C."' oErlenbach
Thalwil -- oHerrliberq
^ o/VIeilen
oPfqffikon
AJrgenhausen PréffikerSee Seegrâben 1 «oBaretswil
©oWetzikon
©oGossau \
©QDiipnten
Horgen
^^^f^-^^Kfe
Epoque romaine Cdstrurn Station
Tombe, tumulus Monument, inscription Trouvaille isolée importante Route romaine l/oie romaine
FrùhgermanischeZeit Epoque barbare
flnsiedelung, grosserer Fond, Grab Station, trouvaille importante /Infuhrung nur in fluswahl Uesprincipales seulement)
Le canton de Zurich aux époques romaine et barbare. D'après J. Helerli, complétée par E. Dejung.
ZURICH
(histoire)
ZURICH
épée à deux tranchants, du scramasax ou couteau de guerre à un tranchant, de la lance de fer ; ils se protégeaient à l'aide d'un bouclier de bois ayant au centre un umbo circulaire. Une plaque de ceinture en fer, souvent damasquinée, fermait leur ceinturon.
On ne connaît encore aucun établissement alémanne, sans doute parce que les demeures étaient en bois et que sur leurs ruines se sont édifiés nos villages modernes. [U. V-l
III. Histoire. 1. Origines. La ville de Zurich est mentionnée pour la première fois en 670. Nous savons par une notice qui nous est parvenue indirectement qu'à cette époque le couvent de Disentis a envoyé à Zurich des livres et objets précieux pour les sauver du pillage par les Huns. Il est toutefois probable que la localité romaine a survécu aux invasions et est parvenue aux Alémannes. Ce qui nous autorise à l'admettre est l'importance de sa situation géographique, sur un fleuve navigable, et le fait que les plus vieux documents appellent Zurich un vicus, c'est-à-dire une place de commerce ouverte. A partir de 876, Zurich est appelé régulièrement castrum ou castellum. A côté de la forme allemande Zurich, les documents donnent aussi la forme latine Turegum, puis, dès le XIIIe s., Turicum. L'histoire de Zurich repose sur un terrain plus solide depuis la seconde moitié du IXe s. Le territoire actuel de la ville, avec les environs, était alors un domaine fiscal des rois francs. D'après la tradition, un palais royal s'élevait au Lindenhof. Les bâtiments administratifs qui en dépendaient se trouvaient probablement entre le Lindenhof et in Gassen. Selon une autre hypothèse, il faudrait chercher à Stadelhof, sur la rive droite du lac, le domaine royal et son palais.
La création de deux couvents : la prévôté du Grossmùnster et l'abbaye du Fraumùnster, fondations royales qui étaient en étroites relations avec le domaine fiscal, fut de la plus grande importance pour le développement ultérieur de la ville. D'après la tradition, la fondation de la prévôté serait due à Charlemagne, tandis que son petit-fils, Louis-le-Germanique, aurait transformé un petit couvent de religieuses en abbaye du Fraumùnster (853), auquel il aurait donné son domaine de Zurich. L'origine de la prévôté remonte certainement à une époque très ancienne. Le fait que les deux couvents étaient dédiés aux SS. Félix et Régula et que leurs possessions ne furent définitivement séparées qu'au Xe s., tandis que jusqu'alors une partie de leurs terres était possédée en indivision, rend plausible l'hypothèse que la fondation primitive concernait un double couvent. Ce n'est que plus tard que les chanoines formèrent une congrégation séparée.
La prévôté devait assurer le service religieux de la partie de la ville située sur la rive droite de la Limmat et des localités sises entre les vallées de la Limmat et de la Glatt. Les paroisses étaient desservies par des chanoines. Les propriétés de la prévôté étaient disséminées, sur la rive droite du lac, de Meilen à Hongg ; sur la rive gauche elle possédait Albisrieden et la localité disparue de Rùfers près de Riischlikon. Elle exerçait sur ses terres les droits de basse justice et possédait, en outre, la haute juridiction à Meilen, Fluntern, Schwamendingen, Albisrieden et Rùfers. L'avouerie était en mains du bailli du domaine royal, mais après la mort de Rodolphe de Habsbourg elle passa à la ville de Zurich, de sorte que la prévôté entra sous la protection de celle-ci.
La situation de l'abbaye était semblable. L'église Saint-Pierre qui lui avait été incorporée était paroissiale pour la partie de la ville sise sur la rive gauche et les communes de Horgen à Schlieren. Les fonctionnaires administratifs des deux couvents étaient choisis dans les familles de ministériaux habitant la ville et les environs, les Hottingen, Manesse, Biber, Brun, Kloten, Trostberg, Schônenwerd, etc. Les Mùlner, ministériaux de l'abbaye, parvinrent à une certaine considération.
Le pouvoir baillival sur le domaine royal et sur les propriétés des deux couvents était exercé par un fonctionnaire établi par le roi. Mais, par suite de la disparition de l'autorité du comte du Zùrichgau dans le territoire de Zurich, ce fonctionnaire prit rang de bailli
dhbs vu — 32
impérial. Au Xe s., la population de Zurich subit un accroissement à la suite de l'établissement de marchands à la Marktgasse, qui, à leur tour, attirèrent des artisans. A la même époque, les différents éléments de la population qui se trouvaient encore à l'extérieur de la ville furent réunis à celle-ci par la construction du mur d'enceinte qui groupa en une seule agglomération leurs maisons, les bâtiments des deux couvents et le castrum. En 929, Zurich porte pour la première fois le titre de ville (civitas). Au début du XIe s., Zurich était une des villes les plus importantes de Souabe. Cela ressort de la chronique d'Otto von Freising et du fait que les rois Henri II, Conrad II et tout particulièrement Henri III y réunirent la cour et la Diète d'empire. A la fin du Xe s. et durant le XIe s., les comtes de Lenzbourg possédaient à titre héréditaire la charge de bailli impérial. En 1098, ils furent subordonnés aux ducs de Zâhringen qui, dès l'extinction des Lenzbourg (1173), exercèrent directement les fonctions de bailli. Bertold V étant mort sans descendants en 1218, le sort ne permit pas à Zurich de devenir la capitale du duché de Zâhringen qui était, en voie de formation.
L'empereur Frédéric II ne confia pas le bailliage impérial à une autre famille noble, mais il garda la ville en mains, ce qui plaçait les deux couvents et toute la population de la ville sous la dépendance directe de la maison royale. Dès lors l'abbesse se considéra comme la maîtresse de la ville. Elle possédait depuis le début du XIe s. les droits de monnaie, de péage et de marché, et faisait rendre la basse justice par un avoyer. Elle trouva toutefois un compétiteur à la domination de la ville dans la bourgeoisie, et plus particulièrement dans la classe des commerçants. Dès la seconde moitié du Xe s. au moins, celle-ci possédait son propre droit de faire du commerce et d'administrer ses intérêts professionnels. A cette époque, le tissage de la soie devenait une industrie d'exportation florissante. La prospérité économique éveilla des désirs d'autonomie. En 1220, on trouve les premières traces d'un Conseil de bourgeoisie, qui apparaît régulièrement dès la seconde moitié du XIIIe s. Il était composé également de ministériaux de l'abbaye et de représentants des commerçants. Tous les quatre mois il se renouvelait par tiers de 12 membres. On put dès lors dire que l'abbesse avait accordé à la bourgeoisie une part à l'administration de la ville. En outre, les diverses régales dont jouissait l'abbesse passèrent au Conseil de la ville, d'abord à titre de gage hypothécaire, puis à la suite de résignation volontaire. A la fin du XIIIe s., la situation s'était complètement modifiée et c'est la bourgeoisie qui se trouvait à la tète de la ville, tandis que l'abbesse était tombée sous sa protection. Cette transformation avait été favorisée par la lutte entre Frédéric II et le pape. Les maisons religieuses avaient pris le parti du pape et la bourgeoisie était restée fidèle à l'empereur ; le clergé, y compris l'abbesse fut expulsé temporairement de la ville, ce qui renforça la situation politique de la bourgeoisie. Le nouvel étaî de choses fut reconnu par le roi pour la première fois en 1262 ; la même année, le roi Richard de Cornouailles confirma expressément les privilèges des deux couvents, comme l'avaient déjà fait ses prédécesseurs, et aussi l'immédiateté impériale de la bourgeoisie. La situation autonome de la ville apparaît avec netteté en 1267, lors de sa lutte contre le baron de Regensberg. Cette puissante famille se proposait de faire de Zurich la capitale d'un territoire qu'elle cherchait à se constituer, mais cette tentative échoua grâce au concours du comte Rodolphe de Habsbourg. Les relations de Zurich avec ce puissant voisin se gâtèrent lorsque Rodolphe, ayant été élu roi, mit durement la ville à contribution, pour l'exécution de ses projets politiques et sans se préoccuper de la capacité financière de la cité. Aussi quand Rodolphe mourut en 1291, Zurich s'empressa-t-il d'adhérer à la ligue anti-habsbourgeoise qui se constituait ; à cette occasion il entra en relations, passagères il est vrai, avec les cantons primitifs. La guerre, conduite énergiquement par le fils de Rodolphe, Albert, contraignit la bourgeoisie, après que ses troupes eurent été battues en 1292 près de Winterthour, à conclure la paix avec les Habsbourg-Autriche. Cet accord fut
Décembre 1933
ZURICH
(histoire)
ZURICH
le point de départ d'une politique amicale avec l'Autriche, qui dura GO ans. Par contre, l'alliance de 1351 avec les petits cantons signifiait le début d'un détachement progressif de la cause des Habsbourg. La première codification du droit urbain qui nous ait été conservée est le Richtebrief qui date d'avant 1291.
La campagne. Le territoire actuel du canton forma dès le haut moyen âge une partie de la Thurgovie, qui s'étendait du Rhin à la Reuss. Le Rafzerfeld, situé au Nord du Rhin, appartenait au Klettgau. Le Zùrichgau en fut détaché au début du IXe s., de sorte que le territoire zuricois était soumis à deux administrations distinctes. La frontière était formée par la ligne de partage des eaux entre la Glatt et la Tôss. Dans le Ziirichgau, les pouvoirs comtaux passèrent aux Lenzbourg à la fin du Xe s., tandis qu'à la même époque les Kibourg administraient la Thurgovie. A l'extinction des Lenzbourg (1173), les pouvoirs sur les deux comtés passèrent pour peu de temps aux Kibourg, puis aux Habsbourg. Seul le bailliage impérial de Zurich fit exception ; il avait été constitué au temps des Zàhringen et comprenait un territoire allant de Horgen et Meilen à Hôngg et à Altstetten. Il fut morcelé en plusieurs fiefs impériaux, dont les principaux tenanciers étaient au XIVe s., les Mùlner, ministériaux de l'abbaye, sur la rive droite, et les barons de Schnabelburg sur la rive gauche. Les Habsbourg divisèrent leurs deux possessions de Thurgovie et du Ziirichgau en un certain nombre de petits bailliages qu'ils remirent, à titre de gages hypothécaires, à des ministériaux et à des nobles comme les Hallwyl, Tengen, Toggenbourg, Gessler, Landenberg, etc. Quelques-uns d'entre eux parvinrent à ériger leurs terres en petites seigneuries. Grâce à ce morcellement de territoires primitivement d'un seul tenant, la ville de Zurich parviendra peu à peu à étendre son autorité sur les différentes parties qui les composaient.
2. De 1336 à 1400. La révolution de Brun et l'avènement du régime des corporations. Au commencement du XIVe s., Zurich, comme d'autres villes, eut sa, révolution des corps de métier. Dans cette cité enrichie par le commerce et l'industrie de la soie, s'était constitué un artisanat prospère, supportant avec une impatience grandissante son exclusion de toute participation à l'administration urbaine. Le mouvement corporatif de la ville de Zurich se présente sous l'aspect d'un soulèvement commun de la noblesse citadine et de l'artisanat contre les familles privilégiées de la bourgeoisie marchande et de quelques métiers nobles (orfèvres, fabricants de soieries, changeurs), qui étaient seules admises à siéger au Conseil. Au début, le Conseil de ville était constitué, à parts égales, de ces éléments, mais les marchands y avaient acquis une influence toujours plus prononcée : des 12 membres de chaque groupe du Conseil, trois à quatre seulement faisaient encore partie de la noblesse. Le Conseil cherchait en outre à étendre son pouvoir sur les propriétés territoriales et les fiefs des bourgeois nobles de la ville et à constituer, aux dépens de l'autonomie des seigneurs féodaux, une souveraineté territoriale au delà des murs de la cité. L'insurrection éclata le 7 juin 1336 par l'attaque de la maison de ville. Le lendemain, la bourgeoisie s'assembla près du couvent des cordeliers (aujourd'hui Obmannamt), nomma bourgmestre le chevalier Rodolphe Brun, qui précédemment avait déjà été en conflit avec le Conseil dissous et avait assumé, dès lors, la direction du mouvement. Il fut chargé de préparer une nouvelle constitution. Celle-ci fut acceptée par la commune le 16 juillet (première lettre jurée). Elle exprime le caractère du mouvement, révolutionnaire, accompli par l'action commune de la noblesse et de l'artisanat. Brun ne songeait nullement à livrer la puissance politique aux corporations. Son dessein était au contraire de restituer à la noblesse ses droits antérieurs et de se servir des corporations comme contrepoids à un retour des familles marchandes au pouvoir. A cet effet, le nouveau Conseil fut constitué de 13 membres choisis parmi les familles nobles et les familles marchandes à raison de 6 nobles et 7 bourgeois, désormais réunis dans la corporation des Constaffel et qui avaient précédemment dé-
tenu le pouvoir exclusif, et de 13 autres membres, appartenant à la partie de la population jusqu'alors exclue du gouvernement. L'élection des 13 membres des Constalfel, qui conservèrent leur titre de conseillers, fut attribuée à une commission de 6 membres, désignée par le bourgmestre, et dont deux devaient appartenir à la noblesse. L'artisanat fut réparti en 13 corporations politiques, désignant chacune un représentant, mais comprenant chacune plusieurs corps de métier : 1. Marchands (Safran). 2. Tailleurs et pelletiers. 3. Aubergistes, selliers, peintres et courtiers (Meisen). 4. Boulangers et meuniers. 5. Tisseurs de laine et chapeliers (Waag). 6. Tisserands. 7. Forgerons, ferronniers, tondeurs et baigneurs. 8. Tanneurs. 9. Bouchers (Widder). 10. Cordonniers. 11. Charpentiers et autres artisans du bâtiment, ainsi que les vignerons (Aigle rouge). 12. Bateliers, pêcheurs, cordiers, carriers et porteurs. 13. Jardiniers, marchands d'huile, revendeurs (Kàmbel).
Chaque corporation élisait un prévôt, qui était en même temps membre du Conseil. Mais, chose curieuse, les élus des corporations ne recevaient pas le titre de conseiller ; le nouveau gouvernement était désigné sous l'expression : « conseillers et prévôts » (consules et scabini). Au début, on employait régulièrement la désignation : « les prévôts qui siègent aux Conseils ». La durée des fonctions était de 6 mois, à l'expiration desquels les conseillers précédents étaient de nouveau rééligibles. Ainsi, deux groupes de conseillers alternaient tous les six mois, en juin (à la Saint-Jean-Baptiste), en décembre (à la Saint-Jean l'Évangéliste).
La situation du bourgmestre était très particulière. Il était élu à vie. Tous les bourgeois devaient prêter serment d'obéissance au Conseil et au bourgmestre. Le serment prêté au bourgmestre, devait précéder tous les autres. Afin de conserver la charge de bourgmestre aux familles nobles, la lettre jurée désignait nominativement 4 chevaliers, dont l'un devait être le successeur de Brun (on a souvent affirmé que la constitution introduite à Strasbourg en 1334, avait servi de modèle à celle de Zurich. En fait, il existe certaines analogies. Toutefois, la situation quasi monarchique du bourgmestre est une particularité de la constitution de Zurich. Il semble que sur ce point, Brun se soit plutôt inspiré des attributions conférées au podestat des villes italiennes). La constitution de Brun subsista dans ses lignes principales jusqu'en 1798.
La plupart des membres de l'ancien Conseil furent bannis de la ville pour un certain nombre d'années ; il fut décidé que ni eux, ni leurs fils ne pourraient rentrer au Conseil. Bien qu'ils se fussent engagés, sous la foi du serment, à ne rien entreprendre contre la ville de Zurich, plusieurs des bannis réussirent à inciter la noblesse avoisinante, conduite par le comte de Rapperswil, à faire la guerre à Zurich. Dans un combat, près de Grinau, le comte Jean de Rapperswil, paya son entreprise de la vie. Mais l'hostilité des « extérieurs » et des « intérieurs » subsista. Plusieurs des bannis firent leur paix avec la ville à l'expiration de leur période de bannissement et y furent de nouveau reçus, mais la plupart persistèrent dans leurs mauvais sentiments, de sorte que Zurich se trouva dans un état de guerre prolongé et latent. En 1350, la situation parut favorable aux bannis pour tenter un coup de main, destiné à rétablir l'ancien état de choses. Ils parvinrent, avec des nobles et des membres de la famille comtale de Rapperswil, à se glisser dans la ville. Mais l'attaque nocturne échoua, Brun en ayant été avisé en temps utile. Après un court et vif combat, les conjurés furent défaits par les corporations armées (23 févr. 1350).
Brun répondit à cette tentative, entreprise avec la complicité des comtes de Rapperswil, en occupant la petite ville de Rapperswil, dont les habitants jurèrent fidélité à Zurich. Les conjurés s'étaient laissés guider dans le choix du moment de leur entreprise par les difficultés qui, alors, menaçaient la ville. Elle se trouvait engagée, du fait de ses bourgeois Johann et .-Eberhard Mûlner, dans une querelle avec Bàle, ainsi qu'avec les villes alliées de cette dernière : Strasbourg, Fribourg et Brisach. Pour se prémunir contre cette menace, Brun engagea des pourparlers avec les ducs d'Autriche en
ZURICH
ZURICH
(histoire)
ZURICH
vue d'une alliance. Un projet était déjà élaboré par écrit lorsque les négociations furent suspendues, à l'instigation sans cloute du comte de Rapperswil. Brun lui attribuait certainement l'échec de son projet ; il se hâta d'engager de nouvelles hostilités contre les comtes, détruisit Alt-Rapperswil, surprit Neu-Rapperswil, en fit abattre une partie des murailles, livra la ville au pillage et emmena une partie des habitants en otages à Zurich. Ces représailles d'une cruauté inutile amenèrent une rupture complète entre Zurich et les ducs d'Autriche, alliés et suzerains des comtes de Rapperswil. Isolé, Brun chercha de nouveaux alliés. Il les trouva dans les Quatre Waldstatten et conclut avec eux, le 1er mai 1351, une alliance perpétuelle. Los Confédérés, en constante hostilité avec la maison d'Autriche, étaient tout disposés à nouer des relations amicales avec l'importante ville de Zurich et consentirent également à accorder au bourgmestre la garantie de sa constitui ion.
Zurich eut à assumer la charge principale de la guerre qui s'ouvrit contre l'Autriche. A trois reprises, la ville fut assiégée sans succès par des troupes autrichiennes (en sept. 1351, juil. 1352, sept. 1354). L'empereur Charles IV prit part à ce dernier siège. D'autre part, Zurich et les Confédérés firent des expéditions de pillage dans les territoires autrichiens. En déc. 1351, des troupes zuricoises cherchèrent à s'emparer par un coup de main de la petite ville autrichienne de Baden. En se retirant, elles se heurtèrent à des forces autrichiennes assez considérables, mais parvinrent à s'ouvrir leur route sur Zurich (combat de Dâttwil). La légende selon laquelle Brun aurait fait partie de l'expédition et s'y serait conduit lâchement n'est née que beaucoup plus tard, à une époque où l'opinion de la ville était mal disposée à l'égard du bourgmestre. Les Confédérés occupèrent, en outre, la vallée de Claris et la ville de Zoug et les firent entrer dans leur alliance.
Discutée inutilement à plusieurs reprises, la paix fui enfin conclue à Ratisbonne, le 23 juin 1355. Zurich l'avait signée sans le concours des cantons confédérés. Les deux parties se restituèrent leurs conquêtes. Zurich alla jusqu'à promettre au duc de l'assister pour la reconquête de ses droits perdus dans les cantons primitifs. En revanche, le duc assura son aide à la ville au cas où elle entrerait en conflit avec les Confédérés au sujet de cet engagement. Le traité de paix fut renouvelé en 1359. A cette occasion, Brun fut nommé conseiller intime du duc, titre lié à une pension annuelle.
Toute l'attitude du bourgmestre démontre qu'en faisant avec les Waldstatten l'alliance de 1351, il n'avait aucunement l'intention de nouer des relations étroites avec les cantons primitifs et de rompre définitivement, avec l'Autriche. Le seul objectif de l'alliance était de lui permettre de sortir d'une situation momentanément dangereuse. Le but de la politique zuricoise était plutôt d'entretenir des relations amicales avec ses deux voisins en perpétuel conflit. Brun mourut le 7 sept. 1360. Il avait dirigé la politique zuricoise en homme d'Étal avisé. Les adversaires de sa constitution avaient été réduits à l'impuissance ; à sa mort, le régime nouveau était assuré. Brun fut moins heureux dans ses entreprises guerrières. Il échoua dans ses tentatives répétées pour s'emparer de Rapperswil et de Baden comme points d'appui d'un futur territoire zuricois.
Son successeur, Rùdger Maness, reprit la politique territoriale de Brun et s'employa méthodiquement à donner à la ville un domaine qui lui fût soumis. Il obtint du roi Charles IV pour la ville, le don du lac de Zurich jusqu'à Hurden, avec les droits de pêche et de navigation ; en outre, le droit de recevoir à titre de cornbourgeois les seigneurs du voisinage et celui, fort important, de confisquer les fiefs impériaux devenus vacants dans un rayon de trois milles et de les pourvoir de nouveaux titulaires (13G2-13G5). Par là, la ville avait la possibilité de faire rentrer dans sa souveraineté l'ancien bailliage impérial de Zurich. Elle reçut, enfin, le droit de tenir dans ses murs un grand tribunal (Landgerichl), qui cessa d'ailleurs de fonctionner au XV* s.
En 1375, Berne et Zurich firent avec l'Autriche une
alliance pour combattre les Gugler ; douze ans après, Zurich renoua des relations étroites avec les villes de Souabe.
Lors de la guerre de Sempach (1386-1388), Zurich fut obligé, en vertu de son alliance avec les cantons primitifs, de prendre parti contre l'Autriche. Toutefois, la bourgeoisie se borna à mettre la ville en état de défense et à entreprendre, occasionnellement, des expéditions de pillage dans les territoires autrichiens. Des tentatives contre Rapperswil et Baden échouèrent de nouveau. Zurich ne prit aucune part à la bataille de Sempach.
La paix rétablie, le bourgmestre d'alors, Rudolf Schôn, ne se contenta pas de renouveler l'ancienne alliance avec l'Autriche ; il prit vis-à-vis d'elle des engagements qui excitèrent à juste titre la colère et la réprobation des Confédérés. Zurich s'engageait notamment à n'accorder aucun secours aux Confédérés, et à « rester tranquillement assis » au cas où l'Autriche tenterait de reprendre des territoires perdus dans la guerre de Sempach. La ratification de ce traité fut empêchée par des envoyés fédéraux qui, arrivés à Zurich, s'élevèrent dans les assemblées corporatives contre les projets du Conseil et réussirent à y former une majorité qui se prononça pour la rupture des pourparlers d'alliance avec l'Autriche et décida la déposition du bourgmestre Schôn, remplacé par Heinrich Meiss, favorable aux Confédérés.
La politique de Brun, basée sur un compromis entre l'Autriche et les Confédérés permettant de rester en bons termes avec les deux parties, s'était révélée à la longue impraticable. Zurich devait choisir entre ses deux alliés ; la ville se décida pour les cantons confédérés, scellant ainsi son destin.
L'orientation définitive de la politique extérieure de Zurich donna lieu à uns lutte mêlée de conflits internes. Un parti austrophile, formé surtout des familles nobles et marchandes, était en compétition avec un parti favorable aux Confédérés, composé surtout d'artisans. La victoire du parti confédéré eut sa répercussion suites affaires intérieures de la ville. En 1373 et 1393, les corporations modifièrent la constitution et prirent en outre une série de décisions qui concouraient à éliminer la prépondérance du bourgmestre et de la Constaffel Un acte de violence commis par des membres de la famille Brun sur la personne de l'avoyerde Lucerne, Peter von Gundoldingen, avait excité le mécontentement des artisans, qui s'accrut du fait des hésitations du Conseil à demander des comptes aux coupables (1370). Prenant prétexte de l'attitude dilatoire du Conseil, les corporations s'arrogèrent de leur propre autorité le droit d'agir indépendamment au cas où le Conseil tarderait à s'occuper d'une affaire qui leur paraîtrait urgente. Les pouvoirs considérables accordés au bourgmestre furent successivement réduits. La disposition selon laquelle le serment prêté au bourgmestre devait précéder tous les autres ne fut pas reprise dans la lettre jurée de 1373. L'influence du premier magistrat dans l'élection des représentants de la Constaffel au Conseil avait été précédemment éliminée par la modification constitutionnelle accordant au Conseil sortant do charge et aux prévôts des corporations, siégeant sous la présidence du bourgmestre, le droit d'élire les conseillers nouveaux. A la mort du bourgmestre Maness en 1383, le Conseil décida que son successeur ne serait élu que pour six mois comme les conseillers, mais pourrait être rééligible à l'expiration de cette période. Depuis lors, deux bourgmestres alternèrent tous les six mois, ainsi que les deux sections du Conseil. La prépondérance de la Constaffel dans le Conseil fut supprimée par la deuxième revision de la constitution (troisième lettre jurée, de 1393) qui stipula que des représentants de l'artisanat pourraient être élus dans la s,ection du Conseil jusqu'alros exclusivement réservée aux constables. C'est aux corporations que passait désormais l'influence au Conseil. Mais une autre innovation fut plus importante encore. Lorsqu'il s'agissait de trancher des questions importantes, le Conseil avait depuis longtemps coutume de recourir à une délégation des bourgeois, qui délibérait avec lui, non comme instance supérieure, mais simplement pour
ZURICH
(HISTOIRE
ZURICH
permettre au Conseil de ne pas porter l'entière responsabilité de sa décision. Cette institution de la délégation bourgeoise est mentionnée expressément pour la première fois en 1351 ; plus tard, elle figure sous la désignation de « bourgeois » ou « Conseil des Deux-Cents ». C'est dans la Lettre jurée de 1393 que cette représentation des bourgeois est mentionnée comme institution d'État. Le Conseil des Deux-Cents ou Grand Conseil, siégeant avec le bourgmestre, les conseillers et les prévois élisaient le bourgmestre. Les affaires donnant lieu à des divergences entre les conseillers et les prévôts pouvaient être portées par un membre du Petit. Conseil devant le Grand Conseil, qui décidait. La nomination des membres du Grand Conseil fut réglée par une décision de 1401. De 1498 à 1798, il fut constitué par les 24 membres des deux sections du Petit Conseil, des 18 représentants de la Constaffel et des 144 députés des corporations, dont le nombre avait été réduit à 12 en 1448 ; les représentants de la Constaffel furent désignés sous le nom d'Acktzelincr, ceux des corporations sous relui de Zwolfer. Avec le temps, la direction supérieure des affaires d'État passa de plus en plus au Grand Conseil. Le Petit Conseil devint une autorité à caractère plus administratif, chargée de l'exécution des décisions du Conseil des Deux-Cents. Les fonctions juridiques demeurèrent dans les attributions du Petit Conseil.
Vers la fin du XIVe s., on trouve des traces de l'existence d'un Conseil secret, chargé en première ligne des affaires extérieures. Cette institution disparaît au XVe s. pour reparaître à l'époque de la Réformation.
Depuis la révolution de Brun, on avait vu à plusieurs reprises l'assemblée des bourgeois fonctionner comme autorité suprême. En 1401, ses attributions furent réduites, sur décision du Grand Conseil. Ses compétences se limitaient aux relations avec l'empereur, l'empire et. les Confédérés, aux alliances nouvelles, à la paix et à la guerre. Toutes les autres affaires relevaient exclusivement du Conseil des Deux-Cents. La participation de l'assemblée des bourgeois aux affaires politiques fut encore réduite par l'habitude qui s'intronisa de nommer à vie, sinon en droit, du moins en fait, les membres des deux Conseils, ainsi que les prévôts. Les vacances qui se produisaient parmi les conseillers élus par les corporations étaient comblées par cooptation.
Lhi 1400. l'autonomie de la ville à l'égard de l'empire, qui, en fait, existait depuis longtemps, fut formellement confirmée par le souverain. Le roi Wenceslas octroya à Zurich le droit de choisir parmi les bourgeois le bailli impérial fonctionnant comme président du tribunal de haute juridiction.
3. Le XVe siècle. Conquête de la campagne zuricoise. Guerre de Zurich. Affaire Waldmann. A la fin du XIVe et au commencement du XVe s., la ville de Zurich acquit un important pays sujet. Le commerce et l'industrie d'exportation déclinèrent lorsque la ville se détacha de l'Autriche et que les corporations assumèrent le rôle principal dans l'État. L'industrie de la soie, naguère florissante, disparaît au XVe s. Les tisserands en laine et. en toile diminuèrent au point de pouvoir être réunisen une seule corporation en 1442. Le collège des prévôts des corporations, de même que le Conseil, furent réduits à 12 membres chacun.
Le Conseil, où prédominaient les marchands, travaillait à faire passer sous l'autorité de la ville zuricoise une partie aussi importante que possible du territoire traversé, au Nord et au Sud de la ville, par la route commerciale venant de la Suisse occidentale et de Bàlc et qui, remontant la Limmat, conduisait à Zurich et de là en Italie par Coire. Les corporations, par contre, s'inquiétaient moins d'assurer la sécurité de la route commerciale que d'acquérir un hinterland, susceptible d'absorber une partie de la production de l'artisanat urbain et de livrer son blé à la population citadine. Comme ailleurs, ces visées expansionnistes ne se manifestèrent tout d'abord pas par l'acquisition de territoires nouveaux. La ville chercha bien plutôt à étendre son influence au-delà de ses murs en créant des bourgeois forains et en signant des traités de combourgeoisie avec la noblesse et les couvents du voisinage. A partir de 1350, la ville accorda la bourgeoisie à des centaines
ZURICH
(HISTOIKE)
ZURICH
d'habitants des villages voisins, surtout sur les deux rives du lac, sans les obliger à prendre domicile à Zurich. L'admission de bourgeois forains était un moyen de briser la puissance de l'Autriche, qui entourait la ville de toutes parts. En outre, dans les territoires que la ville avait déjà acquis, elle admit dans la bourgeoisie un certain nombre d'habitants pour les récompenser de l'aide qu'ils lui avaient apportée dans plusieurs guerres. Depuis la fin du XIVe s., des traités de combourgeoisie lurent périodiquement renouvelés avec les maisons religieuses suivantes : Bubikon, Wâdenswil, Rùti, Cappel, Kùsnacht., Einsiedeln, Wettingen, Saint-Biaise, Allerheiligen de Schaffhouse, Pfâfers, Schànis, Wurmsbach, Tânikon et Rheinau. Parmi les combourgeois laïcs on comptait les comtes de Rapperswil (temporairement), les Landenberg, les Bonstetten, les Hinwil, les Tengen, les Meyer von Knonau.
Un autre moyen de développer l'influence de la ville sur la campagne consistait dans l'acquisition de droits seigneuriaux par des familles de la noblesse citadine. C'est ainsi que les Mûlner possédaient la basse justice de Stadelhofen, Zollikon et Kùsnacht, les Brun celles de Niederhasli et Mettmenhasli dans la vallée de la Glatt, de Stàfa et Uetikon sur la rive droite du lac de Zurich, de Pfàffikon, Freienbach et Wollerau sur la rive opposée, temporairement aussi celle de Talwil.
A l'époque de Brun, déjà, la ville se mit à acquérir directement, sans l'intermédiaire des familles nobles, des territoires sujets. Les circonstances favorisaient cette politique. A l'extinction des Zâhringen en 1218, le bailliage impérial de Zurich avait été dissous et réparti en diverses mains ; en outre, les ducs d'Autriche avaient commencé à remettre des parcelles de leurs possessions de la rive droite du Rhin en gage à leurs nombreux ministériaux. A la fin du XIVe et au commencement du XVe s., ces familles nobles furent atteintes par la dépression économique qui pesait sur cette catégorie sociale ; elles tombèrent dans des embarras financiers et se montrèrent disposées à remettre leurs gages autrichiens à la ville de Zurich contre des avances d'argent. Ainsi, sans sacrifices très considérables, la ville acquit des territoires étendus qui, ne pouvant être dégagés, demeurèrent sous la souveraineté zuricoise. Le Conseil se procurait les moyens financiers nécessaires à ces acquisitions par des impôts sur la fortune et la vente de rentes viagères aux bourgeois de la ville.
L'acquisition par la ville des domaines circonvoisins de Wiedikon, Wollishofen, Wipkingen, Zùrichberg, Hottingen, Oberstrass, Unterstrass, fut facilitée par le privilège, déjà mentionné, que l'empereur Charles IV accorda à Zurich en 1365. Généralement, la basse justice sur ces localités appartenait à des familles zuricoises. Grâce au privilège impérial, elles passèrent sous la suzeraineté de la ville.
Celle-ci acquit en 1358 Stadelhofen et Zollikon des Mùlner, en 1384 Kùsnacht de la même famille ; Meilen de la baronne d'Ebersberg et Hongg du couvent de Wettingen. L'année suivante, ce fut l'acquisition de Thalwil ; en 1393, les fermes de Freienbach, Wollerau, Pfàffikon et Bach furent acquises de Hans v. Schellenberg. Erlenbach fut acquis en 1400. En 1402, la ville acheta le bailliage de Greifensee des comtes de Toggenbourg, en 1405, Mânnedorf des Gessler, en 1406 Maschwanden-Eschenbach et Horgen des Hallwyl, en 1408, la. seigneurie de Grûningen des Gessler, en 1400, le bailliage de Regensberg ainsi que la petite ville de Bùlach du duc Frédéric d'Autriche. La seule acquisition faite par la force des armes eut lieu en 1415. Participant à l'expédition armée des cantons contre le duc d'Autriche Frédéric « à la poche vide », qui avait été mis au ban de l'empire, Zurich occupa le Freiamt, le Kelleramt et Steinhausen, soil les territoires faisant partie de l'actuel district d'Afïoltem qui n'avaient pas encore passé à la ville avec Maschwanden ; en outre, Birmensdorf et /Esch.
D'autres acquisitions pacifiques eurent lieu en 1424 : Rùmlang, des seigneurs de ce nom, puis la vaste seigneurie de Kibourg, fief autrichien qui avait passé par de nombreuses mains avant Zurich. En 1432, la ville acquit de son combourgeois Thumb le village
d'Altstetten et en 1434, des Hohen-Landenberg, la seigneurie d'Andelfingen, comprenant Andelfingen, Ossingen, Guntalingen, Waltalingen, Humlikon, Henggart, Dorf, Adlikon et Dorlikon (Thalheim). De plus, la ville fit valoir ses droits souverains sur tous les territoires dont les propriétaires étaient ses combourgeois ; ainsi à l'égard des chevaliers de Saint-Jean pour la seigneurie de Wâdenswil, ou de la prévôté de Zurich à l'égard des communes rurales de Rùschlikon, Meilen, Fluntern et Albisrieden.
En prenant possession de tous ces territoires, la ville ne touchait généralement pas à l'administration existante. Ainsi, chaque acquisition constituait un territoire administratif distinct, un bailliage. Quelques modifications peu importantes à cette division territoriale furent apportées au cours des siècles. Selon le mode de l'administration, on distinguait les bailliages internes et les bailliages externes. Les premiers étaient peu étendus, ne comprenant qu'un seul village ou un petit nombre de localités, sans demeure servant de résidence seigneuriale au bailli. Ce bailli était généralement un membre du Conseil, portant le titre de grand bailli et administrant son territoire tout en habitant la ville. Au bout d'un an, il devait céder sa charge à un autre membre du Conseil et n'était rééligible que 3 ou 5 ans plus tard. Peu à peu, l'usage s'établit que le nouveau bailli faisait appel dans les affaires importantes à son collègue sortant de charge. Ainsi, en fait, depuis le XVIe s., les bailliages internes étaient administrés par deux grands baillis. Juridiquement, les habitants des bailliages internes relevaient du tribunal du Conseil de la ville. Certains grands bailliages possédaient une basse juridiction.
Les grands territoires administratifs étaient régis par un bailli, résidant dans un château de son bailliage, et dont les fonctions duraient plusieurs années. Depuis le milieu du XVIe s., la durée de ces fonctions avait été fixée, après de longues variations, à six ans. Ces bailliages avaient leurs tribunaux civils particuliers. Les affaires criminelles étaient déférées au tribunal pénal de la ville. Seuls Kibourg, Grûningen et Wâdenswil possédaient une juridiction criminelle spéciale.
La querre de Zurich. La politique expansionniste, méthodiquement pratiquée par la ville de Zurich, la mit en conflit avec le pays de Schwyz qui cherchait, de son côté, à s'agrandir. Ce fut l'origine de la guerre de Zurich. A l'Est du territoire des cantons suisses, le comte Frédéric VII de Toggenbourg s'était créé une seigneurie territoriale composée de ses propres terres, de fonds remis en gage et de fiefs impériaux, s'étendant du Sud du lac de Zurich jusqu'en Engadine. Le comte était sans enfants et n'avait que des parents éloignés : Zurich projeta de s'assurer une partie de cet héritage. La ville voyait s'ouvrir devant elle la possibilité de reprendre l'ancien programme de sa politique territoriale en cherchant à placer sous sa souveraineté une partie nouvelle de la route commerciale conduisant à Coire. En 1400, le Conseil conclut avec Frédéric de Toggenbourg un pacte d'amitié, renouvelé en 1416 avec la clause qu'il demeurerait en vigueur trois ans après la mort du comte. Celui-ci reconnaissait à la ville le droit, d'occuper, après sa mort, le territoire s'étendant entre Zurich et le lac de Walenstadt. En outre, le Conseil obtint en 1423 du roi Sigismond l'autorisation de reprendre, moyennant paiement de l'hypothèque, les fiefs impériaux d'Uznach et de Gaster, avec Weesen, engagés au comte de Toggenbourg. Ces traités devaient servir à favoriser le dessein de Zurich de s'assurer en Suisse orientale une prépondérance analogue à celle que Berne avait établie avec succès sur la Suisse occidentale. C'est dans ce but aussi qu'une alliance avait été conclue en 1419 avec l'évêque de Coire. A partir de 1430, ces visées politiques furent poussées par le bourgmestre Rudolf Stùssi avec une prétention et une forfanterie qui indisposèrent contre Zurich le comte de Toggenbourg et l'incitèrent à se rapprocher de son autre voisin, le pays de Schwyz. L'habile landammann schwyzois, Ital Reding, réussit à amener le comte à conclure une alliance avec Schwyz en son nom personnel et en celui de ses sujets d'Uznach et Gaster. Lorsque
ZURICH
(histoire)
ZURICH
Frédéric mourut en 1436, Schwyz parvint, en vertu de ses accords avec le comte, à prendre pied dans les territoires mêmes convoités par Zurich, soit la région entre celte ville et le lac de Walenstadt. Tous les efforts de Zurich pour expulser Schwyz de ces positions demeurèrent infructueux. Les dirigeants de la politique zuricoise ne virent pas d'autre moyen que la guerre pour réparer leur échec.
Les hostilités s'ouvrirent en mai 1439. La ville repoussa les tentatives de conciliation des cantons confédérés. Ceux-ci prirent parti pour Schwyz et Glaris. Ce dernier canton avait, dès le début, fait cause commune avec son voisin. Dans la première phase de la guerre, qui dura jusqu'en décembre 1440, les troupes confédérées battirent celles qui gardaient la frontière zuricoise près du Hirzel, pénétrèrent dans le territoire zuricois, pillant et dévastant la rive gauche du lac et le bailliage d'Affoltern ; d'autres forces armées occupèrent le bailliage de Grùningen et un troisième contingent confédéré mit à contribution le Nord de la campagne de Zurich. En même temps, Schwyz occupait les Hôfe du haut lac, dépendant de Zurich. Aux termes d'un armistice, conclu par l'intermédiaire des Confédérés, Schwyz restitua ses conquêtes à l'exception des Hôfe.
Inconsolables de leur défaite, les Zuricois cherchèrent à récupérer leurs domaines perdus du lac de Zurich en engageant des négociations avec le suzerain de ces territoires, le duc d'Autriche. Ils conclurent une alliance avec l'empereur Frédéric III, qui était le chef de la maison ducale autrichienne. Les pourparlers furent conduits par le chancelier de la ville de Zurich, Michael Stebler, dit Graf, homme influent, originaire de Souabe. Zurich s'engagea à restituer à l'Autriche la partie de la seigneurie de Kibourg située au Nord de la Glatt. En revanche, l'empereur promettait d'acquérir Uznach et le Toggenbourg des héritiers du comte de Toggenbourg et de les rétrocéder à Zurich. La ville obtint en outre une petite garnison autrichienne et le concours de deux chefs militaires expérimentés, Hans von Rechberg et Thùring von Hallwyl.
Zurich refusa de renoncer à cette alliance qu'elle avait le droit formel de conclure en vertu des dispositions du pacte fédéral d'alliance, mais qui était incompatible avec la manière de penser et d'agir des Confédérés. Ce refus ralluma la guerre, en mai 1443. Des troupes confédérées ravagèrent une bonne partie du territoire cédé par la ville ; puis, après la fenaison, une armée fédérale fit son apparition sous les murs de la ville et battit, à Saint-Jacques sur la Sihl, les troupes zuricoises qui se portaient en désordre au-devant d'elle (22 juil. 1443). Le bourgmestre Stùssi et le chancelier Graf se trouvaient parmi les morts. Les Confédérés n'étaient pas équipés pour un siège de la ville et se retirèrent sur la petite ville autrichienne de Rapperswil. Mais celle - ci repoussa victorieusement tous les assauts des Confédérés. Des pourparlers de paix, dirigés par l'évêque de Constance à Baden en mars 1444, échouèrent. Les négociateurs zuricois qui rapportaient à Zurich un projet d'accord, furent exécutés comme félons. Une armée fédérale vint mettre le siège devant le château de Greifensee. Après un siège de près de quatre semaines, la garnison de 72 hommes commandée par Hans von Breitenlandenberg, décida de se rendre. Cette reddition volontaire n'empêcha pas les défenseurs d'être tous décapités. Mais les Confédérés ne parvinrent pas à s'emparer de la ville de Zurich qu'ils assiégeaient depuis le 24 juin et qui était défendue par Hans von Rechberg.
Le siège fut levé à la fin d'août à la nouvelle du désastre des troupes confédérées à Saint-Jacques sur la Birse. Les deux parties, lasses de la guerre, n'étaient plus capables de grandes entreprises. De leur base d'opérations de Pfâffikon, sur le lac de Zurich, les Confédérés assiégèrent Rapperswil sans pouvoir s'en emparer ; les Zuricois, de leur côté, mirent les bailliages libres à contribution. La tentative faite par une armée autrichienne pour reconquérir le pays de Sargans occupé par les Confédérés fut anéantie par la victoire de ces derniers à Ragaz (6 mars 1446).
En novembre 1444 déjà, l'évêque de Bâle, le comman-
deur des chevaliers de Saint-Jean à Wâdenswil et le prince électeur s'étaient efforcés d'amener une conciliation. La cessation des hostilités fut négociée au congrès convoqué à Constance par le comte palatin du Rhin (12 juin 1446). Mais il fallut encore quatre ans de pourparlers avant que les parties belligérantes se fussent entendues sur tous les points. Zurich s'était obstinément défendu contre la condition qu'on voulait lui imposer de renoncer à son alliance avec l'Autriche. Lors de la conclusion définitive de la paix, Zurich rentra en possession de son territoire sujet, sauf les Hôfe du lac. La politique d'expansion, si maladroitement inaugurée par Stûssi, se terminait par une perte appréciable de territoire, des campagnes dévastées et la renonciation de Zurich à son rêve de primauté en Suisse orientale.
Zurich pendant la seconde moitié du XVe siècle. Depuis lors, Zurich s'attacha, avec ses adversaires d'hier, à déloger ses anciens alliés des territoires de la rive gauche du Rhin (occupation de Rapperswil et conquête de la Thurgovie). Ces entreprises valurent à la ville quelques acquisitions territoriales importantes. En 1467, le duc Sigismond d'Autriche lui vendit sa dernière place en territoire suisse, la ville de Wlnterthour. En 1459, Stein am Rhein s'était placé sous le protectorat de Zurich et Schaffhouse ; en 1484, cette petite cité reconnut formellement la souveraineté de la ville de Zurich. Ainsi, l'important passage du Rhin tombait sous l'autorité de Zurich. En 1496, la ville acheta la seigneurie d'Eglisau et entra par là en possession du passage du Rhin à l'Ouest de Schaffhouse. La seigneurie d'Eglisau possédait la basse juridiction du Rafzerfeld, tandis que la haute juridiction de cette région appartenait au landgrave du Klettgau. Mais comme la souveraineté était exercée en fait par Zurich, les comtes de Sulz, landgraves du Klettgau, renoncèrent en faveur de Zurich en 1681 à leurs droits souverains sur le Rafzerfeld.
La ville prit part à la guerre de Waldshut, en 1468. Elle joua un rôle important dans les guerres de Bourgogne. Pour combattre le dangereux ennemi des Confédérés, Zurich fit preuve d'un grand esprit de sacrifice, mettant toutes ses forces à la disposition de la cause commune. Ainsi furent dissipés les derniers nuages qui, depuis la guerre civile, projetaient leur ombre sur les relations entre Zurich et les Confédérés. C'est dès cette époque que la ville prit rang de Vorort de la Confédération. Cette évolution fut l'œuvre du plus éminent homme d'État du moyen âge zuricois, Hans Waldmann.
L'affaire Waldmann. Hans Waldmann, originaire de Blickensdorf, dans la campagne zougoise, venu avec sa mère à la ville comme demi-orphelin, n'arriva pas sans peine à conquérir dans sa cité adoptive une situation correspondant à ses grands talents et à son ardente ambition. Il dut surtout son ascension à ses grandes qualités de chef militaire et d'habile négociateur dans les tractations qu'il conduisit au nom des Confédérés avant et après les guerres de Bourgogne. Ce ne fut qu'après avoir acquis une haute considération dans la Confédération et à l'étranger qu'il parvint à s'imposer à ses compatriotes. Il tenta vainement d'acquérir de l'influence dans la corporation de la Constaffel.'Son insuccès fit de lui un partisan passionné de la prépondérance des corporations sur les anciennes familles. Depuis 1473, il faisait partie du Conseil en qualité de prévôt. Depuis 1480, il présidait le collège des chefs de corporations comme premier prévôt. Sous sa forte impulsion, ce collège cessa peu à peu de s'occuper de la discussion des questions exclusivement professionnelles, rôle que lui assignait la constitution, et se transforma en un véritable second gouvernement, luttant non seulement contre l'influence de la Constaffel, mais aussi contre celle du Grand Conseil. Aux élections de déc. 1482, Waldmann fut nommé bourgmestre, supplantant Heinrich Gôldli dont c'était le tour de l'être. Pendant trois ans, trois bourgmestres (Roist, Gôldli et Waldmann) alternèrent tous les six mois. Puis, aux élections de juin 1486, Gôldli fut définitivement éliminé au profit de Waldmann, de sorte que désormais, ce furent de nouveau deux bourgmestres qui alternèrent
[histoire)
ZURICH
tous les six mois au pouvoir. Waldmann et ses partisans profitèrent de leur victoire pour diminuer encore, en faveur des corporations, la position de la Constaffel. Le nombre de leurs conseillers fut réduit de 12 à 3.
Zurich. Le Grossmïïnster et ses environs à la fin du XVe s. D'après un tableau à l'huile de Hans Leu, l'aîné.
En même temps, le Conseil fut partiellement exclu des affaires et Waldmann commença, entouré de ses confidents, à mener un régime personnel et arbitraire. Il s'attira-non seulement l'hostilité de la Constaffel, mais aussi celle des corporations où le tout-puissant bourgmestre suscitait un nombre toujours croissant d'envieux. Waldmann s'attira en outre l'inimitié de la campagne. Avant l'élection de Waldmann à la charge de bourgmestre, le Conseil avait commencé à simplifier l'administration des bailliages, supprimant les droits particuliers qu'ils possédaient, travaillant à les placer sous un régime unifié et à renforcer l'action directe du Conseil sur l'administration des diverses parties du pays. Avec Waldmann, cette politique fut poursuivie plus énergiquement et plus rigoureusement encore. Un monopole économique, institué en faveur des corporations urbaines, comprimait l'industrie textile des campagnes. Il souleva un vif mécontentement. La révolte éclata lorsque l'ordre fut donné d'abattre les chiens errants des paysans qui causaient des dommages au gibier (4 mars 1489). Ce mouvement incita les ennemis de Waldmann en ville à soulever contre le bourgmestre
une foule ignorante et vile. Les médiateurs fédéraux, envoyés à Zurich, prirent parti contre Waldmann qui avait à leurs yeux le tort d'avoir énergiquement soutenu, dans la politique fédérale, l'empire contre l'influence française et combattu le régime sans frein des mercenaires qu'il voulait remplacer par des capitulations réglées par l'État. Il s'était attiré par là de violentes inimitiés. C'est ce qui explique sa mise en accusation devant un tribunal d'exception, rapidement constitué, lequel, après une procédure mêlée de comédie, de cruauté et de grossièreté, le condamna à mort et l'exécuta le 6 avril 1489.
La chute de Waldmann entraîna la dissolution du Petit et du Grand Conseil. Les affaires publiques furent dirigées par une commission executive de 60 membres environ, composée de gens de condition modeste pour la plupart, complètement incompétents en politique. Sa lamentable gestion lui valut le surnom de « Conseil cornu ». Fonctionnant comme cour extraordinaire de justice, elle prononça la peine de mort contre quatre prévôts ; les autres collaborateurs intimes de Waldmann furent condamnés au cachot et à de fortes amendes.
L'ordre normal ayant été rétabli, le Conseil fut reconstitué comme précédemment. Quelques réformes, introduites par Waldmann, furent consacrées par une revision constitutionnelle. Il ne fut plus accordé que trois sièges fixes du Petit Conseil à la Constaffel, six autres étaient réservés aux corporations, mais les trois derniers étaient au libre choix de la Constaffel ou des corporations. Au Grand Conseil, la Constaffel avait 24 sièges, tandis que chaque corporation possédait 12 représentants (Quatrième lettre jurée du 26 mai 1489).
Après de laborieuses négociations, une 'W^k* entente fut conclue le 9 mai 1489, grâce à l'intervention des délégués fédéraux, avec la campagne zuricoise ; tous les points qui restèrent en litige entre le souverain et les sujets furent réservés à l'arbitrage des représentants fédéraux. Cet accord figure dans l'acte appelé Spruchbriefe de Waldmann. Les concessions accordées aux paysans étaient sans importance. En revanche, l'accord mit lin à toute tentative centralisatrice nouvelle du Conseil. L'agitation des campagnes persista. Les paysans riverains du lac, qui se considéraient comme des bourgeois forains et non comme des sujets, désiraient participer au gouvernement sous une forme ou une autre. Leur vœu ne fut pas réalisé. Par contre, le Conseil se fit un devoir de soumettre toutes les questions importantes au préavis non seulement des corporations réunies, mais aussi des populations rurales, par l'entremise des baillis. Cet usage des consultations populaires permit au Conseil, à quelques dizaines d'années de là, de réaliser la réforme religieuse en contact étroit avec le peuple des campagnes. La lettre jurée de 1489 fut revisée le 14 janvier 1498 (cinquième lettre jurée). Son objet principal fut d'instituer, au lieu d'un seul premier prévôt, qui avait déjà existé du temps, de Waldmann, le collège des premiers prévôts des corporations. Ce corps de trois magistrats était élu par le bourgmestre, les conseillers, les prévôts et le Conseil des Deux-Cents. Il était choisi parmi les prévôts. Les premiers prévôts avaient le droit de réunir le collège des chefs de corporations, mais seulement pour la discussion des questions professionnelles. Ils assistaient à toutes les séances du Conseil et étaient autorisés à déférer du Petit Conseil au Conseil des Deux-Cents toutes les affaires
co
CS
cj
CO
as
fl)
EU
TJ
Gebietszuwachs in den Jahren:
Extension territoriale dans les années:
nach
après
Eingeklammerte Zahlen bezeichnen das Jahr des
Wiederausscheidens.
Pour /es territoires non conservés, l'année de leur perte
est indiquée entre parenthèses. (I397J
Heuti-ge Kantonsgrenzen.
Limites actuelles des cantons
Brenzen von erworbenen Bebieten, z. T. spà'ter
Vogteigrenzen geworden.
Frontières de territoires acquis et dont plusieurs sont devenus par la suite, des bailliages.
Erwcrb von Wïedikon 1400/1491.
Acquisition de Wiedikon 1400/1491.
Erwerb von Wettswil-Stallikon-Bonstetten 1532/1538.
Acquisition deWettswil-Stallikon-Bonsterten 1552/1538.
Carte historique du canton de Zurich.
ZURICH
(histoire)
ZURICH
de leur choix. Un des trois premiers prévôts était remplacé chaque année ; le premier élu était le représentant du bourgmestre. Les prérogatives anti-constitutionnelles que s'étaient arrogées le collège des prévôts de corporations furent ainsi brisées, non pas au profit de la Constaffel, dont l'influence fut définitivement diminuée, mais à celui du Grand Conseil. C'est à cette époque aussi que fut créé un Conseil secret, composé des deux bourgmestres et de deux prévôts de corporations. Il était chargé de discuter et de préparer les questions de politique extérieure.
Malgré la chute de Waldmann, Zurich conserva son rôle de Vorort de la Confédération. Contrairement à. Berne, qui inclinait vers la France, Zurich continua la politique de Waldmann, basée sur de bons rapports avec l'Allemagne. Toutefois la tentative de l'empereur Maximilien d'unir plus étroitement la Confédération à l'empire provoqua un revirement au Conseil de Zurich. En 1499, dans la guerre de Souabe, des troupes zuricoises combattirent partout au premier rang contre l'armée de Maximilien.
C'est pendant les guerres de Milan que Zurich devint véritablement le centre de la Confédération. La plupart des Diètes furent alors tenues à Zurich, où se rencontraient également les envoyés des souverains étrangers. Les expéditions d'Italie exercèrent une influence sur les relations entre le Conseil et les sujets. Jusqu'alors, ces derniers n'avaient été mobilisés que pour la défense de leur propre territoire ; désormais, ils durent servir en Italie sur l'ordre de l'autorité. Chaque fois qu'une campagne était entreprise, le Conseil s'en expliquait devant le peuple des bailliages ; de cette façon, il put gagner à sa politique italienne des populations auxquelles ces questions extérieures étaient complètement étrangères. Mais la défaite de Marignan, où 800 Zuricois de la ville et de la campagne restèrent sur le champ de bataille, provoqua un soulèvement parmi les paysans, qui se portèrent devant les murs de la ville. Le Conseil se vit obligé de demander des comptes à quelques chefs mercenaires, rendus responsables par la voix publique de l'échec d'Italie et de les punir (Leblcuchenkrieg, déc. 1515).
4. La Réformation, 1519-1531. Pendant les expéditions dans le Milanais, Zurich avait été constamment du parti du pape et avait combattu les agissements des agents recruteurs au service de France. De plus, la ville avait pris la tête du mouvement en faveur de la suppression générale des pensions (lettre sur les pensions), le mal rongeur de cette époque, mais n'avait pu empêcher un retour à ce système.
Cette attitude prise dans la politique extérieure joua un rôle dans l'appel à Zurich d'Ulrich Zwingli, qui était alors à Einsiedeln. Dans cette dernière localité et à Glaris déjà, Zwingli avait vivement combattu le parti français, ainsi que le régime des services étrangers et des pensions. Il y voyait un danger matériel et moral pour le peuple. A Zurich, il développa son activité réformatrice dans le sein de l'église (voir le chapitre sur l'histoire de l'église zuricoise et l'art. Zwingli ; il ne sera question ici que des aspects politiques de la réforme religieuse). A Zurich, les artisans, alors au pouvoir, se prononcèrent en faveur de ces tendances nouvelles, qui furent combattues dans leurs points essentiels par les familles nobles. La sécularisation des fondations ecclésiastiques, inaugurée par Zwingli, avait été précédée d'une ardente polémique contre la raison d'être des couvents et des redevances qu'ils prélevaient. Elle était menée par des ecclésiastiques qui excitaient le peuple en réclamant des mesures radicales et attisaient son mécontentement. En invoquant la parole divine, les paysans réclamèrent la suppression du servage, de ses charges, le droit de rachat des redevances foncières, la suppression des petites dîmes (Zwingli les avait convaincus de la légitimité des grandes dîmes), la suppression de toutes les innovations apportées par le Conseil dans l'administration des bailliages, le rétablissement des droits particuliers et des anciennes coutumes. Ces revendications avaient été précédées d'un assaut des maisons religieuses de Rùti et Bubikon. Le couvent de Tôss fut préservé du même sort par la sagesse du bailli de Kibourg, Hans-
Rudolf Lavater. Le gouvernement transigea, promettant d'examiner les articles issus des pourparlers des paysans avec les envoyés du Conseil. Cependant, les révoltes paysannes qui avaient éclaté peu auparavant dans le Sud et le centre de l'Allemagne avaient été réprimées dans le sang. Cet exemple intimida les paysans zuricois, qui se contentèrent d'un nombre très restreint de concessions : suppression du servage et des petites dîmes, à l'exception des droits appartenant à des seigneurs laïques ou ecclésiastiques n'habitant pas le territoire zuricois. La résistance fut abandonnée.
La sécularisation des couvents avait mis l'État en possession de territoires étendus et d'importants revenus. Aussi, jusqu'au XIXe s., on ne préleva qu'exceptionnellement des impôts. De plus, la Réformation élargit considérablement les attributions de l'État. Il est vrai qu'avant la réforme religieuse déjà, l'État avait commencé à s'attribuer un droit de surveillance sur l'Église et ses institutions, à réclamer les comptes d'administration des biens ecclésiastiques et à intervenir, par des ordonnances sur les mœurs, dans la vie privée des ecclésiastiques. Toutefois, toutes les questions relatives à la foi demeuraient l'attribution exclusive du pape et de ses organes. La Réformation fit passer à l'État la surveillance des églises et lui donna la haute main sur les écoles et l'assistance qui, jusqu'alors, relevaient des autorités religieuses. Ces matières furent désormais confiées par délégation d'État à une commission des examinateurs, composée du corps pastoral de la ville, présidé par l'antistès, et au synode des pasteurs de l'ensemble du territoire zuricois. En sa qualité d'interprète de la parole divine, le clergé avait en outre le devoir de donner son avis sur toutes les décisions importantes du Conseil, même lorsqu'elles étaient purement politiques, et de présenter ses objections orales ou écrites par l'entremise de la commission des examinateurs, chaque fois qu'il estimait que les mesures prises par l'autorité n'étaient pas conformes aux préceptes bibliques. Ce contrôle du pouvoir politique par le pouvoir ecclésiastique se perpétua jusqu'à la fin du XVIII» s.
La vive résistance des V cantons primitifs de la Suisse centrale à la propagation de la foi nouvelle, non seulement dans leur territoire, mais aussi dans les bailliages communs, et leur proposition d'exclure l'hérétique Zurich de l'alliance fédérale amenèrent une situation politique des plus tendues. Par contre, Saint-Gall, Schaffhouse, Bâle et Berne, ainsi que les villes alliées de Mulhouse et Bienne resserrèrent leurs liens avec Zurich après avoir accepté la Réforme. Sur les conseils de Zwingli, Zurich chercha en outre à s'appuyer sur les protestants des villes de l'Allemagne du Sud. De concert avec Schaffhouse, Zurich s'allia avec la ville de Constance, qui avait passé à la foi nouvelle (1527). La défiance mutuelle des deux partis confessionnels amena les villes des cantons protestants à conclure à Constance (du 25 juin 1528 au 3 mars 1529) la « Combourgeoisie chrétienne » et les cantons catholiques à former avec l'Autriche P« Alliance chrétienne» (22 avril 1529). Lorsque les V cantons catholiques empêchèrent par la force la prédication des doctrines nouvelles dans les bailliages communs et dans les territoires de l'abbé de Saint-Gall, Zurich recourut aux armes, sur l'avis de Zwingli. Mais les autres villes protestantes ne purent se résoudre à tirer toutes les conséquences de leur accord, de sorte que pour les protestants, l'occasion fut perdue d'utiliser leur supériorité militaire momentanée pour porter à leurs adversaires un coup décisif. La première guerre de Cappel se termina, avant un recours aux armes, par un accord négocié par l'entremise des cantons restés en dehors du conflit (25-26 juin 1529). La clause la plus importante de cette première paix de Cappel fut la renonciation des cantons catholiques à empêcher la propagation des doctrines réformées dans les bailliages communs et leur engagement de s'en remettre à la décision des communes. Interprétant cette disposition rédigée en termes peu clairs, Zwingli crut en tirer la conclusion que les cantons catholiques s'engageaient à autoriser, dans leur propre territoire aussi, la prédication de la foi nouvelle. D'autres divergences
ZURICH
(histoire)
ZURICH
d'interprétation se produisirent au sujet du paiement des indemnités de guerre, auquel les cantons de la Suisse primitive avaient dû consentir. Redoutant en outre l'intervention de l'Autriche et de l'empereur en faveur des cantons catholiques, Zwingli entrevoyait de nouveaux conflits. Pour pouvoir y faire face, le réformateur conçut le plan d'une puissante ligue de tous les adversaires de la maison d'Autriche. La France et Venise devaient être gagnées à ce projet. Mais ce dessein audacieux ne put être que partiellement réalisé. Les Luthériens firent preuve de la plus grande réserve ; ni la France, ni Venise n'y adhérèrent.
Tandis que le Conseil de Zurich, influencé par Zwingli, ne cessait d'engager des négociations d'alliances avec l'étranger, la situation intérieure s'était à ce point tendue qu'un nouveau conflit armé n'était plus qu'une question de temps. Le Conseil de Zurich travaillait méthodiquement et inflexiblement, en se référant à la paix de Cappel, au triomphe de la Réforme dans les bailliages communs de la Suisse orientale, et soutenait ouvertement le Toggenbourg en révolte contre l'abbé de Saint- Gall. Les cantons catholiques en furent ulcérés. Zwingli poussait de nouveau à la guerre, mais les villes protestantes, influencées par Berne, se prononcèrent simplement pour un blocus alimentaire. Mais cette mesure, dont on espérait le découragement de l'adversaire, ne fit que fortifier les V cantons dans leur résolution de se libérer de cette contrainte par la force des armes. La seconde guerre de Cappel se termina par la défaite de Zurich (11 oct. 1531). Quelques jours plus tard, le combat du Gubel (23-24 octobre) eut une issue tout aussi malheureuse pour les Zuricois.
La seconde paix de Cappel, conclue après ces événements (20 nov. 1531), consacra le statu quo des confessions religieuses, tel qu'il était au moment de la conclusion de la paix, mais dans les bailliages libres, à Rapperswil, au Toggenbourg, dans le Gaster et à Weesen, les V cantons eurent toute latitude pour le rétablissement de l'ancienne foi. Toute extension territoriale des doctrines nouvelles devenait impossible ; bien plus, les minorités catholiques des communes des bailliages communs obtenaient le droit de rétablir le culte catholique.
5. Époque de V absolutisme et des guerres religieuses, 1531- 1715. Sous le gouvernement de bourgmestres prudents H sages, Diethelm Rôist (1524-1544), Jakob Haab (1542-1560), Johann- Rudolf Lavater (1544-1557), Bernhard von Chain (1560-1571), Kaspar Thomann (1584- 1594), Johannes Keller (1594-1601), Zurich se releva de ses durs revers de Cappel. Immédiatement après la défaite, le peuple des campagnes s'était soulevé de nouveau. Il réclamait notamment la limitation de l'influence du clergé, jugé responsable des malheurs publics et présenta toute une série de ses précédentes revendications. Par la Lettre dite de Cappel, du 3 févr. 1532, le peuple obtint que désormais le Conseil ne prendrait aucune décision importante, notamment au sujet de la paix et de la guerre, sans en référer aux populations des campagnes. La paix de Cappel, déjà, conclue avec les cantons catholiques, avait été signée par cinq représentants de la campagne, à côté de six citadins. Le Conseil s'engagea en outre à respecter à l'avenir les franchises et les droits anciens des sujets, comme ceux-ci le demandaient. Toutefois les tentatives faites par le gouvernement pour simplifier l'administration des bailliages restaient en suspens.
D'autre part, le Conseil réussit habilement à arrondir le territoire sujet de la ville au cours du XVIe s. Les acquisitions les plus importantes furent le bailliage de Laufen (1544), le territoire des chevaliers de Saint-Jean de Wâdenswil (1549) et Steinegg (1583). Il y faut ajouter, au XVIIe s., des acquisitions en dehors des limites zuricoises : Weinfelden et Pfyn (1614), Sax-Forsteck dans le Rheintal (1615). et Neunforn, Wellenberg et Hùttlingen (1693).
Malgré la paix, les relations avec les cantons catholiques demeurèrent d'autant plus tendues que ces derniers travaillaient à extirper la doctrine réformée parl mit où ils n'étaient pas liés par les stipulations du traité de Cappel. Dans un tel état d'esprit, la guerre de Smalkalde (1546), éclatant en Allemagne entre les deux con-
fessions, menaçait de s'étendre sur le territoire suisse. Contrairement à Berne, Zurich se prononça pour une stricte neutralité. Une conséquence de cette politique fut d'obliger les cantons réformés à assister impuissants à la conquête de la ville alliée de Constance par les Impériaux et à son retour forcé au catholicisme. Mais Zurich renforça ses liens avec les villes protestantes de Suisse. L'éloignement qui s'était produit entre Zurich et Berne en raison de la réserve manifestée par la cité de l'Aar pendant les deux guerres de Cappel fit place, en 1535, à des rapports étroits. Les deux villes nouèrent de concert des liens avec la Genève calviniste (1584) et renouvelèrent leurs alliances avec Mulhouse et Strasbourg. A plusieurs reprises, Zurich et Berne vinrent au secours de leurs alliés menacés de succomber sous la réaction catholique : en 1587, ils portèrent aide à Mulhouse, en 1589-1602 à Genève, en 1592 à Strasbourg.
Fidèle aux principes de Zwingli, le Conseil repoussa, par contre, toutes les propositions de capitulations militaires et défendit à tous les citoyens d'accepter des pensions, Trois capitaines qui avaient amené des troupes de soldats zuricois aux Huguenots, furent exécutés à leur retour (Tampiskrieg 1587-1588).
La ferme direction de l'église de Zurich, confiée à Heinrich Bullinger, l'essor de l'institut théologique fondé par Zwingli et l'hospitalité accordée par la bourgeoisie aux protestants chassés du Tessin, de France et d'Anghl cire, firent de la ville au XVIe s. un centre du protestantisme de tendance calviniste.
La fin du XVIe et le commencement du XVIIe s. furent marqués par un certain ralentissement économique, qui fit sentir aussi ses effets dans le domaine politique. En 1545, 1556, 1566 et 1593 furent promulguées des ordonnances toujours plus restrictives au sujet des admissions dans la bourgeoisie de la ville ; aussi, aux XVIIe et XVIIIe s., les admissions furent-elles extrêmement rares. C'est à cette époque que s'établit le régime absolutiste. Depuis le temps de Zwingli, les corporations et les communes rurales avaient été consultées au sujet de chaque décision importante du Conseil. Cette coutume cessa vers la fin du XVIe s. De plus en plus les autorités zuricoises s'imprégnaient de l'idée que seul le gouvernement était responsable du bien et de la prospérité de ses sujets et qu'il ne leur devait aucun compte de ses actes.
L'acuité croissante des conflits confessionnels à l'intérieur du pays et la guerre de Trente ans sévissant au delà des frontières engagèrent le gouvernement zuricois à remplacer les murailles de la ville, inutilisables dans la guerre moderne, par un système de remparts, de fossés et de bastions. Ces ouvrages, décidés en 1624, furent achevés en 1678. L'impôt perçu pour payer les frais de ces constructions, ainsi que d'autres mesures prises par le gouvernement sans s'être mis préalablement d'accord avec la campagne, attisa les sentiments de révolte qui couvaient dans le peuple des bailliages. Les paysans du comté de Kibourg tinrent des assemblées pour discuter comment ils pourraient se libérer de la contrainte du gouvernement. Le bailli Wolf parvint à conjurer la révolte (1645). L'année suivante, l'insurrection éclata plus violemment à Wâdenswil et dans le Freiamt. En se basant sur le fait qu'au XVe s. déjà les chevaliers de Saint-Jean de Wâdenswil avaient été admis dans la bourgeoisie urbaine avec leurs sujets, les gens de Wâdenswil demandaient l'égalité des droits avec les bourgeois de la ville et faisaient dépendre de cette condition le paiement de leurs contributions. Le Conseil menaçant de réprimer la sédition par la force, les paysans se mirent sur la défensive, dans l'espoir d'être soutenus par les Schwyzois. Un contingent armé de gens de la ville, renforcé par les habitants des bailliages fidèles auxquels le Conseil avait promis la libération des impôts pour les maintenir dans l'obéissance et fort de 5300 hommes, s'avança dans la seigneurie de Wâdenswil. La population ne faisant aucune résistance, les troupes citadines s'emparèrent des principaux chefs révoltés, qui n'avaient pu fuir, et les ammena à Zurich. Quatre meneurs de Wâdenswil et trois du Freiamt furent exécutés ; les autres furent condamnés
ZURICH
(HISTOIRE
ZURICH
à de fortes amendes. En outre, une forte contribution fut imposée à la population des deux bailliages.
L'attitude des autorités témoignait fortement du nouvel esprit absolutiste qui avait pris la place des tendances plus démocratiques de l'époque de la Réformation. La rigueur de la répression impressionna à tel point le peuple des campagnes que le grand et dangereux soulèvement des paysans qui éclata en 1653 dans les cantons de Lucerne, Berne, Soleure et Bâle ne rencontra aucun écho dans les bailliages zuricois. Bien plus, le gouvernement put envoyer dans le Freiamt au secours des gouvernements menacés, une année d'environ 8000 hommes, bien munie en cavalerie et en canons. Au combat de Wohlenschwil, cette troupe put arrêter la marche des paysans bernois et lucernois.
Dans leur lutte contre les paysans révoltés, les gouvernements des cantons catholiques et protestants avaient si étroitement coopéré qu'ils en vinrent même à l'idée de remplacer par une charte unique, contenant des engagements communs et réciproques, les différentes alliances sur lesquelles reposait la Confédération d'alors. Le bourgmestre de Zurich, Johann - Heinrich Waser, avait même reçu la mission de préparer un projet. Mais quelques années plus tard, déjà, les conflits
confessionnels devaient provoquer une nouvelle guerre, celle de Villmergen. Zurich souffrait tout particulièrement de la situation créée par la seconde paix de Cappel ; elle était surtout critique dans les bailliages communs où les cantons catholiques exerçaient une prépondérance marquée sur les villes protestantes, beaucoup plus peuplées et disposant de moyens matériels bien supérieurs. Tous les efforts tentés pour assurer aux minorités protestantes des bailliages communs le droit de libre exercice de leur culte, garanti aux catholiques, échouèrent devant la résistance opiniâtre des cantons catholiques. La rigueur avec laquelle Schwyz avait procédé en 1655 contre un certain nombre de familles d'Aï th. qui, au temps de Zwingli déjà, avaient passé à la foi nouvelle, incita Zurich à prendre énergiquement le parti des persécutés. Toutes les démarches de Zurich échouèrent pour obtenir du gouvernement schwyzois la restitution de la fortune des réfugiés qui avaient gagné cette ville. Ayant épuisé tous les pourparlers, Zurich déclara la guerre (10 janv. 1656). La première guerre de Villmergen se termina par un échec pour les protestants. A l'exception de Berne, les autres cantons réformés s'étaient refusés à prendre les armes contre leurs confédérés catholiques. Une autre cause de la défaite incombe au chef des troupes zuricoises, le général Hans- Rudolf Werdmuller, qui au lieu de réunir ses forces à celles des Bernois, lesquels s'étaient avancés jusque vers Wohlen sous les ordres du général Sigismond d'Erlach, marcha sur Rapperswil. Tandis qu'il y perdait ses forces en un siège long et inutile, les Bernois se laissèrent surprendre et battre par l'armée catholique, le 23 janv. 1656 à Villmergen. La paix conclue le 7 mars confirma la prépondérance des cantons catholiques. Deux ans après, Zurich effectua une évolution considérable dans sa politique extérieure. Un parti français, formé de représentants des familles nobles et marchandes, s'était constitué dans la ville, grâce aux habiles manœuvres de l'ambassadeur français de la Barde. En 1658, les cantons confédérés invitèrent Zurich à participer aux négociations engagées avec Louis XIV pour le renouvellement de l'alliance française. Après d'orageux débats, qui se déroulèrent dans la salle du Conseil
et au dehors, le Grand Conseil finit par décider d'adhérer à l'alliance française. Elle fut jurée à Paris en 1662. Le chef de la nombreuse délégation confédérée était le bourgmestre de Zurich, Johann-Heinrich Waser, qui,
Zurich. La Wasserkirche et la rive droite à la fin du XVe s. D'après un tableau à l'huile de Hans Leu, l'aîné.
premier magistrat de la ville depuis 1652, en dirigeait la politique avec une grande autorité.
La révocation de l'Édit de Nantes (1685) fit afiluer les réfugiés huguenots à Zurich. Avec l'aide des petites villes de la campagne, Zurich fit son possible pour atténuer la détresse de ces malheureux. Une Chambre des réfugiés, spécialement constituée, collecta de grandes sommes d'argent (140 000 florins environ) pour subvenir aux besoins les plus pressants. Cette générosité porta des fruits abondants. Les huguenots introduisirent en Suisse des connaissances techniques inconnues jusqu'alors dans le domaine de l'industrie textile, permettant aux filatures zuricoises de prendre le grand essor qui établit la prospérité économique de Zurich aux XVIIe et XVIII* s.
La seconde guerre de Villmergen (1712) fut causée par les violents démêlés de l'abbé de Saint-Gall avec ses sujets du Toggenbourg, luttant pour leur autonomie. Zurich, avec l'appui de Berne, prit énergiquement fait et cause pour les protestants du Toggenbourg. La victoire qui, cette fois-ci, fut le partage des villes de Berne et Zurich, lesquelles étaient seules à supporter les charges de la guerre, brisa la prépondérance des cantons catholiques. Leur défaite fut consommée par la paix d'Aarau.
6. La revision constitutionnelle, de 1713. AuXVIIe s., un certain nombre de familles d'artisans et de négociants de la ville de Zurich étaient parvenues à une condition sociale supérieure, grâce à la manufacture du coton et de la soie. Outre les Murait, les Orelli et les Pestalozzi, originaires de la Suisse italienne, c'étaient les Werdmuller, les Escher vom Glas, les Hirzel, les Bodmer, les Rahn, les Hess, les Heidegger, les Holzhalb, les Fùssli, etc. Il se forma ainsi une aristocratie d'argent qui transforma Zurich, de simple cité d'artisans, en un centre industriel et fut. à l'origine de l'essor intellectuel pris par la ville dans la seconde moitié du XVIIIe s. Cette nouvelle couche sociale cherchait à obtenir dans le gouvernement de la ville une influence politique en rapport avec son rôle économique. Son ascension politique fut facilitée par le fait que ces manufacturiers ne faisaient pas partie d'une corporation prévue par la constitution ; ils pénétrèrent dans diverses
(histoire)
ZURICH
corporations grâce auxquelles ils réussirent assez facilement, par l'influence qu'ils y exerçaient, à obtenir des sièges dans le Conseil. C'est ainsi qu'ils gagnèrent la prépondérance dans les autorités. Après la seconde guerre de Villmergen, les corporations, dirigées par l'administrateur des couvents, Hans-Heinrich Bodmer et par le célèbre médecin et naturaliste J.-J. Scheuchzer, s'insurgèrent contre cette influence nouvelle. Une grande assemblée populaire, réunie au Lindenhof, obligea le Conseil à accepter une revision constitutionnelle (8 sept. 1713). Mais le résultat des pourparlers, menés pendant plusieurs semaines, fut des plus modestes, la résistance tenace des éléments conservateurs s'étant montrée la plus forte. La sixième Lettre jurée endigua quelque peu la prépondérance de l'aristocratie d'argent, mais pour le reste, les choses demeurèrent ce qu'elles étaient.
Pendant les discussions révisionnistes, de nombreux vœux annonçant un esprit nouveau avaient été exprimés : fondation d'une Banque d'État, postes d'État, remplacement des émoluments par des traitements en espèces, rachat des cens fonciers et des dîmes. Ils furent écartés et le Conseil continua comme par le passé à gouverner dans un esprit absolutiste. Cet esprit se manifesta d'une façon particulièrement rigoureuse en 1777, lorsque le Conseil conclut une nouvelle alliance avec la France, sans demander son préavis à l'assemblée des bourgeois compétente, ainsi que le prescrivait la Lettre jurée. Le pasteur Johann-Heinrich Waser, qui critiquait les mesures prises par l'autorité fut sacrifié à la même mentalité autocratique.
Mais le gouvernement ne vint pas si facilement à bout des mouvements séditieux qui se manifestaient dans les campagnes. Généralement, l'administration des baillis était consciencieuse et bienveillante. Les paysans jouissaient en outre d'une large autonomie en matière d'économie rurale. La basse juridiction était exercée par de nombreux tribunaux locaux, composés de paysans. Ce qui touchait à la religion et aux mœurs seulement était réglé dans tous ses détails par des mandements longs et compliqués et par une sévère police de mœurs. En outre, la ville veillait jalousement au maintien de son monopole économique. L'exercice de métiers de luxe, ne servant pas exclusivement aux besoins journaliers de la population agricole, toute fabrication pour le commerce, ainsi que le commerce luimême, étaient rigoureusement interdits aux habitants des campagnes. Mais des milliers de paysans, du district du lac et du Freiamt particulièrement, travaillaient à domicile pour les fabricants de la ville. Tous leurs efforts pour se rendre indépendants de leurs patrons de la ville et pour s'adonner, pour leur propre compte, à l'industrie textile, furent rigoureusement réprimés et impitoyablement punis. Cet égoïsme économique souleva du mécontentement parmi les habitants des rives du lac, que l'industrie à domicile avait mis à leur aise. Incités par la Révolution française et les exemples venant de France, ils suggérèrent au gouvernement, dans un mémoire rédigé en termes fort déférents, une série de réformes : constitution pour les campagnes, suppression du monopole industriel de la ville, possibilité pour les campagnards doués de faire des études et d'être nommés officiers, suppression des charges féodales, faculté de racheter, moyennant indemnités raisonnables, les cens fonciers et les dîmes, remplacement des redevances en nature par des impôts en espèces (Mémorial de Stâfa, rédigé en automne 1794). Avant même que ce mémoire eût été remis au gouvernement, celui-ci en avait eu connaissance ; il fit arrêter les chefs du mouvement et les condamna à des peines sévères. Mais le mouvement ne s'arrêta pas pour cela. Ses inspirateurs, se souvenant des lettres jurées de Waldmann, se mirent à la recherche d'anciens documents permettant d'apporter la preuve que la ville et la campagne devaient être traités sur pied d'égalité. Stâfa, foyer de l'agitation, fut occupé militairement. Des condamnations rigoureuses furent prononcées contre les chefs qui n'avaient pu se mettre en sécurité en prenant la fuite. Le plus considéré d'entre eux, le trésorier Bodmer, fut condamné à mort, peine commuée en réclusion perpétuelle.
En outre, un certain nombre de particuliers, ainsi que les communes qui avaient participé au mouvement, durent payer de fortes amendes (Affaire de Stâfa 1795). Cette rigoureuse procédure du gouvernement avait excité dans la ville elle-même, de violentes controverses. Des bourgeois considérés de la ville, spécialement les jeunes, prirent le parti de la campagne et demandèrent qu'on lui accordât des concessions. L'esprit qui avait soufflé en 1713 fit, depuis ces derniers événements, de rapides progrès.
7. La révolution de 1798. Les sévérités à l'égard de la population riveraine n'avaient qu'intimidé les gens des campagnes ; le mécontentement persistait. Il s'aviva avec les événements qui se déroulaient en 1797 et au commencement de 1798 dans d'autres parties de la Suisse (occupation de l'évêché de Bâle et du Pays de Vaud par les troupes françaises, demande de secours du gouvernement bernois contre l'avance menaçante des Français, déclaration de l'égalité des droits dans le canton de Bâle). Les esprits devinrent nettement révolutionnaires. Ce fut en vain que le gouvernement tenta de calmer l'excitation en graciant les condamnés de Stâfa. Le contraire se produisit. Le chirurgien J.-K. Pfenninger, de Stâfa, amnistié et rentré d'exil, prit la tête d'un mouvement tendant à obtenir l'égalité des droits de la ville et des campagnes. Sous la pression de cette campagne, à laquelle applaudissait un groupe déjeunes bourgeois libéraux de la ville, le gouvernement se mit lui-même en disponibilité et ordonna la convocation d'une commission nationale, composée pour les trois quarts de représentants de la campagne, chargée de préparer une constitution nouvelle. Ainsi, la constitution de Brun, qui pendant 460 ans, avait été le fondement de l'État zuricois, était supprimée. Avant que cette commission pût terminer ses travaux, la nouvelle arriva de la chute de la ville de Berne (5 mars 1798). Le 29 mars, l'État de Zurich se soumit à la constitution helvétique, dictée par la France, et devint un district administratif de la République helvétique. Le Directoire helvétique confia l'importante charge de préfet à Johann-Kaspar Pfenninger, le chef radical des campagnes, ci-dessus mentionné.
En 1799, le canton de Zurich fut le théâtre de la guerre entre les troupes françaises d'occupation commandées par Masséna et les forces autrichiennes de l'archiduc Charles. Le 21 mai celui-ci franchit le Rhin avec 53 000 hommes environ et suivit, les troupes françaises qui se retiraient lentement sur Zurich. La première bataille de Zurich, livrée le 4 juin 1799, aboutit à l'occupation de la ville par l'archiduc Charles, qui contraignit son adversaire à se retirer au delà de l'Albis. Ces opérations furent suivies d'un temps de repos durant lequel l'archiduc Charles, appelé en Allemagne avec ses troupes, fut remplacé par une armée russe commandée par Korsakof. Sur celle-ci, Masséna remporta, les 25 et 26 septembre, une victoire décisive, la seconde bataille de Zurich. Korsakof fut obligé de repasser le Rhin.
Ces opérations militaires causèrent de grandes souffrances aux populations de la ville et de la campagne. Les Français avaient imposé une contribution de trois millions de francs aux anciennes familles régnantes de la ville. Les deux cinquièmes de cette somme devaient être payés dans un très court délai, ce qui obligea ces familles à livrer une partie de leur argenterie et de leurs objets de valeur. Le restant de la contribution leur fut remis après de laborieuses négociations. Les familles qui possédaient dans les campagnes des seigneuries avec revenus en nature, les perdirent sans indemnité ; l'arrêt du commerce et des communications causa de grands dommages aux fabricants. Ces années virent la ruine de la plupart des familles aisées de la ville. Quant à la population des campagnes, elle souffrit grandement de la présence constante des troupes étrangères, étant obligée de subvenir à une partie de leur entretien. C'est ainsi que pendant deux mois de l'année 1798, il fallut fournir contre des bons, pour 570 000 francs de nourriture pour les hommes et les animaux. A cela s'ajoutaient des livraisons de bois de feu et des charrois dans lesquels les bêtes de trait des paysans furent épuisées d'efforts
4fe
Vt?
ZURICH
(histoire)
ZURICH
et de mauvais traitements. L'action du gouvernement helvétique était complètement paralysée. Ses organes avaient d'ailleurs été renversés par les Autrichiens lorsqu'ils occupèrent la ville ; un « gouvernement intérimaire » administrait, selon les méthodes d'avant la révolution, les parties du canton non occupées par les Français. Il dut faire place aux autorités helvétiques après la nouvelle occupation de la ville par les Français, consécutive à la seconde bataille de Zurich. De 1800 à 1802 se succédèrent dans le Directoire helvétique des coups d'État qui firent alterner des gouvernements révolutionnaires et des gouvernements conservateurs. Ces événements eurent leur répercussion dans la ville et la campagne zuricoise, qui virent des révolutions analogues. La retraite des troupes françaises, en juillet 1802, consacra la victoire du parti conservateur de la ville. Une tentative des troupes du gouvernement helvétique, commandées par le général Andermatt, de contraindre la ville à l'obéissance par un bombardement échoua (sept. 1802). Un soulèvement de la campagne contre le gouvernement conservateur prévint une nouvelle occupation des troupes françaises.
Ces troubles continuels avaient paralysé toutes les tentatives de réformes. La constitution helvétique avait bien proclamé l'égalité politique de la ville et de la campagne ; le servage et les servitudes féodales qui y étaient liées, avaient été supprimées sans indemnité ; mais les charges pesant sur la propriété foncière demeuraient ; à la grande déception des populations, le cens et la dîme durent de nouveau être payés.
8. L'époque de la Médiation. L'Acte de médiation, dicté par Bonaparte à la Suisse (1803) mit fin au bouleversement général. Il restituait aux cantons l'essentiel de leur autonomie antérieure. Mais ils recevaient des constitutions nouvelles. Dans le canton de Zurich, le pouvoir gouvernemental fut remis à un Grand Conseil de 195 membres « chargé de faire les lois et les ordonnances et d'exercer les autres prérogatives du pouvoir suprême ». Il nomma, choisi dans son sein, une autorité executive, le Petit Conseil, composé de 25 membres, présidé par deux bourgmestres, dont les pouvoirs alternaient tous les six mois. Bien que l'égalité politique ne fût pas supprimée, un système compliqué, comportant un cens électoral assura, dans le nouveau Grand Conseil 75 représentants aux 11 000 habitants de la ville et 120 aux 182 000 habitants de la campagne. Le Grand Conseil n'étant réuni que tous les six mois, l'influence prépondérante passa il au Petit Conseil, composé de 15 représentants de la ville, 2 de Winterthour et 8 de la campagne. La ville possédait donc une majorité incontestée.
La disposition constitutionnelle rétablissant le cens foncier et la dîme, tout en prévoyant qu'ils pourraient être rachetés « à leur vraie valeur », souleva les paysans des rives du lac et du Freiamt. La révolte fut réprimée par une armée fédérale d'intervention. Deux chefs furent condamnés à mort, deux autres, à la détention perpétuelle, en vertu des dispositions pénales de la Caroline de 1532 (Bockenkrieg). Cette répression prouvait que l'ancien esprit absolutiste avait repris le dessus. Dans les métiers, le régime corporatif fut rétabli. L'administration se fondait de nouveau sur les impôts fonciers. Quant au reste, le Petit Conseil, dirigé par le bourgmestre Hans Reinhard, gouvernait avec bienvaillance et économie ; la ville et la campagne se relevaienl de leurs graves blessures des années précédentes.
9. L'époque de la Restauration. L'abrogation de l'Acte de médiation, conséquence de la chute de Napoléon, restitua aux cantons la liberté de régler leurs affaires intérieures à leur guise. Le Petit Conseil de Zurich élabora une constitution nouvelle qui fut acceptée en juin 1815 par le Grand Conseil après de vifs débats. Elle portait nettement la marque du courant réactionnaire de l'époque, sans toutefois abandonner toutes les conquêtes révolutionnaires. L'égalité politique fut admise dans la constitution sous une forme très compliquée, mais la population des campagnes était mise sur un pied de complète égalité avec la ville en matière économique. Un nouveau système électoral composait le Grand Conseil pour les deux tiers de représentants de la ville. L'administration des districts fut confiée à des préfets,
munis de prérogatives administratives et judiciaires qui leur conféraient la même forte situation que les anciens baillis, dont ils occupaient les châteaux. L'essentiel des recettes publiques était constitué, plus fortement encore que sous l'Acte de médiation, par les contributions imposées à la propriété rurale. L'organisation politique des corporations demeura, mais fut étendue aux artisans des villages.
La campagne s'accommoda d'autant plus facilement de l'ordre nouveau que des hommes intelligents et entreprenants surent tirer profit de la liberté économique pour introduire la machine dans l'industrie textile et créer, dans les régions du canton abondantes en forces hydrauliques, des filatures qui prospérèrent, grâce à l'énergie de leurs fondateurs. Mais les conditions économiques nouvelles créaient des besoins nouveaux. Elles exigeaient principalement une meilleure préparation scolaire pour les nouveaux fabricants et leurs employés et un meilleur réseau routier pour les relations commerciales toujours plus fréquentes avec la capitale.
La réserve témoignée par le gouvernement où dominait l'élément citadin et qui montrait peu d'empressement à favoriser la concurrence faite à la ville par les produits de l'industrie campagnarde en accédant aux vœux des populations rurales, excita le mécontentement des milieux industriels des districts. Ceux-ci furent soutenus par les paysans dont le désir de racheter leurs dîmes et leurs cens à de bonnes conditions se heurtait également au mauvais vouloir du Conseil. L'opposition fut renforcée par un certain nombre de bourgeois de la ville, vieux lutteurs révolutionnaires, comme Paul Usteri, ou jeunes juristes, qui avaient étudié en Allemagne et qui, influencés par la nouvelle école juridique allemande, réclamaient l'adaptation de l'administration d'État aux exigences de l'époque et surtout une nette séparation des pouvoirs administratif et judiciaire. Le chef intellectuel des jeunes était Friedrich-Ludwig Keller. Ce parti libéral en formation prenait ses inspirations dans les ouvrages du réveil politique allemand et les exposait d'abord dans des cercles privés, puis dans la presse, lorsque celle-ci fut devenue libre en 1829. Ainsi, le terrain était bien préparé lorsque, en juillet 1830, la révolution éclata à Paris, donnant dans plusieurs cantons suisses, le signal de l'insurrection des populations rurales. A la grande assemblée populaire d'Uster (22 sept. 1830), la campagne résuma en termes dignes et fermes ses vœux dans un mémoire au gouvernement. Le résultat de cette journée fut la décision du gouvernement de faire élaborer une nouvelle constitution par un nouveau Grand Conseil, composé poulies deux tiers de représentants de la campagne. Le 20 mars 1831, cette constitution fut acceptée en votation populaire par 40 503 voix contre 1721. La nouvelle charte cantonale, à l'élaboration de laquelle Paul Usteri et F.-L. Keller avaient pris une part éminente, consacrait l'application conséquente, jusque dans les rouages inférieurs de' l'organisation de l'État, des principes de souveraineté populaire, d'égalité politique et de séparation des pouvoirs. Une abondante législation vint ensuite supprimer les derniers vestiges médiévaux de l'État féodal et patrimonial. On travailla au rachat complet des charges foncières. Les finances et l'administration de l'État lurent centralisées ; les impôts directs devinrent la base des recettes publiques. La suppression du régime corporatif prépara la liberté du commerce et de l'industrie, qui ne fut toutefois appliquée que prudemment et par étapes. La construction d'un réseau de bonnes routes permit de faire face aux besoins de la vie économique qui se développait dans les campagnes. L'école fut libérée de la tutelle de l'Église et reconstituée sur de nouvelles bases. Un séminaire fut fondé à Kùsnacht pour la formation du corps enseignant. L'école secondaire vint compléter l'instruction primaire. Les écoles moyennes du canton subirent une réforme complète. L'édifice scolaire fut couronné par l'ouverture de l'université, le 27 mars 1833.
La grande masse du peuple ne put, à la longue, suivre la rapide allure d'un gouvernement assuré de sa victoire et conscient de ses destinées. Les travailleurs à domicile et les ouvriers manuels étaient lésés et déçus
ZURICH
(histoire)
ZURICH
oll
par les conséquences de la liberté économique. Mais c'étaient surtout les innovations scolaires appliquées, sans égard aux sentiments populaires, par l'Allemand Thomas Scherr, directeur du séminaire, qui provoquaient l'indignation et l'inquiétude des milieux religieux (la destruction des nouveaux manuels scolaires par les paysans de Stadel. en 1834 était un indice de cet état d'esprit). Et comme, pour faire déborder la coupe, le gouvernement décida d'appeler à l'université le théologien David-Friedrich Strauss, originaire du Sud de l'Allemagne, dont l'ouvrage contestant la personnalité historique de Jésus avait causé une grande sensation. La population des campagnes s'organisa sous la direction du fabricant Hurlimann-Landis pour la défense de sa foi. Bien que le gouvernement, tenant compte de l'excitation, eût pensionné le nouveau professeur de théologie avant qu'il fût entré en charge, le mouvement ne se calma pas. Grâce à une excellente organisation et à une propagande passionnée, la grande majorité de la population des campagnes finit par se rallier à l'idée d'obliger le gouvernement à rétablir la tutelle de l'Église sur l'ensemble de l'instruction. Comme le gouvernement hésitait à céder à ce vœu, formulé par une grande assemblée populaire réunie à Kloten, et délibérait de faire appel à l'intervention des troupes fédérales, le pasteur Bernhard Hirzel, de Pfàirikon, donna de sa propre initiative et sous sa propre responsabilité le signal de la révolte en faisant sonner le tocsin dans sa paroisse, l'après-midi du 5 septembre. Les communes avoisinantes répétèrent le signal ; dans la nuit du 5 au 6 septembre, une foule de plusieurs milliers d'hommes, armés pour la plupart de gourdins, marcha sur Zurich pour obliger l'autorité à céder. Décidé à résister, le gouvernement fit avancer les troupes se trouvant en ville à l'instruction, contre les paysans affluant sur le Mùnsterhof. Quelques salves sur une foule qui n'était nullement préparée au combat, mit la panique parmi les émeutiers qui prirent la fuite en laissant 23 morts sur la place. Toutefois, comme la population urbaine menaçait de faire cause commune avec lis paysans et que les gens du district du lac, mobilisés pour le 6 septembre, marchaient sur Zurich, le gouvernement céda la place à un nouveau Conseil, irrégulièrement élu.
Sous la direction de Johann-Kaspar Bluntschli et d'Emanuel Mousson, le nouveau gouvernement s'efforça de replacer l'instruction publique sous l'autorité ecclésiastique. Scherr, le directeur du séminaire, fut remplacé par un ecclésiastique de stricte orthodoxie. Le Grand Conseil repoussa une proposition de supprimer l'université. Il évita, au surplus, de toucher à la constitution de 1831. Le nouveau gouvernement perdit rapidement la considération populaire en faisant cause commune sur le terrain fédéral avec le parti conservateur-catholique. Son président, J.-K. Bluntschli, se prononça, dans un mémoire juridique, contre la suppression des couvents d'Argovie et eut une attitude peu décidée dans l'affaire de l'appel des jésuites à Lucerne. Ces circonstances permirent au parti radical, qui avait perdu le pouvoir, de réorganiser ses partisans dans de nombreuses assemblées populaires, de gagner des adhérents et d'obtenir la majorité dans le Grand Conseil de 1840. Ce revirement amena la retraite des deux bourgmestres Bluntschli et Mousson. A leur place, les chefs du mouvement radical, le Dr med. Zehnder et Jonas Furrer, de Winterthour, prirent, comme nouveaux bourgmestres, la direction de la politique zuricoise.
La seconde ère du gouvernement, libéral, qui s'ouvre alors, coïncide avec les débuts du nouvel État fédératif de 1848. La Confédération issue du Sonderbund écarta de nombreux obstacles qui retardaient le libre développement économique du pays et, grâce à la concentration des forces nationales, mit la Suisse en meilleure position à l'égard de la concurrence étrangère. Ces effets bienfaisants se firent tout particulièrement sentir dans le canton de Zurich, où le commerce et l'industrie prirent un brillant développement. De 1853 à 1865, la construction d'un important réseau ferroviaire fit de Zurich le centre commercial de la Suisse orientale et le nœud de ses communications. Le dirigeant de la politique et de l'économie du canton fut Alfred Escher, prési-
dent du gouvernement de 1848 à 1855. C'est à son instigation que Johann-Kaspar Bluntschli, revenu à Zurich à la suite de son exclusion de l'université de Munich, rédigea le code civil zuricois (1852-1855), qui devint un modèle pour les autres cantons. Un autre représentant éminent de la tendance libérale, Johannes Dubs, codifia en 1859 les dispositions sur l'instruction publique, œuvre législative qui est encore en vigueur. La même année fut élaborée la première loi sur les fabriques. L'École polytechnique fédérale, ouverte en 1855, devint une source nouvelle de vie intellectuelle et économique.
10. Création de l'État populaire démocratique. Ces diverses innovations profitèrent en première ligne au commerce et à l'industrie. L'artisanat et l'agriculture avaient des raisons de se sentir tenus à l'écart et réduits à l'impuissance. Le parlement, en effet, qui gouvernait au nom du peuple, mais indépendamment de lui, était dominé par les représentants du commerce et de l'industrie. Un nouveau parti des mécontents se forma, recruté surtout dans les districts ruraux. Ses rangs furent augmentés par les publications de J.-J. Treichler et Karl Biirkli. Les pamphlets de l'avocat zuricois Friedrich Locher contribuèrent fortement à ébranler les positions du parti libéral. Locher attaquait en termes sarcastiques et mordants ce qu'il appelait le « système », c'est-à-dire le pouvoir presque illimité exercé par Alfred Escher avec un certain nombre de comparses dociles, qui n'étaient pas tous inattaquables dans leur vie privée. Ses pamphlets, perfidement mêlés de vérités et de fictions, anéantissaient moralement ses adversaires. C'est dans la ville de Winterthour, qui se sentait lésée dans son développement économique par l'essor de Zurich, que les mécontents s'organisèrent en parti politique. Sous la conduite de Salomon Bleuler et de Johann-Jakoh Sulzer, le nouveau parti, qui s'intitulait démocratique, tint ses assises générales en 1867 en organisant quatre grandes assemblées populaires à Zurich, Winterthour, Bùlach et Uster. Il réussit à imposer une revision constitutionnelle dont le principe fut adopté à une grande majorité par le peuple zuricois. La revision fut confiée à une constituante où les démocrates dominaient. La constitution sortie de ces délibérations fut acceptée en votation populaire, le 18 avril 1869, par 35 500 voix contre 22 500.
En instituant le référendum et l'initiative, en élargissant l'application du suffrage populaire, la constitution de 1869 transforma l'État représentatif en démocratie pure. Le Petit Conseil fut. remplacé par le Conseil d'État, organisé en départements administratifs ; le Grand Conseil prit le nom de Conseil cantonal. On tint compte des revendications agricoles et artisanes en réduisant, le prix du sel et en fondant une Banque cantonale, destinée essentiellement à fournir des crédits à l'agriculture et aux métiers. La constitution accordait aux ouvriers l'appui du canton à leurs œuvres corporatives et la promesse d'une amélioration de leur situation par une législation ouvrière. Pour alléger les charges des classes inférieures, on étendit le système de l'impôt progressif à la fortune et on institua un droit de succession.
Tandis que le mouvement régénérateur de 1831 avait presque complètement anéanti le parti alors au pouvoir, qui se voyait condamné à l'impuissance, le parti libéral se releva rapidement de sa défaite après le revirement de 1869. D'autre pari, le fiasco complet de l'entreprise ferroviaire de la Nationalbahn ébranla la situation du parti démocratique. En 1879, les libéraux reconquirent la majorité ; depuis lors, les deux partis luttèrent pendant plusieurs dizaines d'années pour la suprématie. Le référendum, institué par la constitution de 1869, alla à fins contraires des espérances de ses promoteurs : il agit, dans un sens conservateur et ralentit la législation. Plusieurs projets législatifs, qui devaient unifier dr vastes matières et apporter des solutions nouvelles, furent repoussés par le peuple, ce qui obligea le gouvernement à ne procéder que prudemment et par étapes. Quelques années plus tard, les cantons devaient être en bonne partie déchargés d'une matière importante de la législation, celle relative à la prévoyance sociale ;
ZURICH
(histoire)
ZURICH
en effet, les autorités fédérales, réorganisées en 1874, et munies de pouvoirs nouveaux, purent intervenir dans la vie économique par d'importantes mesures législatives en faveur des classes inférieures.
L'essor économique amena un rapide accroissement de la population, particulièrement au cours des vingt dernières années du XIXe s. En 1850, le canton comptait 251000 habitants, en 1880, 337 000. Ce chiffre s'éleva à 538 000 en 1920, à 618 000 en 1930. La ville de Zurich surtout participa à cette augmentation. En 1871, elle comptait 56 700 habitants, avec les communes suburbaines aujourd'hui incorporées. En 1930, elle avait 251 000 habitants. A cet afflux, correspondit une répartition nouvelle de la population en classes sociales : les salariés de l'industrie et de la banque se firent beaucoup plus nombreux. Ce changement dans la structure sociale de la population amena la création de partis politiques nouveaux. La seconde moitié du XIXe s. avait été dominée par la lutte des libéraux et des démocrates ; en 1899, les ouvriers, qui jusqu'alors avaient coopéré avec les démocrates, s'en détachèrent pour former un parti socialiste autonome. L'apparition de ce nouveau parti amena les deux grands partis bourgeois à unir temporairement leurs forces, ce qui leur était d'autant plus aisé que le parti libéral se plaçait désormais, lui aussi, sur le terrain de la souveraineté populaire directe. Ils ne différèrent plus que sur l'allure à imprimer à la transformation de l'État libéral en État visant à assurer la prospérité commune. Les luttes économiques qui s'avivèrent au XXe s., provoquèrent une nouvelle division des grands partis. Du parti socialiste se sépara le parti communiste. Mais les divisions furent plus marquées encore dans les partis bourgeois. En 1891 déjà, la population agricole s'était organisée en Ligue paysanne ( Bauernbund), sans toutefois se constituer en parti politique. Mais la guerre mondiale vint donner corps aux tendances séparatistes existant depuis longtemps. Elle purent se réaliser grâce à l'élection du Grand Conseil selon le système proportionnel, établi en 1917. L'exemple des paysans fut suivi par la partie catholique de la population, qui fonda le parti chrétien-social, tandis qu'un groupe de protestants d'une stricte orthodoxie se constituant en parti populaire évangélique.
La constitution démocratique paraissait avoir définitivement écarté la rivalité de la ville et de la campagne. L'accroissement beaucoup plus rapide de la population urbaine, l'incorporation des communes suburbaines à la capitale en 1893, la fusion de communes rurales avec la ville en 1934, laissent entrevoir le moment où les citadins seront plus nombreux que les campagnards. Ainsi, une fois encore, mais désormais sur le terrain démocratique, on peut prévoir une prédominance de la ville. [Hans Nabholz.]
La ville de Zurich au xixe s. L'Acte de médiation ayant supprimé la sujétion des communes de la campagne, la ville de Zurich ne fut plus, à partir de 1803, qu'une commune municipale. Elle eut à sa tête un président de ville et un Conseil de 15 membres ; en 1814, elle fut constituée en un collège électoral et une assemblée générale des bourgeois fut instituée. Le mouvement populaire de 1830 provoqua aussi une réorganisation de la commune : outre le président de la ville et un Conseil étroit de 13 membres, elle fut dotée d'un Grand Conseil et de l'assemblée de commune. La bourgeoisie forma dès lors la commune politique. Son influence dans le canton fut considérablement diminuée. Au Grand Conseil du canton, elle ne possédait qu'un tiers des sièges ; la création nouvelle des districts et dès 1837, l'organisation des cercles électoraux amoindrirent encore sa situation. A part quelques modifications dans l'administration de la ville, faites dans un sens démocratique, la situation resta sans grands changements jusqu'en 1866, où fut introduite une constitution démocratique de l'État. L'ordonnance communale qui entra en vigueur le 1er juil. 1866 créa la commune d'habitants, dont les organes principaux étaient : le petit Conseil de ville, de 7 membres, et l'assemblée de commune. A la suite de la fusion avec Zurich des onze communes suburbaines de Wollishofen, Enge-Leimbach, Wiedikon, Aussersihl, Wipkingen, Oberstrass,
Unterstrass, Fluntern, Hottingen, Riesbach et Hirslanden en 1893, le nombre des membres du petit Conseil a été porté à neuf, et l'assemblée de commune remplacée par le référendum en matière communale et par un Grand Conseil de ville. Depuis 1913, ce dernier est nommé selon le système de la représentation proportionnelle. Une deuxième extension de la ville entrera en vigueur le 1er janv. 1934 par la réunion des communes d'Affoltern, Albisrieden, Altstetten, Hôngg, Œrlikon, Schwamendingen, Seebach et Witikon. La constitution de la ville n'a toutefois subi de ce fait aucune modification importante. — Voir A. Largiadèr : Die Verfassung der Stadt Zurich, dans Zurich. Geschirhte, Kultur, Wirtschaft, 1933. [w. G.]
Bibliographie. Sources. Chronik der Stadt Zurich, publ. par Joh. Dierauer dans QSG 18. — G. Edlibach : Chronik, publ. par J.-M. Usteri, dans MA GZ IV. — Heinrich Brennwald : Chronik, publ. par Rud. Luginbùhl, 2 vol., dans CSG I, 1. — UZ, 11 vol. — Ziircher Stadtbiicher des 14. u. 15. Jahrh., 3 vol., publ. par H. Zeller-Werdmùller et H. Nabholz. — Die Rechtsguellen des Kts. Zurich, publ. par Rob. Hoppeler, dans SSR 1910 et 1915. — Steuerbùcher der Sladt und Landschaft Zurich im 14. und 15. Jahrh., publ. par H. Nabholz et F. Hegi. — E. Gagliardi : Dokumente zur Gesch. des Bûrgermeisters Hans Waldmann, dans QSG II, 1. — L. Forrer : Die Waldmannschen Spruchbriefe, dans Festgabe fur Herinann Escher, 1927. — Zeitgenôssische Darstellung der Unruhen in der Landschaft Zurich (Stdfener Handel), publ. par O. Hunziker dans QSG 17. — Vor hundert Jahren, aus zeitgenbssischen Aufzeichnungen und Bricfen, publ. par H. Zeller-Werdmùller.
Histoires générales. — L. Meyer von Knonau : Der Kanton Zurich, 2 vol., dans Gemàlde der Schweiz. — J.-C. Bluntschli : Gesch. der Bepublik Zurich. — - Karl Dàndliker : Gesch. der Stadt u. des Kts. Zurich. — G. von Wyss : Gesch. der Abtei Zurich, dans MA GZ \ III.
— H. Zeller-Werdmùller : Die Burgen des Kts. Zurich, dans MAGZ XXIII. — ■ Das aile Zurich, publ. par Sal. Vogelin. — Mem. Tigurina, 7 vol. — J.-C. Bluntschli : Staats- und Bechlsgesch. der Stadt u. Landschaft Zurich.
— ZT 1858-1862, 1878 et suiv. — F. von Wyss : Gesch. der Entstehung und Verfassung der Stadt Zurich bis zur Einfùhrung des Zunflregi mentes, dans Abhandlungen zur Gesch. des schweiz. ôffentl. Redites, 1892. — H. Glitsch : Untersuch. zur mittelalterl. Voglgerichtsbarkeit. — Hans- G. Wirz : Eine unbekannte Redaktion des Z.-Richtebriefes, dans Festgabe f. G. Meyer von Knonau. — Max Huber : Das Slaalsrecht der Republik Zurich vor dem Jahre 1798, dans AGS I. — A. Largiadèr : Untersuchmigen zur zùrcher. Landeshoheit. ■ — Le même : Die An fange des zùrch. Stadtstaates, dans Festgabe Paul Schweizer. — Le même : Die Anfànge der zùrch. Landschaflsrerwaltung, dans RHS 1932. — Karl Dàndliker : Berichterstattun gen und Anfragen der Ziircher Regierung an die Landschaft, dans JSG XXI und XXII. — David von Wyss : Politisches Handbuch fur die erwachsene Jugcnd der Stadt Zurich, 1796. — Walter Frey : Beitràge zur Finanzgesch. Zùrichs im Mittelalter. — Keller- Escher : Das Stercerwesen der Stadt Zurich, dans Nbl. d. Waisenhaus Zurich 1904. — Werner Schnyder : Die Bevblkerung der Stadt u. Landschaft Zurich vom 14.-17. Jahrh. — Hans Schulthess : Die Stadt Zurich und ihre alten Geschlechter, dans Nbl. d. Waisenh. Zurich, 1929.
Moyen âge. Sal. Hirzel : Zurch. Jahrbûcher, 5 vol., 1814-1819. — Karl Speidel : Beitr. zur Gesch. des Zûrichgaus. — Marcel Beck : Die Patrozinien der àltesten Landeskirchen im Archidiakonat Zùrichgau. — Georg Caro : Beitr âge zur dltern deutschen Wirtschafts- und Verfassungsgesch., Leipzig 1905. — Rob. Hoppeler : Die Anfànge der Abtei Zurich, dans NZZ, 16 oct. 1924.
— Léo Weisz : Neues ùber Alt-Zùrich dans NZZ, 10. 14 et 16 juin 1925. — Rob. Hoppeler : Wahrheit und Dichlung ùber die Wasserkirche, dans NZZ, 4 juil. 1925.
— Werner Ganz : Beitr. zur Wirtschafts gesch. des Grossmùnsterslifts in Zurich. — Konr. Escher : Die beiden Zùrcher Munster, dans Die Schweiz im deutschen Geistesleben, vol. 10. — Adolf Nabholz : Gesch. der Freiherren von Regensberg. — Franz-X. Wôber : Die Miller von und zu Àichholz, 4 vol., Vienne 1893-1907. —