‹ Dictionnaire historique & biographique de la Suisse (volume 2)Chapitre 230 sur 329 · SKY · texte numérisé non relu

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Première proclamation des autorités législatives et executives du canton d' Argovie, le ÏS avril l:So:t.

sident de la Chambre administrative d'Aarau ; le régisseur Attenhofer, de Zurzach ; Joh. -Friedrich, de Laufenbourg ; Ludwig May, de Schoftland ; Placid Weissenbach, président du tribunal de district de Bremgarten : le colonel Gottlieb Hùnerwadel, de Lenzbourg. Dolder fut nommé landammann. C'est alors aussi que Henri Zschokke occupa les fonctions publiques d'inspecteur des forêts et des mines.

Après la bataille de Leipzig, les Alliés préparant l'invasion de la France, violèrent la neutralité suisse. Du 21 décembre 1813 à fin janvier 1814 ils passèrent le Rhin ; environ 70 000 hommes, des Autrichiens surtout, traversèrent l'Argovie où des ambulances furent installées à Klingnau, Leuggern, Bernau ot à Rheinfelden. Sous la protection des baïonnettes autrichiennes, Berne éleva des prétentions à la domination du Pays de Vaud et de l'Argovie. Mais dans les deux pays, le peuple repoussa avec indignation cette tentative, car en Argovie aussi l'idée d'un Etat indépendant avait fait des progrès et personne ne souhaitait plus le retour à la domination bernoise. Le 26 décembre 1813, le Grand Conseil d'Argovie repoussa avec dignité les prétentions de Berne et ordonna des levées

viennes prirent également part à la campagne peu glorieuse de l'armée suisse en Bourgogne, et au siège de Huningue. Le Pacte fédéral, juré le 7 août 1815 dans le Grossmunster de Zurich par les 22 cantons suisses, inaugura la période de la Restauration ; celle-ci, qui dura jusqu'en 1830, fut en Argovie aussi une époque de mise sous tutelle du peuple, mais moins dure que dans d'autres cantons parce qu'il n'existait pas de vieille aristocratie. Le gouvernement était donc assez absolu mais sans dureté. L'homme le plus remarquable du gouvernement à côté de Rengger, qui se retira bientôt dans la vie privée, était Johann Herzog, d'Efïîngen (1773-1840), premier bourgmestre dès 1819 et représentant permanent de l'Argovie à la Diète. Le nouveau gouvernement fit tous ses efforts pour relever et affermir le commerce et l'industrie et le bien-être du pays. En 1810, organisation d'une milice cantonale: 1817, ordonnance concernant l'école cantonale : 1823, loi organisant les écoles primaires : création d'une Chambre de commerce ; 1825, concordat monétaire entre les Etats de Berne, Fribourg, Soleure, Bâle, Argovie et Vaud; 1830, transformation du système postal. Sous la pression de la Diète influencée par les grandes puissan-

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ces, l'Argovie édicta le 10 mai 1823 une loi sur la censure. Mais il y eut aussi des hommes qui protestèrent contre cette tutelle, ainsi Henri Zschokke, le poète Abraham-Emmanuel Frohlich, de Brugg (1796-1865), l'avocat Karl-Rud. Tanner, d'Aarau (1794-1849), etc.

Une assemblée d'hommes de confiance, réunie à Lenzbourg le 12 septembre 1830, et plus tard, l'assemblée populaire de YYohlenswil (7 novembre), à laquelle assistèrent 4000 citoyens d'Argovie, demandèrent une nouvelle constitution. Le 2 décembre, le Grand Conseil approuva un décret du Petit Conseil ordonnant la convocation immédiate d'une Constituante, en ajoutant, il est vrai, que toute modification de la constitution devait être approuvée par lui. Cette restriction des droits de la Constituante provoqua une grande indignation parmi le peuple. Le 6 décembre, 6 à 8000 hommes armés se rassemblèrent à Wohlen. Le soir, les rebelles commandés par Heinrich Fischer, membre du Grand Conseil et propriétaire de l'hôtel du Cygne à Merenschwand, entrèrent à Aarau qu'ils occupèrent. Cette armée populaire obtint le 10 décembre une décision du Grand Conseil ordonnant l'élection immédiate de la Constituante, dont les résolutions devaient être soumises sans modifications quelconques à la votation populaire. La Commission se réunit à Aarau le 3 janvier 1831 et désigna Hein-

Écu argovien de 1812.

rien Fischer comme président. La votation populaire eut lieu le 6 mai 1831 et confirma à une grande majorité le projet de constitution qui lui fut soumis. Le Grand Conseil était dorénavant prépondérant. Un nombre important de droits populaires étaient introduits ; libertéde conscience et de la presse, liberté de commerce et d'industrie, égalité devant la loi, droit de pétitionnement et de remontrance, liberté personnelle, admission du public aux délibérations des autorités, réduction de la durée des fonctions, service militaire obligatoire pour tous. La parité confessionnelle fut maintenue et enfin on décida que la constitution devait être revisée par le Grand Conseil dans les 10 années suivantes et soumise à une votation populaire.

Au lieu d'assurer à l'Argovie une période de tranquillité et de progrès, les nouveaux droits du peuple provoquèrent des luttes acharnées, politiques et religieuses, qui, se répercutant au-delà des frontières cantonales, devaient bientôt diviser la Suisse entière en deux camps. Le 17 mars 1832, l'Argovie entra dans le concordat dit des Sept (Siebner Konkordat), en vue de résoudre les questions religieuses. Dans les cantons libéraux, le mot d'ordre était de soumettre l'église à l'Etat. Dans ce but, Berne, Lucerne, Soleure, Bâle-Campagne, Argovie, Thurgovie et Saint-Gall établirent entre eux les 14 articles dits de Baden en vertu desquels l'Argovie introduisit aussi la confirmation des décrets officiels de l'église par l'Etat, retira l'autonomie aux couvents de Mûri, Wettingen, Fahr, Hermetswil, Gnadental et Baden, et les plaça sous l'administration de l'Etat. Enfin le Grand Conseil exigea de tous les prêtres catholiques le serment de fidélité L'agitation commença et se répandit, lorsque l'évêque de Bâle et le pape Grégoire XVI condamnèrent tous deux les Articles de Baden. Le gouvernement mit les troupes de piquet et les plaça sous les ordres du colonel David Zimmerli. Finalement le Grand Conseil menaça de mettre la main sur les revenus de l'évêque ou même de déclarer la séparation du canton du diocèse de Bâle. Le serment de fidélité du clergé

Philippe-Albert Stapl'er.

dut être obtenu de force en novembre 1835 par l'occupation des districts de Mûri et de Bremgarten.

Cependant le terme prescrit pour la revision de la Constitution approchait.

La grande assemblée populaire catholique du 2 février 1840 à Mellingen fut suivie de plusieurs autres, tant réformées que catholiques, jusqu'à ce que le peuple rejetât dans la votation du 5 octobre, la Constitution revisée qui lui fut proposée par le Grand Conseil, compromis entre les exigences des deux partis.

De nouvelles assemblées populaires, entre autres la plus importante celle de Baden du 29 novembre 1840, accrurent encore l'agitation. La votation au sujet du nouveau projet de constitution établi entre temps et qui ne tenait plus compte de la parité confessionnelle pour le Grand Conseil, eut lieu le 5 janvier 1841. La 4me constitution du canton d'Argovie ayant été adoptée par 16 000 voix contre 11 500, un soulèvement violent se produisit dans le Freiamt et une rencontre eut lieu près de Villmergen avec les troupes gouvernementales ; les insurgés eurent 7 tués et 13 blessés ; les troupes gouvernementales, 2 gravement blessés; finalement, les insurgés furent dispersés. Les couvents furent rendus moralement responsables des troubles et supprimés par le Grand Conseil, le 13 janvier 1841, sur la proposition du directeur de séminaire, Augustin Keller. Lorsque l'Argovie eut annulé la suppression des couvents de femmes de Baden, Fahr et Gnadental, le 19 juillet 1841, et celle du couvent d'Hermetswil, le 29 août 1843, il se trouva en Diète une petite majorité de 13 voix pour déclarer, le 31 août 1843, que l'affaire des couvents d'Argovie était terminée.

Mais la Suisse resta divisée en deux camps qui se séparèrent encore plus sur la question des Jésuites. Le 29 mai 1844, Augustin Keller proposa au Grand Conseil que le canton d'Argovie exigeât de la Diète l'expulsion des Jésuites du territoire de la Confédération. Le Grand Conseil approuva cette proposition, qui fut repoussée par la Diète le 20 août. Les libéraux lucernois firent appel à la force et cherchèrent à renverser leur gouvernement en deux expéditions de corps francs auxquelles des gens armés d'Argovie

prirent une part importante ; mais elles échouèrent.

Le 4 novembre 1847 éclata la guerre du Sonderbund, pour laquelle l'Argovie mit toutes ses troupes sur pied. L'attaque du Freiamt argovien, entreprise le 12 novembre par le général en chef du Sonderbund. Salis-Soglio, échoua sur tous les points.

Avec la prise de Lucerne, le 24 novembre, la cause fédérale triomphait.

8. Le canton d'Arpovle depuis 1848. — Après l'introduction de l'Etat fédératif par la Constitution fédérale de 1848, les constitutions cantonales durent être mises en harmonie avec la nouvelle confédération. En Argovie, un premier projet fut rejeté le 13 octobre 1850, un second le 18 mai 1851 et un troisiè- Vne le 20 juillet 1851, enfin le quatrième fut adopté dans la votation populaire du 22 février 1852 par 22 753

Portrait d'Augustin Keller.

1) après une photographie.

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voix7'contre 4064. Par cette constitution, la durée des fonctions publiques fut abaissée de 'i à 4 ans, e1 le nus électoral supprimé ; le peuple obtint le droit de

dissolution du Grand Conseil ; le droit d'initiative pour la modification des lois et l'introduction de cours d'assises. La parité confessionnelle fut maintenue dans le gouvernement et le tribunal cantonal ; mais Je nombre des membres de ces deux magistratures furent réduit de deux. Les années suivantes furent calmes, sauf l'affaire de Neuchâtel qui occasionna au début de 1857 la mobilisation des troupes fédérales, sous les ordres du général Dufour. Par suite Le général Hans Herzog, du déploiement de l'ar- .1 après une photographie de 1870. mée fédérale le long du

Rhin, de grandes masses de troupes entrèrent dans l'Argovie : la 4e division sous les ordres du colonel Kurz, de Berne, était campée de Rheinfelden à l'embouchure de l'Aar avec son quartier général à Frick ; la lre division, sous les ordres du colonel Veillon, de Lausanne, avait son aile gauche dans le district de Zurzach.

En vertu de la Constitution de 1852, la question d'une revision éventuelle de la Constitution devait être soumise en 1862 au peuple Les propositions du Grand Conseil furent adoptées le 6 avril 1863. Les principales innovations étaient les suivantes : l'élection directe des pasteurs parles paroisses ; l'Etat contribue pour une part aux frais d'assistance publique des communes ; le Grand Conseil ou 6000 citoyens peuvent en tout temps exiger une revision totale ou partielle de la Constitution. Une seconde votation, le 15 décembre 1863, étendit encore les droits du peuple en lui accordant le droit de veto contre des décisions légales du Grand Conseil ou des décisions dont les conséquences financières dépassaient un million (référendum financier facultatif)- De plus, les prescriptions en matière d'impôt étaient modifiées et la représentation dans le Grand Conseil fixée à un député pour 1100 habitants ou fraction de plus de 550 Parmi les hommes remarquables de l'époque, nous citerons outre Augustin Keller, membre du gouvernement de 1856 à 1881, surtout le conseiller d'Etat et colonel Sam. Schwarz (1814-1868), de Mulligen ; Emile Welti (1825- 1899), de Zurzach, conseiller d'Etat de 1856 à 1866, puis conseiller fédéral, successeur de Frey-Hérosé ; le conseiller national Feer-Herzog (1820-1880), d'Aarau, et le poète Jak. Frey (1824-1875), de Gontenswil.

Les droits populaires furent progressivement étendus : en 1869 élection des ammanns et des juges de districts par le peuple et en 1870 introduction du référendum obligatoire pour la promulgation de lois et de l'initiative législative. Lorsqu'éclata la guerre franco-allemande en juillet 1870, l'Argovie fournit 5 bataillons de fusiliers, 3 compagnies de chasseurs, 2 compagnies de cavalerie, une batterie de campagne, 4 compagnies de sapeurs et du génie et un train de parc. L'Assemblée fédérale nomma commandant en chef de l'armée fédérale le colonel d'artillerie Hans Herzog (1819-1894), d'Aarau, petitfils du bourgmestre Joh. Herzog, d'Effingen. Lors de l'internement des Français sur le territoire suisse, l'Argovie eut à hospitaliser 8612 internés. A partir de ce moment, les troupes d'Argovie n'ont plus fait de service actif jusqu'au moment où la mobilisation générale de toute l'armée fédérale, le 1er août 1914, les appela, elles aussi, sous les drapeaux.

Le Kulturkampf des années 1870 provoqua des luttes graves dans le domaine religieux. Lorsque l'évêque de Bâle, Eugène Lâchât, se déclara partisan du dogme de l'infaillibilité du pape, les gouvernements de Berne, Soleure, Bâle-Campagne, d'Argovie et de Thurgovie défendirent la publication du nouveau dogme et soutinrent

les prêtree catholiques qui ne voulaient pas admettre l'infaillibilité. L'évêque résista et ne fut plus reconnu par les autorités cantonales. En mars 1874, l'Argovie se retira du diocèse. Le 1er septembre 1884, le Conseil fédéral obtint du pape la nomination d'un évêque reconnu par le gouvernement de notre pays. Les décisions du Concile du Vatican de juillet 1870 eurent comme conséquences la création de l'église chrétienne catholique ou vieille catholique. En 1876, un évêché de cette église fut institué pour la Suisse ; le premier évêque, Ed. Herzog, prêta serment à Rheinfelden le 8 septembre.

En 1883, la révision totale de la Constitution fut décidée et le projet élaboré par la Constituante approuvé par le peuple, le 7 juin 1886, par 20 038 voix contre 13 766. Les points principaux de cette sixième constitution sont les suivants : vote obligatoire ; facilités introduites dans l'exercice du droit d'initiative qui n'exige plus que 5000 citoyens au lieu de 6000 ; le Grand Conseil est autorisé à percevoir un demi-impôt d'Etat ; réduction du nombre des membres du Conseil d'Etat à 5 membres ; suppression définitive de la parité dans l'idée qu'une représentation au gouvernement doit être assurée à la minorité politique, l'enseignement primaire est obligatoire et gratuit. Les affaires ecclésiastiques sont abandonnées aux synodes des différentes confessions, mais sous le contrôle de l'Etat. Le 7 juin 1903, l'élection des conseillers d'Etat et aux Etats par le peuple fut introduite, et en 1905 les communes dites de référendum (c'est-à-dire des assemblées communales, dans lesquelles avant une votation cantonale les citoyens devaient être éclairés sur la question) supprimées. En 1903, )e canton d'Argovie célébra par des fêtes brillantes le souvenir de ses cent ans d'existence.

Les hommes remarquables de la dernière période sont, outre le général Hans Herzog, le colonel Emile Rothpletz (1824-1897), d'Aarau, le conseiller aux Etats et colonel Olivier Zschokke (1826-1898), d'Aarau, le conseiller aux Etats Joh. Haberstich (1823-1890), d'Entfelden, le colonel Aug. Rudolf (1834-1899), de Rietheim, le colonel Ara. Kiinzli (1834-1908), de Riken, le conseiller national Erwin Kurz (1846-1901), d'Aarau, le peintre Ad. Stàbli (1842-1901), de Brugg, le conseiller fédéral Edm. Schulthess (* en 1868), de Villnachern, le juge fédéral Alb. Ursprung (* 1862). d'Ueken et Zurzach.

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