SL'I
iîsammeot parlé de cette période pour être bref. Rappelons qu'aucuns restes squelettiques importants remontant avec certitude au Paléolithique n'ont été découverts en Suisse. Il existe bien dans certaines collections deux ou trois fragments de squelette considérés, par leurs possesseurs, comme paléolithiques : en particulier ceux provnant de la caverne de Freudenthal (SchaffhousH)une cla- Mcule du kesslerloch (une omoplate au musée de Bienne [rouilles Quiquerez], par exemple). Mais pour certains des doutes sont encore permis au sujet de leur origine exacte et il vaut mieux s'abstenir de tout jugement absolu. On peut croire cependant que nous rencontrerons un jour des squelettes paléolithiques sur notre territoire. Par analogie avec les trouvailles faites en France, en Angleterre, en Itel^'ique, en Moravie, etc., on peut supposer que les plus anciens habitants de la Suisse étaient des dolichocéphales.*
Période holocène. Dès que nous abordons la période holocène, les documents squelettiques deviennent relativement nombreux et ont deux origines principales : a' Les cavernes, abris sous roches, sépultures, etc. t» ' Les habitations lacustres. Nous ne pouvons rappeler toutes les trouvailles qui ont été faites en Suisse ni indiquer, dans leurs détails, les renseignements anatomiques fournis par les squelettes découverts. Nous ne citerons que quelques-uns de ces renseignements anatomiques.
Ouand on examine Tensemble des squelettes humains préhistoriques trouvés en Suisse, on aperçoit immédiatement Texistence de deux types nettement dilférents par la taille.
Le premier est composé d'individus de taille moyenne, le second d'individus de petite taille, mais dont la faible stature n'est pas une anomalie ; ce sont des pygmées.
Les squelettes néolithiques découverts en Suisse ne sont pas en très grande quantité. La représentation et la description de la plupart des crânes lacustres se trouvent dans : Studer et Bannwarth, Crania helvelica antxqua, Leipzig, 181)4, auquel nous pouvons renvoyer le lecteur. Les auteurs ont condensé dans ce volume nos connaissances à ce moment-là. Pourtant, depuis cette luxueuse publication, un certain nombre de travaux ont paru, décrivant soit de nouvelles trouvailles dans les palafittes, Soit des découvertes fort importantes dans les cavernes fSchweizersbild, Dachsenbùhl) ou dans les sépultures de terre ferme (Chamblandes, Châtelard, etc ). .\ctuellement la plus belle série est sans contredit celle provenant de Chamblandes (Vaud). fouillée par N^ef et décrite par Schenk. A. Schenk, Les sépultures et i es populations préhistori- 'lues de Chamblandes, Bull. Soc. Vaud. des Se. nat., 19U2-1908.) Ces sépultures de Chamblandes paraissent rtre les plus anciennes. On les considère comme appartenant au début du néolithique, peut-être même au mésolithique. Les hommes qui en proviennent représenteraient donc les types de nos plus lointains ancêtres découverts jusqu'à présent; dix-huit crânes ont fourni à Schenk des indices qui s'échelonnent de 70 à 78, 41 pour les hommes (moyenne 75, 48) et de 71, 87 à 77, 84 pour les femmes
'o) ; celle des mésaticéphales crânien moyen de la série entière (sexes mélangés) est 71, i^. Mais un tel indice a peu d'intérêt. On peut cependant le comparer à celui fourni par les crânes du Schweizersbild : 7..>,3. La taille moyenne reconstituée* des habitants de Chamblandes est petite : 1 m. 58^2 pour les hommes et I m. 4^ pour les femmes. On a pu considérer plusieurs de ces néolithiques de Chamblandes comme des pygmées. Les stations du Schweizersbild et du Dachsenbùhl n'ont pas fourni des matériaux humains aussi considérables.
• Voici, âtitr« d'exemple, quelques indices oephaliquesdes squeiftles paléohthiques déc«>uverts daiin le^ pays voi8iu<« de la >'ji*se;
Indices céphaliquea Neanderthal (Aitemagne) . . . 72-73,9 Sp\ I B<* Inique) 2 crAoes . . . 70 et 74-76
Mrêchanipti (France) 75,,5
Laut^erie »» 73,19
<lnaDc«>lad<« >i 72.02
Haous9e-Rou$«aé (Italie) de. . . 7Ô.&^ ; «9.27 ; (>s,5S. «lo ...
' l.a taille peut Aire reconstituée à l'aide des us lougs des m'ambres (fémura, tibiaa. humérua, etc.) avec une approximatioa ' t'Ut à fait Buftlsante. I
Cf.-J. Nùesch, D<is Schweizershild, eineyiederlassungaus palaeoltthischer und tieolithischer Zeit, mil Beitragen, etc. Aour. ntém. Soc. helv. se. nat. 1890; J. Nùesch, Der Doi'hsenbOhlf eine Ilofile aus frùhneolilhisv/ter Zeit, bei Herblmgen, etc. Souu, mêm. etc. 1903 notamment, et les travaux de Kollmann qui y sont publiés). Mais ils sont tout aussi intéressants. Les deux stations ont présenté des scjuelettes d'individus normaux et des squelettes de pvgmees. Au Schweizersbild Tindice céphaliquc va de 7 1,4 chez un pygmée à 78 chez un individu normal, enfant. La moyenne de la taille des individus normaux est 1 m. 6()2 mm. tandis que celle des pygmées est 1 m. 424 mm. On remarquera que tous les indices crâniens que nous avons signalés indiquent des crânes dolichocéphales. On peut vraisemblablement en conclure aue les hommes qui habitaient la Suisse au début de la période néolithi-
aue sont, au moins pour la race normale, les descendants es dolichocéphales de la période paléolithique. Quant aux squelettes découverts dans les stations lacustres, les trouvailles récentes ne changent rien aux conclusions générales formulées en 18d4 par Studer et Bannwarth, et par le professeur Hervé (1^>) dans sa publication sur les populations lacustres, que nous avons déjà signalée. Et pour ne pas être obligé d'allonger la biSliographie de cette question (His et Riîtimeyer; Dor ; Kollmann; Virchow, etc.), nous pouvons reprendre l'exposé sommaire de Studer, à propos des crânes contenus dans les Crania kelvetica antiqua, en le modifiant légèrement dans le sens que nous avons déjà indiqué.
Studer reconnaissait dans les crânes des habitations lacustres deux races d'hommes. Le premier groupe était constitué par des individus à crâne brachycéphale (mésocéphale et sous- brachycéphale) dont l'indice variait de 79 à 81 . Les orbites saillantes, le visage orthoguathe (droit, non avançant), élargi, et chamaeprosope (face courte) complètent le signalement. Les os du restedu squelette sont plutôt grêles, et les crêtes, pour les insertions musculaires, bien développées. Les fémurs étaient aplatis dans la partie supérieure de la diaphyse et les tibias étaient platycnémiques*. La taille reconstituée était de 1 m. 40 à 1 m. 52.
Le second groupe était constitué par des individus à crâne doli- __
chocéphale. Kn norma vertii'alis cette sorte de crâne présente un ovale allongé. L'indice va rie de 68 à 75. Le visage est également or-
thognathe, large. 11 est intermédiaire entre les types chamaeprosope et
leptoprosope .
Le tioia n'est
pas platycnémi- cràae lacustre , .
que. La taille ^e la station du I*oint reconstituée tel).
était de 1 m. &2
à 1 m. 65. Studer ajoutait que le type brachycéphale caractéristique des stations de l'âge de la pierre polie se rencontre presque toujours dans celles où l'on trouve les premiers outils métalliques. Les crânes dolichocéphales se montrent avec la première apparition des métaux. Cette dernière population coexiste aonc avec les brachycéphales pendant la lin de l'âge de la pierre polie et pendant Và^e du cuivre. A l'àçe du bronze le type dolichocéphale prit décidément le dessus. (Studer dans les C. R. Sor. helvét. de.s se. nat., 1894.)
Les principales découvertes qui ont été faites depuis la publication aes Crania helvelica antiqua se trouvent expliquées et commentées dans les publications suivantes :
brachycéphale (néolithique^ (lac de Neuchft-
Verneaii, Vn nouveau crâne humain d'une cité /a-
custre \l/ Anthropologie. Paris, 1894). Schenk, Etude sur ' La platycnémia est an aplatissement latéral du tibia.
Crlu» de pïBni4« oompirnà un crin» Dormil. |D'»près KolLniiDD-l <Lni dsui ont été trouvé* en dsburs de U Suis»).
dei ic. nal., 1866). E. PitUrd. Sur det reile$ huniaini provenant de dii-'eriet itationt lacustres de l'époque néolithique et de l'âge du brome en Stiieie. {L'Anthropologie. PariB. 1889). E. Pittard, Vn nouveau crâne humain d'une alation lacustre du lac de Neuchdtel {Suisse). iBull. Soc. se. nal.) Bucarest, 1900. E, PitUrd. Sur de nouveaux crâne» provenant de diverses stations lacustres. De l'dge du bronze en Suisse, Arch. des se. phya. el nat. Genève, 1899. E. PilUrd, Deux nouveaux crânes huniain» de cités lacustres en Suisse {dqe de la pierre polie et âge du bronze. L'anthropologie. Paris, 1SK)6,
Ed résumé, toates ces trouvailles nous permettent de nous représenter les événements ethniques sui' vants: après le retrait des elaciers. des Magdaléniens, vraisemblablement dolichocéphales comme ceux du reste de l'Europe, se sont établis sur le sol de la Suisse {nolamraeDt dans le canton de Schaflhouse et probablement au N. du Jura Bernois. Dès le début de la Sériode néolithique, peut-être même avant, il eiistsit es dolichocéphales de petite taille (descendants des Magdaléniens ?) aui ont laissé notamment, comme trace de leur séjour, les belles sépultures de Chamblandes. Des brschycéphales néolithiques Iprotobmchycéphales, type de Grenelle) semblent avoir été, en Suisse, les constructeurs et les habitants des premières stations lacustres (âge de la pierre polie). Vers le milieu de la période néolithique, ces brachycéphales ont déjà des compagnons dont les formes crâniennes sont mésaticéphalea et dolichocéphales (dohchocéphales néolithique» deHamy, type de Genay, etc.). A la nnde la période néolithique, au début de la période des métaux, ces dolichocéphales sont en majorité. A l'âge du bronze ils paraissent avoir délinitivement submergé tous leurs prédécesseurs. Enfin, quand se termine l'âge du bronze, reparaissent ('.') des brachycéphales. Ces derniers semblent être d'une brachycéplialie plus accentuée que leurs prédécesseurs de la période néolithique.
Cet essai desynthèse etimique est esquissé bous réserves. It Taul attendre lesdécouvertes nouvelles qui ne manqueront pas de se produire. D'autre part, il faut toujours se rappeler que les trouvailles dans les vases des lacs ne revêtent pas tout te cachet d'authenticité chronologique qu*on pourrait désirer.
tl nous reste, à propos des populations pré historiques, deux mots à dire des py^mées. Les pvfimées, dont nous avons signalé l'existence dans diverses sépultures, ne sont pas descasde décénéresccnce fortuite. Ce sont ites individus normaux. Mb représentent, par l'ensemble de leurs caractères, une «race » à part qui, d'ailleurs, a révélé son existence en diverses contrées de l'Europe ainsi que dans les autres continents. Les découvertes de squelettes de pygmées en Suisse commencent à se multiplier IGéronde (Valais). Mnosseedorf ( Berne). Schweizersbild, Dachsenbûhl ISchatThouse). Chamblandes IVaud). etc.). On a trouvé des individus des deux seies. Leur stature
sont pas encor moyenne stabli
Malheureusement les
On a
intré des tailles particulière
rives de l'Êrgolz ;Bàle- Campagne), Dans la station du Schweizersbild. Kollmann a obtenu une moyenne de 1 m. 42i, lia plus petite taille éuit 1 m. 35 et la plus grande 1 m. 50) chez trois adultes. A. Chamblandes. Schenk a obtenu lm.a')6 comme taille minimum chez une femme adulte, etc. En dehors de la Suisse, on a trouvé des tailles plus faibles encore que celles que nous indiquons ici comme minimum.
D'oii sont venus ces pygmées? En 1894, Sluder et Bannwarth ont considéré les pygmées mésocëphalea de Chamblandes comme arrivés des bords de la Méditerranée. Ils se basaient pour cela sur des débris de coquilles marines trouvées avec les squelettes et ayant servi d'ornement. Cette origine a été immédiatement disculée. On trouvera les meilleurs renseignements sur les pygmées suisses dans les travaux de Kollmann (voir en particulier : Die Pygtnâen tind ihresystemalische Stellung innerhalb des Menschengeschlechts, dans les Verhandl. der Katurforsch. GeselUch. in Baset. Vol. XVI, 1902, et la monographie du même auteur relative aux squelettes découverts dans la caverne de Dachsenbùhl, dans J. Nûesch, Der Dachtenbùhl, etc. (JVoui'. niéni. Soc. heh: se. nal. T. XXXIX, 1903. déjà cité).
Epoque historique et période contemporaine. Nous avons déjà fait remarquer combien nous connaissons mal ""*?re» anthropologiques des populations contemde notre pays. Cette constatation s'impoae
surtout )
Il est vrai que pour plusieu de se procurer les matériau étude. Ce n'est qu'au morne jour d'antiques sépultures, i metières, qu'on peut reçue Or. dans U plupart des cas.
siècles e:
is il aérait difficile
[ où des fouilles mettent a
lie
' les conserver
t détruits
cathaliqu
documents qui peuvent nous permet le type ethnique de nos ancêtres d' mais. Dans la plupart des cantons ci pieuse des ossuaires a sauvé des milliers d ^ .
que toujours parfaitement authentiques et dont la date e bien établie. C'est là une mine précieuse à laquelle on n'a pas encore assez puisé. Ajoutons que, malheureusement, à l'heure présente, beaucoup d'ossuaires disparaissent. En 1861, His et Bûtimeyer [Crania helrelica), après avoir étudié^ 100 crânes des s temps historiques » el environ 150 crânes modernes, ont établi quatre types crâniens en Suisse : le type de Sion (des temps préromains), le type de Hohberg (des l«mps romains au V* siècle après J.-C.). le type de Rel-Air de l'époque burgonde et alamane (du V* au IX* siècle), le type de Disei'tis (du moyen âge et des temps actuels). L'indice moyen du premier est de 77,3 ; celui du second de 70,7 : celui du troisième de 73.8 : celui du quatrième de 86,5, Celte classification, qui a pu avoir une valeur momentanée, n'est plus guère admise
Eir les anthropologistes actuels, qu'a titre historique. epuis le moment oii Ilia et Rutimeyer publiaient len Cratiia heli-ctica, de nombreuses découvertes sont venues mudiller nos conceptions à cet égard- Le type de Ti: ... -^pendant caractériser le type c — ' —
t d'une grande partie des
de la plupart des Orii brachycéphales suisses.
Les squelettes des populations historiques qui ont traversé ou occupé la Suisse (Ils ont pu y faire souche) et qu'il faudrait donc inscrire dans la liste 'de nos ancéti«g. sont encore, par rapport au chirfre total de ta population à ce moment-là, relativement très peu nombreux. C'est la période burgonde et alamanique qui, jusqu'à ce jour, nous a fourni les plus importants documents. Mais à eux tous ils ne constitueraient pas une assez grande série pour noua satisfaire. Les principales publications concernant les eriinesde cette période 'car ils'agit surtout de crânes) sont celles de Ilia et Bii timever idéjà citée) et celles de Kollmann (presque toutes dans les Verbandlun<ien der Naturforscbendi-n (iesellschaft zu llasel. de '1883 à 18921. En résumant les obsenations relatives à l'ensemble de ces
SUl
SUI
iOi
crânes on arrive approximativement, à la répartition suivante :
Dolichocéphales 40%
Mésaticéphales 28 %
Brachycephales 32 %
Cette division montre la coexistence, en proportions à peu près égales, des deux types principaux basés sur la torroe du crâne. Elle montre aussi, par la proportion déjà élevée des mésaticéphales, que des mélanges nombreux avaient eu lieu.
Le grand nombre relatif des dolichocéphales indique nettement Tinfluence. à ce moment-là, du t^'pe germanique (Kymrique). Les descendants suisses des immigrés bur^ondes montrent encore ce type dolichocéphale. A ce point de vue quelques régions de notre pays mériteraient d'être sérieusement étudiées. Nous savons qu'il existe, de ci de là, des flots dolichocéphales parmi des populations à crâne brachycépbale. Il faudrait pouvoir les examiner de très près. Il est très probable que bien des choses inexplicables s'éclaireront le jour où nous posséderons des documents anthropologiques sur l'ensemble de notre pays. Un autre point dont il faudrait s'occuper, c'est oe savoir la raison pour laquelle la forte proportion des dolichocéphales que nous venons de signaler a été, à rheure présente, majorisée par les brachycephales (si elle Test réellement !).
Dans la carte de la répartition de l'indice céphalique en Europe de Deniker, Les races de l'Europe. (Ass. franc, pour Vavanc. dex sciences, session de iSOl), et Les six races composant la population actuelle de l'Eu" r<fpe {Anthropological Institute of Great Britain and Irelandj 1904.}, la Suisse partage avec la Turquie et quel-
aues rares autres territoires Te privilège peu enviable 'être laissée à peu près en blanc. Cela n'a rien de flatteur. Il serait plus que temps de combler cette lacune.
Outre l'ouvrage de His et Hûtimeyer que nous avons indiqué et oui concerne l'ensemble de la Suisse, on peut citer la publication, par KoUmann et Hagenbach {Die in der Schweiz vorkomnienden Schâdelfomien dans les Verhandl. der Naturforsch. Gesellsch. Bâle, 1884-85), d'une étude de 232 crânes suisses du Musée de Bâle datant de toutes les époques. Sur la totalité, 53 % ont un indice dépassant 80 (82 sur le vivant) ; l'indice moyen de la série totale doit être approximativement de 81,7. Il indique la sous-brachycéphaiie. Les autres documents concernent des répions bien délimitées. Malheureusement le nombre des crânes mesurés n'est pas toujours sufRsant pour exprimer une moyenne stable. Toutefois les publications dont nous allons parler permettent de placer un peu de couleur sur l'emplacement de quelques cantons. Genève (Pittard) ; Neuchâlel (?) (Pittard) ; Vaud (Schenk et Pittard) ; Valais (Scholl, Bedot, Pittard) ; Grisons (Beddoe, Scholl, Pittard, Wettstein), une partie de la Suisse centrale (His et Rûtimeyer, Beddoe, Schùrch) sont les cantons et les lieux qui ont à leur actif le plus grand nombre de renseignements. (Voir les articles Grisons, Vaud, Valais.) Nous allons rapidement les énumérer : *
239 sujets des deux sexes (vivants), mesurés par Pittard à Genève (inédit), ont fourni l'indice céphalique moyen 80,6 (78,6 sur le crâne). * Les femmes ont un indice plus élevé (82) que les hommes (80,2), comme c'est habituellement le cas.
80 crânes vaudois appartenant à diflcrentes époques, mesurés par Schenk {Étude préliminaire sur la craniologie rauaoise, dans le Bull. Soc. vaud. drsSc. nat., 1899) ont fourni des indices s'échelonnant de 73,16 à 93,2i. Dans la totalité, le type brachycépbale compte pour le 76,25 5<». L'indice céphalinue moyen de la série entière est 83,68 indiquant la brachycéphàlie. Les dolichocéphales ne sont représentés que dans la proportion de 11,25%.
o9 Vaudois mesurés par Pittard (inédit) ont fourni l'indice céphalique moyen 84,07. Si on diminue ce chiffre de deux unités pour obtenir l'indice crânien, on obtient 82,07. peu dînèrent de celui obtenu par Schenk.
« Noua laispoDS de <ôte auelques publicatioD& qui sont basées sur UD trop petit nombre de ci ânes pour que leurs conclusions puissent nous arrêter Les citer ne ferait qu'allonger inutilement les indications bibliographiques.
' On ajouta deux unités à l'indice crânien pour obtenir l'indice céphalique (sur le vivant).
Le Valais est le canton qui a été le mieux étudié. Nous en reparlerons plus en détail à l'article qui le concerne. Scholl {Veberràtischeundeinigeandere alpine Schâdelformen, 1891) avait trouvé l'indice crânien 87,8 sur une série provenant de la vallée de Saas. Bedot, en 1895 et en 1896 (Notes anthropologiques sur le Valais dans le Bull. Soc. anthritp. Paria, 1898) a indiqué l'indice céphali(]ue des recrues. lia divisé le Valais en quatre zones arbitraires dont les indices moyens (vivants) sont : 85,18, 85,22, 82,10 84,31. (Moyenne 83,72.) En 1898. la vallée de Conches a donné à Pittard l'indice moven 85,7 (inédit). D'autre part,
f)lus de 400 crânes de la vallée du Rhône, entre Brigue et e Léman, ont fourni au même auteur l'indice moyen 84,48 sur le vivant 86,48 (voir Pittard, Publications diverses, notamment dans la Her\ meus. Ecole d'Anthrop. Paris, de 1898 à 1901, et Études de diverses séries de crânes anciens de la vallée du Bhàne. Neuchâtel, Bulletin de la Société Neuch. de Géogr. 1899.) L'indice céphalique moyen des Valaisans indi(]ue la brachycéphàlie. (Voir Valais.) Le canton des^Grisons est aussi un des mieux étudiés. Les quel(|ue8 crânes examinés anciennement par Baer
moyen 83,6; Scholl {Ueber râiische etc.), sur 35 crânes de Davos également, obtient 85,3 et sur 10 crânes de la vallée de Poschiavo, 85; soit pour les deux séries une moyenne de 87 sur le vivant. Sur 47 crânes de la vallée dû Rhin, Pittard a trouvé l'indice moyen 83,96 (86 environ sur le vivant). Ce chiffre est assez rapproché de celui exprimé par Scholl. (Trois notes de Eug. Pittard dans Bull. Soc. d'Anthrop. Lyon, 1901 et 1902 (Voir article Grisons). En 1902, Wettstein {Zur Anthropologie und Ethnographie des Kreises Dh^entis, Zurich) étudiant 252 crânes de la vallée du Rhin, de Disentis et environs, obtient l'indice moyen 85,4.
Si nous totalisons tous les indices crâniens obtenus dans le canton des Grisons, nous trouvons comme moyenne 84,71. Ce canton accuse une brachycéphàlie accentuée. Cette indication peut être étendue vraisemblablement à tout le canton (quoiçju'on ne possède actuellement que des observations partielles), car aucune des séries individuelles n'échappe à ce caractère de brachycéphàlie.
La région de la Suisse centrale comprenant les cantons de Lucerne, Unterwald, Uri, est connue grâce aux travaux de His et Riitimeyer (déjà cités) qui ont examiné les crânes de l'ossuaire d'Emmetten (Unterwald), de Beddoe (crânes de Stens) et surtout de 0. Schiirch, qui a rassemblé 455 crânes provenant, soit du musée anatomique de Berne, soit des ossuaires de Hasle (Lucerne), Buocfis et Stans (Unterwald), Âltdorf et Schattdorf (Uri). (Voir C. B. Soc. nelv. des se. nat. session de Berne, 1i^, et Neue Beitrâge zur Anthropologie der Schweiz. Berne, 1900.) Les crânes d'Emmetten ont montré que le 66 % était composé du type de Disentis (Ind. ^,1) et le 34 % du type de Sion pur ou mélangé (Ind. 81,6). La moyenne serait 84,6 indiquant la brachycéphàlie (sur le vivant 86,6). Beddoe avait trouvé l'indice 83,6 (vivant 85,6) sur les crânes de Stans. Ce chiffre est très rapproché de celui de His et Rûtimeyer. La grande série de Schûrch montre aussi une forte prédominance du type brachycé-
Shale. Celui-ci forme le 86,6% des individus étudiés. Les olichocéphales ne sont représentés que par 1,6 % et les sous-dolichocéphales et mésaticéphales par le 11,8%.
Dans sa publication, 0. Schiirch n'indique pas l'indice céphalique moyen de ses diverses séries. Nous l'avons calculé pour chacune d'elles. Nous indiquons cette moyenne dans l'ordre géographique ci-dessus : Hasle 82,8 (vivant 84,8), Biiochs 83,65 (vivant 85,65), Stans 83,4 (vivant a5,4). Altdorf a3,71 (vivant 85,71). Schattdorf 83,96 (vivant 85,96). Si nous groupons ces chiffres par cantons, nous obtenons : Lucerne 84,8 ; Unterwald 85,81 ; Uri 85,83 (vivants).
La plupart de ces crânes brachycephales sont aussi leptoprosopes. En effet, voici la répartition des deux types de faces dans la série entière : leptoprosopes, 88, 5 % chamaeprosopes. 11 ,5 %.
Des quelques données que nous possédons et que nous venons d'esquisser rapidement et de quelques autres encore, il semble résulter que l'indice céphalique de la
SUI
population vivante (dans le cas présent ramené bien entendu à l'indice crânien) est plus faible que sur les crânes anciens. J'ai aussi démontré le fait pour la Savoie et la Haute-Savoie. Cette constatation a également frappé Deniker. Il se demande lui-même si ce phénomène est dû aux difîérences des épo(]ues historiques dont proviennent les crânes ou aux différences des localités ou les mesures ont été prises. Use déclare incapable d'en discerner la cause. Je crois que, pour le moment, les documents que nous possédons pour notre pays ne sont pas encore en assez grande quantité et surtout ne proviennent pas encore de localités assez nombreuses pour que nous puissions rien décider. Il est probable que ce changement de l'indice céphalique provient tout simplement d'une immigration, d'un déplacement de populations.
Nous avons à peu près résumé l'état de nos connaissances sur les caractères anthropologiques de la population suisse des a Temps historiques » (nous rappelons que certains ossuaires renferment des ossements datant du XIII" siècle) et de la période actuelle. On se rend compte que ce n'est pas tout ce que Ton pourrait désirer. En effet les documents exposés ne concernent qu'une partie du Sud et du centre de la Suisse. Beaucoup de cantons restent en blanc. A elle seule cette constatation devrait encourager les recherches afin que la deuxième édition de ce Dictionnaire nous trouve prêts à formuler des conclusions plus certaines que celles que nous pouvons donner aujourd'hui.*
La conclusion provisoire qui découle des faits ci-dessus, c'est que notre pays est peuplé surtout de brachycéphales leptoprosopes. Ils constituent ce qu'on appelle en anthropologie le groupe des Celtes-Âlpins, Celto-Ligures, Celto - Rhétiens, etc. Dans l'ensemble, les dolichocéphales ne figurent que pour une faible partie. C'est dans la Suisse centrale, les Grisons et le Valais, que le type brachycéphale est le plus accentué. C'est là aussi qu il est, statistiquement parlant, le mieux représenté. Cela se conçoit aisément. Ces régions montagneuses sont moins accessibles à la pénétration des étrangers aue les parties ouvertes du pays. Au surplus, c'est éviemment dans les agglomérations urbaines que les observateurs auront le plus de chances de trouver des mélanf^es. C'est ce que 1 on peut déjà constater en comparant es indices céphaliaues moyens des cantons montagneux avec les cantons de Vaud et de Genève. Toutefois ces cantons montagneux sont eux-mêmes atteints. Dans la vallée valaisanne du Rhône, l'examen des formes crâniennes actuelles le démontre. Ces faits concordent avec l'arrivée d'une quantité de noms nouveaux dans tous les villages proches de la voie ferrée qui va de Brigue au Bouveret. Les travaux pour le percement du Simplon viennent de peupler le Valais oriental d'étrangers, principalement d'Italiens. Cette immigration (qui a lieu dans toute la Suisse) nous fait un devoir de connaître, pendant qu'il en est temps encore et de synthétiser pour l'avenir les caractères physiques de nos populations.
Ajoutons toutefois que, parmi ces immigrés, il s'en trouve un bon nombre (Savoyards et Piémontais, d'un côté. Allemands des ]^tats du Sud et Tiroliens de l'autre ; nous pourrions encore en citer), qui sont nos très proches parents anthropologiques. Ils ne sont séparés de nous que par les barrières artificielles des frontières politiques.
Nous pouvons maintenant nous poser la question de l'origine des populations actuelles de la Suisse. Il est entendu que, a priori, on doit admettre que tous les hommes qui ont peuplé notre pays dès le Paléolithique, ou dans tous les cas dès le Néolithique, ont pu laisser des descendants. On peut croire ({ue la majorité des Suisses sont des brachycéphales. Nous avons vu qu'on peut rattacher ces brachycéphales à ce que la plupart des anthropologistes appellent le type celtique (Celtes-Alpins, Celto- Khétiens, etc.). D'autre part, nous savons que les brachycéphales anciens qui possèdent le type le plus rapproché de celui-ci sont les néo-brachycéphales de 1 âge du bronze. Rien ne nous empêcherait d'aamettre que les brachycéphales suisses actuels soient (en dehors d'une partie de l'immigration contemporaine) les descendants de ces der-
• Dans sa deriii('re publication sur l«s races de IK uropo J. Deuik-r dit eu parlautde la Suisse : » .... les trup tnai^reM renseignements que l'on a sur l'indice céphalique pour la Suisse. »
niers, et cela d'autant plus que presque tous les crânes anciens de la région montagneuse (Suisse centrale. Grisons, Valais) possèdent les caractères inhérents à ce type. Au surplus nous pouvons aussi penser que les néobrachvcéphales de l'âge du bronze et les protobrachycéphales àe rage de la pierre polie ont la même origine. Dans la période « historiaue » et dans les temps modernes la Suisse a été envahie pacifiquement par un grand nombre d'hommes venus des pays immédiatement voisins. Pour certaines régions cette invasion n'a pu ({ue renforcer l'élément brachycéphale. La Suisse presque tout entière est entourée de brâchycéphales français, italiens, tiroliens, bavarois, dont l'origine ethnique doit être identique à la nôtre. Quant à la population dolichocéphale oui habite notre sol, elle peut chercher son origine (en denors des immigrations contemporaines) soit dans les populations dolichocéphales des temps historiques, Burgondes et Alamanes en particulier, soit, en remontant beaucoup plus loin, dans les populations qui habitaient Chamblandes et les stations lacustres au commencement de l'âge du bronze. Mais en émettant ces suppositions il ne faut pas perdre de vue que les noms des groupes historiques anciens et leur langue n'ont guère de valeur pour la fixation d'un type anthropologique. Plusieurs de ces groupes historiques ont une même origine ethnique. Ils doivent donc^ posséder les mêmes caractères anthropologitiues. Quant à ces dolichocéphales des « temps historiques >», ils peuvent aussi parfaitement être les descendants des dolichocéphales de l'âge du bronze ayant vécu soit en Suisse soit a l'Est de notre pays. Ces derniers pourraient être considérés comme ayant été l'avant-garde des dolichocéphales historiuues.
Mais si l'on veut rester sur le terrain scientifiaue des faits constatés, on peut dire que, pour le problème de nos origines, presque tout est encore à faire. Ce^ doit être un encouragement pour ceux qui demandent à tr-*vailler. Au surplus, parmi les connaissances que nous avons acquises, surgissent déjà des questions de détail d'un réel intérêt. Nous avons signalé — et cela servira d'exemple au point de vue ethnique seulement — ces brachycéphales à grands crânes d'une partie des Grisons (macrobrachycéphales) dont la parenté avec les autres brachycéphales du même pays nous échappe, aussi bien que nous échappe leur origine (voir Grisons). L'anthropologie de la Suisse est un champ fécond à exploiter ; elle fournira, à ceux qui se voueront à son étude, des résultats aussi précieux qu'inattendus. [KuifAne Pittard]
b. DÉMOGRAPHIE. Dans le domaine fédéral, la démographie est une science tout à fait récente, non pas qu'on n'ait fait dans notre pays, et cela fort anciennement, des relevés statistiques — nous en trouvons des exemples dès le XV» siècle — mais par suite des circonstances politiques et de l'absolue décentralisation administrative, les tentatives de recensement faites dans certaines villes et dans quelques cantons sont restées isolées. En outre, les bases de ces enquêtes diffèrent suivant les cantons, et les données recueillies ne sont nullement comparables. Nous aurons à étudier les divers recensements fédéraux en comparant les résultats généraux ; nous parlerons ensuite de la répartition actuelle de la population sur notre territoire, sa densité, sa composition, suivant le sexe, l'âge, l'origine, la confession, la langue; nous aborderons enfin les dilférents facteurs qui viennent la modifier, nuptialité (et divorces), natalité et mortalité, immigration et émigration, ce qui nous amènera à examiner la répartition des Suisses à l'étranger.
I. Population de la Susse. Estimations anciennes et rcrensrnwnts fi''d*'*rauA\ Le plus ancien document qui nous renseigne sur la population de l'IIelvétie est un passage des Commentaires de César. Cet auteur cite un dénombrement de rilelvétic d'après lequel la population atteignait 336 000 âmes réparties dans 1^2 villes et 400 villages. Les Helvètes furent décimés par les troupes romaines à Bibracte (Autun); les débris de ce peuple rentrèrent dans leur pays. Eorum (/mï domum reiiierunt^ censu hahito, ut Caesar imperaverat, repertus est nuniems millium rentum et decem. (Guerre des Gaules I, 29.).
Même aux époques de prospérité, notre territoire ne fut jamais très populeux. On sait qu'au XV<^ siècle, le total des habitants de ce qui est aujourd'hui la Suisse,
SUI
n'atteignait pas le million. Plus tard les guerres amenèrent un depeuDlement rapide. On sait, par exem- Çle, que de 1610 à 1634, par TeiTet de la ^erre de rente ans et de la peste, le canton de Zurich tomba de 144000 à 86000 âmes, perdant ainsi en un quart de siècle les deux cinquièmes de sa population. Plus tard encore famines et épidémies ravagent le pays et provo- (^uent dans le nombre des habitants d^énormes fluctuations. Dès le XIX* siècle, les changements sont beaucoup moins bru8(]ues, les périodes de recul moins générales et moins accentuées. En 1767, Fàsi estimait A 1847o00 âmes la po()ulation de la Suisse et la répartissait comme suit : treize cantons, 961 000 ; sujets, 34oo00 ; alliés, 541000; c'était d'ailleurs une simple évaluation sans base certaine pour un grand nombre des chiffres énoncés. Pour l'année 17U5, nous avons deux estimations ; celle de Durand, 1 855000 (la Valteline, Mulhouse comprises) et celle du Conservateur suisse que Picot, dans son livre consacré à la statistiaue de notre pays, estime être plus exacte. La voici en détail, à titre cfindication :