II. n local Aawangen-Pfyn
22. II. » de la Suisse occidentale (Neuch&tel-Vaud). ^. III. et 8 III. Séisme local sur les bords du lac de Neu-
chàtel.
Tremblements de terre en Suisse en 1898 (d'après J. Frûh).
22. IV. Séisme local dans la partie S. du lac de Neuch&tel et
dans le canton de Vaud.
6. V. Grand tremblement de terre alpin-jurassien. If. Vi. Séisme de la Suisse oiientale et du Vorariberg.
6. X. n de la Souabe et de la Suisse orientale. 13. XI. n glaronnais (Linththal).
Voici la répartition locale des tremblements de terre suisses pendant la seconde moitié du XIX* siècle
Nombre Fréq.moy. Périodes. des ann.d.tremb.
épicentres. de terre.
Jura suisse Plateau .
Région des lacs 1879-97 Rive nord du
Léman .
Haut-Valais Bas- Valais .
Grisons . .
Engadine
Séismi-
cité" par km.
Total . . 388 38,58
Depuis 1700 jusqu'en 1854, il n'a pas été mentionné moins de 1019 tremblements de terre, parmi lesquels
* La séismicité est donnée par la longueur du côté d'un carré dans lequel il se produit en moyenne un tremblement de terre par année. Pour la déterminer, on divise la surface de la région par le nombre des tremblements de terre et on détermine le pourtour du carré <|ui présente la surface obtenue par la division. On peut tout aussi bien donner la séismicité en kilomètres carrés.
ment de terre du Valais central). Destruction d'édifices, glissements de terrains et éboulements ; secousses consécutives jusqu'au 6 septembre ; 140 secousses ; ressenti dans toute 1 Europe centrale (tremblement de terre alpin).
1879, 4 décemore : Allevard-Genève-Lausanne (tremblement de terre marginal ouest-alpin).
1880, 4 juillet; tremblement de terre s'étendant depuis la plaine du Pô jusque dans la Porét-Noire; ressenti dans toute la Suisse, sur une longueur de 305 km. et une largeur de 280 km. (tremblement de terre jurassienalpin).
18^, 6 mai : tremblement de terre de la Suisse occidentale, ressenti dans l'Est de la France, l'Alsace et la Forêt-Noire.
1901, 22 mai : entre Bâle et Mulhouse (tremblement de terre de la dépression du Rhin).
1905, 29 avril : tremblement de terre Martigny-Chamonix; ressenti dans l'Est de la France, dans presque toute la Suisse, dans le Nord de l'Italie, etc. (tremblement de terre longitudinal ouest-alpin).
H. HISTOIRE DE LA GÉOLOGIE DE LA SUISSE. Si les minéraux et les métaux précieux ou utiles ont dès longtemps attiré l'attention, il n'en a pas été de même des faits qui sont aujourd'hui l'objet des études géologiques, à savoir
SUI
SUl
la connaissance de la structure du sol et Thistoire de son évolution, notamment la reconstitution des phénomènes physiques qui ont créé, par leur action, le relief du sol, ainsi que les conditions d'existence et de la succession des êtres vivants depuis leur origine jusqu'à l'époque actuelle. Déjà les troglodytes de l'âge paléolithique collectionnaient des fossiles, probablement par simple curiosité ou pour s'en faire des ornements, à côté des coquilles marines aux vives couleurs qu'ils ont transportées au loin dans l'intérieur des terres au cours de leurs pérégrinations. Les premières recherches qui intéressent la géologie de la Suisse datent du XVI* siècle. Elles eurent pour
dessinées. Il en est de même d'une publication avec de nombreuses planches gravées : le Traité des pétrifications, publié en 1742 à Neuchâtel et à Paris par Bourguet, œuvre de plusieurs « curieux » de la principauté de Neuchâtel. Avec H.-B. de Saussure (1740-1799) et son contemporain J.-Â. de Luc (1727-1817), la science d'observation devient plus prépondérante, sans pouvoir se dégager de spéculations toujours vagues et peu motivées. Leurs conceptions se ressentent détà des idées nouvelles du géognoste allemand Wemer (1749-1817). Dans ses voyages dans les Alpes, de Saussure constata une différence entre les terrains primitifs et les sédiments qu'il voyait
d'après Montessus de Bailore.
Séismicité de la Suisse.
La grandeur des cercles noirs correspond A la fréquence des ébranlements.
VAUinger se
objet les pétrifications que Konrad Gessner (1516-1565) décrivit sous le nom de pierres figurées {Lapides figuratif. Ce savant cite et représente divers fossiles dont auelques-uns lui paraissent d'oriffine animale, tandis que d'autres sont considérés comme étant des produits insolites de la nature (lusus naturaej. Bauhin, d^ Bâle, étudia des fossiles du Lias de la Souabe. Un siècle plus tard, Karl- Niklaus Lang, de Luceme (1670-1741), crut que les fossiles étaient des produits autogènes de l'écorce terrestre, c'est-à-dire ayant crû dans l'intérieur des terrains qui les renferment. Presque à la même époque, un homme de grand savoir, et pour ainsi dire le précurseur des naturalistes suisses, J.-J. Scheuchzer (1670-1733), médecin et professeur à Zurich, créa toute une nouvelle école, celle oui attribue les fossiles au déluge, bien qu'au début il nit également partisan de leur origine insolite, en les qualitiant de jeux de la nature (Naturœ jocantis ludibria). Il étudia entre autres les poissons du calcaire d'eau douce tertiaire d'Œningen et ceux des schistes ardoisiers de Glaris. La découverte à Œningen du squelette d'une grande salamandre qui lui donna même l'illusion d'un squelette humain et lui fournit une preuve irréfutable du déluge (Honio diluvii testis). Un ouvrage sur les plantes fossiles fHerbariuni diluvianum, 1723) renferme un mélange de formes très hétérogènes, mais admirablement
appuyés contre les premiers. Il reconnut entre autres la structure en éventail des montagnes à massifs centraux ; mais il crut que le redressement des couches était le produit d'une sorte de cristallisation ; pourtant il reconnut plus tard que certains terrains devaient avoir été primitivement en position horizontale ! La présence des blocs erratiques lui suggéra l'idée de débâcles produites par l'engoulTrement des eaux dans des cavités souterraines. Cependant il avait constaté que les surfaces de roches polies et moutonnées étaient l'œuvre des glaciers. Quant a de Luc, auteur du terme géologie, soit histoire de la terre, il a écrit sous le titre de Traité de géologie énormément de choses qui ne touchent guère à cette science. Il a exprimé dans le domaine de la géologie et de la géophysique, des idées tout à fait étranges, notamment celle d'un globe terrestre primitivement glacé, puis réchauffé et rendu habitable par l'action du soleil ; il a également exprimé l'opinion aue l'intérieur de la terre renferme de grandes cavités vides en plusieurs étages ; leur elTondrement aurait provoqué les modifications des contours des continents et des mers. Jusqu'ici les savants s'étaient surtout livrés à des considérations spéculatives relatives aux phénomènes généraux de la physique du globe ; aucune exploration systématique de notre pavs n'avait encore été entreprise. Sous ce rapport, de Luc était près-
SUl
que aux antipodes de Saassure. Ce dernier a réuni dans son œuvre capitale, intitulé Voyages dans les Alpes (1796- 1803) une quantité d'observations d'une précision incom-
S arable pour l'époque. Son esprit d'investigation, en ehors de toute spéculation de cabinet, a fait de lui le premier pionnier de l'exploration de nos montagnes; il a ouvert la voie aux chercheurs qui sont venus après lui. Les environs de Genève, le Jura, le Salève, les monta-
Bies de la Savoie, de la Maurienne, les environs du ont- Blanc, jusqu'aux Alpes valaisannes et bernoises et leur point de jonction, les Alpes du Saint-Gothard et de la Suisse primitive, lui sont également connus. Ses observations sur les terrains qui composent les montagnes, sur leur direction, le plon^ement et même le contournement des couches, apparaissent comme le prélude d'une exploration géologique systématique du sol ae notre pays. C'est bien par l'observation qu'il fallait commencer, et si, mal^é cela, les déductions théoriques du grand savant genevois ne furent pas toujours confirmées par la suite, c'est qu'au moment où l'on commençait à pénétrer dans les massifs alpins, tout était encore inconnu, tout était énigme. Werner établissait que la terre était formée de 5 groupes de rocher : 1. le terrain primitif; 2. le terrain de transition ; 3. les sédiments (y compris le basalte et la plupart des terrains volcaniques effusirs) ; 4. les terrains rapportés par les eaux et torrents ; 5. les terrains éruptifs, laves, cendres et tufs volcaniques, etc. Par là même, Werner remettait en lumière les conclusions déjà formulées presque un demi-siècle auparavant par Lehmann, Fûsel et Arduino, vers le milieu du XVIII* siècle. L'introduction dans le groupe sédimentaire de la plupart des roches éruptives, basalte, porphyre, trachyte, etc. souleva alors un débat très acerbe entre Neptuniens et Volcanistes. Ayant vu ces terrains en superposition sur les sédiments, les premiers ne pouvaient admettre leur caractère éruptif, ce qui cependant aurait dû leur paraître très compréhensible. Les études de Werner ont eu une grande influence sur l'orientation des recherches géologiques en Suisse. Nous avons vu (]ue de Saussure s'en est fortement inspiré, même trop, puisqu'il s'était rallié franchement à l'école neptunienne, en niant toute influence volcanique dans la formation des terrains et leurs bouleversements. Léopold de Buch (1774-1852), quoiqu'il ne fût fixé en Suisse que temporairement, fut en quelque sorte un continuateur des recherches de de Saussure. Il débuta par une exploration (1799) de la principauté de Neuchâtel, mission au il tenait au roi de Prusse, alors souverain de Neuchâtel et Valangin. Son Catalogue descriptif présenté au roi en 1803, ne fut cependant publié qu'en 1867, 15 ans après sa mort. Ce document, qui énumère systématiquement les roches constitutives d'une partie du Jura, est le premier travail stratigraphique complet que nous possédions. Il traite de 216 échantillons de roches, établissant dans une liste synthétique l'âffe relatif des terrains, sans cependant réussir toujours a le déterminer. L'auteur constate parfaitement que les couches les plus anciennes sont la pierre calcaire noire des Alpes (Lias),
Euis la pierre calcaire grise (Dogger ?), la pierre calcaire lanche (Malm), la pierre jaune et les marnes de Neuchâtel (Néocomien), enfin la mollasse supportant des terrains de transport. Léopold de Buch se pose déjà la question, sans pouvoir la résoudre, de savoir comment les pierres granitiques (blocs erratiques) ont pu parvenir sur les flancs du Jura, alors que certainement il faut chercher leur lieu d'origine dans les Alpes. La collection réunie par lui contenait 64 échantillons de
Sierres erratiques ; il conclut que ces pierres roulées oivent provenir des Alpes. De Buch nt divers voyages dans les Alpes de Claris, à Chiavenna (1809) et à la Bernina (1811); il y retourna souvent plus tard. Ses premières recherches avaient eu pour objet les Alpes de Salzburg (1797) en collaboration avec Alexandre de Humboldt.
Cette première période d'exploration de la Suisse est encore caractérisée par les recherches de J.-G. Ebel (1764-1830), le plus fécond des écrivains alpestres. Ses travaux se rapportent autant au Jura qu'aux Alpes. Déjà son ouvrage Anleitung auf die nûtzlichste und genussvollste Art in der Schweiz zu reisen (1793), contient, outre une description magistrale des paysages, nom- |
bre de données scientifiques ; mais c'est surtout son livre Ueber den Bau der Erde ini Alpengebirge (2 volumes, 1806) qui contient tout ce que la science d alors était en état d'offrir. Ebel reconnaît déjà que les Alpes sont formées de zones de composition pétrographique variée. Une zone centrale renferme des roches primitives (granit, gneiss, schistes cristallins); au N. et au S. de cette zone centrale se succèdent, d'après lui, des zones de calcaire, des zones de grés et enfin une zone de poudingue. Ces idées sont très exactes, d'autant plus que l'auteur constate que les restes fossiles sont fort rares dans les couches profondes, mais augmentent dans les couches supérieures. Il les considère comme des jalons marquant des étapes de l'histoire de la terre qui sont fixés définitivement dans les couches sédimentaires comme une écriture indélébile. Ces idées d'Ebel sont vraiment remarquables. D'autre part, il mentionne les trouvailles de restes de grands mammifères dans les terrains de transport. Il attribue les dépôts de poudingues du Plateau à la destruction d'une partie des Alpes calcaires à une époque antérieure à la nôtre. Les Alpes elles-mêmes lui paraissent formées d'un socle de terrains primitifs, recouverts par-ci par-là de sédiments. En décrivant le Jura, Ebel rattache a la chaîne de ce nom le Jura souabe et celui de Bavière. Il reconnaît la structure en voûte des chaînes du Jura suisse sans en deviner la cause. Il attribue à l'eau le transport des blocs erratiques. Ces idées sont tr^s i ardies pour l'époque. £))el a cependant été moins heureux, en abordant l'explication théorique de ses obsen'-ations. La périodicité des formations qu'il crut devoir déduire de la composition du terrain primitif comme aussi des sédiments, l'amène à la conception que la terre ressemble dans sa structure à une « pile voltaîque » animée d'un pouvoir créateur des roches comme des organismes. D'autres descriptions de cette première période, d'un caractère plus local, mais fort remarquables, sont celles de Andreae, Briefe aus der Schweiz, 1763; de Brûckner, Merkwûrdigkeiten der Landschaft, Basel^ 1757, avec des figures très bien faites de nombreux fossiles, la monographie du comte Rasumowsky, Histoire naturelle du Joraty 1789, donnant un aperçu complet et assez juste de la structure du plateau mollassique de la région vaudoise et fri bourgeoise. Presque en même temps que le traité d'Ebel, parut une description géoMostique des Alpes suisses (1796) par Joh. Konrad Escher (1767-1823), accompagnée de profils transversaux.
Avec le début du XIX« siècle se termine la série des travaux qui constituent pour ainsi dire le prélude de l'ère de recherches mieux orientées. Leurs tendances sont plus spécialisées à dater de 1820, après que notre pays, entraîné dans les troubles qui aj^itèrent alors toute 1 Europe eut retrouvé le calme et l'équilibre politiques qui lui manquaient.
Glaciologie et terrain glaciaire. Ces recherches débutent par les travaux de Jean-Georges de Charpentier (1786-1855), alors directeur des salines de Bex. On lui doit tout d'abord des recherches sur le terrain salifère des environs de Bex, où il distingua, d'après Werner, le terrain de transition et les sédiments de l'argile salifère, de l'anhydrite, etc. Mais c'est dans rétablissement de l'époque glaciaire, par ses recherches sur les placiers à la suite des observations du chasseur Perraudin, de Lourtier dans la vallée de Bagnes, que Jean de Charpentier s'acquit une réputation méritée, tout en reconnaissant que la première idée en revient à Perraudin et probablement même au géologue écossais Playfaîr (1748-1819) lequel, se basant sur la présence des grands blocs erratiques, soutenait que la Suisse devait avoir été jadis couverte de ^irands glaciers.
C'est Venetz qui le premier a développé et appliqué au terrain erratic|ue de la Suisse occidentale les vues exprimées fort timidement par le modeste Perraudin, en présentant en 1821 à la Société helvétique des sciences naturelles, à Berne, une étude sur les variations de la température dans les Alpes, par laquelle on pourrait expliquer des allongements périodiques des glaciers alpins et l'origine des dépôts morainiques des vallées alpines et du Plateau, voire même le transport des blocs erratiques jusque dans le Jura. Des études sur la formation, la morphologie et l'action des glaciers alpins avaient précédemment
SUI
préparé le terrain. J.-J. Scheuchzer s'était déjà occupé ae cette question et avait émis Topinion que le mouve* ment des glaciers était dû à la congélation de Teau dans des fissures du glacier. G. -S. Gruner (1760), Fr. Kuhn (1787), H.-B. de Saussure, ont reconnu la réalité du mouvement périodique des glaciers et la formation des moraines. A la suite de Venetz, nous voyons apparaître d'autres chercheurs, tels que F.-J.-H. Hugi (1830), lequel fit des études très approfondies sur la formation des glaciers, la ligne des néves, la transformation de la neige en glace et, en 1827, séjourna dans cette intention, pendant assez longtemps, dans une hutte construite sur le glacier de Uuteraar. C'est en 1831 et 1833 que Venetz publia ses recherches sur les anciennes extensions des glaciers, en attirant l'attention sur le fait que ce phénomène n'a pas été limité à la Suisse, mais que les nombreux blocs erratiques que Ton rencontre oans le N. de l'Europe correspondent à une progression simultanée vers le S. des l^laces polaires. A l'origine, de Charpentier était opposé a cette manière de voir, mais il s'y rallia définitivement en 1834 ; en 1841 parut son Essai sur les glaciers^ ouvrage fondamental et classique sur cette matière. Vingt années s'étaient écoulées depuis que Venetz avait fait connaître ses premières découvertes. Toute une pléiade de chercheurs s'étaient adonnés avec ardeurà l'étude de cette nouvelle science, tels Agassiz (1807-1873), le botaniste K. Schimper, Ed. Desor, B. Studer, sur lesquels nous reviendrons, et A. Guyot. La même année où parut V Essai ïïur les glaciers, de J. de Charpentier, Agassiz publia (1840 et 1841), en français et en allemand, un ouvrage sur ses recherches faites dès 1837 dans les glaciers des Alpes, après que de Charpentier l'eut initié aux résultats de ses observations sur le terrain fflaciaire de la vallée du Rhône, sur les glaciers des Diablerets et de Chamonix, lors d'un séjour de plusieurs mois qu' Agassiz fit à Bex en 1836. De son côté, Desor fit paraître, en 1843 et en 1845, sous le titre Excursions et séjours dans les glaciers^ deux volumes de récits sur ses explorations faites en commun avec Agassiz, C. Vogt, Fr. ae Pourlalès, C. Nicolet et H. de Coulon, notamment le séjour fait dans la cabane Hugi, sur le glacier du Lauteraar, en 1839 et les années suivantes sous un grand bloc du glacier d'Unteraar situé un peu plus bas, dit <( Hôtel des Neuchâte- )ois*9. Ils constatèrent un grand nombre de faits nouveaux, entre autres, le déplacement de la surface du glacier de 200 pieds en une année ; l'effet érosif des glaciers sur leur bord et sur leur fond ; la preuve de l'avanoement des glaciers par glissement ; leur progression inégale diurne et annuelle ; la température et l'épaisseur de la glace ; l'origine des moraines superficielles qui voyagent avec le glacier et viennent constituer après la fusion de la glace les moraines fixes latérales et frontales -; enfin, d'innombrables observations sur la vie organique des glaciers et de leur voisinage. Agassiz pensa que les glaciers étaient antérieurs au soulèvement définitif des Alpes par suite d'un changement de climat et que ce n'est qu'après ce soulèvement que leur retrait a été causé par réchauffement du sol. on verra que cette idée est à peu près le contraire de celle qui a prédominé plus tard. La théorie du mouvement des glaciers alpins fut exprimée avec une grande justesse par le chanoine Rendu, plus tard évêque d'Annecy, qui montrait que la glace doit posséder, malgré sa rigidité, une sorte de ductilité, soit une plasticité latente, lui permettant de se déformer et ae suivre les inégalités de son lit. Plus tard les expériences de Tyndall ont démontré d'une façon irréfutable la valeur de cette hypothèse. Agassiz, Desor et Guyot projetaient de publier une grande monographie des glaciers et du terrain glaciaire de la Suisse. Agassiz devait décrire les phénomènes des glaciers actuels, Guyot avait â présenter la nature du terrain erratiq^ue et a définir les extensions anciennes des glaciers diluviens ; Desor devait s'occuper des glaciers et du terrain glaciaire en dehors de la Suisse. Seule la première partie de cette étude, due à Agassiz, a vu le jour. Agassiz et Guyot
* Les restes de co bloc ont été retrouvés en 1881, 2100 ra. plus bas, vis-à-vis du pavilluD Dollfus. sur la inoraiaa médiane du iflacier d'Cataraar. Ils ont dune mis 44 ans pour atteindre ce point, ce qui donne une vitesse moyenne de 5i,ô m. par année.
partirent pour l'Amérique. Les recherches de Guyot parurent très condensées dans le Bulletin de la Société des Sciences naturelles de Neuchdtel. La dernière publication d' Agassiz sur ce sujet: Le système glaciaire (1847), donne l'opinion définitive de ce savant sur le mouvement des glaciers et les causes anciennes de l'extension de ceux-ci. Agassiz admet le glissement de la glace, accompagné d'une sorte de plasticité comme la cause principale de cette extension en même temps au'il croit à une action due au re^el de l'eau de fusion. L'établissement des glaciers diluviens après le soulèvement des Alpes, et la présence d'interruptions dans la nappe de glace lui paraissent aussi probable ; par là même il se rapproche des idées de Rendu, Forbes et Charpentier. Les années 1840-1850 ont été très fructueuses ; de toute part, les savants du monde entier se mirent à étudier le problème glaciaire. Dans ce court aperçu historique, il n'est plus possible de citer les noms de tous ceux qui ont contribué a la solution définitive du problème. Résumons cependant les faits principaux acquis depuis lors.
Après Forbes qui constata que les glaciers cheminent plus vite sur leur axe que sur les bords, les études de DoUfus- Ausset, faites dans les mêmes régions que celles de Desor, Agassiz et Guyot, facilitées par la construction d'une cabane confortable, le pavillon Dollfus, aboutirent à la constatation d'un grand nombre de faits nouveaux relatifs au mouvement et à la structure des glaciers. Ses travaux, continués dès 1840 à 1870, ont une grande valeur. Entre temps. Mousson publiait déjà en 18i54, un traité sur les glaciers (Die Gletscher der Jetztzeit), Mais il fallait encore de nombreuses recherches pour fixer les lois du mouvement des glaciers, la transformation de la nei^e en glace compacte, la découverte du grain des fflaciers, la structure particulière de la glace suivant la région du glacier, les transformations morphologiques des glaciers dans le cours de leur mouvement de descente, le parcours et l'action de l'eau de fusion sur le glacier lui-même et sur le lit du glacier, puis l'action du glacier sur le terrain formant son lit et en particulier la détermination exacte de la température de la glace, ce qui a permis d'expliquer à la fois la transformation de la neige en glace au cours du mouvement de descente, puis la naissance, la croissance et les modifications de forme des grains du
glacier. If en résulte en même temps la solution du prolème de la déformation par plasticité apparente de la glace. Enfin les relations méteorologiG[ue8 existant entre le glacier et l'atmosphère ont été l'objet d'importantes recherches, en montrant en particulier la conctensation de l'humidité atmosphérique à la surface des glaciers. Les noms de savants, pour la plupart encore vivants, se rattachent à ces recherches, dont les glaciers des Alpes suisses surtout ont été l'objet. Sans pouvoir indiquer dans cet aperçu le rôle et les mérites de chacun d'eux, citons après Rûtimeyer, Alph. Favre et Studer, Hagenbach-Bischoff, F. -A. Forel, Alb. Heim, etc. qui ont résumé leurs observations propres et celles faites par d'autres dans des publications annuelles ; ce dernier a même publié un ouvrage (Handbuch der Gletscherkunde, 1885). Leurs continuateurs C. Hess, Finsterwalder, Ed. Richter, W. Kilian, Rabot, Paul Girardin et Roland Bonaparte, etc., ont apporté encore nombre de faits nouveaux sur la dynamique des glaciers, soit en Suisse, soit dans les régions alpines voisines. Les observations démontrant l'avancement et le recul périodique de l'extrémité des glaciers, ont porté sur une longue série d'années ; la comparaison de l'état actuel des glaciers avec leurs anciennes limites sont indiquées par les cordons morainiques situés à plus ou moins grande proximité de la langue terminale. L'influence du Club alpin suisse oui a provoqué des observations devenues classiques sur le glacier du Rhône (voir ce nom), et celle de la Commission des Glaciers de la Société helvétique des Sciences naturelles a été heureuse par les encouragements et l'aide que les chercheurs ont trouvés auprès des autorités. Aujourd'hui les recherches se poursuivent dans deux directions différentes : monographies spéciales descriptives et historiques des divers glaciers pris isolément et observation générale et comparative des glaciers au point de vue de leurs variations périodiques. Ce programme suppose un labeur de
SUl
bien des années ; son exécution amènera probablement encore beaucoup de faits nouveaux ou une précision plus grande des faits déjà connus.
De même les recherches sur les glaciers anciens ont fait énormément de progrès. Mais si, au début, les recherches ont été accomplies par les mêmes savants, autant en ce qui concerne les glaciers actuels que leur ancienne extension, par contre ce dernier problème a sollicité l'attention d'innombrables spécialistes, en raison même de la difficulté des solutions. Venetz, de Charpentier, puis Âgassiz et Guyot ont pu établir le fait que les blocs errati-
2ues disséminés sur les flancs du Jura et le long du Rhin talent le produit d'une ancienne extension des glaciers alpins, -de même que les dépôts morainiques recouvrant Taire d'extension de ces glaciers. Mais les études ultérieures, l'analyse détaillée des divers sédiments glaciaires, les relations entre les dépôts fluvioglaciaires et les moraines proprement dites, fournirent bientôt des preuves de la multiplicité des glaciations, de grandes oscillations ramenant après chaque phase d'avancement les glaciers en arrière jusque dans les vallées alpines.
Les noms d'Alphonse Favre, Â. Baltzer, A. Mûhlberg, Fritz Gutzwiller, Albrecht Penck, Albert Heim, Léon Du Pasquier, Edouard firuckner, restent indissolublement liés à l'édiflcation du système glaciaire des Alpes, avec ses trois, quatre ou cinq glaciations, suivant les auteurs. La carte des anciens glaciers de la Suisse, par Alph. Favre, parue il y a plus de 20 ans, donne une excellente idée du développement de la carapace de glace lors de la grande extension glaciaire, mais elle n'en distingue pas encore les diverses phases ou oscillations. Le texte explicatif de cette carte reste encore à faire. L'occasion en sera fournie lorsqu'une carte glaciaire basée sur l'état actuel de nos connaissances sera prête à voir le jour. En attendant, le grand ouvrage de Penck et Brûckner sur les Alpes à l'époque glaciaire {Die Alpen ini Eiszeitalter) et les Annales de glaciologie^ fondées en 1906 comme organe de la Commission glaciologique internationale, sous la direction d'Ed. Brûckner, viennent combler une lacune ressentie depuis longtemps. Stratigraphie et tectonique. Les recherches sur la stratigraphie et la tectonique aïe la Suisse n'ont pas marché absolument de pair avec les études glaciologiques, du moins les observations stratigraphiques n'ont-elles pas subi les transformations profondes qu'ont dû subir nos idées sur la tectonique de nos montagnes. Les progrès de ces deux sciencesn'ontpas été d'ailleurs simultanés dans les Alpes et dans le Jura. Bernard Studer, Arnold Escher de la Linth ont été les fondateurs de la stratigraphie de la Suisse, notamment en ce qui concerne les Alpes. La Monographie de la Mol- Uuse (Berne, 1825), du premier de ces savants, sa Géologie der westlichen Schweizeralpen (Heidelberg, 1834), sa Géologie derSchweiZj en deux volumes (Zurich, 1851-1853), enfin la Carte géologique de la Suisse^ parue en 1852 en collaboration avec Arnold Escher de la Linth, forment les œuvres fondamentales de nos connaissances géologiques de la Suisse. La carte géologique de Studer et d'Ëscher a eu une deuxième édition en 1867, par les soins de Isidore Bachmann. C'était surtout la région des Alpes qui attirait les chercheurs tels que Studer et ses contemporains. Cela ressort des publications partielles qui précédèrent ou suivirent l'apparition de la carte de Studer et Escher. Citons la carte géognostique du Saint-Gothard par Ch. Lardy (1833) ; la carte géologique des Alpes de la suisse occiden- Ule 1 : 200000 par B. Studer (1834) ; la carte des monUgnes de Davos (1837) ; celle de la partie moyenne des Grisons, de Studer et Escher ^1839) ; la carte géologique des chaînes calcaires et arénacees comprises entre les lacs de Thoune et de Lucerne fl839) ; la carte géologique des monta-
Sies comprises entre la route du Simplon et celle du Saintothard, par Studer (1844) ; la carte géologique des montagnes entre le lac de Thoune et l'Emme, par Rûtimeyer (1847) ; la carte géologique des environs de Lugano, par Karl Brunner (1852), et celle du Stockhom par le même auteur (1852) ; la carte de la région mollassique de la Suisse centrale et orientale, par F.-J. Kaufmann (1852) ; enfin la carte de la région voisine du Mont-Blanc, par Alph. Favre (1862). Toutefois le Jura ne fut pas négligé. L'activité scientifique qui se développa alors de ce côté dupays suisse (de la fart d'Auguste de 'Montmollin (1808-1899), de Thurmann 804-1855), de Gressly (1814-1865), de Desor (1811-18851,
de G. de Tribolet (1830-1873), de Dubois de Montperreux (1798-1850), de Merian (1795-1883), Alb. Muller, etc., fit faire des progrès nombreux à la science géoloffiquedans la zone limitrophe de la France, surtout sous l 'influence deMarcou, d'Étallon, Thirria, Contejean et d'autres encore. L'établissement exact d'une série stratigraphique, donnant la succession des assises composant les Monts du Jura est essentiellement l'œuvre de Gressly, de Thurmann, deMarcou. de Desor et de Merian, à qui nous devons aussi les premières cartes géologiques de cette chaîne. L'application de ces principes ne taraa pas à être faite aux Alpes, surtout à la suite des travaux plus complets entrepris sous l'influence de d'Orbignyen France, deQuenstedt et d'autres encore en Allemagne. Les connaissances géologiques de cette époque (1860), précédant la naissance ou projet de publication d'une carte géologique de la Suisse à grande échelle, se trouvent résumées d une façon aussi claire que complète et précise dans la publication monumentale a'Oswala Heer, Le Monde primitif de la Suisse (Die Uru)elt der SchweizJ, Zurich, 1864, Ir* édition, 2< édition, 1879.
C'est à la même époque que Bernhard Studer proposa à la réunion de la Société helvétique des Sciences naturelles à Berne (1858) d'utiliser la nouvelle carte topographique de la Suisse à l'échelle de 1 : 100 000 comme base d'une carte géologique détaillée ; pour ce faire il réclama l'appui finaDcier de la Confédération. Cette proposition fut agréée et dès 1860 la Société helvétique des Sciences naturelles, devenant l'organe de contrôle de l'institution nouvelle, put nommer comme organe directeur et exécutif une Commission géologique composée de
B. Studer, président, et dont les membres étaient P. Merian, A. Escnerde la Linth, Alph. Favre et Ed. Desor. Cette commission disposait d'abord d'une somme de fr. 3000, plus Urd de fr. lOOÔO et actuellement de fr. 15000. En 18Ô4et 1865 parurent déjà les trois premières feuilles X, XV et XX, de l'atlas Dufour, les plus orientales de la Suisse, par G. Theobald ; c'estxme œuvre remarquabJi^ment exacte, mal-
fré la complication extrême de cette contrée alpine ; les 1 autres feuilles contenant des dessins topographiques parurent dans un intervalle de 25 ans ; la dernière, la feuille XIII, sortit de presse en 1887, suivie de près des quatre feuilles d'angle contenant le titre (I), la légende svnoptique des couleurs et signes (XXI), les altitudes (xXv) et une carte d'assemblage (V). Les géologues qui ont contribué à cette œuvre si complète et d'une exécution technique dont les imprimeries lithographiques suisses peuvent être justement fières, sont A. Mûller, J.-B. Greppin,
C. Moesch, U. Stutz, P. Merian, Vogelgesang, F. Schalch, J. Schill, A. Gutzwiller, A. Jaccard, I. Bachmann, F.-J. Kaufmann,A. Heim, G. Theobald, £. Renevier, G. Ischer, E. Favre, E. de Fellenberg, H. Gerlach, F. RoUe, Spreafico, Negri, Stoppani, L. RoUier, E. Kissling et H. Schardt. Plusieurs des feuilles ont déjà été publiées en seconde édition révisée, telles les feuilles III, VII, XI et XVI. Les parties situées hors de nos frontières ont, pour plusieurs feuilles, été complétées d'après les cartes françaises, allemades, autrichiennes ou italiennes. Une série de 30 volumes format in-4^, dont plusieurs de plus de 500 pages, servent de texte descriptit à cette œuvre collective ; ils portent le titre de Matériaux pour la carte géologique de ta Suisse. Ils contiennent autant de documents relatifs à la structure fféologique de notre pays (tectonique et oroffraphie) que ae descriptions des terrains (stratiffraphie) ; plusieurs contiennent aussi des descriptions paleontolog^ues. A ces monographies représentant la première série ^volumes), viennent s'ajouter déjà 16 nouvelles livraisons formant la nouvelle série et qui ne sont pas comme les précédentes des descriptions de telle ou telle feuille, mais plutôt des monographies régionales. La commission géologique a estimé, en eifet, que c'était dans cette direction qu'on arriverait le mieux à une connaissance approfondie de la tectonique et de la stratigraphie de la Suisse. Plus tard seulement on pourca prévoir un travail de synthèse, visant une descriptfon géologique générale de la Suisse et la publication d'une carte géologique 1 : 250000 en quatre feuilles. Ce sera une troisième étape de l'œuvre que dirige cette commission. Le texte descriptif qui devra accompagner «cette carte d'ensemble rendra les mêmes services que la Géologie der Schweiz^ de B. Studer, parue il y a oO ans. Aujourd'hui, cette spécialisation des études