‹ Dictionnaire géographique de la Suisse;Chapitre 75 sur 225 · XIX · texte numérisé non relu

XIX

iahrhtm- •l'i-r. Berlin,

blié par Société SI

G. Fatio et G. Luck, Ouvnmi les yeux. AnhUecture suijiïc lies lentps anciens et nioiiernes. Genève, 1804. J . Hunziker, Dos Schveizerhaus naeh seinen latidsckafllichen Fomien u. seiner geschichttiehen Entioickeluag. Aarau. 1900. dont quatre volumes ont paru : Valais, Teasin. Griaona avec Sargans, Gaater, Glaria, te Jura. Les deux premiers ont été traduits en français. |l'ro[, c, JbckupcJ

III. Les Costlhes popui.mhes. Un t-hapilre très intéressant de l'histoire du costume en général est celui des costu- !ttab[e que jusqu'à maintenant ....... ... .. - po.

les populaires. Il est regrettai is derniers n'aient pas éveillé

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lois Bomptuaires étaient envisagées lom — — .:!..•; —

importune. L'autorité ne veillant plus exécution, ellea furent de plus en plus freintes et tombèrent peu a peu en désuétude. Les étoffes étaient teintes de t:ouleurs vives, semées de fleurs, les vêtements devinrent légers et bouffants. Le paysan imita le citadin et voulut aussi avoir des étoiles de couleurs. Mais il resta fidèle aux anciennes coupes el aux anciennes formes. Animé d'un pieux respect pour le passé, il ronserva cependant maintes parties de I ancien costume; ainsi se formèrent des costumes locaux souvent très pittoresques el très caractéristiques. Tous res l'ostumes étaient d'une grande richesse de couleurs, surtout ceux que l'on portait. aux fêtes (amiliates. aux mariages et aux baptêmes. Pour les costumes de la fin du XVIII' et du commencement du X.1X> siècle, nous ne possédons malheureusement qu'un petit nombre de dessins souvent incomplets. Les plus intéressants et les meilleurs sont ceux [Tu peintre rreudenberger, mais ils ne reproduisent que lea costumes bernois; par contre Heinhardt, Kôoig et un peu plus tard Louis Vogel se sont appliqués à représenter les costumes de toute la Suisse. L. Vogel a vécu au beau temps des costumes locaux ; ses dessins détaillés et ses esquisses noua fournissent de précieux renseignements sur des particularités qui sans cela resteraient I pré hensi blés. La mention, souvent répétée dans

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plus foncées ; les rubans bario-

gent devient toujours plus riche

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pièces du

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sur presque tous les costumes. L'un d>ux va disparaître entièrement : c'est celui du Guji^gisberg, le plus original de toute la Suisse. (La reproduction donnée au Tome l'S page 206, du présent Dictionnaire est inexacte en ce que la ceinture est placée trop bas.) D'autres prennent le même chemin : ainsi celui de Hallau ; un ancien pasteur de cette contrée nous racontait en 1897. avoir béni en 1840 la dernière noce dans laquelle la mariée portait son costume spécial. Le canton de Schaflliouse a conservé, il est vrai, un i costume local ; mais celui-ci s'est complètement trans- ] formé; l'ancienne couleur verte s'est maintenue quelque temps, puis a fait place au noir. Aujourd'hui même, dans le canton d'Âppenzell Rhodes- Intérieures, où le peuple tient le plus vivement au passé et à ses anciennes coutumes, nous pouvons constater la décadence croissante du costume local. Encore vers 1880, chaque femme avait son costume, les femmes mariées portaient des coiffes rouges, les jeunes filles avaient les cheveux ondulés avec soin. Toute femme, même celle qui n'habitait qu'un misérable chalet, conservait soigneusement dans un bahut son vêtement du dimanche, comprenant une robe rouge, un tablier et un lichu en soie de couleurs, avec une aumônière, des chaînes, des crochets, et des pendants en ar- ^s^ent pour lesquels elle avait souvent dépensé ses derniers sous. Aujcurd'hui, le costume de mariée, que même les riches portent encore, n'est confectionné que d'étoffes noires ; le petit plastron blanc et le fichu noir sont brodés de paillettes de métal. Ce costume noir sera bientôt mis de côté par les jeunes fenmies qui préfèrent les modes modernes; le costume national ne sera pas renouvelé. C'est la dernière étape avant la disparition complète. L'ancien costume aux couleurs variées n'est plus qu'un costume de fête. Les costumes locaux ne sont donc pas, comme on le croit généralement, un antique habillement qui s'est conservé sans changement pendant plusieurs siècles, mais bien une mode qui aura été d'une durée assez courte.

L'ancien costume des hommes présentait dans toute la Suisse une grande uniformité. Quelques rares contrées avaient seules un costume spécial. Déjà à la fin du XV1II« siècle, la chemise avait perdu ea ruche qui était remplacée par un col haut et montant. La culotte bouffante en toile de fil, finement plissce, était généralement portée. C'était l'ancienne culotte des lansquenets du XVI« siècle: elle descendait jusau'anx genoux et ne remontait que peu au-dessus des hanches. Elle n'avait pas de boutons, mais était retenue par des courroies ou des cordons, car on ne connaissait pas encore les bretelles. Le Musée national de Zurich possède d'anciennes culottes bernoises, dont la longueur n'est que de 60 cm. Les Bernois sont cependant connus pour leur haute taille. Les vestes rouges étaient portées partout, d'abord longues, puis courtes. Ces dernières ont persisté jusqu'à nos jours chez les pâtres du Toggenbourg et ceux des Rhodes- Intérieures. L habit garda la coupe du commencement du XVill* siècle avec ses longs pans. Des boutons de métal servaient d'ornement. En général, l'habit était en toile ou en coutil, parfois en étoffe de laine claire ou foncée^ gris, bleu ou rouge couleur de rouille. Très souvent le « Lcnder » remplaçait l'habit. C'était une espèce de veste avec ou sans manches. Un autre vêtement spécial s'implanta pour une courte période dans le canton d'Argovie. I3ans une de ses esquisses, L. Vogel le désigne comme un ancien costume. Reinhardt en donne également une copie, et le Musée historique de Berne en possède un original qui date de 1733. Cette forme dérive, comme la culotte bouffante, de celle du vêtement des lansquenets des XVh et XVIi* siècles. C'était une blouse de toile grossièn» et écrue dont le dos ne mesure que 16 cm. de hauteur.

Les chaussures, celles des hommes aussi bien que celles des femmes, étaient découpées et avaient sur le cou de pied un revers en cuir rouge ou noir, orné de petits trous. Plus tard, on fixa sur le soulier des boucles. Comme coiffure, on portait le chapeau de feutre noir à larges bords ou un petit chapeau plat; plus tard ce fut le tricorne, le bonnet à mèche et diverses espèces de casquettes.

Les culottes bouffantes en toile avec des bas de même étoffe, les habits à pans de toile blanche et les vestes rouges ont été portés dans le Wehnlhal, jusqu'au milieu

du XIX* siècle. Les gens de Hallau avaient aussi leur costume particulier. Ils portaient en général une culotte en coutil noir plissé, et une blouse de même étoffe, dont la coupe est une imitation de celle du vêtement des pasteurs et des prédicateurs du commencement du XVIII* siècle. Déjà Remhardt les représente avec des bretelles qui se portaient sur la vesie. C'est en 1854, dit-on, que mourut le dernier homme resté fidèle aux culottes bouffantes. Tandis que les Togffen bourgeois se contentent de porter la veste rouge brooTée et un bouquet bariolé sur le chapeau, les bergers des Rhodes-Intérieures revêtent un élégant costume. Ce costume, endossé lors du départ pour l'alpage, comprend une chemise portant sur la poitnne des dessins représentant des vaches en broderie blanche, une culotte jaune, très étroite, en cuir, des bretelles ornées de figures de vaches en laiton brillant, enfin une ceinture formée d'un mouchoir de plusieurs couleurs. La veste est en laine rouge avec boutons d'argent. Le chapeau est orné de fieurs et d'une boucle d'argent. A l'oreille pend l'insigne des vachers, une cuiller ronde dorée et, à la bouche, se trouve la pipe à couvercle d'argent.

Dans les cantons de Berne et de Fri bourg, on ajouta peu à peu de petites manches bouffantes au gilet (Lender) des vachers, lequel s'est transformé en une veste de velours noir. On n'y porte plus la culotte. Dans les quatre cantons primitifs et à (îlaris, les faucheurs revêtent encore aujourd'hui une chemise blanche pourvue d'un capuchon. Ils portent de grosses sandales de bois appelées HolzbtkleQ, fixées par des courroies de cuir, et munies de très gros clous. Dans ITAterwald, on porte une culotte à patte très étroite, également très courte, dont la patte est brodée des deux côtés.^ Les larges ceintures de cuir semblent plutôt destinées à servir d'ornement qu'à retenir la culotte, puisqu'il y a en général entre celle-ci et la ceinture un espace de la largeur d'une main, qui laisse voir la chemise. On ne sait pas positivement si les hommes ne portaient des chapeaux de femme qu'à certaines occasions, comme c'est le cas aujourd'hui encore dans le Lotschenthal, ou si c'était un usage régulier. Les blouses brodées sont une mode récente. Il est à remarquer que les garçons ont toujours au chapeau un edelweiss artificiel, et pourtant chacun d'eux a plus d'une fois cueilli sur la montagne la ficur naturelle laquelle, une fois séchée, se conserve pendant des années. Partout les hommes portaient pour les enterrements de grands manteaux noirs; les femmes avaient également un vêtement spécial pour cette circonstance, ainsi par exemple à Fribourg.

L'uniformité du costume masculin contraste avec la grande variété • des costumes féminins. En général, une seule pièce suffit à caractériser tout un costume, tant chacun d'eux a son originalité bien marquée. Chaque costume a, par exemple, son genre propre de couronne de mariée. La plus élevée de ces couronnes est celle de Hallau, jusqu'à 28 cm., la plus petite, celle du Haslithal, de 3 cm. de tour, et 8 cm. de hauteur.

La parure est également caractéristique. Seul le costume du Freiamt a une ceinture en fil de cuivre argenté, ornée de perles en verre de couleur ; le costume fri bourgeois a seul le grand Agnus Dei, c'est-à-dire le pendant. On donnait le nom de « gekratzte Jûppen » à oes jupes qui, serrées en petits plis pressés, étaient cousues au corsage. Celles-ci étaient portées dans le Wehnthal et dans le district de Knonau, à Hallau, dans le Freiamt, dans l'Appenzell, dans les cantons de Soleure, Fribourg, Bâle et à Guggisberg. Mais dans chacune de ces contrées la iupe plissée a son caractère spécial. Dans le Wehnthal, cette pièce était en coutil noir, à Knonau en coutil bleu, à Hallau, on n'avait que des jupes vertes avec une large bordure verte interrompue de petites pièces routes. Dans le Freiamt, les jupes étaient de deux couleurs différentes, disposées transversalement. Plus tard, les robes noires eurent à la taille des bandes de laine rouge. Dans l'Appenzell, depuis le commencement du XIX* siècle, elles sont en fine étoffe de laine et ne sont pas cousues au corsage. Les jupes fri bourgeoises sont en fine laine rouge ou noire, sans ourlets, les jupes rouges ont des bandes de soie jaune. Les paysannes de Bâle-Campagne faisaient à l'étoffe déjà finement plissée de gros plis

I du GiiKgiiberir: i. Cuilun* dô pro< isll Kh.-tit.i 3. l'SMan du WvhntI inlllsr d« Schvv: ilSfOi^ lU. J.une

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profonds. Les tabliers, les plastrons et les collerettes diffèrent aussi d'une contrée à l'autre ; ces différences permettent en général de reconnaître immédiatement roriffine de ces pièces d'habillement. Le noir était porté

Ear les jeunes filles, le blanc par les femmes mariées, es jeunes filles du Wehnthal portaient des collerettes noires ou en couleurs, les femmes mariées des blanches. A Schwyz, les jeunes filles portaient des bonnets noirs et les femmes des blancs.

Les frontières cantonales ne correspondent pas toujours aux différents types de costumes, ces limites sont déterminées par la contiguration du sol et par Tisolement

filus ou moins grand d'une contrée. Ainsi, jusqu'au miieu du XIX<» siècle, il n'existe pas de costume lucernois ou zougois, mais celui du Freiamt se portait dans toute la vallée de la Reuss, dans une partie des cantons d'Ârgovie et de Zoug, ainsi qu'au delà de Lucerne; il était porté aussi dans l'Kntlebuch. Le costume du Wehnthal était porté de l'embouchure de la Limmat jusque dans le voisinage de Zurich. Un autre costume zuricois était celui que l'on rencontrait au Rafzerfeld ; un troisième était celui du district de Knonau. Dans les cantons de Thurgovie, de Saint-Gall et d'Âppenzell, les costumes ne furent conservés que par la population catholique, tandis que les protestants les abandonnèrent de bonne heure.

Ce fut aussi le cas à Fribourg où les catholiques allemands avaient leur costume, alors que les catholiques français, ne conservant que la frisure de la chevelure et le chapeau, suivaient les modes du jour.

Dans le canton de Berne, le Simmenthal et la vallée du Hasli, ont leurs costumes spéciaux. Le long de l'Âar et en Ârgovie, jusqu'à l'embouchure de cette rivière, on rencontrait encore un autre costume. Le plus beau sinon le plus intéressant était celui du Gu^gisberg. Les femmes portaient une jupe descendant a peine aux

f genoux, les bas remontaient un peu au-dessus du molet, laissant à découvert le genou. C'est peut-être la raison pour laquelle ce costume disparut complètement déjà vers 1^30. Le Musée national à Zurich et le Musée historique à Berne en possèdent heureusement des spécimens complets. La chemise est gracieusement froncée sur la poitrine, le cou est entouré d'une étroite collerette. La jupe est faite de deux étoffes noires ; la partie supérieure est en laine grossière, l'inférieure en coutil ; le corsage est court et petit, mais comprend cependant plusieurs parties rassemblées par de ,olis points de soie jaune. Le tablier est en toile noire, ')rillante et empesa, la partie supérieure est froncée par 40 fils passés dans l'étoffe, qui lui donnent la rigidité nécessaire. Le corsage étant court, on y attache le tablier directement sous la poitrine au moyen de deux boutons. Comme toutes les parties du costume sont faites d'étoffes foncées, généralement noires, ce costume n'est pas très voyant. Tout au plus la fiancée porte-t-elle un petit plastron en velours rouge, duquel pend un nœud ae couleur rattaché à une étroite ceinture de perles en verre. Sur la tête est posée une petite couronne en clinquant.

Le costume riche en couleurs des paysannes du Seeland bernois contraste avec celui du Guggisberg. La robe est bleue avec un ourlet rouge, le corsage rouge, le plastron jaune. Le corsage dénote son origine patricienne par sa forme élevée et raide, et son plastron lacé. Pour ce joli costume, nous avons les charmantes reproductions de Freudenberger, mais aucun costume original neparaît avoir été consei*vé. Le costume de la région de Berne,

Slus citadin, se composait d'une robe noire, d'un corsage e velours noir et d un bonnet de velours entouré d'une dentelle en crin laquelle, peu à peu, devint toujours plus large. Ce costume s'enrichit petit à petit de chaînes et de rosettes d'argent. Il vint s'y ajouter encore de superbes tabliers de soie de couleurs; ainsi se forma le costume bernois actuel de fête. Entre Berne et Thoune, nous avons remarqué dans Tété 1905 des femmes ei des jeunes filles travaillant dans les champs avec un corset semblable à celui des citadines ; c'est là un dernier reste du corsage ! Le costume simple des femmes du Simmenthal avait une certaine élégance. Elles portaient une longue robe noire avec une ja(|uette de même couleur, l'échancrure du cou était ornée de dentelles blanches ; les ornements manquaient. Autour du cou un grand mouchoir

noir à larges franges. Le bonnet laissait pendre sur le front et sur les épaules une large dentelle noire.

Dans la vallée du Hasli et sur le Hasliberg quelaues vieilles femmes portent encore les derniers restes d'un ancien costume très caractéristique. Aujourd'hui, comme autrefois, pour les travaux des champs, elles ne mettent au'une robe et une chemise ; la robe est retenue par des bretelles. Tout au plus jettent-elles .sur les épaules un fichu quadrillé qui passe sous les bretelles et retombe sur la poitrine. Aujourd'hui, la robe est bleu foncée, comme la robe du dimanche ; celle-ci est retroussée de façon particulière, afin de faire paraître son ourlet rouge. Au commencement du XIX* siècle, la robe était de laine blanche descendant à terre en larges plis. Comme le corsage, l'ourlet était noir, ainsi que la collerette étroite qui y était immédiatement rattachée, et dont le nom allemana Wûrgetli (étrangleur) est significatif. Très intéressante est la petite calotte de feutre posée entre les tresses ; au XVII« siècle, les patriciennes portaient cette même calotte sur un bonnet blanc. D'après les dessins de costumes un petit chapeau analogue doit avoir existé dans le costume fribourgeois et dans celui de Hallau ; malheureusement, à notre connaissance, il n'en existe plus aucun exemplaire. Les mariés et les marraines plaçaient sur ce petit chapeau, appelé Uirzi, une petite couronne en métal. Il reste à mentionner le chapeau de paille, porté encore ici et là, avec son fond large et droit, qui le distingue des autres formes à larges bords. A côté de la jupe noire, les Fribourgeoises catholiques portaient la jupe rouge. Le corsage est aussi de drap rouge. Au lieu des manches de chemise, ce sont lesmancnes étroites et de couleur rouge d'une camisole qui sont visibles. Sur le plastron de couleur, qui recouvre la poitrine, est suspendu à une chaîne d'argent un énorme médaillon également en argent. La collerette est de velours noir et sur celle-ci se trouve un triple col bleu comme en portaient les patriciennes jusqu'à la fin du XVIII'' siècle. Ce costume n'a pas subi de grands changements, mais il n'est plus porté

aue pour les processions et pour les fêtes religieuses, lans le Pays-d Enhaut, on portait des corsages simples, sur la tête un bonnet noir sur lequel était posé un chapeau surmonté d'un appendice en forme de bouchon. Le costume de fête actuel des Vaudoises, comme il est porté aux fêtes des vignerons, est plus ou moins un produit moderne. La Suisse occidentale est pauvre en costumes spéciaux. Genève n'en a point, Neuchâtel non plus. Les bonnets blancs et les grands fichus que l'on donne quel-

âuefois comme costume local ne sont que les restes 'anciennes modes françaises.

Par contre, Bâle-Campagne avait son costume spécial. La jupe est appelée Junte. Les paysannes riches ornaient sou vent de broderies en soie et de perles de verre le corsage de velours de couleur et la collerette. Le fichu de soie a une coupe spéciale allongée. Les jours de travail on portait une petite calotte noire, aux mariages et aux fêtes une calotte blanche richement brodée. Lorsque la chevelure était trop abondante, on coupait tout ce (]ui ne rentrait pas sous la calotte. Le costume soleurois était proche

Earent du costume bâlois. Il comportait aussi de superes pendants en filigrane et une riche ceinture. Mais au lieu de la petite calotte on trouve ici un énorme bonnet recouvert d'un chapeau de paille aux larges ailes. A la tin du XVIII" siècle on portait dans le FricKthal le costume de la Forêt-^oire. Il est riche en couleurs avec un cliapeau étrangement contourné.

Le costume le plus voyant et qui avait la plus jurande extension territoriale était celui du Freiamt. Déjà vers 1830 la jupe n'était plus faite de deux ou trois étoffes diverses, mais d'étoffe noire. Les calottes bariolées et brodées firent aussi place à celles de couleur noire. Les rubans de couleur furent remplacés par des chaînettes d'argent et par des rosettes en filigrane. Les énormes chapeaux plats, de paille ou de feutre, appelés Bindellenhute, disparurent aussi. Le costume d'Unterwald, de couleurs presque aussi variées, était plus riche en broderies. Comme dans le précédent, la collerette, la poitrine et la ceinture sont ricliement brodées, mais la rooe est confectionnée en drap rayé ou quadrillé. Des types divers de frisures des cheveux et de nonnets désignaient les différentes classes sociales. La parure des femmes du Nid-

Coilum* <tu RifnrfelJ^ 18. Coilums Jo la iiartiB moyeDD» d« Il Tillée du l)h.»ii*; 8). CoMuma du v<l Varuaci; 19. Kamms d( la partie iniridionila da Tasiia; a CoMun» du Kraiimti 1. Cu>tiiniH d» f«l* viud..la; 17. OoLuirai du CoDlbsy iVmliis); 11. Càilumi Klapomiaii ; 13. V^tamsDt da Irivail du KDuaiuaranit (Zancbj ; IQ. Coaluniot de nui» du UluDaulbil (Valant; 11. F.an.M dn KnuniuTaml (Zurteh).

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wald est riche, tandis que TObwald avait un costume très simple, généralement noir et sans ornements, mais les cheveux étaient arrangés d'une façon toute spéciale,

f>our laquelle les femmes se prêtaient aide mutuelle une ois par semaine.

Dans le canton d'Uri, les femmes portaient une coiffure particulière, semblable à un pot, faite de bandelettes de paille noire, au milieu desquelles se trouvait un petit nid de dentelles blanches.

Dans le Muotathal on retrouvait le « Schâppeli » comme couronne de mariée : dans la vallée de Schwyz le « Coafli » était porté pour aller à l'église. Huit jours après le mariage, la jeune femme pouvait encore porter le bonnet de jeune fille, le Hosehube. Un peigne formé de deux dentelles noires allait du front à ja nuque. Le peigne de dentelle des femmes mariées était blanc. L'emblème distinctif des femmes de conseillers était une couronne de roses et de myosotis placée entre les dentelles. En signe de deuil, on portait des fleurs noires.

Le canton de Glaris n'a conservé de son ancien costume qu'une coiffure typioue, dont la forme la plus ancienne était appelée Tusli ; la plus récente est la Zughaube, de couleur foncée, sous laquelle apparaissent des deux côtés les dentelles raides de la « Kranzkappe ». Par suite de la grande production indigène d'indiennes imprimées, beaucoup de vêtements furent confectionnés avec cette étoffe.

Dans le Toggenbourg, les femmes catholiques portaient une cornette noire, dans laquelle les femmes mariées plaçaient un bonnet de dentelles blanches, tandis que les jeunes filles laissaient voir leurs tresses traversées d'une épingle . Dans les Rhodes-Intérieures d'Âppenzell , la « Scnlappe » s'est conservée comme coifl'ure jusqu'à nos jours pour les fêtes religieuses. Les ailes noires de cette coiffure se dressent jusqu'à 22 cm. en hauteur; entre elles se trouve un bonnet blanc en dentelles, sur lequel est posée une calotte brodée d'or, d'où pend un nœua de rubans de soie rouge.

Le costume du Wehnthal comporte une jupe plissée de toile noire, très courte, qui laisse voir le jupon ^arni de soie rouge. Une riche paysanne en portait plusieurs les uns sur les autres ; le plastron est en drap rouge, garni dans le haut de velours noir et des deux côtés de rubans moirés bleus. La sous-taille, visible aux échancrures des manches, était garnie de même façon. La coiffure des femmes mariées (Schàchkappe) était formée d'une dentelle de crin avançant sur le visage et fixée sur une calotte. Les célibataires portaient le «Hûtli», bande de velours attachée autour de la tête et dont les bouts, bordés de dentelles, tombaient sur les épaules. Ce costume modernisé n'est plus guère porté que comme réclame sur le marché aux légumes de Zurich. Le costume du district de Knonau était porté à TOuest de TUetliberg. Celles

3 ut le revêtaient étaient surnommées « Burefeufi ». Le os du corsage était garni d'un ruban qui formait un V romain. En dialecte zuricois, cinq se dit feufi, une Burefeufi est donc une paysanne avec un cinq sur le dos, aujourd'hui une personne maladroite. Les raies de la toile de fil des tabliers étaient placées horizontalement et les coutures faites d'un double point de broderie en fil rouge, et blanc. La calotte de toile avait conservé la forme du XVilo siècle. Le costume des femmes du Rafzerfeld se rapproche du costume de leurs voisines de SchafThouse. La robe de coutil à nombreux plis est bordée dans le bas d'un ourlet de velours. Le tablier est bleu. Tandis que Ton avait adopté la coupe du corsa^^e de Hallau, les plis des manches de chemise étaient copiés du costume zuricois. Les chaînettes d'argent qui se croisent sur le plastron rouge garni de velours noir et les petites roses qui ornent la collerette, prouvent que ce costume ne fut porté qu'à partir de 1850 environ.

Le \alais présente une grande variété pour certaines parties de Tnabillement, bien que l'ensemble du costume soit très simple et passablement uniforme. Au centre de la vallée du Rhône, on trouve encore le singulier chapeau dont le proverbe dit : « En W'ybergrind kost'es Zitrind. » (Une tète de femme coûte autant qu'un grand veau). A Brigue on nous a affirmé que ce chapeau coûtait de 20 à 60 fr. Il est en paille blanche, et a un fond élevé entouré de larges rubans de velours qui, selon

les circonstances, sont bleus, roses ou noirs et sont souvent richement brodés d'argent ou d'or. Le bord étroit est couvert et entouré d'une tresse appelée Krâss, pour laquelle il faut de 35 à 40 m. de ruban de soie noire et qu'une ouvrière met 2 ou 3 jours à confectionner. Le ruban employé pour cela ne se fait plus, c'est pourquoi les anciennes tresses sont transportées avec soin sur les cha-

fieaux neufs. Autour de Savièse et dans le val d'Hérens es tresses sont croisées derrière la tète et sont retenue^ par une épingle spéciale, recourbée, en fil d'archal. Dans fa vallée de Loèche, le costume des femmes ainsi que celui des hommes, provient des modes françaises du commencement du XV1II« siècle. C'est une coupe citadine appliquée à un drap grossier, tissé à domicile. La couleur du costume féminin est d'un brun-rouille. celui des hommes est souvent jaune-blanc. Un bonnet blanc recouvert d'un petit chapeau de feutre formait la coiffure. Lors du mariage on ajoutait la petite couronne et un filet à paillettes (Bûscheli) recouvrant les cheveux roulés derrière la tête. Lorsque les hommes, au lieu de monter aux alpages, restent au village pour exécuter les travaux de l'écurie et de la ferme, ils portent des chapeaux de femme pour montrer que ce travail est celui de la femme. En échange, dans le val d'Illiez, les femmes portent de longs pantalons d'homme, noirs, pour monter avec le bétail sur les pentes escarpées ou pour vaquer aux travaux des champs; ce costume est très pratique. Elles portent autour de la tète un mouchoir rouge vif, dont un des bouts retombe sur le dos et l'autre gracieusement sur l'épaule droite et la poitrine.

Le canton des Grisons comptait une plus grande variété de costumes que celui du Valais, ce qui provient du fait que ses vallées sont isolées et souvent complètement fermées. La plupart de ces costumes ont disparu et sont oubliés aujourd'hui. S'ils étaient tous réunis, ils formeraient une petite collection fort intéressante, comme on peut le voir d'après VAlhum fur riitische Trachten. Les organisateurs de la fête de Calven, en 1899, se sont donné oeaucoup de peine pour reproduire aussi fidèlement que possible les anciens costumes. Plus d'un bahut oublié et plus d'un recoin sombre furent fouillés pour remettre au jour d'anciens effets d'habillement. Dans le Tessin méridional on trouve un costume qui rappelle l'Italie du Nord. Les femmes du Tessin méridional placent dans le chignon, derrière la tête, plus de 20 épingles en argent en forme de cuillers qui brillent au soleil comme des rayons. Les bergères des vallées de la Maffgia et de la Verzasca portent un corsage si court que le laçage se fait au haut de la poitrine. La robe est composée de 16 bandes étroites d'étoffe de laine épaisse et pelucheuse. Les pieds sont enfermés dans les « Zoccoli » et les mollets sont pmtégés par des guêtres de laine épaisse.

En 1896, la Société du 9 Lesezirkel Hottingen-Zurich •' organisa une fête des costumes suisses avec des productions d'anciens jeux, danses, chants et coutumes d'autrefois. Chaque vallée fut fouillée, toutes les vieilles gen^ furent interrogées, les anciennes estampes consultées ; on rechercha ce qui était caché et oublié. Le succès fut

grand. Il vint des personnes de toutes les régions, chargées 'antiques objets et vêtements pour contribuer à la réussite de la fête. Le directeur du Musée national, alors en construction, profita de cette superbe occasion pour créer une collection de costumes suisses. Deux ans plus tard, à l'ouverture du Musée, on fit une nouvelle fête do costumes, et la collection s'augmenta considérablement. Le Musée national possède aujourd'hui la collection de costumes la plus complète et la plus intéressante de la Suisse. Cette initiative donna l'impulsion aux musées cantonaux, qui dès lors dirigèrent aussi leur attention sur les anciens costumes. Ainsi le souvenir de nos costumes ne sera pas conservé seulement par des images, mais par des originaux.

Le cercle de lecture de Hottingen, en organisant sa fête, provoqua la publication d'une œuvre illustrée remarquable sur les costumes sui^^ses des XVIII* et XIX' siècles. Cet ouvrage comprend 36 planches en couleurs, d'une exécution parfaite, représentant les costumes,

Îiresque tous d'après des originaux qui sont actuellement, a propriété du Musée national. Lorsqu'on constata que les

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costumes nationaux étaient près de disparaître, non seulement en Suisse, mais aussi aans d'autres pays, on chercha à prévenir cette extinction, car avec les costumes s'en vont aussi d'anciens usages et d'anciennes mœurs. On crut empêcher la disparition des costumes en organisant des fêtes populaires ou l'on récompensait par des distinctions les porteurs des plus beaux costumes. Afais de même que certains usages ne peuvent plus s'adapter à l'époque moderne, les anciens costumes ont fait leur temps. Ils ont eu leur période de développement et leur époque de gloire ; actuellement ils disparaissent. Ils se conserveront quelque temps encore dans les régions isolées. Plus les vallées s ouvriront au commerce et à la circulation des étrangers, plus rapidement disparaîtra l'originalité des populations indigènes. [Julie Hbibru.]

D. LANGUES ET PATOIS. Généraliiés. La petite Suisse De possède pas seulement une flore et une faune des plus remarquables, une grande variété de paysages qui attirent cbaciue année des milliers de visiteurs, elle est en outre intéressante à étudier par la diversité de ses peuples, dont les mœurs germaniques et romanes se coudoient sans se heurter. Ensuite de circonstances ethniques et historiques, les Romans se répartissent entre trois régions de culture différente, la Suisse romande, la Suisse italienne et la Suisse rhétienne. Les Suisses allemands se rattachent intellectuellement à leurs frères germaniques, la Suisse occidentale à la France, les Tessinois et quelques vallées grisonnes à l'Italie ; l'élément rhétien ne comprend plus aujourd'hui qu'une partie des Grisons. Le massif des Alpes, principalement le Saint- Gothard, forme la limite naturelle entre et s régions linguistiques.

Lorsque le développement de la civilisation fit refouler ou même remplacer les patois locaux par une langue littéraire, la Suisse du Nord et du Centre adopta naturellement le haut-allemand, la Suisse romande la langue de Paris et les contrées italiennes le toscan. Seul, le rhétoromanche fut élevé au rang de langue littéraire, officiellement imprimée et enseignée dans les écoles. Mais dans cette force il y avait une faiblesse; l'existence de plusieurs dialectes et l'absence d'un lien international ne

Explication des signes employés dans les citations patoises.

Voyelles

9i M, (p, ii =:r sons ouverts.

^» ?i 0 i^f fP, M- =^ sons fermés, a, ê, î, etc. = voyelles nasales (fr. an, vin, etc.). a tient le milieu entre a et t\ à )> » » a et (^}.

u sonne comme en italien ou en allemand (fr. mou), a n^ e sourd «ail. haben^ fr. rné).

œ. son intermédiaire entre œ et t^..

Les voyelles disparaissantes (ou apparaissantes) sont in- diquées au-dessus de la ligne en plus petits caractères. Au-dessus d'une voyelle indique la longueur, les voyelles brèves ou moyennes ne sont pas munies de signes diacritiques. L'accent du mot n est marqué qu'en cas de doute, par un point placé après la voyelle tonique : tnve.ypa.

Semi- voyelles : y (français : jeux, allemand : ja)^ w (français : oui),

w (fr. puis).

s est toujours dure (fr. place)^ z est douce (fr. rose).

é = ail. sch. fr. ch. ; i le son doux correspondant (fr.;o«r).

c, 0 =: ital. cento, gente ; c, g les mêmes sons formés un

un peu plus en arrière.

it := k alamanique, formé au palais mou. .r — son du mot allemand acb.

>f = » » icli.

~ » » Angel.

n = 2 ou n mouillés (italien : famiglia, vigna).

Consonnes

concéda au rhétique littéraire qu'une existence modeste et temporaire.

Nous allons indiquer en quelques traits rapides la destinée et les caractères des langues et patois français, alle-

mands, italiens et rhétiens en ce qui concerne la Suisse. I. La Suisse romande, aj Statistique, limite îles langues française et allemande dans le présent et dans le passé. D'après le recensement fédéral de 1900. il y a en Suisse 730917 personnes de langue française, dont environ 700000 dans la Suisse française ou romande. Celles-ci représentent moins d'un quart (*/,) de la population totale du pays (3315443). Trois cantons sont entièrement romands: Vaud, Genève, Neuchâtel ; dans les cantons de Fribourg et du Valais, la population romande est au moins deux fois plus forte que celle de langue allemande; pour le Jura bernois, où le français est la langue officielle, les listes de recensement indiquent 83290 Suisses romands, qui constituent, avec ceux disséminés dans la partie allemande du canton de Berne, environ un sixième des habitants. Ces chiffres ont évidemment un caractère approximatif, car il existe, surtout le long de la limite des deux langues, une population bilingue que la statistique doit classer un peu arbitrairement. On a fait disparaître, dans les formulaires de recensement destinés à la Suisse française, le terme ambigu, employé précédemment, de langue maternelle, et, dans les Instructions pour les chefs de ménage. Ton a eu soin de définir le mot langue comme langue naturelle dans laquelle on pense et qu'on parle de préférence. Malgré ces précautions, au recensement, l'hésitation a dû être souvent grande, surtout lorsqu'il a fallu recenser les enfants d'Allemands nés sur sol romand. Le français est chez nous une langue d'emprunt, ce sont les divers patois qui représentent Ta lançue du pays. Ces deux langues. Tune importée, l'autre indigène, issues toutes deux du parler de 1 ancienne Rome, ont le même droit de porter le nom de roman{de) (du latin romanice [loquf]}, et, dans les documents historiques, romancium ou rommant, etc. désigne tantôt la langue des actes, empruntée à la France, tantôt et plus souvent la langue de nos pères. Nous trouvons ainsi romancium distingué de gallicum dans un document genevois de 1460 (Romania XXX, p. 404). En 1424, les notaires fribourgeois sont autorisés à instrumenter ew teifouen rmnmant, c'est-à-dire en allemand ou en français. On rencontre encore quelquefois

le terme reman comme appellation du patois moderne, surtout vaudois.

La torme féminine romande est calquée sur le féminin du mot allemand, lui-même de formation analogique.

La limite actuelle des deux langues (toujours en identifiant le français littéraire et les dialectes romands d'une part, le haut -allemand et ses patois de l'autre) part de Charmoille, au N. du Jura bernois, se dirige vers Montsevclier, où elle tourne brusquement au S.-O. pour suivre la chaîne du Jura, en passant au N.-O. de Bienne- Douanne-Gléresse, atteint La Neuveville, qui est française, lunge la Thièle, le lac de Neuchâtel, la Broyé, traverse le lac de Morat, reprend au Nord de Meyriez la direction du S.-O., fait un lacet capricieux autour de Cressier, épargne Courlevon, qui est allemand, et conduit à travers Courtaman à Barberéche. De là, elle suit la Sarine jusqu'à Fribourg, qu'elle coupe en deux ; ensuite elle passe à l'E. de Marly-Praroman-La Hoche, gravit la Berra, se confond avec les arêtes qui forment le fond de la vallée de Cnarmey et continue presque en droite ligne jusqu'à l'Oldentiorn. Arrivée là, elle fait un coude et suit la frontière cantonale entre Berne et Valais jusqu'au Wildstrubel-Weisshorn. De là elle descend en Valais, passe à l'E. de Miège-Sierre-Chippis, remonte en suivant la chaîne qui divise les vallées d'Anniviers et -de Tourtemagne et aboutit à la Téte-Blanche sur la frontière

SUI

SUI

italienne (voir la carte ci -jointe). Cette limite n'est naturelle que dans sa partie N., où le flot des incursions alamaniques est venu se briser contre la chaîne du Jura ; plus au S., elle cherche son chemin dans un terrain très coupé, sans respecter les frontières politiques ni confessionnelles ; elle sépare ensuite les territoires vaudois et bernois à partir de Rougeraont-Ges-

d'hist.de la Suissélroni., XXX, 217; roriginal est perdu)

Sermet de la reconstituer pour la fin au XI II* sièclei lous avons essayé de remonter encore plus haut et d'indiquer sur notre carte des limites plus anciennes, aussi bien que l'état actuel des recherches historiques nous autorise à les conjecturer. Les résultats de ces recherches peuvent être contrôlés et complétés par les fouilles ar-

M^Bor€f<(y*

Limites successives des langues dans la Suisse occidentale.

IfJIttiftfffr 9C

senây et devient en outre une barrière confessionnelle entre Berne et le Valais. Dans la vallée du Rhône ce n'est qu'une ligne linguistique. On comprend que cette limite capricieuse a dû varier dans le passé, et cependant elle est à peu près constante depuis sept siècles.

Un acte important de 1273 (ancien style, == 1274, Fontes reruni betmensiutn^ III, p. 78, ci Mê-m . et doc . de la Soc.

chéologiques, l'étude des noms de lieux et des mœurs, enfin par l'examen attentif des dialectes.

Trois tribus germaninues se sont disputé notre territoire : les Francs, qui s établirent dans le Jura bernois: les Burgondes, qui occupèrent toute la Suisse occidentale jusqu'à l'Âar, et les Âlamans, qui envahirent le centre et TE. du pays. C'est à ces derniers, peuplade très remuante et belliqueuse, que sont dues les principales fluctuations

SUl

SUI

Gantons.

Berne (Jura)

Neuchâtel

Fribourg (sauf le district

de la Sinfifine) ....

Vaud

Genève

Valais (du district de

Sierra en aval) ....

lioguistiques. Les Burgondes n'ont pas toujours réussi à les tenir en échec, et leur ont cédé une partie du terrain. On peut distinguer trois fortes poussées alamaniques vers

ro., secondées toutes les trois .__

par de grands mouvements politiques. La première date de 532, époque où le premier royaume bui^onde fut ruiné.

Oiîand la Suisse fut réunie au royaume des Mérovingiens, les Alamans germanisèrent les contrées situées autour de Soleure, entre TAar et le Jura, Bienne, Ja rive droite du lac (le Bienne et de la Singine, l'Oberland bernois , excepté [ieut-ôtre la vallée de Gessenay. dont le patois a l'air d'avoir une base romande, enfin la partie la plus reculée du Valais jusqu'au district de Brigue. Cette période de germanisation doit avoir été arrêtée en 888 par la constitution du second royaume de Bourgogne.

Une nouvel lepériode d'expansion alamanique se produisit après 1032, lorsque la Suisse romande passa avec toute la Bourgogne transjurane aux mains de l'Empire germanique. Alors les Alamans prirent en Valais les districts de Rarogne et de Viège, peut-être la vallée de Gessenay, la rive gauche de la Singine, les paroisses d'Anet • t de Cerlier dans le Seeland, un triangle qui s'étend entre Morat, Gûmmenen et la Sarine, et Douanne. Pour assurer leur nouvelle conquête fri bourgeoise, les ducs de Zahringen fondent et fortifient la ville de Fribourg. (Quelques avant-postes arrivent même dans le district fri- Itourgeois du Lac.

La fin du XIII« siècle, avec l'établissement de la domination savoyarde dans la Suisse française, amène un retour de suprématie romande. Toutefois les Romands n'arrivent pas à regagner le terrain perdu ; tout au plus ontils emçéché l'allemand de s'enraciner dans la contrée de Marly a La Roche. Mais Fribourg, fondée pour servir de rempart aux intérêts allemands, commence à se franciser. ^ Les guerres de Bourgogne, l'entrée de Fribourg dans la Confédération, la conquête du pays de Vaud nar Berne, du fias- Valais par les Haut-Valaisans, le morcellement d'une partie de l'ancien Ëvêché de Bâle, renforcent le courant contraire. L'allemand envahit le reste du Seeland, la majeure partie du district fribourçeois du Lac ; le district de Loèche. Sion et Bramois deviennent allemands. Le français doit supporter une guerre à outrance dans la capitale du Valais. L'allemand commence à prédominer à Marly, Praroman et à La Roche. Morat adopte le protestantisme et devient un centre influent de germanisation. l)ès lors, la limite franco-allemande est définitivement constituée. Elle s'est peu déplacée depuis.

rn léger reflux s'est cependant produit au temps de la Révolution française, de la Répuolique helvétique, de l'entrée de plusieurs cantons romands dans la Confédération. Depuis ce temps, Fribourg se romanise de plus en Elus; Bienne, Sion, Bramois, Sierre de même. Dans les autes vallées du Jura, on abandonne Tagriculture pour i^ vouer à l'industrie, ce qui devait avoir des conséquences inattendues pour la langue.

Des milliers d'Allemands vont travailler la terre délaissée du Haut-Jura. Ainsi nous avons pu assister récemment à une nouvelle invasion germanique sur la terre romande, toute pacifique, par infiltration lente et inolTensive. Ces nouveaux émigrants ne tardent pas à s'assimiler à leur entourage français. Ils occupent, comme domestiques, petits artisans, travailleurs de la terre, une position subordonnée ; beaucoup d'entre eux vivent dans des fermes isolées ; ils ne peuvent pas lutter, avec leur patois, contre la langue polie et glorieuse de France, dans les contrées qui ont depuis quelque temps l'énoncé au dialecte romand ; les mariages avec des femmes du jMiys et l'école font le reste.

Depuis 18ft8, l'immigration allemande s'est ralentie, et la romanisation a fait de grands progrès. Les chiffres suivants démontrent que la population redevient de plus

en plus homogène. Nous avons calculé la proportion des Allemands et des Romands pour les deux derniers recensements :

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