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CHAPITRE PREMIER

POPULATION

Le territoire luxembourgeois est moins peuplé qu'aucune province belge. Sur six cent quatre-vingtdix-huit mille six cent trente-quatre hectares (environ deux cent quatre-vingts lieues carrées, nouvelle mesure ) , il ne compte que trois cent huit mille cent quarante-neuf habitans , non compris la ville de Luxembourg. Ainsi onze cents habitans par lieue carrée (deux mille cinq cents hectares), ou un habitant pour deux hectares vingt-sept ares, tandis que, dans les autres parties de la Belgique, on en compte un par chaque hectare.

C est sans doute à cette rareté de la population qu'il faut en partie attribuer l'état arriéré de l'industrie agricole et manufacturière du Luxembourg. Ce n'est pas l'amour du travail et l'esprit d'indus.

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trie qui manquent aux habitons , ce sont les bras qui ne suffisent pas aux nombreux travaux et aux améliorations réclamées par un sol immense et à peu près vierge, souvent fertile, et presque toujours dépositaire de richesses minérales.

Heureusement le mai diminue d'année en année; la population du Luxembourg suit, comme celle des provinces voisines, une marche constamment ascendante.

D'après un document authentique, cette population n était en 1541 , que de quatre-vingt-quinze mille cinquante-huit âmes. A cette époque il est vrai , le duché de Bouillon ne faisait pas partie de la province; mais celle-ci comprenait alors Thionville, Marville, Bittbourg, St.-Vith, et toutes les communes perdues depuis, par suite des traités des Pyrénées et de Vienne.

En 1784 la cour de Vienne chargea le gouvernement général de Bruxelles, de lui faire parvenu* un état de la population des Pays-Bas autrichiens. Déjà, sous le règne de Marie-Thérèse, onze années auparavant , un pareil travail avait été demandé. Gomme , un dénombrement de la population se faisait tous les an9 dans les provinces de l'Impératrice en Italie, le ministère aulique avait jugé avec raison qu'il était possible et qu'il serait utile de l'obtenir également aux Pays-Bas; toutefois il ne fut pas alors donné de suite à cette demande, que d'autres affaires firent perdre de vue.

A aucune époque antérieure, on ne trouve qu'un

recensement général ait eu lieu ; on connait seulement des recensemens partiels. En 1 754 , par un édit du 27 décembre, le gouvernement d'après le vœu que les États de Brabant lui en avaient exprimé , ordonne le dénombrement de la population de cette province ; îe but des États était de connaître le nombre de tètes sur lequel aurait pu porter une taxe personnelle dont ils se proposaient de solliciter l'établissement, en réduction des droits précédemment consentis par eux sur le thé, le café et quelques autres denrées ; en 1 766 , par un décret du 26 juillet , adressé au conseil de Luxembourg, il prescrivit la même disposition pour la province de Luxembourg afin de parvenir à une répartition plus équitable des impôts dont les habitans étaient chargés. La première de ces opérations fut confiée aux magistrats des villes et aux gens de loi du plat pays ; la seconde le fut aux curés des paroisses : le résultat de Tune ni de l'autre ne fut rendu public ; il n'en fut pas moins formé de relevé officiel pour l'administration.

Ce n'était pas , il faut le dire , une chose aisée que de se procurer, dans ce temps là, des éléments statistiques exacts et complets : la cause en était dans l'organisation politique du pays. Le souverain n'avait pas de représentant direct dans les provinces : les gouvernemens qui avaient été composés dans quelques-unes d'elles, n'entretenaient point de relations régulières avec le pouvoir central, et dans la province de Luxembourg, le gouverneur était

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purement un commandant militaire; d'ailleurs les attributions de ces gouverneurs n'avaient rien ou presque rien du caractère administratif : ils ne ressemblaient en aucune façon aux intendans français, d'autre part il n'existait nul lien , nul rapport de subordination, (sauf pour ce qui concernait les impôts perçus au profit de la province) entre les États et les administrations municipales et communales. On peut juger d'après cela des difficultés qu'il y avait à rassembler, sur quelque matière que ce fût des documents pour lesquels le concours de ces administrations était nécessaire : aussi était-ce ordinairement aux fiscaux établis par les conseils de justice, que le gouverneur s'adressait, lorsqu'il désirait obtenir des renseignemens semblables.

D'autres obstacles naissaient des privilèges dont étaient en possession nombre de corps et de particuliers. Ces individus, ces corporations, étaient-ils requis par l'autorité administrative de s'expliquer sur un objet quelconque, ils s'y refusaient, se retranchant derrière les privilèges qui leur avaient été octroyés. M. Gachard, dans ses Analectes, en cite une preuve remarquable. En 1783, le magistrat de Bruxelles avait commis le nommé De Prez, à l'effet de procéder au recensement de cette ville : ce préposé rencontra dans l'accomplissement de sa commission tant d'opposition et de refus , qu'il fallut recourir au conseil souverain de Brabant, pour avoir de lui un ordre formel, à tous les habitans sans distinction, de faire les déclarations qui leur seraient demandées.

Le travail que réclamait la chancellerie de Vienne en 1784, consistait simplement dâns un calcul approximatif : ces premières données fournies, le ministère de Bruxelles devait aviser aux moyens de constater l'état exact de la population, et d'en indiquer chaque année le mouvement.

Pour remplir ces intentions, le gouvernement général, d'après lavis du conseil privé, résolut d'écrire en même temps aux évêques, aux états, aux magistrats des villes, et même dans certaines provinces aux fiscaux ; il les prévint qu'un dénombrement précis n'étant pas exigé, et qu'aucune démarche ne devant être faite, il leur transmet des cadres à remplir, dans lesquels devaient être distingués les ecclésiastiques séculiers et réguliers, les enfans audessous de 12 ans de l'un et de l'autre sexe, et les individus, aussi de chaque sexe, d'un âge supérieur. Toutes ces dépêches furent expédiées dans le mois de mai.

Les renseignemens demandés ayant été reçus , le conseil privé en mit le résultat sous les yeux des gouverneurs-généraux, l'archiduchesse Marie-Christine et le duc Albert de Saxe-Teschen, son époux, le 23 octobre 1 784. M. Gacbard a reproduit ce document d'après une copie qui en existe aux archives. Nous en extrairons ce qui est relatif à la province qui fait le sujet de ce dictionnaire.

« Suivant les rapports et l'assertion du conseiller » procureur-général , qui s'est concerté sur la matière » avec les députés des États et avec plusieurs autres

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» personnes, et suivant les informations qu'on a prises » d'ailleurs, la population de la province de Luxem- » bourg est par approximation à présent comme elle » était lors du dénombrement fait en 1766; etr s il » y a quelque augmentation dans les villes, il y a » eu quelque diminution à la campagne , par les i maladies épidémiques qui ont régné pendant quel' » ques années.

» Du reste, il y a présentement dans la Tille de Luxembourg, sans la garnison. 8,423

• A Arlon 2,133

• A Echlernach 1,318

» 11 y avait, en 1766, dans toute la province, et on présume qu'il s'y trouve

» encore à présent, y compris les villes, 224,094 âmes -.donc on suppose » que la population de toute la province, indépendamment desdites trois » vilies, est de 211,220

• Et par ainsi la population de la province de Luxembourg est en tout de. . . 324,004 »

En 1 802 le département des Forêts, qui ne comprenait plus qu'une partie de l'ancien duché, comptait 192,264 âmes.

En 1817, où ce département avait déjà pris le nom de grand-duché de Luxembourg, et se trouvait augmenté du ci-devant duché de Bouillon, il y avait 213,597 âmes.

En 1819, la province récupéra les communes qui, sous le gouvernement français, en avaient été détachées pour compléter les ci-devant départemens de l'Ourte et de Sambre et Meuse.

k la suite de cette adjonction, la population s'y est élevée en 1821 à 274,774

en 1825 à 291,759 en 1829 à 310,287

Nous ne connaissons qu'un seul relevé où il soit

SUR LA PROVÎKCR DK LUI

tenu compte des différences de religion ; c'est celui de 1828, où la population totale était portée à 302,654, ainsi répartis:

Protestant 68

Israélite» US

TABLEAU de la population de la province de Luxembourg ,

au premier janvier 1831.

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