ALERTE
des villages actuels, et Ferd. Keller a pensé avec raison que, dans le voisinage de tous nos anciens villages, il existe des cimetières des habitants primitifs : Germains, Alémannes et Burgondes, dont les uns sont déjà connus, les autres restent à découvrir. Ces cimetières ont livré un si riche mobilier que nous pouvons nous faire une image exacte de l'armement, du costume et de la parure des Alémannes. 11 est même possible de déterminer, d'une façon approximative, l'évolution des types et d'en fixer la chronologie. Les guerriers ne portaient point de casque de métal (du moins il n'en a pas encore été découvert chez nous), mais étaient armés de l'épée (spatha) avec fourreau, souvent orné de rivets; du long couteau (scramasax), souvent aussi avec fourreau ; du couteau court, de la lance et de la pointe de flèche, plus rarement de la hache de guerre, du javelot et du bouclier de bois avec de forts uiiîbos. Les sandales et les ceintures étaient ornées de boucles de fer- damasquinées d'argent (celles-ci seulement à partir du VIIe s.), ou encore de boucles de bronze ciselé. Les objets de parure communs aux deux sexes étaient des fibules; d'abord elles apparaissent, sous l'influence galloromaine, munies du porte-agrafe ordinaire et de rayons; plus tard, les fibules à disque, souvent plaquées d'or, ou pourvues de cabochons. Les femmes se paraient de colliers en perles de verre, d'émail et d'ambre ; elles avaient souvent des aumonières ornées de plaques de bronze ajourées; on a retrouvé à maintes reprises des boucles d'oreilles d'un très beau travail, de lourds pendentifs et des appliques élégamment ornés. Des épingles à cheveux, souvent joliment ciselées, ont leur extrémité supérieure terminée en forme de tête d'oiseau, avec des pierres ordinairement rouges, ou du corail incrusté, pour figurer les yeux. Hommes et femmes portent de lourds bracelets, qui se terminent fréquemment en tête de serpent. Les tombes d'enfants renferment souvent un riche mobilier funéraire. Un des plus riches cimetières, où l'on a trouvé aussi des bijoux en or, est celui à Beringen (Schalfhouse). Des ustensiles domestiques sont aussi fréquemment déposés dans le tombeau mais la céramique est rare, ce qui fait supposer que l'on se servait surtout de vases de bois. La poterie trahit par ses formes une certaine influence gallo-romaine. A partir du milieu «lu VIe s., l'influence mérovingienne se fait sentir, surtout dans l'ornementation ; l'influence chrétienne n'est pas absente non plus. Au Sud du Rhin, lestrouvaillessontgénéralement plus pauvres qu'au Nord. — L. Schmidt : Allg. Geschichte der german. Yôlker bis zurMitte des ô.Jahrh., avec Bibliographie. — Kaufmann: Deutsche Altertumskunde, 1913. 1, 409. — Œclisli : Zur Niederlassung der Bwrgv/nder und der Alamunnen in der Scliweiz. (JSG 33, '223;. — P.-E. Martin : Etudes critiques sur la Suisse à l'époque mérovingienne 534-115, 1910. — Tourneur-Aumont : Etudes de cartographie hist. sur l'Alémanie, Paris 1918. — Barrière-Fleury : Les arts industriels des peuples barbares de la Gaule, 1901. — Hoops' Reallexikon der german. Alierlum.sk., art. Alemannen et Atemunnische Funde.. — Meyer von Knonau : Alemanrasche D^nkmdler in dbnr Sc/iR'eiî(danslesA1.4GZ18,3"cah.,19,3»cah.). — E.Brenner : Stand der Forschung iiber die Kultur der Merowingerzeit (dans le .1 B Rom.-Germ. Komm. itft.1912, 253-350). — La Lex Alamannorum a été publiée par Joli. Merkel dans les Mon. Germ. hist. Leges III. et dans une nouvelle édition critique par K. Lehmann dans Mon. Germ. hist. Leg. section I, t. V (18*8), 21-33. — Des recherches anthropologiques ont été entreprises par le D1 Schvverz qui a publié différentes monographies sur ce sujet.
Légende de la planche 166: FOUILLES ALÉMANNIQUES A GBERBUCHSITEN(SOLEURE). (Objets rassemblés comme exemples de types alémanniques des VII-IXts siècles). — N° 1-7. Céramique alémanno-franque, en général rare dans ce dépôt parce que la population d'alors se servait plutôt d'ustensiles de bois. Dans les n,,s 2-3, l'influence romaine est très reconnaissable. — N<"8-10. Longue épée dite Spatha ; les nos 8-9 avec plaque de garde et pommeau ; le n" 10 est encore dans le type de la Tène. Longueur ordinaire 90 cm. Les fourreaux sont la plupart en bois, les bords tenus par des lamelles de bronze; occasionnellement, le fourreau est orné de clous de bronze. — .Y > 11-23. Long couteau dit Scramasax, souvent avec poignée proportionnellement longue permettant d'employer les deux mains. Avec et
sans gouttière visible, n° 22, celle-ci pour mieux tenir la lame dans le fourreau. Longueur moyenne 60 cm. Le scramasax est l'arme des VIIe et VIIIe siècles. — Nos 24- 31. Pointes de lances en fer. A remarquer' la variété des formes. Les plus élancées sont les plus modernes. — N° 32. Umbo, en fer, type exclusivement germanique. Nos 33-34. Perçoirs en fer portatifs. Voir Besson, An Barbare, 183, fig. 124. — Nos 35-44. Plaques et ornements de ceinture, boucles de ceinture et de sandale. Le n° 35, en fer, est un exemple typique d'incrustation d'argent. Il faut probablement attribuer une oiigine orienta e à l'art de l'incrustation germanique, qui déjà au VIIe siècle dénote des inlluences orientales. Le n° 40 est un bon exemplaire de ceinture en bronze. — N° 45. Plaque d'aumonière en bronze, parure féminine typique chez les Alémannes. Ce disque orné se rencontre peu avant l'an 600. Voir l.indenschmiit : Handbuch der deutsc/ten Alt. I tabl. XXVII. — N"s 46-47. Bracelets de 1er et de bronze. — Nos 48-49. Colliers de femme, composés la plupart du temps chez les Alémannes de petites perles de verre, monochromes ou polychromes, ou d'ambre, de formes très variées. — N°s 50-52. Pendentifs, foi niés très souvent de monnaies romaines ou mérovingiennes, qui fournissent un point de repère chronologique. — N0' 53-5*. Anneaux de bronze d'un usage inconnu. Garniture ? — N05 55-57. Briquet. Le n° 55 est en acier, les nos 56-57 en silex.
Nous devons ces photographies à l'amabilité de M. le Dr Viollier, vice-directeur du Musée national. [Tatarinoff.]
A LÉ M ANNIE (DUCHÉ D'). Voir Souabe (duché de).
ALENÇON ou ALENCONIO, PHILIPPE u', * le 15 août 1397, cardinal et évêque d'Ostie. Il fut envoyé par le pape Urbain VI, en qualité de légat, auprès de différents peuples et princes, et séjourna pendant un certain temps de l'année 1387 dans la Confédération suisse, à Lucerne, Zurich, Bàle, etc. Il délivra des indulgences et accorda des privilèges.— Voir Gfr. : Registre, et Helvetia. [P. X.W.]
ALERMET. Voir Brogny, de.
ALERTE ila grande). L'un des principaux objectifs de la politique de Berne, au milieu du XVIIe s., fut d'assurer définitivement sa domination sur le pays de Vaud, qu'il avait enlevé en 1536 au duc Charles III de Savoie et que les héritiers de ce dernier n'avaient jamais renoncé à reconquérir. Ses voisins, tantôt adversaires et tantôt amis, le savaient et s'en servaient comme d'un efficace moyen de pression. C'est ainsi qu'on voit en 1649 le duc invoquer à Berne ses droits pour empêcher la conclusion d'un accord avec la Franche Comté espagnole, et le gouvernement bernois craignait à ce moment même que les Français ne rachetassent au duc ses prêt ntions, afin d'avoir sur lui une emprise directe. En 1653, il fut question d'une ent> nte à ce sujet entre le duc de Savoie et les rebelles de l'Entlebuch. L'inquiétude des Bernois fut particulièrement grande en 1655-56, au moment de la guerre de Vilmergen. Berne nomma Wagner gouverneur du pays de Vaud avec mission d'armer les villes du littoral et de requérir l'appui de Genève, en \ue d'une agression des troupes savoyardes massées dans le Chablais, et auxquelles des troupes valaisannes et fribourgeoises devaient tendre la main. Des mesures de défense rigoureuses furent prises à Lausanne en janvier, et le 14 février suivant encore, la ville envoya un député à Genève chercher un technicien capable de fortifier la cité. L'alerte fut grande, mais n'eut cependant pas de suite. Le 1er juin 1658, Berne se crut c> mplètement rassurée, à la suite du renouvellement de l'alliance avec la France qui lui garantissait la possession du pays de Vaud. Mais cette joie fut de courte durée. La France (alliée de la Savoie) et l'Espagne (qui possédait la Franche Comté), entre lesquelles oscillait la politique des Ligues suisses, signèrent en novembre 1659 la paix des Pyrénées, et l'on craignit fort, dans les cantons évangéliques, que ce ne fût au détriment de Genève et du pays de Vaud. Ce fut la « grande alerte » dont parlent les correspondances du temps. Berne leva dans le pays de Vaud une contribution de guerre et renforça, au printemps de 1660, toutes les garnisons du littoral, entre autres à Lausanne, et surtout à Vevey que l'on disait secrètement gagnée au duc de Savoie. Les cantons évangéliques décidèrent le 27 avril d'envoyer du renfort à Genève et sur les bords du Léman. Des déclarations formelles de l'ambassadeur fran-