournir la nature morte, et en chimie organique, qui embrasse tous les produits de la vie chez les animaux et les végétaux et tous les dérivés qu’on en peut obtenir. La chimie appliquée se divise à son tour en chimie industrielle, chimie médicale, chimie agricole, suivant la nature des applications qu’on en veut tirer. La chimie pratique s’entend de l’ensemble des opérations manuelles ou mécaniques exigées par la chimie.
La chimie est une des sciences lés plus récemment constituées et peut-être celle dont les progrès ont été les plus rapides. Il est à peu près certain, cependant, que les anciens avaient, dès les temps les plus reculés, quelques notions des faits qu’elle enseigne. Les Égyptiens savaient préparer le vinaigre, le sel ammoniac, la soude, le savon, le verre et divers médicaments. Les Chinois possédèrent de bonne heure l’art de fabriquer le salpêtre, la poudre à canon , l’alun, le vert-de-gris, un certain nombre de matières colorantes, la porcelaine. Mais nous n’avons que des notions très-confuses sur l’étendue de ces connaissances isolées et restreintes. Les Grecs ne leur ajoutèrent aucun fait nouveau, et il faut remonter aux Arabes pour voir la chimie recevoir une certaine impulsion. Les efforts de ces premiers chimistes se portèrent particulièrement sur la préparation des médicaments et sur la transmutation des métaux vulgaires en métaux précieux. Avec eux commença pour la science cette longue période connue sous le nom éé alchimie (voyez ce mot), comprenant tout le moyen âge jusqu’aux temps modernes. Cette période fut loin cependant d’être complètement stérile. Geber, chimiste arabe du vin® siècle, connaissait déjà l’eau-forte, l’eau régale, la solution d’or, la pierre infernale , le sublimé corrosif , l’oxyde rouge de mercure, etc. ; et si les efforts opiniâtres des alchimistes ne les conduisirent pas à la découverte chimérique de la panacée, ou remède universel, et de la pierre philosophale, nous leur devons du moins la connaissance d’un assez grand nombre de faits importants que la science moderne a conservés en les dégageant du langage obscur qui les recouvrait.
Ce fut à la fin du xvii® siècle que Bêcher, et un peu plus tard Stahl, firent les premières tentatives pour imprimer à la chimie une marche plus scientifique. Ce dernier réunit en un corps de doctrine les faits connus jusqu’à lui et chercha à les relier par la doctrine du phlogistique. Quelque erronée qu’ait été cette doctrine, elle n’en exerça pas moins une très-heureuse influence sur la marche de la chimie; elle prépara les grandes découvertes du XVIII® siècle.
Geoffroy l’aîné publia, en 1718, les premières tables d'affinité; Haies, en et Black, en 1766, firent les
premiers travaux sur les gaz ; Marggraff, en 1769, distingua l’alumine et la magnésie et enseigna le premier les moyens d'extraire le sucre des plantes indigènes. En 17 73 apparut Scheele, Suédois, qui fit faire à la chimie un très-grand pas par la découverte du chlore, de l’acide prussique, de l’acide fluorhydrique, de l’acide arsénique, de la baryte et d’un grand nombre d’acides organiques; puis Priestley, qui, vers la même époque, découvrit l’oxy-
gène, le protoxyde d’azote, l’acide chlorhydrique; Cavendish, qui fit connaître l’hydrogène, la formation de l’acide carbonique par la combustion du charbon, la composition de l’eau et de l’acide nitrique, et enfin Lavoisier. Ce dernier chimiste opéra, de 17 70 à 1793, une révolution profonde dans la chimie par ses études sur la combustion et par l’introduction, dans les recherches de la chimie, d’une précision jusqu’alors inconnue. Son influence fut telle que l’on est en droit de rattacher à lui la naissance de la chimie moderne, qui fut définitivement constituée sur ses bases actuelles, d’une part, par l’introduction de la première nomenclature chimique, par Guyton-Morveau, qui eut lieu à la môme époque, et, de l’autre, par la théorie des affinités du Suédois Wenzel (17 77). La découverte des proportions chimiques, par Richter de Berlin (1792); les innombrables analyses do Berzelius sur les sels ; la découverte de la loi des proportions multiples pour les combinaisons binaires, par Dalton (1807); l’extension de cette loi aux combinaisons salines, par Wollaston; la découverte de la loi des volumes des gaz qui se combinent et des gaz produits de leur combinaison, par Gay-Lussac ; la loi de l’isomorphisme , par Mitscherlich ; les travaux de Berthollet , Fourcroy, Vauquelin, Klaproth; la décomposition des métaux alcalins opérée à l’aide de la pile, par Humphry- Davy, les nombreuses recherches de MM. Gay-Lussac, Thénard, etc., ont donné à la chimie minérale une impulsion extraordinaire égalée au moins par celle que la chimie organique reçut des travaux de MM. Chevreul, Liebig , Dumas , Laurent, Gerhardt, Malaguti, Cahours, etc., etc.
Les traités de chimie sont très-nombreux. Parmi les principaux, nous citerons ceux de Thénard, Dumas, Berzelius, Gerhardt, Liebig, Pelouze et Fremy, Malaguti, Cahours. (Pour les abréviations et les formules chimiques, voyez ÉQUIVALENTS, Nomenclature chimique.)
CHIMPANZÉ (Zoologie), Troglodytes, E. Geoff., qui veut dire en grec, qui habite dans les cavernes. — Genre de Singes de l’ordre des Quadrumanes de Cuvier et de Blainville, des Primates de I. Geoffroy Saint-Hilaire, et faisant partie, dans la classification de ce dernier mammalogiste, de la tribu des Pithéciens, groupe Anthropomorphes. Les premières espèces de ce groupe {Chimpanzé, Gorille, Orang, Gibbon) doivent une certaine célébrité à leur prétendue ressemblance avec l’homme. Ce sont, en effet, de grands singes sans queue, à face nue, maisque l’imagination seule a pu représenter comme des hommes des bois. Leur corps ramassé, leurs membres postérieurs raccourcis comparativement aux bras, enfin leur face prolongée en une sorte de museau et dépourvue de front lorsque l’animal est adulte, impriment à leur extérieur tous les traits de la bestialité. Les jeunes, seuls, ont pu offrir quelques analogies lointaines avec les formes de nos enfants. Mais ils nous ont surtout inspiré des rapprochements de ce genre par un certain degré d’intelligence et par des instincts remarquables de sociabilité. Toutes ces qualités disparaissent avec l’àge, en môme temps que les formes changent, et les adultes montrent une sauvagerie et une stupidité farouche qui, jointe à leur force prodigieuse et à leur faculté de saisir entre les quatre mains, en font des animaux très-redoutables. Jamais ils ne prennent la marche verticale, jamais ils n’élèvent leur regard vers le ciel, et c’est bien de l’homme seul que le poète a pu dire :
Levant im front altier, il dut porter les yeux
Vers la voûte étoilée et contempler les cieux.
Ces singes vivent sur les arbres et n’ont à terre qu’une démarche embarrassée, pour laquelle ils s’aident des mains antérieures aussi bien que des postérieures. Les chimpanzés habitent les forêts de la côte occidentale d’Afrique, le Gabon, le Congo, etc.
\jQ Chimpanzé {Simi a troglodytes. Lin.; Troglodytes niger, I. Geoff. Saint-Hil.) {fig. 640), espèce unique connue du genre, a le corps couvert de poils noirs, blancs auprès du coccyx ; il a environ 1“,60 de hauteur à l’âge adulte; sa face a presque la couleur de la chair; les oreilles grandes, membraneuses, arrondies et bordées, le front peu saillant, les arcades sourcilières très-développées, le museau allongé, mais moins que celui de l’orang-outang. Très-voisin du Gorille, avec lequel on l’a souvent confondu ; il s’en distingue par des formes moins robustes, une face moins allongée, les canines supérieures moins saillantes; de plus, dans les gorilles, les doigts sont moins longs, et la peau n’est fendue aux membres inférieurs que jusqu’à la deuxième phalange. Us
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vivent dans les vastes forêts de l’Afrique occidentale et au Gabon, l.eurs mœurs sont peu connues ; on ne sait à
Fig. 540. — Jeune Chimpanzé.
cet égard que ce qu’on a pu observer dans les ménageries, sur les jeunes, qui n’ont pu y vivre longtemps.
CHINGAPIN (Botanique), Fagus ‘pumila^ de Linné. — Espèce de Châtaignier, qui est le Castanea pumila de Michaux. C’est un arbrisseau ordinairement élevé de 2 à 5 mètres, mais pouvant quelquefois acquérir les dimensions d’un arbre. Ses feuilles sont oblongues, aiguës, dentées en scies et couvertes en dessous d’une sorte de coton blanc. Son involucre fructifère s’onvre en deux valves et contient un seul fruit velu au sommet, et présentant obscurément cinq angles. Le chincapin croît abondamment dans les bois sablonneux des États-Unis. Scs fruits, qui se développent bien sous le climat de Paris, ont une saveur sucrée très-agréable. Il est souvent cultivé comme espèce d’ornement. Son bois est dur, assez résistant, et même de meilleure qualité que celui du châtaignier d’Amérique, mais on ne peut obtenir que rarement des pièces de dimensions assez fortes.
CHINCHILLA (Zoologie), Chinchilla, Molina. ■ — Genre de Mammifères rongeurs faisant partie d’un petit groupe nommé tribu des Chinchilliens , par M. Milne-Edwards,et famille des Chinchillides par M. Bennett. !Get animal, qui, il y a seulement une vingtaine d’années, ne nous était connu que par les élégantes et douces fourrures d’un beau gris perlé qui nous venaient du Chili, sa patrie, a pu être enfin étudié sur des types vivants qu’on a possédés à Londres et à Paris. La seule espèce connue, le C. lanigera (Bennett), qu’on ne trouve que dans les montagnes du Pérou et du Chili, se distingue par les caractères suivants : un peu plus petit que notre lapin de garenne, il a quatre dents molaires partout ; la tête, garnie de longues moustaches, ressemble à celle de l’écureuil ; les oreilles grandes, les pattes minces avec cinq doigts en avant, quatre en arrière; pelage d’un beau gris, ondulé de blanc en dessus et d’un gris très-clair en dessous, d’une finesse et d’une douceur extrêmes ; il vit dans des terriers; on lui fait la chasse avec des chiens dressés à le prendre sans déchirer sa fourrure. Ces animaux vivent de racines et de plantes bulbeuses. Si l’on en croit Molina, ils sont sociables et doux, aiment à être caressés ; ils sont très-propres, sans aucune odeur, et peuvent habiter les maisons sans aucun désagrément. La fourrure du chinchilla, très-recherchée chez nous autrefois, est beaucoup moins à la mode maintenant; elle est encore assez portée en Angleterre, où il se vend quatre ou cinq mille peaux par an.
CHINCHILLIDES, Chinchilliens (Zoologie). — Petit groupe de Mammifères rongeurs, qui a pour type le Chinchilla (voyez ce mot). Ils ont des rapports avec les rats, les campagnols, les hélamys et les lièvres; leurs clavicules sont complètes, leurs dents molaires sont dépourvues de racines ; ils comprennent les genres Chinchxlla (Benn.) ou Eriomi/s (Licht), Lagotis (Benn.) ou Lagidium (Mey.), Lagostomusi^vooŸ) ou Viscache{M.ey.).
CHIONANTHE (Botanique), Chionanthus, Lin., du grec chiôn, neige, anthos, fleur. — Genre de plantes de la famille des Oiéinées, tribu des Oléées ; à calice quadripartite; corolle à 4 divisions; 2 étamines à filets très-
courts; drupe charnue, à une loge renfermant une seule graine. Les chionanthes sont des arbrisseaux d’Amérique. Leurs rameaux sont comprimés supérieurement; leurs feuilles entières opposées et leurs fleurs disposées en grappes. Le C. de Virginie (G. virginica. Lin.), appelé aussi Arbre de neige. Arbre à frange, s’élève à 3-4 mètres. Ses feuilles sont grandes, oblongues, aiguës, et ses fleurs, d’une magnifique blancheur, sont en grappes pendantes. On distingue deux variétés de cette espèce, le C. virginica Pursh, qui a des feuilles coriaces,
glabres, et la drupe ovale, et le C. virginica maritima, Pursh, arbrisseau à feuilles molles, pubescentes, et à drupe ellipsoïde. Ces plantes sont d’un très-bel effet dans l’ornement. ' G — s.
CHIONIS (Zoologie), Chionis, Forst. , du grec chiôn, neige, à cause de la blancheur de son plumage ; c’est le Vaginalis de Latham, ainsi nommé, parce que son bec porte à sa base une lame cornée en forme de fourreau. — Genre âè! Oiseaux échassiers, à jambes courtes, presque comme dans les Gallinacés, bec gros et conique; sur la base, une enveloppe d’une substance dure qui paraît pouvoir se soulever et se rabaisser. Le C. necrophaga, Vieill, la seule espèce connue, est de la Nouvelle-Hollande; il est de la taille d’une perdrix et a le plumage entièrement blanc. Il vit, sur les bords de la mer, des débris d’animaux morts que les flots rejettent sur le rivage.
CHIQUE (Zoologie), Puce pénétrante [Pulex penetrans. Lin.). — Espèce â' Insectes suceurs, du genre Puce, et qui, suivant Latreille {Règne animal), forme probablement un genre particulier. Son bec est de la longueur du corps; elle est très-connue en Amérique. La femelle s’introduit sous la peau du talon et sous les ongles des pieds, et y acquiert bientôt le volume d’un petit pois, par le gonflement d’un sac membraneux placé sous le ventre et qui renferme les œufs. Leur éclosion amène un surcroît d’irritation dont la suite est un ulcère souvent difficile à guérir. Les soins de propreté préviennent ces accidents auxquels les nègres sont plus particulièrement sujets.
GHIRAGRE (Médecine), du grec cheir, main, etagreô, je prends. — Nom donné à la goutte aux mains, par opposition à podagre, la goutte aux pieds (voyez Goutte).
CHIRITE (Botanique), Chirita, Hamilt. — Genre de plantes de la famille des Cyrtandracées, tribu des Didymocarpées. Il comprend des herbes vivaces , poilues, presque toutes originaires de la Chine et de Geylan. Leurs feuilles sont opposées, pétiolées, bordées de dents. Leurs fleurs sont grandes, rouges ou jaunes, et accompagnées de deux bractées. Les plus répandues dans les serres chaudes sont : la C. de la Chine (C. sinensis, Lindl.) dont les fleurs réunies par 2-4 sont d’une belle couleur lilas; la C. de C^ylan {C . zeylanica, Hook.), à fleurs d’un bleu violet, avec des bractées un peu pourprées ; enfin, la C. de Moon [C. Moonii, Gardn.), et la C. de Walker {C. walkeriæ, Gardn.), l’une à tube de la corolle ventru et rose pâle, l’autre à tube d’un bleu pâle, avec un limbe d’un pourpre violet foncé. L’introduction de ces plantes chez nous ne date que de quelques années.
* CHIRONEGTE (Zoologie) , Ilig., du grec
cheir, main, et nectés, nageur. — Genre de Mammifères, ordre des Marsupiaux, famille des Sarigues, confondu pendant quelque temps avec les loutres, auxquelles il ressemble par la palmature de ses pieds postérieurs et par ses habitudes aquatiques ; il appartient véritablement aux sarigues : ainsi, comme elles, il a une poche abdominale, et sa queue est nue, cylindrique et écailleuse; les dents incisives sont aussi au nombre de dix en haut et huit en bas ; le reste comme les sarigues, etc. La seule espèce connue est le C. Yapock, Petite Lou tre de la Guyane {Didelphis palmata, Geoff.); joli petit animal, long de 0™,25 environ pour le corps, et 0“,30 pour la queue; brun en dessus, blanc en dessous; ses mœurs sont peu connues, mais il est probable qu’il vit d’insectes aquatiques et de petits poissons; il nage avec une grande agilité. On le trouve sur les bords de la rivière Yapock, dans la Guyane.
Chironecte (Zoologie), Antennarius, Comm., même étymologie que le précédent. — Sous-genre de Poissons acanthoptérygiens, famille des Pectorales pédiculées, genre Baudroie {Lophius). Ils ont, comme ces dernières, des rayons libres sur la tête ; le corps et la tête comprimés, la bouche ouverte verticalement, les ouïes munies de quatre rayons ne s’ouvrant que par un canal et un petit trou derrière la pectorale. Ils se gonflent
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quelquefois comme un ballon, en remplissant d’air leur énorme estomac. Ils peuvent ramper à terre comme de petits quadrupèdes à l’aide de leurs pectorales, et peuvent vivre hors de l’eau pendant deux ou trois jours, ce qu’ils doivent à la petitesse de leur trou branchial. On les trouve dans les mers des pays chauds. Le C. hisb'ion (C. hishno, Lophius histrio. Lin.; L. timidiis^ Osbek) est un poisson long de 0“,25 environ ; il a la tête petite, des barbillons autour des lèvres, le dos doré, le ventre brun. Des mers du Brésil et de la Chine. Sa chair n’est pas bonne. Le C. uni, Lophie unie (C. levigatus, Cuv.), habite la haute mer entre l’Europe et l’Amérique.
CHIRONIE {Zoologie) ^ Chironia, Desh. — Genre de coquilles bivalves, appartenant aux Mollusques acéphales testacés^ famille des Cardiacés, voisine des Erycines de Lamarck; ce sont des coquilles équivalves, régulières, minces, à charnière étroite. On n’en connaît qu’une espèce rapportée pour la première fois par le capitaine Chiron, d’où lui vient son nom. Elle a près de 0'“,027 de large et provient des mers de Californie.
Chironie (Botanique), Chironia, Lin., dédiée au centaure Chiron, l’un des premiers propagateurs de la chirurgie, de la médecine et de la botanique. -— Genre de plantes de la famille des Gentianées, type de la tribu des Chironiées. Les chironies sont de très-élégants arbrisseaux, ordinairement à fleurs rouges. La C. à tiges nues [C. nudicaulis, Lin.) a les feuilles lisses sur les bords, avec une ou 3 nervures. Sa corolle est à tube grêle, à lobes ovales, lancéolés. La C. à feuilles de jasmin {C, jasmindides, Lin.) a les feuilles coriaces et les corolles à lobes très-obtus. La C. à feuilles de lin (C. lindides, Lin.) présente des feuilles piquantes, et les corolles à tube deux fois plus court que les lobes. La C. à feuilles de serpolet {C. serpylli folia, Lehm.) aies feuilles ovales, courtes, et la corolle à tube de la longueur du calice. Toutes ces plantes sont originaires du cap de Bonne-Espérance. G — s.
CHIROTE (Zoologie), Chirotes,, Cuv., du grec cheir, main. On leur a aussi donné le nom de Bimanes. — Genre de Reptiles sauriens , famille des Scincoïdiens^ voisins des Ghalcides, auxquels ils ressemblent par leurs écailles verticillées; ils se rapprochent aussi des Amphisbènes par la forme obtuse de leur tête; ils manquent des pieds de derrière et ont encore ceux de devant. On n’en connaît qu’une espèce, le Bimane cannelé, Bipède cannelé de Lacépède(C. caniculatus ,Gos . ; Chamœsaura propus, Sclm. ; Lacerta lombricdides , Shaw). Il a deux pieds courts, à quatre doigts chacun, et un vestige de cinquième, de forme cylindrique; il est long de ()'",26 à 0'“,30, gros comme le petit doigt, couleur de chair ; il vit d’insectes et sa langue peu extensible se termine par deux petites pointes cornées; son œil est très-petit; son tympan, recouvert par la peau, est invisible au dehors. Cuvier ne lui a trouvé qu’un grand poumon et un vestige de petit. Il est du Mexique.
CHIRURGIE, du grec cheir, main, et ergon, action, travail, c’est-à-dire l’action de la main employée seule ou armée d’instruments pour le traitement des maladies. — Le but de la chirurgie est de diviser certaines parties, d’en réunir d’autres, de retrancher quelquefois un membre, une tumeur, d’extraire des corps étrangers, de ramener dans leurs positions des parties déplacées, soit par des pansements, des appareils, soit au moyen d’instruments de toute espèce. Elle ne forme point un art distinct de la médecine dont elle n’est qu’un moyen, le plus puissant, à la vérité, et le plus efficace. Longtemps les mêmes hommes cultivèrent toutes les branches de la médecine, chez les peuples de l’antiquité, comme nous l’attestent les ouvrages d’Hippocrate, de Galien, de Gelse, d’Albucasis, qui traitent successivement des fièvres, des fractures, des plaies, etc., sans distinguer les maladies en internes et en externes. Dans les temps les plus reculés, chez les Égyptiens, les Chaldéens, dans l’Inde, la médecine fut pratiquée par les ministres de la religion, chez les Hébreux par les lévites. Ce n’est qu’à dater de l’école d’Alexandrie qu’elle prend le titre de science; car, avant cette époque, l’anatomie n’avait pu être étudiée que sur des animaux, et ses progrès avaient été peu marqués. Cependant, quelques grandes opérations avaient été ou décrites ou pratiquées par Hippocrate, le trépan, par exemple : il est certain aussi que la lithotomie était usitée, puisque le môme Hippocrate défend de faire cette opération qui était fort dangereuse, probablement à cause du défaut de connaissances anatomiques et des mauvais procédés opératoires. Mais bientôt, un siècle après, vers
l’an 300 avant J. G., Hérophile obtient de Ptolémée Soter la permission de disséquer des corps humains; et dès lorsj l’étude de l’anatomie prend un grand développement ; Érasistrate, son contemporain, et son émule Ammonius, s’y livrent avec ardeur. Sous cette puissante impulsion, la chirurgie ne pouvait rester en arrière, et, 100 ans ayant J. G., Asclépiade vient apporter à Rome les connaissances chirurgicales. Gelse paraît sous Auguste et sous Tibère ; il décrit la cataracte, l’opération de la taille ; puis, jusqu’à Paul d’Égine, on ne voit guère paraître que Galien, et enfin, vers le milieu du vip siècle de l’ère chrétienne, Paul d’Égine vient éclairer d’un dernier reflet l’art chirurgical, dans lequel il se montre supérieur à tous les autres médecins grecs par son expérience et par plusieurs méthodes curatives qui lui appartiennent : c’est à lui que se termine la liste des médecins grecs. Après la décadence de l’empire, les Arabes vinrent recueillir l’héritage des sciences ; Averrhoës et Albucasis pratiquèrent la médecine et la chirurgie avec succès. Cependant, dans notre Occident, depuis l’établissement du christianisme, les moines et les ministres de la religion s’étaient emparés de l’exercice de la médecine et de la chirurgie en France ; et c’est alors qu’elle tomba dans la routine et l’empirisme. Enfin, lorsque les sciences commencèrent à renaître, il s’éleva des écoles dans les couvents et dans les cathédrales: l’art de guérir y fut enseigné, mais on se borna à expliquer et à commenter les livres des Arabes. La chirurgie ne pouvait se relever dans ces enseignements voués aux discussions scolastiques; les moines qui l’exerçaient, et auxquels on donnait le nom de myres, n’avaient aucunes connaissances anatomiques et chirurgicales. Sous Louis VII, vers le milieu du xii^ siècle, en 1163, le concile de Tours interdit l’exercice de la chirurgie aux ecclésiastiques, à cause des opérations sanglantes qu’elle nécessite ; elle fut alors abandonnée aux laïques, presque tous illettrés, et, tandis que la médecine jouissait des privilèges de l’Université, la chirurgie devenait une communauté confondue avec les professions mécaniques. On vit naître alors les renoueurs, les rebouteurs, les chirurgiens barbiers Cependant, quelques médecins cessant de faire partie de l’Université voulurent continuer à pratiquer la chirurgie ; ils se rassemblèrent à Paris et formèrent une congrégation dans l’église de Saint-Gôme et de Saint-Damien. Jean Pitard, premier chirurgien du roi saint Louis, esprit ardent, enthousiaste de la chirurgie qu’il illustrait par un rare génie, et par l’honneur qui rejaillissait sur elle de son illustre patronage, organisa cette corporation des chirurgiens, et leur donna un règlement les astreignant à des études sous des professeurs institués à l’école, qui prit le nom de Collège royal de Saini-Côme. Ce fut là, comme nous le verrons plus tard, l’origine de l’Académie de chirurgie. Ces chirurgiens, dits à longue robe, étaient bien distincts des barbiers, gens illettrés, réduits à une espèce de domesticité, examinés et autorisés à exercer par le Collège de SainUCôme, et surveillés par ses membres. Par suite des rivalités existant entre cette dernière école et la Faculté, celle-ci finit par obtenir que les barbiers, qu’elle protégeait, fussent investis du titre de chirurgien; ceux de Saint-Côme les repoussèrent, obtinrent la révocation des lettres patentes, et exigèrent que ceux qui voudraient appartenir à leur ordre fussent lettrés ; c’est pendant toutes ces luttes que nous voyons surgir vers le milieu du XIV® siècle, Guy de Chauliac, qui contribua à retirer la chirurgie des mains des barbiers, et enfin, deux cents ans après, vers 1550, paraît la grande figure de notre immortel Ambroise Paré, le père de la chirurgie française. Cependant celle-ci continuait à être humiliée par la prépondérance de son orgueilleuse rivale, et Louis XIV luimême, ce monarque ami des lumières, laissait appesantir sur elle le joug de la Faculté. Ce roi faillit payer cher cet abandon dans lequel il laissa la chirurgie; car, atteint d’une fistule à l’anus, il appela les chirurgiens les plus célèbres, et aucun ne connaissait et ne pouvait pratiquer l’opération applicable à cette maladie. Ce ne fut qu’après des essais et des tâtonnements infinis que son premier chirurgien Félix osa l’opérer et le guérit. Enfin, le jour de la justice arriva, et, grâce aux sollicitations de La Martinière et de La Peyronnie, Louis XV institua, en 1731, l’Académie royale de chirurgie, et créa des professeurs dans le collège pour l’enseignement de cette science. Il faut bien le dire, jamais création ne fut mieux justifiée, car, à cette époque, la chirurgie française acquit en Europe un éclat inaccoutumé; indépendamment des deux illustrations que nous venons de nommer, on vit briller au premier rang Mareschal, Morand^ Louis,
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Quesnay, puis J. L. Petit, Garengeot, Ledran, Lafaye, Foubert, Hévin, Lecat, Puzot, Bordenave, Lamotte, Pouteaii, Levret, Sabatier; en Angleterre, Cheselden, les deux Monro, Post, Smellie, les deux Hunter ; en Italie, Moscati , Molinelli ; en Allemagne, Heister, Richter. Ènfin, Desaiilt,le chef de la nouvelle école française, vint couronner ce passé déjà glorieux, Desault qui résumait à lui seul tout ce que l’art a de plus sublime et de plus digne de l’admiration de la postérité; ainsi la méthode et la précision basées sur ses connaissances en anatomie, la simplicité ingénieuse de ses appareils de fractures, l’enthousiasme pour la chirurgie qu’il savait communiquer à ses disciples, l’éclat de son enseignement clinique, tout en lui commandait le respect et la confiance. Bientôt, en 1795, les écoles de médecine furent créées, et là fut effectuée enfin cette union, depuis si longtemps désirée par tous les bons esprits, de la médecine et de la chirurgie. Depuis cette époque, l’enseignement chirurgical est donné simultanément avec l’enseignement médical dans les Facultés qui ont succédé aux écoles de médecine; les épreuves sont identiques pour
tous, et si quelques candidats au doctorat ont choisi de préférence le titre de docteur en chirurgie, presque toujours ils ont été déterminés par une vocation spéciale et bien spontanée pour cette partie de l’art de guérir, et l’immense majorité des chirurgiens les plus illustres de notre époque, ont pris le diplôme de docteur en médecine. Aussi, depuis cette grande école de Desault, depuis surtout la constitution des écoles et des Facultés de médecine, combien d’hommes illustres ont. honoré la chirurgie! Pelletan, Boyer, Percy, Dubois, Larrey, Dupuytren. Roux, Marjolin, Richerand , Lisfranc, Sanson, Blandin, Amussat, Aug. Bérard, et tant d’autres que nous ne nommons pas par discrétion; voilà pour Paris. Si les bornes de cet article nous le permettaient, nous aurions aussi de grands noms à citer dans les principales villes de France et à l’étranger, et surtout en Angleterre, en Italie, en Suisse, en Allemagne.
Mais nous serions coupables de ne pas dire un mot aussi de ces nobles et laborieux praticiens qui peuplent nos petites villes, nos bourgs, nos villages môme; de ces honorables docteurs en médecine ou en chirurgie qui, après avoir puisé, aux savantes leçons des maîtres que nous venons de citer, une instruction solide, après avoir commencé l’apprentissage de la pratique médicale et chirurgicale dans les hôpitaux comme internes ou môme comme externes, sont allés mettre une science, si chèrement acquise, au service de ces humbles populations des campagnes non moins précieuses que celles de nos opulentes cités. C’est là qu’on trouve le vrai médecin, le vrai chirurgien, celui qui, privé d’aides intelligents, de bandages, d’appareils, d’instruments, sait parer à
tout, et, dans une circonstance donnée, utilise au profit
de ses malades les faibles ressources qui sont à sa portée; il fera une opération de cataracte aussi bien que celle de la hernie étranglée, l’amputation d’un membre, comme le trépan, la lithotritie comme l’enlèvement d’un cancer; pour faire respirer et vivre un petit malade auquel il vient de pratiquer la trachéotomie, à défaut d’une canule de Charrière, il lui introduira dans la trachée un tube quelconque, fût-ce môme un tube en bois; et c’est le môme homme que vous verrez tout à l’heure aussi sagace à discerner une fièvre typhoïde, une fièvre pernicieuse, une pneumonie, une angine croupale, etc. Voilà ce qu’a produit cette heureuse union de la médecine et de la chirurgie. Nous ne parlerons pas ici des officiers de santé répandus à la fois dans les villes et dans les campagnes, ou confondus avec les docteurs ; l’insuffisance de l’instruction qu’on exige d’eux, le peu de garanties qu’ils offrent à la société, d’autres raisons encore que nous n’avons pas à présenter ici, font désirer depuis longtemps qu’on fasse cesser cette anomalie qui n’a plus sa raison d’ôtre ; en effet, institués dans un moment de réorganisation générale, où il y avait pénurie de médecins et de chirurgiens, leur création fut un bienfait pour les temps où la guerre, par ses nécessités, devenait la vocation générale de la jeunesse de cette époque ; mais aujourd’hui, la môme nécessité ne semble plus exister. — Ouvrages à consulter: Mémoires de VAcad. roy. de Chirurgie; ouvrages de J. L. Petit, Desault, Chopart, Sabatier, Boyer, Lisfranc, Gerdy, Sanson, Velpeau, Malgaigne, Nélaton; Comoendium de Chirurgie ûo. Bérard etDenonvilliers. F — n.
CHIRURGIEN (Zoologie), nom vulgaire des genres Acanthure (Poissons), et Racana (oiseaux).
CIILÆNACÉES, CHLÉNACÉES (Botanique), du grec
chlaïna^ manteau, de la forme de son învolucre. — Famille de plantes Dialypétales hypogynes, comprenant des arbres ou des arbrisseaux à feuilles alternes, entières, et munies de stipules. Caractères : involucre à 1 ou 2 fleurs, calice à 3 sépales ; 5 ou 6 pétales ; étamines, 10 ou plus, soudées en un petit tube par leurs filets; ovaire à 3 loges ; style simple; stigmate trifide; capsule enfermée dans un involucre et contenant 3 loges ou une seule par suite d’avortement; graines à cotylédons foliacés et à périsperme. Les Chlænacées ont de l’analogie avec les Guttifères. Elles habitent presque toutes l’île de Madagascar et renferment un petit nombre d’espèces fort peu répandues.
Du Petit- Thouars, dans son Histoire des végétaux de l'Afrique australe, a donné une étude sur cette petite famille. G— s.
GHLAMYDOSAÜRE ( Zoologie ) , Chlamydosaurus , Gray. — Genre de Reptiles sauriens, famille des Iguaniens, voisin des Sitanes. Établi par J. E. Gray sur une espèce curieuse apportée de la Nouvelle-Hollande, il se distingue surtout par une expansion cutanée de son cou, semblable à une grande collerette plissée et fendue en avant et en arrière ; c’est de là que vient son nom, du génitif grec chlamudos, manteau, et saura, lézard. La seule espèce connue, le C. Kingii, ainsi nommé parce qu’il a été rapporté par le capitaine King, est long de 0«',40 à 0“,50; c’est la taille des plus grands lézards connus ; il a la queue longue et grêle, et sur les cuisses une rangée de pores. On ne sait rien sur ses mœurs.
CHLAMYPHORE (Zoologie), Chlamyphorus , Harlan, du grec chlamus, manteau, eXphoros, qui porte. — Sousgenre du genre Tatou, établi par Harlan {Ann. du Lycée de New-York, tome 1, avec figure) : 10 dents partout, 5 doigts à tous les pieds, les ongles de devant trèsgrands, crochus, tranchants, comme dans les cabassous ; le dos couvert d’une suite de rangées transversales de pièces écailleuses, sans aucun test solide ni devant ni derrière, et formant une espèce de cuirasse qui n’est attachée au corps que le long de leur épine ; leur queue aplatie tombe verticalement derrière l’animal. La seule espèce connue, le C. tronqué {C. truncatus, Harl. ), long de 0“,12 à 0"i,16, vient du Chili ; il passe la plus grande partie du temps sous terre.
CHLORATES (Chimie). — Combinaisons de Vacide chlorique avec une base. Le plus important de ces sels est le chlorate de potasse dont l’industrie fait annuellement une consommation considérable.
CHLORATE de potasse (CIO^KO) (Chimie). — Sel cristallisé en lames ou paillettes incolores, très- brillantes, d’une saveur fraîche et un peu acerbe. Il est insoluble dans l’alcool; 100 parties d’eau peuvent en dissoudre 60 à 100°, et seulement 6 à la température ordinaire. Il cristallise sans retenir d’eau ; on l’obtient toujours anhydre .
Le chlorate de potasse fond à 400“ ; à une température plus élevée, il éprouve d’abord une décomposition partielle; une portion en est décomposée en chlorure de potassium et oxygène. De cet oxygène, partie se dégage en liberté, l’autre se porte sur le chlorate de potasse non décomposé, et le transforme en perchlorate (C10’^,K0) plus stable que le chlorate. Ce sel finit cependant par se décomposer lui-môme, et il ne reste plus, comme résidu de l’opération, que du chlorure de potassium (KCl). Cette décomposition du sel, que l’on utilise pour la préparation de l’oxygène, est favorisée par son mélange avec du bioxyde de manganèse, et mieux encore du bioxyde de cuivre, sans que ni l’une ni l’autre de ces dernières substances éprouvent aucune altération par elles-mêmes; elles n’exercent dans cette circonstance qu’une action de présence dont la nature est peu connue.
La grande quantité d’oxygène contenue dans le chlorate de potasse et sa facile décomposition par la chaleur font de ce corps un oxydant très-énergique. Projeté sur des charbons incandescents, il donne lieu, comme le sel de nitre, à une très-vive déflagration; mêlé avec des corps combustibles (soufre, charbon, phosphore, résines, métaux pulvérisés), il forme des poudres qui prennent feu plus ou moins fecilement sous le choc ou l’action do la chaleur. Ces poudres, trop brisantes pour être emplo3'^ées comme poudre de guerre, sont utilisées dans la fabrication des artifices. Elles ont servi également, avant la découverte des allumettes chimiques, à la préparation des briquets dits oxygénés. Des allumettes garnies à l’une de leurs extrémités d’un mélange de chlorate de potasse, de résine et de soufre, s’enflamment quand on les plonge dans un flacon d’acide sulfurique qui en
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mouille le bout. L’acide sulfurique décompose le chlorate de potasse, met en liberté l’acide chlorique qui cède aussitôt son oxygène à la matière inflammable. Depuis 1835, l’addition du phosphore au chlorate de potasse a donné lieu aux allumettes chimiques aujourd’hui si répandues, et qui s’enflamment par simple frottement.
Le chlorate de potasse a été découvert, en 1786, par Berthollet, qui lui donna le nom de muriate suroxygéné de potasse. On le prépare en grand dans l’industrie en faisant passer un courant de chlore dans une dissolution concentrée et chaude de potasse ou de carbonate de potasse aussi pur que possible. Il se forme du chlorure de potassium et du chlorate de potasse. On sépare ensuite ces deux produits par la cristallisation en s’appuyant sur ce double fait, que le chlorure de potassium est très-soluble à froid, tandis que lé chlorate de potasse l’est trèspeu. Ce dernier se déposera donc à peu près seul dans une opération bien conduite. Une nouvelle cristallisation le donne pur.
La préparation du chlorate de potasse peut être faite d’une manière plus économique à l’aide d’un procédé indiqué par Liebig. Au lieu de faire passer le chlore dans une dissolution de potasse qui ne donne guère que
10 p. ion de son poids du sel, on le fait passer dans un lait de chaux ; il se produit du chlorure de potassium et du chlorate de chaux ; on dissout à chaud et on verse dans la liqueur une suffisante quantité de chlorure de potassium qui transforme le chlorate de chaux en chlorure de calcium, en se transformant lui-même en chlorate de potasse.
CHLORE (Chimie), du grec cMôros, jaune verdâtre. — Corps simple, gazeux à la température ordinaire, d’une couleur jaune verdâtre, d’une odeur particulière, désagréable, irritant fortement la poitrine et pouvant même occasionner des crachements de sang, quand, par inadvertance, on en respire des quantités un peu considérables. Sa densité est 2,44 ; un litre de ce gaz pèse Son équivalent est 35,5.
Le chlore n’est pas un gaz permanent.
Comprimé jusqu’à ce qu’il soit réduit au quart ou au cinquième de son volume,
11 commence k se transformer en un liquide fortement coloré en jaune : c’est du chlore liquide. Si à la pression on joint une basse température, la liquéfaction devient encore plus facile. Le chlore est soluble dans l’eau qui en prend deux fois son volume. L’eau ainsi obtenue s’appelle eau de chlore. La dissolution saturée, plongée dans de la glace, laisse déposer une matière floconneuse qui est une combinaison définie de chlore et d’eau ou hydrate de chlore (Cl,tOaq). L’hydrate peut être recueilli par décantation , séché entre deux feuilles de papier non collé, puis introduit dans un tube que l’on ferme à la lampe. A mesure que la température s’élève, les cristaux d’hydrate de chlore fondent, et on voit apparaître dans le tube deux couches liquides , l’une supérieure , jaune pâle, est de l’c^u de chlore; l’autre située au-dessous, fortement colorée, est du chlore liquide. C’est le moyen le plus simple d’obtenir ce dernier produit.
Le chlore est remarquable par l'énergie de ses affinités chimiques; mélangé avec de l’hydrogène, il se combine brusquement avec ce gaz dès qu’il reçoit le contact des rayons solaires, ou qu’il est traversé par une étincelle électrique. Cette combinaison est accompagnée d’une explosion violente et assez souvent de la rupture du vase dans lequel elle a lieu. Cette expérience doit donc être faite avec précaution. L’explosion peut même avoir lieu à la lumière dilïuse du jour, quand le chlore, avant son mélange avec l’hydrogène, est resté quelque temps exposé à l’action directe des rayons solaires. En dehors de cette condition, la combinaison a encore lieu, mais d’une manière lente. La flamme d’une bougie produit sur le mélange le même effet que la lumière solaire et i’étincelle électrique. Le résultat de la combinaison est, dans l’un et l’autre cas , de l’acide chlorhydrique.
L’affinité du chlore pour l’hydrogène est tellement grande que cette substance décompose peu à peu l’eau dans laquelle il est dissous. L’eau de chlore se décolore peu à peu et son chlore se transforme peu à peu en acide chlorhydrique, en même temps que de l’oxygène devient libre. Cet oxygène reste en partie dissous dans
l’eau, mais la plus grande partie s’en dégage ou s’unit au chlore pour former de l’acide perchlorique(C10'^). On ne peut donc conserver quelque temps une dissolution de chlore qu’à la condition de la tenir constamment à l’abri de la lumière dans des flacons en verre noir, ou mieux, renfermés eux-mêmes dans un étui en carton fermé par un couvercle.
Le chlore enlève aussi l’hydrogène à la plupart des substances qui en renferment ; c’est un déshydrogénant énergique ; c’est aussi un oxydant puissant, bien qu’il ne renferme aucune trace d’oxygène ; mais, en décomposant l’eau, il met de l’oxygène en liberté, et cet oxygène naissant se trouve dans les conditions les plus favorables pour entrer dans de nouvelles combinaisons. C’est à cette double propriété que le chlore doit d’être employé comme désinfectant et comme décolorant. Il est désinfectant, parce qu’il s’empare de l’hydrogène des matières organiques, quelles qu’elles soient, auxquelles l’infection peut être attribuée. Il est décolorant, parce qu’il déshydrogène la plupart des matières colorantes provenant du règne végétal, ou parce qu’il les oxyde indirectement, et que, dans l’un et l’autre cas, il en change la nature. Sous ce double rapport, le chlore est d’une grande importance en industrie. Il y est toutefois rarement appliqué en nature à cause des difficultés de transport et de conservation ; on préfère généralement le condenser par la chaux, et c’est à l’état de chlorure de chaux (voyez ce mot) qu’il est livré au commerce.
Le chlore a autant d’affinité pour la plupart des métaux que pour Ehydrogène ; plusieurs prennent feu dans ce gaz dès qu’ils y sont versés. Il attaque rapidement le mercure, et, quand il est à l’état naissant dans l’eau
Fig. 541. — Préparation du chlore sec.
régale, il dissout promptement les métaux les plus rebelles,tels que l’or, le platine, etc. Il n’est pas de corps simple qui ne puisse être combiné avec lui; quelques-uns cependant ne s’unissent avec lui que d’une manière trèsfugitive; tel est, en particulier, l’azote avec lequel il forme un composé redoutable par son instabilité (voyez Chlorure).
Le chlore forme avec l’oxygène cinq combinaisons qui sont toutes acides. Ce sont : l’acide hypochloreux l’acide chloreux (CIO'^), l’acide (CIO ‘), l’acide chlorique (CIO’) et l’acide perchlorique (CIO^) (voyez ces mots).
Le chlore a été découvert en 1774 par Scheele, qui lui donna le nom d’acide muriatique déphlogistiqué P. us tard, Lavoisier et Berthollet le considérèrent comme de l’acide chlorhydrique oxygéné, et l’appelèrent acide muriatique oxygéné. Gay-Lussac et Thénard en France, et llumphry Davy en Angleterre, établirent, vers 1811, qi^ie ce gaz est simple et non composé d’autres éléments connus. Dès 1785, Berthollet avait utilisé l’action du chlore sur les matières colorantes, en l’employant^ au blanchiment des tissus. Le professeur Hallé, de l’École de médecine de Paris, avait, à la même époque, signalé ses propriétés antiseptiques, et en 1791 Fourcroy le recommanda comme propre à désinfecter les cirnetières, les salles de dissection, les écuries en cas d’épizootie, etc. Giiyton Morveau en popularisa l’ernploi sous ce rappor , par l’invention d’un petit appareil portatif propre aux fumigations .
Le chlore s’obtient à l’état gazeux en faisant agir l’acide chlorhydrique sur le bioxyde de manganèse que l’on trouve abondamment dans la nature. Il se produit
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ainsi de l’eau, du chlorure de manganfise et du chlore, comme l’indique la formule
Mn02 -f 2HC1 = mo + MnCl -j- Cl.
On remplace quelquefois dans cetle préparation l’acido chlorhydrique par un mélange d’acide sulfurique et de sel marin. Par la réaction mutuelle de ces deux composés, il se forme du sulfate de soude et de l’ acide chlorhydrique qui joue le môme rôle que précédeniment. Mais si l’acide sulfurique est en quantité suffisante, le chlorure de manganèse est remplacé lui-même par du sulfate d’oxyde de manganèse ; toutefois, pour le môme poids de cette substance, on n’obtient toujours que la même quantité de chlore. Si on veut obtenir le chlore à l’état gazeux, les matières nécessaires à sa préparation sont introduites dans un ballon de verre {fig, 541) fermé par un bouchon que traversent deux
Fig. 542. — Préparation du chlore en dissolution dans l’eau.
tubes; l’un recourbé en S sert à recharger d’acide, Fautre se rend dans un premier flacon laveur B, contenant une couche d’eau que le gaz doit traverser, et où il se dépouille des vapeurs d’acide chlorhydrique qu’il entraîne toujours un peu avec lui. De là, il passe à travers un tube de verre G rempli de fragments de chlorure de calcium fondu, qui lui enlève son humidité.
Il pénètre enfin au fond du flacon A ouvert à l’air libre.
Le chlore, plus dense que l’air, forme au fond de ce flacon une couche de gaz qui, en s’épaississant, chasse devant lui l’air dont il prend la place. Le chlore, en effet, ne peut être recueilli ni sur l’eau qui le dissout, ni sur le mercure qu’il attaque.
Quand, au contraire, on veut une dissolution de chlore, on fait passer le chlore au travers d’une série de flacons B, G à moitié pleins d’eau, ainsi que le montre notre figure 542.
GHLOREUX (Acide). — Gaz jaune verdâtre, soluble dans l’eau, qui en prend cinq à six fois son volume et en reçoit une couleur jaune d’or. Il est formé par l’imion d’une proportion de chlore (35,5) avec trois proportions d’oxygène (24). Il s’unit aux bases avec lesquelles il forme des sels (chlorites) bien définis. Il est peu stable par luimême et se décompose très-facilement sous l’influence de la chaleur.
On l’obtient en chauffant avec ménagement un mélange de chlorate de potasse, d’acide azotique et d’acide arsénieux. Par l’intermédiaire de l’acide azotique, l’acide arsénieux (AsO^) passe à l’état d’acide arsénique (AsO®) en enlevant à l’acide chlorique (GIO^) du chlorate, deux proportions d’oxygène, ce qui le ramène à l’état d’acide chloreux (GIO-^).
Ghloreüx (Acide hypo). — V. Ghlorures décolorants.
CHLORHYDRIQUE (Acide) (Chimie), appelé aussi Acide hydrochlorique, et autrefois Esprit de sel fumant, Acide muriatique. — C’est une combinaison de chlore et d’hydrogène à volumes égaux ou en poids de 35,5 de chlore pour 1 d’hydrogène. Sa formule est CIH.
A l’état de pureté, l’acide chlorhydrique est un gaz incolore, irrespirable, d’une odeur suftocante et d’une sa-
veur très-acide. On peut le liquéfier à la température ordinaire par une pression de 40 atmosphères, ou bien à la pression barométrique ordinaire, en l’exposant à un froid très-vif. Sa densité est 1,245. Son avidité pour l’eau est extrême. Si on débouche à l’air un flacon rempli de ce gaz, on voit apparaître d’abondantes fumées blanches dues à ce qu’il s’empare de l’humidité de l’air. Si on débouche le môme flacon sous l’eau, l’eau s’y précipite comme s’il était vide, et avec une telle violence que le flacon peut être brisé. Toutefois, la moindre trace d’un gaz étranger suffit pour ralentir beaucoup cette absorption, à cause du voile que ce gaz forme à la surface de l’eau entre elle et l’acide. Lorsqu’on plonge la main dans une atmosphère d’acide chlorhydriiiue, on éprouve une sensation de chaleur due à la condensation du gaz sur la couche d’humidité qui recouvre la main et à sa combinaison avec cette couche. Les matières organiques finissent par y noircir, par suite de la perte d’eau que leur fait éprouver l’acide et du commencement de carbonisation qui en résulte.
L’eau peut absorber environ 500 fois son volume d’acide chlorhydrique. C’est la dissolution ainsi formée, que l’on appelle ordinairement acide chlorhydrique dans le commerce. Quand elle est concentrée , sa densité est 1,21. Elle contient 54 parties d’eau pour 3G,5 d’acide chlorhydrique pur. Mais au contact de l’air, cette dissolution perd peu à peu la moitié de son acide en donnant des fumées blanches, et l’hydrate restant, a une densité égale seulement à 1,128. L’ébullition lui fait perdre encore une partie de l’acide, mais celui-ci ne disparaît pas entièrement, et il passe à la distillation un hydrate correspondant à la formule HCl -f- 1 GHO.
L’acide chlorhydrique seul ou mélangé avec de l’acide nitrique, ce qui constitue l’eau régale, peut dissoudre tous les métaux ; un grand nombre d’entre eux sont même dissous par lui seul et à la température ordinaire, ce qui explique la grande importance qu’il possède dans les arts, où il sert en outre à la préparation du chlore et des chlorures décolorants. Du reste, si ce n’étaient les frais de transport et d’emmagasinage, il serait d’un prix extrêmement bas, car certaines industries, principalement la fabrication des soudes artificielles, en produisent des quantités énormes, supérieures aux besoins de la consommation, et dont elles ne se débarrassent quelquefois qu’avec peine en les faisant perdre, soit dans la mer, soit dans des montagnes de craie. On l’obtient en traitant le sel marin ou chlorure de sodium par de l’acide sulfurique; il se forme du sulfate de soude, d’où on retire la soude artificielle, et l’acide gazeux se dégage. Lorsqu’on veut recueillir celui-ci, on fait l’opération dans un cylindre de fonte A {fig. 543) dans lequel on introduit d’abord le sel marin par son fond mobile, puis ensuite l’acide au moyen d’un entonnoir en terre B, pénétrant dans une ouverture pratiquée sur le haut du môme fond, et que l’on bouche ensuite au moyen d’un tampon d’argile. Le fond opposé du cylindre est percé d’une autre ouverture à laquelle on applique un tuyau de dégagement T pour le gaz acide, que l’on fait passer au travers d'une série de bonbonnes O, O', contenant de l’eau qui le dissolve. Gomme les acides rongent assez rapidement le cylindre, on le retourne de temps en temps pour que l’usure se fasse régulièrement. Une cinquantaine de cylindres fonctionnent en même temps dans les grandes fabriques, et chaque cylindre fournit environ 200 kil. d’acide liquide marquant 'il à 22" à l’aréomètre de Baumé. C’est dans cet état qu’il est livré au commerce. Il est alors bien loin d’être pur. Il renferme d’abord tous les sels tenus en dissolution dans l’eau ordinaire, puis des acides sulfurique et sulfureux, du perchlorure de fer, et quelquefois même de l’acide arsénieux et de l’acide arsénique provenant des réactions effectuées ou des produits qu’on y emploie. Ces substances ne nuisent pas aux usages communs de l’acide ; mais dans les laboratoires on a souvent besoin d’un acide complètement pur. On peut l’obtenir aisément à cet état au mojen d’un procédé imaginé par M. Lambert. L’acide .à
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purifier est introduit dans un flacon communiquant avec une série de flacons de Woolf, garnis d’eau distillée, puis on fait arriver un très-mince filet d’acide sulfurique concentré au milieu de l’acide chlorhydrique. L’acide sulfurique s’empare de l’eau de l’acide en dissolution^ et déo’age en même temps assez de chaleur pour que le gaz s’échappe et aille se condenser dans l’eau distillée.
Fig. 543. — Préparation de l’acide chlorhydrique.
L’acide chlorhydrique était connu des alchimistes sous le nom à' esprit de sel. Son mode de préparation actuel remonte à la fin du xvne siècle, et est dû à Glaubcr. Mais ce fut Priestley qui, en 1772, le recueillit le premier sur le mercure à l’état gazeux, et MM. Gay-Lussac et Thénard qui en établirent les premiers la composition exacte.
CHLORHYDRATES (Chimie). — Combinaisons d’acide chlorhydrique avec une base. Tel est, par exemple, le chlorhydrate d’ammoniaque ou sel ammowmc (ClH,AzH3) (voyez ce dernier mot).
Le chlorhydrate de soude serait une combinaison d’acide chlorhydrique avec l’oxyde de sodium ou soude (ClH,NaO) ; mais comme cette combinaison à l’état anhydre ne renferme plus ni l’hydrogène de l’acide , ni l’oxygène de la base, on lui donne plus ordinairement, en chimie, le nom de chlorure de sodium (voyez Chlorures). Le mot chlorhydrate n’est donc guère conservé que pour les sels à base organique, comme les chlorhydrates de quinine, de morphine, de strychnine^ etc., et pour le sel ammoniac.
CHLORIDE (Zoologie), Chlorida., Serv., du grec chlôros., vert. — Genre û.’’ Insectes coléoptères tétramères., de la famille des Longicornes, tribu des Céramhgcins , établi par Serville aux dépens du genre SIénocore de Fabricius, formé lui-même de différentes espèces de la même famille, entre autres des Leptures. Ce genre se distingue par le præsternum simple, par la tête horizontale et par l’extrémité de chaque élytre (jui présente deux épines. Dejean en donne quatre espèces, toutes d’Amérique, parmi lesquelles le C. costata, Serv. ; Stenocorus costatus., Fab., type du genre, il produit un son aigu en volant ; on le trouve sur les feuilles ou le tronc des arbres. M. Buquet y a ajouté deux nouvelles espèces, dont le C. costipensis., Ruq., de Cayenne, long de 0“,Ü28, est d’un gris cendré : les antennes sont armées d’une forte épine au bord marginal.
CHLORIDËES (Botanique). — Tribu de plantes établie par Kunth dans sa famille des Graminées . Ses caractères les plus saillants sont : épis unilatéraux ; épillets à une ou plusieurs fleurs dont les supérieures sont incomplètes ; glume à 2 folioles ; 2 glumelles membraneuses herbacées. La glume persiste sur le rachis non articulé, et sa foliole supérieure regarde en dehors. Genres principaux : Chions, Swartz ; Eleusine, Gærtn. ; Cynodon, Rich. (chiendent), etc. G — s.
CHLORION (Zoologie), Latr., Fab. — Genre A'Insectes hyménoptères., section des Porte-aiguillon., tribu des Fouisseurs, famille des Sphégimes, distingués par i des antennes insérées près de la bouche, palpes maxillaires filiformes ; languette à trois divisions courtes. Les chlorions sont verts, comme leur nom l’indique ; ils ressemblent aux sphex et aux ammophiles, ont la tête petite, arrondie, rtîtrécic en arrière ; on les trouve surtout dans les pays chauds ; l’espèce la plus intéressante,
le C. comprimé [C. compressum., Fab.), bleu ou d’un vert bleuâtre, est une jolie mouche de forme élancée. Dans nos colonies et à Elle de France surtout, elle fait une guerre acharnée aux kakerlacs ou ravets, et rend par là de très-grands services aux habitants. On trouve dans le VP volume des Mémoires de Réaumur sur les insectes, des observations fort curieuses de Gossigni sur la manière dont elle fait la chasse à ces hôtes incommodes des colonies
GHLORIQUE (Acide) (Chimie). — Acide formé par l’union d’une proportion (35,5) de chlore et de cinq proportions (40) d’oxygène; sa formule est CIO®; on ne peut l’obtenir qu’en dissolution dans l’eau ou en combinaison avec les bases. Sa dissolution concentrée est un liquide sirupeux, rendu un peu jaune par un peu do chlore dissous et très-peu stable. A 40°, il se décompose en acide perchlorique (CIO’) et en acide chloreux (CIO®).
A une température un peu plus élevée, la décomposition est plus profonde et la substance ne tarde pas à se résoudre en ses éléments, chlore et oxygène. Sa richesse en oxygène et sa facile décomposition rendent l’acide chlorique un oxydant énergique employé quelquefois à ce titre en chimie. On le retire du chlorate de potasse.
GHLORIQUE (Acide per). — Acide provenant de l’oxydation de l’acide chlorique et ayant pour formule CIOL
GHLORIS (Botanique), Chloris, Swartz , du nom de la nymphe Chloris, femme de Nestor. — Genre de plantes de la famille des Graminées, type de la tribu des Chloridées. Il comprend des plantes habitant principalement les Indes orientales et le cap de Bonne-Espérance. Leur port, est élégant ; leur chaume est simple ou rameux avec des feuilles planes.
GHLORITES (Chimie). — Sels formés par la combinaison de l’acide chloreux avec les bases. Ils sont généralement colorés en jaune et peu stables.
CHLOROFORME (Chimie) (GHIGl®). — Liquide incolore, ayant une odeur éthérée, une saveur sucrée, volatil, mais s’enflammant avec difficulté, et donnant, quand il brûle, au sein d’une flamme, une teinte verte à celle-ci. Sa densité est 1,49; son point d’ébullition, 60" ; sa densité de vapeur, 4,2. Peu soluble dans l’eaiq trèssoluble dans l’alcool, il constitue lui-même un dissolvant des plus importants pour le phosphore, l’iode, la guttapercha, etc. La moindre trace d’iode lui donne une couleur violacée très-riche, qui est caractéristique. On peut le considérer, quoiqu’il ne rentre pas véritablement dans la même série, comme de l’acide formique (G^HO®) dans lequel l’oxygène est remplacé par le chlore; aussi, en le traitant par les alcalis, donne-t-il un formiate et un chlorure.
C2HC13 -f KO, HO = K0,C2H03 -f 3KCI -b 4HO
Chlurofornie. Formiate Chlorure
de potasse. de
potassium.
On l’obtient en traitant l’alcool vinique ou l’esprit de bois par les hypochlorites alcalins. On mélange dans la cucurbite d’un alambic 8 litres d’alcool vinique à 85 centièmes, étendu de 25 fois son volume d’eau avec 2 kil. d’hypochlorite de chaux de commerce et i kil. de chaux vive délitée à l’avance ; on place le chapiteau et on distille. Quand la réaction a commencé sous l’influence de la chaleur du foyer, elle se poursuit avec rapidité et l’on i recueille à l’extrémité du serpentin le chloroforme qui s’est précipité au fond du récipient, et au-dessus de lui une couche d’eau qui en retient une petite proportion.
Le chforoibrme est séparé de l’eau à l’aide d’un entonnoir effilé, puis mis en contact avec du chlorure de calcium fondu, et enfin rectifié une dernière fois. Le chloroforme est un agent des plus précieux pour déterminer l’insensibilité. On utilise aujourd’hui cette propriété pour afiVanchir les malades des vives douleurs qu’entraîneraient les opérations chirurgicales. Il ne faut toutefois l’employer que sous la direction d’un médecin exercé, en ) prenant les précautions nécessaires pour que la respiration du malade s’effectue dans les conditions normales.
La découverte du chloroforme est due à MM. Liebiget. : Soubeiran ; son étude complète a été faite par M. Dumas. i
GHLOROMÉTRIE (Chimie). — Elle a pour but l’cva- » luation des quantités de chlore contenues dans des disso- >• lutions, et surtout dans les chlorures décolorants. La u consommation énorme que l’industrie fait annuellement ) du chlorure de chaux, la facile altération de ce produit ^ dont le chlore se dégage par son exposition à l'air, la né- ( cessité d’opérer avec des chlorures d’une richesse en
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chlore bien connue, et la difficulté de reconnaître cette richesse par un examen extérieur du composé, rendent les essais chlorométriques d’une grande importance industrielle.
M. Gay-Lussac avait proposé de faire une dissolution d’un poids constant du chlorure à essayer dans un poids également constant d’eau, et d’y verser peu à peu une dissolution titrée A' indigo, jusqu’à ce que l’indigo cessât d’y être décoloré par le chlore. La quantité d’indigo nécessaire pour obtenir ce résultat, servait de mesure à la quantité de chlore contenue dans la dissolution à l’essai.
La dissolution d’indigo s’altérant avec le temps, les résultats obtenus par ce procédé ne pouvaient mériter quelque confiance qu’à la condition d’opérer avec une dissolution récemment préparée, ce qui devenait un embarras et une cause d’erreurs. M. Gay-Lussac a donc proposé un autre moyen plus constant. Pour former la liqueur d’essai, on dissout 4s'',439 d’acide arsénieux bien pur dans de l’acide chlorhydrique également pur, et on étend d’eau jusqu’à ce que l’on ait obtenu un litre de liqueur. Pour faire l’essai d’un chlorure, on en pèse 10 grammes que l’on dissout dans un litre d’eau. On prend 100 centimètres cubes de la liqueur arsenicale dans laquelle on verse quelques gouttes d’une dissolution quelconque d’indigo de manière à la colorer légèrement en bleu, puis on y verse peu à peu la dissolution de chlorure. Le chlore que contient celle-ci fait passer l’acide arsénieux à l’état d’acide arsénique par la vertu oxygénante qu’il possède (voyez Chlore). Dès que la transformation est complète, le chlore en excès agit sur l’indigo qu’il décolore. L’indigo ne sert donc plus ici que pour constater que l’arsenic est saturé d’oxygène. Moins il faudra de la dissolution de chlorure pour y arriver, plus cette dissolution sera riche en chlore. S’il faut seulement 100 centimètres .cubes, le chlorure de chaux est pur; mais s’il en fallait 133, le chlorure de chaux ne contiendrait que yIî ou 75 p. 100 de chorure pur. Il est important pour le succès de l’opération qu’elle se fasse dans l’ordre indiqué plus haut.
CHLOROPHYLLE (Botanique), du grec chlôros, vert, et phullon, feuille. On appelle ainsi la matière colorante verte; la plus caractéristique de l’organisation végétale. C’est en même temps la plus importante par son rôle dans la nutrition. La chlorophylle paraît avoir une nature analogue à celle des résines ; au moins est-elle soluble dans l’alcool. Elle circule souvent dans le liquide même qui remplit les cellules, et le colore en vert; mais elle forme aussi une couche sur les granules qui se trouvent habituellement dans leur cavité, et leur donne l’aspect de granules verts que l’on a regardés souvent comme les granules constitutifs de la chlorophylle elle-même. Ordinairement ces petits grains sont de nature amylacée, et la couche qui les revêt et les colore est extrêmement mince. Lorsqu’on essaie de séparer la matière colorante, elle se présente en une masse gélatineuse informe et de couleur verte. On conclut de ces faits que la chlorophylle est une matière résinoïde qui circule mêlée au liquide intracellulaire et qui forme de minces dépôts à la surface des granules communément répandus dans les cellules du tissu végétal. Une chose remarquable dans sa composition chimique, c’est que, comme Vhématosine des animaux, elle contient un composé ferrugineux, La production de la chlorophylle dépend de l’action de la lumière ; maintenu dans l’obscurité, un végétal ne prend pas la teinte verte, il reste blanc jaunâtre. On a donc pu penser que la respiration diurne était pour quelque chose dans la production de la matière verte. Ces questions sont encore enveloppées d’une grande obscurité. De Candolle, ayant reconnu que la chlorophylle pouvait prendre différentes teintes et devenir même incolore, proposa de substituer à son nom celui de chromule (c’està-dire matière colorée quelconque), et cela avec d’autant plus de justesse que les fefiilles ne sont pas les seuls organes qui contiennent de la chlorophylle. Voir, pour le développement de cette matière, Recherches microscopiques sur la chlorophylle, par M. Arthur Gris {Annales des sciences naturelles, 4<^ série, t. VII). G — s.
CHLOROSE (Médecine), du grec chlôros, jaune pâle, verdâtre. — La chlorose est une maladie caractérisée par la pâleur de la peau, un état de faiblesse générale, la dépravation des fonctions digestives, la gêne de la respiration. On la rencontre souvent chez les jeunes filles, quelquefois chez les femmes ; on l’a même observée chez les jeunes garçons; et il est probable que l’ensemble de phénomènes qui la constituent, tient à quelque dérangement important dans les fonctions de nutrition qui
altère profondément la composition du sang; les principales causes prédisposantes sont le tempérament lymphatique, une constitution faible, mélancolique, l’habitation dans des lieux bas, humides, des aliments peu nourrissants, indigestes, l’abus des boissons aqueuses, des bains chauds, le sommeil ou la veille trop prolongés, une vie sédentaire. Les principales causes déterminantes sont les passions tristes, l’ennui, la nostalgie, la suppression accidentelle des époques mensuelles survenant par une cause extérieure ou par une émotion vive, une frayeur, une colère; ou enfin une maladie longue qui a débilité la constitution. On voit une jeune malade devenir d’un jaune pâle, verdâtre; les lèvres sont blanches; les paupières livides, boursouflées; la conjonctive est d’un blanc mat; la peau est sèche, plombée; les chairs sont flasques ; les pieds enflés ; l’appétit se perd ; il devient dépravé; elle désire des aliments salés, du vinaigre, des grains de café ; puis des choses impropres à l’alimentation, du charbon, des cendres, de la craie; le pouls est petit, fréquent ; il y a des palpitations, gêne de la respiration ; elle ne peut courir, monter un escalier ; il y a des lassitudes, l’exercice est pénible ; il y a de la tristesse, des pleurs involontaires. Lorsqu’on applique le stéthoscope au-dessus de la partie interne des clavicules, à la région correspondant aux artères carotides et aux sousclavières, on perçoit une vibration sonore, une espèce de roucoulement, qu’on désigne sous le nom de bruit carotidien, bruit de soufflet, de diable. Examiné au microscope, le sang des chlorotiques offre une diminution considérable dans la quantité des globules, par rapport à celle du liquide dans lequel ils nagent ; sans que la quantité de fer ait diminué dans un même poids de ces globules. Il en est de même dans V anémie (voyez ce mot). De tout ce qui vient d’être dit, il est résulté, pour quelques auteurs, un certain vague dans la distinction à établir entre la chlorose et l’anémie que plusieurs médecins ont confondues. La durée de la chlorose est trèsvariable, même lorsqu’elle est soignée convenablement ; elle peut durer plusieurs mois. Les indications à remplir pour le traitement doivent tendre surtout à rétablir le jeu régulier des fonctions de nutrition et à combattre la débilité générale. On conseillera donc les vêtements de laine, une alimentation tonique, une habitation saine, bien aérée, bien éclairée, de l’exercice au grand air, la danse, l’équitation, les promenades en voiture, à pied, les bains de mer, les frictions sèches et aromatiques. A tous ces moyens, qu’on peut appeler hygiéniques, on ajoutera une médication plus spéciale; ici les ferrugineux jouent le principal rôle : on prescrira d’abord les préparations ferrugineuses insolubles dans l’eau, comme moins actives, l’oxyde noir (ethiops martial), le fer réduit par l’hydrogène, le sous-carbonate de fer; on en viendra ensuite aux préparations solubles : le lactate de fer (pilules, pastilles, dragées de Gélis et Conté), le citrate de fer, le chlorure, le valérianate, l’iodure de fer, etc.; ces différentes préparations, seules ou associées à d’autres toniques, tels que l’iode, le quinquina, la valériane, la gentiane, l’aloès : à tout cela on joindra utilement les eaux minérales de Spa, de Passy, d’Auteuil, de Vichy, et mieux encore les eaux sulfureuses de Bagnères de Luchon, de Cauterets, d’Amélie, etc, F — n.
CHLOROXYCARBONIQUE (Acide) (Chimie) (COCl). — Gaz acide formé par l’union de l’oxyde de carbone et du chlore à volumes égaux; on l’appelle quelquefois phosgène. Ce composé, analogue par sa composition à l’acide carbonique, est doué d’une odeur suffocante et se décompose, au contact de l’eau qui intervient par ses éléments dans la réaction, en acide carbonique et acide chlorhydrique.
CHLORURES (Chimie). — Nom générique donné aux combinaisons que le chlore peut former avec les corps simples, particulièrement les métaux. Les composés qu’il produit avec l’oxygène et l’hydrogène ont reçu des dénominations particulières; par contre, on a étendu improprement le nom de chlorures à certaines préparations décolorantes et désinfectantes popularisées par Labaraque, et qui renferment du chlore et de l’oxygène unis ensemble à un métal. Ce sont les chlorures de chaux, de soude, de potasse.
Les chlorures sont généralement solides ; quelques-uns toutefois sont liquides et môme fumants à l’air : telle est la liqueur fumante de Libavius (chlorure d’étain). Ils sont presque tous solubles dans l’eau ; un petit nombre ne le sont pas ; tels sont le chlorure d’argent, le protochlorure de mercure ou calomel. Ils sont tous fusibles,
I la plupart môme à une température inférieure au rouge.
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Les chlorures de bismuth, de zinc et d’antimoine fondent même au-dessous de 100°. La plupart sont volatils, et môme d’une manière très-prononcée.
Les chlorures sont des composés très-stables. A l’exception des chlorures d’or, de platine, de rhodium, de palladium et d’iridium, ils résistent à l’action de la chaleur seule; quelques-uns cependant s’altèrent au contact de la lumière, tel est en particulier le chlorure d’argent. Mais si on ajoute à l’action de la chaleur celle de certains corps, une décomposition a lieu très-souvent. Ainsi, à chaud, l’oxygène de l’air décompose les chlorures de quelques métaux. Du chlore se dégage, entraînant avec lui une certaine quantité de vapeurs de chlorure non décomposé, et il reste un oxyde pur. A froid, l’air sec n’exercerait, au contraire, aucune action sur ces chlorures.
Il en est ainsi pour le soufre, quoique son action ne soit pas renfermée dans les mômes limites que celle de l’oxygène.
L’hydrogène se comporte à peu près comme le soufre. Il réduit les chlorures des métaux des quatre dernières sections, donne de l’acide chlorhydrique et laisse le métal à nu. Cette réaction est mise à profit pour obtenir ces métaux dans un grand état de pureté.
Le carbone, qui, dans certains cas, se comporte comme l’hydrogène, est sans action sur les chlorures à froid et à chaud.
Les métaux se comportent avec les chlorures à peu près comme avec les oxydes et les sulfures ; les métaux plus oxydables y prennent la place de ceux qui le sont moins. Quelquefois cependant l’action n’est pas complète. A ce point de vue, un métal moins oxydable peut déchlorurer partiellement un métal qui l’est plus. Cette propriété est utilisée dans la métallurgie de l’argent.
L’oxygène et l’hydrogène décomposant les chlorures, on conçoit que la vapeur d’eau produise le môme efiet : un grand nombre sont décomposés par elle au rouge. Plusieurs aussi sont décomposés par l’eau à froid quand leur dissolution est un peu étendue. Il se forme de l’acide chlorhydrique et un oxyde ou un oxychlorure. Tels sont les chlorures de silicium, d’antimoine, d’aluminium, de bismuth, etc.
Les acides fixes décomposent les chlorures dont ils dégagent de l’acide chlorhydrique par la décomposition simultanée de l’eau dont l’intervention est nécessaire. Les acides sulfurique, phosphorique , silicique sont dans ce cas; mais l’action devient plus difficile avec l’acide nitrique, qui est volatil lui-môme à une température peu élevée. C’est sur la décomposition facile à la température ordinaire de certains chlorures, le sel marin en particulier, qu’est basée la préparation de l’acide chlorhydrique.
Plusieurs chlorures (protochlorure de cuivre, sesquichlorure d’or...) peuvent se combiner avec l’acide chlorhydrique en proportion définie, pour former des chlorhydrates de chlorures^ avec les oxydes ou les sulfures correspondants pour former des oxychlorures ou des sulfochlorures, avec l’ammoniaque pour former des ammoniochlorures, et enfin entre eux pour former des chlorures doubles.
La plupart des chlorures sont anhydres, mais, quand ils sont dissous dans l’eau, on ignore s’ils conservent leur constitution binaire, ou s’ils s’assimilent les éléments de l’eau pour se transformer en chlorhydrates d’oxydes. Toujours est-il que les chlorures se comportent dans leurs réactions comme de véritables sels auxquels on les assimile ordinairement. Nous rappellerons seulement que certains chlorures sont décomposés par l’eau ; nous ajouterons que d’autres qui s’y dissolvent sans décomposition apparente no peuvent plus être ramenés à l’état anhydre ; quand on veut les dessécher, ils laissent dégager de l’acide chlorhydrique et il ne reste plus qu’un oxyde. On peut donc supposer dans ce cas qu’il s’est formé un chlorhydrate, comme aussi on pourrait dire que c’est le chlorure et l’eau qui restent simplement juxtaposés. Cette question ne peut donc être résolue d’une manière certaine; heureusement elle est d’une importance toute secondaire.
Le chlore se combine directement avec presque tous les corps simples, et souvent môme avec dégagement de chaleur et de lumière; aussi peut-on obtenir la plupart des chlorures par cette action directe. Toutefois, on ne peut obtenir que d’une façon indirecte les chlorures d’azote et de carbone.
Chlorure d’azote. — Liquide jaune oléagineux, détonant avec une violence extrême à une température peu élevée, ou par son simple contact avec certains
corps, ou même sans cause appréciable; M. Dulong, qui l’a découvert, a été blessé grièvement deux fois en l’étudiant. On l’obtient en faisant passer du chlore en excès dans une dissolution d’ammoniaque ou d’un sel ammoniacal quelconque. Sa composition est mal connue. On la représente ordinairement par la formule AzCl^.
Chlorures de soufre. — On en connaît plusieurs, dont deux ont été obtenus isolés.
Bichlorure de soufre (CIS) correspondant à l’acide hypochloreux (CIO) ou à l’acide hyposulfureux (S-0^). — On l’obtient en faisant passer un courant de chlore sur du soufre en fusion et saturant de chlore le produit ainsi obtenu. C’est un liquide rouge foncé, très-volatil, bouillant à G4° et répandant à l’air d’épaisses fumées blanches. Il se décompose au contact de l’eau et de la vapeur ; il se décompose eu acide chlorhydrique, soufre, et acides sulfureux et sulfurique.
Profochlorure de soufre (CIS^). — Liquide jaune rougeâtre, d’une odeur désagréable particulière, bouillant à 138°, se décomposant au contact de l’eau en acide chlorhydrique, soufre, et acides sulfureux et sulfurique, et répandant à l’air d’abondantes fumées blanches. On l’obtient en faisant arriver lentement un courant de chlore dans une cornue sur du soufre en fusion. Le produit qui distille renferme un excès de soufre, dont on le débarrasse par une seconde distillation.
Chlorures de carbone. — Ces corps s’obtiennent exclusivement par voie de substitution^ en faisant agir le chlore sur un carbure d’hydrogène; ce gaz remplace successivement une, deux, trois... molécules d’hydrogène ; quand ce dernier est épuisé, il reste un chlorure correspondant de carbone. On a préparé, en particulier, par cette méthode les chlorures C^Ch, C^Cl'*- correspondant au gaz des marais et au gaz oléfiant (voyez, pour les différents chlorures, au nom du métal ou du corps simple correspondant). M. D.
Chlorures décolorants (Chimie industrielle). — On désigne sous ce nom les composés que l’on obtient en faisant passer un courant de chlore gazeux au sein d’un alcali. Ces composés sont d’une importance capitale dans l’industrie; ce sont les agents essentiels du blanchiment. Ils sont en outre employés en médecine pour désinfecter et détruire les miasmes putrides; dans ces différents cas, ils agissent comme le ferait le chlore gazeux, et semblent seulement destinés à emmagasiner ce gaz, à le rendre transportable et à le dégager ultérieurement au contact des substances (jui doivent subir son action. La constitution de ces corps a été pendant quelque temps méconnue; en voyant l’absorption complète du gaz par les alcalis et son dégagement sous l’action des acides, on a été porté à les considérer comme des chlorures d’oxyde ; de là le nom qui leur est resté de chlorure de chaux, chlorure de potasse, chlorure de soude.
C’est à M. Balard, auteur de la découverte de V acide hypochloreux^ qu’est due l’interprétation aujourd’hui admise par tous les chimistes, et qui consiste à considérer les chlorures décolorants comme un mélange d’hypochlorite alcalin et de chlorure. Ainsi, vient-on à faire passer un courant de chlore dans une dissolution étendue de potasse, on aura un mélange de chlorure de potassium et d’hypochlorite de potasse, ainsi que le montre la formule suivante :
6KO -f CC1 = 5KCI -b KO,ClO.
C’est ce mélange qui constitue le chlorure de potasse ou eau de Javelle; avec une dissolution étendue de soude, 011 aurait le chlorure de soude ou liqueur deLabarraque; avec la chaux, qu’on peut employer du reste, et qu’on emploie généralement à l’état solide, on obtient le chlorure de chaux ou poudre des blanchisseurs. Ce dernier produit est de beaucoup le plus important; la liqueur de Labarraque a des usages bien moins étendus, et quant à l’eau de Javelle, on ne la trouve véritablement plus dans le commerce, et ce qu’on vend sous ce nom n’est que du chlorure de soude.
Chlorure de chaux. — - Quand le chlorure de^ chaux doit être employé sur place, on le prépare à l’état de dissolution en faisant passer un courant de chlore dans un lait de chaux; afin d’empêcher la chaux de se déposer sur le fond, on introduit dans la cuve où s’opère la réaction un agitateur que l’on met en mouvement par un moteur quelconque. Ordinairement, le chlorure devant être transporté, on emploie de la chaux éteinte, que l’on dispose dans une chambre pouvant avoir plusieurs étages. Notre figure représente une disposition de ce genre.
CHO
CHO
Le chlore produit dans des marmites en fonte G, G', chauffées par le foyer F, se lave d’abord dans les bonbonnes D, D',et ensuite dans des flacons à deux tubulures, d’où il se rend dans la chambre de condensation M. Gomme le bois est attaqué par le chlore, celle-ci est construite en pierres dures et inattaquables, cimentées par un lut bitumineux qui n’éprouve lui-môme aucune action de la part du gaz. A l’extrémité de la caisse se
dans laquelle V et V' représentent les vitesses des masses M et M' avant le choc, et U leur vitesse commune après le choc. De cette égalité, on tire la suivante :