‹ Dictionnaire géographique, historique et statistique des communes de la FrancheComté et des hameaux qui en dépendent, classés par département. Tome premier VI département du Jura (volume 2)Chapitre 20 sur 21 · AS2 — C · texte numérisé non relu

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par Clairvaux. La même année , Louis, pour se soustraire aux embûches que lui tendait chaque jour Guillaume, son frère aîné, quitta le château de Nozeroy, monta à cheval et s'éloignant tristement, vint sur les bords de l'Ain respirer plus à son aise , chez son ami , et passa avec lui les fêtes de Noël au château de Sainl-Sorlin.

La vue dont on jouissait depuis ce manoir était magnifique. On voyait couler â ses pieds la rivière d'Ain , dont on pouvait suivre le cours jusqu'à une grande distance. On distinguait une foule de villages semés dans la vallée et les nombreuses forteresses qui couvraient le sommet des montagnes. Une vouivre hantait ce caslel et venait se désaltérer à une source fort curieuse , qui s'échappant du point culminant du Mont- Saint-Saturnin, donne naissance à un rnisseau.

Village de Saint-Sorlin. Le plateau , la pente orientale et le pied du Mont-Saint-Sorlin furent jadis couverts d'habitations et formaient un lieu assez important. Les chartes mentionnent le caslellum , le castrum et la villa de Saint-Sorlin. Les Routiers , sous les ordres du hardi capitaine du nom de Jacques Huet , n'ayant pu s'emparer du château en 1361 , brûlèrent les constructions environnantes. Il n'en reste pas de traces aujourd'hui.

Fief de Monnet, Les seigneurs de Monnet avaient un fief à Charézier. Jean de Monnet , fils puiné de Rodolphe , fut seigneur de Beauregard et de Charézier en partie. En 1248, Alix, sa veuve, échangea les dîmes de Boissia et de Charézier contre d'autres objets qui lui avaient été donnés par son mari. En 1280, Guillaume, sire de Monnet, consentit à la donation du four de Charézier,

faite à la chartreuse de Bonlieu, par Alix, sa mère , qui avait déjà obtenu l'agrément d'Humbert, sire de Clairvaux , son suzerain.

Prévôté. La prévôté de Charézier fut inféodée, à litre héréditaire, à une famille noble qui en prit le nom.

11 en fut de même de celle de Liefnans. Michel de Charézier vivait en 1 209 et Nicolas de Liefnans en 4408.

Etat de Charézier au moyen-âge.

Après la destruction du bourg et du village de Saint- Sorli n , Charézier devint le chef-lieu de la terre. C'est là que résidaient le bailli , le juge châtelain , le procureur d'office , le greffier, le notaire tabellion et les sergents. Il y avait une halle pour la tenue des marchés et des foires sur la place appelée la Place des Halles.

Le carcan était au-devant. Les officiers de justice tenaient leurs audiences dans une salle construite à côté de la balle.

Paroisse. La paroisse de Saint- Saturnin se composait de tous les villages qui faisaient partie de la seigneurie et en outre de Doucier et Collondon. Elle était très étendue.

Eglise. L'église , bâtie à l'extrémité méridionale du plateau du Mont-Saiut-Saturnin, était orientée.

Son architecture appartenait au style ogival de transition , usité aux xue et xme siècles. La nef a été démolie au milieu du xvui* siècle , lorsque l' église paroissiale fut transférée à Cbarcier. Le cbœur existe encore et a été converti en chapelle en «834.

La porte d'entrée principale de la chapelle fut établie dans une grande arcature ogivale appartenant à la construction primitive, qui indiquait la naissance du cbœur. Sur le seuil de celte porte sont sculptés les deux pieds de saint Saturnin, qu'une corde tient liés à la queue d'un bœuf; sur les pieds-droits , on voit deux

mains dressées vers le ciel; au-dessus du voussoir formant clef, est un christ surmonté d'une inscription sur laquelle on lit : martyre de saint Saturnin. La téte du saint est en relief au-dessus de l'inscription. Le chœur est éclairé par une fenélre géminée , garnie de verres de couleur. Le mur formant clocher est du style roman usilé au xe siècle. Une avenue bordée d'arbres reliait l'église au château.

HermitagedeSaintSorlin. L'hermitage de Saint-Sorlin, composé de six cellules, est adossé contre la façade postérieure de l'ancien chœur de l'église. 11 fut établi en 1835, par Elye Simonin, frère marisle ; la chapelle fut relevée de ses ruines par les soins de M. le curé de Charcier.

La cloche qui est au-dessus de la porte de l'h ermitage porte le millésime de 4640. On a gravé sur la porte, au-dessus de la cloche :

cloche de pénitence; souffrir et mourir ; et plus bas , hermitage fondé sur Notre-Dame de l'humilité; silence et pauvreté ; ici on ne parle qu'à Dieu. 483». La chapelle est bien ornée. L'hermitage n'est habité que par un vieillard et par sa femme.

H&pital de Saint-Antoine. Les hospitaliers de la commanderie de Saint- Antoine de Ruffey avaient fondé à Charézier une succursale habitée par un de leurs chanoines.

Cet hospice se composait d'une chapelle dédiée à saint Antoine, dont la fête attirait chaque année un grand concours de peuple, le 4 7 janvier, et d'une habitation contiguô. De celte commanderie subalterne dépendaient plusieurs droits féodaux , des cens , un pré de 6 hectares et une maison dans le village. La porte et la fenêtre du chœur de celte chapelle, parfaitement conservées, sotit

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du style ogival usité au xive siècle.

Cet édifice fut vendu nattonalement en 1793.

Chapelle Saint -Antoine. Il y a à Charézier une petite chapelle construite en 1830, dédiée à saint Antoine, patron de la commune.

Chapelle de Liefnans. H existe dans le hameau de Liefnans, une chapelle dédiée au Saint-Sauveur.

Elle est très ancienne et appartient au style ogival en usage au xuie siècle. Elle se compose d'une seule nef voûtée. Dans l'origine, elle était plus vaste , mais étant tombée en ruines, on n'en a restauré qu'une partie.

Evénements divers. Bataille de la Combe-d'Ain au ve siècle. En 1353, les villages voisins de Clairvaux furent le théâtre d'une guerre , où le comte d'Auxerre fut défait par les troupes réunies du comte de Namur, des dames de Vaux et de l'abbé de Saint-Claude. En 1361 , ravages par les Routiers, sous les ordres du capitaine Huet. Au xivc siècle, Charcier et Charézier entrent dans la bourgeoisie et la commandise du duc de Bourgogne, pour se soustraire à la justice de Saint-Sorlin. De 1636 à 1640, peste et guerres qui ruinent le village et déciment la population.

En 1709, incendie de 23 maisons; en 1826, de 8 autres, et de trois en

Charme (la), Charme, vg. de l'arr. de Lons-le-Saunier, cant., percep. etbur. de poste de Sellières, paroisse de Colonne ; à 3 kil. de Sellières et 23 de Lons-le-Saunier.

Altitude : 229m.

Il est limité au nord par Chemenot ctChézabois, section de Colonne, au sud par Sellières et la Ronce, section de Vers, à l'est par le Bouchaud, et à l'ouest par le Villey. I

Il est traversé par la route dép.

n° 1 , de Paris à Lons-le-Saunier, par les chemins vicinaux tirant à Chaumergy, du Villey à Sellières , et par le ruisseau de la Fontaine.

Ce village est bâti sur un terrain légèrement accidenté, faisant partie du plateau de la Bresse. Les maisons sont isolées , construites en pierres et couvertes partie en tuiles et partie en chaume.

Pop. en 1790, 86 hah.; en 1846, 90; en 1831 , 89, dont 45 nom. et 44 fem.; pop. spécif. par kil. carré, 20 hab.; 18 maisons; 27 ménages.

Les plus anciens registres de l'état civil remontent à 1792.

territ. 382h 19*, divisés en 239 parcelles que possèdent 60 propriétaires, dont 51 forains; surface imp.

149h 78*, savoir : 70h 58a en terres lab.; 39b 04a en bois taillis, 25h 09a en étangs , 8h 96a en prés , lb 9la en pâtures , ib 53a en vergers, 96a eu vignes, 79a en sol des propriétés bâties , 6la en jardins, 26a en chaussées d'étangs ; la surf, non imposable, de 232h 40», se compose en grande partie d'une forêt nationale dite d'Amont, mise en vente an mois de décembre 1882; rev. imp.

3301 fr.; cont. dir. en princ. 567 fr.

Le sol , d'une fertilité moyenne , produit du blé, du seigle, de l'avoine , du maïs , du sarrasin , des légumes secs, des pommes de terre, du chanvre, du foin et des fourrages artificiels.

Le revenu réel des propriétés est de 4 fr. 30 c. pour cent.

Le produit des céréales suffit seulement à la consommation. On importe le vin.

On élève dans la commune des bêles à cornes et des cochons.

Les habitants fréquentent habituellement les marchés de Sellières.

Biens coritmunaux : une maison commune mal distribuée et en mauvais état , renfermant le logement de Tinslituteur et la salle d'étude , fréquentée en hiver par 7 garçons et 8 filles , un oratoire dédié à saint Michel, archange, une source qu'on a perdue en partie en voulant l'utiliser, et 2h 25* de pâtures et terres, d'un rev. cad. de 44 fr.

Bois communaux : 5lh 84*, dont ih 84* sont coupés annuellement.

Budget : recettes ord. 966 fr. ; dépenses ord. 966 fr.

NOTICE HISTOIUQLE.

Ce village est d'origine toute moderne. Il doit ses commencements à quelques baraques de coupeurs et de charbonniers venus au \ve siècle pour exploiter la vaste forêt d'Amont. Il faisait partie du bâtis de Bresse, l'une des quatre sections de la terre seigneuriale de Colonne. Il y avait un fief sur le territoire appartenant à la maison de Villers- Vaudrey. Ses possesseurs se qualifiaient de seigneurs de la Charme.

On trouvera aux articles Sellières et Colonne , tous les faits historiques intéressant celte commune.

Chame (la) , commune réunie à celle de Charcier, le 14 août 1822.

Charnod , Charnaud, Charnoz, vg. de l'arr. de Lons-le-Saunier, cant. et bur. de poste d'Arinlhod , percept. de Thoirette ; succursale composée de Charnod , Villeneuve, Faverges et Villetan ; à 13 kil. d'Arinlhod et 48 de Lons-le-Saunier.

Altitude : 81 im.

11 a pour limites , au nord Lains et Valfin, au sud Aromas, à l'est Vosbles et Valfin , à l'ouest Villeneuve. Villetan fait partie de la commune.

Il est traversé par les chemins vicinaux tirant à Valfin , à Aromas , à Villeneuve , à Dessia , de Villeneuve à Valfin et par un cours d'eau torrentiel , alimenté seulement par les pluies.

Il occupe le fond d'un vallon que borde a l'est une chaîne de montagnes couvertes de bois et à l'ouest une ceinture de collines cultivées.

Les maisons sont groupées, construites en pierres et couvertes en tuiles creuses.

Pop. en 1 790, 1 88 hab. ; en 1 846, 150; en 1851, 150, dont 71 nom.

et 79 fem. ; pop. spéc. par kil. carré, 29 hab.; 26 maisons, savoir : 20 à Charnod et 6 à Villetan; 38 ménages.

Les plus anciens registres de l'état civil remontent à 1600.

Cadastre exécuté en 1831 ; surf, territ. 516* 76*; surf, imp., 808h 17», savoir: 198h 29» en terres lab., 190h 52» en bois , 57h 71» en parcours, 51h 89* en prés, lh 78* en sol des propriétés bâties , lh 53* en broussailles, lh 57* en friches et murgcrs, d'un rev. cad. de 3267 f.; contrib. dir. en princip. 918 fr.

Le sol, de fertilité moyenne, produit du froment, de l'orge , de l'avoine , du maïs , des légumes secs , des pommes de terre et un peu de chanvre.

On exporte le quart du produit des céréales et on importe le vin.

Le revenu réel des propriétés est de 2 fr. 80 c. pour cent.

On élève dans la commune des bêtes à cornes , des mulets , des moutons, des cochons et des volailles, mais en petite quantité. 10 ruches d'abeilles.

On trouve sur le territoire des carrières de pierre à bâtir et de taille, de très bonne qualité, des carrières de brèche rose , rouge et violette , qui ont fourni des échan-

tillons remarquables à des marbriers de Lyon. II est probable que prochainement elles seront exploitées.

Biens communaux : une église , un cimetière à l'enlour, une maison commune contenant le logement de l'instituteur et la salle d'étude , fréquentée en hiver par 60 garçons et et 40 filles, une place publique, trois fontaines , dont une fort belle avec lavoir couvert et 115h 68a de pâtures et bois, d'un rev. cad. de 226 f.

Bois communaux ; 75h 57*; coupe annuelle, 2h 30*. Essences dominantes : chêne et charme.

Budget: recettes ord. 1198 fr.

dép. ord. 1142 fr.

NOTICE HISTORIQUE

Les points de contact de la partie méridionale de notre département avec la province de Franche-Comté, dont elle était la prolongation jusqu'à la frontière, la pénétrèrent de bonne heure du sentiment de la nationalité bourguignone , tandis que par sa position géographique , elle ne pouvait manquer de devenir la route et le champ de bataille de toutes les invasions, qui, de la Bresse devaient être dirigées contre notre pays. On dirait aussi que la nature l'avait disposée pour la résistance et pour la guerre. Quelle ligne de défense plus forte que ces montagnes qui se groupent sur les bords de la rivière d'Ain ? Les Séquanais étaient souvent en guerre avec les Eduens. Les Iosubres et les Ambarres qui couvraient de leurs villages le Bugeyet la Bresse, étaient dans la dépendance des Eduens. Les luttes sur les frontières durent bien souvent se renouveler et se continuer au moyen-âge. On en trouve la preuve dans cette multitude de châteaux-forts qui couronnaient les crêtes des montagnes longeant le

cours inférieur de l'Ain. Il suffit de nommer les forteresses de Mont- Didier, de Montgefond, de Boutavant , d'Oliferne , pour réveiller de grands souvenirs. Dans un climat de Charnod, appelé à VEgli&ette, on a trouvé des fragments de corniches, des fûts de colonnes en marbre , des tuiles à rebords , et une foule d'autres débris appartenant à la civilisation romaine. Sur les bords du champ de bataille d'Amancey, le plus grand et le plus meurtrier de notre province, c'est également dans une contrée appelée les Egliseries, qu'ont été trouvées sur une plus grande surface , des habitations romaines incendiées. Villetan semble par son nom avoir succédé à une villa romaine. Les terrains environnants se nomment aux Pierrailles , indice presque certain de l'existence de constructions antiques. Les noms des villages de Ghazeaux, de Villeneuve, qui a voisinent Charnod, rappellent évidemment le souvenir d'habitations détruites. Dans l'origine , Charnod était au nord de son emplacement actuel. Ce n'est qu'au commencement du xui8 siècle qu'il vint s'abriter au pied du château de Montgefond, que les sires deColigny venaient d'élever sous la suzeraineté des hauts-barons d'Orgelet.

Seigneurie. Charnod et Villetan dépendaient en toute juridiction, haute, moyenne et basse, de la baronniede Montgefond. Les habitants étaient main-mortables et taillables à volonté. Us étaient tenus de répondre au cor, cri et montre d'armes de ce château, d'y retraire leurs personnes et leurs biens. Les seigneurs avaient la banalité des bois , des rivières, des fours, des moulins, des battoirs, la propriété des mon tagnes, percevaient des cens en argent, en grains, en cire , des droits

de lods, de ventes , et exigeaient de nombreuses corvées.

Seigneurs. Les seigneurs se qualifiaient de barons de Montgefond , Charnod et Villetan. ( Voir l'article Vosbles. )

Fief de Toulongeon. La maison de Toulongeon possédait à Cbarnod un fief important. Le 25 septembre 1393, Tristan de Toulongeon donna à Guillaume de Thorigna le moulin de Charnod. Ce moulin, qui existait encore en 1664, n'a pas laissé de vestiges.

Chemnce de Charnod. La maison dite de Charnod possédait aussi dans ce village différents biens et droits, sous la mouvance de Montgefond.

Château de Filletan. Après la destruction du château de Montgefond, au xve siècle, une nouvelle forteresse fut élevée sur une éminence, au hameau de Villetan. Elle fut vendue en 15*», par Louis de la Chambre et Claudine de Bussy son épouse, à Jean de la Baume , comte de Montrevel. Sa destruction est posê térieure à la révolution de 1 789.

Prévôté. La prévôté de Charnod fut inféodée héréditairement à une famille noble qui a pris le nom de ce lieu et qui ne s'est éteinte qu'au xvie siècle. Plusieurs de ses membres ont occupé des emplois distingués en France et en Savoie. En 1342, Théobald, fils de feu Hurabert de Charnod, en 1346, Jean, Hubert et Hugues frères , fils de feu Bernard de Charnod, reconnurent être hommes-liges d'Humbert de Thoire et Villars, seigneur de Montgefond, promirent de le servir avant tous autres et lui firent hommage des biens , cens , rentes, amendes , corvées et gelines, qu'ils percevaient à Charnod, à Faverges et à Villeneuve.

Etat de Charnod au moyen-âge.

Ce village était le plus important de

la châtellenie de Montgefond. Les officiers de justice y résidaient et y faisaient exécuter leurs sentences.

Le signe patibulaire était placé au sommet d'une éminence appelée le Mollard des Fourches. A côté était une tour servant de prison , autour de laquelle les sujets étaient tenus de faire guet et garde. Au centre du village était une maison féodale qui dépendait du fief de Toulongeon.

Elle existe encore avec ses tours et ses portes armoriées.

Une vieille route tirait à Aromas, traversant le canton appelé au latay; une autre à Toulongeon et une troisième à Montfleur.

Malatière. Un hospice pour les lépreux , mentionné dans des titres du xm6 siècle, existait entre Charnod et Villeneuve , dans le lieu nommé la Malatière.

Eglise. La cure de Charnod, du diocèse de Lyon, fut unie à celle de Montfleur en 1520 et séparée en 1586. Le chambrier de Nantua était décimateur de cette paroisse. L'église , dédiée primitivement à saint Pierre, est aujourd'hui sous le vocable de saint Pierre et de saint Paul; on célèbre leur féte le 29 juin ; elle se compose d'un clocher, d'une nef, de deux chapelles autrefois seigneuriales et d'un chœur. La nef a été rétablie en 1706. Le chœur est du style de transition usité au xm* siècle ; les chapelles sont de style ogival tertiaire. Celle qui avait été érigée par les seigneurs de Montgefond renferme un charnier destiné à l'inhumation des fondateurs et de leurs successeurs. La fenêtre de cette chapelle, du style ogival flamboyant, est garnie de vitraux de couleur assez remarquables. Elle renfermait un beau mausolée en marbre , renversé par le vent des révolutions.

BIOGRAPHIE

Une des plus anciennes familles de ce villageest celle des Champion.

Plusieurs de ses membres furent baillis et juges de la cbàtellenie de Montgefond. Félix Champion , l'un d'eux , curé de Vosbles, fut député à l'Assemblée législative en 1791.

Son frère , Marie-François-Xavier Champion , nommé juge au district d'Orgeleten 1791, est mort en 1815, conseiller à la cour d'appel de Lyon.

La maison où sont nés ces deux personnages est occupée aujourd'hui par M. Mornay, maire de Charnod , qui en a fait une charmante résidence.

Chasaagne (la), Chassaig ne (la), vg. de l'ar. de Dole , cant. et distr. de poste de Chaumergy ; succursale, composée de la Chassagne, Chêne- Sec et Sergenaux ; à k kil. de Chaumergy, 28 de Dole et 30 de Lonsle-Saunier.

Altitude : 21 8m.

Il est limité au nord par Sergenaux, au sud par Beauvernois (Saôoeet-Loire), à l'est par Foulenay et les Deux-Fay, à l'ouest par Rye. La grange Ravonneaux fait partie de la commune.

Il est traversé par le chemin de gr. communie. n° iU , de Sellières à Saint- Jean -de-Losne, parles chemins vicinaux tirant à Beauvernois, à Fay et à Sergenaux, par les rivières de Braine et de Dorme ou de Dorne, par le bief des Grands-Etangs , la Morte-des-Tereillons et le canal des Bacheley.

Ce village est situé sur la rive droite de la Braine, au bord septentrional d'une vaste prairie. Les maisons sont isolées , de chétive apparence , construites en terre avec

couvertes pour la plupart en chaume.

Pop. en 1790, kOk habit.; en 1846, 526; en 1851, 526, dont 162 hom. et 164 fem.; pop. spéc.

par kil. carré, 64 hab. ; 65 maisons; 85 ménages.

Les plus anciens registres de l'état civil remontent à 1679.

On n'émigre pas.

Cadastre exécuté en 1829 : surf, territ., 866h 99a, divisés en 1880 parcelles que possèdent 278 propriétaires, dont 169 forains; surf, imp., 555h 64% savoir: 219h 69* en terres lab., 160h 28* en bois, 15lM0*en prés, 8h 37* en étangs, 7U 13* en parcours , 3h 49* en sol et aisances des maisons , 2h 87* en friches et mares , d'un rev. cad. de 20,904 fr. ; contr. dir. en princ. , 2308 fr.

Le sol , peu fertile , et légèrement accidenté , produit du blé , du maïs, du sarrasin, des légumes secs , peu d'avoine , de la navette , des pommes de terre , du chanvre , des fruits, du foin et des fourrages artificiels. On y essaie la culture de la vigne, qui parait réussir.

Il n'existe plus à la Chassagne que de petits étangs ; les principaux ont été convertis en prés depuis plusieurs années.

Le produit des céréales suffit à la consommation des habitants ; on importe le vin.

Le revenu réel des propriétés est de 4 fr. 50 cent, pour cent.

On élève dans la commune des bètes à cornes , des cochons , quelques chevaux, des moutons, des volailles et surtout des oies très estimées. 20 ruches d'abeilles.

On trouve sur le territoire du minerai de fer , dont on ne tire aucun parU , des sablières et des gravières exploitées.

pans de bois , briques et pierres , et Les habitants fréquentent nabi-

tuellement les marchés de Sellières et de Bellevesvre.

Il y a un moulin à farine, à quatre tournants , deux autres à trois tournants ; i teinturier, 2 menuisiers , 3 auberges, 1 tourneur sur bois, 1 charpentier, 1 cordonnier, 1 maréchal-taillandier et 2 marchands de mercerie.

Il y avait autrefois deux foules et un martinet. Ces établissements ont été démolis en 1855 et en 1847.

La Ghassagneest la résidence d'un notaire.

Biens communaux : une église , un cimetière à l'entour, un presbytère, une maison commune insuffisante et en mauvais état , contenant la mairie , le logement de l'instituteur et la salle d'étude , fréquentée en hiver par 72 élèves , et 55h 64»

de bois et parcours, d'un rev. cad.

de 768 fr.

L'école des filles, tenue dans une maison louée, est fréquentée en hiver par 70 élèves.

Il conviendrait d'utiliser les nombreuses sources qui sortent du territoire , pour établir un lavoir couvert et de reconstruire une maison commune, dans laquelle on placerait l'école des filles.

Bois communaux : 45b 74% dont lh 99* sont coupés annuellement.

Essences dominantes : chêne, charme et tremble.

Budget : recettes ord., 2475 fr. ; dépenses ord. , 2475 fr.

KOTICE HISTORIQUE.

La grande paroisse de Mouthieren-Dresse , Monasterium Mslicense ou in jEslica, dont la Chassagne fit partie pendant plusieurs siècles, aurait été fondée , suivant quelques historiens, par une colonie de Suèvcs /Estiens. Cette opinion est appuyée sur la similitude du nom d'/Estica

et oVjEstien, ainsi que sur les nombreuses pratiques religieuses et croyances populaires répandues dans ce pays, et qui se rattachent au paganisme du Nord. Les bois étaient peuplés de fantômes femelles , de chevaux sans tète , emportant dans les airs les voyageurs attardés. Un climat du territoire de la Chassagne est appelé à la Fie-Blanche, Une telle dénomination constate l'existence d'une route fort ancienne , créée par les premiers habitants.

Une voie romaine , partant de Sellières et se dirigeant sur Asnans , passait au nord-est du village. On la nomme encore la Route romaine ou la Grande Faivre. A 200 mètres an sud-ouest de ce chemin , dans le bois du haut seigneur, on a découvert des tuileaux à rebords et d'autres débris provenant de constructions antiques. M. Béchet prétend qu'un titre de 642 mentionne déjà la Chassagne. Cette pièce, qu'aucun autre historien ne cite , n'est point parvenue encore à notre connaissance.

Seigneurie. Ce village dépendait dans l'origine de la terre de Rye et n'en fut démembré qu'au xme siècle, pour former l'apanage d'un cadet. Les seigneurs avaient la justice haute, moyenne et basse, la banalité des fours, des moulins, des battoirs, des forêts. Les sujets étaient mainmortables et corvéables, devaient le guet et garde , les réparations du château, la montre d'armes, des cens en argent, en grains et en poules. 11 était dû un droit de bachelerie, perçu sur les divertissements de la jeunesse, Les jeunes mariés et les fiancés payaient une redevance en argent , destinée probablement {A remplacer un droit beaucoup moins moral.

Le signe patibulaire , pour Pcxé-

cution des criminels , était élevé en une place appelé le Champ des Fourches.

Seigneurs, Une famille noble de nom et d'armes, branche cadette des illustres maisons de Rye et de Neublans, possédait, dès le xm° siècle , la seigneurie de ce village. En 4248, Jean de Cbalon , comte de Bourgogne et sire de Salins , donna aux religieux de Tordre de Grammont , établis à Fay , entre autres biens , toutes les forêts qu'il avait acquises d'Etienne , sire de la Chassagne. Au mois de novembre 1254, Hugues, sire de Neublans, céda au comte Hugues et à la comtesse Alix, son épouse , le fief que lui devait Etienne de la Chassagne , pour le terme de quatre ans, s'en réservant le retour après ce temps. Etienne , sire de la Chassagne , indigné de la conduite dénaturée de Jean et de Hugues, ses fils, qui l'avaient jeté, tout malade qu'il était, hors de sa maison , et réduit à mendier sa subsistance, après qu'ils eurent défendu aux gens de sa terre de le recevoir, donna, en 1273 , à Jean de Chaton , sire deRochefort, qui lui avait fourni un asile et les secours nécessaires , tout le partage et le droit que ses deux fils pouvaient avoir dans les biens qui étaient du fief de ce suzerain.

Ce don comprenait la seigneurie de la Chassagne, dont le fief et l'arrière-fief furent cédés à Jean de Cbalon par son oncle Robert , duc de Bourgogne et par Etienne de Neublans. Etienne de la Chassagne avait épousé Anne de Poligny, sœur d'Odon de Poligny, bailli du comté de Bourgogne , en 1274. Quoique déshérité, monseigneur Jean de la Chassagne , chevalier , fit grande figure au moyen -âge. En 1279, il fut un des arbitres chargés de statuer sur les différends qu'avaient

Olton, comte palatin de Bourgogne, et Renaud de Bourgogne, son frère, au sujet du partage des successions de leurs père et mère. En 1 294 , il fut du nombre des grands seigneurs qui s'obligèrent par serment, envers Jean de Chalon, comte d'Auxerre et sire de Rochefort, et Renaud de Bourgogne, comte de Montbélîard , à ne jamais reconnaître pour suzerain Philippe-le-Bel, roi de France, dans le cas où le prince Otton lui cédérait , à un titre quelconque , le comté de Bourgogne. Guillaume de la Chassagne, lillede Jean et épouse d'Odet de Poligny , dit Grand, chevalier, avait nourri et élevé Etienne de Bourgogne , chanoine de Besançon , frère de Renaud , comte de Montbéliard.

La terre de la Chassagne fut in-* féodée par le sire de Rochefort à la maison de Vaudrey. En 1489, Guyot de Vaudrey, en 1498, Louis de Vaudrey, bailli d'Aval, se qualifiaient de sires de ce village. En 1633, ce fief était possédé par Mlle de Lescalle, et en 1773 par Emonin de Dampierre, président à mortier au parlement de Dijon , par Mme Catherine-Josephe- Thérèsede la Ramise, son épouse, et par Claude Poutier, commissaire en chef de la marine, comme étant aux droits de dame Catherine Maillard, veuve de Dominique-Aimé de la Chevalerie, chevalier de Saint- Louis.

Armoiries. La maison de la Chassagne portait de.... à la fasce df ...

sommés de trois grelots de. . . rangés en fasce.

Châteaux. Au nord-ouest du village , dans nn canton appelé Boisdu-Petil-neux-Château, et couvert d'arbres , on voit un espace circulaire formé par une double ceinture de fossés concentriques , sur les bords intérieurs desquels sont des remparts en terre. La partie centrale

de cet espace est aujourd'hui une mare profonde. Une autre forêt porte le nom de Bois-du-Grand-Fieux- Château. Une maison -forte, plus importante que la première, existait probablement sur cet emplacement.

Au sud du même village et au milieu de la prairie, on remarque les vestiges d'une motte circulaire qui a 150 mètres de circonférence sur i mètre 20 centimètres de hauteur.

Cette éminence , plus élevée dans l'origine, servait de base à un chàteau-fort qui fut construit au xiv* ou au xve siècle. À côté était une chapelle dédiée à saint Fiacre. On ne retrouve aucun débris de construction.

Il est probable que la forteresse et son enceinte étaient en bois. La place occupée par ce manoir est ap»

pelée à la Motte.

Paroisse. La Chassagne était dans l'origine de la paroisse de Mouthieren-Bresse, et son ancienne chapelle ne fut érigée en cure qu'en 1625.

Cette nouvelle paroisse comprit le village de la Chassagne, Sergenaux, Rye et le Petit-Fay. Le patronage de l'église et la dîme appartenaient au prieur de Mouthier-en-Bresse.

Eglise. L'église , située sur une éminence, à l'est du village, est orientée et dédiée à l'Assomption de la Mère de Dieu , dont on célèbre la fête le 1 5 août. Elle se compose d'un clocher, d'une tribune , d'une nef, de deux chapelles , d'un chœur et d'une sacristie. La nef a été reconstruite en partie en 1722 ; le chœur a été réparé en 1775 et en 1829 ; le clocher a été rebâti en 1835. L'intérieur est voûté à arcs-surbaissés.

La voûte s'affaisse et menace l'édifice d'une ruine prochaine , si on n'y porte promptement remède. On remarque dans cette église, dépourvue de tout style architectonique , les délicates sculptures de la chaire à

prêcher, les statues de saint Antoine et de saint Claude , et un tableau représentant saint Fiacre , provenant de l'ancienne chapelle castrale. Elle renferme des reliques authentiques de saint Boniface.

Evénements divers. La Chassagne, placée à la limite du duché et du comté de Bourgogne, eut à souffrir de toutes les guerres qui désolèrent ces deux provinces. Les châteaux qui furent successivement bâtis, attestent la série de ces désastres. Les guerres du xvue siècle et la peste avaient détruit les habitations et décimé les habitants. Au mois d'octobre 1637 , le comte de Guébriant , après avoir fait une tentative infructueuse sur Blelterans , se rendait à Dole par la Chassagne. Spn armée, engagée dans des marais profonds , faillit y trouver la mort. Autrefois les crimes étaient d'autant plus fréquents dans ce village , qu'ils restaient presque toujours impunis. La difficulté des chemins , le caractère des habitants, s'opposaient à toute espèce d'enquête. Ce n'est que depuis 1 830 , que les communications deviennent possibles dans cette contrée,

BIOGRAPHIE

Ce village est la patrie de Philippe Mairet (1784-1845), chef d'escadron d'artillerie , décoré.

Chassai , Chassaul , Chassault , Chassant, Chassalx, Chassa, vg. de l'arr. et du cant. de Saint-Claude , perc. , distrib. de poste et paroisse de Molinges ; à 2 kil. de Molinges , 10 de Saint-Claude et 52 de Lonsle-Saunier.

Altitude :664m.

Il est limité au nord par Lavans , au sud par Larrivoire et Ranchette , à l'est par Lavans , Chevry et Larrivoire , à l'ouest par le torrent de

Longviry, qui sépare Chassai de Molinges. Marigna, la Grange -des- Prés, la Potence , le moulin du Bief, Chatelan et le moulin de Marigna font partie de la commune.

Il est traversé par la route départ.

n° 8 , de Saint- Claude à Lyon , par les chemins vicinaux tirant à Larrivoire , à Marigna , à Rancliette , à Chevry, de Marigna à Molinges, de Molingcs à Lavans , par la Bicnne , qui sépare Chassai de Marigna , par le torrent de l'Enragé , par le ruisseau de Longviry , les biefs de Fontenelle, de Dessus-Pra ou de CommunaillC3 , de Chassai , de Chatelan et de la fontaine de la Grange-dc-Pra.

Ce village est situé sur les bords de la Biennc, dans une exposition fort agréable. Les maisons sont groupées , construites en pierre , couvertes en chaume ou bardeaux , et composées d'un rez-de-chaussée et d'un premier étage.

Marigna a été réuni àla commune de Chassai, le 11 septembre 1822.

Pop. en 1790, de Chassai, 124 hab.; de Marigna, 158 ; pop. réunie, en 1846, 266 ; en 1851 , 266, dont 440 nom. et 126 fem. ; pop. spéc.

par kilom. carré, 51 hab.; 55 maisons , savoir : 25 à Chassai et 52 à Marigna ; 61 ménages.

Les plus anciens registres de l'état civil remontent à 1792.

Les habitants émigrent pendant six mois de l'année , pour aller peigner le chanvre dans les départements du Doubs et de la Haute- Saône , ou pour établir des fours à chaux en Suisse, surtout dans les cantons de Vaud et de Neuchâtel.

Les uns et les autres rapportent environ 100 fr. de bénéfice net.

terril., 519M8*, divisés en 2416 parcelles que possèdent 144 propriétaires, dont 83 forains; surf.

imp. , 494hlia, savoir: 49th97* en parcours , U 7h 45* en bo/s taillis , 109h 78a en terres lab. , 36h 20* en près , 54h 76* en friches , lh 52* en sol et aisances des maisons , 95* en vergers, 42*en broussailles, 41* en jardins , 2* en mares, d'un rev cad.

de 6782 fr. ; cont. dir. en principal, 1265 fr.

Le sol , d'une fertilité ordinaire , produit du blé , du seigle , du maïs, des pommes de terre , des légumes secs, du chanvre, des fruits, du foin et des fourrages artificiels.

On a essayé depuis 15 ans la culture de la vigne sur la pente méridionale delà montagne qui domine Chassai ; les essais ont parfaitement réussi.

On importe moitié des céréales et les 14 quinzièmes du vin.

Le revenu réel des propriétés est de 5 fr. 50 cent, pour cent.

On élève dans la commune des bêtes à cornes , quelques ânes pour le service des moulins , et on y engraisse quelques cochons. 40 ruches d'abeilles.

On trouve sur le territoire des sablières et des carrières de pierre à bâtir et de taille.

Le 7 septembre 1748, l'abbé Clerc , curé de Molinges , découvrit sur le territoire de Chassai, dans un rocher qui domine la grande route de Lyon , une carrière de marbre comparable à celui de Tripoli, ayant des veines bleues , violettes, rouges etjonquilles. Il fit venir de Lyon une famille entière, dont le chef s'appelait Desmaisons, pour l'exploiter.

Ces entrepreneurs établirent sur le ruisseau de Queutan, un bâtiment renfermant quatre scies. L'écoulement n'ayant pas été en rapport avec les frais d'exploitation et de polissage , les ouvriers se découragèrent, et la révolution acheva de

détourner l'attention de ces travaux, qui ont été repris depuis une quinzaine d'années seulement. Les produits s'exportent dans toute l'Europe et jusqu'en Chine , sous le nom de marbre de Molinges. On tire des tables qui ont jusqu'à dix pieds en longueur et quatre en largeur. La carrière a plus d'un quart de lieue d'étendue , sur une hauteur considérable. Chassai possède aussi une carrière d'ocre, dont on a fait l'essai, et qui s'est trouvé fort bon.

Les habitants fréquentent habituellement les marchés de Saint- Claude.

Une fromagerie produit chaque année 4800 kilog. de fromage, façon Gruyère , de première qualité.

11 y a un moulin à farine à trois paires de meules , avec une scierie mécanique à une lame , pour bois de construction , un battoir à blé , une huilerie et un battoir à chanvre, un autre moulin à deux tournants , avec une scierie mécanique à deux lames, un troisième moulin à un seul tournant, une auberge, un Yoiturier et un maréchal-ferrant.

La plupart des habitants fabriquent pendant l'hiver des objets de tabletterie ou des ouvrages au tour en buis, en cuivre, à la pièce et à façon , pour le compte des négociants de Saint-Claude. Chaque ouvrier gagne, terme moyen, 75 centimes par jour. L'agriculture souffre peu de ces travaux.

Biens communaux : une maison commune construite en 1846 , contenant la mairie, le logementde l'instituteur et la salle d'étude, fréquentée en hiver par 10 garçons et 10 filles ; un chalet , une fontaine avec lavoir et abreuvoir , deux ponts en bois en fort mauvais état , l'un sur la Bienne et l'autre sur le bief de l'Enragé. La section de Chassai pos-

sède 1 1 6U 64* de friches , parcours, terres labourables, emplacement de l'ancien four banal, et bois taillis , d'un rev, cad. de 491 fr. ; celle de Marigna , 1 86h 37* de bois , friches , parcours , emplacement de l'ancien four banal, d'un rev. cad. de 603 fr.

Bois communaux : Chassai, 46h 66a; coupe annuelle , lh 75* ; Marigna , 69h 1 8*, dont 2b 59* sont coupés annuellement.

[NOTICE HISTORIQUE

Les villages bâtis dans la vallée de la Bienne , existaient-ils avant la fondation des abbayes de Condat, de Lauconne et de Saint-Romain de Roche , au ve siècle ? Nous le pensons et nous croyons même que leur origine est antérieure à l'invasion romaine. Les preuves ne nous manqueront pas, dans le cours de cet ouvrage, pour appuyer cette assertion. On trouve à Marigna la Fontaine de Brwes , le Bois de Briws.

Briças, qui signifie pont, est un mot appartenant à la langue celtique. 11 y avait en effet un pont fort ancien jeté sur la Bienne , pour relier Marigna à Chassai. On a découvert , il y a quelques années, près du pont des Arches, à la ville d'Antre , l'intérieur d'un balneum , dans les fondations d'une maison romaine. Les parois de cette chambre étaient garnies de tablettes de marbre jaunenankin , qui provenaient d'une carrière de Chassai. Le sol de Molinges, village voisin de Chassai , est jonché de débris de constructions galloromaines. Un climat du territoire de Marigna s'appelle aux Maures. Ce nom semble indiquer la présence des soldats du Nil , cantonnés dans la ville d'Antre , ou des Maures qui vinrent piller l'abbaye de Saint-Oyen-

de-Joux au vm* siècle. Un diplôme de l'empereur Lotbaire 1er, de Pan 855, confirme à ce monastère la possession d'un lieu nommé Cassenatis.

Il est probable qu'il s'agit de Chassai, car il est désigné avec Molinges, Yiry, Dortan , Lauconne (Saint- Lupicin) , qui sont tous des villages environnants. Du reste , cbazal , chazeaux, se traduisent toujours, en basse latinité , par cma , casaliœ , et il y a beaucoup d'analogie dans ces noms.

Seigneurie. Chassai et Marigna formaient deux communautés qui dépendaient de la seigneurie dite de la Grande-Cellelerie , appartenant à l'abbé de Saint-Claude. Ce prélat avait la justice haute, moyenne et basse , exercée en première instance par le prévôt , et en appel par le grand-cellelerier, le droit exclusif de chasse et de pèche, la propriété des cours d'eau , la banalité des fours , des moulins et des battoirs, les droits de lods , ventes et retenue. Les sujets étaient main-mortables et corvéables. En cas d'aliénation d'immeubles , les lods étaient fixés au quart du prix pour les biens demainmorte , et au douzième pour les biens libres. Les chefs de famille main-mortables devaient un cens de deux setiers de froment et douze deniers genevois.

La dime appartenait au sacristain de Saint-Pierre , à raison de la onzième gerbe pour les gros blés et de la seizième pour les menues graines.

A Marigna, le grand-prieur de l'abbaye percevait , au lieu de la dime, un droit de mareigle ou marguillerie , fixé à une gerbe de froment et un cuchot d'avoine par famille.

Chaque communauté devait, en corps , six mesures de froment et six mesures d'avoine.

Le moulin de Marigna , appelé le

moulindeLect, dépendait du prieuré de Saint-Komain-de-Roche.

Le signe patibulaire était au lieu dit à la Potence.

Prévôté. Dans l'origine , Chassai et Marigna faisaient partie de la prévôté de la Vallée. Plus tard, il en fut créé une à Chassai , qui fut inféodée à une famille noble , connue dans les titres sous les noms de Chassaul, Chassault, Chassa, Chassai.

Humbert de Chassa et Gauthier son frère, assistaient comme témoins à un traité passé vers l'an 1 184, entre les religieux de Balerne et Roger de Monnet , en présence et sous le sceau du comte Gérard de Vienne.

Pierre de Chassaul , chevalier, était employé, en 1308, à la cour de l'abbé de Saint-Claude. Gérard de Chassaul faisait hommage, la même année, d'une partie du fief du Rognon à Charchilla. En 1405, Otbenin et Michel de Chassalx, assistaient à une sentence rendue au château de Moirans, par l'abbé de St.-Claude, entre Gérard de Grandval et Al bon de Lezay, son frère. En 1 449 , Guillaume de Chassaut ; de 1 464 à 1 480, Louis de Chassaut, étaient abbés de Baume. Jean de Chassa , dit le Bénétru , fut du nombre des officiers du duc de Bourgogne blessés à l'assaut du fort proche de Steenbecque, dans la guerre contre les Gantois , en 1453. En 4 536, Louise d'Usie était veuve d'Hector de Chassai, seigneur de Boutavant , ayant pour enfants Philibert et Bénigne de Chassai .

Il y avait nne clause du serment de l'abbé de Saint-Claude qui portait :

« qu'on ne recevrait en religion dans l'abbaye, aucun membre de la lignée du prévôt de Chassai, jusqu'à la quatrième et même à la cinquième génération. * On ignore la date de celle formule , mais on en connaît une plus ancienne, dans laquelle

cette clause n'existe pas. Nous avons été assez heureux pour découvrir le motif de cette exclusion. Jean de Chassa , employé à la cour de Charles-le-Téméraire , entra dans une conspiration dirigée par Baudoin de Bourgogne , frère naturel du duc Charles, en 1470, et qui avait pour butd'empoisonner ce dernier. Meyer prétend que Louis IX , dans sa haine contre tous les chefs de la guerre dite du bien public, fut l'àme de ce complot ; mais cette accusalion ne repose sur aucune preuve.

Jean de Chassai fut banni , et ses biens furent conOsqués. C'est à la suite de cette condamnation que les religieux de Saint-Claude s'engagèrent à ne jamais recevoir parmi eux des membres de la famille du prévôt de Chassai.

Fête patronale. Saint Léger, dont on célèbre la fàte le 2 octobre.

Evénements divers. (Voir l'article Saint-Claude.)

Curiosités naturelles. On remarque au nord de Marigna une partie de montagne éboulée depuis plusieurs siècles, dont la structure intérieure est des plus bizarres.

Le lac de l'abbaye du Grandvaux se dégorge au sud -est, du côté de la montagne, dont il baigne le pied, par un canal profond et large de trois mètres. Dans cet endroit escarpé , les eaux se précipitent à 10 mètres de profondeur, dans une caverne où elles trouvent une issue d'un mètre de long sur 8 décimètres de large.

Ceux qui ont pénétré dans celte caverne , ont observé qu'elle se dirige au sud-est, vers le centre de la montagne ,par une pente douce, que l'on peut suivre sur un espace de 20 mètres. La direction de cet aqueduc souterrain change alors tout à coup et s'enfonce perpendiculairement de 7 mètres , en un vaste ré-

servoir où l'on a aussi pénétré , et dans lequel on a remarqué plusieurs ouvertures latérales. Cette eau vient reparaître au village de Marigna, situé au couchant de la même chaîne de montagnes, à 20 ou 50 kilomètres au sud-est du lac. La gorge d'où elle s'échappe offre l'aspect le plus pittoresque qu'on puisse imaginer.

On voit le torrent jaillir d'un long couloir en forme de voûte , retomber en cascades écumantes sur d'énormes blocs de rochers, qu'ombragent des bouquets de buis et d'arbres nains, puis se répandre sur un frais tapis de verdure qui fait un contraste frappant avec la sombre majesté du fond du tableau.

Chasse j , commune réunies celle deMutigney, le 22 octobre 1823..

Chatagna , commune réunie à celle de Chavéria , le 1 1 septembre

Château - Chalon , Camonis Castrum , Caroli Castrum , Châtel- Charlon, Châletchalon , village autrefois qualifié de bourg et de ville , cant., percept. et bur. de poste de Voiteur ; succursale ; à 3 kilom. de Voiteur et 15 de Lons-le-Saunier.

Hauteur au-dessus du niveau de la mer, ft82m ; au-dessus du niveau de la Seille , qui coule au pied de la montagne, 222m.

Il est limité au nord par la Doye , Frontenay et Menetru , au sud par Nevy , à l'est par Blois et Doye , à l'ouest par Menetru, Domblans, Voiteur et Nevy. Le Moulin-Dessous ou Moulin-Passavant, la Cude et la Baraque du bois de Verru font partie de la commuue.

Le territoire est traversé par la route dép. n° 16, de Lons le Saunier à Poligny, par le chemin de gr. corn.

n° 5, de Bletterans à Champagnole , par les chemins vicinaux tirant à Poligny , à Menetru , aux Mouillères , au hameau de la Cude, à Blois , à la route dép n° 16, par le canal de dérivation du Moulin -Passavant , par le ruisseau de la fontaine Cliambon et par la rivière de Seille, qui le limite sur une grande largeur au nordouest et au sud-ouest.

Le village est situé sur la croupe d'une montagne inaccessible sur la plupart de ses faces. Les rues sont mal percées et tortueuses, les maisons sont rangées sans ordre, construites en pierres et couvertes en laves. La plupart ont un étage audessus du rez-de-chaussée.

Pop. en 1790, 711 hab.; en 1846, 666; en 1851, 675, dont 317 nom.

et 356 fein. ; pop. spécif. parkilom.

carré, 67 hab. ; 156 maisons , savoir : 153 à Château-Chalon , 1 au Moulin -Passavant , 1 £ la Cude et 1 dans le bois de Verru ; 192 ménages.

Les plus anciens registres de l'état civil remontent à 1536. Quelques-uns sont revêtus de feuilles de parchemin ornées de précieuses enluminures.

Cadastre exécuté en 1 826 ; surf, territ. 1001h 10*, divisés en 2641 parcelles que possèdent 345 propriétaires, dont 178 forains; surf, imp. 997h 43a, savoir : 372h 43a en terres lab., 567h 87a en bois taillis, 100h 80a en pâtures, 95h 48a en vignes , 17h 26a en friches, 16h 16a en broussailles, 16h 15a en prés, 4h 27a en jardins et vergers , 3h 74a en sol et aisances des maisons , 3h 25a en murgers et saussaies , d'un rev. cad. de 16,357 fr. , cont. dir, en princip. 4205 fr.

Le sol , accidenté et fertile , produit du blé , de l'orge , de l'avoine, du maïs , des légumes secs , de la

navette , des pommes de terre , des betteraves, du chanvre, des fruits, du foin , des fourrages artificiels , des vins blancs et rouges très estimés. Les vins dits de garde rivalisent avec le Tokay et figurent avec honneur sur les tables des souverains.

Les abbesses, qui possédaient ce vignoble, aussi précieux que peu étendu , en envoyaient les produits au roi d'abord , puis aux grands seigneurs du temps.

On exporte le quart des vins et on importe le cinquième des céréales.

Le revenu réel des propriétés est de pour cent.

On élève dans la commune des bêtes à cornes et des cochons qu'on engraisse , des chevaux , des moutons et des volailles. 20 roches d'abeilles.

On trouve sur le territoire des carrières de tuf exploitées, de la marne utilisée pour l'amendement des terres , des carrières de pierre à bâtir de première qualité. Celle pierre , de nuances très variées, est susceptible de recevoir le poli et imite les plus beaux marbres étrangers.

Foires. Il y a trois foires , fixées au 1er juillet , au 8 septembre et au 1 2 novembre. On y vend du bétail , de la mercerie, de la quincaillerie , des étoffes , de la cordonnerie, ek.

Les habitants fréquentent habituellement les marchés de Lons-le- Saunier et de Poligny,

Les patentables sont : un médecin, un marchand de bois, un boulanger, deux cabaretiers , un épicier , un boucher, un menuisier, trois marchands de pierres taillées et un maréchal-ferrant.

Il y a un moulin dit Moulin-Passavant, à quatre tournants, avec un battoir à chanvre.

biens communaux: une église,

un cimetière à côté , un presbytère très convenable , une maison commune renfermant la mairie et audessous un chalet , dans lequel on fabrique annuellement 18,000 kil.

de fromage , façon Gruyère , une maison d'école , contenant le logement de l'instituteur et celui de l'institutrice, ainsi que les salles d'études, fréquentées en hiver par 85 garçons et 75 filles; 2 fontaines avec lavoirs , 2 oratoires , nne maison provenant de l'ancienne abbaye, et 257h »ia de bois et pâtures, d'un rev. cad. de 2199 fr.

Bois communaux: 260h 75*, dont 6h bfc* sont coupés annuellement. Essences dominantes : chêne, charme et hêtre.

Budget : recettes ord. 6035 fr. ; dépenses ord. 5912 fr.

Bureau de bienfaisance : revenu ord. , 24 fr.

NOTICE HISTORIQUE

Origine. On croit généralement que le bourg de Chàteau-Chalon doit son origine à la célèbre abbaye de Bénédictines , fondée au vne siècle par le patrice Norbert. Tout porte à croire cependant qu'il remonte à une époque beaucoup plus reculée. Dans un climat appelé en Vote-Roche, on a reconnu des buttes artificielles formées par des amas de pierres votives. Ces monuments appartiennent au premier âge de la civilisation humaine dans notre pays et se rattachent au culte de M il h ras , le plus grand des dieux de la Perse, qui n'était autre que le soleil. C'était le Bel ou le Baal des Chaldéens , le Bélénus des Gaulois , l'Apollon des Grecs et des Romains. À Chàteau- Chalon, on trouve deux contrées appelées à la Bélia et en Beauregard. Ces dénominations sont considérées comme caractéristiques du

culte de Bélénus. Le nom primitif de ce village , Carnonis Castrum , qu'on a traduit par castrum nonarum , château des nonnes, rappelle plutôt le nom d'Apollon. Ce dieu était connu sous le nom de Carno a Sparte et dans les colonies de cette république. La Doye, Blois, villages voisins, sont des mots incontestablement celtiques.

On a trouvé en 1822 , sur le territoire de cette commune , des fragments de colonnes de l'ordre corinthien et un bas-relief représentant une tète de Minerve. Dans la contrée dite à VHermitage, et sur une surface de plusieurs hectares, le sol est jonché de tuileaux à rebords et d'autres débris de constructions romaines. Dans le temps des grandes sécheresses , on reconnaît par la végétation l'emplacement de chacun des édifices qui couvraient ce terrain. M. de Montrichard, antiquaire distingué et correspondant de M. de Caylus, croit qu'il y avait un camp à Chàteau-Chalon. Les preuves qu'il en donne sont, 1° la situation très escarpée de la montagne , dont la partie supérieure a la forme d'un arc ; 2° un retranchement formant la corde de cet arc et consistant en un mur fort épais , qui, à l'époque où il écrivait, avait encore plus de 20 pieds de hauteur.

Cet emplacement réunissait en effet toutes les conditions que les Romains exigeaient pour ces sortes d'ouvrages. Il y eut là très probablement un oppida gaulois puis un • oppidum romain , dans lequel les populations de la plaine se réfugiaient en cas de guerre et d'éminent péril.

Une voie romaine , venant de Poligny, longeait le castrum. Suivant une charte du comte Otton , le chemin de Poligny à Chàteau-Chalon était une voie neuve et moindre en

1288, ce qui en suppose une plus ancienne et une plus grande qui était abandonnée. Une autre route se dirigeait sur le Pont-du-Navoy.

Ce bourg faisait partie du beau val de Voiteur, dont les campagnes étaient florissantes sous la domination romaine, à en juger par les nombreux débris qu'elles renferment.

Le val appartenait au fisc ; il passa comme terre domaniale aux rois Bu rgundes et fut recueilli parles Francs, vainqueurs des faibles descendants deGondebaud (53fr). Cette propriété était si importante, que les rois mérovingiens y bâtirent un château , à la place qu'occupe actuellement celui de Blandans. Ce manoir, qualifié de palais dans tous les anciens titres , était un lieu d'asile pour les criminels. Il était le chef-lieu de la prévôté de Voiteur. Valdelène ou Vandelin , duc de la haute et de la basse Bourgogne , issu d'une famille romaine , possédait un alleu considérable dans le val de Voiteur. Saint Donat, son fils, évoque de Besançon, héritier des domaines de son père , qu'il partagea avec le duc Ramelène, son frère, lit don à son église , vers 650, de la terre de Domblans. Il est probable qu'Eusébia, épouse de Norbert , patrice de Bourgogne, qui fonda l'abbaye de Cliàteau-CUalon sur une terre allodiale , était l'héritière du duc Ramelène.

Abbaye. Le patrice Norbert et Eusébia , son épouse , fondèrent dans le comté de Scodingue, le monastère de Château-Chalon , en Thonneur de la vierge Marie et de saint Pierre, prince des apôtres, pour des religieuses qui suivirent la règle canonique. Saint Léger, évôque d'Aulun et parent de Norbert , assisté de treize évéques, en consacra Téglise avant 673. L'officiant , aux quatre principales fêtes de la

Vierge, rappelait celte consécration au peuple assemblé sur le cimetière.

En dotant ce monastère d'une partie de ses domaines, Norbert fit de l'enceinte du rocher où il était bâti, un lieu d'asile et de liberté. Le plateau de la montagne ne tarda pas à se couvrir d'habitations. Depuis celte fondation, l'histoire de Château- Chalon se perd pendant plus d'un siècle dans la nuit des temps. La Séquanie n'a plus d'historiens et l'on est réduit à des conjectures sur les questions les plus importantes.

Sans doute, l'invasion des Sarrasins fut fatale à notre abbaye, comme aux autres monastères. On en peut juger par la désolation des lieux voisins (732). La race des Mérovingiens, en descendant du trône , n'avait laissé que des ruines dans la Bourgogne ( 751 ). Elles furent réparées parles Carliens , qui ouvrirent une main libérale aux maisons religieuses.

Charlemagne fit construire une forteresse pour défendre et protéger le bourg de Château-Chalon. 11 y plaça un gouverneur et des troupes.

L'abbaye reconnaissante l'honora comme un second bienfaiteur; chaque année, on y faisait un service pour lui , le jour de son décès. Le nom de Charles resta dans la mémoire des hommes. Insensiblement l'abbaye et la ville perdirent leur première dénomination, Carnonis Castrum , et l'on adopta la nouvelle Caroli Castrum, qui dérivait du nom de Charles. Pour prix de sa protection, l'empereur se réserva certains droits de justice et de garde.

Au concile d'Aix-la Chapelle, tenu en 817, la règle de saint Benoit fut imposée à tous les monastères. Le même concile divisa les abbayes en trois classes et leur demanda , pour le salut de l'empire, aux unes, des hommes et des subsides , dona et

militiam , aux autres , des subsides seulement , aux troisièmes , des prières. Celle de CUâteau-Cbalon fut rangée dans la première catégorie.

La mort de Louis-le-Débonnaire fut suivie du démembrement de l'empire. Les deux Bourgognes , comprises dans le lot de Lothaire Ier , passèrent à Loth aire II, son fils. Dès son avènement à la couronne (855), ce prince commença à disposer à son gré des bénéfices ecclésiastiques.

En 869 , il donna à l'église de Besançon l'abbaye de Chàteau-Chalon, pour l'indemniser des trois terres de Chavenay, de Champagne et d'Alièze, que le comte Atton ou Audon, son parent , avait usurpées. Cette cession n'eut pas de suite, car quelques années après , l'archevêque Thierry acheta le château de Choyé et notre abbaye, dont il gratifia son église.

Les invasions des Normands et des Hongrois au ixe et au x* siècle, causèrent la ruine de nos couvents.

Leurs biens devinrent la proie des grands et des seigneurs, qui né reconnaissaient d'autres lois que la force. Le calme ne commença à renaître que sous l'épiscopat d'Hugues Ier, fils d'Humbert II , sire de Salins , sacré le 7 novembre 1 03 1 .

Cet illustre prélat, au lieu de revendiquer les armes à la main les terres et les revenus que les comles de Bourgogne avaient usurpés depuis longtemps, préféra gagner leur amitié en les comblant d'honneurs et de biens. Il leur donna en fief la garde de l'abbaye de Chàteau-Chalon, que lui-même tenait du chef de l'empire.

Le pape Urbain II , en envoyant le pallium à l'archevêque Hugues III , énumère les églises elles monastères soumis à son siège métropolitain.

Chàteau-Chalon est compris dans ce dénombrement (27 juin 1096). Les

» afin de se soustraire aux violences des seigneurs , se réfugièrent sous la protection du Père des fidèles. L'abbesse obtint , en 1 134, du pape Innocent II, l'exemption de la juridiction de l'ordinaire, pour sa maison. Pendant le cours du xne siècle , les seigneurs firent des dons nombreux ou plutôt des restitutions aux abbayes. Par une charte antérieure à 1148, Guillaume, comte de Màcon, abandonna à celle de Chàteau-Chalon , les tailles et les surprises qu'il percevait sur ses terres et ne se réserva que les droits de justice. Par une bulle du 13 des calendes (20) mai 1 154, Adrien IV, imitant en cela ses prédécesseurs, confirma et mit sous la protection du Saint-Siège les concessions et les biens dont elle jouissait alors. Il renouvela les mêmes privilèges au mois d'avril 1155. L'empereur Frédéric Barberousse épousa, en 1 1 56 , Béatrix t héritière de nos comtes, et devint par ce mariage souverain immédiat de tout le pays. Ce prince se montra extrêmement favorable aux évéques et aux monastères, et leur dispensa ses faveurs avec une grande générosité. Sur la demande de l'abbesse Pétronille , il prit l'abbaye de Chàteau-Chalon sous sa protection spéciale. Tous ses biens sont rappelés et garantis par la charte de Frédéric, donnée à Vorms , le 19 septembre 1165, et signée au milieu d'une cour nombreuse , par les plus hauts personnages, par l'archevêque de Besançon , les abbés de Saint-Claude , de Luxeuil et de Faverney. Ce diplôme renferme l'énumération des églises et des autres possessions du monastère ; ce sont:

Plaisia , Largillay , Loverciacum , Marsonnay, Marciniacum, Mesnois, Mathonacum , Turgon , villa Twrbfonis, Certemery, Doye, Blois,

Blez , Menetru , Monisirolium , Chambion, Maizières, Saint-La main, Passenans et Noires , en plein domaine; les églises de Plaisia, de Mérona, d'Arinthod, des Faisses, de Crotenay, de Besain, de Fay, de Bréry, de Molain, de Rahon, Raons, de Chaumergy, Chalmargis , de Gevingey, Juvengey et moitié de celle de Saint-Germain, avec leurs dépendances ; la chapelle de Champdhivers , Champdevers , de Villeneuve et du château d'Arlay ; moitié de Larnaud et de Vincent, le tiers de Fay, outre les trois corvées de l'hermite Guy ; le dixième d'Arlay, des meix épars à Poitle , à Merlia , à Chilly , à Nevy , a Arbois , à Voiteur , à Frontenay , à Bréry , à Darbonnay, à Bleltcrans, à Lombard, à Rahon ; enfin Château -Chalon et la montagne sur laquelle il est situé.

Que tous ces lieux, dit l'empereur, soient respectés par les ducs, comtes ou autres personnes. Que rien n'en trouble et n'en viole la sainteté , la liberté ou le repos. Que l'élection de l'abbesse soit libre. Que notre édit ait l'autorité la plus étendue et la plus durable ; cl si quelqu'un est assez téméraire pour enfreindre la présente constitution , qu'il soit mis au ban de l'empire , et condamné à cent livres d'or et deux cents livres d'argent envers l'empereur et le monastère.

Guillaume, comte deMàcon, mourut en 1155. Poncetlcde Traves, sa veuve , et ses enfants , Etienne II, comte d'Auxonne, et Gérard, comte de Màcon et de Vienne , ratifièrent la donation faite précédemment par Guillaume, et renoncèrent à tous les émoluments qu'ils retiraient contre toute justice des terres de l'abbaye. Ce fait est consigné dans une bulle de Lucc III, du mois de mars 1181, qui renferme rénumération de tous

les biens du monastère. On y voit encore que Thibert de Montmoret remit certains droits qu'il s'était arrogés sur les vassaux et les terres de l'abbaye.

Ce monastère fut victime des dissensions qui s'élevèrent entre Etienne III et Otton, duc de Méranie, comte palatin de Bourgogne. Son territoire fut dévasté et ravagé. Ses domaines furent envahis , ses droits usurpés , ses édifices endommagés.

Les procédés violents d'Etienne occasionnèrent entre lui et l'abbesse Caprarie , une brouillerie longue et sérieuse. Un premier traité intervint entre eux antérieurement à 1208.

On y rappelle d'abord la cause des difficultés. On y dit que l'abbesse, pour recouvrer les bonnes grâces du comte , s'est adressée humblement à lui. Que le comte, de son côté, a voulu réparer avec humilité les torts qu'il lui avait faits ; que dans ce dessein , il remettait et abandonnait entièrement à l'abbaye , les tailles et autres droits qu'il percevait ou levait sur ses terres ; que reconnaissant la franchise dont devait jouir Château- Chalon , il voulait que la montagne et son contour fussent à l'abri de toute inquiétude de sa part et de celle des siens , et qu'on ne pût exiger que le foin et la paille. II retient pour lui la justice du marché et sa garde , ainsi que la connaissance du cas d'adultère , excepté lorsqu'un des valets de l'abbaye tombera dans ce crime; dans la crainte qu'on ne donne trop d'extension à celte justice et à cette garde du marché , il déclare qu'il renonce expressément à tous les droits qu'il exigeait des banquiers et des marchands. On stipule ensuite les services que les vassaux des terres de l'abbaye devront au comte.

Ils seront obliges de le suivre dans

ses expéditions , après une proclamation en forme , à moins qu'un empêchement légitime ne les retienne. Leurs services ne pourront être exigés plus d'un jour ; ils seront libres de retourner chez eux le soir et seront, parmi les sujets du comte, sans risques et sans dangers. Le comte aura la permission de retirer pendant deux jours, à Chàteau-Chalon, ses prisonniers et son butin.

L'abbesse ne donnera aucune retraite dans son bourg, aux sujets fugitifs du comte. Dès qu'elle aura connaissance qu'un de ses vassaux s'y sera réfugié , elle lui refusera tout asile et ne lui accordera que vingtquatre heures de délai pour se retirer. Les gens du comte qui décéderont dans ce lieu, y seront enterrés, sans qu'on exige autre chose , pour leur sépulture, que les offrandes volontaires. Le 'comte ne sera point tenu de se purger par serment de ce qu'il aurait pu enlever à l'église.

Enfin, en retour de tant d'avantages, Etienne donne à perpétuité à l'abbaye la berne de Lons le Saunier. 11 se soumet, en cas de contravention, à la juridiction de l'archevêque de Besançon; vingt-cinq témoins assistent à cet acte, rédigé par un prêtre et scellé des sceaux du comte , de l'archevêque de Besançon et de l'abbé de Baume. Cet accord fut rédigé à Château-Chalon et signé de Jean de Chalon. Le comte Etienne le déposa solennellement sur le grand autel et en promit avec serment l'enlière exécution.

Un second traité , daté de 1214 , rappelle et confirme les dispositions du premier acte. On y retrace les injustes entreprises du comte; le désir qu'il avait d'en effacer jusqu'à la moindre trace; l'abandon qu'il fait en conséquence de tous droits ; la réserve de la justice et de la

garde du marché, des cas d'adultère , excepté toujours les valets de l'abbesse, le don de la berne de Lons - le - Saunier , les services , qu'avec la permission et le consentement du chapitre , les vassaux de l'abbaye rendront au comte, etc.

Etienne donne une force nouvelle à ses obligations , en se soumettant , en cas de lésion , lui et ses biens , aux effets de l'excommunication et de l'interdit, et à titre d'indemnité, il accorde à l'abbaye quinze livres estevenantes, à prendre et percevoir sur les revenus de Lons-le-Saunier. Un troisième traité sans date, mais postérieur aux précédents , intervient.

Etienne annonce, que ne pouvant suffisamment réparer les torts qu'il a faits au monastère, il lui a donné une des montées de muirc qu'il possède à Lons-le-Saunier et les trois sols qu'il percevait sur celles qu'il y avait déjà ; au moyen de celte cession , Caprarie , alors abbesse et le couvent se sont obligés à faire prier pour le comte. Etienne (d'Oyselet), est présent à l'acte et l'approuve.

Frédéric H, par un diplôme du mois de juillet 1 232, confirme et approuve celui de Frédéric Barberousse, et prononce des peines contre les infracteurs. Deux bulles, Tune de Grégoire IX en 1232, et l'autre d'Innocent IV en 1249, énumèrent et confirment toutes les possessions du monastère.

Jean de Chalon succéda aux droits qu'Etienne III , son père , avait à Château -Chalon. Ce prince n'épargna rien pour donner à l'abbaye les justes satisfactions qu'elle pouvait exiger et pour réparer les dommages occasionnés par de nouveaux événements. M y eut en conséquence, dès environ 1228, un accord entre l'abbesse Euphémie, par l'entremise de Nicolas de Flavigny, archevêque dè

Besançon. 11 transigea une seconde Cois, en 1237, sur de nouveaux griefs, avec l'abbesse Guillemine, à la suite d'une sentence arbitrale rendue par Etienne , archidiacre de Salins. L'arbitre rappelle d'abord le traité de 1228. 11 condamne le comte , pour les infractions qu'il y a commises , à cent livres d'amende et à une redevance de quarante sols, assignées sur les salines de Lons-le- Saunier et payables chaque année, au commencement du carême. 11 devra restituer aux prêtres et aux ecclésiastiques de Chàteau-Chalon , les effets qui leur auront été enlevés. 11 établit qu'aux préposés du comte, n'appartiendra rien autre chose que les réserves mentionnées en la charte du comte Etienne. Dans le cas d'infraction, le comte se soumet à la peine de l'excommunication, et cède à l'abbaye dix de ses vassaux qui devront fournir hommage et jurer fidélité à l'abbesse.

Jean de Chalon et son fils Hugues , jurent l'observation du tout ; on appose sur l'acte leurs sceaux , celui de l'archidiacre et ceux des abbés de Baume et du Grand vaux.

Toutes ces conventions furent encore ratifiées par le comte en 1 265.

Le quatorzième siècle est rempli par les troubles, les révoltes, les combats sans nombre, qu'amenèrent les luttes des ducs et comtes de Bourgogne contre la féodalité, et les institutions des commandises , des bourgeoisies , des états provinciaux et des parlements. Les guerres particulières entre les seigneurs, les courses des Anglais et des Routiers dans la province , la peste et la famine qui la dépeuplèrent, achèvent le tableau de celte époque. Les prévôts du val de Voiteur ou les baillis d'Aval, avaient contesté, à diverses reprises, le droit de justice à l'ab-

besse de Chàteau-Chalon ; ils s'étaient permis, mais inutilement, des entreprises sur sa juridiction. Jeanne, reine de France et comtesse de Bourgogne , la confirma dans ses droits par lettres données en 1528.

Les habitants de Chàteau-Chalon , à l'exemple d'un grand nombre de communes, s'étaient placés sous la sauvegarde du souverain et avaient été reçus bourgeois du roi, par le châtelain de Sagy, au nom du duc de Bourgogne. Guillaume, bâtard de Poitiers , fit une assemblée et marcha contre eux , pour les punir de ce fait. Le quinzième siècle, en éveillant dans les esprits le désir de l'indépendance, ébranla l'autorité ecclésiastique. Les sujets commencent à contester les droits temporels de l'abbesse. Après la mort de Louise deLuyrieux (1 473), une double élection divisa les religieuses. Henriette de Quingey et Catherine de Sugny, prétendaient en même temps au siège abbatial. La première se mit en possession de celte dignité et se fit payer le droit de palefroi ou de joyeux avènement. Catherine de Sugny soutint d'un autre côté sa nomination. L'affaire fut portée à Rome. Après une instruction qui dura plusieurs années, Mme de Quiogey perdit son procès. Pendant le cours de la procédure , elle s'était retirée en Allemagne , accompagnée de Guillaume Morand , curé de Saint- Germain. Des difficultés de ce genre étaient communes alors. A Lure, Jean Stoer, doyen de Murbach,et Jean Bonnet , se disputaient, en 1458, la dignité d'abbé. Le même scandale se produisait à Luxeuil, entre Pierre de Leugney et Etienne Pierrexy. Ces procès ruinaient les prétendants , les monastères , et jetaient la discorde parmi les religieux .

La conquête de la Franche-Comté,

par Louis XI, en 1479, fut signalée par d'affreux désastres. Les abbayes deGigny, de Saint-Claude, de Vauxsur-Poligny, d'Acey, fureut pillées et brûlées. Celles de Baume-les- Dames et de Château -Chalon, ne furent point épargnées. Elles étaient si appauvries à la suite de cette ' guerre, quelles ne pouvaient plus entretenir que quelques religieuses.

Henriette de Quingey ayant succédé, en 1502, à Marguerite de Sugny, travailla ardemment à relever son monastère de ses ruines , et à procurer des ressources et de l'aisance à ses sujets. Elle rétablit le marché qui se tenait le lundi, et le fit transférer au samedi, par lettrespatentes du souverain, du 14 août 1503 ; elle fixa au même jour la tenue des assises ou les séances de la justice. Catherine de Rye, abbesse dès 1 508, réédifia l'abbaye et la combla de ses bienfaits. Sous son administration et sous celle de Marie de Rye qui lui succéda, Chàteau- Chalon fut l'asile de la régularité religieuse et des plus ferventes vertus.

L'invasion du lorrain Tremblecourt fut bien funeste au bourg et à l'abbaye (1 595); son passage fut marqué par toutes sortes d'horreurs. Tels furent les excès de cette soldatesque, que son nom seul jetait au loin les plus vives alarmes. Longueville s'empara de Cliàteau-Chalon, au mois d'àyril 1637. La marche des troupes, leurs rencontres sanglantes, le mouvement continuel des corps français , comtois , allemands, lorrains, couvraient la terre de débris et réduisaient les habitants à l'état le plus pitoyable. Qu'on ajoute à ces hostilités permanentes, l'effroi inspiré par la peste qui décimait la population et la détresse qui naissait de la famine. Les religieuses se dispersèrent. Au retour de la paix, le bourg

se repeupla lentement. Les religieuses échappées à la mort , vinrent de nouveau habiter leur cloître incendié. Leurs revenus se trouvaient presque réduits à rien. Les villages étaient dépeuplés, les moulins détruits, les églises ruinées, la seigneurie entière ressemblait à une vaste solitude. Vers 1660, les défrichements recommencèrent. En 1661, le couvent avait pour abbesse Alexandre Mahaut de Reculot ; Marie-Angélique de Watteville avait été nommée sa coadjutrice, le 9 mai 1667. La mort de Mme de Reculot, en 1675, laissa à cette dernière tout le fardeau de la supériorité, et elle le porta avec l'élévation de génie et la distinction de conduite qu'on attendait d'elle. En 1 678, le traité de Nimègue vint ranger la Franche-Comté sous le sceptre de Louis XIV. De ce moment, finit en quelque sorte l'histoire de nos abbayes et de nos villes. Soumises au même maître et aux mêmes lois, elles ont partagé le même sort. Un bref du pape Pie IX, de l'an 1698, confirmé par lettres-patentes du roi, du 8 juin 1699, enregistrées au parlement de Besançon, le 7 juillet suivant, prononça l'union de l'abbaye de Chàteau-Chalon à celle de Saint-Claude. En 1743, ses revenus furent partagés en trois lots : l'un fut attribué au chapitre, et les deux autres à la manse abbatiale. Des démêlés entre le chapitre et t'abbesse, des procès avec les quarts-fiefs, avec les habitants , une aigreur toujours croissante, tels sont les derniers faits que nous retracent ses annales et les signes avant-coureurs d'une prochaine catastrophe. Le grand mouvement du U juillet 1789, éclate; bientôt les événements dépassent toute prévision. Le 10 mai 1790, les officiers municipaux veulent, en

exécution des décrets de l'Assemblée nationale, procéder à l'inventaire des meubles et des papiers du chapitre. Les chanoinesses refusèrent d'abord de comparaître, prétendant que ces décrets ne leur étaient point applicables, parce qu'ils ne concernaient que les ordres religieux. On apposa les scellés, qui ne furent levés que le 19 novembre 1791.

Les religieuses furent renvoyées chez leurs parents, et contraintes par force de sortir du monastère ; l'abbaye fat fermée ; on la déclara bien national avec toutes ses dépendances ; 1793 arrive avec ses orgies ; les habitants de la seigneurie • se présentèrent lès armés à la main, et la menace à la bouche , réclamant à cris redoublés , les titres des redevances seigneuriales. Les archives déposées dans la tour, quoique inventoriées et confiées à la garde de l'administration municipale, furent enlevées, pillées ou jetées dans les flammes. L'église, la maison abbatiale, furent livrées aux spéculateurs par l'Etat. Aujourd'hui tout est vendu, tout est détruit. On en reconnaît à peine la place. Les maisons canoniales sont devenues des propriétés particulières. Sic transit gloria mundi.

Administration intérieure de Vabbaye. On suivait à Chàteau-Chalon la règle de saint Benoit, modifiée par des coutumes et des usages écrits qui furent approuvés,en 1 666, par M. de Saint-Mauris, grand prieur de l'abbaye de Saint-Claude, délégué à cet effet par le Saint-Siège. La maison était exempte de la juridiction de l'ordinaire. (Bulles de 1134, 1155, 1232, 1249 et sentence du 20 mai 1693.)

L'abbesse était élue dans l'origine par les religieuses, mais dès le xvie siècle, elle fut à la nomination des

souverains du comté de Bourgogne, en vertu d'un induit. Elle prélait serment entre les mains de l'archevêque de Besançon. Elle nommait seule aux offices claustraux et à toutes les places auxquelles étaient attachés des revenus.

Les offices principaux étaient ceux d'abbesse, de prieure, portière, chantre, sous-chantre, sacristaine et chapelaine. Certains revenus étaient attachés à chacun de ces titres.

Le nombre des religieuses prébendées varia de 25 à i5. Elles étaient admises par Pabbesse,qui recevait leurs serments. Elles ne pouvaient posséder que leur maison et leurs meubles. Elles pouvaient avoir chez elles une sœur ou compagne, une nièce et une écolière ; mais généralement elles n'avaient qu'une nièce qu'elles adoptaient et qui leur succédait. A défaut de nièce, l'abbesse était héritière.

Les prébendes se donnaient par l'ancienneté du noviciat ; les novices ne faisaient le plus souvent profession que lorsque leur tour était sur le point d'arriver. Celles qui n'avaient ni tante, ni maison dans l'abbaye, vivaient en commun dans un bâtiment appelé le Chazal.

Dès le xve siècle , chaque religieuse vivait en particulier dans son ménage.

Aucune demoiselle n'était reçue qu'après avoir prouvé seize quartiers de noblesse , huit paternels et huit maternels. Les abbesses étaient tirées des premières familles de la province ; presque toutes se décoraient du titre de princesses du Saint- Empire.

Les religieuses portaient, pour marque distinctive, une croix pectorale en or, suspendue à un ruban violet.

Les mœurs se maintinrent plus

intactes dans cet établissement que dans aucune autre abbaye de bénédictines de Franche-Comté. Les seuls abus que MM. de Grammont et de Dortan, religieux de Saint-Claude , signalèrent dans leur visite du 8 décembre 1699, étaient la lecture des livres suspects et des romans, et une trop grande recherche dans la toilette. Ils défendirent aux religieuses de poudrer leurs cheveux, et d'orner leurs coiffures de rubans ou de fleurs. S'il y eut quelques scandales occasionnés par des vocations forcées, ils furent peu nombreux.

Nous ne connaissons que la fuite de Mw* de Chevigney, encore simple novice, et celle d'Antoinette de Jousseaux, qui, après avoir pris le voile, s'évada du cloître pour épouser, à Lyon, un gentilhomme calviniste, qu'elle convertit du reste à la religion catholique, (xvn6 siècle).

Il arriva souvent que les abbesses de Cbâteau-Chalon furent mises à la tête de monastères sans discipline, pour y rétablir l'ordre. C'est dans ce but que mesdames de la Baume- Montrevel, et de Luyrieux , furent envoyées, l'une à Saint-Andoche d'Autun, et l'autre à Béthon, en Savoie; Jeanne de Rye à Baume, en 1571, et Philiberte de Coligny, au Puits d'Orbe.

II se faisait trois fois par semaine des distributions de secours à tous les pauvres qui se présentaient à la porte de l'abbaye.

Clergé séculier. L'église abbatiale de Notre-Dame, l'église paroissiale de Saint-Pierre, les chapelles de la Doye et de Blois, étaient desservies par quatre prêtres appelés Quarts-Fiefs y qui se partageaient entre eux les revenus de la cure et les fonctions pastorales qui se faisaient à tour, à l'exception <te l'administration des sacrements,

qu'un seul avait le droit de conférer.

Ils portaient le titre de quarts-fiefs, parce qu'ils faisaient hommage àl'abbesse des biens formant leur dotation. L'un de ces fiefs s'appelait quart-fief-Curé, le second , quartfief-Arguel, le troisième, quart-fief- Caloz, et le quatrième, quart- fie f- Badot. L'abbesse, qui avait retenu la cure primitive, regardait ces prêtres comme ses vicaires, et les nommait indépendamment de l'ordinaire. Ce fut une occasion de difficultés.

L'archevêque de Besançon prétendit que les quarts-fiefs possédaient de vrais bénéfices, et qu'étant chargés d'une paroisse, ils devaient prendre son institution. Une transaction , de 1588, approuvée par le Saint-Siège, en 1560, décida que l'abbesse nommerait les quarts-fiefs en tout temps et que l'archevêque leur donnerait l'institution. Le sieur Brésard, nommé au quart-fief-Curé en 1775, troubla la paroisse entière par ses prétentions. Il résistait aux ordres de l'archevêque, de l'abbesse, et sacrifiait les droits de ses collègues.

Sa conduite excita les récriminations les plus violentes. Indépendamment des quatre prêtres chargés du service de la paroisse, il y avait un chapelain attaché spécialement au service de M"* l'abbesse et un confesseur ordinaire pour les religieuses.

Des confesseurs extraordinaires étaient appelés quatre fois par an.

Des familiers faisaient le service des fondations dans l'église paroissiale.

Tous ces ecclésiastiques devaient être nés et baptisés à Château-Chalon, et y avoir constamment résidé ainsi que leurs parents. Ils reçurent des statuts de l'archevêque de Besançon, en 1591.

Cloître. Les dévastations des Normands n'ont laissé aucune trace du cloître primitif de Chàteau-Chalon ;

les guerres de Louis XI , de Henri IV, la cessation de la rie commune apportèrent aux constructions du xie siècle des modifications tellement graves, qu'il n'était plus possible d'en apprécier le caractère en 1789.

Nous nous bornerons à décrire les édifices tels qu'ils existaient au moment de leur démolition. L'abbaye était située sur la pointe méridionale d'une montagne, d'où la vue s'étendait sur le riche val de Yoiteur, et sur les immenses plaines de la Bresse. L'ensemble des constructions était renfermé dans une enceinte de murailles crénelées et flanquées de tourelles pour repousser les attaques du dehors; l'entrée en était défendue par une porte avecpont-leviset une tour percée de meurtrières. L'habitation de l'abbesse formait deux corps de bâtiments, séparés par un parterre. Le quartier principal avait un aspect majestueux : il était précédé d'un portique monumental ; un vaste perron donnait accès à la salle capitulaire, séparée en travées par une riche colonnade. Le salon, la salle à manger, les appartements particuliers réunissaient tout ce qui pouvait contribuer aux commodités et à l'agrément de la vie, et étaient embellis de tout le luxe de l'époque. Le9 tapisseries, les glaces , les tableaux, les porcelaines rares, les services de table étaient magnifiques. Ce luxe ne doit point surprendre. Les abbesses appartenaient aux plus illustres et aux plus riches familles de la province; outre leur prérogatives et leurs charges religieuses, elles avaient une grande puissance temporelle. Elles étaient dames suzeraines d'un bourg populeux, de plusieurs Villages et d'un territoire étendu. De l'autre côté du parterre, était un autre quartier contenant les cuisines, les chambres du postillon ,

du cocher, du jardinier, des autres domestiques, et plusieurs chambres réservées aux étrangers. Les écuries renfermaient un cheval de selle pour la promenade, et quatre chevaux de trait destinés à l'attelage du carrosse de Mme l'abbesse. Les maisons canoniales étaient disposées en hémicycle autour de l'église abbatiale; elles étaient en général d'un aspect très simple ; il y avait en outre de nombreuses dépendances.

Un puits richement sculpté occupait , sous une voûte disposée à cet effet, un des angles du préau. 11 est aujourd'hui dans la cour d'une ferme dite à l'Ecouvette, sur Frontenay.

Des promenades ombragées par des arbres séculaires, de6 bosquets»

des jardins en terrasse rendaient le séjour du cloître fort agréable.

L'église était en face du quartier abbatial. Elle était dédiée à Notre- Dame et à saint Pierre. On entrait d'abord dans un grand vestibule t dont la voûte était soutenue par de gros piliers à demi engagés dans les murs, et par neuf colonnes avec leurs bases et chapiteaux , sur lesquels les arcs des voûtes prenaient naissance. C'est dans ce vestibule qu'on donnait la sépulture aux religieuses , avant l'usage d'inhumer dans les églises. Le portail de l'église était à côté, entre deox des piliers qui soutenaient la voûte. On voyait sur le cintre de la porte, un cadre oval, dans lequel était Jésus- Christ, assis, élevant une de ses mains comme pour donner sa bénédiction, et tenant de l'autre un livre ouvert, et appuyé sur ses genoux.

Aux côtés de ce cadre, étaient les symboles des quatre évangélfetes, et au bas, un homme et une femme prosternés. Toutes ces figures étaient en bas-reliefs.

Sur les hases des colonnes qui or-

naient les deux piliers de l'entrée, étaient hait statues un peu plates , hautes de cinqpiedset demi, et d'une seule pierre avec chaque colonne.

Ce portail historique était une œuvre capitale du xie siècle. Les archéologues ne sont pas d'accord sur les sujets représentés parles statues.

Dunod a cru y reconnaître les portraits des fondateurs et des bienfaiteurs de l'abbaye. Les iconographes modernes prétendent que toutes les figures représentaient des personnages religieux.

L'église était à trois nefs. Le chœur renfermait un autel à la romaine, recouvert de marbre blanc ; à droite et à gauche se trouvait une chapelle. Le chœur, le sanctuaire et les deux chapelles étaient pavés en marbre du pays , noir et blanc , en forme de losange , et séparés de la nef par une haute grille en fer parfaitement travaillée. 21 stalles, destinées aux religieuses, entouraient le chœur. Une chaire à prêcher en marbre blanc, était contre un des piliers de la grande nef. Dans la nef collatérale de droite, se trouvaient un autel surmonté d'un tableau représentant le suaire de N.-S., la chapelle Saint- Denis, appelée communément la chapelle de Rye, renfermant une inscription qui rappelait qu'elle avait été fondée par l'ahbesse Catherine de Rye, le 2 septembre 1582, et plus haut , un autre autel dédié à sainte Catherine. Il y avait dans le collatéral de droite deux autels , dédiés l'un à saint Léger, et l'autre à sainte Gertrude, et les deux mausolées en marbre de Claude de Fouchier, abbesse, décédée le k novembre 1611, et d'une autre Claude de Fouchier, morte aussi abbesse, le 7 avril! 660.

La chapelle à droite du sanctuaire était dédiée à Notre-Dame, et celle à gauche, à saint François-Xavier. Celle

de Notre-Dame, richement décorée, fut annexée, en 1523, au chapitre de la Sainte-Chapelle de Dijon. Les fidèles qui la fréquentaient, participaient à toutes les prières qui se faisaient à la Sainte-Chapelle et à l'hôpital de Sainte-Foy. A côté de la grande porte de l'église, se trouvait une chapelle dédiée à Notre-Dame de Grâce, qui fut unie , en 1680, à la familiarité. Elle avait été fondée en 1524, par Bernard Beugre, conseiller du duc de Bourgogne, et fils de Pierre Beugre , gouverneur de la justice du val de Voiteur. On remarque dans le mur d'un escalier extérieur d'une maison qui fut habitée par M. le capitaine Cornet, une pierre ornée de bas-reliefs , qui provient, selon toute apparence, de l'église abbatiale primitive. Elle a deux pieds, de chaque face. Le sujet représente le martyre de sainte Agathe ou de sainte Eulalie.

Les richesses de l'église étaient considérables. Des ostensoirs , des ciboires, des vases, des croix, des encensoirs, en argent massif, chargés de ciselures , une crosse abbatiale, en lames d'argent, enrichie de pierres précieuses, les vêtements des prêtres, tout respirait le plus grand luxe.

L'église abbatiale a été la première paroisse du bourg. Après la construction de l'église Saint-Pierre, elle conserva les marques de la primauté. On y gardait la bannière de la paroisse, on y faisait tes offices de la Semaine-Sainte et on y célébrait les messes solennelles aux jours de Noël , de saint Etienne , saint Jean , de la Circoncision , de l'Epiphanie , et aux fêtes principales de la Vierge.

On y faisait les offrandes pour les morts. On ne pouvait sonner aucun office de paroisse avant ceux del'aiK baye.

Prieurés. Il y avait à Plaisia , à Gevingey, à Saint-Lamain et au Petit-Noir, des prieurés dépendant de l'abbaye de Chàteau-Chalon , dans chacun desquels quatre religieuses résidaient avec une prieure ; elles venaient toutes à l'abbaye chaque année pour assister aux offices de la Semaine-Sainte.

Seigneurie. La seigneurie de Château-Chaion comprenait le bourg de ce nom ; les villages de la Doye , Blois, Meoetru, Chambion, Maizières , le Gardeur et leurs dépendances. L'abbesse, dans tous ces lieux, avait la justice haute, moyenne et basse , avec faculté d'instituer des juges , des officiers , des gardes, un tabellion, droit de percevoir les amendes de mésus ; la banalité des bois , des communaux , des fours et des moulins ; le ban des vendanges, le banc des boucheries , le droit de banvin , la publication des testaments, un signe patibulaire pour l'exécution des criminels; pouvoir d'approuver et de désapprouver les recteurs d'école ; de faire sonner la cloche de la paroisse , lors des tenues de justice ; les épaves , la chasse, la pèche et le patronage des églises. Les habitants de Chàteau- Chalon étaient libres ; ceux des autres villages de la seigneurie étaient soumis à la main-morte réelle et personnelle.

Seigneurs suzerains. Comme dépendance du val de Voiteur, la seigneurie de Chàteau-Chalon relevait des comtes de Bourgogne. (Voir à ce sujet l'article foiteur.)

Seigneurs dominants. Nous allons placer ici les noms des abbesses qui ont gouverné le monastère de Chàteau-Chalon , puisque c'est à ce titre qu'elles étaient dames de cette seigneurie. Les abbesses sur lesquelles on n'a point de dates ,

sont : Marguerite d'Andelot , Anne, Alix de Rochefort, Béatrix, Huguelte de Clairvaux , Adélaïde , Agnès , Alduide ou Anduinde , Claire , Imberge ou Humberge, et Jeanne de Clairvaux. Celles mieux connues, sont : Berlaïda ( 1050-1066 ), Pétronille ( 1154-1184 ) , Caprarie ( 1208-1214 ) , Euphémie ( 1230- 1232), Guillelmine (1237), Jeanne de Bourgogne (1 274), Marguerite de Bourgogne (1280), Mahaut de Bourgogne (1282-1288), Guillemette de la Baume (1386), Isabelle d'Andelot (1357), Guillemette d'Andelot (1596), Catherine d'Andelot (1404- 1427), Jeanne de Vaudrey (1458) , Louise de Luyrieux ( 1458-1473 ), Catherine de Sugny et Henriette de Quingey, simultanément ( 1478- 1479), Catherine de Sugny ( 1480- 1488), Marguerite de Sugny (1488- 1502), Henriette de Quingey (1502- 1508), Catherine de Rye (1508- 1528), Marie de Rye (1528-1555), Catherine de Rye ( 1555-1590 ).

Toutes les abbesses du nom de Rye, ont réparé les bâtiments de l'abbaye.

Leurs armes étaient sur une des entrées du quartier abbatial , sur les halles et l'auditoire, et sur la porte de Chàteau-Chalon. Guillemette de Luyrieux (1590-1592), Claudine de Fouchier de Savoyeux (1 592-1 011), Catherine de Rye ( 1613-1645 ), Claudinede Fouchier (1652-1660).

Elle restaura l'église, gouverna avec sagesse et mérita le titre de grande abbesse. Alexandrine Mahaut de Reculot (1661-1675), Marie-Angélique de Watteville (1667-1700), Anne -Marie Desle de Watteville (1700-1733), Anne-Marie Desle de Watteville (1733-1742), Françoise- Elisabeth de Watteville (1 742-1 775), Marie-Anne de Watteville, nommée en 1775. La dernière abbesse fut Mmc Charlotte- Anne-Sophie Désirée

de Slain , nièce de la précédente.

Cette dame possédait un rubis énorme, célèbre en Europe et connu sous le nom de Waltevillc. Elle refusa avec un courage héroïque, de remettre aux officiers municipaux les vases sacrés de son église.

Administration de la justice.

L'abbesse nommait, pour l'exercice de sa justice, un bailli appelé grandjuge, un juge châtelain , un procureur d'office , un scribe, un maire , des sergents, des forestiers et d'autres officiers. Les sentences du bailli se portaient par appel aux assises du bailliage d'Aval. Le prévôt du val de Voiteur n'avait aucune juridiction dans cette seigneurie. Les audiences se tenaient dans un auditoire bâti à côté des halles. Catherine de Rye obtint, le 8 août 4628, des lettres-patentes pour l'établissement d'un tabellion, et le 23 septembre 1620, de nouvelles lettres pour la reconstruction du signe patibulaire. Un arrêt du parlement de Besançon, du 24 janvier 1753, maintint l'abbesse dans la possession du droil de publication des testaments dans l'étendue de sa seigneurie. Les assises se tenaient chaque semaine et étaient annoncées au son de la grosse cloche de l'église Saint-Pierre.

Fief de mairie. Le fief de mairie de Château -Cha Ion fut inféodé à une famille noble qui prit le nom de ce bourg. Pierre de Château - Chalon marcha avec deux chevaux , sous la conduite du bailli d'Aval, pour aller ravager les terres du seigneur de Joux , par ordre du duc de Bourgogne (1359). En même temps vivait Isabelle de Château-Chalon , mariée en 1354, à Gilles de Costarel.

Etienne de Montfort fit hommage de ce fief à l'abbesse, en 1409; Etienne et Bonne Voiturier, en 1547 ; Philibert Gnyot, en 1619. 11 y avait des

biens-fonds et des émoluments fixe* attachés à cet office. Le maire était tenu d'avoir et d'entretenir une prison sûre , pour la garde des prisonniers et de fournir un sergent pour lui servir d'aide.

Château, La forteresse, bâtie par Charlemagne, était au nord-est du bourg et précédée d'un fossé de 15 mètres de largeur. Sur la berge intérieure de ce fossé, s'élevait un énorme rempart en pierre, dont il existe encore des restes imposants.

Il ne subsiste du château qu'uue énorme tour à plan circulaire, qui défendait l'un des angles du donjon.

Le souverain y entretint un gouverneur et des troupes jusqu'à sa destruction , qui eut lieu en 1595. En 1569, Claude-François de Fouchier se qualifiait de capitaine châtelain du roi, dans la ville de Château Chalon.

Justice du Pont-de la-Tour. Charlemagne, en construisant un château pour la défense du bourg et de l'abbaye, s'était réservé l'avouerie du monastère. Cette qualité de gardien conféra le droit à ses successeurs d'entretenir des troupes dans la forteresse , de recevoir le corps nu des criminels condamnés à mort par la justice de l'abbesse, et de procéder à leur exécution au gibet de l'abbaye, de connaître de tous les crimes d'adultère commis dans l'étendue de la seigneurie de Château-Chalon , à l'exception de ceux commis par les valets de l'abbesse, et la garde du marché. Ce droit de garde, expliqué par différents arrêts , conférait au souverain le droit de justice haute, moyenne et basse , un jour par semaine, depuis l'heure des vêpres du dimanche jusqu'à celle des vêpres du lundi, sur les sujets de Château- Chalon seulement. Les baillis d'Aval et le prévôt de Voiteur, tenaient leurs

assises dans la tour ou sur le pont de la tour, mais ils n'exerçaient d'autre juridiction sur les sujets de l'abbaye que celle que nous venons de déterminer. C'était en quelque sorte par emprunt de territoire , et parce que Ghàteau-Chalon était le lieu le plus important du val de Voiteur.

Etat ancien du bourg. Chàteau- Chalon était un des bourgs les plus considérables de la Franche-Comte. Il était clos de fortes murailles percées d'une seule porte. En 1413, la duchesse de Bourgogne ordonna à Guy Àrménier, docteur èslois, conseiller du duc, et son bailli d'Aval et à Erard Dufour, chevalier, bailli d'Amont, de le visiter pour s'assurer s'il était en bon état de défense, si les habitants étaient armés, les fortifications bien entretenues, l'artillerie et les munitions de guerre suffisantes. Leur rapport fut favorable. Il s'y tenait, depuis une époque fort reculée, un marché le lundi de chaque semaine , qui fut transféré au samedi, par lettres-patentes du 14 août 1503, parce que le marché de Poligny se tenait le même jour.

Ce changement fit décider que le souverain ferait tenir ses assises du Pont-de-la-Tour, dès les vêpres du vendredi aux vêpres du samedi. Le marché, tombé en désuétude à la suite des guerres de Henri IV, fut rétabli le 4 mars 1628. Il y avait plusieurs foires très fréquentées; celle de la Saint-Martin durait trois jours. II y avait beaucoup de marchands dans le bourg, et un grand nombre venaient du dehors faire des étalages à la porte des églises. De vastes halles pour la tenue des marchés, un banc pour les boucheries, favorisaient le commerce. Plusieurs Lombards y faisaient le change. De nombreux officiers de justice, des fa-

milles nobles , une bourgeoisie considérable y avaient fixé leurs demeures. Des gentilshommes venaient fréqnemment visiter leurs parentes fixées dans l'abbaye. L'état actuel de Château-Chalon ne présente aucun reflet de sa splendeur passée.

Administration communale. La communauté était représentée par deux écbevins et par un conseil de jurés , mais leur juridiction était à peu près nulle. Les matières de police étaient réglées par l'abbaye, qui avait le droit d'accenser les places communales. Les échevins étaient nommés par l'abbesse ; aucune réunion ne pouvait avoir lieu sans son consentement. Les habitants obtinrent, en 1749, un cantonnement dans le bois de Verru, dont ils n'étaient précédemment qu'usagers.

Maladrerie. Il y avait un hospice pour les lépreux en un lieu appelé à la Malatière. En 135*7, Isabelle de Courtenay, épouse de Jean de Cbalon l'Antique, légua 60 francs à cet établissement, tandis qu'elle n'en donnait que 10 à la Maladrerie de Bornay. Les revenus de cet hospice furent unis, au xve siècle, à la dotation des quarts-fiefs.

Eglise paroissiale. Une église paroissiale , dédiée à saint Pierre, fut fondée par les habitants, hors de l'enceinte du clottre, en 1134, et devait être desservie par les chapelains de l'abbaye. L'édifice actuel est orienté et se compose d'un porche , d'un oratoire à droite du porche, dédié à saint Thiébaud, et fondé par B. Champagne, en 1571 , de trois nefs, d'un chœur, d*un sanctuaire , d'un clocher adossé contre le côté droit du chœur et d'une sacristie contre le côté gauche. L'intérieur de l'édifice est du style de la renaissance usité au xvn'etau xvni* siècles, à l'exception des fenêtres

des nefs collatérales qui sont encore ogivales , malgré les mutilations qu'on leur a fait subir. Les voûtes sont à arêtes et décorées d'arcsdoublesux ; les arêtes de la nef principale sont formées par des arcsdoubleaux, qui se coupent diagonalement à la clef de la voûte. Chacun de leurs points d'intersection est décoré d'une rosace. Le sanctuaire est plus récent que le cbœur. Le clocher parait être la partie la plus ancienne de l'église. Ses murs sont percés de meurtrières. On remarque dans cette église deux châsses d'un beau travail et appartenant au style le plus riche de la renaissance. Elles renferment plusieurs reliques précieuses, notamment celles de saint Just, archevêque de Lyon. On y voit aussi un admirable groupe en marbre blanc, représentant la sainte Trinité, un grand nombre de statues, de statuettes, de tableaux, dont plusieurs ne sont pas dépourvus de mérite.

Le porche et les nefs sont pavés de pierres tombales. Les confréries du Saint-Espi it et du Mont-Carmel , y faisaient leurs exercices.

Chapelle des Monts- Bénits. Il y avait près de l'abbaye une chapelle dont une légende rappelle l'origine.

On raconte qu'un chevalier qui se rendait à Chàteau-Chalon par une nuit des plus sombres, se trompa de chemin et dirigea son cheval du côté d'un précipice. Aussitôt l'intelligent animal s'arrêta , refusa d'avancer et sauva ainsi son cavalier d'une mort certaine. Le pieux chevalier fit ériger la chapelle de la Dame des Monts-Bénits, dont la madone est encore religieusement conservée sur l'autel de l'église de Saint-Lothein.

Confrérie de la Croix, Les confrères de la croix ou des pénitents noirs, étaient fort nombreux. Us

avaient une chapelle particulière et une maison au nord-est du bourg , qui ont été vendus nationalement et convertis en habitation particulière.

Evénements divers. La plupart des faits qui intéressent Château Cbalon ont été racontés dans l'histoire de l'abbaye. Il nous en reste cependant quelques-uns à signaler. Charles-le- Chauve campa dans ce bourg vers l'an 869, pour résister aux attaques du comte Gérard de Roussillon , duc en Bourgogne. Voulant opposer une forteresse à celle de Grimont , qui servait de retraite à son ennemi , ce roi lit édifier un fort appelé Galardon , dont on voit encore les restes.

C'est de là, dit-on , que Charles recevait les propositions de paix de la part du comte Gérard et qu'il lui en faisait faire de son côté. En 1305, Sarblate et Malhurine sa femme, furent brûlés sur la place de ce bourg comme Faudois et vaudisant.

Au mois de mai 1353, le bailli d'Aval se rendit auprès d'Hugues de Vienne, archevêque de Besançon, qui se trouvait à Chàteau-Chalon , pour lui parler du droit de la monnaie que son maître réclamait , de l'excommunication prononcée contre son procureur, qui avait défendu ce droit, et pour se plaindre des griefs que les officiers de l'archevêque faisaient aux sujets du duc. En 1521, un nommé Huguenin fut condamné, pour ses démérites , à être fustigé et battu de verges et à avoir une oreille coupée. Le maître des hautes œuvres de l'abbesse exécuta cette sentence. Une nommée Belle, Nicolas Parpillon et Clauda sa femme, accusés d'hérésie, furent brûlés vifs sur la place de Chàteau-Chalon. Le 18 mai 1595, l'ennemi était maître de ce bourg et le maréchal de Biron se trouvait à la tète des soldats qui l'avaient pris. Le lendemain , Guil-

la u me de Beauffremont, colonel des troupes du bailliage d'Aval , arriva avec sa compagnie et 400 autres soldats. Le 17, il lui survint un renfort de 60 chevaux et de h' à 600 hommes de pied , dont faisait partie la compagnie de Pierre d'Eternoz , lieutenant du gouverneur de Salins.

U n'y eut point d'engagement , mais l'ennemi prit la fuite après avoir mis le feu aux maisons et ravagé les villages d'alentour. En 1683, Clauda Gillard, convaincue d'avoir jeté son enfant du haut de la Roche en bas, fut condamnée à être pendue et étranglée.

Canton. Château - Chalon , ancienne dépendance du bailliage, puis du district de Poligny, fut érigé, en 1 730, en chef-lieu d'un canton composé du bourg , de Blois, Blandans, Plasne , Bougelier , Frontenay , la Doye , la Mare , le Fied et Menetru.

Ce canton a été supprimé en 1801.

Ce bourg est la patrie :

De Guillaume Morand, professeur à l'université de Dole, vers

De Berthelot , ingénieur mécanicien assez célèbre , mort en 1 808, pensionnaire du roi. 11 a conçu une

grande quantité de machines , dont les dessins, au nombre de 352, sont joints à la description qu'il en a donnée dans l'ouvrage en 2 volumes in-4°, intitulé : La mécanique appliquée aux arts , aux manufactures, à l'agriculture et à la guerre.

Ce traité , imprimé à Paris, est devenu fort rare.

De Denis Lacroix qui, de simple soldat, parvint en Espagne , par son mérite personnel , au grade d'officier-général. Son fils, Do m Maximilien , marquis de la Croix , obtint lagrandesse, fut lieutenant des armées du roi et capitaine-général en Gallice. U est mort en 1718.

De MM. les capitaines décorés, Cornet , Hyacinte, ( 1778-1842) ; Gruet. mort en 1 824 et Jaillot, J.-CI. mort en 1830.

De Joseph Danne, (1793-1836), mort en odeur de sainteté à l'abbaye d'Acey; de Xavier flîicod, ( 1 798 - 1 837 ) , missionnaire de Beaupré, et d'un grand nombre d'ecclésiastiques.

BIBLIOGRAPHIE

Dunod. Mémoire et consultations pour servir à l'histoire de l'abbaye de Chàteau-Chalon ( 1765 ) , par le Riche. Annuaire du Jura, 1840.

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