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RÈGNE VÉGÉTAL «. - AGRICULTURE

| I. Grandes divisions du pays. — Productions diverses.— Procédés agricoles.

Le territoire luxembourgeois présente sous le rapport agricole deux grandes divisions :

La ne, vulgairement appelée le bon pays t peut être désignée sous le nom de pays de culture;

L'autre, connue sous la dénomination A'Ardenne, peut s'appeler le pays de pâturage.

Cette distinction n'a du reste rien d'absolu ni d'exclusif, parce qu'il y a des produits communs à toutes les parties de la province; seulement la

(I) Pour ne pu multiplier les citations, nous diront que dans notre travail sur l'agriculture et l'industrie, nom avons mis à profit les rapports sur la situation de la province présentés tant j>aatl830 que depuis.

(3) Pour rendre la partie de l'introduction relative au règne végétal plus complète, il eut K«t-être été convenable d'y inaérer la Flore luxembourgeoise, mais nous «tous craint d'étendre outre mesure ce travail préliminaire. Il existe du reste un ouvrage spécial publié à Lwetnbourg même en 1836, sous le Utre de Flore luxembourgeoise, par L.-A. Tiuant, l vol. n>-8» de SI 2 pages.

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culture est d'un côte l'objet dominant, tandis que de l'autre on s'occupe davantage de l'éducation des chevaux et du bétail*

Un exposé de la forme générale du terrain fera mieux comprendre la division dont il s'agit.

La province de Luxembourg est traversée du S.-O. au N.-E. par la crête de séparation des eaux de la Meuse et des eaux de la Moselle ; cette crête est moyennement élevée de 550 mètres au-dessus de la Meuse prise à Liège , et de 500 mètres au-dessus de la Moselle près de la frontière de France.

Le terrain calcaire s'étend sur chacun des versans formés par cette grande arête jusqu'à une distance à peu près uniforme de cinq lieues de la ligne supérieure : toute la bande de pays comprise entre les deux limites, large de dix lieues environ, se compose de schiste argilleux , schiste ardoisier , quartz , etc.

Ce terrain superposé est ce qu'on appelle fArdenne; il est donc tout à la fois la région la plus élevée du pays et la région schisteuse.

La diversité qui se remarque dans l'agriculture de ces divisions du Luxembourg, la différence des produits et des procédés d'exploitation résultent donc de l'état physique et géologique du pays.

Au bas du versant septentrional et jusqu'à la limite extrême du calcaire la terre est assez productive ; on y récolte le seigle, le méteil , le froment. Les prairies naturelles y sont belles et les prairies artificielles réussissent bien. On cultive avec succès le

lin, le chanvre, la betterave et toutes espèces de légumes.

Les forêts de cette région sont abondantes et d une belle les essences d'arbres sont plus

multipliées que dans l'Ardenne : ces bois sont en général placés sur les sommets des coteaux au-dessus des terrains cultivés.

Sur la région calcaire du versant méridional la culture est plus riche encore; cela tient principalement à la pente du pays vers le midi ; c'est dans cette partie qu'on trouve les vignobles de la Moselle.

Ce pays de culture se compose des arrondissemens de Luxembourg, de Grevenmacheren , d'une partie de ceux de Virton, d'Arlon, de Diekirch et de la presque totalité du district de Marche.

L'Ardenne intermédiaire aux régions précédentes a des produits moins abondans et moins variés ; on n'y récolte guère que le seigle, l'avoine et les pommes de terre. Les prairies naturelles fertilisées par l'irrigation forment la principale ressource du pays; les prairies artificielles n'y sont connues que depuis peu d'années, et comme il faut pour les former des moyens que le sol ne fournit pas , c'est-à-dire la chaux et le plâtre, enfin des engrais plus puissans que les engrais ordinaires, cette culture n'est à portée que d'un petit nombre de propriétaires plus aisés que les autres.

Les forêts sont plus rares dans cette contrée ; les

bouquets de bois qu'on y rencontre sont en géné-

' rai composes de chênes, de hêtres et de bouleaux : les arbres y viennent moins bien, les chênes surtout sont peu élevés, rabougris et noueux. On ne trouve les bois que dans les parties inférieures des coteaux ; les sommets sont presque toujours nus ou simplement garnis de taillis à écorces.

Le sol de l'Ârdenne est moins fertile à cause de sa constitution argileuse et parce qu'il est privé d'engrais naturels ; le climat est plus froid parce que le terrain est plus élevé, plus nu, plus exposé aux vents qui régnent dans la contrée. Pour améliorer l'agriculture d'un pareil sol il faudrait recourir à des moyens d'amendement qu'on ne se procurerait qu'à une grande distance et comme les communications sont en très-mauvais état on est abandonné aux ressources locales; c'est-à-dire Vécobuage (1) et l'engrais des bestiaux.

Les assolemens sont réglés de 10 à 12 ans et quelquefois de iO à 25 ans ; dans ces longs intervalles les terrains labourables se convertissent en prairies et restent abandonnés au parcours; cette immense étendue de terrain en jachères permet de nourrir beaucoup de moutons et de bêtes à cornes, ce qui dédommage en partie les habitans de l'infériorité de leur agriculture ; mais cette facilité de parcours est en même temps un obstacle à des

(1) Opération qui coneirte à réduire le gazon en cendres : ce qui donne au terrain une ferti-

améliorations qui deviennent de jour en jour plus nécessaires.

L'Ardenne comprend les districts de Bastogne et de Neufchâteau, une partie du district de Marche et de ceux d'Arlon et de Diekircb.

Le poids des céréales varie d'un canton à l'autre selon la nature du sol.

L'hectolitre de froment de première qualité pèse Généralement de 75 à 78 kil. L'heetolitre de seigle de 50 à 53

L'hectolitre d'orge de 45 à 48

Les prix se rapprochent assez de ceux des autres provinces; pendant les trois premières années depuis la révolution ces prix étaient les suivans :

Froment, fr. 22 55 20 tO 14 40

Mcleil.

Seigle.

Orge.

ta 13

Avoine.

Ce sont principalement les fumiers des étables que Ton emploie pour engrais; mais ces engrais sont en général faits sans méthode , sans intelligence. Nous devons prendre note d'un procédé usité principalement en Ardenne ; il y a des cul* tivateurs qui entassent le fumier dans les bergeries , où il est recouvert d'un peu de paille et où il fermente, à l'abri de l'air, foulé par le troupeau, et constamment imprégné de nouvelles urines; il acquiert une qualité supérieure, et il en faut moins. Cependant il y aurait peut-être lieu d'examiner si une telle masse de matières en fermentation continuelle dans une bergerie mal aérée

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ne nuit pas au développement , à la santé de la bête à laine et surtout des agneaux. Nous avons dit qu'en Àrdenne, on supplée à l'engrais par cobuage, que les habitans appellent sartage ou essartage.

La plus grande amélioration que Ton puisse introduire dans l'agriculture de ce pays, est la suppression de l'assolement triennal avec jachère annuelle des terres réglé de la manière suivante :

1° Froment, méteil ou seigle; 2° avoine, pommes de terre, ou orge, etc.; 3° jachère.

Voilà l'assolement, à peu près unique, usité dans le pays de culture; nous ne parlons pas de F Ardenne ou l'assolement n'est pas soumis à des périodes fixes, et où certaines terres sont en jachère pendant 6, 8, 10 et même 25 ans.

Des personnes ont proposé de remplacer l'assolement triennal par l'assolement quatriennal, calculé de manière à né jamais laisser la terre inactive et à ne pas 1 épuiser par deux récoltes successives de céréales.

Quelques procédés de l'agriculture sont aussi ignorés ou peu appréciés ; il y a des communes entières où il n'y a pas un rouleau.

§ 2. Vignes et arbres fruitiers.

Les habitans des bords de la Moselle, depuis Schengen jusqu'à Wasserbillig, sur une étendue d'environ dix lieues , se livrent principalement à la culture

de la vigne et des arbres fruitiers. Cette contrée offre l'aspect le pins riant pendant six mois de l'année.

Sur les bords de la Sure inférieure , on* se livre également à la double culture de la vigne et des arbres fruitiers, mais avec beaucoup moins de succès que sur les bords de la Moselle. On cultive aussi la vigne dans les environs de Vianden, sur les rives de FOur; on a fait également des essais dans d'autres parties du pays, et notamment près de Luxembourg, à côté des forges de Domeldange.

En 1831, la récolte en tin s'est élevée, pour toute la province, a 10,493 hcct. Elle a été en 1 832 de 22,036

— en 1838 de 73,970

— en 1836 de 42,304

— en 1837 de , 75,503

Cette dernière récolte est une des plus abondantes qu'on ait jamais faite. Elle aurait suffit pour répandre quel qu'aisance dans le pays, si le vin avait quelque valeur. Malheureusement , et ceci se rencontre aussi ailleurs, les vignerons cherchent plus à augmenter la quantité qu'à améliorer la qualité de leurs vins. En 1833 surtout la qualité a manqué; l'hectolitre se vendait de sept à huit francs ; à ce taux le vigneron peut à peine couvrir l'intérêt du prix d'achat de la vigne, acquitter la contribution foncière dont elle est chargée , et les avances considérables que lui a causées la culture.

La position des vignerons de la Moselle a toutefois été considérablement améliorée par l'abolition de l'accise sur les vins indigènes, abolition vainement demandée depuis l'introduction de la loi de 1822,

par les députés luxembourgeois aux états généraux et par les états provinciaux du Grand Duché, et prononcée au commencement de la révolution de 1830, par le gouvernement belge à qui cette mesure avait été suggérée par M. Nothomb (Arrêté du 16 octobre 1830). Cette abolition étant maintenue, les vignerons ne peuvent plus s'en prendre qu'à eux-mêmes et à la force des choses.

§ 3. Distilleries.

Nous aurions pu nous réserver de faire mention des distilleries en parlant de l'industrie en général; nous avons cru devoir ne pas séparer cette industrie particulière de l'agriculture proprement dite dont elle est comme un des auxiliaires. Nous venons de parler des matières premières de cette industrie : les céréales, les pommes de terre, les fruits à noyaux et à pépins et les raisins quelle utilise après la pression qui a donné le vin.

Il existait dans la province :

Au l« Janvier 1831 1,918 distilleries.

Le nombre de distilleries activées était comme suit :

La quantité de matières distillées s'élevait, sa-

voir :

Hectolitres.

un septième de ces établi ssemens est employé à la distillation des matières farineuses, telles que grains et pommes de terre. Les autres sont exclusivement employés à la distillation des fruits à pépins et à noyaux.

On voit par ce relevé que le nombre des distilleries mises en activité s'est considérablement accru depuis 1 833, résultat qui est dû en entier à la loi du 18 juillet de cette année. Il en résulte également que le prix de l'eau-de-vie est tombé de moitié et que la consommation en est beaucoup plus grande.

C'est dans la partie allemande de la province que presque toutes les distilleries sont établies, principalement dans les contrées riveraines de la Moselle et 'de la Sure, dont les habitans n'ont pour ainsi dire d'autre industrie que la culture de la vigne et des arbres fruitiers.

Les procèdes anciens sont exclusivement employés dans les distilleries de ce pays, les nouveaux exigeant un capital trop considérable et par conséquent hors de proportion avec les moyens des distillateurs et le peu d'importance de leurs établissemens.

§ 4. Prairies.

La vallée de l'Alzette , surtout à Roeser et à Mersch , la vallée de la Chiers de Bascharage vers Longwy et une partie de la vallée de la Semois sont remarquables par les belles prairies qui bordent ces rivières.

Les prés ne manquent pas dans les Ardennes , mais ils ont rarement l'étendue et la beauté qui distinguent les prairies dont il vient detre question ; toutefois on doit admirer l'industrieuse activité des Àrdennais pour la formation et l'irrigation des prés; si les habitans de la partie méridionale apportaient le même soin et la même intelligence à la création et à l'entretien des prairies, l'on ne verrait pas se perpétuer des fanges faciles à dessécher, ni les prés mêmes submergés pendant plusieurs mois de l'année.

§ 5. Bois.

Une grande étendue du territoire luxembourgeois est couverte de bois , ce qui avait valu au pays , lors de la réunion à la France, le nom de déparie-

ment des Forêts. Ces bois appartiennent à des particuliers, à l'État ou aux communes ; ce dernier fait mérite d'être remarqué , car il exerce une grande influence sur la situation matérielle des classes in férieures. 11 n'y a dans le pays de Luxembourg presque aucun village qui ne possède du bois ; les coupes se partagent annuellement entre les habitans et de la sorte le chauffage est assuré au plus pauvre.

Cependant il resterait une question à examiner, c'est celle de savoir si la propriété des bois cornmunaux et le maintien des communes en général ne sont pas les principales causes du peu de progrès de l'agriculture dans le Luxembourg, En effet , le parcours et les communes empêcheront toujours les habitans de faire les premiers frais de défrichement nécessaires à l'amélioration des terres. Quant aux bois, il est prouvé par des calculs rigoureux que chaque hectare des forêts communales ne produit pas au delà de 3 francs par an. Nous laisserons aux agronomes et aux économistes à décider cette question.

La province de Luxembourg a une superficie de 668,854 hectares, dont les bois occupent environ un tiers, savoir :

Bois en général 168,059 44 10 )

Haiesàécorce». 41,469 37 88 ) } 217,078 08 94.

Plantis. 1,984 84 13 f 49,020 14 84 )

Broussailles. 6,175 92 89 )

Les plus grandes forêts existent dans les arrondissemens administratifs de Neufchâteau et de Virton, le ou à proximité de la frontière française. On trouve

aussi des forêts d'une certaine étendue dans les arrondissemens dArlon , de Diekirch et de Luxembourg, mais assez éloignées des frontières de la France. Dans le district de Bastogne, on rencontre de nombreuses haies à écorces. La partie nord de l'arrondissement de Diekirch en renferme également. L'arrondissement de Marche possède aussi de beaux bois et des haies à écorces.

On peut juger de l'assiette générale des bois par celle des bois communaux par inspection des forêts.

Hectares.

Inspection d'Arlon 18,782 83

— de Diekirch 18,185 10

— de Neufchâleau.. 37,388 1»

— de Marche 14,579 46

Tolal. . 73,930 16

La contenance des bois domaniaux est de :

Hectares.

Pour l'inspection d Arlon 1,671 76 80

— de Marche 6,34* 46 13

— de Neufctaàteau 11,001 71 50

Tolâl. . 10,016 04 43 Ajoutant. . 73,930 16 »

Pour la contenance des bois communaux, on aura 92,046 10 43

lesquels défalqués des 168,059 44 10

de bois en général et des. , 41,460 37 82

de baies à écorces, tolal 209,518 81 92

donnent un reste de. . 116,674 71 49

pour la contenance des bois particuliers.

On exploite habituellement les bois après vingt ans de croissance. Dans quelques parties de la province, on exploite après quinze ans, et on peut également compter sur quelques coupes extraordinaires.

SUK LA PROVIPICE DE LUXEMBOURG. 83

Le produit total des bois de la province est évalué approximativement à 1,099,560 stères.

La consommation pour les besoins des familles peut être évaluée moyennement à 5 stères par feu, à réduire à 4 stères , à raison de la consommation des ramilles , des broussailles et des tourbes pour beaucoup de familles.

Les feux dans le Luxembourg sont au nombre d'environ 60,000 ; par 4 stères, cela donne 240,000 stères. Il reste donc annuellement pour les usines indigènes et étrangères 859,560 stères de bois.

Les usines qui appartiennent à la forgerie existent en plus grand nombre que partout ailleurs, dans les arrondissemens de Neufchâteau et de Virton. C'est aussi de ce côté que de nombreuses forges sont établies en France , le long de la frontière. C'est également dans ces arrondissemens et dans ceux d'Arlon et de Luxembourg, qu'a lieu, avec le plus de vivacité, la concurrence entre les maîtres de forges belges et français, pour l'achat des bois.

La plus grande forêt appartenant à l'État est le Grûnwald , aujourd'hui en partie vendue. ( Voyez le moi Grûnwald).

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