‹ Dictionnaire historique & biographique de la Suisse (volume 2)Chapitre 83 sur 329 · ALDER · texte numérisé non relu

ALDER

ALDRINGEN

li magne au chapitre do I irossmunster. — Voir J -H. Ilottinger: Schola Tigw ht. Carolina, p 19. - Martin Gerbert : lier Alemannieum, Samt-Blaise, 1773. p. 53. — Schinz :

Veber munir litlerarmchr l)i>n Inutile der Garuling. M<> narchen lu Zurich dans Schweiz. Muséum, 1790. X' cahier, [>. 729. — Bahn: Dos Psalterium Aureum vonSanct Gallen, 1878, p. 7. — Vôgelin : Ailes /une/, [. p. 309. — Franz Steflens : Lateinische Palâographie, pi. 4(ict 17. C B.l ALDER. Famille des cantons d Appenzell, de Berne el de Zurich.

A. Canton d'Appenzell. I'"amille appenzelloi.se très répandue dans les communes des Rhodes-Extérieures qui apparaît pour la première fois en 1501. Elle a donné (les membres aux autorités communales de Urnàscli. Sehonetiarand et Schwellbrunn ainsi (|ue toute une série de membres du gouvernement des Rhodes-Extérieures. Le nom vient peut-être de Alt-heri, ancien prénom — 1. Pierre, de Urnàscli, * 1605, vice-landammann 1648. — 2. Le plus connu est Jean, maître d'école à llérisau aux XVIl'-XVHI» 8. Il fit paraître en 1701, à Saint-Gall, un Nachtma/il-llïtehlein und bil/lisclte Fragstucklein qui eut 20 éditions en 4 ans. Cet ouvrage, accueilli de la façon la plus louangeuse par le clergé protestant de la Suisse orientale, fut exalté en vers par un pasteur de Coire. Mais Aider devint suspect de magie à propos d'écrits anabaptistes et d'alchimie; il entra en conllit avec l'autorité et, en 1715, fut puni corps et biens. Il dut résigner ses fonctions d'instituteur et mourut en 1753 à Schviânberg près llérisau. indigent et proscrit. L'assertion de Leu qu'il avait été expulsé du pays est inexacte. Aider laissa beaucoup de manuscrits historiques, religieux et politiques qui témoignent d'une activité incessante, d'une grande érudition et d'une intelligence claire. — 3. Jean-Henri, de Waldstatt, * 1749, banneret, 1798. — 4. Jean-Jacqups, de Hérisau, * 1810, trésorier du canton 1859. — 5. Frédéric de Urnàscli, * 1847, Conseiller d'Etat 1894. - 6. Albert, * 12 octobre 1888, subit en 1914 ses examens de médecine à Zurich, et présenta sa thèse en 1915 : Elaitjten-Spital-Erfahrungen ans Dimotika (Biilgarisch-Tùrkisrher Krieg i9 12-1913). Leipzig 1915. Depuis 1918 médecinchef à la Policlinique de l'Université de Zurich.— Gottl. Biichler : Gesch. t'es Geschlechtes der Aider (Mns à la Bibl. cant. de Trogen). — Joh.-Konr. Schàfer: Malerialien zn einer vaterlund. Chronik, 3e année, Hérisau 1811. — Gabr.Walser: Appenzrtler Chronik. [OrM. et G.W.]

B. Canton de Berne. — Cosmas (en lat. AldERINOS). Musicien et compositeur dont l'origine et la formation professionnelle sont inconnues II est probablement identique à un Cosman que les chanoines de Saint-Vincent de Herne prirent « de nouveau » le 6 avril 1524 en qualité de chantre. Après l'introduction de la Réforme, le conseil le nomma greffier du conseil des constructions (Bauherren), poste qu'il conserva jusqu'à sa mort. Il fut aussi greffier de la maison de Frienisberg jusqu'en 1542, puis de l'hôpital du Haut. Plusieurs rentiers portent sa signature avec son paraphe. Aider devint en 1538 membre du Grand Conseil. Il est un des auteurs de Ylnterlaknerlied, dont se plaignirent les Unterwaldiens, et fut pour cela puni d'une amende de 10 florins. Il mourut le 7 novembre 1550. Jean Haller dit dans sa chronique de l'année 1550 : « En automne de cette année, le 7 novembre, mourut de la peste Cosman Aider, excellent musicien et compositeur. » Aider fut marié deux fois : sa première femme, Barbara von Hofen, lui donna 6 filles de 1531 à 1539 ; de la seconde, Barbara Schwàgler, il n'eut point d'enfant II appartenait à l'abbaye du Lion d'or. L'artiste R. Mùnger lui a consacré un des panneaux de la frise dans le local de l'abbaye, et l'a représenté dirigeant un groupe de chanteurs et de musiciens. Les œuvres musicales de Aider ont été inventoriées et appréciées par Adolf Thûrlingset E. Rernoulli. Ce dernier a édité une composition d'Aider pour l'épitaphe en vers de Henri Lupulus sur la mort de Zwingli (Zwingliana II, 136-144); Tliurlings a publié, à la suite d'une notice biographique sur Aider dans la même revue (II, 219 s.), une bibliographie de ses compositions. — Voir Thurlings' dans Vierteljahrschrifl Musik. Wiss. 1892, n» 3. - NBT II, 1>>97 et 1898. - Un Conrad Aider, * avant 1530, puni en 1547 comme étudiant pour ses opinions luthériennes, desser-

vit la maladière (Siechenhans de Reine 1548, diacre à Berthoud 1550, pasteur à Grafenried 1552, à Limpach 1555, f 1596, était probablement Mis de Cosmas. — GÉdéon, le fils de ce dernier, l'ut proviseur à Berne, pasleur à Sumiswald 1587, à Limpach 1596, Biglen 1601, AVohlen 1610. Il mourut en 1626. [A. l'.J

C. Canton de Zurich. Ai.iii-.u (autrefois aussi Ai.DErer). Vieille famille bourgeoise de Kusnacht (Zurich) où elle compte encore beaucoup 'M- représentants. Originaire probablement du canton d Appenzell, où elle est citée avant 1400; elle apparat! à Zollikon, prés Kusnacht, en 1469 Elle s'éteignit à /.oll ikon en 1611 avec Nicolas. maie avant 1500 déjà un rameau s'était fixé à Kusnacht. Agriculteurs pour la plupart, les Aider ne Be -ont pas répandus beaucoup en dehors de Kusnacht. A mentionner:—!. Nicolas, dé Ktftnacht, prend pari en 1513 à l'expédition en Haute-Bourgogne ; à la bataille de Marignan en 1515. En 1532, il est curateur des enfants du commandeur Conrad Schmid, tombé l'année précédente à Cappel ; en I560, il paraît comme amodiateur d'une partie de la dîme du couvent de Kusnacht. — 2. Ulrich, eperonnier de Kusnacht, acquit le 27 juillet 1603 la bourgeoisie de la ville de Zurich (AE Zurich ; Bûrgerbuch II. p. 35). Il est porteur ile^ armoiries suivantes indiquées dans le Geschlechterbuch I. p. 109, de Dûrsteler: de gueules à une banderole d'argent, accompagnée en chef de trois étoiles d'or et en pointe d'une fleur de lys au pied nourri du même sur un mont à trois coupeaux de sinoplc. Une branche de Zurich perte à tort, depuis 1861. de gueules à l'aigle d'or (voir J. Egli : Ausgestorbener Adel von Stadt und Landsch. Zurich, 1H65, suppl. I). — 3. Jean-Henri, de Kusnacht. fourrier en 1607 dans l'année impériale du général comte Gallas. 4. Jean-Henri, de Kusnacht, cordonnier, acquit en 1630 la bourgeoisie de Danzig. — 5. JoscÉ, de Kusnacht, mourut caporal en 1647 au service espagnol devant Barcelone. — 6. Jacques, commissaire viticole du canton de Zurich, * 22 mai 1848, f 24 déc. 1910 à Kusnacht. Fils d'un paysan, il suivit les écoles primaires et secondaires de son village, étudia les langues dans divers instituts de la Suisse, puis reprit la profession de son père en se spécialisant dans la culture de la vigne ; il acquit ainsi la réputation d'un vigneron modèle. Aussi le Conseil d'Etat zuricois le nomma-t-il, le 21 juin 1890, commissaire cantonal viticole, fonction qu'il remplit jusqu'à sa mort. Dans son village. Aider rendit des services comme membre de l'assistance et du Conseil de commune. Il était aussi capitaine d'infanterie depuis 1879. — Voir ZWChr. 1911, p. 5, avec portrait. — A7ZZ1911, n°2du 2 janvier. — Zùrichseezeitung 1910, n» 151 du 31 décembre 1910. [J- Krick et D. Fret/.]

ALDINGER, Zacharie, * 1806 à Dôrzbach (Wurtemberg), agent provocateur. En lfc34, il s'établit à Berne, soi-disant réfugié politique ; mais il est expulsé à cause de son passé douteux, et se rend à Zurich, où il joue un rôle dans la « Jeune Allemagne » sous le nom de baron Eyb. Dans une réunion du club, en 1836, il proposa d'entrer avec armes en Allemagne. Arrêté avec ses collègues, il fut retenu après l'expulsion de ses collègues à la suite d'une plainte de la famille Eyb dont il avait emprunté le nom. Sa situation s'aggrava du fait que le ministre autrichien, comte Bombelles, lui avait donné un faux passeport. Aldinger avait entretenu probablement aussi des relations avec la Légation de Prusse. Malgré le soupvon d'avoir pris part à l'assassinat de l'espion Lessing, qu'Aldinger avait connu à Berne, le procureur général ne put cependant le traduire en justice parce que son alibi présentait une grande vraisemblance. Par contre, il fut condaiiiné en avril 1837 à une année de prison et au bannissemeni pour falsification de documentspublics, appropriation de noms de famille et désobéissance aux lois. Après sa délention il se rendit à FYancfort »/M. où il subit la prison civile. Le reste de son existence est ignoré. — Voir J. Schauberg : Lessing, etc. 1837. — H. Schmidt : Die deulschen Flùchllinge in der Schweiz und die rrsie deutsche Arbeiterbewegunq 1833-36. p. 78 s. [Dr Félix Berchiold.] ALDRINGEN, Jean de, maréchal, de Thionville,

ALEE

ALEMANNES

* 10 décembre 1588, f 22 juillet 1(53i, entra jeune au service tle l'Espagne et en 1618 au service de l'empire. Lorsque éclata la guerre de succession de Mantoue, 1(529, il conduisit une partie des troupes impériales en Italie par les Grisons, et à la paix de Chierasco, 1631, retourna en Allemagne par le même chemin. En 1632, il est fait comte de l'empire et feld-maréchal. En automne 1633, une armée hispano-milanaise, sous la conduite du duc de Feria, se rendait en Allemagne au moment où le feldmaréchal suédois Horn mettait le siège devant Constance, depuis le territoire suisse neutre, afin de lui interdire l'entrée de la Souahe. Aldringen parvint à joindre son armée à celle de Feria, ce qui obligea Horn à lever le siège. Ces deux armées, environ 25 000 hommes, se retirèrent alors du Bodan sur le Rhin à travers le Hegau et s'approchèrent, le 11 octobre, des \illages frontières schaffhousois; ils s'y installèrent et commencèrent aussitôt à piller, brûler et tuer. Le gouvernement de Schaffhouse demanda aide aux Confédérés et aux Suédois. Zurich envoya dans la ville menacée six compagnies, qui y trouvèrent les délégués d'Aldringen requérant en vain une livraison de pain pour leur armée. Ces délégués furent retenus, mais après une vive correspondance, relâchés. Le 16 octobre, l'armée d'Aldringen partit, pour toucher peu après, de nouveau, au territoire suisse, près de Bâle. De Laufenbourg, le général requit le gouvernement de Bàle d'accorder à ses deux armées passage sur territoire bàlois et des vivres contre paiement. Les Bàlois accordèrent ce qu'ils ne pouvaient empêcher ; leurs députés, parmi lesquels celui qui fut plus tard le bourgmestre Jean-Rodolphe Wettstein, obtinrent au moins que cette troupe prendrait le chemin le plus court, par Augst, et éviterait les excès. Le 18 octobre l'armée d'Aldringen et les deux jours suivants celle de Feria, passèrent les portes de Bâle se rendant en Alsace. La délivrance de Brisach, qui était le but de cette campagne, fut obtenue, mais elle fut suivie d'une retraite désastreuse sur le Danube à la suite de la prise de Landshut par les Suédois. — Voir E. Brohm : Joh. v. Aldringen, Halle, 1882. — H. Hallwich : Gestalten aus Wallensieins Lager II: Joh. Aldringen, Leipzig 1885. — J.-J. Metzger : Die Stellung u. die Gesch. des Kant. Schaffhausen wàhrend des dreissigjiihrig Krieges (dans JSG IX, 1884). — Franz Fàh : Der Durchmarsch der Kaiserlichen 4633 (dans BJ 1890). [Dr Frieda Gallati.]

ALEE ou ALLÉE de I». Voir Leta de.

' ALEGRE, Yves, marquis d', fut un des prétendants à la souveraineté de Neuchàtel en 1707. Il tirait ses droits de François d'Alègre, seigneur de Pressy, second mari de Charlotte de Chàlons, descendante directe de Jean de Chàlons. Il fut évincé, ainsi que les autres prétendants, en faveur du roi de Prusse le 3 novembre 1707, et présenta, le 19 décembre 1712, une protestation au congrès d'Utrecht pour la conservation de ses droits. Alègre fit paraître en 1707 un manifeste intitulé: Mémoire de M. le marquis d'Alègre, pHnce d'Orange, sur la Principauté de Neuf-Chastel et Valangin. — Armoiries : de gueules à une tour carrée d'argent, maçonnée de sable, accostéede six fleurs delys d'or. — Voir S. deChambrier : Description de la mairie de Neuchàtel, p. 517. [L. M.] ALEMAN. Voir Alleman ou Allemann.

ALEMAN, Louis, d'une famille noble du Bugey. * à Arbent, en 1390, f à Salon, le 16 septembre 1450. D'abord chanoine de Lyon, puis abbé de Tournus sur Saône, il fut nommé évêque de Maguelonne en 1418 et employé à Rome par le pape Martin V. Après la mort de l'évêque Jean de Courtecuisse, une minorité du chapitre de Genève lui donna ses sulfrages contre Guy d'Alby, qui obtint la majorité. Le pape annula cette élection et nomma Jean de Brogny, qui consentit à échanger contre l'évêché de Genève, l'archevêché d'Arles, auquel Aleman lui succéda. Gréé cardinal prêtre du titre de Sainte-Cécile en 1426 et vice-camerlingue, il fut député à Sienne pour la tenue du concile qui y avait été transféré de Pavie. Il joua un rôle éminent au concile de Bàle qu'il présida, il s'y opposa à Eugène IV et fit nommer pape Félix V auquel il alla porter la tiare à Ripaille (1439)et qu'il persuada plus tard d'abdiquer pour procurer la paix à l'église. Déposé par Eugène, il fut rétabli dans sa dignité cardinalice par Nicolas V et envoyé comme légat dans la Basse-Allemagne. Des miracles s'étant

produits sur son tombeau, il fut béatifié en 1527. — Cf. : Abrégé de la vie du C. Louis Aleman, cardinal, archevèijue d'Arles, 1716. — Manni (Domen. Mar.): Délia vita e del culta del C. Lodoi'ico Alemanni a Alamanni, card. di s. Chiesa, Florence 1771. — Gabriel l'érouse: Le cardinal Louis Aleman, président du concile de Bàle et la /in du grand schisme, Paris 1905. — Guiehenon : Hist. de Bresse et de Bugey, III, p 4. — Ulysse Chevalier : Bépert. des sources /tist. du moyen ùge. — MDG II, p. 170 et s. — Jaques Lenfant: Hist. de la guerre des Hussites et du concile de Bàle, Amsterdam 1731. LA'bert Choisy.1

ALEMANNES. Confédération dépeuples, en majorité germaniques. Le nom d'Alamanui apparaît pour la première fois en l'an 213 apr. J.-G., lorque l'empereur Caracalla rencontre ces «Barbares » sur les bords du Main ; de rudes combats y furent livrés, à la suite desquels l'empereur prit, avec plus ou moins de raison, le surnom d'Alamannicus. Les Alémannes qui, à cette époque, étaient établis dans la région du Main et qui sont souvent mentionnés chez les auteurs anciens, descendent des Semnones qui en formaient le noyau. Il n'est pas impossible qu'ils aient déjà alors eu contact avec des éléments étrangers, avec des tribus celtiques comme les Helvètes, par exemple, qui ont aussi habité la région du Main, et que ces populations se soient mélangées entre elles. Les Alémannes se nomment eux-mêmes parfois Suebi, Suabi, nom qui, d'après les sources de langue germanique qui nous ont été conservées, s'applique atout le peuple des Alémannes. Le nom d'Alémannes (c'est la graphie exacte) a reçu différentes interprétations ; la définition qu'on en donne généralement est celle d'« un ensemble de diverses tribus » ou, ce qui revient à peu près au même, le nom désigne l'ensemble des membres d'une communauté politique plus vaste par opposition aux tribus qui la composent — ceci dans un sens tout à fait démocratique. Cette puissante communauté n'a, bien entendu, jamais été réunie sous un pouvoir central ; mais elle se divisait en diirérents groupes, parmi lesquels les Brisgaves, les Lentienses, les Bucinobantes, les Rœtobares, les Juthunges ; on cite même jusqu'à 15 «rois» régnant simultanément. Dès le commencement du IIIe siècle de notre ère, les Alémannes commencent à exercer une forte pression sur la frontière de la Germanie supérieure et de la Rhétie. Ce sont eux surtout qui brisent enfin la puissante ceinture de forteresses romaines et passent le Rhin, portant la terreur dans les villes d'Augusta Raurica et d'Aventicum ; leurs bandes pénètrent même jusqu'en Gaule et en Italie, puis disparaissent des annales. Des découvertes archéologiques établissent que dès ce moment, si ce n'est plus tôt, ils se fixent par clans dans certaines parties reculées de la Suisse, et entrent en rapport avec les Gallo-Bomains. Ceux des Alémannes qui sont restés au delà du Rhin déploient une énergie admirable dans leurs luttes continuelles contre les Romains, auxquels ils ne laissent pas de repos, tant ils sont avides de posséder des territoires. En 354, l'empereur Constance est contraint de conclure une paix honteuse avec les deux princes alémannes Gundobad et Vadomar, qui régnent sur la région située en face de Bâle, dans l'angle formé par le Rhin. Bientôt ils sont aussi sur les rives du Bodan et tentent de passer le Rhin et de pousser jusqu'en Rhétie. A la fin du IVe siècle, Rome doit leur abandonner complètement la rive droite du Rhin et se fortifier à nouveau le long du fleuve (voir l'art. Rhin). Les lignes intérieures de la Suisse sont aussi, à cette époque-là, fermées par des forts et des tours de garde. Ces ouvrages de défense ont probablement pour cause immédiate la distinction d'Aventicum parles Alémannesau milieu du IVe s. L'empereur Julien ne rétablit le prestige des armes romaines (bataille d'Argentoratum, 359) que d'une façon éphémère. L'empereur Valentinien I s'avança aussi jusque sur la rive droite du Rhin : c'est probablement à cette occasion que le puète Ausone s'empara de liissula, la gracieuse Alémanne. En 378, Gratien est le dernier général romain (pu pénètre en Alémannie sur la rive droite du Bhin. Il est possi ble que des fractions considérables du peuple aient pénétré dans la Suisse orientale et centrale. Au commencement du Ve s., Stilicon retira ses légions des positions

ALEMANNES

ALEMANNES

qu'elles occupaient sur le lihin, et se borna à défendre la frontière de l'Italie. En 151, le^ Alémannes sont encore cités cou tribus germaniques d'outre-Rhin ». L'énergique généra] romain Aétius (v. ce nom) réussi! à asservir temporairement ce peuple redoutable à la politique romaine. Ce n'est qu'après la mort d'Aétius, survenue en 454, que les Alémannes s'établissent de nouveau en grandes masses dans notre pays, pour l'occuper et

L'Alémannie vers 450.

— - — ■—-—-— Frontière de l'Alémannie.

Les flèches divergentes indiquent les directions de l'extension des Alémannes; les flèches

convergentes, les obstacles rencontrés. B = Burgondes : F = Francs ; R = Rhétiens.

pour le germaniser selon leur coutume. Les Alémannes viennent « pour boire l'eau du Rhin sur la rive romaine » (Sidoine Apollinaire). Le Jura, l'Alsace, le Palatinat tombent en leur pouvoir, tandis que dans les Alpes ils n'avancent que lentement et sporadiquement. Entre eux et la tribu des Juthunges, qui leur est apparentée, et à qui, par la suite, le nom de Suebi = Souabes, s'appliquera spécialement, se nouent de nouveau des rapports plus intimes. Par les passages des Alpes, et principalement par ceux des Grisons, ils s'avancent en Italie. Ils ne semblent guère s'être laissés intimider, quoiqu'une de leurs bandes ait éprouvé encore une fois la force des

armes romaines aux Campi Canini, près de llellin/.one. Ils reprirent aussi la région du Main, après la défaite des Hurgondes par Aétius. C'est dans la seconde moitié du V»8. que les Alémannes déploient en libres liermains leur plus grande puissance. Mais l'éparpillement de leurs forces, conséquence inévitable de leurs incessantes expéditions de pillage, aussi bien que leur irréductible individualisme, les empêchèrent de se constituer en un Etat organisé. Non seulement ils sont forcés de se retirer devant les Burgondes venus de l'Ouest, et de leur abandonner momentanément toute la Suisse occidentale et centrale, mais encore une troupe des leurs qui s'était dii-rs le N'.-O. pour faire une incursion dans le royaume franc, est vaincue en 496 (ou un peu plus tard) par le roi Clovis. Ces agresseurs, ainsi que leurs compatriotes restés chez eux, perdent leur indépendance, absorbés par l'organisation supérieure de l'Etat franc. Les groupes du Sud, les Alémannes fixes en Suisse, sont probablement restés tout à fait étrangers à cette expédition ; quoiqu'il en soit, lorsque les Francs firent plus tard une tentative pour les asservir, ils trouvèrent protection, eux et les fugitifs d'autres tribus alémanniques, auprès de Théodoric, roi des Ostrogolhs.

Vers 507 a lieu un partage temporaire du domaine alémannique entre les trois puissances voisines : le royaume des Ostrogoths (les deux Rhéties), les Burgondes (l'ancienne Maxima Sequanorum) et le royaume des Francs (l'Alsace et la rive droite du Hhin) ; dès lors, les Alémannes de la rive droite du Rhin sont appelés Souabes, tandis que ceux qui se rattachent aux royaumes des Ostrogoths et des Burgondes gardent le nom d'Alémannes. Théodoric réussit à étendre temporairement son pouvoir sur la fraction burgonde de ce peuple, mais lorsqu'il meurt en 526, et que son empire en Italie est lui-même ébranlé, les Alémannes de Suisse, et spécialement l'ancienne Civitas Helvetiorum, tombent sous la domination du roi mérovingien Théodebert (538) auquel ils doivent le service des armes, et dont ils doivent accepter des chefs politiques. Nous ne possédons aucun témoignage écrit des rudes combats qui furent alors livrés. Lors des partages ultérieurs, qui ranimèrent le sentiment de solidarité entre les tribus alémanniques. l'Alémannie occidentale est réunie à la Rourgogne, celle de l'Est à l'Austrasie.

Il n'est pas possible de déterminer avec précision la frontière très flottante qui séparait ces deux Etats. L'Aar tend de plus en plus à former la limite entre la Bourgogne et l'Alémannie; celle-ci s'organise, et forme politiquement l'Argovie et la Thurgovie, et, au point de vue ecclésiastique, l'Evèché de Constance. Au commencement du VIIIe s. apparaît un Gottfrit, comme duc des Alémannes, qui soutient énergiquement vis-à-vis du maire du palais franc Pépin d'Héristal, les prétentions de son peuple à l'indépendance. Ce n'est qu'en 730, après la mort de Gottfrit, que Charles Martel met fin à l'indépendance du duché d'Alémannie ; lorsque, plus tard, surgissent

ALÉMANNES

ALEMANNES

ici ou là des ducs, ils sont considérés comme des usurpateurs. Sous le roi Pépin le Bref, l'autorité légitime est exercée dans le pays par deux gouverneurs comtaux. A l'époque carolingienne, les Alémannes sont de loyaux sujets de l'empire franc.

Nous manquons de renseignements sur les institutions juridiques primitives des Alémannes.

Leur plus ancien code est postérieur à l'an 496. C'estle Pactus Alamannnnim, qui semble n'avoir pas été écrit avant le milieu du VIe s. Plus tard, entre 613 et 622, apparaît la LexAlamannorum a Ulotario constilnla, qui est visiblement influencée par le droit franc, quoique d'anciennes conceptions juridiques, notamment au sujet du « prix du sang » (Wergeld), s'y fassent encore jour. Si les Alémannes arrivés en masse au milieu du V1' s. étaient encore païens, s'ils révéraient les anciennes divinités germaniques, en particulier Ziu. que quelques auteurs identifient avec regnator omnium deus de Tacite, et se livraient aux mêmes pratiques religieuses que les autres Germains, cependant, au commencement du VIIe s., au temps du missionnaire Colomban, ces farouches populations ne peuvent se soustraire à la forte influence chrétienne des Francs.

La Lex Alamannorum fixe l'organisation de l'Eglise ; les organes ecclésiastiques y sont placés à la tête de l'échelle de compensation (Wergeld). A cette époque existent d'une façon certaine les évêchés de Strasbourg, Bâle, Constance et Coire. La situation de l'Eglise est telle que l'on doit considérer comme très désavantageux de ne pas s'y rattacher, ou de ne pas se conformer à ses préceptes (Meyer von Knonau). 11 est cerlain que le christianisme mit longtemps pour s'implanter profondément. On peut cependant remarquer que les groupes venus les premiers s'étaient déjà convertis au contact de leur entourage, ou tout au moins se considéraient comme christianisés, lorsque la grande masse suivit leur exemple.

Il ne peut guère être question d'une civilisation propre et typique des Alémannes, en raison de la dissémination de ce peuple et de son contact avec des civilisations étrangères. Ils fuyaient le séjour des villes; mais n'ont pas anéanti tout ce qu'ils ont trouvé sur notre sol. Cependant ils ont certainement aussi colonisé d'une manière pacifique, et tiré parti pour leur usage des biens existants, des habitations, des champs, des pâturages. L'agriculture a été chez eux très anciennement en honneur. Lorsqu'ils habitaient encore la rive droite du Rhin, ils devaient, parfois, ravitailler l'armée romaine. Ils se livraient aussi d'une façon restreinte à l'industrie du métal et au commerce. Au Ier, et peut-être encore au II'- s., ils avaient probablement la coutume de brûler leurs morts, selon l'usage des autres Germains, et de nombreux tumuli explorés en Suisse étaient des hypocaustes contenant le mobilier funéraire des Germains (par exemple à Messen, canton de Soleure).

C'est probablement aux Celtes qu'ils ont emprunté l'usage d'enterrerleurs morts, comme les Gallo-Romains en avaient aussi pris l'habitude. Ils déposent leurs morts en pleine terre, soit dans des cercueilsde bois ou de pierre, soitsim-

L'Alémannie à l'époque de sa plus grande extension, au commencement de la période mérovingienne (environ 550).

Dis s

initiation des Alémannes eu Khétie et dans le Valais.

Frontière de l'Alémannie à l'époque de lapins grande ex tension.

Limite de la poussée burgonde vers l'Est aux dépens des Alémannes.

Frontière orientale de la Bourgogne transjurane au milieu du Vil* siècle.

plement en les entourant de pierres; ils y placent des offrandes plus ou moins riches, parfois rien ; quelques sépultures renferment plusieurs individus inhumés en même temps. Les nécropoles alémanniques du Ve au IXe s. sont nombreuses. Les plus anciennes, notamment dans les cantons de Schalfhouse et de Bâle, et ailleurs encore dans le Nord de notre pays, datent du commencement du VIe s.; au VIL' s. elles deviennent extrêmement nombreuses ; (voir par exemple la carte archéologique de la Suisse orientale, de Keller, et les nombreux rapports sur les résultats des fouilles, parus dans les MAGZ et dans VASA). Ces cimetières sont le plus souvent situés près

Page 1