‹ Dictionnaire historique & biographique de la Suisse (volume 2)Chapitre 229 sur 329 · CANTON D'ARGOVIE · texte numérisé non relu

CANTON D'ARGOVIE

L'Argovie jusqu'en 1798.

ARGOVIE

ARGOVIE

rent d'abord à entraver tout mouvement de réforme, mais après la première paix publique de 1529, elle s'imposa dans ces contrées et prit piedsurtout àBremgarten. Après la deuxième paix publique de 1531, la situation changea complètement. Le Freiamt, ainsi que Mellingen et Bremgarten, en furent exclus et livrés aux cinq cantons pour être jugés et punis (in Recht und Strafe). Les deux villes perdirent le droit d'élire leurs avoyers ; de fortes amendes furent imposées partout et l'ancienne foi rétablie. En outre, les cantons admirent aussi Uri dans le gouvernement commun du Freiamt et renforcèrent ainsi la majorité catholique des cantons coseigneurs. L'Argovie bernoise maintint par contre la nouvelle foi, tandis qu'elle ne put prendre pied dans le Fricktal. La guerre des paysans de 1653 ébranla profondément les pays d'Argovie. Le mouvement s'étendait surtout dans la partie bernoise et dans le Freiamt. Le 28 mars, 500 hommes de Bâle et de Mulhouse, sous les ordres du colonel bâlois Zôrnlin, entrèrent en Argovie, à la demande de Berne ; mais ils se retirèrent le lendemain devant l'attitude menaçante de la population. A l'assemblée des paysans de Sumisvvald, du 23 avril, l'Argovie était représentée par Hans-Jacob Wàgeler, de Rued ; Hans Schùrmanu, d'Unterentfelden ; Rudolf Frei, de Gontenswil ; Peter Fallimann, de Wittwil ; Hans- Jakob Dubler, de Burg; Hans Hess, de Brittnau. Les paysans adressèrent à la ville d'Aarau un ultimatum lui ordonnant de se déclarer pour ou contre le mouvement. La réponse ne les satisfaisant pas, les paysans, sur l'avis de leur chef Nicolas Leuenberger, cernèrent les villes d'Argovie et occupèrent le gué de Windisch et les ponts de Mellingen. Alors des troupes confédérées, sous les ordres du général Werdmùller, de Zurich, pénétrèrent en Argovie et occupèrent le 31 mai la ville de Mellingen. Les paysans lucernois et bernois accourus au secours furent vaincus dans le combat sanglant de Wohlenswil et contraints à la paix de Mellingen, qui ne fut pas ratifiée par les gouvernements parce que trop douce. Un châtiment terrible frappa partout les vaincus, en Argovie comme dans les autres cantons. Les gouvernements et les tribunaux militaires fédéraux de Zofingue et de Mellingen prononcèrent un grand nombre d'exécutions, de lourdes amendes, de peines d'emprisonnement et corporelles. Tandis que plusieurs chefs purent se réfugier dans l'Argovie inférieure, ceux que l'on appelait les trois Tell du Freiamt, Jacob Hartmann, de Sarmenstorf, Andréas Meier et Ulrich Koch, de Villmergen, furent décapités. On imposa les frais de guerre aux bailliages rebelles ; le Freiamt dut payer à lui seul la somme relativement très considérable de 24 000 florins.

Les deux guerres de Villmergen, 1656 et 1712, eurent aussi en grande partie le Freiamt pour théâtre; la première fortifia la situation prépondérante des cantons catholiques dans la Confédération, la seconde fit au contraire triompher le principe de l'égalité des deux confessions. La paix d'Aarau du 11 août 1712 changea aussi la situation politique dans les bailliages communs d'Argovie. Le comté de Baden et la partie Nord du Freiamt jusqu'à une ligne allant de Lunkhofen à Fahrwangen, avec Mellingen et Bremgarten durent être cédés à Berne, Zurich et Glaris. Berne reçu également une part au gouvernement du Freiamt supérieur.

On comprend que les idées de la Révolution française aient été bien reçues d'abord dans les pays sujets de la Suisse, ainsi en Argovie. A peine la dernière Diète de l'ancienne Confédération eut-elle été dissoute à Aarau et les députés eurent-ils quitté la ville (le 1er février 1798), que la révolte éclata dans l'Argovie bernoise. On refusa la mobilisation des troupes ordonnée par Berne. Alors le colonel de Buren attaqua Aarau avec des troupes bernoises ; la ville se rendit et fut occupée militairement. Après la chute de Berne, les Français victorieux marchèrent vers l'Est et occupèrent Aarbourg, Zofingue, Aarau et les autres parties de l'Argovie. On saluait les « libérateurs » avec enthousiame, avec des arbres de liberté et des cocardes françaises. Mais bien vite l'enthousiasme se refroidit lorsque l'on reconnut que des maîtres sévères avaient été remplacés par d'autres encore pires. Le général en chef français Brune et le Directoire de Paris décidaient dorénavant du sort

de la Suisse et l'affranchissement du Freiamt et du comté de Baden, par les cantons, le 19 et le 28 mars, n'eut au fond qu'une valeur formelle.

6. Sous la République Helvétique, 1798-1803. — Tous les privilèges et sujétions disparurent dans l'Etat unitaire qu'était la République Helvétique ; l'égalité de droits et un code civil suisse furent introduits. Parmi les 19 cantons, nous trouvons aussi le canton d'Argovie. Il n'embrassait que l'Argovie bernoise jusqu'à la Wigger à l'Ouest. Le Freiamt et le comté de Baden furent d'abord réunis en un canton avec Zoug, mais lorsque ce dernier se fut joint à l'opposition de la Suisse centrale contre le nouvel état de choses, ils formèrent un canton spécial de Baden avec Baden comme capitale. Le canton d'Argovie était divisé en districts d'Aarau, Brugg, Lenzbourg, Kulm et Zofingue. Les citoyens ayant droit de vote élirent aussitôt une « assemblée nationale provisoire » qui se réunit le 22 mars à Aarau, mais se sépara cinq jours après, pour faire place aux autorités helvétiques. Aarau fut désigné pour capitale de la République Helvétique une et indivisible et les députés des cantons (provisoirement 10 seulement, parmi lesquels Argovie) se réunirent dans cette ville. Le gouvernement fut constitué définitivement le 12 avril et dès le mois de septembre le siège fut transporté d'Aarau à Lucerne. En 1799, le canton d'Argovie et surtout celui de Baden eurent beaucoup à souffrir. Pendant plusieurs mois, les Français faisaient front aux Autrichiens d'abord, puis aux Russes sur l'Aar inférieur et sur la Limmat. Lorsque l'invasion étrangère se fut retirée, les luttes constitutionnelles intestines commencèrent. Lorsqu'en août 1802 le premier Consul retira les troupes françaises de la Suisse, la révolte éclata partout, mais c'est en Argovie qu'elle sévit avec le plus de violence (Stecklikrieg). Dans beaucoup d'endroits du canton un mouvement en faveur de la réunion avec Berne se manifesta de nouveau. Bonaparte intervint encore une fois ; des troupes françaises occupèrent de nouveau la Suisse, tandis que la Consulta helvétique se réunissait à Paris, pour élaborer une nouvelle constitution. Le canton d'Argovie y était représenté par Gottlieb Krauss, de Lenzbourg; Gottlieb Hunziker, d'Aarau; l'ancien sénateur Melchior Lûscher, d'Entfelden; Peter Suter, de Zofingue; et Johann-Heinrich Rothpletz. d'Aarau ; on y comptait de plus : de Zurzach, l'ancien lieutenant bailli val Abraham Welti ; de Bremgarten, l'ancien lieutenant du gouvernement Heinrich Weber; de Mûri, le commandant Emanuel Jauch. Stapfer était délégué du gouvernement helvétique, de l'Argovie et de la Thurgovie. Johann-Rudolf Meyer, d'Aarau, se rendit spontanément à Paris, tandis que le Fricktal déléguait Baptist Jehle, d'Olsberg, et Josef Friedrich, de Laufenbourg. La nouvelle constitution de la Suisse, connue sous le nom d'Acte de Médiation, créa une Confédération d'Etats composés de 19 cantons avec égalité de droits, parmi lesquels le canton d'Argovie. La République Helvétique prit fin le 10 mars 1803. [§3-6: PI. Butler].

7. Le canton d'Argovie de 1803 à 1848. — Une proclamation adressée au peuple d'Argovie détermina les frontières du nouvel Etat. Lucerne céda le district de Merenschwand qui lui appartenait depuis le XIVe s., et reçut en retour le district de Hitzkirch, appelé autrefois Richensee; Zurich perdit le Kelleramt, Lunkhofen et reçut Dietikon, Schlieren, Œttwil et Huttikon.

La frontière occidentale, au Sud de l'Aar, fut portée en avant de la Wigger jusqu'à la Murg et la Roth. La première constitution du canton d'Argovie, divisait celui-ci en 11 districts:

Zofingue, Kulm, Aarau, Brugg, Lenzbourg, Zurzach, Bremgarten, Mûri, Baden Laufenbourg et Rheinfelden. Ces districts étaient subdivisés en 48 cercles.

Aarau devint capitale. La constitution établissait comme pouvoir législatif un Grand Conseil de 150 membres, mais le droit de vote du peuple était considérable-

Sceau du Petit Conseil d'Argovie, 1803.

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élisait dans ton sein le pouvoir exécutif, un Peiii Conseil de 9 membres i|ui était investi de droil étendus, nommait tous les fonctionnaires, disposait de l'armée et pi dait seul le droit d'initiative en matière de légiNlalion. Le pouvoir judiciaire était confié à des tribunaux spéciaux.

Le ii.'i avril, le premier Grand Conseil du nom eau canton se réunit : le lendemain, le gouvernement fut élu : Joh.-Rud. Dolder, ancien landammann de la Suisse; l'ancien landammann Karl Reding, de Baden ; Karl Fetzer, président, de la Chambre administrative du Fricktal à Rheini'elden ; Peter Suter, de Zotingue, pré-

Johann -Rudolf Dolder, landammann d Argovie.

de troupes pour la défense de l'indépendance. L'agitation ne -e calma que lorsqu'une décision de la Diète, du j;' décembre, abrogea l'Acte 'le Médiation, mais conserva les six nouveaux cantons et parmi eux l'Argi 'tandis que l'on discutail à Vienne et à Zurich l'oi sation nouvelle de la Suisse, le canton d 'Argovie se donna, le 4 juillet 1814, une seconde constitution. Le point principal qui la distinguait de la première étail la restriction des droits populaires. Le Pouvoir était dorénavant entièrement dans les mains du Petil Conseil dont la durée des fonctions, comme celles de la plupart des autres administrations, était prolongée à 12 ans. De plus, le cens électoral, actif et passif, fut très sensiblement élevé. L'introduction de la parité des droits des deux confessions était une innovation importante : le Petit et le Grand Conseil et la Cour d'appel devaient être composés par moitié de réformés et de catholiques.

Le Congrès de Vienne confirma finalement la décision de la Diète de maintenir les nouveaux cantons. L'existence du canton d 'Argovie avait été sauvée et défendue contre les intrigues des Bernois, surtout grâce aux efforts de Rengger à Vienne et de Stapfer à Paris.

Le retour de Napoléon de l'île d'Elbe occasionna un nouveau passage des Alliés qui cette fois pesa lourdement sur Rheinfelden et le Fricktal. Les troupes argo-

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