‹ Dictionnaire historique & biographique de la Suisse (volume 2)Chapitre 98 sur 329 · ALLIES DKS SUISSES (LES · texte numérisé non relu

ALLIES DKS SUISSES (LES

ALLMANN

/•'/. Paris 1912. — Oncken : Gneisenau, Radelzky undder Marschder Hauptarmeedurch dieSchweii nactt Langres dans la Deutsche Zeilsch. fur Geschichlswissensch., vol. 10i E. Schlumberger-Vischer : lier Reichensteiner Hof :ur y.tit iler Alluerten 1SI:I-!:,. Bâle, [W. <K. ksli.J

ALLIÉS DES SUISSES (LES) (ZOGEWANDTE). Les

pays alliés ou Alliés tout court formaient avec les cariions (Orte) proprement dits et les pays sujets ou bailliages, la Confédération suisse, telle qu'elle a existé jusqu'en 1798. Le caractère de ce lien étant très variable, uni' définition du terme Allié n'est pas facile, lui dernière analyse, lis Alliés Boni 1rs membres de la Confédération qui, étant unis par un traité permanenl à I ensemble ou à des parties de l'ancienne Confédération, jouissaient de sa protection et lui devaient leur appui militaire, Pans la liste suivante, qui ne tient |>as compte de I état antérieur à 1531, les noms smit classés d'après le degré de l'alliance : 1. Alliés des Xlll cantons : les Trois Ligues grisonnes, le Valais, l'évêque de Bâle, .Mulhouse (1515-1586), Rottweil (de 1519 jusqu à la Guerre de Trente Ans). 2. Alliés d'un groupe de cantons : le couvent de Saint-Gai 1, la ville de Saint-Gall, l'abbaye d'Engelberg jusqu'en 1018, liienne, Rapperswil, Genève et Neuchâteï-Valangin, Mulhouse depuis 1856. 3. Alliés de cantons isolés : I iersau, de Schwyz ; les barons de Sax, de Zurich ; l'aycrne, la vallée de Moutier de Berne. — Voir: \Y. Œchsli : Orte und Zugewandle dans JSG XIII 1888. [R- Thommen.]

ALLIKON. Voir Al-IKON.

ALLINGES, ci' ou de ALLINGIO. Famille noble du Chablais tirant son nom de la petite ville d'Allinges près Thonon. Elle est connue depuis le X1 s. et posséda la seigneurie de Coudrée depuis l'investiture donnée par Pierre de Savoie à Béatrix, veuve d'Henri d'Allinges. Plusieurs membres de cette famille ont rempli des fonctions publiques à (ienève et dans le Valais où les d'Allinges avaient de riches propriétés, surtout dans le val d'Entremont, à Bourg Saint-Pierre, Liddes et Orsières. Armoiries : de gueules à la croix d'or.

A. Canton de Genève. — Guy ou Guillaume, vidomne et gouverneur du château de l'Isle pour le duc de Savoie de 1278 à 1282. — HUGUES, Jean et Guillaume, chanoines de Genève en 1258, 1304 et 1316. — Ay.mon et Jacqi es prirent part, en février 1309, au compromis entre les citoyens de Genève et leurévêque, Aymon du Quart. — Jean, aurait été syndic de Genève en 1401. Lois delà conquête du Chablais par les Bernois, en 1536, les d'Allinges adoptèrent la foi réformée que plusieurs d'entre eux gardèrent lorsque la plus grande partie des habitants de cette contrée retournèrent au catholicisme; ils habitèrent dès lors souvent Genève où ils possédaient entre autres le château nommé « de Coudrée »

au haut de la rue Verdaine.

- Isaac, *1654, Mis de Bernard, fut le dernier représentant de la branche restée protestante. Les d'Allinges restés catholiques conservèrent de lionnes relations avec Genève; c'est ainsi que Jacques, commandant du régiment de Montferrat, légua, en 1661, 500 écus à l'hôpital de Genève. [C. P.]

B. Canton du Valais. — Rodolphk, vidame du duc de Savoie à Entremont, et Saxon. — WlLLERMUS et Jean,

curés a \ iège en I2!X> et de 1305 à 1315. Dans la première lieu né du XI V >., les terre- des Alliages à Liddes passèrent par mariage i Gérard Borgeys, de Gex. — Loi i-, seigneur de Coudrée, frère de la reine Charlotte de Chypre, lut de 1453 à 1492 chanoine à Sion. H possédait en même temps des canonicats à Lausanne, Genève el Lyon. — I.'- nobles Bernardi d'Allinges, qui pendant les XV'et XVI1 s. étaient ridâmes de Vouvry, s appelèrent dans la suite simplement de AUingio. De cette famille Bernardi, ahas d'Allinges, -ont issus plusieurs abbés de Saint-Maurice. Une branche

Ile famille, dite du lioquis de Vouvrj s établit à

Vincy (Vaud) ver- [600. — Rameau Le Valais historique. [D I 1

C. Canton de Vaud. Le- d'Allinges possédèrent plusieurs seigneurie- dans le Pays de Vaud. Guillaume acquit vers le milieu du XVe s., par -on mariage avec Françoise du Vernay, la coseigneurie de Saint-Martin du Chêne près Yverdon (que Jean vendit en 1514 à Nicod de Cojonay) et la seigneurie de Perroy- François Boniface épousa en (535 Marguerite, tille unique de Louis de Colombier, qui, lui apporta les seigneuries de Colombier, Ariens, Yullierens. Saint-Saphorin, Romane), etc. — Voir Genève AE. — Regeste genevois. — Foras : Armoriai >■! nobiliaire de Savoie. ~ liai. Not. gén. II, 2' éd. — Th. Claparède : / 'm' famille df Savoie oinie de Geruh e. Galiffe : Armoriai genevois. — Baulacre Journal Helvétique, janvier 1747, elOeuvres, XII. p. 122, (ienève. 1857. — Boreld'Hauterive : Annuaire île la noblesse française, 1861. p. 124. — Martignier et deCrousaz: DIIV. Sordel Dict. mns. des familles genevoises. — Gautier: Hist. de Genève II, p. 422, 495; VII, p. 75. — d'Alinge, hroch. extr. du Signal de Genève, 1906. ''- P.]

Au XYP s. vivait à Rolle une famille noble Trolliet, dite d'Allinges. Armoiries : d'azur à la croix à double traverse d'or. - IIFG p. 212. M. H.)

ALLIO. Voir Ai.iio.

4LLM/ENDER. \'oir AN DER ALLMEND.

ALLMANN. (C. Zurich, D. Hinvvil. V. DGS). Dans sa Chronique 11 p. 121 Stumpf distingue déjà VAllman ou Aleman, c'est-à-dire la cliaîne de VAllmann, du mont

La Tauferhohli

Hohlenstein-Baretswil (Hegi : Dos Tôsstal).

I hiinn qui a donné son nom à la chaîne de montagne. Il admet aussi comme indiscutable que ce nom provient des Alémannes. Par contre le VYelschberg du Toggenboure. aurait formé la limite du territoire des Romans. On suppose que la chaîne île I Allmann servait déjà en partie, au temps

ALLMEN

ALLMEND

des Homains, de frontière entre la Rhétieetl'Helvétie. Il est certain que, vers 850, elle séparait le Zurichgau, récemment fondé, delà Thurgovie. Toutefois comme on ne peut guère suivre le nom de la montagne au delà de Stunipf, l'appellation pourrait aussi venir de la ferme Allmaiin située au pied de la sommité de l'Allmann et elle aurait été donnée au sommet et à la chaîne; d'autre part, la ferme tirerait son nom de la famille Alaman que l'on trouve dans le canton de Zurich dès 1300. Dans la langue populaire, le sommet s'appelle aussi Walmen. Au pied de l'Allmann se trouvent les bains très anciens dits Inneres Gyrenbad sur la valeur curative desquels on possède un rapport de 1618. — Une vaste caverne dans l'Allmann, près de Wappenschwil-Baretswil. s'appelle « Hohlenstein » ou « Tàuferhôhle» ; on y a trouvé des traces d'ancienne habitation ; on croit que des anabaptistes s'y seraient réfugiés. (Julius Stjuder : Geschichte der Kirchgem. Bàretswil, p. 73. C'est à tort que Dùrsteler (Geschlechterbuch I, n"72), Bluntschli (Mem. Tig. 17421 et Leu parlent d'un château-fort et d'une famille noble « von Almenberg » dans le comté de Kibourg et lui attribuent des armoiries qui ressemblent beaucoup à celles de la commune de Fehraltorf et à celles des seigneurs « von Almenshofen » près Uonauesehingen ; la famille « von Almensberg » reçue dans la bourgeoisie de Saint-Gall, est originaire d'Almensberg (voir cet article). L'Allmann a donné son nom à l'organe des libéraux (Freisinnigel de l'Oberland zuricois de 1850 à 1870; cet organe s'appelle actuellement der Freisinnige. l'n journal fondé par Guyer-Zeller (1882), le nouvel Allmann, a cessé de paraître en 1915. [H.Mottei.ietF.H.1

ALLMEN, Jean von, 1777-1814, lils d'un tourneur. Autodidacte, il commença d'abord avec son frère Henri à découper des services en bois; mais, en 1810, le bailli d'Interlaken, Thormann, lui apprit à sculpter d'après dessins. Bientôt les deux frères trouvèrent un écoulement facile de leurs produits auprès des voyageurs. Jean mourutdessuites d'un accident. — SKL I, p. 22. - Jean, 1818-1868, sculpteur sur bois, fils d'un menuisier de Lauterbrunnen. Il exerça le métier de son père à Gerzensee, se lixa en 1850 comme sculpteur à Berne et participa, en 1854 et 1856, aux expositions du Turnus suisses. Après avoir été contremaître dans l'entreprise de sculpture Wald à Hofstetten près Thoune, il travailla trois ans à Paris et vint s'établir à Hofstetten où il mourut. — SKL I, p. 23. — Allmen = Allmend (voir 67 I 190). [E. B]

ALLMEND (Biens COMMUNAUX). I. Définition. Ce mot désigne la part du domaine communal restée indivise et provenant de l'antique communauté de territoire, de village ou colongère, en tant qu'elle est exploitée exclusivement ou au moins principalement par les ayantsdroit de la commune et qu'elle n'est pas utilisée, ou ne l'est que passagèrement, pour satisfaire les besoins de cette dernière (voir dans la Bibliographie ci-dessous Miaskowski et Geiser).

II. Noms. L'Allmend se compose de prés, champs, bois, pâturages et cours d'eau ; elle est désignée par les formules suivantes dans les documents latins, pascua, communia. Dans les documents rhétiques, on trouve entre autres ascuis et pascuis, qui répondent à l'italien ascoli e pascoli et probablement à l'allemand Wunn u. H èid. Dans la Suisse allemande, on se sert des formules : mit Grundund Grat, Holz u. Feld, Wunn u. Weid ; allmeind, gemeinmarch, gemeiniverk, Ehaftige, Tribholtz, etc. Dans la Suisse romande on trouve : champois, communes postures, pasquier, communaux, cumenne, etc. Oans la Suisse italienne : ascoli e pascoli, alpe e pascoli commun/, communanza, pascolo commune, etc.

III. Evolution. L'Allmend existe comme institution juridique au Moyeu Age jusqu'à l'époque la plus récente dans toute la Suisse, ainsi que dans les vallées méridionales des Alpes. Partout où des peuplades germaniques s'établirent et où le droit germanique domina (Alémannes en général dans la Suisse allemande, Burgondes dans la Suisse occidentale, probablement Ostrogoths et Lombards dans les Grisons et dans le Tessin), le domaine commun est né des formes de la colonisation et de la vie agricole germanique et peut-être primitivement indoeuropéenne. Il est douteux que des institutions juridiques des populations gauloises (helvétiques) et rhétiques et des institutions romaines (ager publiais/ aient con-

tribué également à la formation de biens communs.

A. Epoque primitive (Ve-Xe siècles). On admet généralement que les familles et les communautés familiales germaniques (centeneries) occupèrent chacune un domaine limité par des frontières naturelles, le cultivèrent et l'exploitèrent. Ce domaine, la « marke » (Mark) formait le fondement économique et juridique de l'association de « marke » Markgenossenschaft, Hundertschaft, Thalgemeinde, conununitasj. La propriété privée était constituée primitivement seulement parla maison rustique et ses dépendances, et aussi par les vergers (latin : virgulla ; français : vergiers, curtilsj et les jardins potagers, (allemand : hanfbunden ; latin: ochiae ; français : ouches, oeches, chenevièresj. Ces parties du domaine sont comprises dans l'enclos du village fÙorfetterj et dans les colonies avec métairies isolées, entourées de clôture ; elles sont à cloz (allemand : eingefriedigt, eingeschlagen ; latin : clausae ; italien : chiosse, chiusej. Dans le voisinage des habitations, le sol cultivable est divisé d'après les règles de la culture à assolement triennal en trois soles (allemand : Zelgen; latin : araturae, zelgae,agriculli et inculti, terrae cultae et incultae ; français : fins, finages, pieds, pièces, dont chacune à tour de rôle reste inculte pendant une année (allemand : brache, français : en jachère, en friche}. Chaque membredelacommunautéavaitdanschaque soleun terrain arable ; les champs étaient morcelés (in Gemenglage) et le droit rural ordonnait à chacun de cultiver dans l'un de ses champs des semis d'automne, dans l'autre des blés de mars tandis que le champ de la troisième sole devait rester en friche. Le fourrage nécessaire pour l'hivernage du bétail était fourni par les prés (Wiesland, Malten, pratumj, etc.

Le reste du territoire de l'association de «marke » en tant qu'il n'était pas revendiqué pour une culture spéciale (par exemple la viticulture), était l'Allmend. De la forêt commune (Allmendwald), les membres de la communauté pouvaient tirer pour leurs besoins les bois de construction, de chauffage et de service et les feuilles sèches pour les litières; ils y menaient les porcs, lorsqu'il y avait des glands et des faînes (Acherum, Eckeril ; pesc/ton, paisson}. Les terres communes découvertes servaient de pâturages pour l'estivage du bétail ; le pâturage commun (Allmendiveide! était agrandi par le fait que les terres en jachère, ainsi que les soles cultivées après la moisson et les prés après les foins étaient livrées au libre parcours, étaient « décloz » (ausgeschlagen, dischiuso1. Le droit à l'utilisation de l'Allmend au point de vue économique et juridique, faisait partie des appartenances nécessaires (légitima, èhaftigej des différents biens de l'association de « marke».

Le défrichement du territoire était continué par les « esserts » permis aux membres de la communauté en tant qu'ils ne portaient pas atteinte aux droits de leurs collègues. Les forets vierges et contrées sauvages, n'appartenant à aucune association de « marke » étaient réputées propriété souveraine du roi ; de là les donations royales de vastes territoires à des couvents ou à d'autres fondations religieuses. Dans la forêt vierge aussi, de nouveaux biens fonciers privés ou communaux fnovale, exsarlum, wilare, Neubruch, Riiti, G'rùt, Schwendi, Schwanil, bifang,infang) pouvaient être obtenus par défrichements ou occupation fcompre/iensiol.

Telle était la situation jusqu'au Xe s. d'après les lois barbares fleges Alamannorum et Burgundionum' et d'après les chartes de l'abbaye de Saint-Gall. Au point de vue économique, la formation de grands domaines ecclésiastiques ou laïques n'amena aucun changement. Les paysans installés dans le domaine gardèrent la jouissance de l'Allmend, même lorsqu'un grand propriétaire foncier avait acquis la plupart des métairies avec les champs et les prés attenants et qu'il les cultivait avec l'aide de serfs ou les faisait cultiver par des censiers libres. L'utilisation de l'Allmend était également nécessaire aux paysans libres et tributaires et aux serfs.

Au point de vue juridique, il est vrai, les propriétaires fonciers ecclésiastiques et laïques s'emparèrent, dans bien des endroits, du droit de disposer de l'Allmend, grâce à la juridiction inférieure (twing und bann, districtus et bannus! et grâce aux immunités dont ils jouissaient ; ainsi les seigneurs devinrent propriétaires directs du domaine commun.

ill'l

ALLMK.M)

ALLMEND

H. I)i X* ai- XVI« siècle, la Formation de grands domaines Be poursuivit; mais les documents, plus nombreux à partir du XIIl' s., prouvent qu'au point de vue économique l'Âllmend est encore exploitée par tous les paysans d'une communauté, qu'ils soient restés en majorité libres, ou que tous ou le plus grand nombre soient devenus cerisiers ou mainmortables. Les différences de classes primitives s'égalisaient dans chaque district juridique,

Tandis que dans le territoire d'une ancienne association de « marke » se forment les pays libres de Schwyz et d'Uri, pour lesquels l'Allmend est la base économique, dans d'autres contrées celle-ci est généralement la propriété de juridictions plus restreintes, de paroisses ou de communautés villageoises, Uerten dans l'un ter wald, Tagwen àGlaris. Horion dans l'Appenzell, liàuerti-n dans l'Obi rland bernois, Bauernzûnfte dans le Valais, pleivs dans la Haute- Engadine, Nachbnrscfia/'len, vicinantiae, vicinanze, etc., dans les Grisons et aussi palriziali dans le Tessin, communes, i/iiarts, fractions dans le canton de Vaud, etc.

Le développement du droit au domaine commun est particulièrement influencé au point de vue économique jusqu'au XVIe s. par l'accroissement de la population. Ce l'ait a les conséquences suivantes :

a) Défense, suivant les besoins des communautés, d'élever des clôtures dans l'Allmend. Les franchises d'Aarberg ( 1271) stipulent, par exemple, de même que celles de lierthoud (1316) que celui qui entourera d'une clôture et soustraira à la communauté un pâturage pourra être traduit devant l'avoyer par un autre bourgeois, obligé de faire enlever la clôture, et condamné à payer une amende au plaignant et à l'avoyer. Au Tessin, l'usage s'établit en maint endroit de permettre, avec une autorisation particulière de la commune (comune ou vicinanza, suivant les cas), d'entourer de clôtures des terrains communs et même de construire dessus. Mais ces bâtiments, moulins, foulerie, moulins à pilons, scieries, pressoirs, etc., sontils pendant un certain temps non utilisés, un autre membre de la communauté peut en prendre possession, contre paiement à l'ancien propriétaire d'une somme, fixée par estimation.

b) L'acquisition de terres communes par une longue occupation était déclarée impossible dans plusieurs coutumes des vallées tessinoises ; de même, par exemple dans le « Coutumier et Plaict général » de Lausanne (1613). Dans d'autres contrées elle était rendue diflicile par une prolongation du terme de la prescription. Dans les «articles » de Naters (1446) un terme de cinquante-six années est prescrit.

c) Par la mise à ban de certaines forêts au moyen d'ordonnances spéciales concernant l'exploitation des forêts et des pâturages, on cherchait à assurer d'une façon durable la productivité de ces terrains et la répartition équitable des produits. Ces ordonnances sont généralement citées dans les >< droits et franchises », établis par les coutumes, les sentences arbitrales etc.

d) L'attribution de parties du domaine commun à des villages ou à des fractions de l'ancienne communauté domaniale est également une conséquence de l'accroissement de la population. Les franchises urbaines accordées, surtout au XIIe et au XIIIe s., par les seigneurs fonciers et les représentants de l'empire furent une cause importante de l'accroissement de la population. Le seigneur foncier ou le souverain qui voulait fonder une ville ou la peupler ou attirer des colons dans un territoire défini (Franchises de l'évêque Imer de Ramstein 1384 pour les Franches- Montagnes; les Walser libres à Davos, etc.) promettait certaines franchises et certains droits. Parmi ces derniers il y avaiten particulier le droit à uneAllmend, désignée par le seigneur. Tandis que dans des villes dépendant uniquement de seigneurs fonciers, comme par exemple à Moudon en 1509 encore, le seigneur proclame hautement son droit de propriété sur le domaine commun, dans d'autres villes celui-ci est donné aux bourgeois qui l'utilisent et en disposent sans restriction. Comme les bourgeois des villes ainsi que les anciens cantons de la Confédération attachaient la plus grande importance à la liberté politique, le droit de jouissance du domaine commun n'était accordé qu'à ceux qui personnellement appartenaient à une bourgeoisie ou à un canton. Avec le développement

de la souveraineté des différents états, cette manière de voir devint si générale, que sous la pression des gouvernai ments elle s imposa partout où des coutumes locales particulières différentes ne pouvaient -être invoquées.

Jusqu'au XVP -. toutefois et au-delà jusque dans les temps modernes, les droits de jouissance du domaine commun ont revêtu des formes très variées. D'après von WyM et Geiser on doit distinguer les formes principales suivantes : 1. Le droit à l'Allmend est attaché à la propriété foncière ; seul celui qui possède une certaine quantité de terre peut prétendre au bois et au pâturage. Cette prétention devient un privilège, qui finalement pourra être acheté ou vendu, en dehors de la propriété foncière. •>. Le droit à l'Allmend est dépendant des foyers qui par là peuvent devenir Ehofttâtten ou Gerechtigkeitgnàtuer imaisons auxquelles un privilège est attaché, etc.); généralement l'appartenance personnelle à la commune est dans ce cas nécessaire. 3. Dans les villes surtout, mais aus~i en maints endroits dans la montagne et parfois dans les pays de plaine le droit à l'Allmend est strictement personnel. Celui qui veut se faire admettre au nombre des ayants droit à l'Allmend, paye une finance d'entrée. Des formes intermédiaires se développèrent ou des formes différentes se maintinrent dans la même contrée, surtout là où l'influence des autorités imposa aux anciennes communautés foncières (Realgemeinde) le devoir d'accorder aussi aux autres membres ou habitants de la commune le droit de jouir des domaines communs.

C. Du XVIe SIÈCLE a LA RÉVOLUTION FRANÇAISE. Les souverainetés nouvellement établies commencèrent à s'attribuer sous différents titres un droit de surveillance de plus en plus strict sur les communes et leurs propriétés (Allmend). Dans bien des endroits, par exemple dans l'évêché de Bâle, l'évêque s'arrogeait des droits régaliens sur les biens communs. Conformément aux nécessités économiques et politiques de l'époque, les souverains usèrent de leur autorité surtout pour restreindre les droits des propriétaires fonciers au profit des membres pauvres de la communauté pour lesquels ils exigeaient l'appartenance personnelle à la commune, telle qu'elle s'était développée dans les villes et dans les cantons libres. Les ordonnances dites de mendicité (décisions des Diètes de Lucerne du 30 mai 1491 . de Bade du 30 septembre 1551 et du 6 juillet 1681, etc.). par lesquelles chaque localité, paroisse et commune était tenue d'entretenir ses pauvres, agirent dans ce sens de façon particulièrement eflicace dans le territoire de l'ancienne Confédération, dans les bailliages et les pays alliés. Avec l'aide des autorités, on employa pour l'assistance publique la fortune représentée par les Allmends, en accordant un droit restreint de pacage et d'affouage à tous les bourgeois de la commune, en distribuant des terrains de culture pris dans le domaine des bourgeois, pour être exploités à vie ou pendant un temps déterminé, par la création de biens des pauvres au moyen des revenus des domaines communs et d'impôts pour les pauvres, etc. Les propriétaires, par contre, qui avaient été en possession de droits privilégiés à l'égard des domaines communs, reçurent en échange certaines étendues de forêts ou de pâturages, qu'ils se partagèrent en maints endroits dès le XVII' siècle, sous forme de propriétés privées, ou qu'ils continuèrent à exploiter comme domaine commun d'un caractère généralement privé.

L'augmentation progressive de la population provoqua dans la bourgeoisie des villes et des campagnes la tendance de ne pas laisser s'étendre le cercle des bourgeois ayant droit à l'Allmend; par l'augmentation des linances d'entrée, on rendit toujours plus difficile aux nouveaux habitants l'obtention du droit de bourgeoisie et partant de la jouissance des domaines communs. D'autre part, de nouvelles formes d'exploitation commencèrent à s'introduire dans l'agriculture : la plus importante fut l'introduction progressive au XVIIIe siècle de l'alfouragement du bétail à l'écurie d'une façon permanente au lieu du pacage dans les domaines communs, les jachères, les prairies privées et les champs après la récolte ; en même temps fut introduite la culture des pommes de terre et de différentes plantes fourragères. L'emploi des méthodes nouvelles de culture provoqua peu à peu la suppression de l'assolement obligatoire, du droit de par-

ALLMK.M)

ALLMKNUINGKN

cours dans les pâturages privés et les champs après la moisson et une exploitation plus intensive des terrains cultivables du domaine commun. Un partage du domaine commun en propriété privée ou tout au moins en jouissance privée s'imposait dorénavant. 1). Epoque i»e la Révolution française. La tendance à

partager l'Allmend dans la seconde moitié du XVUP siècle fut d'abord favorisée par les lois de la Révolution française. La première constitution helvétique, du 12 février 1798, établissait (article 13) qu'aucun immeuble même les biens des corporations et des associations, ne pouvait être déclaré inaliénable. Mais tandis qu'en France et dans les contrées de la Suisse actuelle réunies avant 1798 à la France (partie septentrionale de l'évêché de Bâle) le partage de l'allmend, sous la pression des autorités, avait fait des progrès (peu importants, il est vrai, dans le Jura bernois actuel), une loi française d'avril 1797 (2 prairial an V) défendit la vente ultérieure de biens communs, sans une loi spéciale. En Suisse le partage des biens communs avait d'abord été autorisé par une note du Directoire exécutif adressée en janvier 1798 (15 nivôse an VI) à Mengaud, chargé d'affaires en Suisse; des partages lictifs des domaines communs parmi les bourgeois eurent lieu en plusieurs endroits ; des « sociétés de bourgeois » nouvellement formées continuèrent à exploiter le domaine commun. En juillet 1798 (9 messidor an VI) le Directoire annula l'autorisation de partage, contenue dans la note adressée à Mengaud, pour les territoires réunis à la France. Pour le reste de la Suisse, la loi fédérale du 13 février 1799 (art. 13) établit qu'aucune commune n'était autorisée à partager son domaine commun avant la promulgation de la loi qui devait régler en détail le mode de partage. Les corporations bourgeoises gardèrent leurs biens et les biens des pauvres avec l'obligation d'entretenir les indigents. Les communes devaient admettre chaque citoyen suisse à la jouissance des biens de la corporation et des pauvres, pourvu qu'il payât un certain droit d'entrée dans la commune et établît son domicile dans le domaine communal. La loi du 15 décembre 1800 sur le partage des biens communs et des forêts n'admet au partage que les biens communs « qui sont attribués en partie ou à quelque titre spécial à une propriété privée ou pour lesquels les droits de jouissance sont définis et irrévocablement établis », c'est-à-dire les Allmend des anciennes communautés foncières, par opposition aux biens des communautés bourgeoises personnelles.

La constitution adoptée le 24 octobre 1801 par la Diète helvétique de Berne établit (§23) que la surveillance des biens des églises, des écoles, des communes et des pauvres et l'assistance publique devaient dépendre de chaque canton, mais pour le reste, le § 26 posait à nouveau le principe qu'aucun bien foncier ne pouvait être déclaré inaliénable.

La souveraineté cantonale fut de nouveau renforcée par l'Acte de Médiation (1803); la seconde constitution helvétique du 2 juillet 1802 avait déjà attribué l'administration des communes aux cantons.

E. Depuis la Révolution française, l'organisation des anciens biens communs n'a subi aucun changement essentiel ni général, les mêmes influences continuant à agir. Les biens communs, propriété des corporations, les communes bourgeoises ou mixtes, sont attribués aux différents ménages des ayants-droit, pour être exploités et cultivés pendant un temps plus ou moins long, sauf les forêts et les alpes. Les alpes sont occupées en commun ou affermées au profit des corporations auxquelles elles appartiennent. Le pâturage commun, au sens ancien de pacage d'été de tout le bétail, est devenu inutile, du moins dans la plaine par suite de séjour permanent du bétail à l'écurie, l'exploitation des forêts par les ayants-droit consiste en distributions de lots de bois de chauffage et de bois de service (Gaben, gaubes) ; dans les Grisons et dans le Tessin en particulier, mais autre part aussi, les ayants-droit ont des arbres fruitiers en propriété sur le domaine commun ; dans les communes de Vezio, Mugena, Arosio, Cademario et Aranno (D. de Lugano) 21 000 châtaigniers par exemple sont (d'après Merz : Die Edelkastanic, 191 9 1 propriété privée dans des domaines de patriciens. Dans

le Valais on désignait ces arbres fruitiers, privés, en terre bourgeoise sous le nom « arbres de fer ».

Le canton de Lucerne procéda de la façon la plus radicale et par la loi du 28 juin 1803 il prépara la voie au partage des domaines communs et aussi des biens des communautés personnelles. Selon R. Griiter 12 000 arpents de terrain ont été distribués et défrichés à la suite de cette loi. La loi revisée du 24 mai 1837 a eu pour but de protéger les forêts des corporations contre les dangers du partage. Malgré ces partages les associations corporatives lucernoises possèdent aujourd'hui encore 6210 ha. de terrains et de forêts.

Dans le canton de Berne le domaine des communes bourgeoises et autres est évalué par Geiser pour l'année 1903 à environ 100 millions de francs.

Le code civil suisse du 10 décembre 1907 (art. 59) maintient le droit cantonal pour les sociétés d'Allmends et autres associations semblables ; on trouvera les ordonnances cantonales concernant les Allmends surtout dans les lois d'introduction cantonales du code civil ainsi que dans les lois communales et dans les innombrables règlements des communes et des corporations.

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Pour la Suisse en général : von Miaskowski : Verfassung der Land-, Alpen- und Forstwirtschaft, 1878. — Du même: Die schweiz. Allmend 1879. — E. Huber: Geschichte des schweiz. Privatrechts IV. — F. v. Wyss : Die schweizerischen Landgemeinden 1892. — K. Geiser dans le Handbuch der schweiz. Volkswirtschaft de Reichesberg 1903: Allmende. — C. Hilty : Œffentliche Vorlesungen ùber die Helveiik 1878. — SI 1, 190-192.

Pour les cantons : Berne : K. Geiser : S Indien ùber die bernische Landwirlschafl im 18. Jahrh. dans le Landwirtschaftliches Jahrbuch der Schweiz 1895, 9. — H. Bennefahrt: Die Allmend im Berner Jura 1905. — L.-S. von Tscharner: Hechlsgesch. des Obersimmenthals 1908.

— Glaris : Stùssi: Gesc/iichte des Glarner Land- und Tagwenrechts 1912. — Les Grisons : H. Moosberger : Die bundnerische Allmende 1891. — E. Branger ; Bechtsgesch. der freien Walser in der Ostschweiz 1905. — Lucerne : R. Griiter : Die luzernischen Korporationsgemeinden 1914. — Graf: Aitfteihtng der Allmend in der Gemeinde Schotz 1890. — Saint-Gall ; Heeb : Die Genossengïiler im Kl. St. Gallen 1892. — E. Gmùr: Bechtsgesch. der Landschaft Gaster 1905. — Schwyz : Felber : Die Allmenden des alten Landes Schwyz 1901 (Feslschr. der geugr.-ethnogr. Gesellsch. Zurich). — M. Reichlin : Die sclnvyzerische Oberallmende bis zum Ausgang des 15. Jhs. 1908. — Thurgovie : Pupikofer : Geschichte des thurg. Gemeindewesens, in besond. Beziehg. auf die Zweckbestimmung der Gemeindegùter (BVG Thurg. XVII). — Unterwald : Heusler: Die Bechtsverhàltnisse ain Gemeinland in Unterwalden [ZSB X, 44 ss.). — Omlin : Die Allmendkorporationen der Gemeinde Samen (Gfr. 68). — Uri : K. Huber: Die Allmendgenossenschafstkorporation Uri in ihrem Verhaltnis zum Kanton und zu den Gemeinden. —Dr. F. Schmid : Die AUmendgenossenschafl im Lande Uri. Schweiz. Juristenzeilung 19(19.

— Vaud: Boyve : Diction, ou explic. des termes du cnutuniier du Pais de Vaud 1766. — Kovalewsky : Umriss einer Geschic/ite der Zerstùckelung der Feldgcmeiuschafl im Kt. Waadl 1877. — Zoug: K. Rùttimann : Die Zugerischen Allmendkorporationen 1904. —Zurich: Ed. Eichholzer : Ueber die Stellung der Tauner nach den Rechtsquellen des Kts. Zurich (Zeitschr. der Sarignystiftung 38.) — E.-A. Kùndig : Die zùrcher. Zivilgemeinden 1917. tt>r H. Rennefahrt.1

ALLMEND (THUNER). Voir Thoune.

ALLMENDINGEN (C. Berne, D. Konolfingen, Corn. Rubigen. V. DGS). Village sur la route Berne-Thoune. Les vieux documents pour les deux villages de ce nom portent presque sans exception Alwandingen (depuis 1240; l'BBW et III), ce nom vient donc de la famille bernoise AUwand (voir ce nom) : prés des ^ens de l'AUwand,

ALLMENDINGEN

ALLnHUOGES

Il y existait au Moyen Age une famille von Alwandingen habitant probablement la tour fortifiée qu'au X\l - Thomas Schôpf appelle ar.i- duruti et qui était encore debout vers l7.">o. En 1250 Arnold d Alwandingen vendit an couvent d Interlaken des biens sis dans ce village, Un Rodolphe d'Alwandingen, chevalier et ministérial, paraît comme témoin entre I2i0 et 125t. Son lils Henri donne en 1256 au couvent de Kôniz un champ qu'il possédait à Allmendingen, pour le repos de l'âme de son père et de la sienne. Les maisons religieuses de Mûnchenbuchsee (1260)et Fraubrunnen (1299) y avaient des propriétés. En l(>23 Gaspard de Graffenried était seigneur justicier à Allmendingen. Son lils, Jean Ulrich, donna le village à son gendre Albert de (iraviseth i|ui le possédail encore (•n 1696. Après lui il passa en 1730 au futur avoyer Isaac Steiger dont le lils François-Louis reconstruisit le château et prit le titre de seigneur d' Allmendingen. Depuis I806, ce château est la propriété de la famille de Ma\ • I u i s'appela alors May d Allmendingen. Outre ce petit château portant la date 1607. type dune ancienne maison de campagne bernoise avec tourelle d'escalier originale, nous rencontrons dans la localité d'autres spécimens de constructions campagnardes bernoises. Notons aussi l'enseigne de l'auberge, un travail exquis de fer forgé. — Stettler : Topographie (Mus Bibliothèque de la \ille, Berne). — Jahn : Chronik... p. 65. — .lahn : Der Kt. Bern, p. 397. — A. Cieser : Berner Landsitze, p. 8 avec vue. Genève 1918. [E. B.|

ALLMENDINGEN (G. Berne, D. Thoune, Com.

Stràttligen. V. DUS}. Village sur la route Thoune-Amsoldingen, devenu durant ces dernières années le quartier des fabriques de Thoune avec un accroissement important de la population, environ 1000 habitants. Fui une colonie romaine importante. Kn 1824-1825, on découvrit dans l'Alchenmatten cinq petits bâtiments disposés par ordre de grandeur et tout auprès, une vasque en granit posée sur un socle élevé, un pavement de briques et le piédestal d'une statue. Ailleurs, on a mis au jour des fragments d'architecture et de statues en pierre, deux tètes (l'une est conservée au musée de Thoune) portant le bonnet phrygien, ainsique deux fragments de basreliefs; ces derniers représentant un taureau et un porc, l'ont penser qu'il y avait là un sanctuaire en l'honneur de Mithra. Parmi les objets en bronze, citons une tête de femme ayant de magnifiques ornements dans les cheveux (musée de Berne), six hachettes votives avec leurs inscriptions (C. /. L. XIII. 5158) Ji>«i, Matrihus, Matronis, Merciirio, Minervae, Neplani ; puis des fibules, clochettes, etc. (musée de Thoune). Les 1200 pièces de monnaies qui y furent aussi découvertes, sont conservées au musée de Thoune et au musée historique de Berne ; ce sont des pièces de cuivre et d'argent, allant du règne d'Auguste à celui de Constantin. — Voir Der Schweiz. Geschichtsforscher VIII, 1831, 430-436. — Jahn: Der Kanton Bern 253-257. — Jahrb. des Hist. Mus. Beru 1916, 65-66, 69-71. —En 1276 eut lieu un conllit entre Pierre de Schoren et le couvent d'Interlaken au sujet de propriétés à Allmendingen. En 1320 le prieuré de Dàrstetten y possède des biens. Le village, avec Schoren et Buchholz, était compris dans la seigneurie de Stràttligen dont il partagea la destinée et passa avec elle à Berne en 1590. Le détournement de la Kander dans le lac de Thoune y amena de grands changements. En matière ecclésiastique, Allmendingen appartint jusqu'en 1536 à Scherzligen, et après la suppression de cette paroisse, fut incorporé à Thoune. Au Moyen Age, il y existait une chapelle. — Voir FBB 3-9. [È. Sch-r. et E. B.]

ALLO, P. Bernard, dominicain, * à Quintin (Bretagne) le 5 février 1873, professeur de théologie au séminaire syro-chaldéen de Mossoul (Mésopotamie) de 1900 à 1903, à la Faculté de Saint-Etienne, de Jérusalem, de 1903 à 1905 et, depuis 1905, professeur d'exégèse du N. T. à l'Université de Fribourg. Il est l'auteur d'articles de critique religieuse et d'exégèse et a publié aussi plusieurs ouvrages : La peur de la vérité, 1907; Foi et systèmes, 1908; Le caractère moral deJ.-C, 1910; l'Evangile en face du syncrétisme païen, 1910; La Paix dans la vérité, étude sur la personnalité de S. Thomas d'Àquin, 1911, etc. [F. D.l

ALLOBROGES. 1'euple gaulois établi au Sud-Ouest

delà Suisse el occupant partiellement le canton de G* nève, la Savoieet le Dauphiné, entre le Léman, le Rhône moyen, l'Isère et le pied des Alpes. Leur nom eu grec

' A À/i'iJ/joyi :, en latin Allobroges, serait formé de lieux

radicaux celtiques allô et brog correspondant a étrangers

(alienigciii). .Nous ignorons leur pays d'origine probablement vrs le V* siècle avant J.-C au cours des grandes migrations celtiques qui du nord île I Europe se répandirent en Gaule et en Italie, que les Allobror fixèrent sur le cours moyen du Rhône, région primitivement occupée par les Ligures.

L'Allobrogie, qui au début de l'empire romain constitua le territoire de la colonie de Vienne, comprenait un vaste pays formant deux régions naturelles : l'une à I Ouest vers le "Rhône fille, d'après Polybe III 10) avec des

[daines fertiles riches en céréales et en vins; l'autre à

l'Est vers les Alpes, montagneuse et accidentée, couverte de forêts et de pâturages fournissant des bois et des fromages estimés. Au Sud et à l'Est, b- territoire des Allobroges s'étendait jusqu'à l'Arly, affluent de l'Isère, et

rejoignait le haut Léman à travers les montagnes du Chablais tandis que d'autres petits peuples eauluis occupaient les crêtes et les défilés des Alpes. A l'Ouest il s'étendait jusqu'aux enviions de Lyon et de Valence et même comprenait quelques districts sur la rive droite du Rhône dans la région du Bugey et à l'Ouest de Vienne.

Nous ne pouvons qu'indiquer les faits saillants de l'histoire des Allobroges. Ils apparaissent pour la première fois dans les textes au début de la deuxième guerre punique; dans sa célèbre expédition, Annibal traversa leur territoire en 218 et reçut d'eux des vivres, des vêtements et des guides avant d'entreprendre le passage des Alpes. Un siècle plus tard les Bomains, sur l'appel de Marseille, pénétraient à leur tour en Gaule transalpine et commençaient la conquête de la vallée du Rhône. Les Allobroges, clients des Arvernes occupant le massif central français, opposèrent une résistance désespérée aux progrès des légions romaines. Mais, vaincus en 122 et 121 sur les bords de la Sorgue à Vindalium et sur ceux de l'Isère par les consuls Domitius Ahenobarbus et Fabius Maximus, ils tombèrent sous le joug de Borne. Quintus Fabius Maximus. qui termina leur soumission, recul en récompense le titre d'AUobrogicus.

L'Allobrogie, soumise dès ce moment à la république romaine, lit partie de la nouvelle province de la Gaule narbonnaise dont elle forma la frontière septentrionale. Les débuts de l'occupation furent pour les Allobroges opprimés par l'exploitation et la cupidité des fonctionnaires romains, une époque troublée et malheureuse. Ils protestèrent plusieurs l'ois à Borne, mais toujours sans succès, contre les injustes charges financières dont ils étaient victimes (Cicéron : pro Fnnteio). Ge fut une de leurs ambassades qui découvrit en 63 à Cicéron les noms des complices de Catilina.

L'année suivante les Allobroges, poussés à bout, entreprirent sous la direction de Cactugnatus un vaste soulèvement contre Borne qui fut réprimé non sans peine par l'intervention militaire du préteur Caius Pomptinus.

Peu après, les Allobroges étaient menacés par l'invasion de leurs voisins du nord, les Helvètes, qui désiraient franchir le Bhône pour s'établir dans la Gaule méridionale. César arriva en 58 à Genève, citadelle la plus avancée des Allobroges, pour défendre la frontière romaine ; il empê.cha les Helvètes de traverser le Rhône et les força à se diriger sur les défilés du Jura. Les Allobroges furent dès lors les fidèles auxiliaires du conquérant des Gaules dans ses campagnes; les brillantes propositions de Vercingétorix ne réussirent pas à les détacher de la politique romaine.

Sous Auguste et ses premiers successeurs, les Allobroges, soumis à une administration plus équitable, subirent rapidement l'empreinte de la civilisation latine et adoptèrent la langue, la religion, les moeurs et institutions de leurs dominateurs. A cette époque. Vienne sur le Rhône, jadis simple centre agricole, devenue la capitale de leur Etat, reçut le titre de colonie, conférant aux Allobroges rattachés à la tribu Voltinia les droits et privilèges des citoyens romains. Le nom de Viennois remplace alors celui d'Allobroges dans les textes et documents

ALLOBROX

ALMANACH (IIELVETISCIIER) 207

officiels. Sous les premiers siècles de l'empire, l'Allobrogie traversa la période la plus brillante et la plus heureuse de son histoire. Elle se couvrit de monuments, de temples et de routes, l'art et l'industrie prirent un brillant essor dans les principaux centres ou vici tels que Cttlaro (Grenoble), Genetua (Genève), .4 <7uœ(Àix-les-Bains), Beau tau (Annecy), Augustum (Saint Genis d'Aoste), etc. Vers la lin de l'empire, l'ancienne Allohrogie se partagea en trois cités. Vienne, Genève et Grenoble qui, lors des grandes invasions germaniques, lurent pacifiquement occupées par les Burgondes.

Les Allobroges intéressent principalement la Suisse comme voisins des Helvètes et anciens occupants du territoire genevois sur la rive gauche du Rhône. Genève leur dut son nom, sa fondation sur la colline de Saint- Pierre et ses premières institutions publiques. Elle se trouvait sur une des routes impériales de (ïauleen Italie qui, de Vienne, gagnait le Grand Saint-Bernard ; cette route traversait le Rhône à Genève pour pénétrer sur le territoire de la colonie équestre de Nyon et longer la rive droite du Léman.

Allmer et deTerrebasse : Inscriptions antiques deVienne en Dauphiné, Vienne 1875. — Hirschfeld: Corpus inscriplionum latinarum XII, p. 217 à 336. — Desjardins: Géographie historique et administrative de la Gaule romaine, Paris 187(5-93. — Ch. Morel : Genève et la colonie de Vienne, Genève 1888. — Garofalo : Gli «Allobroges», Paris 1895. — Jullian : Histoire de la Gaule, Paris 1908. — Emile Dunant : Catalogue raisonné et illustré des séries gallo-romaines du musée épigraphigue cantonal de Genève, Genève 1909, p. 14. — Holder : Alt-celt. Sprachschatz 1, p. 96-105. [J--J. Monnier.]

ALLOBROX. Voir Alioii, Claude d'.

ALLOLO, iik Bissone. Artiste, qui le 4 octobre 1387 travaillait avec vingt-deux autres tailleurs de pierre de la région du lac de Lugano à la construction du Dôme de Milan. — Pometta : Corne il Ticino venne in potere degli Svizzeri. L1)r c- T-l

ALLO N DON <L') (C. Genève. V. DGS). Affluent de droite du Rhône. Dans la limitation du 26 décembre 1752, forme la frontière entre le mandement genevois de Peney et le Pays de Gex. Cette délimitation a été maintenue et confirmée par le procès-verbal du 20 juillet 1825. Voir Genè\e AE. — Bec. des Lois n° 82. — Regeste genevois n->1360, 1519. [H. d'A.]

ALLSCHWIL (C. Bâle-Campagne, D. Arlesheim. V. DGS). Almswilre vers 1188, Almiswilr 1250, Almeswilr 12ti<S. était déjà habité à l'époque romaine comme le prourenl les urnes, les monnaies et les autres objets qui ont été trouvés en 107i en creusant l'étang d'Allschwil — qui semble avoir été un cimetière romain — et la source voisine de la Neuweilerstrasse, connue sous le nom de Heidenbrùnnlein. LesAlémannes se sont fixés sur le vieil établissement romain. Des traces de l'époque franque dans le sancti Hylarii akere laissent supposer que le pays doit avoir été christianisé par les Francs. A l'origine, Allschwil appartenait au territoire du duc en Alsace (ducatus Helisacensis) ; plus tard il fut rattaché au Sundgau ou Comilatus Utonis (1er juillet 1004). Henri II donna le village, ■ - terres et l'église avec le Hardtwaldà l'évêque Adalbero de Bâle. L'église de Bàle consacrée en 1118 à Bartholomée et à Léonard fut dotée de riches biens dans le territoire d'Allschwil. Passagèrement Allschwil, domaine et église, l'ut engagé aux nobles d'Eptingen (11 février 1268), à Didier Munzer.de Bâle (1308-1323) et à Hanemaim de Barnstein (15 mars 1373). En 1463, l'évêque apparaît de nouveau comme possesseur du village, il le restera jusqu'à la disparition de la principauté. Après la guerre des paysans de 1525 les cinq communes du Birsegg, Rheinaeh, Therwil, Oberwil, Ettingen et Allschwil conclurent avec Bâle un traité (le combourgeoisie sans l'assentiment de l'évêque et du chapitre de la cathédrale. Ensuite de

?UOi Allschwil passa a la Réforme en 1529. Le traité de taden de 1585 amena le traité de combourgeoisie. Jusqu'en 1595, l'évêque Jacob-Christophe Blarer de Wartensee ramena toutes les communes du Birsegg au catholicisme, excepté Allschwil qui, protégé par Baie, résista encore pendant une génération. Au cours de la guerre de fiente ans, l'évêque Guillaume Rinck de Baldenstein, parvint à chasser le dernier pasteur et, le 16 mai I627, la

messe y lut de nouveau dite. Le capitaine de cavalerie suédois Henri-Ernest Streiff de Tauenstein réintroduisit le culte protestant dans l'été 1633 ; mais quand les Suédois partirent, le pasteur dut aussi quitter le village et pour toujours. Le printemps suivant, Allschwil souffrit des Suédois ; le village lut pillé, douze maisons furent livrées aux flammes. En 1792, Allschwil se détacha de l'évêque comme les autres sujets de l'évèché et lit partie de la République Rauracieiine. Depuis le traité de Vienne de 1815, Allschwil appartient au demi-canton de ISàle- Campagne. La vieille église, consacrée à Pierre et Paull'ut remplacée en 1698 par une nouvelle. Elle est aujour, d'hui propriété des Vieux-Catholiques. La paroisse catholique romaine s'est construite une nouvelle église. Depuis 1889, les protestants disséminés possèdent une chapelle à Neuallschwil. - Voir BZ I!d IX p. 348. - .1. Trouillat ; Monument de l'Histoire de l'Ancien Evèché de Bàle, T. I. — VLB. — Marcus Lutz : Neue Merkwurdigkeilen der Landschaft Basel Bd I p. 226 f. Bd III p. 366. — Karl Gauss : Kriegsnôte im Baselbiet wàhrend des dreissigjàhrigen Krieges. Basellandschaftliche Zeitung 1918 n°s 289, 293, 299, 301, 306. - K. Gauss : £71900. Der Abschluss der Gegenreformation im Birseck. [D'K. Gauss. |

ALLWAND. Famille de la ville de Berne au XV et au XVI1, siècle. Il faut mentionner : — 1. Guillaume, membre de l'abbaye du Maure, exploite en 1473 la foulerie de Worblaufen. Membre du Grand Conseil en 1469- 1495 et 1507-1513. Dans l'intervalle, habite Neuchàtel. Bailli d'Echallens en 1480-1485; de Grandson en 1486- 1490. Pendant les troubles de 1513, il fut envoyé dans le pays de Vaud. — 2. Nicolas, son frère, fut membre de l'abbaye du Lion (Mittellôwen) en 1475, siégea au Grand Conseil en 1470-1494. En 1492, il est tuteur de la veuve d'Adrien de Bubenberg. — 3. Jean, fils de Cuillaume, fut chassé en 1484 du priorat de Lutry ; cette même année le Conseil de Berne lui donna une lettre (Wartbrief) pour une place de chanoine survivancier à Zolingue et, en 1189, il fut présenté comme chanoine du chapitre de Zolingue; il fut custode en 1507, prévôt de 1508 à 1510; jusqu'à la Béformation, en 1528, il fut chanoine. — 4. Ulrich, frère de Jean, fut chanoine à Interlaken. — 5. GuiLLAME, sœur d'Ulrich et de Jean, nonne à Dettlingen. — Archives de l'Etat de Berne : Oster-, Missiven- u. Spruchbiïcher, Notariatsiirot. — Brunner : Dus allé Zofingen. — JZB du chapitre de Zofingue. — Sliftsurbar- Ausziige, Mns de S. Bingier. [ïh.Gr.E B.etH.T.]

ALLWEG (C. Nidwald, Corn. Ennetmoos. V. DGS). Hameau avec chapelle érigée à la mémoire du héros légendaire, Struthan Winkelried, qui tua le dragon. En 1640 un «Trachencapely », chapelle du dragon, y est mentionnée ; toutefois, une autre petite chapelle, située audessous, dans le Drachenried, prétendait aussi commémorer ce fait. Toutes deux tombaient en ruine en 1661. En 1671-72, sur l'ordre de la Landsgemeinde, la grande chapelle actuelle fut construite et consacrée le 15 septembre 1676. Sur la façade étaient représentés le combat de Struthan contre le dragon et la mort héroïque d'Arnold de Winkelried à Sempach. Le 9 septembre, le sommet du col de l'Allweg fut la dernière étape de la résistance contre les Français de Schauenbourg. La chapelle fut alors réduite en cendres, mais reconstruite en 1805-08, La relation légendaire de la chapelle avec la famille Winkelried a sans doute un fonds de vérité, car c'est dans cette contrée qu'il faut chercher le berceau de cette famille célèbre (voir art. Winkelried). [Durrer.]

ALMAGELL (C. Valais, D. Viège. V. DGS). En 1291 de loco de Armenzello de Valexio (d'un notaire italien Gfr. II 426; en 1307 Almenkel et en 1390, Almelkel (Arch. Valère, Min. V et VI). Com. politique qui avait sa chapelle déjà en 1488, paroisse en 1893. Elle est la plus reculée des quatre corporations formant la communauté de la vallée de Saas (voir ce nom) qui possèdent encore des pâturages alpestres en commun. Habitants : 1798, 112; 1910, 243. Le parler populaire dit : z'Amiggell ou In Amiggell ( Amaggellj . Ce nom officiel Almagell serait peutêtre une altération de San Michèle ou en tout cas se rapporterait à Michael fem). [L. Mu.]

ALMANACH (H ELVETI SCHER). Publié de 1799 à 1822 par Jean-Henri Fussli, chezOrell Fussli & Oà Zurich, cet almanach, fort recherché, compte 24 petits volumes

ALMENHOFEN

ALMERAS

in-12, illustrée île <ui\res, de costumes el de \ues, par l'.-N. K ô 1 1 i ^ el II. Meyer, et de caries par Scheurmann. [1 contient principalement, el depuis 1805J exclusivement,

Helvetischer Almanach, 1808. Une noce chez des paysans Dessiné par K.-N. Konig., gravé par 11. Laps.

des monographies historiques et topoi;r,ipliiques sur les différents cantons. Ainsi : Berne, en 1802 et 1819, 1821 et 1822, par J.-R. Wyss : Zurich 1803 et 1814 ; Lucerne. 1804; Uri et Unterwald, 1805; (Irisons, 1806; Schwyz el Zoug, 1807, par Charles Zav ; Appenzell et Saint-Gall, 1808; Claris, 180!), par Jacques-M.-D. Blumer; Frihourg 1810; Schaffhouse et Thurgovie, 1811; Tessin, 1812, par P.-Victor Ghirnigelli ; Soleure, par Rob. Glutz et Bàle, 1813; Vaud 1815, par Ph. Bridel ; Argovie 1816; Genève, 1817, par J. Picot ; Neuchâtel et Valangin, 1818, par Sandoz-Rollin; Valais, 1820, par Ph. Bridel. |H. B.]

ALMENHOFEN ou ALMISHOFEN, von. Voir HUGO, abbé de Kheinau.

ALMENS (C. Grisons, D. Heinzenberg. V. DGS). Com. et vge jouissant de la parité confessionnelle, appartenait autrefois à la juridiction de Furstenau. Ce nom, du romanche Almén ou Dalmén, s'écrivait autrefois Luminnis 926 (?), 1200, Lumihs 1156, Lurninne 1285, Lumen 1268, d'où sont sorties, par l'adjonction de la préposition à, da, les formes en A. Le nom n'a rien de commun, ni avec Alhuend ou Alemanni , ni avec le latin lumen = lumière ou lama = bourbier. Il se pourrait que m fût à la place de v, comme dans hamanna = français chavanne, italien capanna, ce qui permettrait de rapprocher Almens du groupe Lavin (voir cet article). Le 3 novembre 926 le roi Henri fait don à perpétuité à l'évêque de Coire de la localité de Luminin dans le Churgau. En 1200 on trouve mentionnés Albert et Maurice de Luminnis, ce qui ferait croire à l'existence d'une famille noble. Sererhard rapporte qu'un château aurait existé près du village dans les temps anciens. L'église, consacrée à Saint-André, appartenait à l'évêque qui possédait aussi à Almens quelques propriétés, des champs et des pâturages. L'introduction de la Réformation y rencontra une vive opposition. La vieille église dont Ulrich Reschli était le curé en 1510, fut cédée en 1690 aux catholiques pour cent écus de Philippe et l'évêque Ulrich VI de Mont construisit à ses frais l'église protestante actuelle. La paroisse d'aujourd'hui comprend Almens et Rodels. Le 13 novembre 1773 les cens fonciers qu'y percevaient l'évêché et le chapitre des chanoines furent rachetés pour 910 florins et 3 couronnes, soit 845 florins 27 couronnes pour l'évêché et 64 florins 36 couronnes pour le chapitre. Les registres de paroisse datent pour Almens protestant de 1738, pour Almens catholique de 1765. A environ une heure au-dessus d'Al-

mens, sur un étroit plateau (Petit et Grand Schall), se trouvait l'ancien petit village de Schall (lien d'origine de la vieille famille Schaller) dont tous les habitants furent enlevée par la peste qui éclata dans les Grisons ep 1029-1630; il fut alors transformé en Maiensâsse. — Voir Mohr Cod. di/>l Rât. I ri' il et 165, Il ii" 76.— Muoth . Bùndner Geschlec/ils- uni! Ortsuamen (Kantunssi ladprogramm 1892-1893). — Sererhard' Delineatio, p. 23. — l.ehmann : Republ. GrauO. p. 209. — Nûscheler : Gotteshâuser, p. 98, 99. — Muoth: AZmlerbïtcher idans JHGG 1897). — Regesten der Gem. Almens. [R. v. P. et L. J/|

almensberg (C. Thurgovie, D. Arbon, Com. Hemmerswil. V. JjGS). Hameau situé entre Hagenwil et Steinebrunn, près de la frontière saint-galloise, compte 357 hab. D'après le témoignage dee plus anciens documents ce nom BÎgnifie: montagne de L'odalberacht (beracht = rayonnant; uodal - famille noble, se rencontre encore dans Ulrich = Uodalrrich.Yoici les différentes formes du nom: Ulbrehtetperge i l'StG >uppl. III. n"68), Ulbresberge fid. n» 86), Ulbrehsb., Ulbrehtsb. (id. n»88), Ulbrehlzb. (ibid.IU,n»1142), Uboltperg (id. n* 1269). Albisperg (id. IV A. n™ 2.58 et 1830), Albersperg (id. IV n« 2093), Olmisperg tisses. (id .n» 2115), Albrisperg (id. nu 2162. Olbers-

perg (ibid. n» 2274 et 2489). Composé à l'origine de paysans libres, il possédait son propre tribunal. Le 19 oct. 1296, l'abbé de Saint-Gall, Guillaume, le remet au camérier du monastère en qualité île lief du couvent (curiam in Ulbrohsberg L'StG IV, nus 318 et 319). La coutume judiciaire date du 5 juin 1441. En 1525 un conflit s'éleva entre les gens d'Almensberg et leurs juges, ceux-là désirant avoir leur propre tribunal; les dix cantons décidèrent en faveur des habitants. Selon les ordonnances militaires de la Thurgovie de 1628, la juridiction d'Almensberg devait fournir 35 soldats. En 1633, les protestants du village se plaignent de ce que l'abbé de Saint-Gall n'entretienne plus de pasteur dans leur église paroissiale de Hagenwil. La paix de 1713 confirme aux protestants d'Almensberg (soixante personnes) le droit d'ensevelir leurs morts à Hagenwil. — Voir Pupikofer II 2, p. 215, 553, 570, 626, 743. [Sch.]

ALMENSPACH, Hans. de Ursel, près Francfort s. Main. En 1567, pasteur à Bischofszell, en 1571 à Seuzach (Zurich), d'où il se rendit dans les Pays-Bas. — Voir Sulzberger: Biogr. Ver:, der Geistl. d. Kls Thurgau, p. 152.

— Wirz: Etat des Zùrch. Ministeriums, p. 164. — Dùrsteler: Geschlechlerbuch. [F. Hkgi.]

ALMER, Christian, 1826-1898, guide alpin célèbre. Il naquit dans son village de Grindelwald, lit le Sonderbund en 1847, fut pendant un certain temps berger sur le Zàsenberg et inaugura sa carrière de guide en 1854, année célèbre par l'essor que prit l'alpinisme. Les années 1864 et 1865 forment l'apogée de sa carrière. La liste de ses ascensions, parmi lesquelles on compte de nombreuses premières, comprend des sommets et des passages dans les Alpes Maritimes. Cottiennes, du Dauphiné, les AlpesGraies, celles de la chaîne du Mont-Blanc, les Alpes pennines bernoises, celles du Todi, de la Bernina, de la région de l'Ortler et des Alpes orientales. Le 22 juin 1896, pour ses noces d'or, il lit avec sa femme l'ascension du Wetterhorn, son sommet préféré. — Voir JS.4C34. p. 199. [E. B.]

ALMERAS. Plusieurs Français du Dauphiné, portant le nom d'Almeras, s'établirent à Genève dès le XVI« s. — 1. Maurice-Abraham (dit Alfred), 1783-1841, élève de Jérémie Arlaud, se voua avec sa femme, Anne Chappuis, à l'enseignement du dessin où tous deux réussirent brillamment. Il existe, en particulier, chez son arrière-petit-neveu, M. Emile Pingeon (Conches-Genève) des dessins, des peintures estimables, ainsi que son journal et divers manuscrits retraçant l'activité de l'auteur à Paris, ses relations avec Lamartine, à Chambéry, etc. — 2. ALEXANDRE-FÉLIX, 181 1-68, lils du précédent, peintre également, fut membre du Grand Conseil (1845-60), l'un de ses vice-présidents, et député à la Diète, avec James Fazy, en 1848. — Voir Genève AE. — Covelle : LB.

— SKL. — Recueil des Luis (Genève). [«'- R-1

A.LPEN (DIE)

alpen (DIE). Monatsschrifl fur Schweizer and ail-

ALl'EN (LES)

gemei

Kultur ; éditeur, Gustave G rima u, Berne. C'est la

suite de la Berner Hun Ischau, 1906-1910. En 1914 les Alpen fusionnèrent avec larevue Wissen u. Leben. [K- B.]

ALPENPOST. Revue consacrée ail développement du tourisme, des stations climalériques, de l'industrie de la montagne et tout particulièrement de l'alpinisme. Dès le tome II elle prend le titre de Répertoire de l'alpinisme, journal de science populaire. Editeur, Walter Senu, Glaris 1871-73, Zurich 1873-74, sept volumes. >'-'■ Walder.]

ALPENPOST (NEUE). Organe spécial pour l'alpinisme, le tourisme, la balnéologie, l'hôtellerie, etc . 16 volumes, Zurich 1875-82. Elle fait suite à l'Alpenpost. IE. Walder.]

ALPENROSEN. Parmi les almanachs et les agendas qui du XVIIIe au XIXe s. reflétèrent les différents courants littéraires, les plus importants, en Suisse, furent les Alpenrosen. C'est là qu'ont été publiées les poésies aimables, sans prétention et quelque peu bourgeoises et pastorales de la Restauration. Elles sont ainsi un témoignage important de l'époque, et encore aujourd'hui on les recherche pour leurs charmantes illustrations sur cuivre. Les Alpenrosen commencèrent à paraître en 1811 sous le titre suivant : Alpenrosen, ein Schweizer Almanae/i (depuis 1821 TaschenbuchJ auf das JahrlKl 1 ;hg. vonKuhn, Bteisner, Wyss u. A. (depuis 1826, Kuhn, Wyss, etc.) mit Kupfern von Kôrng u. A. Rerne, chez F. -F. Burgdorf'er, Leipzig, chez Fried. Aug. Léo (C.-G. Schmitl). Le principal éditeur ju-qu'en 1830 fut J.-R. Wyss, et parmi les collaborateurs il faut encore citer : J.-C. Appenzeller; U. Hegner; J.-J. Schweizer; J.-M. Usteri ; Baggesen ; de la Motle:Fouqué ; Jean Paul ; A.-W. Schlegel ; G. Schwab; W. Waiblinger. Suivant le genre des almanachs. les Alpenrosen contenaient surtout des poésies et d'innocentes nouvelles dans le goût de l'époque, souvent précédées d'un aperçu historique. L'illustration était due principalement à Kônig, Lory, Freudenberger, Usteri, Vogel, \olmar, et gravée le plus souvent par Hegi. En 1830, Wyss mourut. Le titre fut alors modifié en Alpenrosen ; ein schweizer. Taschenbucli auf das Jahr 1831 besorgt von Schweizer. Schriftslellem and Kilnstlern. chez J.-J. Christen à Aarau, édité d'abord par A.-L. Follen et ensuite par Abr.-E. Frôhlich, qui s'occupa de la rédaction jusqu'en 18ô4 où cessèrent de paraître les Alpenrosen L'époque de 1830 n'influence que médiocremeni les A Ipenrosen, car Frôhlich, pasteur et conservateur, y veillait. Les Alpenrosen ne parurent pas pour 1834-36 et 1840-47. En 1848 et 1849 parut chez Chr. Beyel à Zurich et Frauenfeld, une publication concurrente, éditée par J.-J. Reithard : Neiie Alpenrosen ; eine Gabe schweizer. Dic/iter. L'année suivante, le^ Alpenrosen reparaissent sous le titre: Alpenrosen auf das Jahr 1850 hg. von A.-E. Frôhlich. Jer. Gotthelf, K R. Hagenbach, Ed. Dôssekel, J.-J. Reithard, H. Reber, etc. Aarau, J.-J. Christen Les premières années de cette seconde série de 1831 à 1839 contiennent encore de nombreuses illustrations (Disteli etc.) et, depuis 1850, un portrait gravé ou lithographie. Les collaborateurs sont en grande partie les mêmes que précédemment, parmi lesquels: A. Hartmann; Fr. Oser; K.-R. Tanner; II. -W. Wackernagel. — Voir Alfred Ludin : Alpenrosen, Di". Zurich 1902. — J.-J. Hilty : Alpenrosen, Diss. Zurich 1914.— Rud. Hunziker: Gotthelf u. Reithard. Du même, la biographie de Reithard dans A6L der Stadtbibliothek Zurich 1912-14. [Blœsch.]

ALPENZEITUNG (SCHWEIZER). Organe des sections allemandes du CAS, 11 volumes, 1882-93, Zurich. F. Schulthess. Lorsque la Neue Alpenposl eut cessé de paraître à la lin de 1882, la section Uto du CAS entreprit de publier bi-mensuellement en format réduit un organe pour relier les sections allemandes du club. La revue publia de nombreux récits de courses dans les Préalpes et d'ascensions dans la haute montagne, ainsi que des dissertations scientifiques, des rapports et des nouvelles des sections de la Suisse allemande. [Dr E. Walder.]

ALPES (LES). Arc montagneux qui s'étend, sur une longueurde 1200 km., de Savone jusqu'à Vienne. V. DGS. — Nous étudierons les Alpes sous les points de vue suivants :

DHBS — 14

I. Délinition. Les Alpes en général ; 2. Nom; 3. Division ; 4. Population ; 5. Prise de possession par les Romains ; 6. Les Grandes Invasions et les migiations ultérieures; 7. Cols et routes alpestres; 8. Pâturages alpestres et noms de montagnes.

1 . Définition. Les Alpes en général. — Dans le cours de cet article, nous emploierons le mot Alpes uniquement pour désigner les hautes chaînes de montagnes, qui ne sont qu'en partie susceptibles de culture et d'exploitation, et qui traversent notre pays de l'Ouest à l'Est, du Grand Saint-Bernard au Stelvio. Elles le divisent en deux parties inégales : l'une, région de collines et de plaines, orientée vers le Nord ; l'autre, d'ailleurs pas entièrement suisse, tournée vers le Sud, et formée d'un réseau de vallées aboutissant à des lacs. Nous ne parlerons des alpes, c'est-à-dire des pâturages alpestres où, en général, le bétail ne séjourne qu'en été, que pour autant qu'elles sont, mentionnées dans les plus anciens documents et ont une importance historique. De même, il ne sera question que tles Alpes suisses, y compris cependant les versants tournés vers la France, l'Italie et l'Autriche. Du reste, il sera utile, en matière d'introduction, de parler des Alpes en général.

Bien que de la plaine du Pô, les plus hauts sommets des Alpes soient parfaitement visibles au lever ou au coucher du soleil par une journée claire, les Alpes, en tant que montagnes, n'ont attiré que fort tard l'attention des peuples méditerranéens. L'intérêt de ceux-ci ne pouvait être éveillé ni par l'état de barbarie qui régnait dans les contrées alpestres au moment où elles étaient encore indépendantes, ni par les forêts et les pâturages dont l'exploilalion fut florissante après la conquête romaine, moins encore par la nature elle-même. L'inlluence que les Alpes exercèrent sur les Romains se borne à ceci qu'elles étaient un obstacle à la circulation et qu'il fallait trouver le moyen de le surmonter (Nissen).

2. Nom. — Ceci est confirmé par le fait que le mot Alpes ne s'est imposé que lentement pour désigner l'ensemble de l'arc montagneux qui entoure les pays situés au Nord de la Méditerranée. D'après Holder (Altceltischer Sprachsc/iatz 1896, I, 107-108), ce nom serait d'origine ligure. Dès le début, il fut l'objet de malentendus. C'est ainsi qu Hérodote écrit (Histoires, livre IV, chapitres 5 î et 49): « Du pays des Ombriens (Haute Italie et Italie centrale), deux fleuves coulent vers le Nord, le Karpis et ï'Alpis, et se jettent dans Vlstros, qui traverse l'Europe, venant du pays des Celtes et de la ville de Pyrène ». Sans parler d'autres confusions grossières, ce passage prouve qu'au Ve siècle avant notre ère, les Alpes passaient pour un fleuve aux yeux d'un Grec d'Asie Mineure. Plus tard, le nom d'Alpes supplanta celui de Rhipées ('Plnai ou 'Pmaïa oçi]) qui désignait une chaîne légendaire de l'Europe centrale, au delà de laquelle habitaient les Hyperboréens (les Celtes). C'est également à nos Alpes que semble se rapporter le nom de Hercynia Silra ('A(jy.vvia oçy), que l'on rencontre pour la première fois dans Aristote (Météor. I, 13, 19). César (De bcllo gallico, VI, 24, 25) l'applique au versant septentrional des Alpes, du Rhin à la vallée du Danube; les auteurs postérieurs ont encore poussé cette Forêt hercynienne plus au Nord (Odenwald, Forêt de Bohême, etc.). « Le monde civilisé ne s'est, au fond, rendu compte qu'il y avait des Alpes que depuis 218 av. J.-C, c'est-à-dire au moment où Annibal les traversa ; mais on n'en eut une connaissance un peu claire que du jour où Polybe décrivit son voyage à travers les Alpes (151 av. J.-C); nous ignorons d'ailleurs par quel col il passa » (Nissen). Le nom d'Alpes, dans son acception étendue de chaîne de montagnes, n'a été employé

qu'au pluriel (Alpes, al "AXneiç, ta AAneivà oqv, rw AXnta, "AÂTteia), à une excepiion près cependant: les Byzantins disaient poétiquement ij "AAttiç. C'est de ce mot que vient le singulier Alpis auquel on ajoute Cottia, Julia, etc., et qui désigne un massif isolé ou un col. 11 ne faut pas croire que les populations des Alpes, qui appartenaient au moins à trois souches linguistiques différentes, aient jamais compris sous un seul et même nom le territoire si étendu des Alpes. On peut considérer le nom de Tauem comme un nom partiel assez vaste si l'on réfléchit qu'il s'applique à une région qui, d'un massif mon-

Fév. 1920

ALPES (LES

l&l si

! il

lagneux de I An Mineure, s'étend à travers l'Okra (Birnbaumerwald paye des Taurisq u e s , jusqu'au jned des monts qui séparent la < laule de l'Italie et où demeurent les Tauriens. Ce fut peutêtre bien de .\lassilia (Mari-eille) que fut appoiié, aux l lices de la Péninsule Balkanique et de la Mer Noire, le nouveau nom qui remplaça ceux de Rbipées et dllercynia.

L'étymologie du mot Alpes était déjà discutée dans l'Antiquité. Dans son Dictionnaire, Festus le rapproche du latin allais et du sabin alpus, et affirme : A l/>es a candore nivium dictes sunt, qui perpeluis fere ntvibus albescunt, anticipant ainsi sur la coutume moderne de voir surtout dans les Alpes l'éclat des neiges éternelles.

En se basant sur l'Enéide et les Géi-rgiq ues de Virgile ainsi que sur le Pharsnle de Lucain, les Seoliastos, eux. écrivent :

Galloium lingua al i montes Alpes vocanlar, donnant par là au mot Alpes le sens de hautes montagnes. Mais à ces théories qui font dériver ce nom de l'italique ou du celtique, s'opposent les faits suivants : En premier lieu, le nom fut, sans conteste, transmis aux Grecs et aux Romains par les Ligures de la Riviera, chez qui il remonte à une haute antiquité et a été également appliqué à l'Apennin; de plus, ces Ligures, peuplade autreibis très répandue dans la Haute-Italie et le Sud de la France, parlaient un idiome

essentiellement différent du celtique et de l'italique.

Une troisième hypothèse, qui me paraît meilleui soutenue par deux byzantins. Eus! hâte écrit" AX7iiç = KÂeiaovça. Le mot Alpes signifierait donc un barrage qui ferme une vallée et serait à rapprocher de 1 ail. mand Klnuse, Klausenpass, etc., mots dérivés du latin clans, 'm. De même, Procope dans le deuxième livre di ne des

Goths, ilit en parlant des Pyrénées : « les babi ants de ces montagnes ont c une d'appeler Alpes {"AAneiç) un défilé (c),v Iv atevo-/oj(Jîa nioôov). Ces explications concordent avec une notice médiévale qu'auparavant je ne réussis- Bais ]ias à interpréter. On lit dans un acte de vente di pa, du 3 nov. 130Ô : Fortes viri de Faucola, possi Alpis Kaxse qui proparte suorum hominum, pro totafamiliaet habit anlibus in dicta Alpe... Il s'agit des comtes de Cassola dont le châ eau s'élevait dans le val S. sia inférieur,;') Rassa. Ce n'est certainement pas par hasard que ce document a été écrit dans une contrée qui se distingue par un mélange fort ancien de peuples et de langues. Du sens primitif qu'il avait dans une langue qu'on n'écrivait peut-être pas, et qu'on pounait rendre assez exactement par barrière, verrou, ou par dos de montagne, croupe, le mot Alpes a facilement pu prendre dans la tradition des peuples civilisés, aussi bien la signification étendue de chaînes de montagnes que celle plus restreinte de pâturage alpestre, signification que nous traduisons toutes deux aujourd'hui par un seul et même terme, alors que le sens original s'est perdu.

Au reste, ces étymologies sont critiquables comme me le fait remarquer M. K Stucki. lui attendant une solution définitive, il suffira de mentionner le l'ait qu'en ligure a Ipi s signifie simplement montagne; de là. il semble facile de tirer la double signification de montagne et de pâturage de montagne, qu'a aussi prise en Suisse romande le mot montagne. (Voir l'article Albis. Le -eus restreint de haute montagne couverte de neige est moderne, malgré l'étymologie fantaisiste de Festus qui veut faire dériver le mot Alpes du latin albus.

3. Division des Alpes. — Au commencement de 1ère chrétienne, les écrivains grecs et romains avaient déjà partagé les Alpes en divers groupes :

Alpes Marin nar f Alpes Maritimes), du Var — formant la frontière entre l'Italie et la Gaule — à l'origine de l'Apennin, près de Savone et aux sources du l'ô. au M mis; VeSUÏUS l Monte Viso).

Alpes Cot'iae, d'Embrun à Suse, ou du Monte Viso au Mont Cenis et au Gran Paradiso.

Alpes Graite, de ce dernier point au Petit Saint-Bernard et à Aoste à l'Est, et au Mont Blanc au Nord.

Alpes Poenime, du Grand Saint-Bernard au Simplon.

Alpes H/iaeticœ, qui commencentà l'Ouest en un point mal déterminé parce qu'on y a comp is les Alpes tessinoises et celles des Grisons occidentaux — appelées aujourd'hui Lépontiennes, nom qui vient des Lépontiens et qu'on ne rencontre pas dans l'Antiquité — ain~i que le Massif du Gotliard, \emons Aiinla de Strabon et de Rtolémée A l'Est, elles se prolongeaient par dessus le Brenner jusqu'à la Dreiherrenspit/e.

Alpes Tridentinse, se rattachant aux Alpes orientales à l'endroit où celles-ci commencentà s'étaler en éventail; elles sortent d'ailleurs, en se développant vers le Sud, des limites que nous nous sommes fixées; l'Antiquité comprenait sous ce nom les Dolomites du Tyrol méridional! Puis viennent.- formant la frontière orientale de l'Italie, les Alp s Carnicse (Alpes de Carniolet. et les Al/ies Juh (Alpes du Frioul ou du Karst) Elles encerclent le golfe de Trieste jusqu'à la baie du Quarnero, et complètent ainsi l'arc qui va de la Ligurie à Adria ou comme disaient les Romains.de la Mer Supérieure à la Mer Inférieure.

Rappelons que nous ne nous occupons que îles groupes situés sur territoire suisse. Ceci dit. nous allons considérer les premiers habitants des Alpes et leur destinée.

4. La population des Alpes. — Les sciences naturelles, plus encore que l'histoire, ont établi récemment, avec une certitude presque complète, qu'une population homogène, parlant un même idiome, ayant une civilisation archaïque, dut se fixer à demeure dans les Alpes, de l'Albanie au Piémont, bien avant que les Celtes ou même les Germains n'y pénétrassent. On retrouve des traces de

ALPES (LES

ALPES (LES

cette antique civilisation dans diverses branches de l'activité humaine actuelle : dans la culture, dans la forme des ustensiles et des jouets, et jusque dans les coutumes religieuses ainsi que dans certaines fêtes, chez les popula-

Colonnes romaines au col du Julier. D'après J.-J. Scheuchzer : Itin

tions qui habitent des régions isolées des Alpes, comme Lôtschen, Evolène, Arolla ou Somvix. Mais quel nom donner à cette population que les anthropologistes nomment Homo alpinus? On ne peut affirmer qu'une chose, c'est qu'elle se rapproche des Illyriens à l'Est, des Ligures et des Ibères à 1 Ouest. Les renseignements que nous possédons sur l'idiome alpin nous sont fournis par quelques noms de lieux ou quelques particularités ; c'est ainsi que le mot lioba ou loba, qui signifie vache, — et que le Ranz des Vaches du Pays d'Enhaut et de la Gruyère a mis en vogue — n'a été remplacé que fort tard dans les contrées de langue romane par le mot latin vacca; que dans la vallée de Lôtschen, on appelle lusa une lampe de grès, mot qui, d'après Léopold Rùtimeyer, vient du celtoibénque la usa = dalle. Les découvertes archéologiques, heureusement, nous renseignent amplement sur la culture des habitants des Alpes à l'époque préhistorique. Depuis le néolithique jusqu'à l'époque celtique et romaine, on trouve des traces de cette civilisatinn un peu partout: dans le Pràtigau, le Domleschg. à l'Albula et au Spliigen, dans les vallées de Vais et de Tavetsch, à la Gemmi, dans les vallées de Lôtschen, d'Hérens et d'Anniviers, près de Schmidigenhauser dans la vallée de Binn, près de Reckingen dans la vallée de Conches, à Schallenberg sur Brigue, sur la Distelalp dans la vallée de Saas, aux llubelv\;ingen sur Zermatt, au col du Théodule, au Rifiélhorn, sur les terrasses de Savièse, à Chandolin et à Salvan, dans les deux vallées de la Dranse et au Grand Saint-Bernard, dans la vallée du Trient jusqu'au col de Balme, et dans le val dllliez. Cette civilisation ne différait i^uère de celle du reste de la Puisse à la même époque. (D'après J. Heierli.) Quant aux peuples du début de l'époque historique qui portent des noms définis, nous pouvons, grâce aux renseignements confus d'écrivains antiques et aux interprétations d'jEgidius ïschudi (1538), nous les représenter à peu près de la façon suivante :

Les Rhétiens ien latin Rseti) habitaient la partie orientale de notre pays et s étendaient à l'Est jusque dans le Tyrol. Comme les noms de Gaulois ou de Germains, c'est un nom collectif: il ne devint populaire chez les Romains cultivés qu'après la soumission de l'an 15 av. J.-C. Le ne m de Bhétie (Rsetia) ne commença à être employé qu'à l'époque de l'organisation des provinces sous Auguste; il ne s'appliquait pas seulement à la Rhétie curiale. Ce fait

■ per Helvi-tiœ alpinas reyiones.

suffit à démontrer l'inanité de la théorie de Cassiodora (500 ap. J.-C), d'après laquelle ce nom proviendrait de le forme en éventail ou en réseau (relia} des vallées qui convergent vers Coire. La science moderne rapproche le mot Rœlus du nom primitif des Etrusques, Ras-en na; elle veut voir dans nos Rhétiens le noyau d'une peuplade répandue autrefois sur une grande partie de la plaine du Pô et des régions avoisinantes. Dispersés par l'invasion celte du Ve s. av. J.-C, ces Rhétiens se seraient maintenus dans deux territoires isolés : dans la Toscane, au Sud-Ouest, et au Nord dans la plaine lombarde, à l'embouchure des fleuves alpestres. Le monument commémoratif de la victoire de la Turbie, près de Monaco (VIIe ou VIe s.

av. J.-C), donne la liste des tribus rhétiennes soumises : les Triumpilini (du val Trompia, près de Bre»cia); les Camuni (du val Camonica) ; les Venostes (de la vallée de l'Adige) ; les Venoneles (du Rheintal); les Suanetrs ou Saruneles (des environs de Sargans ou, selon d'autres, du val Seriana); les Rugusri (du val Mesocco ou des bords du lac de Côme); les Calucones (du val Calanca). Les Mesiates, de la région des Campi ranini près de Bellinzone, qui apparaissent pour la première fois dans la Tabula Pruivngeriana (393 environ ap. J.-C.) seraient également des Bhétiens si l'on en croit la forme de leur nom.

Les anciens auteurs sont unanimes à admettre que les Lépontiens (Leponliij étaient, à l'Ouest, les voisins des Rhétiens au massif du Gothard. Leur nom se retrouve dans la vallée de la Léventine, son origine reste obscure. Cherchant à expliquer le mot Asmâvtioi. Pline déjà s'est livré aux plus extravagantes suppositions. Un bon connaisseur, Caton l'Ancien (170 environ av. J.-C.) les rapprochait des Taurins et des Salasses; il les considérait donc comme des Ligures mêlés d'éléments celtiques. D'après Ptolémée, leur capitale était Oscella ; ils auraient donc habité le val d'Ossola et les vallées latérales. César (De bello galliro IV, 10) les place aux sources du Rhin ; cependant comme il se fait une idée fausse du cours supérieur de ce fleuve qui, selon lui. coulerait vers l'Ouest, on peut se demander s'il n'a pas confondu le Rhin et le Rhône. Jusque tard dans le Moyen Age, le Gothard a été la frontière linguistique entre les Grisons, romans, et les Valaisans, allemands. Il est possible que les Vi bères (Uberi ou ViberiJ, dont on retrouve le nom dans diverses inscriptions commémnratives de victoires, aient été une tribu lépontienne faisant place plus tard aux Sédunois de Sion, aux Vpragv S de Martignyet aux Nantvales de St-Maurice à St-Gingolph, qui sont des tribus celtiques. Il se peut fort bien que ces trois peuplades aient pénétré en Valais par l'Ouest, lors de la migration celtique dont nous avons parlé, peut-être lorsque les Roïms et les Lingons se dirigèrent vers l'Italie, en passant le Moins Pœninus, le Grand Saint-Rernard. Ouant à dire par quel chemin l'élément celtique a pénétré dans les Grisons, où il domine presque, et dont on trouve des traces dans la langue et ailleurs, c'est tout à fait impossible. Les Germains n'ont atteint les Alpes qu'au moment des Grandes Invasions. Il est vrai que Gisi et Œc-hsli pensent que le Valais a été habité par une population germanique avant l'arrivée des Celtes. Pour ma part, je ne vois pas la nécessité de cette supposition qui repose sur des arguments tous critiquables.

5. La prise de possession des Alpes par les Romains. — Depuis le jour où les Romains ont commencé

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à songer à l'Empire, ils ont considéré les Alpes comme le rempart le plus efficace pour l'Italie. Polybe (III, 54) le dit textuellement. Mais il a fallu du temps pour que le

. oare mfuldf .c„r.r r» y nare M

Carte du Mons Jovis dans le Codex Liber F/ori'li Lamberti de 1120. D après l'Annuaire du CAS. 19i 5.

gouvernement reconnaisse la nécessité d'enprotéger le flanc extérieur et d'établir un glacis avancé. La République se borna à repousser sur les cols des Alpes orientales les aventuriers gaulois qui essayaient de pénétrer en Vénétie, et de créer des routes sûres pour accéder aux nouvelles provinces, Espagne, Gaule Transalpine et Illyrie qu'il avait fallu gagner par eau dans les premières campagnes militaires. Après 80 ans de luttes, les Ligures des Alpes Maritimes furent si bien maîtrisés qu'ils tolérèrent, dans leur pays, une bande de terrain neutre large de 2 km. et demi où les marchands et soldats romains avaient libre passage. Dans l'Est, grâce au poste établi à Aquilée (182 av. J.-C), il fut possibîe d'atteindre, à travers leBirnbaumerwald, la vallée de la Save, et de remonter même plus au Nord, jusqu'aux mines d'or des Taurisques en Styrie (Koricum) tant convoitées des Romains. Mais cela même provoqua l'hostilité des Salasses dans la vallée de la DoireBaltéei43 av. J.-C.) et la fondation de la colonie d'Eporedia (Ivrée) dès l'an 100 av. J.-C. ; les moyens employés

rapidement que la route qui longeait la mer, ce chemin les conduisait des sources du Pô aux territoires situés entre la Durance, l'Isère et la Drôme, territoires soumis dès l'an I21 av. J.-C. Cependant les populations qui habitaient dans les montagnes restèrent en fait libres et tirent de fréquentes incursions — qui demeurèrent le plus souvent impunies — dans la plaine qui s'étendait à leurs pieds, malgré les représailles terribles exercées à l'occasion par les consuls, telles que l'anéantissement en 118 av. J.-C. des Stœni dans le Trentin, dont on raconte des choses effrayantes. En l'an 88 av. J.-C, les Rhétiens détruisirent Côme de fond en comble, n'épargnant même pas les femmes enceintes. Ce qui nous inléress-e le plus, c'est l'essai tenté par César, qui chargea un de ses lieutenants, Servius Galba, vers la tin de l'an 57 av. J.-C, d'ouvrir la route des Salasses, par le Nord, dans le Valais. La chose paraissait faisable. César, en ell'et, avait l'année précédente battu à Bibracte les Helvètes qui se rendaient en Gaule, et qui depuis l'an 100 av. J.-C. étaient en possession du plateau suisse, entre le Jura, les Alpes et le Léman. 11 les avait contraints à rentrer dans leur pays, dont il s'était emparé bien que le territoire n'ait été rattaché à la province gauloise que passablement plus tard. Mais la résistance des Sédunois et des Véragres lit échouer ce plan et après un combat à Octodurum (Martigny), Galba fut obligé de se retirer chez les Nantuates (Haute- Savoie) et les Allobroges. César ne renouvela pas sa tentative. Un de ses assassins, Brutus, fut contraint, en 42 av. J.-C, alors qu'il fuyait devant les triumvirs, de l'Isère en Italie, d'acheter son passage chez les Salasses et, encore ceux-ci maltraitèrent-ils un légat anonyme d'Octave. L'Empire n'usa qu'alors des moyens énergiques. Après une première tentative, en 34av.J.-C, les Salasses furent défaits, l'an 25, par M. Terentius Varro, plus par ruse que par force; ils furent repoussés aussi loin que possible. Trois mille prétoriens furent envoyés dans la vallée supérieure de la Doire Baltée, et la colonie d'Augusta Pnetoria (aujourd'hui Aoste), dont une porte commandait la route du Grand Saint-Bernard, l'autre celle du Petit Saint-Bernard assura d'une façon durable le passage. C'est de là que doit être parti, peu de temps après, l'expédition de M. Vinicius qui soumit définitivement les tribus qui peuplaient le Valais (Dio Cassius L III, 26). L'heure des Bhétiens avait aussi sonné. On ne pouvait tolérer plus longtemps leurs perpétuelles razzias dans la Gaule helvétique et chez les Boïens établis entre le Rhin et le Main, avec lesquels on venait de faire la paix. La défaite que leur avait infligée en 44 av. J.-C. L. Munatius Plancus,

Carte des Al[ies, tirée de la «Chronique» de Stumpf, 1548.

n'amenèrent pas une paix durable; les passades du Grand et du Petit Saint-Bernard restèrent fermés. Plus au Sud, la situation était identique: Pompée, en 77 av. J.-C, et César, en 58 av. J.-C., ne parvinrent à >e frayer un chemin à travers les Alpes occidentales qu'en usant de ruse. Plus

le fondateur d'Augusta Rauracorum (Âugst près Bâle) ne paraissait pas devoir produire un ellet durable. L'an 15 av. J.-C. une révolte des Yennones du Vinstgau et des Camones (Çàmuili) de l'Oglio fut le prétexte d'une expédition commandée par Pùblius Silvius; ils furent com-

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plètemenl défaits. Mais I honneur d .non' soumis définitivement les liii<'-ii<'tis et les Vindéliciens, revient aux deux lils de Livie, Druse el Tibère Le premier, partant de Vérone, remonta la vallée de I Adige, battit les tribus du Trentin, brisa la résistance désespérée des Kreuniens (Breuni), au Brenner, des Genaunes [Genauni du ^ ; « l (icn.niii, i'i dis [sarques (Isard) à I Eisack. Puis, repartant di' Botzen et passant par la Rescheuscheiib ■< I. . il arriva dans la vallée de l'Inn puis dans celle du Rhin, par l'Arlberg cl le Wallgau an moyen âge. Vallis Orusiana); il la descendit, tandis que derrière lui Bes lieutenants luisaient les dernières résistances dans l'intérieur des Gr.sons, et rejoignit, à Bregenz, son frère Tibère. A partir de ce moment, les B> ixeneles ou Rrigantiiti sont considérés comme réellement tournis. Tibère, lui, était venu de la Gaule cisalpine, il avait remonté le Rhin, en passant, il doit avoir posé alors les fondement-, du Forum Tiberii (aujourd'hui Zurzach) et du camp fortifié de Vindonissa (Windisch près Brougg), — vaincu les Vindéliciens dans un combat naval sur le lac de Constance, les avait repousses au delà du Rhin et avait conquis leur pays jusqu'au Danube. En même temps, les dernières tribus libres des Alpes occidentales avaient été soumises, de sorte que tout le pays était pacilié. Dès lors les possessions de I Empereur furent entourées d'une couronne de petits états vassaux gouvernés par des princes indigènes, — tel Cottius, qui donna son nom aux Alpes Cottiennes, — ou de districts montagneux dirigés par des préfets impériaux. Les frontières de l'Italie se trouvaient en fait placées, non pas sur la ligne de partage des eaux, mais seulement au pied des montagnes.

Nissen fait, au sujet des Alpes suisses et de leurs dépendances immédiates à l'époque romaine la remarque suivante : «Dans la vallée de la Doire Baltée, la marche d'Aoste s'étendait jusqu'au Grand et au Petit Saint-Bernard. Au delà, dans le Valais et la Savoie actuels, se trouvaient de petites provinces alpestres». La Vallis Pwnina, qui s'étendait sur la rive Nord du Léman, jusqu'à Pennelocus (Villeneuve), peut-être même jusqu'à Vibisco(Vevey), et, sur la rive Sud, jusqu'à Saint-Gingolph, et à la Morge, était réunie sous la même administration que la Rhétie, qui ne fut érigée en province que sous Tibère. Le fonctionnaire placé à la tête de ce ;département avait rang de chevalier, et portait le titre de Procurator et pro legato provmeia> RœtitB et Vind''liciœ et Viillis Pœninae. Dans la partie orientale de ce vaste territoire, le Val Bregaglia, — qui tire son nom delà tribu des Bergalii, s'étendant jusqu'au Septimer et à la Maloja, et arrosé par la Maira, — fut rattaché au territoire de la ville de Côme, et par là même à l'Italie ; les vallées de Mesocco et de Poschiavo furent dans le même cas. De même la contrée dépendant de la ville de Bergomum (Bergame), avançait, depuis Auguste, assez loin à l'intérieur des Alpes. •■ La frontière italienne, dit Nissen, du côté de la Rhétie, coupait la vallée de l'Adige, probablement prés de Partschins, un peu au-dessus de Méran. et la vallée de l'Eisack près du défilé bien connu du Klausen, en amont de Brixen. Ainsi la plus grande partie du Tyrol méridional devint italienne. »

Nous avons cru devoir exposer ces faits un peu en détail, car ils ont une très grande influence sur le développement politique et religieux ultérieur des contrées qui sont aujourd'hui les Grisons, Uri, le Tessin et le Valais. L'administration commune qui, durant près de deux siècles, unit les Grisons et le Valais, fait seule comprendre pourquoi la vallée d'Urseren, qui est le trait d'union entre ces deux pays, parla roman jusqu'en plein XIVe s., et pourquoi avant que les gorges des Schôllenen fussent rendues praticables par la Stiebende-Brùcke et d'autres chemins, elle entretenait des relations plus étroites avec le couvent de Disentis par l'Oberalp. et avec la Léventine par le Saint- Gothard qu'avec les seigneurs du pays fixés à Altdorf. Seule aussi, l'organisation des provinces romaines explique pourquoi, au Moyen Age, l'évêché de Coire s'étendaità l'Est si loin au delà de nos frontières, et pourquoi l'évêché de Côme pénétrait si profondément dans nos vallées.

Toute l'administration était réglée sur les besoins militaires, quoiqu'il n'y eût en Rhétie que des cohortes et des troupes alliées (alo) et pas de légions. D'ailleurs, une intervention plus énergique n'aurait guère réussi. Le pays

était pauvre, ses produits, exportés dès bien avant la conquête, tels que le bois de pin, la poix, le bois de mélèze, i.i cire, le miel, le bétail, le fromage, les cristaux, étaient peu nombreux, quoi. pi.' appréciés. Certes le vin rhétique était la boisson préférée d Auguste, mais le seigle, l'orge et le froment que produisait le paye suffisaient à peine à Bes propres besoins On devait vivre plus frugalement ennui dans le Valais, car on n entend pas parler d'exportation. En général, on peut due que I administration impériale fut un bienfait pour les provinces alpestres. Si l'on en croit Strabon, 311 ans seulement après leur rattachement à l'Empire, elles étaient si bien soiimi-es. qu'elles [lavaient docilement les impôts et acceptaient le service militaire. L'an 69 de notre ère, leurs milices rendirent des services signalés au général romain Cecinadans sa guerre contre les Helvètes, et plus tard, on retrouve ces lils des Alpes comme soldats réguliers à Vindonissa et dans d'autres camps, certains fort éloignés. La romanisation qui, dans la plaine au delà du Rhin, rencontrait maints obstacles, faisait de rapides progrès en Rhétie proprement dite ; au point de vue linguistique, les éléments rhétique et celtique étaient peu à peu supplantés Cette romanisation fut plus complète et plus rapide encore dans le T> ssin et dans les vallées méridionales des 'irisons appartenant à l'Italie. C'est un l'ait significatif que les fortilications romaines, près de Promontogno, dont les ruines subsistent encore, aient correspondu assez exactement à la frontière des langues: le latin, d'une part, parlé par la tribu autonome des Bergalei, d autre part le dialecte lombard, prédominant de Cbiavenna.au val de la Maira 11 est remarquable aussi que dans la Valteline, habitée autrefois par les Etrusques, ainsi que dans les vallées de Poschiavo et de Mesocco, l'ancienne langue rhétique ait dû céder devant l'italien.

Il est impossible de dire quelles sont les localités des Grisons qui datent réellement de l'époque romaine. Dans les Itinéraires on rencontre Tinnetio = Tinzen; Mnrus = Promontogno et Caria = Coire. Cette dernière localité était la tête de la ligne du réseau des routes rbétiques commencé par Auguste et terminé par Tibère et Claude ; mais il semble qu'elle ne soit devenue la capitale de la Rœlia prima que sous Dioclétien (284-905 ap. J.-C), lors de la division en provinces, o De Reichenau, où conlluent le Rhin antérieur et le Rhin postérieur, partait une ancienne voie romaine, qui laissait Coire de côté et, par Tannins, Foppa, et le Kunkelpass [Cuncula) gagnait Vâttis (Vadwa), la Porta Romana, au-dessus de Ragaz, et Sargans » (H. Meyer). Sous Constantin |3'2'i-337) la province ainsi réduite fut rattachée sous le même nom à la préfecture et au diocèse d'Italie, tandis que le Tessin et les vallées de Poschiavo, de Bregaglia et de Mesocco, qui s'ouvrent vers le Sud, continuaient à appartenir à la province de Ligurie qui avait son chef-lieu à Milan.

Le sort du Valais fut autre. Des inscriptions nous apprennent que les quatre peuplades des Chères, des Sédunois, des Véragres et des Nantuates, dont les chefs-lieux étaient, respectivement, Sion, Martigny et Saint-Maurice (Agaunum ' formaient des communautés distinctes, et que le trafic par le Mons Pœninus était très actif. Les fouilles, de leur côté, permettent de conclure que les bains de Loèche étaient déjà fréquentés au temps d'Adrien, et que Brigue, Lens, Sierre et Conthey étaient également habités d'une façon stable. Sous Marc-Aurèle la Vallis Pœnina fut séparée de la Rhétie et forma, avec la Savoie voisine, un district qui fut administré par un fonctionnaire de rang inférieur: le Procurator Augusti Alpium Atrectiaiianuii et Pœninarum jure gladii. Le premier de ces noms reste inexpliqué, et nous ne connaissons pas les frontières de ce district atrectianus. On suppose qu'il s'étendait de la Morge à l'Arve, car sous Vespasien déjà, un légat de cet empereur, Propnvtor de l'armée en Haute Allemagne, intervint à la Forclaz de Prarion près de Saint-Gervais, dans un différend de frontière qui s'était élevé entre les Viimnenses (sic; non pas: Viennenses) et les Centrones. A côté de la nouvelle organisation provinciale des Grisons et du Tessin, dont il a été question plus haut, le Valais, le Chablais et le Faucigny furent, sous Constantin, réunis à la Tarentaise, formtnt un nouveau district, entre la préfecture d'Italie et les provinces gauloises. Son nom était Prooincia Alpium

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Grraiarum et Pœninarum. Elle 8e divisait en deux: la Civitas Centronum, avec Darantasia (aujourd'hui Moûtier en Tarentaise) pour capitale, et la Civitcu Vallensium, capitale Octodurum i Mai tignj |. Cette dernière localité qui déjà bous Tibère était le chef-lieu îles quatre canton penniques, reçut sous Claude le rang de au'-, en tant que forum Claudii, et participa ainsi au jus Latii. Lorsqui le christianisme fut introduit en Valais vers 350, Octodurum fut choisi pour siège de I évéché jusqu'à ce que celte dignité passai à Sion (vers 580). C'est la dernière fois que li' nom de Valais apparaît conjointement avec celui il Alpes.

(i. Les Grandes Invasions et les migrations ultérieures dans les Alpes. — Ce qu'on a coutume d'appeler n les Grandes Invasions», époque qui débute à l'arrivée îles Huns dans l'Europe orientale en :!7ii et Unit par la chute de l'Empire Humain d'Occident en 476, ne fui en réalité, pour les Alpes du moins, que la conclusion provisoire d'une longue période d'évolution, Riilimeyer la délinit ainsi: « Une nation après l'autre, c>>mme les vagues d'une marée montante, venait se heurter à la barrière des Alpes et s'y briser, laissant derrière elle des îlots de population qui se réfugiaient dans les vallées fermées des Alpes >>. Ceux qui vinrent en premier lurent les Alémannes qui s'établirent, dès 406 ou 407, sur tout le Plateau suisse; ils s'arrêtèrent d'abord à l'Aar et au pied des Alpes; plus tard, renforcés par des migrations colonisatrices, ils remontèrent la Sarine vers 454 et pénétrèrent dans les vallées de l'Oberland bernois. Ils lurent suivis, une génération après la première migration, par les Burgonaei. En 443, ceux-ci furent déplacés par Aétius des environs de Worms en Savoie (Sa^audia), d'où ils se répandirent d'un côté jusqu'à l'Aar, de l'autre jusqu'en Valais. Dans le pays qu'ils prirent aux Alémannes entre la Sarine et l'Aar, ils fuient assimilés et adoptèrent la langue alémannique. De même, l'allemand finit par prédominer sur le cours supérieur de l'Aar, et dans les vallées de la Kander et de la Simme, même après que ces contrées furent soumises à la domination burgonde. Dans le Valais par contre, c'est le français ou plus exactement le franco-provençal, qui l'emporta jusqu'à Loèclie ; c'est là l'origine des noms des vallées delà Viège, dans lesquels on avait cru trouver une influence italienne, voire sarrasine. Mais en amont de Viège et jusqu'au Grimsel, la suprématie de l'allemand importé par les Alémannes est incontestable: les noms de Reckingen, Blilzingen, Gluringen, etc. en sont la preuve. «Ainsi la frontière politique s'avança du côté de l'Est au delà de la limite des langues. Une ligne qui, partant du Haut- Valais, remontait le Grimsel et le Brunig, longeait le lac de Thoune, suivait de là le cours moyen de l'Aar jusqu'à son confluent avec la Siggern, en aval de Soleure, et, franchissant le Jura, s'en allait au Sud de BAle dans la direction de Sundgau, déterminait en Suisse, vers l'an 500, autant qu'on peut s'en rendre compte, la limite entre le royaume burgonde et l'Alémannie, devenue franque dans l'intervalle. Mais le royaume de Bourgogne passa aussi, en 534, sous la domination mérovingienne qui s'étendit dès lors sur toute la partie occidentale des Alpes suisses». (Dierauer).

Les vallées méridionales des Alpes qui, plus lard, partagèrent les destinées changeantes de la Haute-Italie, n'avaient pas élé touchées par toutes ces invasions ; de même les immigrants ne pénétrèrent pas d'abord dans la citadelle rhétique à partir du Nord. Mais, le royaume des Ostrogolhs fondé en 493, sur lequel réenait Théodoric, s'avançait du Sud vers les Grisons; c'est, là qu'après les catastrophes de 496 et 500, ce qui restait des Alémannes trouva appui et protection, jusqu'au moment où il fui soumis à la domination franque en même temps que les populations rhélo-romanes, vers 538.

Bien que, pour la première fois depuis l'époque romaine, le pays alpin tout entier fût ainsi soumis à une administration .unique, on ne saurait encore parler d'une Histoire des Alpes et pas même encore sous les Carolingiens. Nous n'avons que de très maigres renseignements sur l'intérieur du pays où, sous un autre nom souvent changé, le vieil état de choses continuait à subsister. 11 n'est question d'économie alpestre ni dans la Lcx Burgondionum t\u roi Gondebaud (vers 500) ni dans le droit public des Alémannes, dont la codification définitive date de

717-719 Dans le testament de Telle-, évêque de < l < ■ i i<? (766) où ce Victoride, lils d un prssset Rsetùe. lègue aux huis églises de Sa in te- M a ne. Sainte-Martin et Saint-Piern li. sei Hua » (Disemis), lea biens qu'il possédai) dan- la vallée du Rhin antérieur, il est bien question d'un certain nombre de fiefs, tels que Sagens, Brigels, llanz et Trons et d'alleux à Lugnezel Obt-rsaxen, mais quelquesuns seulement sont désignés comme t Alpes i tel que

où 'i et Naulo (Naul da metzi. Et ici, la culture des champs et l'exploitation des pâturages reposaient sur de très vieilles coutumes, qui n avaient jamais été sérieuseii! nt menacées. Mais, en dehors des Grisons, nous ne

n- a cette époque de- localités un peu importantes

et des vallées habitées qu'au pied des montagnes, liellin-

zone (Bilitione ou Bellitiona) n'est mentionnée pour la première fois qu'en 590, Uri en 732, Scherzligen et Spiez en 701, Lucerne vei - 840.

Les expéditions guerrières même n'ont fait qu'effleurer nos Alpes pendant les Invasions. Si Ton pouvait se fier davantage aux notes fragmentaires du Byzantin Ammianus Marcellinus, qui était presque contemporain de ces événements, on admettrait que l'Empereur Constantin a fait une campagne contre les Alémannes t\u Linzgau (354). Partant de Milan il aurait traversé les Cam/pi Canini, dans la plaine du Tessin, entre Magadino et liellinzone, connue par ses chaleurs torrides Hum1 hitze) et passé ainsi le Saint-Bernardin. Mais la mention du lac de Constance dans la description rend le fait suspeet. Les Guerres Alpines des Francs contre les Lombards qui occupaient l'Italie depuis Alboin (568 mais qui ont eu grand peine à pénétrer profondément dans les montagnes de la Hhétie, méritent peut-être plus de créance. Il est très douteux (pie la tour de Didier à Stalvedro en Léventine et celle dites « des Lombards» à Hospental dans l'Urseren remontent à cette époque. Quand, en 590, les Francs attaquèrent les Lombards, ils partagèrent leur armée en trois colonnes. D'après Grégoire de Tours, celle de droite attaqua Milan, après avoir peutêtre passé le Grand Saint-Bernard, celle de gauche doit avoir traversé le Sept i mer, car elle atteignit Côme par Chiavenna. L'armée du centre semble être descendue du Saint-Bernardin, car elle vint attaquer, assez imprudemment, Bellinzone, où son chef Olo trouva la mort (Œhlmann). De la victoire que Cbarlemagne remporta en 773 sur Didier, la campagne de son oncle Bernard seule nous intéresse ; parti de Genève, il traversa le Mont Joux (mons Jovis ou Grand Saint-Bernard). Ensuite des luttes entre le Pape et l'Empereur (Querelle des Investitures) et de l'apparition de puissances territoriales, l'époque qui s'étend de la fondation du Saint Empire romain-germanique aux débuts de la Confédération suisse amena plus de vie et de mouvement dans les Hautes Alpes.

C'est alors que nos Alpes furent traversées par un nombre incalculable de pèlerins allant à Rome, de marchands et d'agents politiques, de princes et de princesses fugitifs, de rois allemands allant se faire couronner à Rome, ou en revenant. Nous donnerons plus loin une vue d'ensemble et quelques exemples types de ces événements. Mais souvent aussi nos montagnes retentirent à cette époque « sans lois » de cris de guerre ou d'appels au secours poussés par les voyageurs attaqués. Des peuples inconnus jusque là y tirent leur apparition. Parmi ces derniers, citons les Hongrois et les Sarrasins. — car nous ne croyons nullement à la présence des Huns dans le Val d'AnnivierSj des brisons dans le haut Ilasli, des Suédois dans lès Waldstâtten.

Les Hongrois apparaissaient pour la première fois, dans la Marche orientale allemande en 862; en 899, ils pénètrent en Italie en traversant les Alpes orientales ; en 901, nouvelle irruption qui ne sera pas la dernière. Là, ils se mettent au service du margrave Bérengar d'Ivrée, qui était en guerre contre Rodolphe de Bourgogne; ils quittent le pays en 924 et, par le Mont Cenis, passent en Gaule. En 926, venant de Souabe, ils pillent le couj vent de Saint-Gai 1. Ce doit être à ce moment ou un peu plus tard qu'ils traversent l'évêché de Coire.

Les Sarrasins restèrent plus longtemps encore et firent plus de mal. Venant d'Espagne, une bande pillarde de ce peuple s était installée, en 888, à Fraxinetum (Gardo- Frenet, près Fréjus, dans le Var). En 900. elle traversa

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les AI|h idi ni.li>' . el en 913, Be fixa défînitivemi m à

Acqui, sur la Bormida, non loin d'Alexandrie. En 921, on les trouve au Grand Saint-Bernard, où ils dépouillent les pèlerins anglais 8e rendant à Rome. Leur présence j «'■ t ; n 1 1 tolérée, ainsi qu'en Italie, en vertu d un accord conclu entre le roi Hugo el son adversaire le margrave Bérengar il«'-ja cité. En 936, ils passent les Alpes, nous ignorons par quelle voie, et pillent I évêcné de Coire, qu'Othon ["d'ailleurs dédommagea par la donation des terres et de la collation de Zizers (Acte du 28 décembre 955). En 940, c'est le tour de Saint-Gall de recevoir leui visite. La même année ils brûlent Saint-Maurice, ainsi que le constate à son très grand regret l'évêque Ulrich d'Augsbourg, qui avait auparavant aussi visité le couvent d'Einsiedeln, ronde, à ce qu'on dit, en 8(il. bien qu'en 941, Iraxinetum, leur berceau et leur repaire, fût tombé entre les mains d'Hugo, comte de Provence et roi d'Italie, la haine que celui-ci portait à Bérengar ne leur valut pas seulement une capitulation honorable, mais même la tâche de garder la frontière entre la Souabe et l'Italie. Bérengar menacé par Hugo d'avoir les yeux crevés s était enfui, en 941, en Souabe, en passant par le Jupitersberg (Mont Joux) tandis que sa femme Willa, alors enceinte, avait pris par le Vogelsberg (Saint-Bernardin). Tous deux furent accueillis fort amicalement par le duc Hermann et le roi Ollion, qui espéraient s'en servir comme gage vis-à-vis d'Hugo. Mais les Sarrasins, qui gardaient les cols des Alpes, empêchèrent quelque temps Bérengar et ses espions de retourner en Italie; ce n'est <|u"en 94ô qu'il y parvint en passanl presque incognito par le Vinstgau. On n'est pas au clair sur l'extension vers l'Est de la surveillance des Sarrasins ; j'ai renoncé depuis longtemps à l'idée qu'ils auraient gardé les passages de la vallée de Saas. Lors de son retour en Allemagne, d'où il était venu par le Brenner, le roi Ollion ["> traversa le Septimer avec sa nouvelle épouse Adélaïde, — fille de Rodolphe et veuve de Lothaire — que poursuivait Bérengar; il n'y fut pas, que nous sachions, molesté par les Sarrasins, qui peu de temps auparavant avaient dévasté l'évèché de Coire. Mais ceux-ci continuèrent longtemps encore leurs pillages dans l'Ouest. L'église de Bourg -Saint -Pierre possédait autrefois une inscription qui devait avoir été composée entre 1019 el 1038; elle faisait allusion aux maux que souffrit par eux le Val d Entremont. En 973 encore, ils firent prisonnier, à Orsières, Majolus, abbé deCluny, qui revenait de Rome, et exigèrenl de lui et de ceux qui l'accompagnaient, une rançon de 1000 livres d'argent. l'eu après ils disparaissent de l'histoire des Alpes et après qu en 1(>38 l'Empereur Conrad 11 eut réuni sous sa ferme domination l'Alémanme et la Bourgogne, les Alpes connurent la tranquillité pour des siècles.

Après une longue interruption, due aux luttes entre le pape et l'empereur, qui commencèrent avec Grégoire VII (Querelle des Investitures), luttes dans lesquelles Burgondes et Alémannes furent de nouveau séparés, une nouvelle réconciliation se lit. Quoique passagère, cette réconciliation fut importante pour l'avenir lorsque, sous Berthold V de Zàhringen. les alleux des bords de l'Aar et de l'Emme et ceux de l'Oberland bernois furent rattachés au Rectorat de l'Evêché de Sion, et à l'autorité (Ilausmacht) des vassaux que les Zàhringen avaient dans le pays d'Uii et l'Oberland grison. Cela ne se lit pas sans luttes ; on parle d'une victoire du duc dans la vallée de Grindelwald en 1191 et d'une défaite dans le Valais, en 1211, près de la Villa Gestinum, localité que l'on a recherchée dernièrement non pas près d'Obergestelen dans la vallée de Conches, mais près de Niedergestelen dans les environs de Rarogne (d'après W. A. B. Coolidge A*G 1916). L'expédition n'aurait pas passé le Grimsel, mais le Lôtschenpass. On n'a pas de détail sur l'extension de la puissance des Zàhringen dans les Alpes, qui prit fin à la mort de Berthold V, mort sans enfant le 12 février 1218. Mais son influence est évidente. Nous pouvons nous en faire à peu près l'idée suivante : « Dans le pays habité par une population delangue romane, ainsi que ie prouvent certains noms de lieux et des restes du dialecte qu'elle parlait, et qui s'étendait de Truns et de Tavetsch à travers la vallée d'Urseren et le pays d'Uri. jusqu'à l'Oberland bernois et au Haut-Valais, pénétrèrent, dès le haut Moyen Age et jusqu'au XIL' siècle, des paysans de raceger-

ii' migration, dont on sailTort'peu de chose, créa des colonies germaniques non eulemenl dans les VNaldstâtten el le Haut-Valais, mais aussi dans I Oberland

Carte de I Albula, d'après les Ilinera alpina, de .l.-.I. Scheuchzer, 1723.

bernois, dans les anciennes possessions du couvent d'Einsiedeln el ailleurs. » (Muoth).

La présence des Zàhringen dans [es Alpes depuis le XI siècle est prouvée par des noms de personnes et de châteaux du territoire de l'Abbayeprineière de liisentis qui, par ses princes et ses conventuels, étail en relation avec le Valais, Uri, voire Berne et des contrées plus éloignées encore. Il en est de même dans le pays d'Uri. Ce n'est certes pas un hasard que tout pies du château de Rinkenberg, dans l'Oberland grison, château qui appartenait aux Zàhringen, il y ait de nos jouis encore un \illa^'

qui s'appelle Zignau ; que les ns de Oppligen el de

\\ iler, aussi bien près de Seedorfdans le canton d'Uri que près de Kiesen et de Brienz dans celui de Berne, remontent à dis fondations des dynastesde Brienz-Ringgenberg, eux-mêmes apparentés aux sires de Rarogne en Valais, aux Schweinsberg-Attinghausen de l'Emmenthal (i du pays d'Uri, et aux von Signan de l'Emmenthal, a Cette famille, dont, en 1146, les terres étaient dispersées entre la vallée du Ri ône, le pied de l'Urirotstock et le lac de Bienne » (Durrer), semble être originaire du pays, l'ne quantité d'alleux unterwaldiens appartenant à des gens île Brienz, marquent la route qu'a suivie vers Uri leur colonisation, et cela avant le rectorat des Zàhringen. Nous pouvons ainsi constater touj s plu- clairement la puissante poussée qui, au XIIe siècle, amena les Alémannes de la vallée du llasli et du lac de Brienz dans le Valais. Uri et les (irisons. Il est certain que les Zàhringen ont. sinon provoqué directement, du moins favorisé ce mouvement qui était dans leur intérêt. Après leur disparition, il ne s'est pas arrêté, mais parfois, sous les nouveaux dynastes, il a pris une autre direction, à l'occasion il a même changé de sens.

Au XIIIe siècle apparaissent dans les Alpes, à côté des Brienz-Ringgenberg et de leurs parents, les Wâdiswil- Unspunnen et les Eschenbach, qui furent dépouillés peu à peu, par le couvent d'Augustins. fondé en 1130, à Interlaken, de tous leurs droits baillivaux, à Grindelwald et dans la vallée de Lauterbrunnen, ainsi que les sires de Rarogne, ceux de la Tour-Châtillon (en allemand vom Turin zu Gestelen). les majors du Simplon et de Viège e' les comtes Blandrate.

Les Seigneurs de Gestelenburg ajoutèrent à leurs possessions primitives, dont faisait aussi partie le Lôtschental, depuis 1233, des terres dans la vallée de Loèche (1252) à Zermatt et à Saint-Nicolas, à Sierre et (peut-être) dans

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le Val d'Annivlers, si bien qu'à la lin du XIII" siècle, Jean de La Tour étail le plus puissant seigneur du Valais. Nous dirons dans la suite quelques mots des déplacements de population dont il est l'auteur. Dans le majorât de Viège. dont dépendait la vallée de Saas, les comtes de Hubschbourg, qui possédaient également des terres dans ce qui devait être plus tard les Dixains de Brigue, de Naters et celui de C.onches, furent remplacés par les île Gastello. Ces derniers possédaient aussi des terres dans le val di Vedro, à Antigorio, à Formazza et à Ànzasca, et nous les retrouvons comme vidâmes de Sion, Naters et Conches. Hoppeler a établi que le majorât du Simplon avait passé successivement entre les mains de Guillaume de Môrel, Jocelyn de Castello, Henry et Rodolphe de Rarogne et, dès 1257, dans celles d'une famille de ministériaux dont La Tour était un lief île la mensa Episropalis de Sion. Le dernier d'entre eux, le jeune sire Jean I", avait épousé la tille de VVerner II d'Attinghausen, landammann d'Uri: en 1334-, il vendit ses droits sur La Tour et le majorât du Simplon à l'évèque de Sion; sa veuve, Ursule, se retira dans le pays d'Uri.

L'origine des comtes de Rlandrate se perd au X" siècle dans la confusion suscitée par les luttes pour la possession de la royauté en Italie. Nous en trouvons d'abord une branche dans le val Sesia inférieur et dans l'Ossola; elle n'apparaîtra que plus tard en Valais. Ces comtes mirent peu à peu la main sur l'héritage des Ornavasso, au bord du lac Majeur, et sur ceux des barons de Castello et de Viège ; ils réunirent à ce domaine une grande partie des fiefs du Haut- Valais qui relevaient de la Table épiscopale de Sion. Leur puissance arriva à son apogée en 1250. quand Godefroy 111 de Blandrate se maria. En 1249 il avait hérité en commun avec Jocelyn de Viège (de la maison de Castello) de tous les droits qu'avait Thomas sur son vidomnat de Sion. Sa femme Aldisia, tille de Pierre de Castello, major de Viège, lui apporta, à la mort de son père, en 1259, le majorât et les deux vallées de la Viège, car les femmes héritaient de ces liefs. En 1250, Godefroy avait aussi acquis, par un accord amical, tous les vassaux que Pierre Crolamonte de Castello avait dans le val Anzasca ; en 1262 enfin, Macugnaga disparaît du rôle des biens du couvent d'Arona. Ainsf les Blandrate pouvaient à leur guise commander la grande migration valaisanne dont nous allons parler.

L'excédent de population germanique qui, au Xe siècle, déborda de l'Oberland bernois, s'écoula en partie vers les vallées méridionales des Alpes, dont les habitants, peu nombreux, parlaient un dialecte roman. Nous décrirons ici ces migrations dans l'ordre géographique, d'Est en Ouest, qui ne coïncide pas avec l'ordre chronologique, sur lequel nous sommes mal renseignés. Pour arriver dans le val d'Antigorio, ils ont probablement pris par le Gries qui n'est, en somme, que la continuation du Grimsel. Ils s'installent dans cette région et s'étendent jusqu'à la frontière d'Unterwald. Partant de Pomat, ils semblent avoir atteint à l'Est, Gurin (Bosco), dans le Tessin (la première mention de l'église de ce village remonte à 1253) en pas-ant par la Furka inférieure, et, à l'Ouest, Saley et Ager. Ceux qui ont passé le Simplon ne paraissent pas être descendus, au Sud, plus loin que le délilé de Gondo qui forme encore à l'heure actuelle la frontière entre l'allemand et l'italien. En 1301, nous rencontrons, à côté de Rossinusde Formazza et de «Johann von Piliana im Eschental », un certain Qualterinus du Simplon, bailli des Walser duRheintal. Où il faut chercher Piliana im Eschental, je n'en sais rien. Jusqu'au XVe siècle, la Toce inférieure n'est peuplée d'Allemands qu'à Ornavasso (Urnavâsch). Il n'est pas possible de savoir comment ils y sont arrivés, car ils sont tout à fait séparés des autres colonies allemandes de la Haute-Italie. Les rapports ecclésiastiques qui se sont maintenus, depuis des temps immémoriaux et, dans la tradition populaire, jusqu'en 1842 avec Naters et Glis, s'expliquent par les relations que les sires d'Ornavasso entretenaient avec le Simplon et la vallée du Rhône. A côté de Jocelyn de Naters apparaît un Jocelyn d Urnavas, prébende de la collation du Simplon. C'est par le Simplon ou par le val d'Anzasca que les Teutons (Teutouici) doivent avoir atteint le lac Majeur. Quant à Macugnaga, ils y sont arrivés incontestablement par le Monte Moro, d'où

ALPKS (LES)

ils sont descendus le long de l'Anza, jusqu'à Pestarena et Rannio. Le l(> août 1296, à Almagell, dans la vallée de Saas, un certain Burginer, notaire, rédige un acte, par lequel, d'une part, les gens de Solxa (Saas), Morganum (Stalden), Zauxon (Saint-Nicolas) et Pratoborno (Zermatt), représentés par Jocelyn de Blandrate, major de Viège, ceux de Valenzasca et de Macugnaga, d'autre part, représentés par leurs syndics, déclarent vouloir mettre fin à leurs vieilles querelles par une paix durable, et tomber d'accord sur la question du trafic frontière, en particulier sur les relations avec Novarre et Valsesia. Ce document prouve, ainsi que celui de 1260 dont il y a été question plus haut, l'existence de relations

Les sources et le glacier du Rhône, d'après les IHnera alpïna, de J.-J. Scheuchzer, 1723.

i dès longtemps réglées entre les populations parentes qui habitaient les deux versants du Monte Moro. La majorité des habitants parlaient certainement déjà allemand, sans quoi les documents de 1296, 1297 et 1300 n'employeraient pas uniquement les noms allemands de Stalden, Martiswald et Saas, tandis que les signataires et les quelques libres cités ont des noms romans. Du val Anzasca, les Allemands pouvaient arriver à Rimella par le col de Baranca ou de Dorchetta. De là partaient des routes qui menaient à Bima et peut-être aussi à Carcoforo (Kirchhofer) dans le val Sermenza. Le document de 1291 et un accord conclu le 31 août 1270, à Brussone, entre le margrave Iblettus d'Aoste. seigneur de Challant. et les gens de Valsesia, nous indiquent la route que doivent avoir suivie les Allemands de Macugnaga dans leur marche vers l'Ouest. Elle conduisait à Alagna par le col Turlo, le grosse Tùrle, comme ils l'appelaient. A Alagna comme à Pestarena et à Gondo, se trouvaient des mines d'or qui les tentaient; ils se répandirent de là, en amont, jusqu'aux sources de la Sesia, où toutes les Alpes portent des noms allemands, et en aval jusqu'à Pregemelle (Riva) dont ^Egidius Tschudi dit : grosse Kilchori. tùtscher Sprach, Pregmello oder Pressmelch im Tal

ALPES CLES

ALI'KS iLKSi

Sesia, l>;ms le voisinage de cette localité, mentionnée

déjà en 1217. lis traces allemandes sont particulièrement Fréquentes dans If Val <li Sogna et à Valdobbia. Du Val di Sogna des sentiers très praticables les auraient conduits dans la partie inférieure de la vallée voisine de la Lys, où leurs tiares -mit aujourd'hui perdues. Mais il est plus probable qu'ils allèrent directe nient ,11 Valais à Grensoney, aujourd nui encore le centre du germanisme au Sud du .Muni Rose, en passant par le col du Théodule, les Alpes supérieures d'Ayas et la Bettafurke ; les chalets de Verra mil dû faire partie primitivement de la paroisse de Praborgne, et les environs de San Giacomo, l'église paroissiale supérieure, s'appelèrenl longtemps « le canton des Allemands ». Les relations très suivies «pu- les Beigneurs de Challant entretenaient avec l'évèclié de Simi, autorisaient ce passage, et l'accord de 1270, qui interdit la mute aux «pillards du val Anzasca qui reviennent du val Challant», prouve que c'était un t'ait coutumier. Le col d'Ollen permettait aux gens de (Iressoney de communiquer avec leurs compatriotes du Valsesia. Un peuple si répandu devait être nombreux. Une émigration en sens inverse, partie de la vallée

Carte de 1 Urseren. cl après 1rs Itinera alpina, deJ.-J. Scheuchzer, 1723

de la Lys, ne se produisit qu'à l'époque de la Réforme et encore seulement sous la forme d'un départ de quelques familles de commerçants qu'on retrouve à Berne, à Zurich, à Constance et jusqu'à Augsbourg. Cette migration, dont nous pensons pouvoir fixer le début au XIIe siècle, ne pouvait se faire sans le consentement des seigneurs sur les terres desquels elle passait. Et elle ne fut qu'en partie spontanée. Preuve en soit le fait qu'en 1260 .locelyn de lilandrate se réserve catégoriquement le droit d'envoyer dans la paroisse de Viège ceux de ses nouveaux sujets du val Anzasca qui refuseraient l'obéissance, et de les y retenir: quod dictus dominus mu nés possit capere in persona et rebits eos et suos heredes et eos et eas /mssit ducere ad plebatum Vespiœ et in ea delinere.

La pression exercée sur les migrations des Walser et des gens du Lôtschental auxquels nous arrivons maintenant est plus évidente encore. Nous avons déjà rencontré une colonie de ces hommes, à moitié libres, dans le Rheinwald en 1301. Ils semblent être des descendants de ces Teutons de la vallée de Schams à qui Waller IV de Vais accorda une charte le 10 octobre 1277; cette dernière renferme les principes de ce qui deviendra plus tard le " Walserrecht ». La seconde colonie allemande du Rheinwald (Vallis Rheni) semble être Safien. Le nom cleNufenen indique le chemin qu'ils suivirent ; ils paraissent, en effet, a\oir franchi le Safienberg qui est facilement accessible. Nous les y trouvons en 1326, organisés en

commune indépendante, ayant son ammann et ses conseillers judiciaires (échevme) propres; néanmoins son elui de Rheinwald. Une autre commune d homlibres, qui avait pour patron St-Theodule et dont le dialecte prouve l'origine valaisanne, -est fondée, semblei-il, entre 133b et 1383 à Tschappina sur l'Heinzenberg. Se- habitants douent être arrivée là de Salien en passant la «Stage», le Glaspass. Ile même aus-i, le hameau de Tenna. situé très haut sur la rive gauche de la liahiusa, doit avoir été fondé, à une époque qu'il est impossible de préciser, par des colons venus de Salien. Il -emble qu'on puisse aussi considérer comme une preuve de l'origine valaisanne de- habitants allemands d'Obersaxen, les faits que la fête du village tombe le jour de la St-Théodule, et que, en 1398, le seigneur de Rnàzûns se porte garant de son gendre Guiscard de Rarogne, en engageant son bien d'Obersazen. Vais "st aussi une de ces colonies allemandes. Dans le rôle des redevances dues aux seigneurs rédigé en latin par le bailli de Vais apparaissent dès le début du XIII -. dans la partie romane de la vallée, des noms allemand-. Il e-t probable que ces colons sont venus du Rheinwald en passant par le Valserberg ; Saint- Pierre, patron du Rheinwald. figure également sur le sceau de Vais en 1551.

I m série de documents du XIV" s., mentionnent aussi de nombreux noms germaniques à Valendas et à VVrsam qu'on atteint facilement de Tenna. Il faut ajouter qu'à ( ihirsaxen, Versam et Valendas, mi parle un dialecte valaisan. D'après un document de I289. les seigneurs de Vals- Werdenberg ont donné la vallée de Davos en fief héréditaire à un certain Cuillaume et à ses compagnons; l'ainmann était responsable de la perception des redevances. Â côté de ces habitants d'origine récente, dans les arides vallées latérales de Clavadel, Fluela, Dischma, Sertig et Laret se trouve une vieille population romane. Le dialecte qu'on parle aujourd'hui encore à Davos ne laisse aucun doute- sur l'origine valaisanne de maître Guillaume et de ses compagnons. Les Walser de Davos se répandirent bientôt dans le Pràtigau, à Churwalden et jusque dans le Vorarlberg. Les habitants du val d'Avers parlent aussi un dialecte valaisan inaltéré. Seul un Valaisan peut comprendre comment leurs ancêtres ont pu passer avec leur bétail par les sentiers, véritables casse-cou qui mènent de Schams dans le Haut -Avers qui a des communications plus aisées avec la route du Septimer par des cols praticables quoique élevés. Leurs colonies ont aujourd'hui complètement disparu du Calfeisental. ensuite de migrations vers Sargans à partir de 1477. Mais au XIV1 s., nous y trouvons encore des gens portant des noms allemands; ils dépendaient de l'abbé de Pfàll'ers «selon le droit des Walser » et reçurent de lui, en 1346, l'Alpe de Sardona. Un Amanenguot de 1379, et VAmmartnsboden (biens, terre appartenant à l'ammann) indiquent leur situation juridique; mais c'était des gens disséminés qui ne formaient pas une commune organisée. Le dernier ammann est mentionné en 1518. Ces détails ne nous donnent pas une vue d'ensemble satisfaisante, mais il est certain que les relations de parenté qui unissaient aux dynastes du Valais les Vatz et leurs héritiers, les Werdenberg-Sargans, permirent d'utiliser cette force populaire inemployée pour améliorer la colonisation de leurs domaines montagnards des vallées du Rhin antérieur et postérieur, du Landwasser, de la Landquart et jusque dans l'Oberland Saint-Gallois qui n'étaient habitées que par une population romane clairsemée. .Mais les re-

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lations entre seigneurs et communes indépendantes, de la Reuss au Rhône, étaient très actives, elles aussi. Rien des faits le prouvent, nous en citerons quelques-uns : en 1 354 . le chevalier Jean d'Attinghausen. landammann d'Uri, est en même temps recteur du Valais en amont de Viège (il ne s'agit pas là, d'ailleurs, d'une nomination faiti' par l'empereur) ; Conrad de Silenen, le (ils du landammann d'Uri en charge en 1291, se rend à Viège où il épou>e une riche héritière, et fonde une petite dynastie; enfin, en 1346, les communes de Viège, Naters, Morel, .Ernen et Munster concluent une alliance avec la communauté d'L rseren afin d'assurer la sécurité de la route du Saint-bothard.

Trois noms dominent l'histoire de la migration des habitants du Lôtschental. Ce sont ceux de Pierre IV, Jean Ier et Pierre V de La Tour-Châtillon. Le premier partit en campagne pour vider par les armes une querelle de vassaux qu'il avait avec Roniface de Châtiant, évêque de Sion ; il était à la lète des troupes des sires de Rarogne. Naters, Viège et Morel, augmentée d'un fort contingent de montagnards de l'Oberland bernois, venu par la Gemmi. 11 subit une sanglante défaite à la «Seufzermatte» près de Tourtemagne (P294) et dut accepter la paix proposée par le roi Albert. Mais il n'adhéra pas, comme l'avaient fait Jocelyn de Viège (de la famille de Rlandrate) et la commune de Loèche, à la convention signée le 4 février 1296, pour une durée de dix ans, entre Rerne et Sion. Son 11 ls Jean continua sa politique hostile à Rerne, dont la puissance croissait, et aux Waldstatten ; il épousa de même sa querelle avec l'évêque de Sion, ce qui devait causer la ruine de sa maison. Elisabeth de Vvàdiswil, qu'il épousa vers 1294, lui avait apporté en dot des terres situées dans la vallée du Rhône, le Lôtschental et le long de la L>ala ; il acquit en outre un certain nombre de propriétés dans l'Oberland bernois, entre autres à Frutigan et dans le Kiental. Il était très lié avec Pierre de Wissembourg, qui avait épousé sa sœur, et Jean de Ringgenberg, dont la femme était la sœur d'Elisabeth de Wâdiswil. Felsenburg, Mùlinen et Scharnachtal sont cités également dans divers documents comme appartenant à la famille de La Tour ; il en est de même encore des terres de la vallée inférieure de Lauterbrunnen, pour autant qu'elles n'avaient pas passé de la famille de Wâdiswil au couvent d'Interlaken. TataiinotV a montré en effet qu'en 1240 Walter de Wâdiswil, d'accord avec sa mère, Ida dTnspunnen, avait vendu au couvent l'Alpe de Sefinen, ainsi délimitée : von Brûnlin und von Fortegg uf unz an den Grdt und von Spizzevegga in unz uf Sevifurgen. Depuis la mort du beau-père de Jean de La Tour, en 1302. les routes de Lôtschen à Lauterbrunnen, par le Lôtschenpass, le Dùndengrat et la Sefinenfurgge, étaient ouvertes à ce dernier. Il pouvait mettre à exécution les plans de colonisation de ses terres bernoises par des serfs valaisans qui depuis un siècle déjà étaient soumis. S'il redoutait le premier de ces cols, d'ailleurs peu dangereux, mais où se trouvaient des glaciers, il avait la ressource de faire passer ses gens de Kippel à Loèche-les-Rains, déjà fréquenté par les Romains, par le col du Resti ou celui de Faldum ; il pouvait encore traverser la Gemini (qui fut l'objet, en 1318, d'un dilférend de frontière qu'il trancha) pour gagner Kandersteg. A la rigueur aussi, si les gens de Lôtschen préféraient ne pas emprunter le Dùndengrat, assez difficile, il leur était loisible de suivre simplement le cours de la Kander jusqu'à Scharnachtal, toujours sur le territoire des de La Tour; de là, ils gagnaient facilement le Kiental. C'est une de ces routes que doivent avoir suivies les « Lotscherra » que nous trouvons, en 1306, seshaft uf Planalpa (au-dessus de Rrienz). Là ils concluent un marché, et demandent l'apposition du sceau du prieur d'Interlaken, et den rromen man herr Petern ami Turme (Pierre IV de La Tour), uusern gnedigen herrn und achirmeren no der Gewanheit to die Lôtseherra untz har sint underime gesm. Ainsi ils resient encore sous la protection de Pierre de La Tour, quoique se trouvant déjà dans le bailliage de Rrienz ou sur des terres appartenant au couvent d'Interlaken. En 1331, doit avoir lieu une seccnde migration dont les participants se désignent : nos chin n limita* dicli Lôtseherra, parrocliiani eedesir de Sleige (Gsteig près Interlaken), oc universi et singuli

partent habentes in monte seu alite dicta Serina et in batio dicto im Taie, sitis in Lauterbrunnen ; et ils renouvellent le serment de fidélité prêté à l'église d'Interlaken. En 1341, à côté d'autres, Burchardus et Conradus fratres dwti Lôtscher, habentes nonnginta annos et citra, testes jurali, remettent sous serment les titres de possession de la terre de Gsteig à un représentant de l'évêque de Lausanne. Ces deux vieillards, au surplus, n'étaient pas natifs de la vallée; un petit fait l'indique : les 23 ressortissants du couvent qui en 12vt5 tenaient en fief l'alpe de Sevinen portaient tous des noms du terroir : Rischotl', Holiren, Rrawand, etc. En l'an 1346 Pierre V de La Tour-Châtillon, — fils de Jean, mort en 1324, — vend pour le prix de 500 florins d'or, à l'église d'Interlaken, min lùte die genemmet sint die Lôtscher, und gesessen sint ze Gimelwalt, ze Mùrren, ze Lulerbruunen, ze Trarhsellowinen, ze Sichellovuinen, ze Amerlon, und wa sie sint in der parrocliia von Sleige grsessen, und ouch die Lôtscher die ujjen Blanalp gesessen sint, in der parrocliia von Hrienss. Ainsi c'en était fait des colonies des « Lôtscher» dans l'Oberland bernois. Ils restèrent dépendants du couvent (Gottesbausleute) jusqu'à sa suppression. Mais leur esprit valaisan d'indépendance réapparaît dans les révolutions de 1349 et 1409. En 1395, Antoine, fils de Pierre V, se désista en faveur du couvent d'Interlaken des quelques droits qu'il conservait encore sur Lauterbrunnen, Gimmelwald. Mùrren, et Ammerten, et du droit de collation sur l'église de Fruligen. C'est de Frutigen que partirent les derniers Lôtscher; ils passèrent par .Eschi et Wimmis, pendant quelque temps possession des de La Tour, nous les rencontrons en 1348 et 1353 dans la contrée de Rlumenstein et dans celle de Rurgistein en 1305, 1316, 1331 et 1356. Dans ces deux localités, les droits de possession des sires de Rarogne sont établis par des documents ; il semble que Jean de La Tour en ait eu également.

Nous abandonnons maintenant ce sujet pour dire quelques mots rapides des

7. Cols et routes alpestres. — Polybe ne connaissait aucun passage dans les Alpes suisses; le seul dont il parle, le ôià 'Pamov (Strabon IV, 6 § 12) se trouvait dans les Alpes orientales. Tite Live ne nomme que le Mons Pœni/ius (XXI, 38). La Tabula Peutingeriana et 1' 7 tinerarium Antonini citent les deux routes romaines qui, partant de Côme, aboutissaient à Coire, l'une par le Splugen, l'autre par le Julier. Toutes deux d'ailleurs avaient été reconstruites sur des chemins antérieurs. On a trouvé dans lOberhalbstein des monnaies massaliotes frappées en Italie. L'antique colonne du Julier prouve que des divinités Vocales étaient adorées là, et les noms de Tarvessedum et de Splugen sont rhétiques. 11 est-fort possible aussi que des marchands aient occasionnellement traversé les Alpes entre le Grand Saint-Rernard et le Splugen : les objets en bronze et les monnaies romaines qu'on a trouvés au col du Théodule et au Simplon semblent le prouver. Mais ces cas étaient rares et ne concernaient que le trafic local.

Le nombre des passages augmenta beaucoup au Moyen Age. Quelques-uns, que des glaces plus ou moins abondantes obstruaient, n'étaient pratiqués que très irrégulièrement. Ce sont : Le col de Fenêtre qui conduit de la vallée de Ragnes à Valpelline, les troupes savoyardes y passèrent en 1234. Le roi de Collon, entre Evolène et Valpelline; Sébastien Munster en parle, en 1544, comme d'un passage fréquenté depuis très longtemps. Le col de Saint-Théo Iule, de Zermatt à Valtournanche avec des chemins latéraux conduisant dans le Val Challant. Les Passi di Bondo et di Zocca, entre le val Eregaglia et la Valteline. D'autres passages, par contre, avaient des routes carrossables, ou tout au moins des chemins muletiers, et étaient régulièrement emplovés ; ce sont de l'Ouest à l'Est :

1. Le Grand Saint-Rernard, doublé par le col Ferret et allant de Martigny à Aoste. L'hospice date du XIe s. C'est par là que passèrent, de 774 à 1414, les empereurs allemands se rendant à Rome.

2. Le Monti: Mono, entre Saas et Macugnaga, qui est utilisé en tout cas depuis 1250.

3. Le Col d'Antro.va, de Saas à Antrona ; un document de 1217 le mentionne sous le nom de via strata.

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\. Le Sihplon, de Brigue à Domodossola : l'hospio i si cité en P'35.

5. Le Col n'Ai. nui n, qui conduit de Binn dans le Val d'Antigorio esi connu depuis le débul du Moyen Age.

6. Le Col de Gries, entre Ulrichen et Pomat, passe, dès 1325, pour le chemin le plus direct pour transporter les denrées de Lombardie à Berne.

7. Le Col do Nufenen, de Stockje dans le Val d'Aigesse (Eginental), à Bedretto et Airolo, fui utilisé probablemcnt <le même que le Gries el le San Giacomo, par les Walser qui s'établirent, entre 1277 et 1301, sur le Hliin postérieur.

8. Le Coi. DE San GlACOMO, allant des chutes de la Tosa dans le Pomat, à Bedretto et à Airolo.

9. Le Saint-Gothard, qui va d'Uri à la Lèvent ine. Il l'ut franchi pour la première fois, en 1236, de lîiasca à Fluelen, mais il a probablement été ouvert entre P2I8 et

Glacier de Grindelwald, tableau peint par Rosenjberg, grav d'après l'Annuaire du CAS, 1903,

1225 ; en elfet les gorges des Scbôllenen ont été, à ce moment, rendues praticables, et l'ancien chemin traversant PUrserenberg avait été amélioré. Il n'a été baptisé Saint- Gothard qu'en 1303, dans la Léventine.

10. Le LuhMANlER et la Greina, allant de Biasca à Somvix dans la vallée du Rhin antérieur, sont mentionnés pour la première fois en 1303; les empereurs allemands se rendant à Rome ou en revenant, y ont passé en 1184 et 1186, et. probablement, en 1191, des pèlerins irlandais.

11. Le Saint-Bernahdin, de Bellinzone au Rhin postérieur. Il est appelé T'og;. Iberg en 941, 1277, et encore en 1451 ; depuis lors on lui donne le nom de Saint-Iiernardin de Sienne (1380-1441) ; il fut traversé à plusieurs reprises par les empereurs allemands : 965, 1004, 1413,

12. Le Splùgen, va de Chiavenna à Thusis; c'est un passage romain que lesempereuis allemands ont néanmoins abandonné. C'est la route commerciale la plus fréquentée enlre Coire et Milan.

13. Le Septimer, va de Casaccia dans le Val Bregaglia à Bivio dans l'Oberhalbstein où il retrouve la route du Julier. Il y eut un xénodochium St-Petri sur le col en 831 et 849; un hospice y fut bâti entre 1095 et 1122, une route épiscopale construite en 1387; 17 empereurs y ont passé entre 823 et 1212.

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