PREFACE
En Suisse comme ailleurs, l'histoire, depuis un siècle, a énormément étendu le champ de son activité et spécialisé ses recherches. Une quantité presque innombrable de travaux, de recueil d'actes et de documents, d'études et de monographies, puis d'oeuvres de synthèse plus ou moins vastes ont vu le jour. Ils sont consignés dans des milliers de volumes et de brochures et un nombre plus grand encore d'articles de revues. Si bien que, s'il est devenu difficile à l'historien ou à l'amateur d'histoire de s'orienter dans cette production touffue, il lui est. plus impossible encore de réunir et de posséder sous la main toutes les publications qu'il peut avoir à consulter au cours de ses travaux ou de ses lectures.
Le moment a paru venu de rassembler en une monumentale publication les résultats acquis les plus essentiels et les plus certains sur les événements de notre histoire, sur le passé de nos cantons, de nos localités, de nos familles, de nos institutions. Et quelle forme plus pratique, plus commode cette encyclopédie historique suisse pourrait-elle revêtir que celle d'un dictionnaire ? Celui-ci nous a paru valoir le grand effort collectif que nécessite sa réalisation.
L'ouvrage dont nous présentons aujourd'hui le premier volume étant en principe un inventaire sommaire des connaissances historiques actuelles sur notre pays, il est forcément et essentiellement une compilation ; cependant, il contiendra et il apporte déjà nombre d'articles originaux sur des sujets jusqu'ici négligés ou qui n'avaient été que partiellement étudiés. Il est une œuvre de vulgarisation dans ce sens qu'il met les résultats des recherches érudites à la portée du public le plus étendu et des milieux les plus divers. Mais on entend bien qu'il ne doit point l'être dans le sens péjoratif qui s'attache volontiers à un genre d'ouvrages trop souvent entachés d'erreurs, d'affirmations gratuites et d'à peu près. S'inspirant de l'esprit et de la conscience scientifiques, on ambitionne d'en faire un instrument d'information précis et sûr qui ne donne pas pour connu ce qui ne l'est point, ni pour assuré ce oui demeure mal éclairci.
La matière qu'embrasse l'ouvrage est si étendue, les études sur lesquelles il se fonde ont été en certains domaines poussées si loin, qu'il ne peut tout dire et doit strictement se borner. N'étant point un dictionnaire spécial d'archéologie, d'héraldique, d'économie politique, de droit ou d'histoire de l'art, il ne saurait s'attarder dans trop de détails. Il ne peut prétendre à remplacer entièrement les travaux qu'il résume. Le commun des lecteurs, ceux qui n'y chercheront qu'un bref aperçu ou seulement un fait, une date, un nom, une armoirie, y trouveront généralement une réponse suffisante à leurs questions. Pour les historiens ou les curieux, au contraire, qui poursuivent dans quelque direction des recherches spéciales, le Dictionnaire ne prétend être autre chose qu'un guide, qu'un instrument d'orientation, mais infiniment précieux. Celui qui, en effet, veut en savoir davantage, pousser plus loin ses investigations, remonter aux travaux de première main, voire même se reporter aux documents originaux, celui-là trouvera au bas de chaque article des indications bibliographiques qui constituent une partie essentielle de notre programme et augmentent, croyons-nous, considérablement la valeur scientifique et pratique de l'ouvrage. Celle-ci se trouve encore rehaussée par une abondante illustration documentaire.
Une œuvre si vaste dépasserait les forces et la durée de la vie d'un homme. Elle ne saurait être, si l'on veut aboutir, qu'une œuvre de collaboration. C'est dire qu'elle ne peut éviter les défauts inhérents à toute œuvre collective, une certaine inégalité dans les proportions et dans la qualité des diverses parties. On s'est efforcé d'y obvier par une bonne organisation, l'établissement de règles générales, une judicieuse répartition du travail, une révision soigneuse des contributions fournies. On a fait appel à tout ce que notre pays compte d'historiens et cherché à confier la rédaction de chaque notice à la plume la plus compétente, décentralisé le travail dans la mesure compatible avec l'unité nécessaire. Tandis que la Direction se réserve la distribution des articles généraux, elle laisse aux correspondants cantonaux, mieux placés pour cela, le soin de choisir leurs collaborateurs et de répartir entre ceux-ci les articles concernant leur région. Si chaque collaborateur, en signant son article, en assume personnellement la responsabilité, il n'est pas moins vrai que chaque canton porte moralement celle de sa contribution cantonale. Il appartient à chacun de nos 25 États de se faire dans le Dictionnaire une place digne de son passé.
Qu'il nous soit permis d'exprimer en terminant notre vive reconnaissance à tous ceux qui nous ont accordé confiance, qui ne se sont pas laissé rebuter par les difficultés et les tâtonnements inséparables du début et qui nous prêtent le concours de leur érudition, de leur plume, de leur patient dévouement. Les historiens suisses ont compris que pareille entreprise est d'intérêt non seulement scientifique, mais patriotique, et qu'elle n'est réalisable que par l'union de toutes les forces. A l'époque de bouleversements politiques et sociaux et de transformation vertigineuse où nous vivons, il est d'une nécessité plus vitale que jamais de répandre la connaissance du passé national, local et familial, ce terroir moral où le présent plonge ses racines et d'où il peut tirer encore une si saine et si riche sève.
Berne et Neuchatel, Août 1921.