L. Jnterdum, 16, § 7, D. de Public
S. Hier., ep. ad Laclain.
Gloss. Gr. La t.
291 EBA DICTIONNAIRE
L'histoire ms. de Bertrand du Uuesclio parle du drap do Benevent :
El gella-on wir loi un drap de Bennivenl.
Un auteur Grec qui a fait un abrégé de la description du monde, dit que le trafic des peaux de Bnbylone, se fnisoit en la Cappa-
ÛOCC : 'Epnopbt oi t«vt«c j3;lTCffT«f wv: azov*i flirta «ùrèv Xîyovst 3(tffujr43tcow Mw xcti petSvX*»v«»ôv ffilliov (1), et iElian, en ses livres de la Nature des animaux (2), fait assez voir que ces peaux estoient les mémesque colles d Arménie, écrivant que les peaux de Babylono estoient peaux de ratset qu'elles se debitoient chez les Perses, qui les prisoient beaucoup, et en faisoient des robes ou des couvertures qu'ils appelaient /*-»«xif dont Pollux (3) et Ainmian (i) font aussi mention ; les Grecs recens appellent encore à présent les hermines (5) *ivT«'.» sans ajouter l'espèce do l'Animal et non-seulement les hermines, mais encore toutes sortes de rats inditrerem-
ment. , ,
Les hermines ne naissent pas seulement dans l'Asie, et autres provinces de l'Orient, mais encore dans les pays septentrionaux. Justin, au 1.2 de son Histoire, dit que les Scythes qui habitoient les terres occupées aujourd'hui par les Tartares et les Moscovites se servoient de peaux de rats pour vêtements, ignorans l'usage de la laine : Lanœ mus ac vestium ignotus: et qwunquam fngoribus continuis urantur,pelUbus tamen fertnts aut murinis vesliunlur :6). Ne faisant aucun doute qui n'ait entendu parler des peaux d'hermines, veu qu'il est constant quo la Moscovie et autres provinces voisines, abondent en ces animaux: eteecy est encore continué par AmmianMarcellin, lorsqu il parle des Huns, que quelques auteurs qualilient du nom de Scythes: Indumcniis operiunlur linteis, tel ex pellihu* $ilve$lrium munum coniarcinatis (7). Martin Croraer (8) dit que les marchands polonais en font grand tratio. Paul Jovc et Alexandre Guaguin (9)asseurent le même des Lappons, et autres peuples tributaires du grand duc de Moscovie. Le juif Benjamin eu son Itinéraire (10), et Jean d'Orronville (il) en la viede Louys III, duc de Bourbon, remarquent aussi qu il s en trouve grand nombre dans les forêts de la Prusse. Alderesius, auteur de la Géographie arabe, témoigne qu'il y en a dans quelques forets de l'Afrique(l2). Etenlin la Chronique ms. de Bertrand du Guesclin parle en quelques endroits des peaux d'hermines, qui
(I) Alipii Antiocli. Gcorg.
(i) jEUan., deAnim., lib. xvii, c. 17.
(31 4ui. Pol., lib. vu, c. 13.
(4) Ammian., lib. xtn.
(5) Moscopul., Utpi ffY»î«w.
(6l Corona prcliosa. Justin., lib. u.
hj Ammian., lib. xxxi.
(81 Cromer., liv. i Poloii.
(9) Guaguin
(«0) Benjamin. , in Itiner. extremo.
(tl)OrronvihV, c. 25.
'121 Geosr. Nubiens., v. 0.
flERALDIQUE. EMA 392
s'apportoient des pays appartenans aux Sarrazins :
Vcsius moull noblement de sendaurc cl d'or trois, El de bcaus dras ouvers d'Hermins sarazinois.
Jo ne veux point ra'arréter à ce qui regarde le hlazon de 1 hermine, parce qu'outre que cela est hors de mon sujet, cette matière d'ailleurs a esté traUée amplement par tous ceux qui ont écrit des blazons. Je remarque seulement que l'hermine cslant l'armoiriedes dues de Bretagne, en esloit aussi la devise. Bretagne, roy d'armes, décrivant l'enterrement du cœur d'Anne, duchesse de Bretagne, dit qu'a l'entrée de l'église des Cannes où il fut déposé, il y avoit un grand écu party des armes do France et de Bretagne, couronné de deux couronnes, et enrichi d'une cordelière d'or (t). « Au dessous dudit escu il y avoit une ermine faite près du vif, ayant un fanon (Termines au col, passante esloit sur une mote de verdure (que la Colombiere a mal pris pour de Peau) et disoit celle dite ermine, à ma vie, qui est l'antique mot du noble pays et duché de Brctague. » Ce mot n'est autre, si je ne me trompe, que le cry de guerre des ducs de Bretagne , n ayant rien de commun avec l'hermine, quoique je n'ignore pas qu'ils ont encoro crié, sau* Yves ou saini Malo : se pouvant faire qu un comteou duede Bretagne s'eslant vu on perd dans le combat, avoit imploré l'assistance des sion.<, en criant que l'on en vouloil a sa vie : mais cela n'est qu'une pure conjecture. Chifllet remarque encore quo Frédéric d Arragon , roi de Nanles , institua i ordre de l'Hermine en l'an qui pendait à un collier d'or (2). Voilà ce que j'ai remarqué de l'hermine: maintenant il faut dire quelque chose du vair avant que de parler des couleurs, qui entrent en la composition des armoiries.
Tous les auteurs conviennent que le vair a esté une des plus riches pannes ou fourrures, dont les princes se soient revêtus. Nos herauds qui le rceonnoissent et I admettent dans les armoiries, avec l'hermine, le représentent comme parsemé de cloches, Ils unes en leur forme naturelle, les autres renversées jointes ensemble. Ca»sar \occllio, auteur italien, décrivant les habits et a robe d'Ordelofo Paliero, qui cstoit doge du Venise en l'an 1083, «lotit la ligure se voit sur la porte du trésor de l'église de Saint- Marc de la mémo ville, dit que la robe do ce duc est fourrée de peaux de vair, qu il représente comme le Papelonné. Yoici les termes do cet auteur pour faire voir 1 estime que l'on faisoii de ces peaux anciennement. « // manto (langue era di scia fngxato doro, et fodrato di tari pdli , che in guei lempi eranodi grand tssiina stima, et di qui nasce che l'armiet l'insegne di moite famiglie nobili, fnnno oltrc te atlre cote guette pclli, che chiamario vari, et percio si vede, che lanti-
11) Cérémonial de France, première édil-, P- 159. ii) Cbïttlel., in Anast. Chili!, c. 21.
chi pUton qualungue voftà"volevano ritrar yualche gran personaggio di auttorità ; lo depingevano or dinar inmente con un manto fodrato di quettepelli (1).
La plupart des auteurs (2) écrivent que le vair n'est autre chose qu'une fourrure composée de petits morceaux de peaux d'hermines, et de celle d'une betellette, nommée gris, lesquels estant déeouppez et taille* arlistement en triangles, représentent la ligure de diverses cloches renversées les unes contre les autres, les droites estant de gris, les renversées d'hermines, au moyen de ce que le poil venant à s'eslargirau bas du triangle, et a semesler l'un parmy l'autre, il prend la figure de la cloche, on d un verre, d'où quelques uns ont pensé quo cette pelleterie a voit pris son nom : de là on infère qu'au blazon du vair, aussi bien qu'en celui de l'hermine il n'y a point de fonds, c'est-à-dire qu'il n'y a aucune pièce chargeante ni semée: l'argent ui est emploié pour marquer la blancheur e l'hermine; et l'azur que représente le gris, auquel cotte couleur tire plus que par une autre, estant vair : bien qu'improprement on prene aujourd'huy l'azur pour le vair, comme l'on fait les mouchetures noires pour les hermines.
Ces mêmes écrivains (3) ajoutent que c'est pour cela que le nom de vair a esté donné à cette pelleterie, acause de sa variété, estant •diversifiée de peaux de différentes couleurs, de même que parmy li s Latins (!>), vestis varia dicebatur, quœ erat discolor, dirersisque coloribus consula. Car, suivant le dire de Ciceron (5), tarietas, verbutn latinum ftf , idque proprie quidem in disparibus coloribus dietfur. Ceux de Babylone semblent avoir esté les premiers qui ont inventé ces sortes de fourrures marquetées et diversifiées. Zonare raconte que Sapor roy de Perse, qui vivoit du temps du grand Constantin, ayant fait voir à son fils Adanarse, alors jeune enfant, une superbe tente qui luy avoit esté envoyée de Babylone, faite do peaux d'animaux qui naissent en ce pays là, arlistemenl diversifiées et marquetées, il lui demanda ce qu'il luy semblait de ce riche présent : à quoy Adanarse fit réponse, que lorsqu'il seroit roy, il feroit faire un pavillon sans comparaison plus exquis, et qu'il lo ferait faire de peaux d'hommes. Ce que cet auteur rapporte de ce jeune prince pour un présage de sa cruauté, qui luy fit perdre le royaume dans la suite du temps : et faisant voir d'ailleurs en cet endroit, que ces peaux de Babylone estoient de diverses couleurs et comme
marquetées : o-xqvq «ori t<ù nxrpl 3uxipt»0»i ix Dk- €u/û*of Siptutvw iy/vpioii notxtXûrtoov tipyxv
fiim (6). S. Hierôme, si nous croious quel-
(1) Cxsare Veceltio, de gli babil» anliq. cl moderni (Ici inondo, p. 42.
(i) Fauchet, du Cheval, liv. i, c. 2.
(5) La Kochc-Flavin, liv. x, c. 23, n. 15, Fauche! cl autres.
(I) Anl. Tbylesius, de Coloribus, c. 13. Alcial. Parerg. 1. n, c. I.
(■>) Citer, de Fiuib. lib. il.
(f>j Zonar. loin. III, p. 11.
HEHALblQUE. EMA 291
ques-uns, écrivant à Lnïta, a parié de ces peaux marquetées de Babylone, pro gemmit et serico dirinos codices amet, in quibus non auri et ptllis Babylonien vermiculuta pictura% sed ad fidein placuit emendata et erudita distinclio (1). Mais je ne douto pas que ce passage i e doive estre entendu du parchemin ou du velin de ces livres, que l'on ornoitde figures, de peintures et de naignatures : car suivant l'autorité de Pline, colores diversot picturœ intexere Babylon maxime celebravit et nomen impomit (2). Quoiqu'il en soit, ayant justifié cy-devant que les peaux, dont ceux de Babylone faisoient des robes et des couvertures, estoient de rats; et Zonare écrivant que la tente de Sapor estoit composée et marquetée de peaux du pays ; il est aisé de se persuader qu'ils ont esté les inventeurs du vair, qu'ils composèrent des peaux d'hermines et de gris, qui sont des animaux qui naissent ordinairement sous les mêmes climats. Quelques savants rapportent à ce sujet un passage de Callixene , dans Athénée (3); mais, selon mon sentiment, cet auteur semble parler des tapis de Perso diversifiez do couleurs et de figures d'animaux, appeliez parPlutarque icnriJtf (4).
Monet.en son inventaire des deux langues, écrit que le « vair est une ospèce d'écurieu de pou tiiant sur lecolombin par le haut du corps, et blanc sous le ventre : dont la peau, se dit-il , sert de fourrures aux manteaux des rois, laquelle on diversifie en quarreaux et tavellures de colombin, et de blanc, ores de plus grand , ores de moindre volume,
Ïu'on appelle grand vair ou petit vair (5). * n auteur de ci; temps (0) parlant des Moscovites, dit qu'ils sont pour la plupart marchans, et FonJ trafic de peaux de martes zcbellines, et de rats musquez, qui est, ce dit-il , nostre ancien menu ver, dont les roys et les grands portoient autrefois des fourrures. Aux Comptes d'Kstiennede laFontaine, argentier du roy, des années 13^9, 1350 et 1331, au chapitre des pannes, il est souvent parlé « de ventres de menu vair. » Du Pinet, en sa traduction de Pline, semble donner le nom do roscreaux aux menus vairs. Mais quant à moy, j'estime que ces animaux, dont tous ces auteurs parlent, ue sont autres que les gris, que le juif Benjamin, suivant la traduction d'Arias M i nus, appelle d'un seul mot ceergases ou vairsgris , écrivant qu'il s'en trouve un grand nombre dans les forestsde Bohême : Regio oui n if mont osa est, silvisque fréquent issima, in quibus nnimalia itla inveniuntur, quœ veergases dicuntur, eademque zibellino? dicta (7). La traduction de Constantin l'empereur jK)rte : veergases, alias maries Scyticœ, où toutes fois ces derniers mots semblent eslre
(1) S. Hier., ep. ad L:rlam.
(2) Plin., lib. vin, c. 48.
{?>) Alben., I. iv.
(4) Plut., in Agesil.
(:») Monel. . . .
(G) Jean le Laboureur, en la relation du voyage dt> la reyne de Pologne.
(7) Benjamin., iu Ilin., p. 114, edil. Fiant.
EMA
«les traducteurs, car les zibellincs ou les martes sont différentes des gris. Rolandin, en sa Chronique de Padoùe (1), fait état des vairs de Sclavonie; neantraoins les peaux de gris n'oDt pas esté estimées si riches que • elles de vair. Le Cérémonial romain, parlant des chappes des cardinaux . dit que : a quarto feria Majoris Hebdomadie usque ad Sttbbatum Sanctum , solebant uli cappis suis obscuris cutn pellibus de griseis, et non de mriis, etc. (2).
Nos derniers herauds(3),(c'est ainsy que je nomme les tuteurs de notre temps qui ont traité des armoiries) , écrivans au sujet du vair, disent qu'il y a une sorte de vair dans les blazons, qu'on nomme beffroy de vair, ce qui est lorsque le vair est représenté en ligures plus grandes , et qu'il y a moins de t ails. Je voudrois qu'ils m'eussent cité quelque auteur de considération pour leur garand; car trouvant coite expression impropre, j'aurois peine à la recevoir. Je sçny bien que Claude de Saint-Julien, en ses Mélanges historiques V , parlant de la maison de Bauffremont , dit qu elle porte des armes parlantes, sçavoir des Beffroysmont , c'est-àdire beaucoup de beffroy» : « Surquoy il faut noter, dit cet écrivain, que ceux se trom-
}ient, qui blasonnenl les armoiries de Baufremont , vairées d'or et de gueules. Car le vray blazon est semé de beffroy s , ou bauffrovs sans nombre. » Termes oui l'ont assez voir que les beffroys sont differens du vair, qui est une panne ou l'autre est une cloche. Car ainsy qu'il dit au même endroit , « le mot de beffroy signifiait anciennement une grosse cloche , qui picquée donnoit bel efîroy, c'est-à-dire grande frayeur. * Ce n'est pas pourtant que je voulusse admettre cette définition du beffroy, ne me souvenant point d'avoir leu ailleurs que la cloche du beffroy ait esté nommée beffroy, qui estoit un nom donné ordinairement aux tours de bois, dont on se servoit anciennement pour faire les approches lorsque l'on assiegeoit une place, ainsy que j'ai amplement justifié en mes observations. Il est vrai neanlmoins que Dominici (5) a traité de cette façon de parler, battre le beffroy, c'est-à-dire sonner la cloche de beffroy : et Estiennc Pasquier (€) dit
3ue le mot uo beffroy est corrompu au lieu 'tffroy, et que sonner le beffroy en une ville, n'est autre chose que sonner Veffroy.
Quoyqu'il en soit, il est fort probable que le vair a esté distingué du gris, en ce que le vair estoit de peaux enlieros de gris, qui sont diversifiées naturellement de blanc et de gris, ces petits animaux ayant le dessous de ventre blanc et le dos gris, de sorte qu'estant cousues ensemble sans art , elles formoient une variété de deux couleurs. Mais depuis on en a usé comme aux hermines qu on a lavellées de petits morceaux de peaux
(I Roland., I. il, c. 14.
(2 Ccrcm. Rom., I. m, p. 523 b.
(3 Gilbert de Varennes. La Colomb.
(I) Mélanges liist., p. 355.
Jà Au Traite du Franc-alcu.
ii Pasquior, eu *es Rccli., I. vm.c. 62.
HERALDIQUE.
noires, nu lieu des queues qui faisoient le même effet : car on a composé le vair des dos de gris, et des peaux des hermines , qu'on a ajustées en triangle en égale distance, ainsi que j'ay remarqué ; et comme pour exprimer le vair dans les armoiries, on s'est servi de deux couleurs, savoir de l'azur pour dénoter le gris , et de l'argent pour marquer l'hermine : ainsi nour figurer le gris, dont on se servoit dans les colles d'armes, on a employé l'azur dans les écus et les boucliers, la couleur grise, qui a emprunté son nom de celle du dos du cet animal, estant une couleur qui lient également du noir et du blanc, appellée par les Grecs (1)f*cof, qu'un grammah-ieu grecdeltnit ainsi : fotùç l pi<rov)iv»u **i fithenç, d'où on a formé ensuite le mot de lr.,xiy«ioç qui est une couleur entre le hlancct le brun, qui n'est autre que la grise : Pline (2) et Martial (3) se sont servis de ce terme qu'ils ont latinisé. Il y en a même qui estiment avec beaucoup de fondement que la couleur appellée pseudo-factinus , eu la Vie de S. Grégoire le Grand , pape (40 , n'est autre chose que le gris , n'étant pas tout à fait blanche, et tenant du brun, de même que dans Marcellus Empiricus, la couleur du poil du lion est appellée pseudo-flavus (5), parce qu'elle n'est pas absolument jaune, colore pseudofbivo, quasi leonino. Cet auteur seplait à cette manière d'expression, dans lequel, pseudocalidus , et pseudo~liquidus (6), c'est ce qui n'est qu'à demy-chaud , et à demy-liquide.
La seconde couleur qui entre dans la composition des armoiries est le gueule. Ceux qui n'ont pas pénétré dans la véritable signitication'de ce mot, se sont persuadez qu'il venait deyu/a,oude la gueule des animaux, qui d'ordinaire, paressant sanglante, exprimoit naturellement le rouge. Mais soit que cette pensée ait quelque (^obabdité, il est constant que le gueule estoit une espèce de
Peau teinte en rouge. Saint Bernard nous apprend formellement en l'épilre qu'il écrit à I archevêque de Sens, en ces termes : Horreanl et murium rubricatas pelliculas, quas gulas votant, manibus circumdnre sacratis[l). Donnant à connoltre, par cette manière de parler, que ces peaux estoient de rats, c'està-dire de rats de Pont ou d'hermines teintes avec artifice. Brunon, qui vivoit quelque temps avant saint Bernard, a ainsi parlé de de celte espèce de pelleterie en son Histoire de la guerre de Saxe : Unus er illis cujusdam nobilis ex curia crusinam gulis ornatam, quasi furtim prœcidil (8). Le mot deerusina uo;.t Dittnar (9) se sert encore au 1. 5 de son Histoire, signilie une espèce d'habit fait de peaux, et est un terme des anciens Saxons. Le Glossaire d'.Elfrit, maslruca,vel mastruga
(1) Basil., de Exercit. gram.
(2) Plin., lib. xxxii, c.lO.
(3) Maniai., lib. i, epigr. 07.
(4) Joan. Diac, 1. iv, c. 83.
(5) Marcel. Empir. c. 8.
(6) Cap, 5 et ull.
(7) Kpis.1. 42.
8) Rcr. Ccrm. Frcbcri, loro. I, p. 135.
(t») Dilmar., lib. v, o. 54.
crnsne; et celui de Somncr, Cruscnc, tunica ex ferinis pellibus, mastruca. Anastase, bibliolhequaire , en son Histoire ecclésiastique (1), après Theophanes (2), semble faire m on lion de ces peaux rougies xôx/tva Stpuirm
relies coccina*, qui sont peut-estre celles que empereur Constantin Porphyrogenitc appelle Ji/spÔTMt 41i9tv« (3), n'est que ces peaux ne soient peaux corroices et teintes en écar- Jate, que Roger de Hoveden appelle cordoiian rermetl (4), et dont parle Corippus, lorsqu'il décrit la cliaussure des empereurs de Conslantinoplc (5) :
Cruraque ptiniceU indnxU regia ànclit, l'arlhica campano dederanl quœ teryora fuco.
Guillaume de la Pouillc, parlant do ces butines impériales (6) :
Assumitur imperialit Purpura, pet dexter decoratur pelle rnbeiui, Qua tulet, imperii qui curant tutdpit, uti.
Tant y a que le Reclus de Moliens, en sa patenostre ms., semble dire que l'on se servoit des peaux do martes pour les teindre en rougo, les appellant sabelines engoulées, en ces vers (7) :
En tels cuvres régnent Deables, An règne nostre Crealour, Ne gardent mie chu Seignour, 0u> lanl ont dras outre raisou, Cote, surcol, blunclicl, plie lion, Mouches, nianlaiis, chuppes fourrées, De sabelines enroulées.
Ce qui se pourrait encore entendre des maries blanches, dont Adam de Brème (8) parle en quelque endroit de son Histoire, qui naissent dans la Norvège. Le roman de Garni donne la même epilhetc aux hermines; co qui justifie qu'on so servoit aussi des hermines pour les teindre en rouge :
Si el vestu uu Hennin cogoulé.
Ailleurs :
El pardessus un hennin ciigolé.
Il est parlé, dans la vie de saint Wo.phclmc, abbé, des peaux de béliers rougies, pelles rubricatœ arictum (9). Depuis, pour exprimer cette espèce de pelleterie dans les écus et les boucliers, on s'est servi du verineillon. Jean de Sarisberg : Si auiem minium colorve alius, quoeumque icta casuve, a clypeo excidit, hoc garrtUa lingua, si lieuerit , memoriale facit in saculum sœculi (10).
La troisième couleur dont on se sert dans les blazons est le sable. Guill. Guiart, en Van 1304.
(1) Anasl., Hist. ocd., p. 178.
(2) Theopban., p. 42i.
(3) Conslanliu., de A dm. imp., c. G.
(1) Hoved., p. 715.
(5) Cor i pp., deLaud. Jusl., lib. H.
(6) Guill. Apul., lib. i Rcruni Norm.
(7) Le Reclus de Moliens.
(8) Adam. Bivni., c. 239,
Conrad. Monach.. in Vita Wolptwmi abb., apud Sur. 20 April.
(U») J<wn. de Sarisb., Polycr. lib. vi, c. >.
HERALDIQUE. EMA 298
Es pennonciaus cl és bannières, Donl li venl lient maintes enverses, Reluisent les couleurs diverses, Comme or, a*ur, argent el sable.
Ceux qui ont. esté puiser l'origine de ce mol dans le sable noir, donl Vilruve (1), Pa'ladius(2), ctThwrocz (3), en son Histoire de Hongrie, ont parlé, se sont notoirement mépris; car on doil tenir pour constant que le sable est une espèce de |>elleterie. Pbilippes Mouskes, en la Vie de Louys VIII, autorise assez celte pensée par ces vers :
S'il y avoii asscs encor De riecs dras battus » or.
De drus tains, el d'escarlale,.
Dctrancics à gratis harales,.
Sables, ermins, el vairs «t gris, Asjouvcnciaus,el as viousgris.
Un judicieux auteur de ce temps a avancé avec beaucoup de fondement que le mot de sable a esté formé de martes zebclines, qui de leur nature sont noires (k) : Sabulum vero qtkod est nigrum, non a sabulo deflexum, sed a muribus Ponticis nigri coloris, quod vocaiU martres sabelinas tel sabulinas. Quoique cet auteur n'ait avancé cette opinion que par simple conjecture, sans l'avoir autoriséo d'aucun passage; et qu'il se méprenne, en confondant les rats de Pont avec les martes ; si osl-co qu'il n'y a pas lieu de la révoquer en doute, après ceux que je viens de colter. Et quant à l'origine de co mot, j'estime que les martes furent surnommées zebelines ou sabelines, acausc de Zibel, ou Zibelct, ville maritime de la Terre-Sainte, appellée par les anciens Biblium (5), et située entre la ville d'Antioche et le cluUeau d'Archas,.où ellos se débitaient, et d'où elles estoient apportées en Europe. Et comme les rats de Pont furent simplement nommez hermines, parce que les peaux de ces animaux se débitoieot en Arménie, il en est arrivé de même des martes, dont les peaux ont esté nommées zebellines, de la vdlc de Zibel, et en terme plus court, zeble, ou sable. Guillaume de Neufbourg les appelle sabellinœ (ti) simplement comme ejicore Arnoul de Lubec en co pnssage : Regina cuilibet militi addidit pelles varias, et pclliculam zobellinam (7). Lo roman de Garin :
Or te don rai mon peliçon hermin, El de mon col le maniel sabelin.
Jacques Millet en la destruction de Troie :
Si est le champ fait de broudure De line marte sabeline.
Cette peau est nommée par Pierre Damian pellis gibellinica, a l'endroit où il parle d'un ecclesiaslique mignon : Hic itague nitidulus et semper ornatus incedebat, tta ut caput.
(I) Vilruv., lib. u, c. -k {i) Pa!lad.,de Re rusl., 1. 1, c. 10.
(3> Thwrocz., pari, n, c. 3.
(i) Dadin de Altaferra, de Duc. cl Coin. Proviti.^ I. m, c. 3.
(5) Sanut.
(6) Will. Neub., 1. m, c. 2i.
(7) Arnol. Lui»., I. u, c. 5.
rjus rmnquam nisi gibellinica pellis obtcgeret (1). Il entend parler de laumuce dont il se couvroit la teste.
Il n'est pas aisé de découvrir l'origine du mot de suiople, dont les herauds se servent pour désigner la couleur verte dans les blazons : car la Colombiere s'est trop mépris,
Suand il a dit que le sinople cstoit une espèce e craie, ou minéral, qui est propre à teindre en vert, et qui se trouve aux environs de Sinope, ville d'Asie, d'autant que le sinopis, dont il a entendu parler, est une craie rouge qui se trouve aux montagnes de Sinope, comme nous apprenons d'Augor Busbecq (2) en son Itinéraire d'Amasie, avec lequel neantmoins Dioscoride (3) et Euslathius (4) ne s'accordent pas, rcmarquans qu'elle ne naft point vers Sinope, mais qu'elle s'y apportait de la Cappadoce (où Pline (5) et Strabon (6) écrivent qu'elle croit), et qu'elle s'y débitoit. Quoyqu'il en soit, tous les auteurs conviennent que le sinopis esloit une espèce de verraeillon. 11 est appelé' a avjpi» pÛToc (7) par Dionisius, et par Dioscoride ptVroç 2tv«t. t >r,. Terentianus Maurus confond toujours le vermeillon avec lo $inopis : car, ou il a dit (8), instar tituli fulgiduia notabo milto , ailleurs il dit, ex ordine fulgens cui dat (ocum sinopis; et plus bas, titulus prœscribet iste discolor sinopide. Marcellus Empiricus (9) confond aussi le sinopis avec le minium, ou le vermeillon. Il est bien vray que Vitruvc (10) fait mention d'une craie verte qui croit en divers lieux, et particulièrement h Smirno : mais elle n'a rien de commun avec le sinopis. J'avoue aussi que je n'ay pas encore pu découvrir la raison
rmr laquelle on a donné le nom de sinople la pelleterie teinte en vert, et je n'oserois pas assurer que ce seroil à cause qu'elle se débitoit en une ville maritime de la Cappadoce, qu'Albert d'Aix (11) en deux divers endroits appelle Sinoplum, et Matheo Villani Sinopoli (12) : et que du nom de cette ville, ou le trafic s'en faisoit par les Européens, elle fut appelée sinople, comme les martes, et les rats de Pont prirent leur appellation des lieux où celles fourures se débitoient : l'épitaphe de Gilles de Chein, qui fut tué à la bataille d'Azinrourt, emploie le mot de sinople, pour exprimer le vert.
Puis la mort à lui s'njousla
I n uu camp couvert de si noble,
Ou maint prince et maint homme noble
Finirent eu affaire miulant(l3).
(I) Petr. Dam., lib. v, cp. 1C, et lib. u, ep. i. jîj Busbecq., in llin. Amas.
(3; Dioscor., lib. vi, c. 01.
Cn Fustalti., ad Dion.
(5) Plin., lib. w w. c. C.
(6) Strab., lib. Ut.
(7) Dionys., »» u c ,. p. 139.
(8) Terent. Maur.'Eguinart. in Carolo Mag., p. 104 CapfiuL
(9) Marcel. Emp., c. I i
(10) Vitruv., lib. vu, c. 7.
(II) Albert. Au., lib. VUI, c. 18, ±£. <li) M ali. Yïll.,lib. x, c. «3.
(13) Am di-ciivc* de I llisl. d« Guines. ». 089.
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Reste la cinquième couleur des blazoqs qui est le pourpre; quoyqu'elle se rencontre rarement dans les armoiries, si est-ce que Jacques de Guise (1) l'auteur du Songe du Verger (2), Sicile heraud d'armes duroy d'Arragon, en son blazon des couleurs, et aulrcs 1 "admettent. Je ne veux pas m'arrôler à co qu'ils en disent, je remarque seulement, qu'eu fait de blazon, le pourpre est une panne et une espèce de pelleterie, ainsi nommée acause do sa couleur fort connue dans le Compte d Esticnne de la Fontaine argentier du roy, qui commence au 26* jour d'avril l'an 1350, et Boit au iS' jour d'août suivant, au chnp. des Pennes et fourrures : Pour fourrer une robe de quatre garnement; pour le dit Guillaume Poquaire, pour le jour de sa chevalerie, pour les deux surcos, deux fourrures do grosses pourpres, k liv. 10 s. etc. » Au même chapitre, o pour fourrer une robe pour la femme Michelet Gentil, que le roy lui donna en mariage, une fourreure do menues pourpres, 0 livres par. > Il en est encore parlé souvent dans les comptes suivans, et dans les couslumes, ou péage de l'aris, qui sont inserez en un registre de la chambre des comptes, intitulé : Noster (3), où, sous le titre de mtrcérie, sont ces mots : Item la pièce de porpre et de mesmiaus k den. et comme cette pelleterio n'a jamais passé entre les plus exquises, sans neantmoins que j'en puisse conjecturer autre raison, quo 1 on ne se servait que de peaux grossières pour les mostre en cetto sorte de teinture, cela a e>t^ cause qu'elle se trouve rarement employée dans les blazous.
Toutes ces remarques prouvent suffisant ment, comme j'estime, que ce que jusques à présent nos herauds ont qualiîié couleurs dans les armoiries, sont pennes et fourures, ne plus ne moins que celles d'hermine et de vair, ausquelles ils ont appliqué celte appellation. Il se voit aussi que les noms, qu'ils leur ont attribuez, n'ont autro origine, quo de ceux des espèces de fourures, et qu'ainsi il n'y a lias lieu do faire aucun fondement sur les étymologies ridicules qu'ils leur donnant, ni sur ce qu'ils avancent qu'on a voulu donner des noms inconnus a ces couleurs, pour ne pas rendre la science des armoiries si vulgaire : mirum quam stulta supirntia in istis astrologicantur, philosophantur etiam, uc tUeologissant paludati isli heraldi ('»).
Mais pour retourner aux cottes d armes: comme aux assemblées publiques, el dans les occasions de la guerre, les seigneurs et les chevaliers y esloient reconnus par les cottes d'armes, lorsqu'on venoit à parler d'eux, ou qu'on vouloit les faire connoltro par quelque marque extérieure, on se contontoit de dire, u porte la cotte d'or, d'argent, de gueules, de sinople, de sable, de gris, d'hermine ou de vair : ou, en termes
(1) Jacq. de Guise, en ses Ann. de Haïti, loin. 1,
p. il.
(2) Songe du Verger, c. 118.
(3) Fol. 33, 30.
(41 Cornel. Agrippa, dr Vanil. »cient.
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plus courts, il porte d'or, de gueules, etc., le mol de colle d'armes estant sousentendu. D'où il est arrivé que, pour blazonner les armes d'un gentilhomme, nous disons encore aujourd'hui, il porte d'or, d'argent, à une telle pièce* Mais parce que ces marques ne sufiisoient pas pour se taire reconnoltre, ou distinguer dans les assemblées solennelles, ou dans les armées où tous les seigneurs estoient revêtus de cottes d'armes de draps d'or et d'argent, ou de ces riches fourures, ils s'avisèrent dans la suite de se les diversifier, en docouppant les draps d'or et d'argent, et les peaux dont ils estoient revêtus par-dessus leurs armes, ou leurs habits, en diverses figures de différentes couleurs ; observant neantoioins cette règle, qu'ils ne mutloienl iamais peaux sur peaux, ni le drap d'or sur le drap d'argent, ou le drap d'argent sur le drap d'or, acause que cela n'auroit eu aucun relief, meslanl tousjours les draps avec les pennes. One si l'on en voioit autrement , parce quo ces colles d'armes n'estoient pas dans le port ordinaire, on disoit qu'elles estoieut faites pour enguerre , d'autant qu'elles donnoient sujet à tout le monde de demander pourquoy on ne les portoit pas suivaut la modo receùe, et s'il y avoil quelque raison particulière qui obligeât à les porter de la sorte. Au quel propos il me souvient de ce Irait du deelamateur, qui, parlant d'une statue que le magistrat «voit décernée avec l'habit d'une femme, à ecluy qui avoil tué le tyran sous col acoustreinent, dit ces proies : Statua ergo tua non transibitur, habit us faciet, ut interrogent transcurrentes (1).
Avec ces découpures on forma des bandes, des faces, des chefs , des lambeaux et autres pièces que les herauds nomment chargeantes. Le Prieur du Vigoois, en sa Chronique, en a ainsi parlé : uehinc repertœ s uni prHiosœ ac vario? vestes désignantes varias omnium mentes, qttas quidam i» sphœrutis et cingulis minuiisstme frepantes, pxcti diaboti formata assumant. Ce qui alla à uu tel oxces, il se faisoit avec une telle dépense, qq'au concile qui fut lenu à Uevlinlon, en Angleterre, l'an 1188, sous le roy Henri II, on fit défense de porter l'écarlate el les riches fourures , et les babils découppez : Ibi statulum fuit — m Anglorum gente ne quis escarletoy sabelino , vario,. vcl griseo, aut vestibus laqueatis , aut in prandio de cibis ex empto ultra duo fercula uterelur, eo quodrex Angliœ cum omnibus fer e Angine magnat ib us ad Terrain Sanc tain cum expensiserat non mini mis profecturus. Ce sont les termes de Jean Broinplou. Gervasius Dorobernensis : et quod nullus habeat pannos decisos ac laceatos ou luqueatos, ou le mot de pannus fait assez connaître qu'il enlend parler des pannes et des foururos. L'autour de la Vie de saint Gerlac nous apprend que ce saint ermite avoit çoùluine d inverti ver contre ces abus, Milites de percussione et scissura vestium, dcop-
(t)Qninlil. I*cl. 282.
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pressione pauperum, de vanitate alearum — arguebat (1). C'est donc ce que Philippe Mouskes, au passage que j'ai cité cy-devaut, appelle « des, dras teins et d'escarlate, de- Irauliés à grans barates- » Et parce que lesjeunes gens s'attachent ordinairement a ces nouveaulez, pour se faire distinguer d'avec leurs pères, qui portoient les cottes d'armes semblables aux leurs, ils en faisoient pendre des lambeaux, soit au col, soit ailleurs, nar lorme de différence , et c'est de-là que les lambeaux dans les armoiries ont pris leur origine, n'estans pas des espèces de ratoaux comme Edward Bisse (2) Anglois, a écrit. Il en est parlé souvent dans les Comptes d'Estienne de la Fontaine , argentier du roy, et particulièrement en celui de 1350 , en ces termes : « Pour7 quartiers de zatoùin d'Inde, e( 7 quartiers de fort velluiau vermeil pour faire deux cottes à armer; — pour un marc 5 esterlins do perles blanches à somer le champ des dittes cottes, faire les copponsdes labeaux pour 160 grosses perles à cnainpoier le dit champ. » Plus bas : « Pour 24 aunes do velluiaux indes fors, pour faire 2 couvortures à chevaux pour le dit seigneur , et pour 2 aunes do velluiau vermeil et blanc a l'aire les labeaux de l'armoirie. » Au môme chapitre : a Pour k pièces de cendaux indes el aunes à faire bannières et pannonceaux pour le dit seigneur; pour 2 aunes et damie de cendal blanc el vermeil à faire les labeaux. »
Il est arrivé ensuite que les chevaliers ont fait empreindre dans leurs écus, non-seulement la couleur des draps d'or et d'argent, et des riches pannes qu'ils portoient en leurs cottes d'armes, mais encore la ligure de ces découpures, dont ils ont formé les bandes, les jumelles, les faces, les sautoirs, les chefs et autres pièces. Quelquefois aussi ils ont parsemé leurs cottes d'armes des ligures, soit d'animaux terrestres , soit d'oiseaux ou choses semblables, qu'ils ont depuis empreintes dans leurs écus, ou bien ils les ont empruntées de leurs écus pour en parsemor leurs colles d'armes, estant constant que les boucliers ont eu dès la grande antiquité de semblables empreintes : et. c'est la la pensée de Velser dans le passage que j'ay allégué de luy. Quelquefois aussi entre ceux qui diversilioient ainsi leurs cottes d'armes, il s'en est trouvé qui n'ont pas voulu les charger d'aucunes pièces, mais se sont contentez de les porter toutes simples sans decoupure, et de conserver dans leurs écus la même couleur qu'ils portoient en leurs cottes d'armes. C'est ce qui nous ouvre la raison pourquoy les comtes el les ducs de Bretagne j>ortoieut l hormiiie simple dans leurs écus, . qui n'esloit autre, que parce qu'ils la portoient de la sorte eu leurs cottes d'armes. Ainsi les seigneurs d'Albrel portoient les gueules, les captaux de Buch en Guyenne, de la (maison de Puy-Paulin d'or plein, les seigneurs de Saint-Chaumont le gris ou l'azur, parce qu'eu leurs cottes d'armes ils por-
(1) Vita S. Gerlaci, c. 9, apud Boland. .
(2) Bissens., in net. ad.Upton.
toient i^s pannes do gueulus, cl de gris, et le drap d'or.
Ce que je viens de rapporter du Compte dTîstienne do la Fontaine, fait assez connoître que l'on avait coutume de broder les cottes (l'armes, et de les enrichir de perles, et qu'ainsi ce sont ces cottes brodées, dont lesiro de Joinville entend parler. Ces broderies n'estoienl que pour relever et marquer les armes du chevalier qui y estoient empreintes en relief, en sorte que les mêmes figures et les mêmes coulours qui se rencontraient dans son écu se trouvoient aussi dans sa cotte d'armes. Guillaume le Breton, en sa Philippidc (1) :
Qtt(rque armalurœ tetth consuta tupremo Serica, cuique facit certiê dittinctio nolis.
Et Guillaume de Nangis, en !a Vie de Philippe III (2) : Franci rero subita turbatione commoti, mira celeritate ad arma prosiliunt , loricas induunt , et desuper picturis rariis , secundum diversas armorum differenlias se distinguunt. Et parce que les cottes d'armes estoient parsemées des devises des chevaliers, on les appela des habits en devises. Ainsi Masuer.parlantdes preuves de la noblesse, dit que celle-là en est une, si ipseet alii prœdecessorcs sui consueverint portare vestes an devise, vel alias attas nobiles portare consueverunt (3). C est en ce sens qu'on doit entendre Froissart, quand il dit que le comte de Derby vint à Westminster « accompagné de grand nombre de seigneurs , et leurs gens vestus chascun de sa livrée en devise (»). » C'est-à-dire, ayant tous leurs cottes d'armes armoiées de leurs armes. Monstrelet, en l'an 1'» 10, parlant de l'élection du pape Jean XXII, dit qu'à la cavalcade qu'il Ut (5), a se trouvèrent le marquis de Ferrare , le seigneur de Malateste, le sire de Gaucourt, et des autres quarante quatre, tant ducs, comtes, comme chevaliers de la terre d'Italie, vestus de paremens de leurs livrées. » George Chastellain (6), « armez et vestus de cottes d'armes, devises et couleurs. » Et Alain Chartier, en son poëme intitulé: La Dame sans merci/, décrivant un cavalier amoureux, et maltraité par les rigueurs de sa maltresse , le représente revêtu de noir sans devise , c'est-à-dire avec une cotte d'armes toute simple et non armoiée de ses armes, ce qui estoit une marque de deuil,
Le noir porloil cl sans devise (7).
Ce sont ces devises des cottes d'armes que Sanudo appelle super insignia (8).
Les cottes d'armes ainsi armoiées estoient une des marques principales de la noblesse, ainsi que Masuer a observé, parce que n'y ayant que les nobles qui eussent droit de
(t) wm. ni ii... i. xi nu.
(2 Vtia Phil. III.
(3Ï Masuer., lit. de Taltiis, ». 19.
(il Froiss., loin. IV, c. M »
(5) MoMtrelet, lom. I, c. 63.
(G) llisl. de Jacques de Lalain.
(71 Alain Charlicr, p. BOB.
'Sj Sanut., lin n, pari, iv, c. 8.
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|>orter le haubert, ou la cotte de inaille, il n'y avoit aussi qu'eux qui eussent celuy do porter la cotte d'armes, qui u'estoil que pour couvrir celle de mailles. Et comme ordinairement il n'y avoit que les chevaliers qui portassent l'une et l'autre dans les guerres, de la est arrivé que pour marquer un chevalier, les historiens se contentent de le désigner par le seul nom de cottes d'armes. Froissart écrit que le sire de Merode perdit, en la bataille contre les Frisons, en laquelle Guillaume comte de Haînaul fut tué, trentetrois cottes d'armes de son lignage (1), c'està-dire trento-trois chevaliers de sa parenlé. El .Monstrelet, parlant de la victoire remportée I . rim^'i v, près de Baycux, par les François sur les Anglois , l'an U50, dit, « qu'à celte bataille furent prius prisonniers messire Antoine Kiriel , etc., et plusieurs autres capitaines et gentilshommes anglois portans cottes d'armes (2). » C'est une expression qu'Anne Comnene , en son Alexiade, a empruntée do nos François, lorsque racontant les pourparlers qui se tirent pour Ptatrerede qui se lievoit faire entre l'empereur Alexis son père et Boëmo'id, prince d'Anlioche, ce prince insista qu'il pourroit se trouver avec l'empereur, accompagné de doux cottes d'armes , piri twft ^«piîk» (3), c'est-à-dire avec deux chevaliers. Celte princesse ayant exprimé la cotte d'armes par le terme do chlamys (4), qui estoit un vêtement particulier aux gens de guerre et aux cavaliers , d'où vient que pour designer un chevalier , un titre (o de Philippe 1, roi de France, do l'an 1008, use de ces paroles : Aimericus, quem occultabat militaris habitus et clamydis obumbrabat aspectus , lermes qui sont tirés de saint Ambroise , en la vie de saint Sébastien (C), si toutefois il en est l'auteur, ce que < uelques sçavanls semblent révoquer en i oute. Georges Châtellain (7) , en l'Histoire de Jacques de Lalain , chevalier de la Toison d'Or, attribue encore assez souvent les cottes d'armes armoiées aux écuiers.en sorte que l'on peut conjecturer que dans les derniers siècles, ils ont eu ce privilège, qui auparavant n'avait appartenu qu'aux chevaliors
J'ay remarqué que l'on découpoit les pannes, ou fourures des cottes d'armes en diverses manières, pour les distinguer les uns des autres. Ces ligures et ces découpuros sont encore à présent en usage dans les blazons des armoiries , mais dans des termes qui à peine nous sont connus. Ce qui me donnera sujet d'en expliquer quelques-uns des plus difficiles. J'ay dit ce que c'estoit que le lambel, lorsque j'ay parlé des découpures des habits.
La fasce est, selon mon sentiment, ce qui
(I) Froiss., loin. IV. c. 77.
'i) Monsirelel, loni. III, p. 27.
\~: Anna Comnene, tilt, x, p. 401.
ri i L. 1 Cod. Theod. De habilu quo «ti oportet. N<>nius Paulin., ep. 7.
(51 Aux preuves de l'Hisl.de Chastoing. p. 179. (li) Vila S. Sebasl. c. 3, apud Ituland. (7) Gcorg. CbàieL.c. 54, 55, 64, U8, 71, 72.