GON
ilM
en 1137, lui causa tant de douleur, qu'elle fut longtemps sans voir personne, ne cherchant sa consolation qu'en Dieu et dans l'étude des lettres. Elle lui survécut de plusieurs années, et mourut elle-même en litô, Agée de plus de soiiante-cinqr ans.
Ce fut vers ce temps-là qu'elle acheva son histoire intitulée Alexiade, Anne n'ignorait pas combien il est difficile de garder un milieu, quand il s'agit de louer ou de blâmer ceux qui le méritent. Elle demande qu'on ne l'en croie pas sur parole , mais que l'on juge par les faits qu'elle rapporte, si elle a excédé dans Tun ou l'autre genre. Presque tous les Latins qui ont écrit l'histoire de la croisade ont fait passer l'empereur Alexis pour un fourbe et un perfide; il peut y avoir de l'excès dans ce au'ils en ont dit. Anne, sans violer les lois ae l'histoire , dit de son père le bien et le mal qu'elle en savait par rapport au gouvernement de l'empire, car elle n'entre pas dans le détail de sa vie privée. Son nisloire, comme on l'a déjà dit, est divisée en quinze livres, où l'on voit, non-seulement ce qu'a fait l'empereur Alexis, pendant son règne
?ui fut très-long , mais encore les grands vénements de l'Asie et de l'Europe , tant sur terre que sur mer ; l'histoire de la croisade, celle de l'Eglise de Constantinople, et les controverses religieuses des églises d'Orient. Elle commence k l'an 1081, le premier du règne d'Alexis, et Qnit à sa mort en 1118. Elle proQta des matériaux laissés par Nicéphore, son mari, dans l'histoire incomplète Qu'il nous a donnée du môme empereur. Elle y ajouta ce qu'elle avait vu ellemême, et ce gui lui avait été communiqué par des témoins oculaires, dont la plupart avaient été acteurs dans les événements qu'elle racontait. Ce fut sous Manuel Comnène Qu'elle tit toutes ces recherches , c'est-à-aire plus de vingt-cinq ans après la mort de l'empereur son père, et par conséquent, à une époque où la flatterie ne devait plus avoir de part dans les rapports Su'on lui faisait sur les actions de ce prince, ette histoire a fait l'admiration des savants tant pour la beauté et la délicatesse du style que pour l'étendue et l'importance des matières. Marville, dans ses mélanges d'histoire et de littérature, la fait aller de pair avec l'histoire d'Alexandre, écrite par Quint- Curce, et la met au-dessus de toutes celles qui composent la collection byzantine. En effet, c'est presque la seule qui rappelle la dignité des anciens historiens ; mais cependant il faut convenir qu'en beaucoup d'endroits elle a plutôt l'air d'un panégyrique que d'une histoire, quoique les fleurs qu'elle répand sur certains événements n'en altèrent point la vérité.
COMNÈNE (Is4Àci, de l'illustre famille de ce nom, succéda à Michel le Stratiotique le 31 mai 1057. Conduit au trône par les intrigues de Michel Cérularius, patriarche de Constantinople, il eut beaucoup de part aux différends qui s'agitèrent de son temps entre les Grecs et les Latins, et vit se consom-
mer sous son règne le schisme et la $épa-> ration des deux églises. Cependant il eut bien vite occasion de regretter le trop grand crédit que la reconnaissance lui avait fait accorder au patriarche ; Cérularius en abusa : il voulut prendre une autorité souveraine, et menaça l'empereur^ s'il ne suivait ses conseils, de lui faire perdre la couronne qu'il lui avait mise sur la tète. L'empereur, qui redoutait le pouvoir de Cérularius sur l esprit du peuple, le fit arrêter secrètement et renvova en exil où il mourut ; mais le schisme était établi, et, pendant plusieurs siècles la haine ne fit que s'envenimer entre les Grecs et les Latins. Isaac n'occupa le trône que deux ans ; il résigna l'empire à Constantin Ducas« l'un de ses généraux les plus dévoués , et se retira , en 1059, dans un monastère, où il s'abaissa, dit-on, jusqu'à remplir l'office de portier. C'était un prince qui ne manquait m de qualités, ni de vertus ; mais dominé par un ambitieux et la haine jalouse que les Grecs portaient à TEglise latine, il ne sut rien faire pour s'opposer au schisme. Il nous reste de ce monarque quelques écrits sur les affaires religieuses. Le Cours complet de Pairologie les a reproduits avec tous ceux gui traitent de cette grande querelle du schisme d'Orient.
CONRAD, élu évoque d'Utrecht après la mort de Guillaume , en 1076, était né en Souabe, où il avait servi de camérier à Tarchevêque de Cologne, et pris soin de Téducation du jeune roi Henri, dont il fut depuis le partisan déclaré contre le pape Grégoire Vil, eh 1085. 11 prononça dans l'assemblée de Gerstungen , en présence des princes de l'empire, un discours pour le roi Henri, où il entreprit de démontrer, que quelque méchant gue soit un prince souverain, ses sujets lui doivent l'obéissance et la fidélité, et gu'il n'est point permis aux ministres de 1 Eglise d'user du pouvoir des clefs pour satisfaire leurs passions. Aventin le rapporte dans ses Annales Bavaroises, et c'est de là que Golstad Ta tiré pour l'insérer dans son Kecueil apologétique du roi Henri, imprimé à Hainau en 1611. Parmi les statuts des évoques d'Utrecht, il y en a quelques-uns de Conrad, avec la confirmation de ceux de ses prédécesseurs datée du 1" novembre 1087. Le Cours complet de Pairologie a reproduit ce qui nous reste de cet auteur.
CONSTANCE II, fils et successeur de Constantin le Grand, dans cette partie de l'empire (jui avait Constantinople pour capitale, se laissa séduire, après la mort de son père, par un prôtre arien qui réussit à lui faire protéger ceux de son parti. Il eut beaucoup de part aux troubles et aux agitations que cette erreur suscita dans l'Eglise de son temps, et il nous reste de lui quelques kttres et quelques édits dont elie fut l'occasion. On les retrouve dans le Cours complet de Pairologie.
CONSTANCE, évéque d'Albi en 651, et mort en 673, nous a laissé quelques lettres, entre autres deux adressées à saint Didier évèque de Cahors, et une troisième qui lui
CON
CON
est commune avec le même saint Didier. Ce n'est qu* un simple billet adressé à saint Ouen, évoque de Rouen, pour le prier de se trouver en un lieu où ils devaient avoir une entrevue. Ces lettres sont reproduites dans le Cours complet de Patrologxe.
CONSTANT, prêtre au huitième siècle, n*est connu que parun*sermonqu*il a laissé sur la gloire et le martyre de saint Emmeran. Ce discours édité par dom Bernard Pez, au tome IV de ses Anecdote$y a été reproduit dans le Cours complet de^Patrologie.
CONSTANTIN le Grand {Caïuê Flavius Valerius Àurelius,) empereur, fils de Constance Chlore et d Hélène, naquit à Naisse, ville de Dardanie, en 274.. lorsque Dioclétien associa son père à Tempire, il garda le Qls à sa cour comme un otage qui lui répondit de la fidélité du nouveau souverain. Après que Dioclétien et Maxinlien Hercule eurent abdiçiué Tempire, Galère, jaloux de ce jeune prince, l'exposa à toutes sortes de dangers pour se défaire de lui. Constantin se sauva auprès de son père. L'ayant perdu peu de temps après son arrivée, il fut déclaré empereur a sa place, le 25 juillet 306; mais Gaftre lui refusa le titre d'Auguste, quoiqu'il eût déjà celui de César. Il hérita pourtant des pays qui avaient appartenu a son père, des Gaules, de TEspaçne et de l'Angleterre. Ses premiers exploits furent contre les Francs, qui alors ravageaient les Gaules. Il fait deux de leurs chefs prisonniers, passe le Rhin, les surprend et les taille en pièces. Ses armes se tournèrent bientôt contre Haxence , ligué contre lui avec Maximin. Comme il marchait à la tête de son armée pour aller en Italie, tout à coup un peu après midi, il aperçut dans les airs, au-dessous du soleil, une croix lumineuse entourée de ces mots tracés en lettres de feu : In hoc signo rinces. Ce miracle, que quelques auteurs ont contesté, frappa toute l'armée et la remplit d'étonnement. Constantin adopta pour étendard, sous le nom de labarum, le signe merveilleux oui lui promettait la victoire ; la garde en iut conGée aux plus braves dé Tannée. Quelques jours après, le 28 oclobre 312, ayant livré bataille près des murailles de Rome, il défit les troupes de haxence, qui forcé de prendre la fuite se no^a dans le Tibre; les Romains reçurent le vainqueur en triomphe. Constantin ne monta point au capitole pour rendre gr&ces à Jupiter, et cependant il accepta le' titre de souverain pontife, usage qui fut encore pratiqué par quelques-uns de ses successeurs. L'Afrique et les provinces reconnurent le nouvel empereur qui s'occupa sur-le-champ de tout ce 3ui pouvait assurer la stabilité et le bonheur e son empire. L'année suivante 313 est remarquable par redit de Constantin et de Licinius en faveur des chrétiens. Ces princes donnaient la liberté de s'attacher à la religion qu'on croirait la plus convenable, et ordonnaient de faire rentrer les chrétiens dans la possession des biens qu'on leur avait enlevés durant les persécutions. Il fut défendu non-seulement de les iuquiéteri
mais encore de les exclure des charges et des emplois publics. C'est depuis ce rescrit que l'on doit marquer la fin des persécutions, le triomphe du christianisme et la ruine do l'dolâtrie. Licinius, jaloux de la gloire de Constantin, chercha les moyens de l'irriter en persécutant les chrétiens. Constantin vola aussitôt à leur secours; il gagna une première bataille à Cibales en Pannonie; une seconde livrée en Thrace près de Mardie n'eut point de résultat, mais Licinius effrayé demanda la paix, qui lui fut accordée ; mais la guerre se ralluma bientôt. Licinius, irrité de ce que Constantin avait passé sur ses terres pour aller combattre les Goths, viola le traité de paix. Constantin remporta sur lui une victoire signalée près de Calcédoine, poursuivit le vaincu qui s'était sauvé à Nicoroédie, l'atteignit et le fit étrangler, en 323. Constantin se montra moins rigoureux en matière de religion, qu'il ne l'avait été en matière politique. L'Eglise et l'Empire éprouvaient de nouveaux troubles par 1 hérésie d'Arius. Quelques-uns de ses sectateurs, furieux de ce que l'empereur n'embrassait pas leurs opinions, lapidèrent ses statues; Constantin, auquel on rapporta l'afl^aire de manière àl'irriter, se contenta de sourire en passant la main sur son visage, et en assurant qu'il n'avait point été blessé. 11 convoqua, en 325, un concile eénéral à Nicée. Anus et ses sectateurs y furent frappés d'anathème. Constantin les exila, et les évêaues orthodoxes fixèrent irrévocablement les bases de la foi chrétienne, en dressant cette fameuse profession, qu'on appelle le Symbole de Nicée. Cependant Constantin avait formé depuis quelques temps le projet de fonder une nouvelle ville, pour y établir le siège de son empire. On croit qu'il y fut déterminé par des malheurs de famille, qui lui firent prendre en dégoût le séjour de Rome ; mais ne seraitil pas aussi vraisemblable de penser, que dans les décrets éternels, Rome était destinée à n'avoir plus d'autres splendeurs que celles que lui donneraient le siège de son pontife, et sa qualité de capitale du monde chrétien. Les fondements oe Constantinople furent jetés le 26 novembre 329, à Byzance, dans la Thraco, sur le détroit de l'Hellespont, entre l'Europe et l'Asie. Celte ville avait été presque entièrement ruinée par Sévère.
Constantin la rétablit et lui donna son nom. On vit s'élever avec une promptitude étonnante, dans une enceinte immense, des bâtiments de toutes espèces, des places publiques, des fontaines» un cirque, des palais, de vastes citernes et des marchés. Il parait que ces monuments furent construits avec plus de somptuosité ()ue de goût, avec plus d'étendue que de solidité. La dédicace aela nouvelle Rome eut lieu le 11 mai 330; les solennités durèrent quarante jours. Quelque temps avant cette dédicace, Constantin avait vu mourir dans ses bras sa sœur Constantia, veuve de Licinius. Elle lui demanda en mourant, d'accorder sa protection et sa confiance à un prêtre arien, d'un esprit insinuant et dangereux. L'empereur se fat •
ItM
HCnomAIRE K PATROLOGIE
CON
IliO
tacha, et bientôt cet homme obtint le rappel d'Arins, qui présenta unejustitication en termes équivoques dont Constantin fut la dupe» mais quelesé?èques orthodoxes, ft entre autres saint Athanase, patriarche d'Alexandrie, refusèrent de reconnaître. Ce vertueux prélat fut persécuté par les Ariens et exilé à Trêves. Cependant dautres soins avaient occupé Constantin ; il avait pourvu aux besoins de différentes guerres, et réglé le partage de son empire entre ses trois Gis et ses deux neveux, pour éviter toute division après sa mort. Mais, en337, Sapor, roi des Perses, luiayant adressé une de ces réclamations auxquelles les monarques ne répondent que par les armes, Constantin, chez qui TAge n'avait pas abattu le courage, passa en Asie pour se metlr'e à la tête de ses troupes et porter luimême sa réponse à Sapor. Mais il tomba malade près de Nicoméaie, et sentant sa fin approcher, il ordonna, avant de mourir, le rappel d'Athanase et des évoques contre lesquels les ariens avaient excité son ressentiment, et suivant l'usage de ces temps, il se fit administrer le baptùme par Eusèbe de Nicomédie, prélat arien dans le diocèse duquel il se trouvait, et lui remit son testai ment dont nous rendrons compte ainsi que de ses autres écrits. Il mourut âgé de soixante deux ans, le 2 mai 337, après un règne de trente-un ans. Tout l'empire se livra à la plus vive douleur ; Constance, le seul do ses fils qui fut assez rapproché, accourut à Constantinople pour lui rendre les derniers devoirs. Il fût enterré avec pompe dans l'é-
5 lise des Apôtres; depuis, son tombeau fut éplacé par tant de fois différentes, qu'on ne sait plus aujourd'hui où en rechercher quelques vestiges dans la capitale qu'il avait fondée.
SES ÉGEITS.
Comme il nous reste plusieurs ouvrages de cet empereur, nous avons cru qu'il méritait de tenir sa place entre les auteurs ecclésiastiques. Eusèbe qui a écrit sa vie en cite nlusieurs : Dabord, un Discours à Vas-immolée des saints.
Constantin le prononça le jour de la Passion, en présence de plusieurs évoques au nombre cfesquels se trouvait l'évêque du lieu, dont il loue la pureté et la virginité. Ce discours est divisé en chapitres probablement par le fait de quelque compilateur. Constantin, entrant en matière après un exorde où il confesse son incapacité, prouve d'abord Tunité d'un Dieu et d'un principe de toutes choses, disant que s'il y en avait [dusieurs, la mauvaise intelliçence qui ré-
Snerait entre eux romprait l'harmonie qui lit le principal ornement du monde, qu on ne saurait auquel d'entre eux attribuer la création de l'univers, ni adresser des prières ; qu'en renaant grâces à un de ses bienfaits, il serait dangereux d'offenser celui qui nous aurait été contraire. Il montre que la religion des païens est pleine d'impureté et d'infamie, puisqu'ils adorent des nommes, dont ilr ne peuvent désavouer les débauches et
les adultères , et dont on montre encore les cercueils et les tombeaux. Il passe légère* ment sur cet article, et traite plus au long ce qui regarde la création du monde , qu*U attribue à Jésus-Christ. Quelques-uns l'attribuaicut au hasard, et faisaient dépendre tous les événements de la vie d'une certaine destinée et de la nature : mais ils ne prennent pas garde, dit-il, qu'ils avancent des choses, auxquelles on ne saurait donner aucun sens. Car si la nature produit toutes choses , que sera-ce que la destinée et le hasard ? Si la destinée est une loi, elle dépend nécessairement de la puissance de Dieu, puisque toute loi dépend d'un législateur. D'ailleurs en admettant le hasard comme principe de tout ce qui est, il n'y aura plus d'actions bonnes ni mauvaises; les récompenses ni les châtiments n'auront f)lus de lieu. Comment encore se persuader que les
Parties de l'univers aient été rangées dans ordre où nous les voyons aujourd'hui, par retfel du hasard, que les éléments, la terre, l'air, le feu, aient été produits par un événement fortuit î Que le retour si juste de l'hiver et de l'été, l'ordre des saisons par la succession continuelle des jours et des nuits, l'accroissement et la diminution de la lune, à mesure qu'elle s'éloigne du soleil, ou qu'elle s'en approche, ne se trouvent ainsi que par accident, et ne soient pas au contraire des preuves convaincantes de la providence de Dieu, dont la puissance éclate dans celte admirable vicissitude des choses nécessaires ou à la vie dé l'homme, ou à la beauté de l'univers. Il parle en ces termes de l'incarnation , du baptême et de la mort du Sauveur : « La colombe est sortie de l'arche de Noé, et est descendue dans le sein de la Vierge : la sainteté de sa vie a répondu à celle de sa naissance ; le Jourdain, qui lavait les taches des autres hommes, Ta reçu avec respect ; en recevant l'onction royale , il a reçu la science et le pouvoir de faire des miracles, et de guérir toutes sortes de maladies : le temps de ses souffrances et de ses faiblesses n'a pas été exempt des miracles, qui ont été des. preuves sensibles de sa force et de sa majesté : les ténèhres ont enveloppé le soleil; la frayeur a saisi les nations, qui, surprises de voir retomber l'univers dans la première confusion de son origine, étaient en peine de savoir par quel attentat le Seigneur de la nature avait été outragé. »
Parlant de la constance que les martyrs faisaient paraître dans la confession du nom de Jésus-Christ, il dit que loin de s'attribuer la gloire de leur victoire, ils en fai* salent hommage & la grâce de Dieu. De là il passe h la vie de Jésus-Christ sur la terre, à ses miracles, à sa doctrine, à ses préceptes, et dit que son avènement a été prédit nonseulement par les prophètes, mais aussi par la sibylle dont il rdp[)orte les vers et qu*il soutient avoir été connus de Cicéron et de Virgile, quoiqu'il avoue cependant que plusieurs en aient contesté l'authenticité.
Edit de Constantin, — Voici l'édit qu*il rendit en faveur des chrétleûs de concert avec
lUl
CON
DICTIONNAIR& DE PATROLOQE.