‹ Dictionnaire géographique de la Suisse;Chapitre 74 sur 225 · ËHIORATION ET SlrlSSES · texte numérisé non relu

ËHIORATION ET SlrlSSES

A L'KTRitKGEti. La Statistique fédérale n'enregistre sous ce litre que les émigranls qui partent pour les pajs d outre mer elle ne s enquiert pas de ceux cer^

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Moy. 1891/K 5929

Moy. 1896/1900 2887 Moy, 1901/05 4862.

Au total, penilant ces 2r>ana. 159305 Suisses ont émigré au delà des mers. Berne, Zurich, Tessin, Bàle-Ville et Saiot-Call roumiBBcnt les plus arus cuDlinKeiils. De 1891 à 1905, Biir 63 343 émigi-ants. 56 615. soit le 89 •/, sont parlis pour les Etats-Unis et 4W6, Boit le 6%, pour la Hé- Sublique Argentine. Les 5 % restants se sont rendus eo ustralie, au itrésil, en Afrique, au Chili, etc. Ce sont les cantons romands qui fournissent le principal contingent pour la Rcpuhliue Argentine.

S. Suisses <i IVtrani/er, Nos compatriotes se déplacent ^cilelnent; plusieurs centaines de milliers de Suisses vivent à rétran);er, beaucoup avec espoir de retour. Aux Etats-Unis, d'après le recensement de 1900, il n'y a pas moins de 115959 pei-sonnes nées en Suisse. les natifs sont comptés comme Américains. Les Étals dans lesquels il v a plus de 5000 Suisses sont ceu« de New Yorl: 13678, OhLo 12007, Calirornie 10974. Illinois 9033, Wieconsin 766rt, Missouri 6819, Pennsylvanie 6707, New Jersey ti.ï70. On trouve mi^me 258 de nos compatriotes dans l'armée el la flotte des Ëlals-L'nis.

el-Oise lli36, les Alpea Maritimes 1451. Il y en i dans tous les départements ; auelaues unités seulement dans le Cantal, le Gers, les Landes, la Lozère, la Somme,

En Allemagne, le nombre des Suisses est de .^494(1900). Ils sont réiiartis comme suit : Prusse 14426. Alsace-Lorraine 11 933. C.rand-Duché de Bade 113(6, Kavière 6106. Wurtemberg 4042, Saxe 3883. Hease 1036, Hambourg 929, parsemés dans les autres petits états et villes libres, 1834.

La République Argentine compte 17 700 de nos compa- Iriotea.

L'Italie donne asile (19011 à 9079 Suisses, dont : en Lombardie 3<<19. dans le Piémont 1241. en Toscane 979. en Li- Hurie 979, dans le Lalium 677, dans la Campanie 650, en VénélieSIO, en Sicile 255. elc

Vient ensuite la Grande- Bretagne avec 9006 Suisses, à savoir : Angleterre et Pays de Galles 8337, Ecosse 376, Irlande 293. En Autriche le nombre des Suisses (1900) atteint 7790: Basse-Autriche 2123, Vorarlberg 220t, elc. ; eo IlonKrie 1002. U Russie donne l'hospitalilé à 5902 Suisses (1897), dont : dans la Grande-Russie iSl", dans les Provinces balliques 1700. dans la Russie méridionale 8^. On en trouve aussi 162 dans le Caucase. 31 en Sibérie, 13 en Asie centrale,

L'Australie compte 2372 Suisses : Victoria 903, Nonvelles-Galles du Sud 454, Queensland 441, Nouvelle-Zélande 333. elc.

La Belgique. 2231. Notons encore quelques chilTres : Ivgyple 472 Suisses, Chili, &tO, Danemark, 208, Japon. 100. Mexique 258, Norvège. 81, Roumanie, 725, Suède 51. Espa-

Ene. (90. Luxembourg, 1 16. Il ^ a aussi un asseï grand nomre de nus concitoyens en Brésil et en Canada, et davantage encore en Algérie el en Tunisie, sans compter ceux Jui sont dispersés en Chine, dans l'Afrique du Sud. aux ntllles. ailleurs encore.

.N'ous n'avons donné qu'un aperçu du sujet dans

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cette petite étude démographique. Pour les détails nous renvoyons aux publications du Bureau fédéral de statistique et aux travaux originaux traitant plusieurs des points touchés ci-dessus. Les cartes et graphiques qui accompagnent ce travail permettront au lecteur de suppléer aux lacunes de cette étude forcément incomplète. [Kmiftauuel Kuhnb.]

C. FOLKLORE. Sous ce titre, nous comprenons toutes les manifestations de la vie populaire pour autant qu'elles servent à nous faire connaître le degré de culture et les idées de nos aïeux.

La matière peut se répartir en douze chapitres.

1 . Distribution de la population. 2. Habitation. 3. Alimentation. 4. Costumes. 5. industrie domestique et art populaire. "S. Caractères physiques et psychiques du peuple. 7. Mœurs, coutumes, fêtes, jeux. è. Croyances et superstitions populaires. 9. Poésie populaire (légendes, contes, farces, chants et théâtre), iô. Langage populaire (bons mots et railleries, proverbes, y compris les dictons relatifs au calendrier, a l'agriculture et au temps, (expressions imagées, formules, jurons, serments, exclamations, cris d appels). 11. Manières et maintien. 12. Langue.

Nous ne pouvons traiter ici que quel(]ues-uns de ces douze chapitres, et cela encore de façon bien sommaire.

l. CoiTUMKs POPiiLAiRhS. Baus les pages qui suivent, nous essaierons de décrire, en traits rapides, les coutumes populaires de la Suisse, du moins les plus anciennes ou les plus caractéristiques.

1 . Usages^ coutumes, fêtes, jeux et aniusenients (y compris les croyances populaires qui s'y rattachent). Nous commencerons par les coutumes qui ne se rapportent pas à des solennités, à des événements précis ou à des dates du calendrier.

a) Parmi les coutumes relativea aux usages domestiques, mentionnons le « minorât », qui existe dans l'Emmenthal et dans d'autres parties du canton de Uerne et d'après lequel la ferme et son exploitation reviennent au plus jeune fils. Ailleurs, à la campagne, les questions relatives au logement des divers membres de la famille se règlent de diverse façon suivant les circonstances. Parfois le père ^e retire dans l'appartement destiné aux parents dès qu'un iils se marie et veut reprendre la ferme : souvent aussi il conserve le plus longtemps possible la direction générale du domaine. Frères et sœurs logent ensemble chez le frère devenu propriétaire de la ferme ; quelquefois ils ont leur profession et leurs logements particuliers. Les domestiques, dont le principal est le maître valet, sont engagés suivant les contrées à diverses époques de l'année ; l'engagé reçoit généralement une étrenne (Dinggeld, Diugpfenning, Drufgelt). Dans certaines contrées catholiques, afin de conjurer les tempêtes ou les influences démoniaques, on peint sur les maisons les lettres C. M. B. (Caspar, Melchior, Balthasar) ; on affiche des bénédictions manuscrites ou imprimées ou bien encore on suspend aux murs ou parois des objets bénits reçus les jours de fêtes (Rameaux, Saint-Jean, Samedi*Saint (où l'on renouvelle le feu sacré), Pâques etc.). Autrefois, on plaçait dans le même but un crâne de bœuf sous le faite du toit. A Staufen, en Argovie, on plantait une vieille faucille et une faux dans la paroi de l'étable afin de la défendre contre les sortilèges. Dans l'Appenzell on clouait des crapauds avec un clou de couvreur à la muraille de la maison. Dans la Suisse française, on suspendait à la porte des granges des éperviers, des aiRles, surtout des grands-ducs et des chouettes. Parmi les plantes, la joubarbe avait la propriété de préserver de tout malheur. Dans le Valais on place au-dessus de la porte d'entrée un bouquet de spirée des bois [Ai^ncu$ silvesterj que le prêtre a béni a la Saint-Jean (mois de Juin). A Isérables (Valais), au commencement du XIX* siècle, une porte d'écurie chargée de croix et d'autres signes fut traduite devant le tribunal et admise sans difQculté comme pièce probante. Pour écarter les sorts, on plaçait volontiers 8ou« le seuil, dans les chalets des Alpes vaudoises, une racine de «l'herbe à neuf chemises » (Ail victorial).

Vie publique, de société, villageoise. Tandis qu'en été les travaux agricoles absorbent toute l'activité du campagnard, que les jeunes gens ne s'amusent ensemble en plein air que pendant certaines belles soirées, les veillées d'hiver jouent un grand rôle dans la vie campagnarde

(Lichstubeten, z'Licht, z'Dorf, Spinnet, Hengert, Kilt, Kiltabend, etc.). Jadis les jeunes Ailes se réunissaient pour filer en commun. Mais la présence des jeunes gens développa peu à peu une vie de société intense avec jeux, danse, récits, plaisanteries de toute sorte. Il n'est pas rare que les jeunes hommes se réunissent d'abord oans un local spécial pour se présenter ensuite in corpore dans la chambre de veillée. Ils s'approchent en tapinois du lieu de réunion des jeunes filles et les taquinent en leur adressant des plaisanteries, en contrefaisant leurs voix jusqu'à ce que celles-ci les laissent entrer (« Einreden » dans la vallée de Couches, « Geitscben »dans le canton deLucemej. Le Kiltgang des amoureux est différent. (« Zu Kilt gehen », « Gadensteigen » « auf die Karess gehen » a Hengertgehen »). Cette curieuse coutume n'a pas lieu partout à la même êpooue de l'année. Le garçon (Kilter) se rend la nuit devant la chambre à coucher de la jeune fille ; il escalade un tas de bois, frappe à la fenêtre et demande à la bien-aimée de lui ouvrir II fait souvent sa demande en termes plaisants. Si le jeune homme lui plaft, la jeune fille ouvre et lui offre un verre de vin ou d'eau -de- vie ; c'est le début. Dans certaines contrées du Toogenbourg, par exemple, la jeune fille n'offre rien. Mais lorsque les relations sont déjà plus avancées, la jeune personne laisse entrer d'emblée le soupirant. Souvent le téte-à tête est troublé par les jeunes gens rôdant dans le voisinage (Nachtbuben),et, à la sortie, l'amoureux est malmené, surtout s'il vient d'un autre village. D'autre part, les jeunes filles sont exposées aux sentences de la justice populaire exercée par les jeunes gens : un homme de paille dressé près d'une maison condamne la conduite légère de la jeune personne qui l'habite, tandis qu'un petit sapin orné de rubans placé devant la fenêtre est un témoignase d'honneur pour celle qui en est l'objet. Dans la vallée ai*8 Ormonts (Vaud), pour dénoncer au public les relations illicites existant entre dfux personnes de l'endroit, on sème une traînée de sciure d'une maison à l'autre. Une coutume particulièrement intéressante dans les relations publiques entre jeunes gens et jeunes filles, c'est le « Maitlisonntaff» de quelques villages de l'Argovie. Le deuxième dimancne de 1 année, les jeunes filles invitent elles-mêmes à la danse les jeunes gens qui les ont invitées au Nouvel An, au Berchtoldstag (2 janvier) et le premier dimanche de l'année. Les rôles sont alors complètement intervertis : les jeunes filles vont chercher leurs cavaliers, leur offrent a boire et entonnent les chants. A minuit, les garçons doivent se retirer, tandis que les jeunes filles continuent la fête jusqu'à l'aube. En plus d'une contrée, par exem-

1>le dans les Grisons, le soin de former les couples pour a danse était remis au sort. Le cavalier désigne restait le protecteur de la jeune fille durant toute l'année.

La vie conjugale provoque souvent aussi des manifestations publiques. On suspend des bouquets de branches de sapin devant les maisons des maris menés par leur femme (Estavayer). Cette coutume existe égalemfut en Gruyère et probablemeut dans tout le cunton de Fribourg. Elle se pratique le matin de la Saint-Sébastien (20 janvier) parce que le nouveau marié est baptisé Bastian par la malice populaire. En beaucoup d'endroits on organise des charivaris quand des époux séparés se réconcilient ou lorsqu'une veuve se remarie. Les célibataires endurcis ont une punition spéciale : outre les supplices variés aue, d'après la croyance populaire, ils auront à subir dans 1 autre monde, les jeunes gens du village les font passer en 'ugement d'une façon humoristique ; ils sont bannis dans e a Giritzenmoos » (Argovie et Luceme.)

Ces arrêts de la justice populaire sont rendus par les garçons du village âgés de 16 à 18 ans et organisés en sociétés qui s'appellent : «Lediçe»,« Jeunesse», «Gioventù », « Knabengesellschaft », « Ledige Gesellschaft, GôttigettelUchaft », « Société des sarçons », « Abbaye de la Jeunesse », « Compagnia dils Mats, etc. » Ces sociétés ont des chefs reconnus. Chaque membre doit verser à son entrée et à sa sortie une certaine somme d'argent ou fournir une certaine quantité de vin. Ces groupes exercent une sorte de justice extra-légale, surtout en ce qui concerne les petites contraventions aux bonnes mœurs. Leur but principal est d'organiser les amusements de la jeunesse des deux sexes, fêtes, danses, etc.; ces sociétés sont particulièrement développées dans les

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cantons des Grisons et de Vaud ; autrefois elles étaient aussi nombreuses dans d'autres contrées fNeuchâtel). Il ne faut pas les confondre avec les «. Nacntbuben ». Ces dernières ne comprennent également que des célibataires âgés d'au moins 16 à 18 ans. Elles n'ont pas de véritable organisation ; leur activité consiste ordinairement, comme l'indique d'ailleurs leur nom (garçons de nuit), à faire des promenades nocturnes, à troubler les rendez- vous des amoureux et à commettre toute espèce d'espiègleries. Presque partout ces fnrces ont dégénéré en sottises, souvent de la dernière grossièreté.

Mentionnons aussi les combats que se livraient autrefois les jeunes gens de commune ou de quartier différents. Ces combats sont heureusement devenus plus rares de nos jours; ils ont d'ordinaire pour cause les plaisanteries et les sobriquets que Ton se renvoie de village à village.

D'autres manifestations ont un caractère plus paisible. Bans les Grisons s'organisent des parties de traîneaux qui réunissent des villages entiers. Dans ce même canton existent « les Maiensasspartien i», c'est-à-dire les promenades printanières aux mayens (Maiensâsse) ; ce sont des parties de plaisir qui réunissent aussi des sociétés plus ou moins nombreuses. Dans la Suisse orientale on célèbre le « Sauser-Sonntag » (dimanche du moût) en buvant le vin nouveau quand il a suffisamment fermenté.

A Sargans et dans les environs, a lieu au commencement de novembre le a Bettlauben ». Les habitants se rendent en masse dans la foret avec des paillasses afin de les remplir de feuilles pour l'hiver suivant. A Niederweningen (Zurich) la même coutume porte le nom de « Laubertag d. Dans la première moitié du XIX* siècle, les habitants d'Abtwil (Freiamt) avaient encore le « Tannzapfenbrennen ». Ils se rendaient par familles dans la forêt plusieurs jours de suite afin d'extraire la térébenthine des cônes de sapins. Parmi les coutumes analogues citons la cueillette des noisettes (Haselnusssuchen) faite aux environs du jour du Jeûne fédéral au Hôrnli lOberland zuricois) et autrefois à Chaumont, au-dessus de Neuchâtel, aux Prés Devant (Val-de-Ruz) ; la cueillette des fraises (Beerenlesen) opérée de même dans la vallée de la Tamina ; la chasse aux escargots ( Schneckenauflesete ) au Leberberg (Soleure), le transport du bois (Ziehen) par les jeunes gens de Sarnen, le tir aux poissons (Fischschiessen) à Weesen, la chasse aux canards sauvages (Tûchelja^dt) à Greifensee, etc. En hiver, dans la Suisse française ofi se réunit souvent en commun pour passer la veillée ou casser les noix. Tous ces travaux sont pratiqués en famille ou en société en général à un certain jour de l'année.

Coutumes judiciaires et administratives. Le «Frieden» du canton de Glaris est une coutume judiciaire particulièrement intéressante. Lorsque éclate une querelle ou une rixe, quiconque n'y est pas intéressé est tenu par son serment civique de chercher à séparer les combattants. Si le pacificateur est trop faible pour séparer les adversaires, il proclame la paix du pays (Landfrieden) ; les combattants sont alors obligés de se séparer. S'ils continuent à se battre après cette sommation, le pacificateur doit les dénoncer comme coupables d'avoir continué à se battre après la paix (ûber clen Fried hinaus geschlagen) et les adversaires sont condamnés à la grande amende du pays. (D'après Heer. Der kant. Glarus^ Saint- Gall, 1846, page 309). Dans la vallée supérieure de la Linth (Glans) il existait encore au milieu du XIX* siècle une coutume nommée « Loben ». En mai ou juin tous les citoyens des « Ta^wen » (commune territoriale) se réunissaient ; chacun était obligé de s'avancer à son tour devant le président et de déclarer sur son serment civique tout ce que, dans le courant de l'année, il avait commis de contraire aux lois. Chacun devait confirmer ses dires en serrant la main du président. (Heer, ouvrage cité, page 310).

Dans les Grisons, on réconcilie^ les adversaires en en- ^geant l'un des deux à boire à la santé de l'autre, bi le second répond à cette invitation en choquant son verre ou en buvant dans le verre qui lui a été offert, la

Saix est faite. Nous avons déjà constaté aue les sociétés e garçons constituent une sorte de cour (le justice populaire. Une institution de même nature est le uGassen-

gericht » d'Uri. Dans les cas urgents, on réunit à la hâte un tribunal formé des passants.

Signalons les « Tesslen » dans le Valais, le Tessin (Bosco) et les Grisons (dans l'Oberiand grisou « Stiaias »). Ce mot désigne des planchettes plus ou moins grandes, sur lesquelles sont gravées les diverses obligations des bourgeois de la commune, des ayants- droit aux alpages, etc., ou le rendement de divers produits. L<? nom des personnes est remplacé par un signe qui représente leur maison.

b) Passons aux coutumes relatives à certains événements familiaux ou aux fêtes.

a) Événements princijmttx de la vie humaine. Naissance. D'après l'ancienne légende enfantine en cours dans certaines piirties de la Suisse, les nouveau -nés ne sont pas apportés par la cigogne, mais on va les chercher sur une pierre, dans un tronc d'arbre creux, sur un glacier ou dans un ravin sauvage. Immédiatement après la naissance, le nouveau-né est déposé sur le sol, sous un banc, de peur qu'il ne succombe 80\is rtnfluence des mauvais esprits (canton d'Appenzell, d'après J. Merz). On plante souvent un arbre le jour de sa naissance et on considère le développement du végétal comme intimement lié à celui de l'enfant. Un certain intérêt s'attache aussi aux animaux qui sont nés le*même jour que I-enfant. A Schaffhouse, Zurich et Winterthour, la naissance d'un enfant était annoncée aux parents et amis par une servante coquettement vêtue, portant à la main le « Freudmaien », bouquet orné d'un ruban rouge si c'était un

f arçon et d'un blanc si c'était une fille. Dans la Basse- Ingadine, 3 ou 4 jours après la naissance de l'enfant, le père invite les connaissances à boire copieusement (bava relia).

Dans les contrées catholiques le baptême se fait si possible peu après la naissance de l'enoint pour le laver du pèche originel. Le nombre des .parrains et marraines varie; à la place du véritable parrain on peut avoir des remplaçants (Vizi, Trâmpel, Schlotter-Gôtti (Saint- Gall et Appenzell) et Gotte). A Amriswil on interrompait trois fois la sonnerie du baptême pour un garçon et deux fois pour une fille. Dans le canton de Zurich on baptisait d'abord les garçons puis les filles dont les parrains étaient encore célibataires. A Oberglatt on croit que si les garçons ne sont pas baptisés les premiers ils restent imberbes. La coutume de l'Eingebinde, très répandue dans la Suisse allemande, est très ancienne : on cacne une pièce d'argent dans la robe de baptême ou bien on l'enveloppe dans le certificat de baptême En beaucoup d'endroits on suspend des cadeaux au cou de l'enfant dont on célèbre la tête patronymique ou l'anniversaire de naissance.

Parmi les coutumes les plus intéressantes relatives au mariage^ nous citerons les suivantes : quand on va chercher la fiancée, celle-ci se cache (Poschiavo et Campagne saint-galloise), ou s'enfuit (Grisons), ou bien encore on présente d'abord à l'époux une fausse épouse, soit une fillette, soit une vieille femme (Birseck, Mûnsterthal (Grisons), Sobrio (Tessin). Dans la Haute-Thurçovie le père de l'épouse fait d'abord à l'époux des difficultés ou des obiections. A Monchaltorf le fiancé est debout sur Tarrière de la voiture de noce et jette de l'argent aux passants. Quand les convives sont assembles, on prend une collation (Morgensuppe). Le jour des noces un rôle important est joué parla femme jaune («Gelbe Frau » ou a Gàli») (cantons de Zurich, Luceme, autrefois aussià Bâle et en Ar^ovie) qui remplit les fonctions de maîtresse des cérémonies. Dans le canton de Lucerne, elle marche derrière l'épouse et porte dans une corbeille des mouchoirs de poche et des bouquets pour les invités. Après la bénédiction du mariage, elle coupe la petite couronne placée sur la tête du fiancé et lui donne un souffiet. Quand le cortège est rentré de l'église, elle brûle la teuroone ; suivant la rapidité avec laquelle le feu la consume, elle prédit aux époux bonheur ou malheur. Le soir, elle ferme la chambre nuptiale et la rouvre le lendemain matin. Ailleurs, cest le garçon d'honneur ou la demoiselle d'honneur qui remplit ces fonctions ; à Bâle c'est un personnage qui porte le titre de a Hofmeister ». L'ancienne toilette de mariée compn^nait le « Schâppeli » couronne d'épouse aux couleurs variées qui devait être le signe de la virffinité. Dans le Birseck, le mariage avait lieu à la porte de l'église. Au retour, on

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arrête encore souvent les mariés par une corde ou une chaîne tendue au travers de la route ; cet obstacle n'est enlevé par les jeunes gens que lorsque le nouvel époux leur a payé une somme d'argent. Dans le val de Bagnes (Valais) Tepouse est enlevée mystérieusement au sortir de l'église et le mari est obligé de la chercher. Nul ne doit lui venir en aide. A Fahy (Jura bernois; le domicile conjugal est fermé au retour de la noce puis est rouvert par une vieille femme à la suite de pressantes sommations. Dans le Mûnsterthal (Grisons), le père du marié lui refuse d'abord rentrée dans la maison. Aujourd'hui encore, dans le canton de Vaud, on jette à l'épouse des poignées de blé (très ancien symbole de fécondité). Pendant le repas de noces on cherchait à enlever un soulier à la mariée. Le mari devait ensuite le racheter (Birseck, Flurlin|[en. Saint-Gall, Haute-Thurgovie). Le prix de racliat était ou en commun. On cherchait même à enlever l'épouse (canton de Luceme, Basse-Engadine) ; si Ton y parvenait, la « femme jaune » devait la rechercher et la racheter. En beaucoup d'endroits, on danse après le repas. A Seon (Argovie), la danse est ouverte par les nouveaux mariés et close par les grands-parents ; dans le Freiamt ^Argovie) le premier garçon d'honneur exécute les trois premières danses avec la mariée; à Appenzeli la musique escortait les mariés jusque devant leur maison; si celle-ci se trouvait à la campagne, jusqu'à la sortie du village. Là les époux dansaient (ordinairement à minuit) le « Kehrab ». Dans certains villages du canton de Neuchâtel les mariés donnaient un foulard au pasteur ; le jour du mariage les gens de la noce jetaient aux enfents des dragées et des pièces de monnaie. Cet usage existe encore dans le canton de Vaud ; dans le Wiggerthal (canton de Luceme), on chante un chant religieux aux époux avant la nuit de noces fgoldîffe Nacht) ; dans rOberland grisou, la jeunesse leur fait un charivari lequel en la circonstance, est considéré comme un honneur. Le lendemain de la noce, la mariée recevait un cadeau de son époux (Morgengabe). A Zurich, les sens de la noce se donnent mutuellement des étrennes (Uerten), ou en reçoivent de connaissances non invitées à la noce. Le dimanche après le mariage, le nouveau couple parait à réglise e8coi*té par les invités (Flurlingen). Dans le canton de Saint-Gall, 8 jours après la noce, les célibataires sont hébergés par les nouveaux époux. Dans la vallée de Bagnes lorsqu'un enfant se plaît à racler le fond de la marmite, on dit qu'il pleurera le jour de son mariage.

Mort et funérailles. Dans le Prâtigau et l'Appenzell Rhodes-Interieures, le mort est étendu sur une planche. Il est veillé par les parents et les connaissances auxquels on donne à boire et à manger (Grisons, Glaris, Saint- (îall, Fribourg, autrefois Vaud et Neuchâtel) ; dans certaines localités montagnardes de ce dernier canton (La Brévine, par exemple), l'usage était de faire cadeau d'une pipe à chacun des veilleurs. La sonnerie des cloches annonce un décès ; c'est souvent une erande cloche pour un homme, une moyenne pour une femme et une petite pour un enfant. Un envoie un messager spécial, homme ou femme, annoncer le deuil aux connaissances et faire les invitations pour l'enterrement ; on appelle cette personne Leichenbitter ou Leichenbitterin dans les cantons allemands ; pleureuse dans le canton de Vaud ; citeur, dans le canton de Neuchâtel (jadis). L'enterrement lui-même se nomme Liich(t), Grebd, Grebnus, etc. La participation à l'enterrement et les condoléances sont bien différentes suivant les régions. Nous ne pouvons entrer dans tous les détails que comportent ces cérémonies. Des repas funèbres ont lieu soit avant soit après l'enterrement. Le cercueil est souvent encore porte jusqu'au cimetière; dans le Birseck, si la personne décéaée était une jeune personne, le cercueil était porté par des jeunes filles vêtues de blanc. Dans le val d Anuiviers et le val d'Hérens (Valais), lors de la mort d'une jeune fille, on lui met une couronne de fiancée sur la tête ; douze de ses compagnes, portant une couronne semblable et des vêtements clairs, raccompagnent au cimetière. Dans la Basse-Engadine, le cercueil d'une femme morte en couches était recouvert d'un drap blanc. Dans le canton de Thurgovie, le cercueil doit avoir été orné autrefois d'une sorte de couronne ; à Stammheim on ornait de même la

bière d'un petit enfant; un œuf doré — symbole de la résurrection — était fixé à la couronne. La composition des convois funèbres et l'ordre du cortège varient beaucoup selon les contrées ; dans le Prâtigau, le cercueil d'une célibataire est précédé de jeunes filles en tabliers blancs ; à Lausanne eX à Neuchâtel des « pleureurs >> et « pleureuses » figuraient encore dans le convoi funèbre vers le milieu du XIX* siècle. Presque partout on sonne les cloches à l'heure de l'enterrement, et l'on emploie des cloches différentes suivant l'âge ou le sexe du défunt. Dans la Basse-Engadine, le dimanche après l'enterrement, tous les habitants de la commune vont à l'église vêtus de noir. Dans quelques localités des montagnes neuchâteloises, les « fossoyeurs », choisis parmi les amis du défunt, s'occupent de tous les détails des funérailles, sauf de la mise en terre. A Soleure, Lucerne, Argovie et dans la Suisse primitive une « prieuse » (Grabbeterin ou Dreissigstbeterin) se rend chaque soir à l'église avec un cierge et prie pour le salut de l'âme du défunt, pendant les trente jours qui suivent l'inhumation. Dans le Werdenberg (Saint-Gall) on jetait sur la tombe, plusieurs dimanches après l'ensevelissement, de la poussière de charbon, des déchets de forge et de la limaille de fer. Les planches mortuaires ( Totenbretter ou Beebretter), dont l'origine est probablement autrichienne, ne se rencontrent que dans les régions catholiques du N.-E. de la Suisse ; après la mort, le défunt est placé sur une planche brute

aui est ensuite découpée en forme de cercueil, ornée 'inscriptions ou d'une croix, et fixée devant la maison. A Sion, lorsqu'une personne est dangereusement malade, on fait dire pour elle une messe dite de charité. Cette messe ne coûte qu'un franc. Pour trouver cette faible somme, on fait une collecte dans tous les ménages, sans exception de condition, de rang ou de fortune. Aucun ménage ne doit donner plus de deux centimes.

La construction des maisons donne aussi lieu à des coutumes populaires. Quand la charpente de la maison est édifiée, on place sur le toit un petit sapin orné de rubans, et l'on offre aux ouvriers une petite fête; dans la Suisse romande cette cérémonie s'appelle la lève (Vaud) ou la levure (Neuchâtel) ; dans le canton de Lucerne, cet événement est célébré par une messe (Aufrichtmesse), à laquelle prennent part les ouvriers qui ont, ainsi que les voisins, contribué à l'érection de la maison ; dans la fête qui suit, le contre-maître fait l'éloge du patron. La « Uausrâuki » ou \\ Einstand » est un repas d'inauguration offert par le propriétaire de la maison à ses voisins et à ses amis. Quelques villages montagnards du Prâtigau ont encore une curieuse coutume : W Ëhrentagwen » ou « Frohnen » ; tous les gens de l'endroit aident gratuitement au propriétaire, lequel, une fois la construction terminée, offre en retour un repas (Firstwein) à tous ceux qui lui ont prêté leur concours.

p) Parmi les coutumes relatives aux professions ^ mentionnons d'abord celles des pâtres des Alpes. On connaît partout le cortège du départ pour l'alpe fAlpfahrt). En tête marchent d'ordinaire le fromager haoillé du dimanche et, la maîtresse vache (Meisterkuh ou Ueerkuh) qui porte entre ses corner le tabouret à un pied dont le vacher se sert pour traire ; puis viennent les autres vaches et le personnel de l'alpage dans un ordre déterminé. Les plus belles vaches sont souvent couronnées. Une autre coutume tout aussi connue, c'est celle du « Betruf», (appel à la prière), que les pâtres chantent le soir au crépuscule à travers l'entonnoir à lait ; cette coutume est encore aujourd'hui en usage dans les alpages du Pilate, de Sar^ans, de Gross Isenthal, de l'Oowald, d'Ulrichen, de 1 Urnerboden, de Zoug, de Couches ainsi que dans la Suisse romande et romanche. Le plus beau et le plus ancien de ces appels est celui de Sargans. Dans plusieurs contrées du Valais règne une curieuse coutume, les combats de vaches de la race d'Hérens, plus ou moins pure suivant les localités. De nos jours, les inalpages ou vêtis (d'investir), de Thyon au-dessus des Mayens de Sion, du Larzey (Sembrancher), de l'Arpille et d'un ou deux autres alpages sont les plus courus par les amateurs de ce genre de sport et par les touristes, parce que deux ou trois riches propriétaires de Sion et de Martigny y mesurent des bêtes pour l'acquisition desquelles ils ont couru les étables de différentes vallées, dépendant la vache

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nouvelle venue sur un alpage est ordinairement dans une condition d'infériorité ; on la soupçonne hésitante, timide, ou inquiète. Les parieurs tiennent compte du fait qu'elle n'est pas « coutumière v. L'élevage des « reines y» n'est

au'une coûteuse gloriole de certains paysans c^ui s'accorent ce luxe dans l'unique désir de satisfaire a leur ambition, car naturellement la gloire de la vache rayonne sur rétable et la maison de son maître. Souvent il lui doit d'être porté au Conseil de sa commune et quelquefois à la députation cantonale. Il est cependant des endroits où 1 ambition d'acquérir des reines n'existe plus guère. Cela n'empêche puint les \aches de se mesurer entre elles et, parfois, celui qui s'y attend le moins peut être l'heureux possesseur d une reine. Il est curieux de constater que les vaches d'une même écurie ne se battent jamais entre elles ; c'est pourquoi les bergers mêlent les troupeaux. C'est vers la Saint-Pierre (29 juin) qu'ont lieu les combats de vaches. Quant à la « reine du lait », son propriétaire seul en fait quelque cas et en tire la satisfaction d'avoir la plus haute^ comme on la désigne à Bagnes. Au reste, il arrive parfois qu'une héroïne du combat est en même temps la plus haute. Il faut mentionner aussi les « Remue-ménage » ou déménagements caractéristiques des mœurs des Ormonands Vaudi, des Anniviards et de certains habitants du val d'Hérens. Aux Ormonts on passe avec armes et bagages d'une maison à l'autre, en cortèges pittoresques (le père avec la hotte, tenant à la main le cheval tirant la luge, puis le bétail gros et petit, les enfants et la mère), longues théories qui circulent toute l'année d'une partie de la vallée à d'autres. Aux Anniviers, les ^ens du pays déménagent de leur chalet dans les hauts pâturages, puis dans les villages de la plaine à l'époque des travaux cfe la vigne, pour remonter chez eux en avril (voir Anmvikrs, Val des). Dans le val d'Anniviers, on offre au curé de Vissoye, qui a béni les pâturages, le produit du lait du troisième jour d'estivage. Le fromager chef en fait un fromage qu'il apporte à vissoye le dimanche précédant la Saint-Barthélémy (24 août). Les pâtres des 2d alpages de la vallée défilent en un lon^ cortège devant l'autel, chacun portant un fromage, celui qui a le plus gros est en tête ; ils font bénir leurs produits par le curé. En maint endroit, le produit d'une journée d'estivage est consacré aux pauvres. La fête principale des Alpes, c'est l'tf iEplerkiloene » (Alpstubeten, Bergdorfet) (Kermesse des pâtres), qui est célébrée tantôt sur la montagne pendant la saison d'été et consiste alors surtout en jeux de lutte, tantôt au village, après le retour de l'alpage, comme à Schwyz, Sarnen. Stans ; c'est l'occasion de grandes réjouissances, avec représentations, jeux, luttes et danses. Dans les Alpes vaudoises existe la fête dite de la Mi-Eté qui a lieu un des deux premiers dimanches d'août ; ce jour-là on pèse le lait de chaque traite et on évalue ainsi la traite de chaque vache, c'està-dire la quantité de lait qu'elle est censée donner pendant l'été. Jusqu'en ces dernières années, il se faisait volontiers des distributions de crème, ainsi à la Berneuse (Leysin), à Perche (Ormont-dessus), etc. Les principales Mi-Eté sont celles de Taveyannaz, qui attirent jusqu'à un millier d'étrangers, d'Anzeindaz, deChavonne, d'Aï (Berneuse) et de TAllIaz ; on s'y rend en foule, on y danse, on y écoute une prédication en plein air par le pasteur de la paroisse et on s'y livre volontiers à des libations regretta oies.

11 existe aussi des coutumes agricoles^ surtout à l'époaue de la moisson. Quand on moissonne le blé, on laisse dans un champ une touffe d'épis debout jusqu'à la fin de la moisson (Gluckshàmpfeli, Glûcksgarbe) ; on la coupe ensuite solennellement, après avoir invoqué la Trinité. Ces épis doivent protéger la maison contre tout malheur. La semence est mise en terre au nom de la sainte Trinité ; la moisson ne commence (qu'après une invocation p euse (Que Dieu intervienne! Dieu veuille que cela réussisse!), (Walt Gott, well Gott, dass es wohl aus-

f^ebe) Zurich). L'habitude de terminer la moisson et e battage des blés par une fête est très répandue (Sec^essen-IIenki, Sichel-Lbseie, Flegel-Henki, Rechen- Lôse, Schnitter-Sonntag, Kràh-Hahnen, Ressat); d'ordinaire les paysans offrent à leurs ouvriers un repas aucfuel viennent s'ajouter des réjouissances plus ou moins importantes suivant les régions.

Les fêtes des corps de métier et des corporations étaient et sont encore plus pittoresques. La fête des vignerons de Vevey, qui était à l'origine un modeste cortàge de « l'Abbaye des Vignerons », a pris de nos fours des proportions gigantesoues. Citons aussi les « Kûfertànte», jolies danses exécutées jadis par les tonneliers, à Bâle, Berne et Genève ; les cortèges des bouchers, surtout à Berne et à Zurich, ainsi ^ue les cortèges d'autres corporations. A l'origine ces manifestations se rattachaient certainement à des actes du culte ; la chose est manifeste au cortège des bouchers, où Ton promène le bœuf décoré pour le sacrifice. Les cortèges-revues du moyen âge ont sans doute puissamment contribué au maintien et à l'organisation de ces cortèges de corps de métiers.

Parmi les fêtes militaires ^ mentionnons « T^pfelhauet >. de Bâie. C'est un Jeu de cavaliers organisé par les sociétés de cavalerie de Baie ; une pomme suspendue à une perche doit être coupée horizontalement par le sabre des cavaliers qui défilent tour à tour.

La « Keckerkilbe » de Gersau est particulièrement célèbre ; son origine remonte au moyen âge. Le dimanche après l'Ascension une foule de mendiants accouraient de tous cotés dans cette localité pour y célébrer une joyeuse fête. Le matin, après l'office divin, tous les participants parcouraient le village en haillons, sous la surveillance du bailli des mendiants et allaient quérir des aumônes ; l'après-midi, ils apparaissaient proprement vêtus sur la place de fête pour y manger et boire au milieu d'une grande animation. Le jour suivant, il y avait foire et danse ; les affaires marchaient bien, car les mendiants étaient toujours de bons payeurs. Cette fâte fut interdite par la police aux environs de 1830. Encore au commencement du XIX* siècle, les mendiants se rassemblaient aussi à Hérisau, dans la première semaine de l'année.

7) Comme fêtes de caractère plus général, nous avons, d'une part, les fêtes historiques et politiques, journées commémorativesf fêtes de liberté, jubilés ; d'autre part, les fêtes de tir, de chant, de gymnastique, de lutte, ainsi

3ue les fêtes de jeunesse et les fêtes scolaires. Certaines 'entre elles ont une origine vraiment populaire ; mais aujourd'hui l'organisation en est remise a des comités spéciaux, aussi n'ont-elles plus leur originalité primitive. Les fêtes historiques se divisent en deux groupes : celles qui reviennent périodiquement à intervalles assez courts, et celles qui ne se célèbrent qu'une fois ou à de très grands intervalles. Au premier eroupe se rattachent les fêtes commémoratives des batailles de Sempach, Nàfels, Stoss, Morgarten, Saint-Jacques sur la Birse, Domach, le pèlerinage à la chapelle de Tell, la fête de l'Escalade, et celle du 31 décembre en souvenir de la restauration de la république genevoise, 1813, et la fête de la Républi-

2ue. le l«r mars, à Neuchâtel. Les fêtes de Sempach, e Nàfels, de Morgarten et de la Tellsplatte remontent au XIV* siècle, celle du Stoss au aV«, celle de Domach au commencement du XVI«, celle de l'Escalade au commencement du XVI I«, tandis que celles de Saint- Jacques (depuis 1SB9) et du i**^ mars dans le canton de Neuchâtel (1859) sont de date récente. Ajoutons encore celle de ia fondation de la Confédération qui se célèbre le l'i août de chaque année depuisl891, par des sonneries de cloches et des feux de joie sur les hauteurs. Aux banquets et dîners d'Escalade, l'usage est de casser ^u dessert une marmite en nougat pleine de confiserie, imitant des légumes et des viandes, en souvenir de la marmite de la mère Royaume. Les fêtes non périodiques, sont par exemple les fêtes commémoratives (cinquantenaire ou centenaire) de l'entrée des cantons dans la Confédération, celle de la bataille de Morat (1876), de la Diète de Stans (1881), de la construction du Munot à Schaffhouse (1864), de la réunion du Grand-Bâle et du Petit- Bâle (1892), etc.

Les tirs cantonaux et fédéraux sont issus des tirs locaux et régionaux dont l'origine remonte au moyen âge. Les fêtes ae lutte ont eu aussi des commencements très modestes, tandis que les grandes fêtes de chant et de gymruistique ne datent que du XIX« siècle. Les fêtes de jeunesse, organisées par des quartiers ou par des communes entières, sont aussi modernes.

$) Les coutumes et fêtes politiques sont bien plus inté-

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ressaDtes et beaucoup plus anciennes. Nous trouvons d'abord les revues et cortèges en armes ^ui prirent de bonne heure un caractère de fête. Parmi les plus anciennes cérémonies de ce genre, mentionnons le cortège des lansquenets lucemois (Luzerner Landsknechtenumzug), ou « cortège en cuirasses »(Umzug im Hamisch) qui était célébré au printemps, du XV* au XVIII* siècle. Le cortège des Armourins, de Neuchâtel, est aussi un reste de ces anciennes revues ; il devait avoir lieu jadis à chaque foire principale ; plus tard, il n'eut lieu que la veille de la foire d'automne, le premier mercredi de novembre; la troupe devait monter la garde le jour de la foire et la nuit suivante. Nous rangeons aussi parmi les coutumes politiques les landsaemeindes et les fêtes dont elles sont l'occasion. Les landsaemeindes; telles qu'elles subsistent encore aujourd'hui dans les cantons d'Appenzell (Rh.-Int. et Ezt.), Glaris, Nidwald, Obwald et Uri, ont lieu en plein air, a la fin d'avril ou au commencement de mai ; elles sont ouvertes solennellement et elles procèdent à l'élection et à la nomination de certains fonctionnaires qui approuvent les comptes de l'État et adoptent les lois. (Pour l'origine, la marche et Torganisation des landsgemeindes, voir H. Ryifel, Die schu^zeruchen Landsgenieitiden, Zurich, 1903, et Rambert. Les Lcouisgerneindes de la Suisse,) Les anciennes diètes (Besatzungen) des ligues grisonnes peuvent aussi être appelées landsgemeindes, entant Qu'elles procédaient à la nomination du gouvernement et des tribunaux de la liffue autrefois souveraine ; mais elles pouvaient aussi se reunir simplement pour l'entrée en fonction et l'assermentation des autorités de districts au préalable nommées directement par une consultation du peuple ou indirectement par un collège d'électeurs. De tout temps les diètes grisonnes ont été de vraies fêtes populaires. Il en est de même des assemblées valaisannes, ou Ton procédait a la nomination des bannerets ou d'autres fonctionnaires. La forme la plus simple de la fête populaire est le repas ou le verre de vin que l'élu offre à ses électeurs. Les fêtes et coutumes relatives à la prestation du serment au représentant de l'autorité sont en relation étroite avec celles dont nous venons de parler. Ainsi le « Schwôrtag 9 de l'Entlebuch, qui avait lieu tous les deux ans à Schûpfheim ; il consistait en un grand cortège organisé à l'occasion de la nomination d'un nouveau bailli. Un concours de course pour les jeunes filles complétait la fête. Citons aussi, dans le même ordre de faits, le beau cortège des jeunes gens de Berne a l'occasion de l'entrée en fonction des magistrats. On l'appelait le cortège de la jeunesse de la classe extérieure (iEusseren Standes, par opposition à l'Innere Stand, le véritable gouvernement), et le a Pannertag n célébré autrefois à Glaris quand on remettait la bannière au nouveau banneret. Le « Schwôrsonntag » du Vieux Zurich était le dimanche qui suivait le « lleistertag », c'est-à-dire le jour où l'on avait nommé les chefs des corporations. Le samedi précédant le Schwôrsonntag on nommait un des bourgmestres ainsi que les fonctionnaires inférieurs du Conseil. Le dimanche, le nouveau bourgmestre, les conseils, les chefs des corporations et tous les bourgeois réunis dans la cathédrale prêtaient les uns le serment de leur charge, les autres celui de bourgeois. Le Schwôrtag de Winterthour comprenait une solennité religieuse et un banquet de la bourgeoisie ; à partir de 1712, il v eut une distribution de pain et de vin aux bourgeois. A Weinfeiden, l'installation d'un nouveau bailli était accompagnée d'une foule de coutumes populaires ; cette cérémonie ne se bornait pas à un cortège et à une réception ; on célébrait encore une fête des fous (Narrenfest), où figuraient un roi des fous, un parlement des fous et un tribunal comique. A Baden, le nouveau bailli était accueilli par de grandes fêtes. En réponse à ces actes d'hommage et aux présents qui leur étaient offerts, en beaucoup d'endroits, les autorités devaient offrir au peuple des oanqueta ; les baillis de Klingnau et de Wangen sur l'Aar, par exemple, devaient offrir le « Groppenmahl »; à Illnau, on offrait le « Krautmahl » à ceux qui apportaient la dîme ; dans l'Oberland bernois, c'était le Kàsmahl, lors du paiement de l'impôt sur le fromage ; on avait de même les « Hiihnermâhler » à Lucerne, Winterthour, Wiler (canton de Berne), Kriegstetten (canton de Soleure) et Berthoud (canton de Berne).

Souvent aussi on banquetait lors de la reddition des comptes de sociétés ou de corporations, ou dans d'autres circonstances encore ; ainsi au Petit-Huningue on eut le « Wuhr Mahl », après l'inspection des travaux d'endi-

Î^uement de la Wiese, et à Weiningen le « Wisungsmahl », ors de la promulgation annuelle (droit coutumier du village).

A Sion, les membres des administrations municipale et bourgeoisiale se réunissent une fois l'an pour prendre part à un dîner dont les frais sont supportés par les revenus d'une fondation spéciale et dont le menu invariable est composé comme suit : potage, bœuf bouilli, garnitures, pièce de salé (^bœuf), pommes de terre, jambon salé, choux, cuissot de veau, salade municipale et bourgeoisiale, crèmes, gaufres, vin : humagne de l'hôpital, liqueur verte de l'hôpital.

Les processions nommées Flur ou Grenzumgànge (tour des limites), aussi « Bannrite » ou « Banntage », sont d'importantes solennités d'origine ancienne. Elles n'avaient, à l'origine, probablement pas pour but la fixation à nouveau des limites communales, mais la bénédiction des champs en souvenir des Rogations. La procession du iour de l'Ascension (Auffahrts-Umritt) à Beromûnster (Lucerne) est particulièrement grandiose. En tête marche l'huissier du chapitre avec la crosse de Saint Michel | il est suivi d'un bedeau qui porte le crucifix ; vient ensuite une musique à cheval ; au milieu du cortège se trouve le Saint-Sacrement porté par un prêtre a cheval, entouré d'autres prêtres aussi a cheval ; derrière eux défilent les supérieurs du chapitre en manteaux noirs, puis des dragons suivis des habitants de la localité et des environs qui possèdent des chevaux ; enfin, pour clore la procession, des centaines d'hommes et de remmes. Le cortège s'arrête sur une hauteur d'où l'on jouit d'une vue étendue, et l'aumônier fait une prédication. En cet endroit, on procède aussi à la lecture de la première des quatre péricopes bibliques ; elles sont lues aux quatre endroits où s'arrête le cortège. Puis la masse des cavaliers et des pèlerins se remet en marche. A Hasenhausen, le propriétaire du domaine apporte une couronne pour décorer l'ostensoir ; à Saffenthal, chaque cavalier reçoit une beurrée. Le culte principal a lieu à Rickenbach, où dans la cure on sert à manger et à boire aux cavaliers. Le cortèffe grossit à mesure qu'il avance. Après 8 heures de marche, l'on atteint enfin Beromûnster décoré pour la circonstance ; c'est là ({ue s'accomplit l'acte final consistant en une bénédiction solennelle, une procession autour de l'église collégiale et un repas auquel prennent part tous les participants officiels à la cérémonie. La fête d'inspection du territoire communal est tout à fait laïque dans le canton de Bâle-Campagne. A Liestal, par exemple, quatre colonnes de citoyens se rendent des quatre coins de la ville dans quatre directions différentes sans sortir du ressort communal dont chaque troupe doit parcourir un quart ; un fonctionnaire est chargé de noter chaque borne dans un carnet. La colonne marche tantôt au pas normal, tantôt au pas de gymnastique, au bruit des tambours et des coups de pistolet. Entre temps, on boit ferme. Autrefois, les gens sortaient tout armes. Un cortège à cheval se déroule entre Muttenz et Mônchenstein. Des cortèges analogues ont lieu à Fribourg, Fischingen, Frenkendorf, Stadel (Zurich), ainsi que dans les cantons de Lucerne et de Schaffhouse.

£) Parmi les coutumes religieuses populaires, parfois indépendantes de toute époque déterminée, citons les pèlerinages aux lieux saints avec leurs manifestations variées de la foi populaire. Mentionnons aussi les processions qui, dans les campagnes, ont surtout pour but de conjurer les éléments, parfois aussi de chasser la vermine, ainsi que la sonnerie des cloches pour éloigner les orales menaçants (jadis, pour éloigner la grêle amenée par les sorcières).

Ç) Coutumes et fêtes de sociétés^ de confréries, etc. Il y avait et il y a encore en Suisse un certain nombre de sociétés populaires dont le but semble être l'organisation de fêtes de tout genre. A Schwyz, par exemple, il existe une société dramatique des Japonais (Japanesen) qui doit son origine à l'envoi d'une ambassade fédérale au Japon et dont on s'était beaucoup moqué. Au carnaval de 1863, la société en fit l'objet d'une représentation satirique.

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A Vevey, il y avait les Nègres blancs, constitués en 1861, et qui exécutent leurs danses originales sur la principale place de la ville. Nous rangeons encore sous le même titre les sociétés de fous. Il en existait, par exemple, à Villeneuve (Société des Gueux), à Berne (Narrenzunft), à Aarau (Narrengesellschaft). Ces sociétés ont donné naissance au roi des fous ( Narrenkônig ou Narrenammann ) du Valais et de Luceme, ainsi au'à la justice des fous (Narrengemeinde) de rAppenzeli et au parlement des fous (Narrenparlament) de Weinfelden. Elles déploient surtout leur activité au carnaval ; leur but est le divertissement qui consiste principalement à persifler les personnes et les événements marquants. Les confréries (Bruderschaften) qui furent créées par centaines au moyen âge et à Tépoque qui suivit, ont quelquefois aussi un caractère populaire. La Sebastiansbruderschaft de Rheinfelden, qui doit son origine à une épidémie de peste, exécute chaque année, la veille de Noël et du jour de TAn, un chant de Noël ou de Nouvel An, à 9 h. du soir, devant les sept principales fontaines de la ville. — Il y a en Suisse de nombreuses sociétés de tir ; certaines d'entre elles sont anciennes et ont des coutumes vraiment populaires : par exemple la Société des Mousquetaires de Buttes (Neuchâtel), TAbbaye des Mousquetaires de Cossonay, les Écharpes blanches de Montreux, les Bastians à £stavayer, la Sebastiansbruderschaft de Zolin^e et beaucoup d'autres encore. II ne nous appartient pas de faire ici l'historique du tir en Suisse; nous ne mentionnerons que certaines fêtes caractéristiques, telles que le tir des garçons à Zurich, Thoune, Zoug, Saint-Gall et Claris, le tir des femmes ( Weiberschiessen), de l'Emmenthal, où chaque tireur doit paraître avec une compagne ; les prix sont fournis par les femmes, qui ne tirent pas elles-mêmes, comme on le croit souvent; une danse termine la fête. Citons enfin les Tirs du papegay autrefois si chers aux Vaudois mais maintenant disparus.

c) Après les coutumes et fêtes qui ne se rattachent pas à une date du calendrier, voyons maintenant celles qui sont en relation avec des époques ou des jours fixes.

La Saint-Martin fli nover^Lre), qui était autrefois le commencement de I année dans les pays germains, est un terme important, le terme du loyer dans le Valais et dans les Montagnes neuchâteloises et un jour de présages pour le temps (Lostag). En beaucoup d'endroits elle marque la fin de Vannée agricole et celle du fermage. A Soleure, ce iour-là on distriouait au peuple des petits pains faits avec le produit de la dîme, cela soi-d*8ant en souvenir de l'échec du complot ourdi par les Kibourg contre la ville (Mordnacht). Le second mardi après la Saint-Martin, les Glaronnais ont leur foire de la Saint-Martin. A Sursee, on décroche l'oie de la Saint-Martm : une oie est suspendue à une corde tendue d'une maison à l'autre sur la place publique. Celui qui veut Tobtenir doit, en ayant les yeux bandés, couper avec un sabre la corde au bout de laquelle pend la volaille (d'après Lûtolf ). Ce jour-là, le couvent ae Disentis offre un repas aux notabilités de Tavetsch.

La Saint-André (30 novembre) est encore un terme et un jour de présages (Lostag). On y procède à certaines opérations dont on tire des prévisions de mariages. A Horgen, par exemple, la jeune fille (^ui veut voir saint André doit brosser la chambre à minuit toute nue et sortir les ordures à reculons. Le saint lui apparaît alors et lui prédit son avenir.

La Saint-Éloi, i*' décembre, la Société industrielle des arts et métiers de Sion, célèbre par un banquet, précédé d'une messe, la fête de son patron; les autorités de la ville et du canton sont représentées à ce banquet.

A la Saint-Nicolas (6 décembre) en bien des localités on voit des gens masqués défiler dans les rues * ils portent le costume du saint évéque ou du bonhomme hiver. Nous y reviendrons plus tard. Dans beaucoup d'endroits il y a foire ce jour-là ; on y achète pour les enfants des cadeaux (^ui sont distribués le jour même. A Linthal, la distribution de ces présents se nomme « Samiklausjagen ».

Les coutumes de l'Avent, de Noël et du Nouvel An sont compliquées non seulement à cause des changements chronologiques provoqués par les modifications du calendrier, mais aussi parce qu'elles sont mélangées d'élé-

ments divers, d'origine germanique, romaine et dirétienne.

Le 25 décembre ne fut fixé par le pape Libérius comme jour de naissance de Jésus-Christ qu'en 354 ; il le fit probablement parce que ce jour était considéré chez les Romains comme le jour de naissance du soleil (solstice d'hiver), et que c'est à peu près à cette époque que tombaient deux grandes fêtes populaires romaines, les Saturnales et les Calendes de janvier, qu'on voulait transformer en fêtes chrétiennes. Entre le 25 décembre et le 6 janvier s'écoulent douze jours (die Zwôlften que le Syrien Ephraim indiquait déjà au IV* siècle comme jours saints, et qui jouent un grand rôle dans la vie et les croyances populaires. Au Ia* siècle, l'Église plaça le commencement de l'année au 25 décembre. En certaines contrées, ce jour fut maintenu jusqu'au XVII« siècle comme date du commencement de 1 année. L'introduction du calendrier grégorien acheva de compliquer les choses. C'est pourquoi nous devons réunir ici des coutumes et des idées superstitieuses relatives à cette époque de l'année et qui tombent sur des jours différents suivant les contrées.

Une croyance très répandue, c'est que pendant ces douze jours les démons et les âmes des trépassés reviennent sur la terre. C'est pourquoi au Tessîn et dans l'Appenzell-Intérieur on brûle de l'encens dans les maisons, afin de chasser les démons et les sorcières ; c'est aussi pourquoi à Tannen, dans l'Emmenthal, le jour de Sylvestre (ancien style) on place toujours sur la table du pain et un couteau comme offrande aux esprits de la maison. Un démon particulièrement méchant, c'est la « Stràggele » ou « Grâggele ». Elle apparaît pendant la a Stràggele-Nacht » (mercredi du jeûne des Quatre- Temps) et punit les servantes paresseuses (canton de Lucerne) ou emporte les méchants enfants (cantons de Lucerne et de Zoug]. C'est un des personnages principaux de la chasse fantastique (Wilde Jagd) ; il apparaît souvent en compagnie du « Tûrst », le sauvage chasseur. Le « Strâggelejagen » est un cortège composé de jeunes gens qui traversent les rues en poussant des cris et foisant du vacarme (Freiamt argovien, cantons de Luceme etde Zurich). Il tombe sur différents jours de décembre. Une autre figure démoniaque c'est la cellérière, « PfafTenkellerin », (cellérière du curé) à Uri la a Grosskellerin » (grande cellérière), à Mels la « Pfaffenkôchin » (cuisinière du curé). On entend ses cris lugubres dans le « PfafTenkellergraben ». Elle arrive avec chevaux et voiture (Ennetmoos), et descend impétueusement sur un ruisseau à travers les vallées (Altdorf), entraîne avec elle de jeunes fantômes, court sur la crête des monts et provoque le mauvais temps. Les gens qui, à son passage, ne rentrent pas dans la maison tombent malades (Gurtnellen). Elle apparaît souvent sous la forme d'un chien dans les nuits d orage (canton de Schwyz). Elle prend part aussi a la grande chasse avec des yeux ardents et une fourrure épaisse (canton de Lucerne). La « Klungerin » (Chlungere, Chlungeli, Chlunglere, Chrungele, Frau Chunkle) est aussi un démon de méchante nature ; elle a une bosse sur la poitrine et sur le dos, un nez crochu et des ongles en forme de griffes. Elle apparaît dans les derniers jours de Tannée et punit les fileuses paresseuses. La « Chlungeli-Nacht », au canton de Zurich, est un cortège bruyant organisé en décembre où l'on se livre à toutes sortes de désordres et où l'on tourmente les fileuses. La croyance populaire bernoise croit à la «Frau Faste», personnification du jeûne des Quatre-Temps ; à Schwyz la « Fraufaste- Mûeterli » a les mêmes attributs que la Klungerin ; la « Frau Zàlti » (canton de Schwyz) ou « Selten » (Uri) est un personnage analogue. Par contre le « Posterli » n'est

{)as une figure légendaire, mais un mannequin revêtant a forme d'une sorcière, d'une chèvre ou d'un âne, figurant dans la « Posterlijagd » laquelle avait lieu dans l'Entlebuch le jeudi avant les Quatre-Temps et l'Avent et se célébrait par un bruyant cortège. A Brunnen (Schwyz) on croyait à deux fées des bois, la « Strudeli » et la « Sràtteli », et l'on tège bruyant

faisait peu de bruit, il y avait aans l'année peu Parmi les démons féminins, citons encore la « Hakennase» du canton de Zurich, la a Hakerin ift de Richterswil,

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la * Hàkele » du canton de Luceme et du Freiamt, la « Schnabelffeiss » du district de Knonau, la « Hechelgauggelé B de Baie, la « Chauche-Vieille » du canton de Vaud. Ce sont tantôt des démons, tantôt de simples épouvanta ils ou des personnages de mascarades; la «Dame de Noël » du canton de Neuchâtel est plutôt une bonne fée. Des démons masculins sont le Manau (Neuchâtel), le « Tùrst N (Soleure, Berne, Luceme), qui se présente tantôt sous les traits du chasseur sauvage, tantôt sous la forme d*un sanglier et qui dévore les enfants qu'il peut attraper sur son passage; VIsen-Grind du Freiamt arfj:ovieD, de Hausen et Horgen (Zurich), qu'on se représente avec des yeux de feu, des cornes, erre autour des habitations pendant les 12 jours qui s'écoulent entre Noël et le 6 janvier en faisant du vacarme pendant la nuit (Isenfi^ind-Nacht). Dans le cortège des Trois- Rois du Hinterland lucernois le « Glungel » est une figure masquée avec une tète de taureau et armée d'un fouet. Le • Schmutzli » apparaît le plus souvent comme le méchant compagnon de saint Nicolas ou de l'Enfant de Noël (Soleure, Luceme, Bâle-Campagne, Saint-Gall). Il est marqué de noir, porte un sac et une verge et emmène les méchants enfants. En revanche, saint Nicolas (Samichlaus) réunit en sa personne les traits effrayants du démon de l'hiver et ceux du bon saint qui aime les enfants. La conception démoniaque est la plus ancienne, ce que prouve la coutume du « KlausjageA, Klaushomen, Klausscnrecken », cortège bruyant par lequel on cherche à éloigner le démon hivernal. A la même catéiiorie appartiennent le « Glockenschellenmann » de Kaiserstuhl, r« iEti-Ruedi » de Zurzach, le « He^el » de Klingnau, le » Heini von Uri » de Sursee, le « Fritschi » de Luceme, etc., qui fijj^urent surtout comme épouvantails dans les jours cie décembre et dans les mascarades de carnaval.

Parmi les cortèges bruyants destinés à chasser le démon de l'hiver, nous devons encore citer la «Grâuflete» du Muotathal (aux Trois-Rois), I'h Abetringele » de Laupen, le soir de Sylvestre, le « Nûni-Klinglen « de Bâle-Campa- Kne, « la veille de Noël », W Altjahrabendschellen » de Wartau, la « Mantineda » de TEngadine le 2 janvier, le << Trichelen » de la vallée du Hasli, à Noël, la « Chiallanda Marx » des Grisons, le !•>' mars on fait un cortège au Tessin, le jour des Trois-Rois, le « Bochseln » et les « Bochselnâchte » des cantons d'Argovie, Thurgovie et Zurich, célébrées le plus souvent en décembre. Il n'y a que peu de démons vraiment bons à opposer aux méchants ou à ceux qui sont à moitié bons, a moitié méchants.

Nous ne pourrions nommer, sous ce rapport, que le « bon entant de Noël et du Nouvel An », que 1 on prend souvent par erreur pour l'enfant Jésus, mais qui doit plutôt representer la nouvelle année, le renouveau de la nature.

Plus paisibles d'ordinaire que les cortèges bruyants sont les cortèges d'enfants qui mendient ; ils ont lieu entre la Saint-Martin et la Mi-caréme ; les enfants chantent des requêtes et les dons qu'ils reçoivent (saucisses, fruits, œufs, argent) sont ensuite mangés ou distribués en commun. Les chanteurs de Noël et des Trois- Mois (ce dernier jour, ils portent souvent un transparent mobile en forme d'étoile), qui se produisent entre Noël et le jour des Rois, ne sont probablement q^u'une forme modifiée, avec une nuance religieuse, des cortèges d'enfants mendiants. Pour ces cortèges les enfants arborent çà et là une coiffure d'évéque; c'est probablement un reste de la «Pesta hypodiaconorum », fête des sous-diacres du moyen âge, ou l'on parodiait la nomination des évéques et les cérémonies qui s'y rapportaient.

Partout on a lliabitude de faire des cadeaux avant et après Noël. Pour les enfants c'est le petit Noël (Christkmdli), le Bon enfant (Neujahrskindli) ou Saint Nicolas ou le « Père Challande » (Genève*, qui apporte les cadeaux ; autrefois leurs présents consistaient en fruits, noix, pommes, pruneaux, etc., ou en pâtisseries et autres douceurs. Jadis, la distribution avait lieu plutôt au Nouvel An ou à la Saint-Nicolas, rarement à Noël. Aujourd'hui, c'est de préférence le jour de Noël. L'habitude de tirer des présages à Noël est très ancienne et très répandue. Le temps sera pendant l'année ce qu'il était à Noël, a L'oracle des oignons » est un des plus répandus. On coupe verticalement un oignon et on en prend douze petites

écailles, qu'on remplit de sel et qui représentent chacune un mois de l'année. Si le sel est numide le jour suivant, cela annonce un mois pluvieux. Une coutume également très répandue consiste à jeter dans l'eau du plomb fondu, lequel, par les figures bizarres qu'il forme, doit indiquer l'avenir, à placer dans l'eau, le jour de Noël, une rose de Jéricho (cantons d'Argovie, des Grisons, de Lucerne, de 2oug et de Zurich) ou un rameau de cerisier (cantons de Thurgovie, de Zoug et de Zurich) dont le développement indique la fertilité de l'année qui vient. On tire des présages pour le mariage, non seulement à la Saint-André mais aussi à Noël ; celui qui boit trois gorgées à neuf fontaines différentes penaant la sonnerie des cloches de Noël, voit sa future à la porte de l'église Leberberg soleurois) ; les jeunes filles tirent des

C resages concernant leur futur mari de l'aspect d'une ûche qu'elles retirent d'un tas de bois; par exemple, une bûche avec son écorce indique la richesse (mêmes endroits). On cherche aussi à connaître la durée de sa vie : le nombre des strophes d'un psaume pris au hasard dans le Psautier indique le nombre des années qui vous restent encore à vivre (canton de Berne). Les songes de la nuit de Noël se réalisent. La vertu miraculeuse de cette semaine de Noël se manifeste encore d'une autre manière : les arbres que l'on a entourés de paille ou d'osier, ou auxquels on a donné de l'engrais à cette époque, deviennent particulièrement fertiles (cantons de Berne et de Zurich) ; les poules sont protégées contre les oiseaux de

Rroie si on leur écourte les ailes pendant la nuit de foël, entre onze heures et minuit ; pour le bétail, l'abreuvage de la nuit de Noël a une influence particulièrement heureuse (canton de Zurich). Il s'opère même des miracles : le bétail a l'usage de la parole et l'eau se transforme en vin (croyance très répandue) ; on peut se rendre invisible ou invulnérable cette nuit-là à l'aide de certaines manipulations magiques (Leberberg) ; les enfants nés à Noël voient les revenants et peuvent prédire l'avenir (croyance répandue).

L'arbre de Noël n'est pas aussi ancien en Suisse qu'on le croit communément ; il a même été introduit assez récemment dans beaucoup de contrées, surtout dans les contrées catholiques. Dans les cantons de Soleure et de Vaud, il ne date que des environs de 1H60 ; dans la Thurgovie moyenne que de 1850. Le plus ancien arbre de Noël connu est mentionné à Strasbourg au début du XVI I« siècle. Par contre, la coutume de signaler le passage du solstice par un rameau de verdure quelconque est naturellement très ancienne. La date à laquelle l'arbre de Noël a été introduit varie ainsi que la manière dont on l'a inauguré. A Zurich, c'était le « Sainichlaus » qui apportait l'arbre pendant que les enfants dormaient, ailleurs il est apporté par l'Enrant Jésus (Christkindlij ; dans rOberlana zuricois, l'arbre est préparé à la Samt-Sylvestre par les parents et il est remis aux enfants par le saint Nicolas (Chlaus) qui parcourt le village; à Eschikofen, l'arbre de Noël se nomme « Palme », ce qui montre bien que primitivement il' s'agissait d'une branche de houx. D'ailleurs, nous rencontrons souvent la branche de houx : à Guttannen, au Nouvel An, on plante des pommes à l'extrémité des branches de houx et on les nomme « Zanti-Chlois ». Dans la vallée de Bagnes un usage semblable est pratiqué le dimanche des Rameaux; dans le Haut-Toggenbourar, les « Chlâuse » se revêtent de branches de houx et ae branches de sapin. Encore aujourd'hui, dans le canton de Bâle-Campagiie, la branche de houx tient lieu chez les pauvres d'arbre de Noël. Toute cette verdure de Noël et du Nouvel An, depuis la simple branche de houx jusqu'à l'arbre étincelant de lumière, n'est pas autre chose qu'un symbole du renouveau de la nature après le solstice. La « bûche de Noël » joue en Suisse un rôle moins important; c'est une grosse bûche qui est allumée dans la cheminée le soir de Noël avec des cérémonies solennelles, mais qu'on ne laisse pas entièrement consumer et dont le charbon particulièrement bienfaisant rend les terres fertiles. Cette coutume n'est signalée en Suisse que dans le canton de Vaud, tandis qu'elle est répandue en Allemagne, en Angleterre ainsi que dans les f)ays slaves et Scandinaves. Les jeux de Noël c'est-à-dire a représentation dramatique des scènes de Noël, ne sont plus usités en Suisse, à notre connaissance, lis doivent

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leur origine, d'une part, à la récitation de Tévangile avec les chants qui raccompagnent, d'autre part, à l'exposition des « Crèches » dans les églises. Cette dernière coutume subsiste encore aujourd'hui dans certaines églises et Quelques maisons particulières. Le drame se rattachait à l'anr nonciation par les anges et à la visite des bergers à la crèche. Il s'y ajouta bientôt la scène des Trois- Rois avec l'apparition de l'étoile, le voyage à l'étable de' Bethléhem, l'offrande des présents, etc. Des pâtisseries et des pains spéciaux sont souvent confectionnés à l'occasion de Noël et du Nouvel An, ainsi dans le Freiamt, les « Hirzenhômli » et les « Bimwecken » ; au bord du lac de Zu- Zurich et en Thurgovie, des pains en forme de mains, à Stans des pains d'épices en forme de poissons ; dans le canton de Berne des pains d'épices avec l'image de l'ours ; Schaffhouse du « Hutzelorot » et des tresses (Zûpfe; (ces dernières partout très communes au Nouvel An).

La Saint-Étienne (26 décembre). Saint Etienne est le

fiatron des chevaux. Ce jour-là on conduisait à Luceme es chevaux chez le maréchal -ferrant pour les saigner. Là on buvait aussi la « Stephansminne a ; ce jour-la le vin était bénit et il éloignait les maladies.

Saint-Jean l'Évangéliste (27 décembre) est le vrai jour de la consécration du vin. D'après la légende, saint Jean aurait bu du vin empoisonné sans en souffrir. Le vin est bénit par le prêtre à Téglise, offert à la paroisse rassemblée pour la circonstance ; quand la paroisse en fait les frais, on le distribue aux pauvres. Quand ce sont les familles elles-mêmes qui Tout apporté, elles le reprennent à la maison où une partie en est nue solennellement, tandis que l'autre est conservée ; on en verse aussi quelques gouttes dans les tonneaux de vin ou de cidre (Argovie, Saint-Gall.)

Le Jour des Innocents (28 décembre) avait lieu à Sursee le cortèffe du « Heini von l'ri », personnage effrayant à masque de bois et à coiffure garnie de sonnettes. Il recueillait des dons, mais en revanche il était lapidé avec des carottes par les jeunes gens.

Saint-David (30 décembre). C'est la « Chrungele-Nacht y» de rOberland zuricois, pendant laquelle des jeunes gens masqués commettent toute sorte de scandales, molestent les passants, pénètrent dans les maisons, se font servir à manger et à boire, font tomber les fuseaux des mains des fileuses et jettent aux assistants des fuseaux noircis de suie. Çà et là, les masques apportent aussi eux-mêmes des quenouilles et emmêlent la niasse des ouvrières encore à l'ouvrage.

Saint-Sylvestre (31 décembre). Nous avons déjà parlé des cortèges bruyants qui ont lieu ce iour-là. Les Saints Nicolas (Niklause) se montrent le soir cie Sylvestre à Lenzbourg, Hérisau et dans certaines parties des cantons de Glaris, Saint-Gall, Zurich. A Rheinfelden les « Sebastiansbrûder » parcourent la ville et chantent leur chant de Nouvel An. Ce jour-là, le dernier levé de la famille, est appelé dans toute la Suisse allemande uSylvester»; dans le canton de Zoug, il reçoit un petit pain aux œufs. On reste aussi volontiers en société le dernier soir de Tannée afin de se souhaiter la bonne année quand sonne minuit. Dans la Basse- Engadine, la jeunesse se rend à la maison d'école le soir de Sylvestre; les jeunes filles apportent de la crème et des « Biscutins », les garçons de f'eaude-vie; on s'amuse ainsi jusqu'à minuit. A Éms (Grisons) les jeunes gens tirent au sort pour désif^ner la jeune fille dont ils seront le cavalier pendant l'année. Le jour de la Saint-Sylvestre on se livre aussi à des pratiques superstitieuses pour en tirer des présages de mariage, de bonheur ou de mort.

Nouvel An. Après avoir passé ensemble le dernier soir de l'année jusqu'à minuit, on se souhaite une bonne nouvelle année et on célèbre le Nouvel An par des libations (très répandu). En Thurgovie, on chante la nouvelle année. Souvent les jeunes gens vont de maison en maison pour présenter de bons vœux (Sargans, Pràtigau). Ces promenades et ces chants de bonne année étaient autrefois plus répandus qu'aujourd'hui et en général les chanteurs réclamaient une récompense (saucisses, etc.) ; cet usage existe encore dans le canton de Vaud, dans la vallée du Rhône, les Alpes vaudoises, etc.; des quêteurs se costument et n'entendent pas essuyer un refus. Si on a le

malheur de ne pas leur donner du vin, des liqueurs, de la saucisse, ou de l'argent, ils exercent mille petites vengeances sous forme de farces i généralement peu spirituelles. Maintenant encore les enfants vont chez leurs Sarrains leur souhaiter la bonne année et ils en reçoivent es cadeaux (répandu). Dans certains endroits du canton de Vaud, on fête le Nouvel An, le retour et parfois l'enterrement du Nouvel An à la fin de la première semaine (Aigle, etc...) sous forme de cortège-mascarade.

Jadis la distribution des cadeaux se foisait au Nouvel An plutôt qu'à Noël; généralement ceux-ci n'avaient pas grande valeur; ils consistaient en fruits et en pâtissenes. Les enfants croyaient qu'ils étaient apportés (souvent avec un petit sapin) par le Bon Enfant (Neujahrskindli), personnification de la nouvelle année (Argovie, AppenzelL Berne, Saint-Gall, Oberland zuricois). A Bâle avaient lieu autrefois de grands banquets des corporations où celles-ci se faisaient mutuellement cadeau de victuailles. 11 y avait en outre des cortèges avec tambours et fifres, comme on les organise maintenant à Bâle le mercredi des Cendres.

En beaucoup d'endroits, le commencement de la nouvelle année est fêté par des danses et des réjouissances de toute sorte. On tire aussi fréquemment avec des armes à feu. Une coutume curieuse subsiste dans quelques communes du canton d'Argovie. Le soir de Sylvestre, les garçons portent des poutres sur la place du village sur lesquelles ils étendent de longues planches, et dès que l'horloge a annoncé la nouvelle année ils frappent de toutes leurs forces avec des bâtons sur cette aire improvisée ; ils simulent le battage du blé et font un varcarme qui s'entend au loin. Le sens de cette opération est facile à saisir ; le simulacre du battage du blé doit provoquer la fertilité de l'année à venir. On connaît l'habitude très répandue en Suisse de terminer l'ancienne année et de commencer la nouvelle par la sonnerie des cloches. Celui qui se lève le premier le jour de l'an est appelé « Stubenfuchs » ou « Fâlleli-Lupfer », le dernier levé est le veau ou petit veau du Nouvel An, « Neujahrskalb ou kâlbli ». Les gâteaux et pâtisseries au 'on cuit à l'occasion du Nouvel An sont : à Saint-Gall des

gâtés, en Thurg^ovie et à Zurich des « Wâhen (gâteaux), irnenbrot (pain de poires), Eierringe (couronnes aux œufs) ; suivant les régions on confectionne aussi des « Gugelhopf », «Mutschelien », « Gritti-Benz », «Simmelring», tf Schnecken», « ^Epfel-Sturm » ; Zûpfe (canton de Berne); des a bricelets » ou des « brioches » au canton de Vaud ; à Neuchâtel des « taillaules ». A Bâle, on fabrique à l'occasion du Nouvel An, outre la bière Salvator (double) que l'on boit aussi à Pâques, une boisson spéciale dite « Hippokras» (vin épicé*; on la boit en mangeant des « Leekerli », car le Bâlois mange surtout des « Leckerli » pendant les fêtes de Noël et du Nouvel An. Parmi les idées superstitieuses qui se rattachent au Jour de l'an, nous indiquerons les suivantes : pendant l'année, le temps sera à peu près ce au'il est le jour de l'An. Si la nuit du Nouvel An est belle, il y aura beaucoup d'accouchements difficiles (Appenzell). Un lever de soleil rouge le matin du Nouvel An, est un présage d'orages, d'incendies ou de guerre (^Lucerne, Zurich). Ce jour-la on tire des présages comme a Noël. Rencontrer une femme le matin de l'An est un signe de malheur (Soleure, Thurgovie, Zurich) :

Sar contre, les rencontres d'hommes et d'enfants sont 'un bon augure. La filasse qui reste à la quenouille le jour de l'An ne vaut plus rien et ne peut pas être filée (Soleure). La commune qui sonne les clocnes la première pour saluer la nouvelle année a le premier incendie (Mbnchaltorf, Zurich).

Le 2 janvier est appelé Berchtoldstag à Zurich et à Tegerfelden (Argovie) ; à Frauenfeld, c'est le troisième lundi de janvier; dans le canton de Luceme c'est le dimanche après les Trois-Rois. On dit communément «Berchteli(s)-Berteli » ou « Berzeli-Tag ». Ces dénominations dérivent de « Berchtelens-Tag » (jour où l'on s'amuse) : le mot de « berchtelen » vient de ce que, déjà au XIV* siècle, le 2 janvier, qui était un jour de joie désordonnée, était appelé «Berchtentag». Le « Berchtelistag » de Zurich est bien connu. Ce iour-là les collections du musée zoologique, l'arsenal, la bibliothèque de la ville sont ouverts aux enfants ; en plusieurs endroits on leur distribue des pu-

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hlirations spéciales appelées «Neujahreslùcke». Les entants apportent aussi îles dons en argent qui portent le nom de « Stubenhitzen » (dons pour chauUer les c^iambres) parce qu'autrefois ils étaient consacrés au chauffage des locaux des corporations. D'autres enfants parcourent les rues sous un deffuisement et font appel à la bienveillance des passants en leur criant : « fiatz ! Batz ! p. L'après-midi, c'est la fête des adultes. La Société d'archéologie et la Société des 6eaux*Ârts, chacune réunie dans son local, pour un copieux banquet, rivalisent d'entrain et d'esprit. Partout la soirée se passe à des réjouissances. Des ImiIs sont organisés par-ci par-là, et il n'est pas rare

Îue ces parties de plaisir durent jusqu'au matin. Â 'egerfelden, les membres de la « Berchtelisgesellschafk » se dé$!iiisaient en vignerons et exécutaient une danse originale devant les maisons des citoyens aisés. Pour récompenser les danseurs, on remplissait partout leurs « Stitzen » (channes en étain) de vin que ceux-ci donnaient ensuite aux pauvres ; pour fiqir, ils allaient encore chanter la nouvelle année devant le Conseil communal assemblé et lui remettaient un énorme « Eierring » ■ torche aux œufs). En échange, ils recevaient comme don d'honneur un demi-setier de vin de la commune. Le soir ce vin était bu en commun ; chaque danseur faisait conduire sa danseuse à l'auberge par un ami qu'il avait chargé de ce soin (d'après Rochnolz). A Wûrenlos (Ârgovie) existait encore, il y a peu de temps, la coutume suivante : raprés-midi du « Berchtoldstag » les enfants allaient à l'école sans leur sac ; ils ne travaillaient pas ce jour-là, mais Us apportaient à l'instituteur des bouteilles, des petits pains et des noix et l'invitaient à fêter le Nouvel An séance tenante avec eux. Les enfants d'une même fomille s'asseyaient ensemble pour manger joyeusement; ils buvaient leur vin ou leur cidre, croquaient leurs noix sur les bancs d'école et chantaient leurs chansons. On célébrait aussi de grands festins à Lucerne. Â Zurich et dans le canton de Thurgovie on se travestissait (Appels-Narr). A Frauenfeld et à Lenzbours, les jeunes gens font claquer dans les rues un fouet spécial; on y organise aussi des concours de lutte entre jeunes hommes. Pour finir, mentionnons une coutume de Stammheim, abandonnée depuis quelques dizaines d'années : les • Berchtoldstagfahrten » ; de riches citoyens ou les autorités communales désignaient aux jeunes gens un arbre de la forêt dans un endroit difficilement accessible. Le 2 janvier ceux-ci allaient le couper et le ramenaient avec un char «qu'ils traînaient eux-mêmes au son du tambour; le soir, un banquet et souvent une représentation théâtrale réunissaient tous les participants à l'hôtel de commune. En outre, le pasteur devait leur offrir le « Herrenweggen » (sorte de brioche). Cette coutume rentre dans la catégorie des « Tannen/uhren » ou ' Blockziehen » ^charroi solennel d'un arbre), un très ancien symbole ae fécondité de la terre ; on la rencontre dans plusieurs pays, de l'Angleterre en Dalmatie ; elle est aussi mentionnée à diverses époques dans différentes contrées de la Suisse (Appenzell, Samt-Gall, Zurich et Berne). Dans l'Appenzell, la coutume présentait quelques variantes. D'après G. Riisch, le « Blockfest » a toujours lieu dans l'Hmterland, le 17 février (Saint-Donat). Le matin, un arbre est chargé sur un char ; l'après-midi, le char, décoré de branches de sapin, de fleurs des champs et de guirlandes de chanvre est conduit en triomphe I travers le village. Un homme et une femme en costume de vieux Suisses, couverts de clochettes, marchent en tète de la procession ; l'organisateur de la fête est assis sur le tronc de l'arbre. D'après J.-K. Zellweger et T. Tobler, cette manifestation avait lieu le lundi après rinvocavit, appelé pour cette raison « Block-Mentig ». Ce jour-là on conduisait sur des traîneaux des billes à la scierie, (Sàffeblôcke). Le produit de la vente était dépensé à l'auberge. Dans le canton de Berne, la cérémonie était généralement un peu plus pompeuse ; à Seedorf, prés d Àaroerff, par exemple, des personnes costumées et représentant des personnages de l'histoire de Guillaume Tell finiraient au cortège et donnaient ensuite un spectacle populaire ; il en était de même dans le canton de Saint-Gall. Jour des Rois ou Epiphanie (6 ianvier). De tout temps ce fut un jour cher au peuple. L'Fiabitude de chanter des cantiques des Trois- Rois « Dreikonigslieder » est très ré-

pandue, c'est même quelc^uefois le cas à Noël. Primitivement, les personnages principaux du cortège étaient trois ieunes garçons, parfois aussi des adultes, portant sur leurs habits une chemise blanche et une couronne de papier sur la tète : le roi maure (Melchior) avait souvent la figure noircie. Les trois mages tiennent d'ordinaire à la main une étoile transparente tournant sur elle-même : ils font entendre des chants dans lesquels se glisse en général une demande de présents. On leur donne des pommes, des noix ou de l'argent. A Kerns, les Trois-Rois participent au service divin et figurent à la procession. Nous avons déjà parlé des jeux des Trois-iKois et des cortéffes bruyants qui les accompagnent. Dans la Basse- Ëngaaine, c est ce jour-là que les jeunes gens tirent au sort les ieunes filles dont ils seront les cavaliers attitrés ; en plusieurs endroits, c'est également un jour de danse et de réjouissances, par exemple dnns la Basse-£ngadine et le canton de Claris. Au iour de l'Epiphanie se rattachent maintes croyances populaires. On écrit ce jour-là les initiales des Trois-Rois, C. M. B., avec de la craie bénite sur les portes des maisons et des étables afin de les

Srotéger contre les sorcières ou les mauvais sorts (cantons *Uri, d'Argovie, de Schwyz, d'Unterwald, de Lucerne, des Grisons et de Claris) ; c'est ce jour-là gu'on bénit le sel, l'eau, l'encens (Grisons, Lucerne, Clans); on puise de l'eau qui ne se corrompra pas (autrefois dans le canton de Zurich) ; dans la Basse- Engadine, les jeunes filles cherchent à connaître leur avenir en lançant leur soulier droit contre le clocher de l'église. Si la pointe du soulier se dirige contre la tour, la jeune fille mourra dans l'année ; dans le cas contraire, la pointe du soulier indique la direction de la demeure du futur époux. En Argovie, aux environs de Baden, les enfants croient pouvoir apercevoir les Trois-Rois pendant la sonnerie des clocnes.

Saint- Charleinagne (28 janvier). Jusqu'au commencement du XIX* siècle, on fêtait le grand empereur d'une manière toute particulière à Vouvry (Valais). Malgré lu rigueur de la saison, on dansait dehors, dans les vergers, et comme le sol était habituellement couvert de neige, le couple le plus récemment marié devait, comme dernier hommage a la jeunesse, déblayer la neige à l'endroit désigné pour l'installation du pont de danse.

Sainte-Agathe (5 février). Ce jour-là a lieu la bénédiction des images dites de Sainte-Agathe; elles doivent préserver du feu ; dans toute la Suisse catholique on les cloue à la porte des écuries. Dans la vallée de Bagnes, chaque ménage fait bénir à l'église du pain, que l'on se partage dans la famille afin d'écarter les maléfices, quelques poignées de sel qu'on distribue aux bestiaux pour leur épargner l'approche des folatotut et du démon, une pelote de fil de âianvre faite à la maison et que l'on répartit ensuite entre les effets de lingerie et d habillement fabriqués pendant l'année.

Un grand nombre de coutumes populaires relatives au printemps tombent sur le Carnaval, mais elles ont été primitivement célébrées à d'autres dates. L'institution chrétienne du Carême est peut-être la cause principale pour laquelle on a placé ces fêtes du printemps peu avant le commencement de cette longue période de jeûne. Les coutumes du Carnaval sont un mélange d'éléments païens, romains, médiévaux et chrétiens. Dans le canton de Genève, surtout dans le Mandement et la Champagne, le premier dimanche du Carême, les garçons transportent sur un lieu élevé voisin du village, les brandons ou les failles, confectionnés avec des roseaux et des fagots qu'ils ont quémandés chez les habitants du village. Puis, vers quatre heures du soir, la troupe des garçons va, devant les maisons des ménages sans enfants, crier : u Alouilles è noués, les failles après» » (c'est-à-dire : noisettes et noix, les failles après), ou bien, suivant les villages : faille, faille, faillinson, Monsieur X un gros garçon. 1^ mode est de leur jeter alors, de la fenêtre, des noix, des pommes ou quelque menue monnaie.

Dans les contrées catholiques, le Carnaval commence généralement le 7 janvier et finit le Mardi gras, veille du mercredi des Cendres. Les principales réjouissances tombent cependant sur des jours fixes, sur les trois jeudis • B récédant le mercredi des Cendres, sur le « Schmutziger onoerstag « (jeudi avant l'Estornihi), la « Herrenfastnacht » (dimanche d'Kstomihi), le « Giidis-Montag »

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(lundi avant le mercredi des Cendres) el le Mardi gras. Quelques coutumes spéciales tombent sur le « Punie en-Sonntag », la 0 Bauern- ou al te Fastnacht » (dimanche d'Invocavit) et le « Hirsmontag w (le lundi après Tlnvocavit). A Baie-Ville, les jours de Carnaval tombent sur les lundi, mardi et mercredi après Tlnvocavit, soit pendant le carême, ce qui provient sans doute de Tantagonisme qui régnait autrefois entre protestants et catholiques.

Ce qui caractérise le Carnaval, c'est une gaîté dégénérant souvent en licence et qui veut se donner libre cours avant le Carême. Dès les temps les plus reculés, le Carnaval fut signalé par des festins, des jeux, des danses et des débauches ; à Bâle, l'autorité fut même obligée d'intervenir pour réprimer Thabitude d'entraîner de force les gens dans les auoerges. Citons spécialement les banquets des trois corporations bâloises de la Clef, de TOurs et du Safran, le mercredi des Cendres, divers banquets de corporations a Schaffhouse. Il y a aussi des banquets réunissant des personnalités en vue ou des catégories de fonctionnaires. Des banquets sans^ caractère ofDciel et auxquels les corporations n'ont rien à voir ont aussi lieu en maints endroits à l'époque du Carnaval ; ainsi le « llâfeli- Abend », des Grisons, le dernier soir de danse avant le Carême ; les femmes apportent elles-mêmes les mets dans des pots. Nous ne parlons pas des innombrables banquets plus ou moins fastueux qui sont organisés en temps de Carnaval par les familles ou cercles d'amis. Jadis, a Lucerne età Kapperswil, on régalait aussi, pendant le l'amaval, les enfants des écoles. Une coutume qui est maintenant complètement tombée, c'est la visite que se rendaient mutuellement les I^tats confédérés. Certaines de ces visites avaient lieu en automne, lors de la fête patronale, mais on les faisait de préférence au Carnaval. Les invitations et les réponses étaient souvent conçues en termes humoristiaues. Les documents et les livres de comptes de cette époaue nous montrent qu'en ces occasions on mangeait et ouvait largement.

A une époque encore plus reculée, alors que les jeux des chevaliers étaient en honneur, les tournois avaient lieu de préférence au Carnaval. Le tournoi de Bâle, en 1376 (bose Fastnacht), est resté tristement célèbre (Voir \Vackernagel GoschichlP drr Sindt Basel^ /, 1907, page 305). La joute des pêcheurs d'Ëstavayer peut égah'ment être citée comme une espèce de tournoi.

De temps immémorial des bals et des danses de tout genre caractérisent le Carnaval. Les danses et les cortèges de certaines corporations sont plus intéressants et plus caractéristiques ; citons ceux des bouchers et des tonneliers. Le cortège des bouchers ( Metzgerbraut), dans le vieux Zurich, est célèbre ; on y voyait figurer une tête de lion (Isengrind), un couple qui était jeté dans un bassin de fontaine, à la suite de certaines cérémonies, des gens masqués avec des sonnettes, des queues de vaches, etc. Ce cortège qui, à l'origine, devait comprendre des danses, fut supprimé en 1728; la tête de lion l\it dès lors

f»lacée. en temps de Carnaval, sous la fenêtre ouverte du ocal de la corporation du bélier (Zunft zum Widden, à côté d'une peau d'ours. Les bouchers org»niBaient aussi des cortèges avec danses à Berne et à Luceme. Les danses des tonneliers de Bàle, Berne et Genève sont analogues à celles-là. mais, à l'exception de celles de Bâle, elles ne Si' rattachent pas au Carnaval et ont lieu au printemps.

Une autre coutume, qui doit être considérée comme un moyen magique d'assurer la fertilité du sol, consiste à promener en cortège une charrue, un arbre de pressoir ou une herse. Elle existait autrefois en Suisse et subsiste encore dans d'autres paj's.

De même pour assurer, dit-on, la fertilité du sol, on aspergeait certains personnages ; on les trempait dans l'eau en temps de Carnaval. Autrefois, les autorités devaient constamment réprimer cette habitude de jeter les gens dans les bassins de fontaine ou dan» les ruisseaux. La coutume de jeter de l'eau aux jeunes tilles en temps de Carnaval à Altstàtten (Saint-Gall). a sans doute la même signification.

Les représentations du Carnaval entraient pour une bonne part dans les réjouissances d'antan. Aujourd'hui elles ont perdu tout caractère original, à l'exception du « Moosfahren >• du Muotatnal: le <« Moosfahren » a lieu en plein air, et chaque acte en des endroits diffé-

rents. Le thème fondamental de la représentation, comme dans les pièces morales du moyen âge, est la lutte entre l'esprit mondain et la piété, lesquels sont représentés par deux personnages caractéristiques : d'un côté Bacchus avec un cortège de gens débauchés et bruyants, de l'autre un prédicateur de repen tance dont chacun se moque. La victoire reste naturellement au bien et l'esprit mondain devient la proie de l'enfer et d*affreux démons. Le nom de « Moosfahren m fait supposer que cette coutume se rattachait autrefois a ces « Giritzenmoosfahrten » ou uGiritxenmoosgerichten» que nous avons mentionné^ plus haut et qui sont, sous une forme plus ou moins théâtrale, une satire des vieilles filles et des vieux jj^arcons. Ludwtg Tobler a prouvé que la vieille fille a toujours été dans l'imagination populaire la personnification de la stérilité, et que, par conséquent, lesetres stériles devaient naturellement être punis et tournés en ridicule à une époque de l'année où la nature renaît à la vie et où l'on cherche à assurer la fertilité du sol pardesactessymboliques. Une de ces punitions était le bannissement dans un marais envisagé comme le séjour des vieilles filles défuntes qui prenaient la forme de vanneaux (en dialecte* allemand « Giritz »). Dans le Boththal lucernoia, des jeunes gens, vêtus d'habits de femmes, secachaient près des habitations des vieilles filles jusqu'à ce que les « huissiers de la Mort », qui parcouraient le village avec un char, vinssent les charger sur le véhicule pour les jeter sur le « Gîritzenmoos». Il en est de même dans le FrickthaL mais là ce sont des célibataires du sexe féminin (au>dessus de 24 ansi qui subissent ce traitement; au retour, on verse du vin aans le sein des jeunes filles en signe de fécondité. Dans quelques contrées de TArgovie, on i*éunit une sorte de tribunal où la plus âgée des vieilles filles du « Giritzenrooos », représentée par un masque, figure comme accusatrice des vieux garçons. Le célibataire se défend mal et est condamné au bannissement dans le « Giritzenmoos ». Dans l'ilinterland lucernois. le « Giritzenvater » et la « Giritzenmutter » passaient dans le village sur un char rempli de jeunes gens déguisés en filles ; ils s'arrêtaient devant les maisons où se trouvaient des femmes ou des jeunes filles qui avaient commis quelque acte blâmable pendant l'année. Le « Giritzenvater » lisait alors un quatrain satirique sur la personne en cause ; un jeune homme masqué à sa ressemblance était emmené par les huissiers de la Mort. Le soir, on se réunissait à I auberge, et l'on y procédait à l'enchère des filles tournées en ridicule, représentées par des garçons déguisés. Disons encore, pour terminer ce chapitre, qu'en plusieurs endroits des moulins de vieilles femmes (AltweibermùhlenK c'est-à-dire des engins destinés à rajeunir les vieilles femmes, figuraient dans les cortèges de Carnaval. Une très ancienne coutume du Carnaval est celle d'allumer sur des hauteurs des feux visibles de loin. On la signale dans les cantons d'Argovie, Appenzell. liâle. Berne, Fribourg, Saint-Gall, Glaris, Grisons, Neucliâtel. Luceme, Soleure, Tessin, Thurgovie, Vaud, Zoug et Zurich. On allume ces feux de préférence le premier dimanche de carême (Invocavit), » Beromunsler, depuis l'incendie de 1764 le jour de Saint-Grégoire; dans le Nidwald, au Mittfastensonntag, dimanche de mi-caréme di marrt), on appelle aussi ce jour dimanche des Brandons ( Funkensonntag ). La coutume est presque la même partout. Quelques jours a\'ant les Brandons la jeunesse quémande chez les habitants du bois et de l'argent : le combustible est entassé en un endroit désigné. Le dimanche soir, le feu est allumé (c'est toujours le c^s dans le canton de Fribourg) par la plus jeune mariée. On danse autour du feu, ou Von saute par-dessus, pensant exercer ainsi une heureuse infiuence sur la fertilité de Tannée. En certains endroits, on lance aussi des disques enflammés. Ce sont des disques en bois de hêtre découpés en forme d'étoiles, qu'on laisse dans le feu jusqu'à ce qu'ils soient enflammés, puis on les lance dans les airs au moyen d'un bâton fiexihie en chantant une dédicace rimée. L'usage des flambeaux «fayesn à l'époque des brandons est aussi très ancien. Ces flambeaux affectent parfois une forme curieuse; notons, par exemple, les betteraves creu8ée> dans lesquelles brûle un morceau de bois résineux. Ou s'en sert dans le canton de Zurich, sur les bords de la Limmat. Dans le Valais, le premier dimanche de Carême

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M des Brandons » les jeunes filles rendent la politesse à ceux qui les ont invités aux bals de la dernière semaine de Carnaval. Elles organisent danB le local même du bal une agape familière où se fait une consommation effrayante de gâteaux pour la fabrication desquels deux ou trois organisatrices ont demandé farine et beurre à leurs compagnes. Aux Franches-Montagnes, pendant la soirée des Urandons, chaque garçon faisait ses adieux à sa bonne amie. Il lui couvrait le visage d'un voile et d'un mouchoir, puis se retirait. Toute relation était désormais interdite entre eux du dimanche des Brandons à I âques ou au dimanche de Quasimodo. Ce jour-là, les jeunes gens retournaient vers leurs amies qui les recevaient la figure voilée. Avec la permission des parents, ils procédaient à l'enlèvement du voile et leur offraient des œufs de Pâques ; en retour, les jeunes filles offraient des œufs crus. C'était le dimanche du « déboutchoux ».

Tne autre coutume encore plus répandue est celle de cuîr-e des galettes au Carnaval. Ces galettes ou beignets i- Kûechli », « Eier-Œhrli «, etc.) ont généralement la forme d'un disque, mais elles revêtent aussi d'autres formes. Parmi les préparations culinaires spéciales du Carnaval, nommons seulement la crème fouettée, appelée aussi tu Luçgmilch, Brochete >«, etc. Disons aussi qu'en bien des contrées de la Suisse (cantons d'Appenzelt, Herne, Saint-GalK Claris, Lucerne, Schwyz, Valais, Zoug) on a l'habitude de dérober en cachette pendant ces fêtes, par plaisanterie, les mets que d'autres ménages ont prépares.

A la campagne, les mascarades sont en général, extrêmement primitives. L'accoutrement consiste en une simple chemise qu'on endosse par-dessus ses habits ou en vieilles robes dont on s'affuble; le pei*sonnage se nomme « B(r)ôogg, Butz, Posterli, Fastnacht-Chlungel, Hirsutter, Huschi, Ootschi, Ffuidi, Heid, Hudi, Hex, Lc>oli, dans les < irisons Bagordas a, etc. On voit aussi souvent soit des hommes de paille, soit de vrais costumes représentant des types déterminés. Parmi ces derniers, le plus f^quent est Arlequin avec son lon^ bonnet conique, sa ceinture de sonnettes et son habit bariolé. Autrefois, souvent aussi on revêtait outre des habits de femmes, des masques de diables ou de paysans. En bien des endroits on se couvre le visage de masaues de bois ou de cuivre peints en noir, en rou^e ou d'une façon fantaisiste quelcon-

Ïue. On se noircissait autrefois la figure avec de la suie. >e nos jours, le noircissement par la suie est fait par d'autres personnes et contre la volonté de celui qui en est l'objet, généralement le mercredi des Cendres ; dans le Toggenbourg, le vendredi après le « Schmutziger Donnerstag » ; c'est pourquoi on appelle ce jour « Bràhm- Fritig » ; les gens masqués vont mendier en répétant une formule quelconque.

Comme à Xoél, on voit au Carnaval, outre des masques réunis en troupe, des personnages isolés portant des noms spéciaux. La « Hutz-Giir >» était un masque de Carnaval qui, au milieu du XIX* siècle, épouvantait encore les bonnes gens de I^ufelfingen et Wittnau. DaoH un accoutrement effrayant elle passait accompagnée d'un cortège de bruyants camarades, qui traînaient après eux des sacs destinés à renfermer les offrandes. La u Hecbel-Gauggele » de Bâle et la « Gret-Schell » de Zoug devaient lui ressembler. Les personnages masculins sont le « Hegel » de Klingnau et ('«Aetti-Huedi » de Zurzach. Le premier est poursuivi par la jeunesse folâtre, qui le bombarde de carottes, de trognons de choux, etc. Il se défend avec un fouet et jette ceux qu'il attrape dans la fontaine. 11 demande l'aumône devant les maisons. Le mercredi des Cendres, W Aetti-Buedi « devait jeter des fruits à la jeunesse. S'il disposait de fruits verts, il les jetait dans un bassin de fontaine, où tes gamins devaient venir les y chercher au risque d'être aspergés ou plongés dans l'eau. On promenait aussi d'autres personnages sous la forme d'immenses poupées, tels la « Lange Gret ?> de TUinterland lucemois, le « hell et dunkl Œlgôtz » (C. de Saint-Gall), le n Chrvde-Gladi » et r« Elsi » de Zurich ; ces dernières titres étaient formées de deux mannequins de paille traînes par la ville sur une roue horizontale ; le « Hansli » et la « Gretli » de Wohlen (Argovie) sont de même nature.

Nous avons déià parlé plus haut des cortèges costumés. Le cortège du Griffon, du Lion et du Sauvage à Bâle, emblèmes des trois corporations du Petit-Bâle, est très an-

cien ; il a lieu les 13, 20 ou 27 janvier. I e Sauvage, qui descend le Rhin dans deux canots accouplés, et dont l'arrivée est signalée par des roulements de tambours et des coups de mortier, est reçu par le Griffon et le Lion : tous trois se rendent ensuite au milieu du pont du Rhin, où chacun d'eux exécute une danse réglée par le taml)our. Autrefois les emblèmes des corporations du faubourg figuraient aussi aux cortèges du Carnaval, accompagnés de ceux des autres sociétés, une servante (Gesellschaft zur « Mâgd »), une corneille, les trois Suisses et Guillaume Tell avec son fils (Gesellschaft zum « Rupf »;. Les grands cortèges actuels du Carnaval de Bâle étaient autrefois beaucoup plus modestes et n'étaient guère composés que de jeunes garçons. Aujourd'hui, des groupes d'adultes ou d'enfants (Cliques) rappellent en les représentant dans un cortège les événements de l'année écoulée. Mais ce qui prime dans ce cortège, ce sont les roulements de tambours par lesquels un groupe cherche a éclipser l'autre. Cette émulation a contribué à placer les tambours de Bâle au premier rang pour le rythme et la variété des marches. Un trait caractéristique du Carnaval actuel, c'est la diane (Morgenstreich). Des compagnies de tambours parcourent la ville, le lundi et le mercredi matin, de 4 à 7 heures, avec de grandes lanternes à transparents. Vers 1830, le commencement de la fête a été fixé a 4 heures du matin. A Zurich, les cortèges de Carnaval semblent avoir été jadis identiques à ceux de Bâle, bien que le Carnaval d'aujourd'hui soit presque entièrement représenté par le *i Sechselàuten ». Aux cortèges des sociétés du Petit- Bâle correspondent ici le cortège des bouchers, dont nous avons déjà parlé, et les anciens cortèges avec la peau d'ours et la corbeille à charbon. Dans son «Calenderv) Von Moos s'exprime ainsi : « En 1769, on supprima, pour de bonnes raisons, le cortège où l'on promenait une peau d'ours ou un homme revêtu d'une peau d'ours, ainsi que la procession nocturne de la corporation des forgerons avec une corbeille à charbon, qui avait lieu le Hirsmontag >'. Dans les anciens récits on mentionne assez souvent des cortèges avec tambours et fifres. Dans la campagne zuricoise on fait, aujourd'hui encore, des cortèges costumés. Les cortèges lucemois sont célèbres. Le « Landsknechtenumzug n ou « Umgang im Harnisch »> ^cortège des lansquenets ou cortège des cuirassés) subsista jusqu'en 1713 ; à l'origine c'était probablement une inspection d'armes. Le « Fritschi-I'mzug » est plus connu ; il a lieu au ff Schmutziger Donnerstag ». Il est devenu aujourd'hui un cortège fastueux, mais il a perdu son caractère originel ; on représente actuellement les saisons, les drames de Schiller, etc. Ce cortège tire son nom du personnage de Carnaval « Fritschi » ; c'est un grand manneauin représentant l'hiver. M Fritschi » est une abréviation ae « Fridolin », la personnification du Fridolinstag (6 mars) comme « Samichiaus f* est la personnification de saint Nicolas. Fritschi n'a jamais existé quoique encore aujourd'hui on prétende le contraire à f^uceme. Des cortèços de Carnaval étaient aussi organisés et le sont encore a Zoug par le u grand, puissant et invincible Conseil », à (lOttlioben où figurait le « Groppenkônig », à Tâgerwilen où apparaissait le <• Proppenfconig », ainsi qu'en beaucoup d'autres endroits ou paradent des personnages plus ou moins caractéristiques. Le c llirsmontags Stoss » ou « -Schwungn de l'Entlebuch était autrefois une lutte très intéressante ; deux rangées de combattants, les bras liés, cherchaient réciproquement à se repousser.

C'est aussi dans l'Entlebuch qu'existait autrefois la coutume du « Hirsmontagsbrief », forme spéciale de la justice populaire : au <« Hirsmontag », un messager à cheval, vêtu a'une façon fantastique, apparaissait dans une commune et lisait une énumération de ses péchés rédigée en vers burlesques et satiriques. Dans le canton d'il ri existait la « Bârenjagd » ; un jeune homme, représentant un ours, était poursuivi par des chasseurs et harcelé jus-

au'à ce au 'il se rendît. La chasse à « l'Homme sauvage ». ans le Haut- Valais, est une coutume tout à fait analogue. L'enterrement du Carnaval n'est pas une coutume spécialement suisse. Dans les cantons catholiques, cette cérémonie est fixée en général au mercredi des Cendres ; dans certaines contrées protestantes, au mardi ou mercredi après rinvocavit. A part quelques modifications locales insignifiantes, les détails de la cérémonie sont les sui-

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vanta : un mannequin en paille représentant le Carnaval est déposé sur une civière, puis conduit en cortège hors de la localité, au milieu d'un concert de lamentations ; là, un personna|;e représentant un curé ou un pasteur fait une oraison funèbre comique, puis le mannequin est enfoui dans une fosse. A Ricnterswil, il est d'abord brûlé et ce sont ses cendres qu'on enterre. •

Parmi les fêtes du printemps figure le « Sechselâuten » de Zurich, qui a lieu le premier lundi après Téquinoxe du printemps ; ce jour-là, pour la première fois, on sonne à D heures du soir la cloche annonçant la cessation du travail. Dans la matinée de ce jour des jeunes iilles vêtues de blanc parcourent la ville avec des arbustes enrubannés (Maibàumchen) ou des couronnes auxquelles sont suspendus des clochettes et des œufe vides, symboles de la victoire de l'été. Les jeunes filles (« Mareieli ») chantent un chant de mai et agitent une clochette ; des fenêtres on leur jette- alors de l'argent enveloppé dans un papier enflammé. Le matin aussi, les garçons des divers quartiers promènent dans les rues un mannequin (« Boôgg n) représentant l'hiver. La bourgeoisie se réunit dans les locaux des corporations et y festoie jusque tard dans la soirée. Il est d'usage qu'à la nuit tombante les corporations se rendent mutuellement visite ; à cette occasion on pronouce des discours généralement politiques. Au coup de 6 heures on met le feu à des bûchers sur lesquels sont plantées des perches portant les mannequins ; c'est le moment où toutes les corporations se rendent auprès de ces feux (aujourd'hui il n'y en a plus qu'un). Si le mannequin (« Bbôgg f») ne brûle pas entièrement à la perche, mais au 'il retombe d'abord dans le brasier, on en conclut que l'hiver reviendra encore. De nos jours, où ces traits essentiels du « Sechselâuten )» s'effacent de plus en plus, les cortèges tantôt sérieux, tantôt carnavalesques, qui n'étaient que des points secondaires du programme, en sont devenus la partie essentielle fSvhweizei\ Idiotikonj,

La « Romfahrt)) ou « Museggerumgang » de Lucerne est une ancienne fête de printemps qui a un cachet religieux très prononcé. On fait une procession autour de la ville en s'arrêtant à la « Musegg», pour y lire la bulle d'indulgence des trois jours de fête. Cette coutume semble avoir pour origine un vœu de pèlerinage à Home, fait à la suite d'un grand incendie qui détruisit presque toute la ville de Lucerne ; plus tard ce pèlerinage fut transformé en une procession solennelle. La veille et le lendemain de ce jour on organise toutes sortes de réjouissances mondaines.

Le Lichterschwemmen (flottage des lumières) est aussi une fête du printemps : elle est ou était célébrée le dimanche de Carême à Winterthour, le 6 mars dans le canton de Lucerne et à Bilten (Glaris), le 19 mars dans le canton de Schaflliouse, le dimanche de Laetare à Islikon (Thurgovie), et dans l'Appenzell où l'on allume des feux (Funken) sur les collines ; dans le canton de Saint-Gall, c'est le premier dimanche de Carême, le premier vendredi d'avril aans l'Oberland zuricois, le Jeudi saint à Rotterswil (Lucerne), à la mi-Carême dans le district de Knonau. On place des matières très combustibles (résine, paille, copeaux) sur une planche ou dans une rave évidée ; après

Savoir mis le feu, on jette ces objets dans le ruisseau n village et, tandis qu'ils descendent le fil de l'eau, on les accompagne en criant et chantant. A FfaHikon (Zurich) les raves évidées ou les vieilles poêles à. frire, avec leur contenu embrasé, sont d'abord portées par le village au bout d'une perche, puis jetées au ruisseau*. A Engstringen, ^Zurich), les enfants des écoles se rendent avec des flambeaux de résine sur le pont de la Limmat; ceux-ci sont jetés à la rivière avant qu'ils soient éteints. A Winterthour, où ce jour était férié, on confiait au cours d'eau de petits bateaux de fer-blanc éclairés de feux multicolores ; à Hegi (Zurich), on fait des batelets avec des écorces et on les charge de maisonnettes ou d'éffiises minuscules éclairées par des bougies. Dans l'Ëngadine, la Phalanda Marz (fête du printemps) est encore célébrée par la jeunesse.

Saint- Fridolin (6 mars). Fridolin est le patron du canton de Glaris ; aussi c'est à la Saint-Fridolin qu'on allume les feux sur la montagne. On cuit pour ce jour une pâtisserie spéciale dite « Glarnerpastete ».

Saint-Grégoire (12 mars). C'est un. jour de présagea,

mais c'était surtout un jour de fête pour les écoles. Dans le vieux Bâle on élisait alors l'évêque des écoliers, ce qui donnait lieu à toutes sortes de manifestations folâtres. A Rapperswil, on avait la très ancienne et cruelle coutume de tuer ce jour-là un chat en l'attachant à une vessie de porc et en le lançant du haut d'une tour.

Annonciation (25 mars). A Lausanne, on mangeait des petits gâteaux spéciaux le « Jour de la Dame ». Les habitants de la campagne qui se rendaient en ville apportaient avec eux de la. graine de courges dans l'idée que la sonnerie de la grande cloche de la cathédrale féconderait cette semence.

Mi-Carême et La^lare. Dans le Birseck (Bâle-Campane) et dans les contrées voisines du canton de Soleure. a jeunesse s'en va de maison en maison en chantant une complainte et en récoltant des œufs, du beurre et de la farine. A ï^ufelfingen, la troupe des enfants promenait avec elle un mannequin appelé « Weibelwib ■».

Partout en Suisse, le premier avril on se joue des niches, nommées poissons d'avril.

Le dimanche des R^^meaux il est de tradition, dans les contrées catholiaues, d'apporter à l'église et de faire bénir par le curé des « palmes » représentées soit par des sapins décorés de pommes et d'ornements de toute sorte, soit par des rameaux de saule, de houx, de buis ou d'olivier (à Algie des rameaux de fragon ou petit houx). La bénédiction est souvent suivie d'une procession. Les «palmes » bénites servent de talisman contre les intempéries. Ce jour-là, à Davos et dans l'Ëngadine, les gar- Î:ons coupaient des baguettes d'osier et les plantaient sur e toit de la maison ou les piquaient à la fenêtre de la chambre de la jeune fille qu ils voulaient conduire le soir à la danse. Dans la vallée de Bagnes, les palmes sont remplacées par des branches de genévrier. Les adultes en poPt^nt a la main, au chapeau, à la boutonnière ou au corsage ; quant aux enfants on leur réserve les plus belles tiges, dans lesc^uelles ils piquent des pommes roses et des gâteaux de pâte durcie, taillée en bandes, puis roulée en spirale. Parrains et marraines approvisionnent leurs filleuls de « rosaces » et de c michons ».

Le Jeudi saint n'est signalé par aucune coutume populaire importante. A Kapperswil, les pères capucins offrent aux autorités communales un repas dont le menu compte, comme pièce de résistance, un plat d'escargots. Comme usage religieux, citons celui de 1 église collégiale de Beromûnster, où il est procédé ce jour-là à un lavement des pieds et à une distribution de pain, après quoi un enfant de chœur vêtu de rouge, représentant le traître Judas, jette au peuple 90 jetons de plomb (Blanken; qu'il porte dans un sachet suspendu à son cou. D'après la croyance populaire, les œufs pondus le Jeudi saint restent longtemps frais et ce qu'on sème ce jour-là doit particulièrement bien réussir.

Au Vendredi saint se rattachent des superstitions variées. Avec une baguette de noisetier coupée en ce iour» on peut nuire à son ennemi rien qu'en frappant un habit vide (Horgen) ; ce qu'on plante le Vendreai saint vient à bien (idem) ; des œufs pondus le Vendredi saint protéffent la grange contre tout dommage (Zoug) ; quand on balaie bien une maison ce Jour-là, on la protège contre les mauvaises influences (Thurgovie) ; si l'on fait trois fois le tour de la maison, on n'y verra pas de toiles d'arai-

5 nées de toute l'année ; contre le mal de dents, il suffit e boire ce jour-là de l'eau courante (Berne) ou bien de se couper les ongles (Toggenbourg) ; si l'on se peigne le Vendredi saint, on n'attrape pas de poux (klnsiedeln), etc.

Le samedi, veille de Pâques (Karsamstaff ou stiller Sambtag) on allume un feu devant la porte de Téglise à Bedano (Tessin). Quelques garçons allument des flambeaux à ce feu sacré et s'en vont de maison en maison jeter une parcelle de feu sur chaque foyer. En échange, ils reçoivent des œufs, des noix, des noisettes et, çà et là, aussi un peu d'argent. S'il pleut ce jour-là, la terre sera sèche tout l'été (Appenzell). Dans le canton de Lucerne, on noircissait quelques garçons et on les enfermait dans Téglise comme s'ils avaient été des démons ; ils y faisaient un tapage épouvantable. Cependant, après que le prêtre avait fait trois fois le tour de l'église, ils devenaient muets, les portes de l'église s'ouvraient violemment et

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alors on célébrait la résurrection du Christ. Dans la vallée de Bagnes, pendant qu'on sonne les cloches la veille de Pâques, ceux qui ne sont pas à Téglise se rendent au cours d'eau le plus rapproché pour s'y laver les mains, car on affirme que ce matin-là, à la voix de la grand'cloche, toute eau courante se transforme en messagère de bénédictions et notamment empêche les verrues aux mains. Dans le val Tamina, on brûle les vieilles croix du cimetière ; les cendres en sont bénites par le curé et servent ensuite de talisman.

La fête chrétienne de Pâques représente une très ancienne fête du printemps, à laquelle se rattachent un wo'and nombre de coutumes populaires ; il est vrai que souvent ces manifestations ont lieu le lundi, à cause du caractère très religieux de cette fête chrétienne. Â Berne, il y avait autrefois, le lundi de Pâques, un grand cortège des bouchers avec bœufs et moutons ; c'était primitivement une cérémonie cultuelle. Après le cortège avait lieu un <t jeu d'œufs » (Eierlesete), une fête de lutte et une danse aux cerceaux. Le cortège de la jeunesse de BoUi* iien (Berne) est une cérémonie analogue ; ce cortège eut lieu à Berne en 1820, le jeudi après Pâques. Une « musique turque » marchait en tète, puis venaient un ours, Guillaume Tell avec son fils, les anciens cantons, le bailli Gessler avec sa. suite, un paillasse, 20 couples ile danseurs avec des cerceaux et le char de Baccnus trafné par quarante jeunes gens. Sur une place on joua la scène de Tell et on exécuta une danse aux cerceaux. En d'autres endroits, Bâle, Neuchâtel, Lausanne, par exemple, il y avait et il y a encore des cortèges de bouchers où figure le boeuf de Pâques. Le jeu d'œufs est une coutume a origine purement alamane; il est praticfué dans la Suisse septentrionale, orientale et dans la Suisse romande. Deux sociétés, les bouchers et les meuniers ou les boulangers, par exemple, parfois des groupes quelconques organisent un concours; le champion de Tune doit déposer ou jeter un certain nombre d'œufs dans un van, pendant que le champion de Tautre doit parcourir à pied ou à cheval une certaine distance; le premier se nomme le « ramasseur », le second te «coureur *>. La société dont le représentant a le premier accompli son travail est déclarée victorieuse. Le groupe ^-aincu doit payer à boire ou fournir les œufs. Un autre jeu d'œufs se pratique à Mônchaltort (Zurich). Ici, le lundi de Pâques, les jeunes filles jettent des œufs en l'air et les garçons cherchent à les prendre au vol. L'habitude de casser les œufs (piquer, tôpfen, tûtschen) est générale en Suisse. Dans la Suisse allemande, les enfants croient oue pendant cou jours de fête c'est un lièvre qui pona les œufs teints ; c'est pourquoi, en bien des endroits, on appelle la recherche des œufs cachés : « chercher le lièvre de Pâques » (den Osterhasen suchen). Dans le Bucheggberg-Krie^stetten, à Berne et ailleurs encore, les enfants font de jolis petits nids pour que le lièvre vienne y déposer des œufs. Â cette époque de l'année les pâtissiers fabriquent, même dans la Suisse romande, des quantités de lièvies en chocolat. Si l'on en croit les ieunes villageois du canton de Lucerne, ce n'est pas le lièvre, mais le coucou qui dépose les œufs dans le nid. Les œufs de Pâques ont donné naissance à toute sorte de coutumes : ou bien la jeunesse des écoles donne des œufs au curé (Soleure) ; ou bien ce sont les jeunes filles qui en donnent aux jeunes gens qui leur ont rendu visite pendant l'année ; en échange, elles sont invitées au prochain bal (district de Knonau) ; ou bien encore les garçons qui ont été confirmés à Pâques se rendent le lundi chez les jeunes lilles qui ont été confirmées avec eux ; ils reçoivent d'elles des œufs de Pâques, en échange de quoi ils les invitent à un banquet suivi de danses, qui a lieu le dimanche suivant (Hôngg) ; en Ajoie, le curé bénit les enfants te jour de Pâques; ceux-ci lui font offrande d'œufs colorés qu'ils déposeflt dans un paAier.' Outre les œufs, on trouve encore comme mets spéciaux de la fête de Pâques des tranches de bœuf, de mouton et de chèvre ^Appenzell, Saint-Gall), cuites avec des œufs, des omelettes au cidre, d)es « Fladen w, des "gâteaux au fromage, des omelettes aux herbes « Krautkuchen » (Berne), etc. D'autres réjouissances ont aussi lieu à Pâques. Pour la première fois de l'année, on fait de grandes promenaoes â la campagne (« Œsterlen, osteren, emausen »),

on organise des fêtes pour les enfants ; dans le « Luzerner Gâu» on va faire un pique-nique dans la forêt; dans le 'Wehnthal, c'est sur ce jour que tombe aussi la fête de tir des garçons (Tàtschschiessen).

Autrefois, à Lucerne, on donnait à Pâques de grandes représentations théâtrales. Nous avons déjà vu que la veille de Pâques se pratique une antique cérémonie liturgique : la bénédiction du feu nouveau. Elle a lieu le dimanche de Pâques dans certaines communes du canton d'Argovie. A Seinbrancher (Valais), la municipalité offre un vin d'honneur à la sortie des offices. Prêtres, chantres et servants d'é&libe défilent devant une table installée sur la place publique; tous boivent le vin pascal en trempant une tranche de gâteau aux œufs et en trinquant avec le président et les conseillers municipaux. C'est ensuite le tour de la population. Quiconque traverse le bourg à cette heure, voituriers, promeneur», ouvriers passant le Grand Saint- Bernard, est invité à l'officielle agape. Sur la table reluisent de vénérables channes marquées aux armoiries de la bourgeoisie. On n'en fait plus usage, mai;» elles rehaussent l'éclat de la cérémonie.

Le dimanche après Pâques (« Petit Pâques, Quasimodo, weisser Sonnta^», dans le Rheinthal, a Schapelier-Sontag ») est ordinairement le jour de la première communion pour les jeunes gens qui ont été confirmés à Pâques. Dans le canton de Lucerne, on donne aux catéchumènes, en abondance, des petits gâteaux et des crêpes. A Buckten, les jeunes filles offrent des œufs teints aux garçons.

Saint-Georges (23 avril). C'est un jour ou l'on paye les loyers et les fermages. Le temps qu'il fait ce jour-là sert à prédire le temps qu'il fera.

Saint-Marc (25 avril). C'est la bénédiction des semailles

Sar le curé dans les cantons catholiques. Dans le canton e Genève, surtout dans le Mandement et la Champagne, Sendant la semaine qui précède le premier dimanche e mai, les jeunes garçons nettoient les fontaines du village puis les décorent de verdure. Le dimanche, ils font le « feuillu », c'est-à dire une pyramide de fleurs et de verdure ou un petit sapin orne de fleurs et de rubans, qu'un garçon porte à travers le village, tandis Qu'un autre agite une clochette et que d'autres vont ae maison en maison pour recevoir sons forme de vin, d'œufs et de fruits, le prix de leur travail. L'après-midi les garçons se réunissent pour manger et boire le produit de la quête du matin.

Les coutumes de mai (Maibrâuche) sont des fêtes po-

{mlaires très poétiques et dont on regrette à bon droit a disparition. Nous citerons avant tout les « chants de mai » (Maisingen) des enfants, qu'on chantait surtout dans la Suisse romande et qui se sont maintenus en certains endroits. Cette coutume existait, en outre, dans la partie allemande du canton de Berne ; elle existe encore dans le Tessin. Elle se pratique le premier dimanche de mai, parfois aussi le premier mai. En voici les traits essentiels : des jeunes filles et des jeunes garçons, parfois les uns et les autres, munis de fleurs ou de rameaux verts, organisent un cortège dans le village, annoncent l'arrivée du printemps par un chant (Maîentse) et sollicitent de petits présents. Il n'est pas rare que le cortège soit précédé d'un couple, les époux de Mai, nommés aussi roi et reine de Mai; c'est un couple d'enfants choisis parmi les plus beaux de l'endroit et qui doit symboliser une année féconde pour la localité. Dans le canton de Neuchâtel, à Dombresson, par exemple, les garçons n'avaient la f>ermission de chanter que si les hêtres étaient déjà feuilles e premier dimanche de mai. Au cas contraire, c'étaient les filles qui chantaient. A Rochefort, quand c'étaient les

f [arçons qui chantaient, ils avaient le droit d'embrasser es filles. Le cortège de Fleurier et celui de Môtiers- Travers ont dû être particulièrement riches au milieu du X1X« siècle, car, en 1843, il n'y avait à Fleurier pas moins de ^00 enfants costumés au défilé. A Grand son et Arzier (Vaud) ce n'était pas un couple qui conduisait le cortège, mais une reine ou reinette de mai, très joliment habillée et couronnée de muguets et de pervenches. Cette coutume semble avoir une origine très ancienne à Estavayer, où les garçons circulent dans des voitures avec des fleurs blanches el taquinent les filles en leur criant : « Poutta la bala ». Celles-ci leur ripostent en leur jetant des Heurs jaunes et en criant m Bovin-

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roDs, » petit bouvier ; dans le canton de Vaud boveirons. Pour narguer les garçons, on fixe des couronnes de fleurs jaunes au plus haut des maisons; ceux*ci cherchent à les décrocher par tous les moyens possibles. Kn maints endroits (Vaud, Soleure, Zurich, Tessin, Jura bernois) on dresse des arbres de mai ; ce sont d'ordinaire des sapins ornés de diverses façons ; on décore aussi les fontaines de verdure (autrefois à Bâle-Campagne) ; cela se fait encore de nos jours dans les cantons de Neuchâtel et de Schaffhouse. Une coutume du !•' mai est celle de décorer les maisons des jeunes filles irréprochables d'un petit arbre taudis que l'on met un torchon de paille ou un mannequin sur les maisons de celles qui ne sont pas sages. Nous manquons de renseignements complets sur les « Châteaux d'amour » de la Suisse romande, ancienne coutume de mai aujourd'hui perdue. C'était probablement une survivance de ces jeux d'amour du mo^en âge, qui consistaient dans le siège et la prise figures d'une citadelle défendue par des jeunes filles qui usaient de fleurs comme projectiles. Â Sargans et dans les environs on sonne l'arrivée du mois de mai ; pendant la sonnerie chacun prie pour que l'année soit bénie.

D'autres réjouissances de toute nature se rattachent au i^' mai. A Nendaz, la jeunesse se rendait à un endroit désigné et s'y livrait à un jeu spécial, le « tsarat ». Ce jour-là, la jeunesse de Coire organisait autrefois une grande fête de jeunesse, tandis que maintenant on se rend des promenades aux roayens. Une jolie coutume est celle de la gent écolière de Poschiavo ; tous les élèves se rendent ensemble à Selva, sommité d'où l'on jouit d'une vue très étendue ; ils assistent à un service divin dans la cliapelle qui s'y trouve, puis préparent une polenta en plein air ; celle-ci est mangée en commun avec l'instituteur. Pour finir, les élèves coupent un mélèze dans la forêt ; on enroule le sac qui contenait la farine utilisée pour la polenta autour de la cime de l'arbre (|u'on recouvre de bouquets de fleurs des Alpes ; cela fait, on retourne au village et on plante l'arbre de mai devant la maison d'école.

Le mois de mai est riche en dictons et proverbes. L'eau puisée le l*"* mai (Bâle-Campagne) et la rosée de ce jour ont des propriétés curatives particulièrement remarquables ; cette dernière est surtout employée contre les taches de rousseur (Berne). Notons en passant le fait que l'entrée en fonction de certaines autorités, la tenue de quelques landsgemeindes, les assemblées de commune et les séances de tribunal, sont volontiers flxées au mois de mai.

Les saints « latins » Pancrace, Servais et Boniface (12, 13 et 14 mai) sont connus sous le nom de « saints de glace ». à cause des retours de froid qui se font souvent sentir à cette époque de l'anuée.

A la Samt-Urbain (25 mai), dans le pays de Sargans, on plongeait la statue de saint Urbain, protecteur des vignes, dans un bassin, afin d'obtenir une bonne vendani^e. A Baie, on revêtait d'habits de fête la statue de saint Urbain ^ui surmonte une fontaine ; on l'ornait de fleurs et on lui mettait dans les mains un verre de vin rouge et un de blanc ; le soir, au banquet, on implorait la bénédiction du saint sur les cultures.

Le jour de rAscension, et souvent le dimanche de la Saint-Jean on fait, dans la Suisse romande, des excursions sur les hauteurs avoisinantes pour voir le lever du soleil ; les habitants de Zurich montent à TUetliberg, ceux deSchinznach à la GisliHuh, ceux de Berne au Bantiger, ceux de Maienfeld au Luziensteig. Nous avons vu que les processions autour des champs ( Flurumritte) se font de

Ç référence ce jour-là (Lucerne et Bâle-Campagne). Kn hurgovie. les jeux d'œufs ont aussi lieu le jour de TAscension. Parmi les pratiaues religieuses de cette fête nous citerons la suspension d une image du Christ au toit de réglise dans les cantons de Fribourg, Lucerne, Zou^ et Schwyz ; on s'imaginait que la direction dans laquelle se tournerait l'image serait celle d'où viendraient tes orages pendant l'année (Schwyz). Le jour de TAscensioM, une messe soiennele se célèbre à la chapelle de Tell, au bord du lac des Quatrc-Cantous. Les participants y prennent p irt dans les embarcations qui les ont amenés. A Saas iPriitigau) les jeunes filles se rendent à l'église avec des counmnes de ileurs sur la tête. Les mets de fête de ce

jour sont la crème fouettée (Oberland zuricois) et des tartines au beurre (« Ankebock » dans le Mittelland bernois. H Ankebrut » dans le canton de Zurich). En fait d'idées superstitieuses mentionnons la croyance suivant laquelle l'ordre normal doit être rétabli dans les cieux le jour de l'Ascension; pendant l'intervalle de Pâques à cette dernière fête, ce sont les petits garçons qui régneront aux cieux (canton de Lucerne). En Thurgovie, les (pufs pondus le jour de l'Ascension servent de talisman contre la foudre et la grêle. A Buckten, huit jours après l'Ascension, on fête la « Nach-Uffert » ; on danse à l'auberge et les jeunes gens font des cadeaux aux jeunes filles qui leur ont donné des œufs le dimanche après Pâques.

Des coutumes analogues se rapportent au dimanche de Penlecôle. Ce jour-là, on fait aussi des excursions à la montagne (à Stàfa on monte au Lattenberg, dans les Grisons aux mayens). Dans la Basse- Engadine, la jeunesse va danser dans les prairies. Les parents, les parrains et marraines donnent des œufs aux enfants (Schaflhouseï ; jadis, à Pentecôte, chaque bourgeois de ."chafiThouse et chaque veuve recevaient un pot de vin et une livre de pain ; dans l'Oberland zuricois, les paysans donnent aux pauvres le lait de Pentecôte (Pfingst-Milch) dans l'espoir que cette bonne action leur vaudra une production laitière abondante le reste de l'année. A ^hlatt (Thurgovie), les jeunes filles cuisent des gâteaux et se rendent mutuellement visite. Dans la nuit de Pentecôte, les ^rrons des communes saint-galloises de Rùti et d'Obemel peignent des « Pfingstmânnli » sur les maisons des jeunes filles qui ont un amoureux (Oberriet) ou de celles qui n'en ont pas (Riiti). Le cortège de Pentecôte, avec le u Pfingstlùmmel » dans le Frickthal et le « Pfingstblùtter » dans le Birseck est particulièrement intéressant. Quelques garrons vont dans la forêt ; l'un d'eux est complètement recouvert de feuillage ; on le place sur un cheval, on lui donne un rameau vert dans la main et ainsi décoré on le conduit au village. A la fontaine le « Pfeistlùmmel» (c'est le nom du personnage) est descendu de sa monture et plongé dans le bassin ; en revanche, il a le droit d'asperger tous les assistants (Frickthal). l'ne coutume analogue existe dans le Birseck. A Fribourg, on faisait descendre à Pentecôte une colombe en bois du haut du chœur de l'église ; en certains endroits du canton de Lucerne, c'était une colombe vivante. Superstitions. Le bugle rampant (Ajuffa reptann) cueilli à Pentecôte pendant le culte est bon contre toutes sortes de maladies (Simmenthal). Dans la Suisse orientale, on croit que le temps cfu'il fait le jour de Pentecôte sera le même les sept dimanches suivants. Mets. Beurrées (Ankebrut dans rOberland zuricois), gâteaux au cumin et gâteaux aux herbes (canton de Berne).

Le jour de la Fête-Dieu, le deuxième jeudi après Pentecôte, est un jour de fête essentiellement religieuse dans les cantons catholiques. Ce jour-là a lieu la procession du Saint Sacrement en l'honneur duquel on décore les rues où l'on dresse quatre reposoirs.

La Saint-Médard (8 juin) est un des plus grands jours de présages ; il indique surtout le temps qu'il fera pendant les fenaisons.

Le jour des 10000 chevaliers (22 juin) est considéré comme un jour néfaste. Celui qui fauche ce jour-là détruit son herbe (Gossau).

Lu Saint -Jean (24 juin) est avant tout un jour de terme ; mais c'est aussi un important jour de présages, et bien des superstitions s'y rattachent. Certaines herbes ont une vertu miraculeuse si elles sont cueillies à la Saint-Jean. Les bains pris pendant la nuit de la Saint-Jean sont particulièrement sa lu ta ires (Lucerne), mais il faut pourtant les craindre, car la nuit de la Saint-Jean réclame sa victime. C'est pour la même raison qu'en ce jour il ne faut pas monter sur les cerisiers car on peut facilement en tomber et se tuer. A Fuldera, la jeunesse du village a le droit de traire toutes les chèvres le soir de la Saint-Jean et de disposer du lait. Quand le chevrier annonce son arrivée par le son de la trompe, les garçons et les \\\\e^ sortent du village, vont à sa rencontre, passent d'une chèvre à l'autre avec leurs seaux et les traient toutes. Le produit de la vente du lait fait les frais d'une soirée dansante. (D'après Herzog.) Sur les alpes Bohl et .Ellg.<u

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i canton de Berne) le produit du lait du 4 juillet (Saint- Jean, vieux style) est réservé aux pauvres.

Le 29 ^uin Pierre et Paul, est en plus d'un endroit considère comme un jour de malheur et de sortilèges.

Le 25 juillet Jacques le Majeur est le jour des kermesses alpestres du Stoss (Appenzell) et de la Berra (Frihourg). Dans le canton de Berne les pâtres, suivant J.-J. Krickart, jettent ce jour- 19 du haut des parois de rochers des flèches et des javelots enllammés, entourés d*étoupe vt enduits de poix* Jadis, dans le canton de Berne, on ullumait de grands Teux sur les hauteurs.

Saint-Laurent (10 août). Celui qui creuse la terre le 10 août trouve du charbon (cantons de Glaris, Luceme, à Zollikon près de Zurich, à Stein s/ Rhin, et d'autres endroits encore.

Le 15 août, TÂssomption, est un grand jour de fête dans les contrées catholiques. En Argovie. c'était jadis ce jour-là qu'on consacrait les herbages qui devaient servir de talismans contre les revenants, les sorts et la foudre.

Le ^ï août, Saint- Barthélémy, est un jour de présa- ;;es. Le dimanche de la Saint-Barthélémy les pâtres du Flumserberg (Saint-Gall), autrefois de l'alpe d'Aï (Vaud) et des alpages de Gsteig (district de Saanen) abandonnent le produit de cette journée aux pauvres. C'est aussi en ce jour que les pâtres du val d'Ânniviers remettent leur fromage au curé de Vissoye.

A la tîn d'août a lieu à Aarau le « Bacbfiscbet » (pèche du ruisseau); les habitants de cette ville détournent pour le nettoyer le cours d'eau qui traverse la ville ; les enfants des écoles ont la liberté de prendre le poisson qui s'y trouve. Quand, le soir, Tesu est ramenée dans son ancien lit, les enfants vont à Suhr le saluer avec des lanternes formées de courges creuses, des rameaux verts et des flambeaux ; ils ont tambours et musique et chantent le M Bachlischcl-Lied ».

Le 25 août est le jour de la Saint-Louis. Ce jour-là, à I^Uiianne, il y a un grand marché aux Heurs et l'on offre d<^s bouquets aux personnes portant ce nom.

Le !•'' septembre, jour de Sainte-Vércne. les meuniers du Surbthal (Argovie) font retailler les meules et nettoyer les biefs, car, d'après -la légende, ce jour-là la sainte aurait descendu l'Aar sur une meule de moulin. Dans l'ancien comté de Baden, en ce jour on donne aux enfants des habits neufs ; on leur lave tout spécialement la tête et on les peigne soigneusement.

Le i2 septembre, à Môtiers, les enfants célèbrent la ri'te des fontaines en souvenir de la prise du château de N(*uchâtel par les patriotes en 1831. Us vont chercher des

f»ervenches, de la fougère et du lierre pour en décorer es fontaines : la nuit venue ils allument des feux, exél'utent des rondes et chantent des hymnes patriotii\ue».

Le 29 septembre, Saint-Michel, est un jour de terme et tie présages. Dans le canton de Schwyz, saint Michel joue le rôle dévolu ailleurs à saint Nicolas on le petit Soi*] ; il distribue des cadeaux. Pendant les vêpres, rarciiange vole de maison en maison pour porter des présents aux enfants qui sont à l'église. A Beromùnster, on célébrait ce jour-là une grande fête où Ton frappait une monnaie spéciale (Michaëlspfennijj^) et où l'on distribuait des petits pains dits « Michaëlsbri>dli ».

A Neuchàtel, l'époque dfs vendanges est caractérisée par des mascarades autrefois réservées aux seuls enfanta ; depuis quelques années, un grand cortège costumé parcourt les rues de la ville un des dimanches de vendanges. Dans les villages du vignoble on danse dans les auberges. Au lac (le Bienne, le pavillon de Vî\e de Saint-i'ierre est ouvert aux danseurs pendant toute la durée des vendanges. A Genève on i<e masque le jour de l'Kscalaiie ainsi qu'au Nouvel An ; à cette dernière date, il en est de même à Lausanne et dann d'autres localités du canton de Vaud.

Le 9 octobre i Saint- Ueni:»; les gardes champêtres de la vallée des Ormonts, escortés d'une musique cainpa- ^-narde, s'en allaient, masqués, de porte en porte, saluer les hommes d'une façon bouffonne et olfrir un bouquet de thym aux jeunes filles ; le plus beau était réservé au pasteur ; la fête se terminait par un joyeux banquet où les agents sortant de charge remettaient leurs pouvoirs aui nouveaux gardes champêtres « Messeliers » (d'après Berzog). La Kêt<* du Rosaire (« Rosenkranzfest »), est une

fête e.Kclu8ivement religieuse qui se célèbre dans les contrées catholiques le premier dimanche d'octobre.

Le 16 octobre, Saini-Gall est un jour de terme pour les paysans. Le 18 octobre. Saint- Luc, les él»'ves nécessiteux de Baie reçoivent du drap (Schulertuch) pour des habits, probablement en souvenir du grand tremblement de terre qui eut lieu co jour-là en 1^6.

Le 25 octobre, Saint-Crépin, de grands festins se célébraient à Coire dans les locaux des corporations ; à Wlnterthour, les cordonniers organisaient un cortège militaire.

Les fêtes de la Toussaint (k' novembre) et des Trépassés (2 novembre) sont exclusivement religieuses.

Par contre, les jours des Qltatre-TwHips sont très importants, surtout au point de vue des superstitions. Us tombent sur le mercredi, le vendredi et le samedi après le mercredi des Cendres, après Pentecôte, après l'exaltation de la Croix (14 septembre) et Sainte-Lucie (13 décembiv). La veille de ces jours de jeûne, on doit filer la ((uenouille jusqu'au bout (Schwyz) ; les enfants nés un de ces jours voient les revenants ou peuvent prédire l'avenir (général); il n'est pas permis aux femmes de faire leurs tresses ces jours-là sous peine de voir tomber leurs cheveux (Neerarh) : si l'on cueillait des fruits un jour des Quatre-Toinçs et les deux suivants, les arbres fruitiers resteraient stériles plusieurs années (Siggenthal argovien). En décembre, le jour des Quatre- Temps est encore marqué par l'apparition d'un spectre, la a Krau Faste » appelée aussi « Frau faste- Wibli » ou u-Mûeterli ». Les sorcières ont aussi leur sabbat ces nuits-là (Heiden, Appenzell).

Les coutumes et les fêtes dont la date diffère suivant les endroits sont les (êtes de d/Hlicdce» et les foires. Les fêtes de dédicace (Kirchweih, Kilbi ou bénichon) (Fribourg). Dans ce canton, les bénichons ont été ramenées à deux périodes différentes ; la bénichon de la plaine en septembre et la bénichon de la montagne en octobre. La « vogue », dans les communes catholiques de Genève, était primitivement la fête de consécration d'une nouvelle église, en outre, à l'origine, c'était la fête patronale. Mais comme'a cette occasion il y avait toujours une grande aflluence de gens de la campagne, il s'organisa ces jourslà, dès la fin du moyen âge, de vraies fêtes populaires qui n'eurent dans la suite rien de commun avec l'église. La fête ordinaire de dédicace se déroule dans toute Ta Suisse suivant à peu près le même programme que dans les autres pays de l'Europe. \\ existe en outre maintes coutumes originales. Nous avons déjà parlé, à propos du Carnaval, des visites réciproques que se font certains villages ; nous avons aussi cité la « Feckerkilbe » de Gersau et les « .-Elplerkilbenen ». Dans le Petit-Soleure les propriétaires de maisons fêtent la « Vorstâdtler-Kilbi » a la Sainte- Marguerite ; cette fête est liée à la commémoration de la bataille de Dornach ; suivant la tradition, les gens aptes à porter les armes auraient été appelés en pleine fête à aller délivrer la ville de Dornach ; la bataille finie ils seraient revenus la terminer joyeusement. Ce jour-là, après le culte, hommes et femmes se réunissent à l'hôtel en un joyeux banquet. On procède à la mise aux enchères de la première danse (Kilbe-Tanz). Celui qui a offert la plus forte somme a le droit et le devoir d'ouvrir le bal

f^ar une danse qu'il exécute seul avec sa danseuse au miieu du pont de l'Aar. Des garçons noircis de suie font cercle autour du couple pour lui faire de la place dans la foule. Pendant le banquet on jette à la jeunesse rassemblée dans la rue des quantités de noix et de gâteaux (L. Tobler). Le canton des Grisons est particulièrement riche en fêtes originales de dédicace. A Sagens. nous trouvons la (• Knodel-Kilbi » (il « litgun » de Sagogn) : ce nom vient de ce que ce jour-là les garçons se font cuire par les filles un immense pain en forme de boule qu'ils mangent en commun en 1 arrosant de vin et en l'accompagnant de discours comiques. Ce repas sert d'illustration aux armoiries du village; celles-ci portent une massue que l'on appelait ironiquement la ^'rande boulette /grosscr Knbdel). La « Kâsfastnacht » (scheiver de caschieL de Lumbrein, le dimanche d'invocavit. est curieuse. On y fait une procession précédée « des Trois Maries »», troisjeunes filles costumées en nonnes. Klles portent comme coiffure le (• Stuorz ». emblème de deuil ; deux d'entre elles tiennent

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aussi une tête de mort à la main, tandis aue celle du, milieu, la «mère des douleurs», a sept épees sur la poitrine. Au milieu de la procession, un garçon en larges habits noirs porte une croix noire. Il s'appelle « nelii y» (a^eau) et doit représenter Jésus, Tagneau offert en sacrifice. Parmi les autres dédicaces grisonnes, citons enencore le M Honigsonntag» de Vais, la « Knôpfli-Kilbi » (Domengia da bizocals) de Lenz, les « Ziger- et Erdâpfel- Kilbenen » du Schanfigg, la « Kraut-Kilbi « de Haldenstein, etc. Il semble que, dans ce canton, le nom de « Kilbi » soit souvent employé d'une façon générale pour désigner les fêtes populaires.

Nous ne nous attarderons pas à parler en détail des foires et marchés, car, à part quelques modifications locales, ils se déroulent partout de la m(^me manière. La foire de Zurzach était autrefois célèbre et très importante pour le commerce de la Suisse allemande.

Bibliographie. Un exposé général des coutumes populaires de la Suisse n'existe pas encore. Un premier essai sont les Genwide der Schweiz (Kantone Âargau, 1844. Appenzell, 1835. Basel, 1841. Freiburg, 1834.Glarus, 1846. Graubiinden, 1838. Luzern, 1858. SchatThausen, 1840. Schwvz. 1835. Solothurn, 1836. Tessin, 1835. Thurgau, 1837. 'Unterwalden, 1836. Uri, 18:^. Waadt, 1847. Zurich, 1844) ; on peut encore citer : E. Osenbrii^gen, KuUurhistorische Bilder ata der Schweiz. Leipzig, 1863. Neue Kulturhistorische Bilder aus der Schiueit .Leipzig^ 1864. Wanderstudien aus der Schweiz jSchafThouse et Bâle, 1867-81). W. Senn, Charakter bilder schtveizerischen Landes, Lebens und Strebens. Glaris, 1870-71. H. -A. Berlepsch, Schweizerkunde, 2 édit., Brunswick, 1875. H. Herzog, Schweizerische Volksfeste ,. Sitien und Gebrâuche. Âarau, 1884. X. Fischer. Ursprung, Wesen Werlh und spatere Entwirklung der alten schwei* zerischen Volksfesie (dans la Schweiier. Zeitschrift f. Genieinnûtzigkeit. 23, 1884). Ludw. Tobler, Altschweizerische Genieindefeste, 1894 et Die Mordnàchte und ihre Gedenkta^e^ 1883, in Ludwig Tobler, Kleine Schriften zur Volks- und Sprachkunde. Frauenfeld,

Les sources principales pour notre étude ont été naturellement le « Schweizerische Idiotikonr* et les Archives Suisses des Traditions Popidaires.

Parmi les monographies traitant des coutumes de cantons séparés on peut nommer : M. A. Feierabend, l'eber Volksfpste und Volksspiele ini Kanton Luzern (dans les Verhandlungen der Gesellschafi fur Vaterlàndische Kultur, 1843, S. 85 ff.). G. Leonhardi, Rhatiscfte Sitten und Gebnïuche. Saint-Gall, 1844. A. Lùtolf, Saen, Bràuche, Legenden aus den fiïnf Orlen. Lucerne, 862. J.-A. de Sprecher, Geschichte der Republik der drei Bnnde, vol. II. Coire, 1875. Anna Ithen, Volkstûmliches aus deni Kanton Zug (dans Archives suisses des Traditions nationales, I). J.-C. Muoth, Nachrichten ûber bundnerische Votksfeste und Bràuche (ib. II). E. Buss, Die religiôsen und weltlichen Festgebràuche ini Kanton Glarus (ib. IV). Mario ***, Le génie des Alpes valaisannes. Neuchâtel, 1893. G. Baumberger. St. Gatler Land — St. Galler Volk. Einsiedeln, 1903.

d) Nous avons placé les jeux à la fin de cet article ; nous ne pouvons cependant en entreprendre la description détaillée ; nous devons en particulier laisser de côté tout ce qui concerne les jeux d'enfants et nous contenter de renvoyer le lecteur aux ouvrages suivants : Aleinannisi'hes Kinderlied und Kinderspiel aus der Schv^iz de E.-L. Rochholz (Leipzig, 1857 et Kinderlied und Kinderspiel ini Kanton Bern de G. Zùricher. Zurich, 1902.

Parmi les jeux des adultes, la lutte est un jeu national spécialement suisse, pratiqué autrefois occasionnellement et devenu aujourd'hui un exercice aux règles bien déterminées ; puis le jet de pierres qui consiste à jeter^ au loin une lourde pierre, le jet de disques qui consiste à lancer une pierre plate vers un but déterminé. Le a Matzeschlagen N et le « Hornussen b sont des jeux analogues au cricket. Parmi les jeux de boules, nous trouvons le « Kugelitrôlen » où l'on cherche à rouler la boule bien loin, et le jeu de la « boccia » si cher aux Tessinois, et où Ton vise un but, tandis que le « Muttelen » est une espèce de roulette. Tn jeu pratiqué assez souvent dans les fêtes alpestres et qui

exige une grande agilité, est le «jeu du drapeau »; il consiste principalement à brandir autour de soi, dans diverses directions, un drapeau fixé à une courte hampe, en veillant à ce que le drapeau reste constamment tendu. La a morra » est un jeu des doigts, très pratiqué au Tessin ; il est d'origine italienne ainsi que la « boccia ». Les anciens jeux de cartes ont presque partout fait place au i< Jass «jeu hollandais ; le Skat des Allemands le remplacera peut-être bientôt. Les anciens jeux de cartes de la Suisse sont le Kaiseren, Grad oder Ungrad, Pandur, Trock (Tarock), Trenten, Beet, Proper, Hops, Neun-Hopa, Fifeli Môrli, Rams, Schwarzpeter, Klopfpeter, Erstlen, Schnippschnapp-schnurr, Schnappopperlen,Pifl-pafl-puff, Schnabix, Tapen, Binocle, Bataille, Mariage, Seul, Quadrette. Manille; tresette, anquina (ital.), etc.

e) Parmi les jeux ei les divertissements populaires des adultes, il faut aussi mentionner le Kàszânnet (qui consiste à faire des grimaces), le Kàsstechet (toucher un fromage les yeux bandés), la course aux sacs, le Grànnet. le Gânsekbpfet; la Weggli-Esset, etc.

Parmi les anciennes danses, nous citerons sans les décrire : Gauerlen, Allemander ou AUewander, Deutsch, Hopser, Langaus, Dreher, Muotataler, Drei AUein. Selbander, Lândler, Kehraus Altmâttler, VôgeU-Sckottisch, Balhierertanz, Hauptseer Jauchzer, Garibaldi, Greulette, Grebatanne, Schicktanz, Mon'erine (Alpes vaudoises, districts d'Aigle et du Pays-d'Enhaut , Fribourgeoise, Longue, Ajoùlotte, etc.

% Poésie poimlaire : Légendes, contes, légendes chrétiennes, facéties, chants pojmlaires.

Nous ne saurions donner ici l'énumération des légendes et des chants populaires suisses ni même le résumé des plus intéressants et des plus beaux. Nous devons nous Dorner à indiquer la bibliographie du sujet. Les recueils de traditions sont de beaucoup les plus nombreux, tandis que les contes de fées, les légendes populaires et les facéties n'ont pas excité le même intérêl, sans doute parce qu'ils sont moins répandus. On s'est aussi trop peu occupé des chants populaires ; on a surtout néglige d'en relever les mélodies. Les collections de Rossât, d'Alfred Tobler et de Gassmann sont des modèles du genre ; il est à prévoir au'on recueillera prochainement beaucoup de choses négligées jusqu'ici.

a) Légendes. Suisse allemande en général : J.-R. \\ ys8. Idyllen, Volkssagen, jA^genden utid Erzàhlungen 'aus der Schweiz. Berne, 18l5. J.-A. Henné von Sargans : Lieder und Sagen aus der Schweiz. Frankfùrt s/M., iSâS. Otte, Schu^izer-Sagen. Bâle, 1842. R. Miiller. Bilder und Sagefi aus der Schufeiz. Glaris, 1842. J.-J. Reithardt, Geschichten und Sagen aus det^ Schu^iz. Francfort s/M., 1853. G. Kohlrùsch, Schweizer Sagenbuch. Leipzig, 1854. E.-L. Rochholz, Xaturmythen. Nette Schumzersagen. Leipzig, 1862. H. Herzog, Schwrizersagen.ir^ collection, l»» édition, Aarau, 1870, 2» édition, Aaraù, 1887 ; 2« collection, Aarau, 1882. A. Frey, Srhireizersagen. Leipzig, 1881.

Suisse romande : Dulex-Ansermoz, Treuiilions et légendes de la Suisse romande. Lausanne, 1872.

Cantons pris isolément. Argovie : E.-L. Rochholz, Schu*etzersagen aus dem Aargau. Aarau, 1856. Appenzell : J.-B. Dàhler, Volkssagen aus Appenzell I.-Rh. Teufen, 1854. Bâle : J.-G. Lenggenhager, Volkssagen ans detn Kanton Baselland. Bâle, 1874. Berne : A. Jann, Emmenthaler Altertitmer und Sagen. Berne, 1865. J.-E. Rolhenbach. VoUiStûtnliches aus deni Kantfm Bert%. Zurich, 1876. D. Gempeler, Sagen und Sagengeschichten aus dem Simmenthal. Thoune, 1883. A. Daucourt. Légendes jurassiennes. Porrentruy, 1897. Fribourg : F. Kuenlin, Alpenblumen und Volkssagen aus dem Greierzlande. Sursee, 1834. J. Genoud, Légetêdes fribourgeoises. Fribourg, 1892. Grisons: Bandlin, Bhàtische Volkssagen aus deni Unterengadin^ 1835. A. v. Flugi, Volkssagen aus Graubinuien. Coire et Leipzig, 1843. l'. Senn, Bimdnerische Volkssagen, 1854. D. Jecklin, Volkstvmliches aus Graubftnden. Zurich, 1874. Coire, 1876, 1878. G. Luck, Rhàtische Alptmsagen. Davos, 1902, C. Decurtins, Ràto-romanische Chrest(miathie. IL 142-160. Lucerne : voir Suisse primitive. Saint-Gall : J. Kuoni. Sagen des Kantons St. Gallen. Saint-Gall, 1903. Soleurii : F.-J. Schild, /»

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Grossâlti ux^eni Leherliei^q. !!• vol. Gedichle und Saifetu 2* édit. Berthoud Iwl. Schwiz, voir Suisse primitive avec Zoug et Lucerne: A. Lûtolf, Sagen, BràU' che. Legenden aus den fùnf Orien. Lucerne , 1865. Vaud : A. Ceresole, U'gend^s des Alpes vaudoises. Lausanne, 1885. Valais : M. Tscheinen et P.-J. Ruppen, Malliser Sagen. Sion, 1872. L. Courthion, Veillées des Mayens. (renève, 1897. Zoug : voir Suisse primitive. Zurich : R. Baur, Volkssagen aus der Unigehung des Vetlibergs, Zurich, 1843. G. Meyer von Knonau, Ziircfu>rische Volkssagen. Zurich, lo53.

Les œuvres parues jusqu'en 1890 dans les périodiques sont indiquées dans le Uepertorvuni de J.-L. Urandstetter, Râle, 1892, p. 278, continué jusqu'en 1900 par Hans Barth (ih. 190d). Comme source principale, citons encore les Archives Suisses des Trcuiitwns Populaires. I-a plupart des Geniâtde der Schv^eiz, renferme des collections de légendes.

b) Contes. S. Liechti, Zvxilf Svhweizer-Màrcheii. Frauenfeld,1865. O. Sutermeister, A'iwd^'- und Hausniàrchen aus der Schu^nz. Aarau, 18H9. Decurtins, Màrchen aus </«7i Bftndtier Oher lande. Coire, 1874. C. Decurtins, dans Bohmer, Romanische Studien, II, 99-155. G. Decurtins, Hàloromayi. Cfirestomathie II, p. 1-128. G. Bundi, ^ngratliner Màrchen, 2 vol. Zurich (Polygraph. Institut). S. Singer, Schvjeizer Màrchen ; An) ang eines Katnmentars zu der verô/fenlHchten Schweizer Màrchenl tcratur. Berne, 1903 et 1906. Plusieurs des collections de légendes citées plus' haut renferment aussi des contes.

c) Les Légendes chrétiennes se rencontrent aussi dans quelques collections de légendes populaires. Voir en outre E.-F. Gelpke, Die christliche Sagengeschichte der Schweiz. Berne, 1862.

d) Facéties, surtout dans les collections de Jecklin et Herzog.

e) (Chants populaires. Pour la Suisse allemande, voir surtout la riche bibliographie de John Meier dans le Grundriss der germanischefi Philologie^ publié par Hermann Paul, II vol. U« partie (Strasbourg, 1893), p. 768. Puis G. Zûricher, Kinaerli^^d und Kind^rspiel itn Kanton Bern. Zurich, 1902. A. Tobler, Bas Volkslied ini Ajjwmzeller lande. Zurich, 1903 et A.-L. Gassmann, Dos Volkslied ini Luzeimer Wiagerthal und Hinterland dans Archix'es suisses des Traditions populaires. M.-E. Marriage et J. Meier, Volkslieder aus deni Kanton Bern, dans les Archives Suisses des Traditions populaires, V» vol. page 1. 1899. Ce périodic^ue renferme aussi plusieurs petites collections ainsi que quelques chants détachés. P. Fink, Kinder- und Volkslieder, Reinie und Sprûche aus Stadt und Kanton Schaffhausen. (Programme du Gymn. de Winterthour, 1906.)

De la Suisse romande. Canton de Berne : A. Rossât, Chants patois jurassiens, dans les Archives Suisses des Traditi^ms Populaires, IH. 257; IV. 133 ; V. 81. 201 ; VI. 161, 257 ; VII. 81, 241. Canton de Fribourg: J. Reichlen, Ln Gruyrre illustrée, IV V. VIII. Leipzig, 1894, 1903. (Ihansims et voraules fribaurgeoises] Les chants du rond d'Estavayei\ Fribourg, 1894. J. Cornu, Chants et contes populaires de la Gruurre dans Romania IV. Canton de (ienéve: Blavignac, TÉmpro genevois, 2« édition, Genève, 1875. Canton du Valais: m"»*Ceresole de Loës, Chansons valaisannes dans Les Archives Suisses des Tfxiditions Popidaires. IV. 309. Canton de Neuchâtel : Les chansons de nos grand'mh^es ; recueillies par Alfred Godet. Nouvelle édition, avec illustrations par Lucie Attinper. accompa^ement de piano par .1. Lauber. Neuchâtel, 1891- 1898. Vaud n'a pas de collections de chants populaires.

Suisse romanche. A. v. Flugi, Chanzuns popularas d'Engmdina, daius « Bôhmers Roman. Studien » I, 309; A. V. Flugi, Die Volkslieder des Kngadin. Strasbourg, 1873. H. Caviezel, Littei^atura veglia, dans Annalas délia Societad Bhspto-Bomanscha, II". 267; Vlll. 140; IX. 187. J.-C. Muoth, Canzuns dil cont poptdar, \d. III, 269; P.-J. Derin, Canzuns popularas engiadinaisas. id. VI. 34; Vil, 45. A. Vital, Cnanzuns popularas todinas, id. XI, 161 ; XII, 243; XIV, 201 ; XVII, 33. Chrestotnathie de Decurtins, Il et ïlI.Voir, en outre, les bibliographies des Archives Suisses des Traditions Populaires.

Il n'y a. pour le moment, pas de collection imprimée de chants populaires suisses en langue italienne.

Les renaeignements sur le Folklore des divers cantons sont encore oien incomplets. La Société des Traditions populaires dont le siège est à Bâle a cherché à constituer depuis 11 ans un réseau de correspondants appelés à coordonner les renseignements ; mais elle est livrée au bon plaisir de ces contributions volontaires. Il est vivement à désirer que chaque canton cherche à compléter le trésor de ces traditions nationales en train de disparaître. fProf. Dr E. Hovfmamn-Kratbr.J

II. L'Habitation*. Dans la distribution intérieure d'une maison d'habitation et de ses dépendances, écuries, gran-

Plao d'une maison celtique à Orvin(JurA bernois) (pr 2 familles).

ges, etc., on est tenté de voir non seulement l'eflet du hasard, mais plutôt un arrangement témoignant des goûts

V é panda

ICI] d]] Buanderie

Porcherie

Remise

Lcupie

Plan d'une maison bernoise à Hoimenschwand.

du propriétaire ou de son architecte. C'est le cas des constructions modernes, particulièrement dans les villes, où Ton rencontre le mélange des architectures les plus

* Los illustrations vont en grande partie tirées de l'ouvrage en train de paraître J. Hunnker, Dos Schweizerhaus.

qua

ville!

banales et préliôlels et dans les « maisons de rapport « dont l'ar- . ne tient compte ni du pays ni ilimenls seraieni aussi bien placés e, â Saiot-Moritz qu'à Luceme, v. En Suisse, comme daDt touales sont beaucoup |ilus expoEées à la c.impaiinpH : les nouveuiix quar-

mcHlerni ,. . ..

tiers n'ont nulle part Ire, les quartiers anciens ont. en général, conseivd leur caractère spécial. Tel le vieux Berne, avec ses larges rues à arcades, ses tours si caractéri«iiques, ses maisons boui^ lieoisea si cossues. Celte architecture se retrouve dans les localités du Seeland qui étaient placées sous l'inlluence de Berne. L'nearchitecture analo)[ue, mais ayant ses traits spéciaux, est celle de la ville de Tlioune. avec ses maisons à toits en Toile saillie. (*n autre genre, d'un pitloi'eE<|ue cliarmant. csi représenté par Scliallliouse avec ses nomhi-euï 0 Krker •>. .e» fai'ades peintes et son Munot. Lucerne avec ses ponts ornéa de piiinturcti. ses anciennes maisons de bourgeois et de corporations, dominés pal* une muraille llanquée de tours, s'étale gracieusement entre de vertes collines à l'exlrémilé de son lac. L'amateur de la villelle médiévale, aux rues étroites et aux maisons â étages surplombants, n'a qu'à visiter la petite cilédeWerdenbergou telle autre petite ville des bords du Rliin ou des rives du lac de -Veuchâtel. En ArRovie, au Tessin, ailleurs encore, on ville, petite ou prande. <|i '

villes moder

: celles

mblent a

devise : » l'être aussi banal que possible et ressembler à toul le monde. »

Il n'y a pas à proprement parler d'architecture auisee. mais il existe en revanche un grand nombre de styles suisses. La maison de rEneadine. celles de Ijerne. de l'Appeniell ou du Jura ne diO^rent pas seulement d'aspect, mais varient aussi qu.tnt à la construction et l'aménagement inlérieur. H existe peu de pays où sur un espace aussi restreint on rencontre autant de constructions variées. Les styles les plus remarquables sont de l'O. à TE. :

1° La iiiahon du Jura, dans le Jura bernois, les cantons de Neucliâlel. Vaud, lienêve et la plus ftrsode parlie du canton de t'rihourg, Son caractère particulier etl la réunion sous le môme toit de la maison et de la grange ; celle-ci occupe le centre du bâtiment et est souvent entourée des deux côtés d'un appartement dout les murs BonI en maçonnerie, tandis que la grange est en bois. La maison du Jura se présente sous deux Formes principales: II' celle du Jura bernois, cai'aclérisée parla voûte en luT qui surmonte la cuisine (voie le plan); />' celles de« autres contrées de la Suisse romande dont le trait distinctif est la vaste cliemince en boia qui mesure, à la base, de 5à 7 m', et est couverte d'une fermeture mobile en bois également. On renconlie aussi ce genre d'habitation dans la Suisse allemande jusque vers rObwald. La cuisine est nu centre de la maison et la cheminée est souvent la seule ouverture par où pénétre la lumière (comparer avec la vue de la maison Tribourgeoise). L'entrée de la maison. qui est presque toujours à un seul étage, forme une sorte de vcsiibule. le devant-huis, placé entre les chambres latérales et devant la granité; il est souvent dépour>u

Sl)l

n Iflstium.eiArbed'ii.

(le porle, on le traverse pour entrer ilirecteiaeDt dans l'écurie et dans la gnnige, amsi que dans le logement comprenant : la cuisine, la cliambre de ménage Ipelyo ou lielol. les chambres à coucher Et la cave. Le loit est en i;éDêral couvert de grossière bordeau», rarement de tuiles, ou de chaume dans les cantons allemands. Celle forme d'habitation semble bien «daptée à la nature du paifa où «Ile s'élève : les maisons sont en général basses et sans or' Déments. l'Jlles rappellent le dur et pénible labeur des

it I introduction de l'industrie.

(1 jur

„i^rl.

e le type de

l'habita

l'Ialeau. de Kribourg a Weinrelden, de Thoune Son nom lui vient de la disposition presque ci lies trois parties dont elle se compose; ellps sont placées lune derrière Vautre ou l'une à côté de l'autre : chambre. cuisine et chambre de derrière. (|ui sert quelcguerois de cave, La grange et Técurie sont l'attachées au corps de logement et forment un même bàltment avec un toit à pi- 1,'non, Dans ces cont n'es, on trouve encore fréquemment le tott élevé très incliné, couvert de chaume, remplacé dana les régions ofi la culture du blé fait défaut par le toit de hardeaui ou de tuiles. Ce type de maison présente de nombreuses variétés de canton à canton.

Citons, entre autres: a' la maison bernoise de l'Kmmenliial (voir rillustration et )e plan île la maison d'Ileimen- ^rhnanil), vasli' construction abritant la famille, le bétail et les provisions. Elle répond parfaitement aux besoins du domaine dont elle occupe le centre- Son toit immense, couvert de tuiles ou de chaume, descend à peu dv distance du sol et entoure toute ta construction d'un abri protec-

teur. Des galeries courent sur les côtés de l'Iiabitation protégées par le vaste toit.

b) La maison du canton de Soleure, de la Haute-Argovie à la Iteuss, du G'iu lucernoïs, appelée ■• ïStockhaus e. dont le toit de chaume est remplace peu à peu par le toit de tuiles. Dans les villages, les maisons sont groupées. pourtant pas réunies sur une seule ligne.

SUI

nons un spécimen de ce genre de construction, pns Argoïie.

c' Dans le canton de Zuricli et dans ta région limil phe à rO. domine de plua en plus, à meeure qu'on vance vers l'K., la maison en règle-mur (voir Villm de la maison Je TobelJ. Sur les portes elle reçoit souvent une ornementation enJosangea. A côté deaconstrucions en règle-mur, on trouve encore souvent des maisons en bois (poutres ou planches).

3. La maison dite L'inderliaim iL^nder est le nom donné aux pelils bardeaux .qui recouvrent le toit] le « chalet ' en françai!!, est la véritable maison de la montagne suisse; c'est celle de tout le versant N. des Alpes, du Paysd'Enheut au Toggenbourg. à l'Appenzell et au Rheinthal saint- gai toi», en passant par I Olierland bernois et les cantons primitifs; le canton de Glaris et les contrées allemandes des Grisons, ainsi que le Haut-Valais reproduisent plus ou moins le mi^me type. La forme la plus simple est représentée par le pbn d'une maison dans la vallée Je la Sluola. Sauf de rares eiceptions, la grange est séparée de la maison; les deux bâtiments sont aua^i réunis par un faite en poutres croisées. La construction est en poutres plus ou moins équarries ou môme en troncs d'arbres laissés intacts. La chambre principale et la petite chambre sont dans la règle au pignon ; l'entrée est sur le côté, elle conduit directement dans la cuisine ou dans un petit vestibule. Les principales variétés de ce type sont :

II' La maison de rOberland bernois, qui se distingue par un (oit peu incliné, aux bardeaux épais, maintenus par de grosses pierres, avec, en général, des fenêtres couplées et ornées d'inscriptiona. de sculpli " "■

liselécs (comparer i il

n de la n

à Lai

bj La inaieon des trois cantons primitifs ne présente pas la même unité de forme; en ^néral son toit est plus incliné ; ici et là, les parois extérieures sont recouvertes de petits bardeaux; mais cet uaage ne date que du milieu du XiX' siècle; dans quelques maisons, on trouve la grande cheminée en bois du Jura.

c' La maison a ppenzelloise. quelon rencontre également avec quelques inodilicationa dans les contrées avoisinanl rAppen/ell, est reconnaissable à ses rangées de fenêtres couplées, son toit de bardeaux : ces deux particularités, réunies à la propreté proverbiale des habitations, donnent à celles-ci un aspect parliculit'rement agréable et confortable. Les toits ne sont pas tri's proéminents et les femHres sont protégées par de petits Bvanl-loila(voir l'illustration de la maison d'Urnâsch).

il' La maison alleniande-grisonne reasemble beaucoup à celle de l'Obcrland bernois, mais elle est en général plus simple et moins cossue. Un aime OK-dement les inscriptions, les galeries avec poutres sculptées, et les ornements de tout genre sur la façade et les corniches. Mais le plus beau décor de ces maiaona, ce sont les ileurs qui man-

auent rarement sur les tablettes des fenêlrea. In spécimen ea plua aimples est celui qui représente une maison du PratiEBU,

i. La nniuii" de VEiigadirw est totalement dill'érenl« de celle de la partie allemande des Grisons, ainsi que du

quoiqu'il revête en Engadine ses caractères marqués et son plus bel aspect, A de rares ex- I près, c'est une construction en pierre ou en recouvertes de maçonnerie, La maison engase distingue par son toit peu incliné, chargé de ou de bardeaux maintenus par des pierres ; aou- ; est ornée d'anciennes peintures murales ; des 1 en fer forgé garnissent les fenêtres, petites des meurtrières, ou courent le long des rampes !rs, A l'intérieur s'ouvre d'abord un vaste corridor parfois la moitié de l'étage, sur les

. . la' chambre, la cuisine et le cellie . au-dessus sont les chambres à coucher. Du sulér un passage conduit directement à la grange et à l'écurie qui sont réunies soua le même toit que l'habitation. Cette maison est d'une rigoureuse propreté; elle produit une agréable impression d'aisance et de confort ; elle répond

parfaitement aux exigences des long" "' ~ '

de cette contrée. Comparer le plan et la vue d'une maison à Filisur.

5. Le Tos'm ne présente aucune unité dans le caractère de ses habitations. Quelques régions, comme la vallée de Verzasca, ont des maisons très primitives où le mt^me local sert souvent de cuisine, de chambre de ménage et de chambre à coucher ; les fenêtres dépourvues de vitres sont fermées, en hiver, par des feuilles de papier ou des haillons. Les maisons sont tout entières en maçonnerie, le toit est formé de dalles de pierre. Dans les villages alpestres dea hautes vallées, les habitations ont une grande ressemblance avec la maison alpestre suisse-allemande, tandis que le Solto-Ceneri présente un type analogue a celui de l'tngadine. et que, dan* les parties méridionales du canton, les habitations ont déjà nettement le caractère italien. Voir la vue d'une maison à

l>. Le Yiilais n'oifre pas de dilférence marquée entre la partie allemande et la partie fnini.'aise du cantott ; mais avec l'altitude, la construction en pierre fait pi ' '

maison en boia. toutefois la cav--"' -*- -'■- —

régulièrement en ma^'onnerie

■de-chaussée sont

SlII

premier étage et l'élage supérieur. La distribution Je cette TnaisoD U rapproche du Lânderhaus, mais elle s paurtaDt ses particularités. De bas en haut, elle se compose de la cave, de la salle (cellieret Quelquefois chambre à coucher), de l'étage principal, de 1 étage supérieur et du ^letaa. Le premier étage fait en général saillie sur le rei- de- chaussée. Lesmaisonade hoia sont habituellement omementées. La grange est en général séparée de la maison. Voir l'illustralion d'une maison de mters.

7. La maison aouahe des cantons de Schalfhouse et de Thurgovie a plus d'une ressemblBuce avec le type à trois compartiments; elle est en général construite en régle- Lt peintes en rouge ; le reze et récurie. La grange

sn

i Rûdlingcn.

soient très

i poutree .

de -chaussée comprend ta ca l'habitation sont tantôt sous l( Voir l'illustration d'une maie

Bien que ces dilTérents tv| variés, on peut cependant leur reconnaître au premier coup d'ipil quelques caractères communs. Ainsi la maison du Jura et celle à trois compartiments ont toutes deux l'habitation et la grange sous le même toit ; la dernière se rapproche à son tour de la maison sonabe pour la construction et la dénomination des pièces ; la maison de l'En^dioe et celle du Sotto-Ceneri présentent une disposition semblable. On pourrait faire bien d'autres rapprochements encore. Il ne faut pas oublier que des conditions climatiques ou physiques semblables créent des analogies dans la construction. Les régions riches en céréales ont le toit de chaume très incliné, celles qui sont riches en forêts ont le toit de bardeaux ; les parois extérieures en poutres (Blockbau) ne se rencontrent que dans les contrées très boisées et où il est difficile de se procurer )ea matériaux nécessaires à la maçonnerie. Les hivers rigoureuxde la haute montagne obligent à construire des toits solides, de fortes parois et à n'ouvrir que des jours aussi petits que possible.

Même en tenant compte de ces divers facteurs, ainsi que du fait que les dilTérents types d'arehileclure ne $oat pas nettement délimités, mais présentent des transitions, en falaant la part de l'individualité du propriétaire et du constructeur, on doit encore se demander si la diversité dans la distribution intérieure de la maison ne constitue pas aussi un critère ethnographique. La question n'est pas encore résolue. Beman^uons encore que les tjpe» étudiés ne sont pas spéciaux a !a Suisse, mais se trouvent aussi dans les contrées timitrophes. La maison du Jura, par exemple, se rencontre eo France, au delà du Uoubs : la maison de Solenre, à trois compartiments, se 1 retrouve dans la ferme du Grand-Duché de Bade ; la mai- [ 9on tliurgoïienne reparaît au delà du Bodan ; le Lânderhaus suisse a son pendant dans le Vorariberg. et la maison de l'Kngadine existe, légèrement modinée, dans la ivgion frontière du Tirol. Il est en tous cas remarquable, répétons-te. de trouver, sur un territoire aussi restreint 'iue la Suisse, d'aussi nombreux genres d'arehileclure.

HihliograpkU. Gladhach. E. G. DerSrhwpitr-r Hol:»!!! in

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