‹ Dictionnaire général des sciences théoriques et appliquées ... avec des figures intercalées dans le texteChapitre 309 sur 385 · EM P · texte numérisé non relu

EM P

EMP

dité et que rien ne peut faire fendre de pareils moyeux, au lieu que quand ils sont pris dans du bois de fil, il est assez commun de les voir fendre, quoiqu’ils soient contenus par des frettes de fer.

On fait d’excellents établis de tour avec l’orme, de bonnes vis pour les pressoirs et autres gros ustensiles. Il convient par excellence aux écrous d’une certaine grosseur. Il se tourne assez bien, sans toutefois recevoir un beau poli, à cause que ses pores sont très-lâches ; on en fait des bâtons de chaise, des palonniers de voiture, des manches de marteau, etc.

Les loupes ou excroissances qui se produisent communément dans l’orme prennent un beau poli au tour. Quand on veut s’en servir pour meubles, on les débite en feuilles de placage, comme l’acajou.

Le hêtre, — Moins fort que les bois précédents, il est pourtant destiné à beaucoup d’usages qui le rendent précieux. On en fait des étaux de boucher; il n’est point employé dans les bâtiments, mais les menuisiers en meubles le préfèrent â tous les autres. Il supporte parfaitement le fort assemblage ; c’est pour cela qu’on en fait des bois de fauteuil, des chaises, des bergères, des canapés, des lits, en un mot tout ce qui concerne le menuisier meublier. On en fait aussi des armoires qu’on vend pour du noyer, attendu que son grain approche assez de celui de ce dernier et qu’une teinture de brou de noix appliquée avec art augmente encore la ressemblance. Ce bois se tourne bien ; il se coupe également dans tous les sens. Ce qui le distingue particulièrement du noyer, c’est une maille brillante caractéristique qui monte obliquement du centre à la circonférence.

Le charme. — Ce bois doit être bien choisi pour être bon. Il est blanc, se tourne assez bien et prend une espèce de poli sous le rabot. Lorsqu’il est encore frais, on en fait d’excellentes vis de moyenne grosseur dont les filets se coupent très-vif et très-net. Les tenons qu’on fait aux ouvrages de charme ne sont pas sûrs, à moins qu’ils n’aient une certaine grosseur. On en fait aussi d’excellents maillets pour le tour et pour la menuiserie, surtout si l’on choisit une partie noueuse. C’est avec ce bois que les ébénistes plaquent les cases blanches des damiers communs; les autres se font avec le houx. On en fait aussi des filets blancs pour la marqueterie et, en général, des ouvrages très-divers, à l’exclusion de ce qui se rapporte à la menuiserie en bâtiments, au charronnage et aux meubles.

Le noyer. — Un des bois les plus utiles et les plus importants. Remarquable par son liant, il supporte également bien le tenon et la mortaise, il se tourne parfaitement et prend un assez beau poli soit au tour, soit au rabot. Gomme il donne des tables d’une grande largeur, les carrossiers en font des panneaux de voiture de la plus grande dimension. On le tourne au feu suivant la courbe de la caisse, en le chauffant d’un côté et le mouillant de l’autre. Avant que le bois rose et l’acajou fussent aussi communs en Europe, le noyer était le bois dont on faisait les meubles les plus précieux. Il est vrai qu’alors on avait communément du noyer plein de veines et d’accidents qu’on opposait d’une manière symétrique et qui faisaient le plus bel effet, surtout lorsque sur un fond gris brun on voyait de larges veines presque noires. Mais le luxe ayant multiplié les jouissances, on s’est hâté de couper les arbres avant qu’ils eussent acquis cette couleur et ces veines qui en faisaient la beauté; aujourd’hui, presque tous les noyers sont gris et à peine veinés. Si le noyer était un peu plus compacte et plus dur qu’il n’est, il serait le roi des bois; toutefois, dans ce cas, les tenons n’en seraient pas aussi solides, car leur compacité même les rendrait cassants.

La plus belle espèce de noyer employée en ébénisterie est le noyer d’Auvergne ; les veines noires qu’il présente ne sont pas des accidents, comme au vieux noyer dont nous venons de parler, ce sont ses caractères constitutifs. Il présente, en outre, l’inappréciable avantage d’être rarement attaqué par les vers.

Le frêne. — Les usages de ce bois sont assez bornés, mais de la plus grande importance. Comme il est le plus liant de tous, qu’il ne casse jamais net, mais crie assez longtemps avant de rompre, on en fait une infinité d’ouvrages dans lesquels cette propriété est infiniment précieuse. C’est avec du frêne qu’on lait de forts essieux pour beaucoup de voitures qui transportent de lourds fardeaux. On en fait les brancards, des trains de carrosse, de chaise do poste et de cabriolet, des chaises (et ce sont les meilleures), d’excellents manches de marteau, des bras de scie, et enfin des échelles très-hautes, très-

menues et cependant très-solides. Il est d’un assez beau blanc, peu serré, prend bien la teinture, se tourne supérieurement, mais se rabote moins bien : aussi ne l’emploie-t-on jamais dans la menuiserie. Pour donner une idée juste de la force et du liant du frêne, il suffira de rapporter le fait suivant. Lorsque les deux pierres des angles du fronton de l’église Sainte -Geneviève (Panthéon) arrivèrent par eau au port des Invalides et qu’il fut question de les transporter à leur destination, la première fut traînée par des cabestans, ce qui dura environ trois jours et trois nuits. On n’avait pas osé la mettre sur une voiture quelconque. Enfin on construisit pour la seconde un diable en très-grosse charpente, armé en tous sens de barres de fer et roulant sur des moyeux de 6 mètres environ de diamètre en place de roues. Les deux essieux furent faits de deux brins de frêne et le fardeau traîné par soixante-trois chevaux ! Ces essieux furent si peu fatigués que quelque temps après on se servit de la même voiture pour transporter un bourdon qu’on venait de fondre pour la môme église, depuis l’endroit où il fut fondu jusqu’à l’église.

Le châtaignier. — Était autrefois très-employé pour la charpente ; la plupart des combles des anciens monuments sont de ce bois. On prétend que les vers ni les araignées ne l’attaquent point. On en fait peu d’usage maintenant, surtout à Paris, car on a négligé la culture de l’arbre en haute futaie. On en trouve beaucoup en taillis et de moyenne grosseur dans les forêts. Gomme on ne le laisse pas croître plus de cinq ou dix ans, on s’en sert très-utilement pour faire d’excellents cerceaux, du treillage et autres objets de peu de conséquence. ■

Le saule. — N’est presque d’aucun usage. On fait toutefois de ses branches, qu’on coupe tous les deux ans, d’assez bons cerceaux, mais ils ne valent pas ceux du châtaignier. Dans certaines localités, on emploie des coins de saule pour déterminer la cassure des blocs qui servent à faire les meules de moulin (voyez Hygkoscopiqüe).

Le tremble. — Est rangé au nombre des bois blancs qui ne sont pas d’une grande utilité dans les arts. On en fait d’excellents bois à polir avec de l’émeri, de la potée ou de la pierre ponce pulvérisée, parce qu’étant fort tendre, il se laisse pénétrer par ces ingrédients et forme une espèce de lime douce qui polit très-bien. C’est avec lui que l’on forme des espèces de cuirs à rasoirs appelés aconixyles. Le tremble est le seul bois qu’emploient les cordonniers pour faire des chevilles dans les talons ; du bois dur, en séchant, quitterait sa place, tandis qu’un bois aussi tendre se gonfle à la moindre humidité et tient toujours bien.

Le bouleau. — Bois blanc; s’emploie à peu près aux mômes usages que le tremble. Les branchages les plus menus servent à faire des balais.

V aulne, — Bois blanc d’un usage un peu plus étendu que les deux précédents. Les tourneurs en ouvrages communs en font des chaises, des tabourets, de petites couchettes pour les enfants. Gomme cet arbre vient très-haut et file très-droit et très-menu, on en fait des échelles de la plus grande hauteur, de 10 à 15 mètres. Les deux montants en sont si flexibles que, quand on voit un homme jr monter, on ne peut se défendre d’un sentiment de crainte pour sa vie par suite des balancements considérables qu’imprime le poids du corps. Les maçons en font aussi des écoperches pour échafauder les maisons et s’élever à. la plus grande hauteur.

Le tilleul. — C’est encore un bois blanc. Il est trèstendre et employé à différents usages auxquels les autres ne sont pas propres. Comme il se coupe assez net, o® en fait des baguettes pour être dorées et surtout de la sculpture. 11 est peu sujet aux nœuds, par suite facile à travailler au rabot et à tourner. Débité en copeaux longs et minces, on l’emploie pour faire des chapeaux de fernme, connus autrefois sous le nom de chapeaux de paille blanche. Citons encore son emploi pour former des moules du métal à caractères destinés à l’impression de la musique ; ces moules s’obtiennent à l’aide de petits fers rougis qu’on fait agir sur une planche du bois en question.

Le cerisier. — C’est un bois qui se tourne très-bien, quoiqu’un peu tendre pour être employé en grosse menuiserie. On en fait toutefois des meubles fort agréables, particulièrement des ch aises qui, passées à l’eau de chaux, acquièrent une couleur brune plus solide que celle des autres bois de chaise qu’on teint en toute couleur et qui changent considérablement au bout de quelque temps.

Le prunier. — On ne travaille que le prunier sauvageon, c’est-à-dire celui qui vient dans les forêts sans culture et sans greffe. Il est doux, liant, a le grain fin et se

Page 1