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SITUATION MORALE

% 1. Mœurs. — État social. — Civilisation.

Peu de pays offrent une situation morale plus exceptionnelle que le Luxembourg, et ceci ne doit point étonner; la situation morale tient à la situation matérielle; or celle-ci est toute d'exception*

Ce n'est pas que cette situation morale ne se retrouve ailleurs ; mais nulle part elle ne se présente avec ce caractère d'uniformité ; c'est que les faits qui créent une profonde inégalité entre les hommes et les localités n'existent point ou n'existent plus ici.

D'abord, il n'y a pas de grande ville dans le Luxembourg; les populations des campagnes mêmes ne sont rapprochées que dans la partie méridionale de la province; Luxembourg, qui ne renferme guère plus de 10,000 habitans, et où l'on retrouve quelques habitude» de ville, est à tout jamais ar« rêté dans ses développemens par ses fossés et ses murailles; les autres localités décorées du titre de villes ne sont encore que des bourgs agricoles, où se trouvent quelques marchands en détail; on ne peut pas dire qu'il existe de différences essentielles entre ces villes et les campagnes.

En second lieu, on ne rencontre dans cette province aucune dé ces grandes fortunes créées soit par

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l'accumulation des propriétés foncières, ou des capitaux, soit par l'industrie manufacturière; la plus grande fortune du Luxembourg ne serait ailleurs que d'un rang secondaire. La propriété foncière est morcelée à l'infini; il n'y a point ici de ces populations d'ouvriers qui n'ont d'autre partie que l'atelier? les propriétaires sont en majorité, et nous appelons de ce nom même celui qui ne possède qu'une cabane et Un champ de pommes de terre; il y a dans cette propriété du domicile, du foyer domestique, une puissante idée d'égalité.

Ainsi, pas de grande ville.

Pas de grandes fortunes.

Absence de puissances industrielles; commerciales et financières.

Division à l'infini de la propriété unique, de la propriété foncière.

Population agricole, disséminée dans les deux tiers du pays.

Toutes les conséquences qui résultent de l'existence des grandes villes, des grandes fortunes, des hautes classes sociales, doivent donc manquer dans le Luxembourg.

Il n'y a ici ni localité puissante par une immense population, ni classe puissante par d'immenses richesses.

Nous pourrions même ajouter qu'il ny existe pas d'individualité puissante par elle-même : lorsqu'un Luxembourgeois parvient à consacrer en sa faveur le privilège de l'inégalité, c'est qu'il s'est expatrie; parcourez la liste des Luxembourgeois qui se

SUR LA PROVWCl DE LUXEMBOURG. 141

sont fait un nom, une position, c'est hors de leur province ; ceci est vrai à partir de Beck devenu , au XVIIe siècle, de postillon, général et baron, jusqu'au baron de Felt/, mort de nos jours à Bruxelles, membre de la première cbambre des États-généraux.

Aucune province n'était moins propre que le Luxembourg à être divisée en trois ordres , division qui a existé jusqu'en 1830.

Pour fonder un ordre équestre, il aurait fallu une noblesse ancienne, historique, riche et influente ; telle n'était plus, sauf quelques rares exceptions, la noblesse luxembourgeoise. L'ancienne noblesse s'est éteinte, expatriée ou appauvrie.

Pour fonder un ordre des villes, il aurait fallu des villes; or il n'y a dans la province qu'une seule localité qui puisse aspirer à ce titre, Luxembourg; les autres villes privilégiées étaient au nombre de 17, dont la population, à l'époque de l'introduction -du système des trois ordres, était la suivante : Àrlon , 2,958; Bouillon, 2,343; Echternach, 3,1 28 ; Grevenmacher, 2,002; Wiltz, 1,046; Bastogne, 1,842; Diekirch, 1,786 ; La Roche, 937; Marche, 1,385 ; Remich, 1,742; Virton, 1,425; Chioy, 910; Durbuy, 257; Houffalke, 814; Neufchâteau, 1,401; Saint- Hubert, 1,438; et Vianden, 1,424 On voit que le maximum de la population de ces 17 villes était de 3,1 28 habitans, le minimum de 257. Aucun village, il est vrai, n'atteint le maximum; mais il en est beaucoup qui dépassent le minimum. Pourquoi d'ailleurs avait-on refusé le titre de villes à Ettel-

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bruck, à La Rochette, à Esch-sur-la-Sure ? Si c'est parce que ces localités n'envoyaient pas de députés aux États de l'ancien duché, il aurait fallu, par la même raison, maintenir l'exclusion de Saint- Hubert, de Vianden et de Wiltz, qui n'étaient pas non plus représentés aux anciens États.

Le système des trois ordres était donc ici plus qu'ailleurs en contradiction avec la situation sociale ; la commission chargée en 1815 d'émettre son avis sur l'organisation provinciale l'avait même reconnu (1).

sens, rapport inédit jusqu'à prêtent et qui noua parait un document remarquable.

■ La commission chargée par S. M. d'émettre son avis, en exécution de l'art. 130 de la loi fondamentale, aur le nombre auquel il convient de fixer les membre* des Etala-provinciaux du grand-duché de Luxembourg, et dea différent ordres qui doivent en faire partie, s'est livrée au travail qui lui était cooflé avec tout le zèle que lui inspirait le choix du monarque et l'importance de l'objet qu'elle avait a remplir.

Toujours guidés par les mêmes principes, la commission a cru que da tu le car où S. M.

jugerait convenable de consacrer l'ordre des noMe* , il importait d'en fixer le nombre. Autrefois ce nombre n'était point déterminé. Dans les derniers temps de l'existence des fctats, il s'élevait ordinairement a 4, 5, 6, rarement à plus. Mais combien le pays de Luxembourg, anciennement le berceau de plusieurs illustres familles, se trouve change5 de nos jours ! Combien la noblesse a éprouvé de vicissitudes ! Plusieurs familles n'existent plus ; plusieurs ont vendu leurs propriétés; plusieurs habitent des pays étrangers ; on ne croit pas qu'elle soit actuellement, & l'égard des villes et des campagnes, dans la proportion de I sur 2,000.

■ Dans cet état de choses, il n'a paru ni juste, ni politique, ni même possible de lui donner dans la représentation provinciale , une part aussi étendue que dans l'ancien ordre, surtout que six de ses membres se trouvent aujourd'hui appelés à la représentation nationale comme membre des États-Céoéraux , il en reste très-peu sur lesquels on puisse fixer les choix pour la composition des états-provinciaux. Il est d'ailleurs tant d'objets d'administration sur lesquels l'ordre des villes et celui des campagnes réunissent presque exclusivement des connaissances, et pour l'amélioration desquels ils peuvent mieux que personne, apporter aux États-provinciaux le tribut de leur expérience et de leurs lumières, tels que l'agriculture, le commerce, les arts, etc., qu'il serait vraiment impolitique de ne point les admettre dans la représentation provinciale en proportion de la population, de la fortune et des impositions qu'ils versent dans le trésor public. C'est la seule base de répartition que la justice avoue, et que l'intérêt du souverain qui s'identifie toujours avec l'intérêt public permette d'adopter.

• Cependant la commission n'a pas été, à cet égard, rigoureuse dans ses calculs ; mais en fixant les membres de l'ordre équestre à un nombre supérieur à ce qu'il peut être dans ce moment, elle a cru que le souverain trouverait, dans la suite, F occasion de récompenser des services importons, en accordant à ceux qui les auront rendus, radmission dans cet ordre.

On avait donc replâtré quelques institutions du moyen âge; aucun pays ne se prêtait moins que le Luxembourg à ce replâtrage : cette province , sans grande ville commerçante et manufacturière , sans grande fortune, sans noblesse historique et influente, avec ses bourgs agricoles, ses populations éparses et ses propriétés morcelées T est une terre d'égalité comme quelques cantons suisses, dont elle rappelle aussi les montagnes et les sites pittoresques.

§ 2. Langue.

Depuis un temps immémorial, le pays de Luxem

» Par toutes ces considérations, la commission a cru devoir filer le nombre d s membre» des États-provinciaux du grand-duché de Luxembourg à 31, savoir :

> L'ordre équestre 5

• L'ordre des villes 13

• Dont 1 pour chacune des villes suivantes : Arloo, Bastogne, Bouillon , Diekirch, Rehternach, Crevenmacher, Houffaliic, Luxembourg, Neufchâteao, Remicb, Vlanden, Virton et Wiltx.

• L'ordre des campagnes 13

Total. 31

i Elle a pensé, en outre, que dans le cas de la réunion des parties de Marche, Durbuy, La

pouvait être augmenté dans les proportions suivantes :

• L'ordre des villes, 4

• Savoir : Durbuy, La Roche, Marche et Saint-Hubert.

» L'ordre des campagnes, *

Total. 9

• Tel est l'avis qui a réuni l'unanimité des suffrages de la commission ; heureux si le souverain daigne y reconnaître une preuve de dévoûment à son auguste personne, et du désir sincère qu'ont éprouvé tous les membres de la commission de contribuer a la prospérité de leur pajs.

• Fait et délibéré par la coratnissiou , à l'Hôtel du Gouvernement, à Luxembourg, séances des 4, 5 et 6 novembre 1815. »

Signés : Wtllmar, le baron de Marche, Collard, Dutreux-Bocb, Obert et J.. J. Fabcr.

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bourg est partagé en deux quartiers : le quartier allemand et le quartier wallon.

Le quartier wallon comprend la partie septentrionale; le quartier allemand la partie méridionale du Luxembourg.

Dans Fidiome allemand en usage dans la partie septentrionale on trouve quelques mots primitifs qui manquent à la langue allemande d'aujourd'hui ; cet idiome ne serait peut-être pas indigne des études des philologues. M. Meyer, de Luxembourg, a tenté de donner une grammaire et une orthographe au dialecte luxembourgeois, et a publié en 1829 et 1832 quelques essais en vers (1).

Quelques écrivains ont rattaché la différence de langue dans le Luxembourg à la transplantation des Saxons sous Charlemagne , transplantation attestée par plusieurs chroniques, et notamment par Sigebert de Gembloux (2). L'abbé de Feller a trouvé en Transylvanie des villages entiers où l'on parle la même langue que dans le Luxembourg allemand ; Ton nous saura gré de transcrire ce passage de son itinéraire (vol. 1") :

» Les Saxons à Bittritz et aux environs, en Tran- » sylvanie parlent allemand, mais leur langage propre » est l'allemand du Luxembourg; ce qui me fait » croire que les Luxembourgeois sont aussi une

(!) E" schrek op dé Lezeburger Parna»»us, vuro A. Meyer. Luxembourg, 1829.

looff vum schrek op dé Uxeburger Parnawtu, vu m A Meyer. Louvain, 183». (2) 803. Carolut impcrator ©ranes Saxoncs Iran» alblam morantes In Franeiam translolil, goîque eorura abrotidif dédit.

colonie saxonne. L'étonnement de ces Saxons , ainsi que le mien fut extrême, quand nous découvrîmes l'identité de ces langues. Delà je conclus que ce langage est le vieux langage allemand. Le naturel, le ton et les manières de ces Saxons sont justement les mêmes que ceux des Luxembourgeois. Ce sont de très-bonnes gens, surtout les paysans. » (p. 277-278).

» Les h a bi tans de Saad, village saxon, en Transylvanie, ont aussi le naturel et le langage des Luxembourgeois. » (p. 281).

 l'inauguration d'Albert et dlsabelle, les députés du duché de Luxembourg réclamèrent le droit de prêter le serment debout et en allemand; des lettres de non-préjudice leur furent accordées le 26 août 1598; ces lettres furent renouvelées en 1725.

Depuis la réunion des Pays-Bas sous la maison de Bourgogne, la langue française tendait à devenir

d'abord un des griefs des habitans de la ville de Luxembourg contre Philippe-le-Bon (1). L'original de la coutume homologuée par Philippe IV en 1623 est français. Sous le gouvernement autrichien, l'usage des deux langues était facultatif, et les publications de l'autorité se faisaient dans l'une et l'autre à la fois.

(1) Dewez, Histoire partictilière des Provinces belges, t. in, p. 6 el 7.

§ 3. Instruction

Les faits que nous ayons citës comme liés à la situation morale du pays , sont nécessairement dans un rapport intime avec les moyens d'enseignement et surtout de haute instruction. On ne trouve dans cette province ni grandes bibliothèques ni vastes collections d'histoire naturelle; ce que la ville de Luxembourg offre dans ce genre est à peine digne d'un particulier opulent. Quelques anciennes abbayes, entr' autres celle d'Orval, possédaient de belles bibliothèques ; mais ces richesses intellectuelles ont été dispersées ou anéanties. La jeunesse luxembourgeoise se rendait, avant 1795. à l'université de Louvain , où il existait deux collèges luxembourgeois, l'un fondé par Mylius (1), l'autre par l'illustre Jérôme Buslidius (2) ; pendant la réunion de la Belgique à la France, elle a suivi le cours des écoles de Paris; depuis 1817, elle a fréquenté les cours de l'une des universités méridionales des Pays-rBas, et de préférence jusqu'à l'intallation des universités libres, les cours de l'université de Liège.

L'enseignement moyen avait dans la province même depuis 1 81 7 un établissement très-remarquable, l'athénée de Luxembourg. Cet établissement a été depuis 1830 comme perdu pour la province, et malheu-

(1) Mylius, natif de Dudelanpc.

(2) Biulidius, natif de Boulaido. ( Voyez ce mot.)

reusement il n'a point été remplacé. L'athénée de Luxembourg recevait du budjet des Pays-Bas un subside annuel de 1 2,000 florins ; ce subside aurait dû être reporté après 1830, sur un autre établissement central existant ou à créer.

L'enseignement primaire avait fait avant 1830 de grands et heureux progrès dans le pays de Luxembourg; depuis 1830, le nombre des écoles n'a point diminué, mais le choix des instituteurs se fait avec moins de discernement. D'après le rapport de M.Thorn, â qui nous empruntons aussi cette dernière observation, en 1833, le Luxembourg comptait 779 écoles fréquentées par 39,114 élèves. Depuis, le nombre s'en est encore accru ; chaque village, chaque hameau a la sienne, et, comme les instituteurs sont presque partout choisis par les pères de famille, sans l'intervention de l'autorité, là où les citoyens n'ont pu s'entendre sur le choix à faire, il y en a deux et même trois.

L'organisation provinciale et communale influera sans doute d'une manière heureuse sur l'enseignement primaire et moyen.

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