ZURICH (BOURGMESTRES, HISTOIRE ÉCONOMIQUE) ZURICH
E. Diener : Das Haus Landenberg im Mittelalter. — Guido Hoppeler : Die Herren von Rûmlang bis 1424. — E. Bar : Zur Gesch. der Grafschaft Kyburg. — Paul Schweizer : Die Anfdnge der zurch. Politik, dans ZT 1886. — Hans-G. Wirz : Zurich und Konstanz im Kampf zwischen Ludwig dem Bayer und dem Papsttum, dans Schriften des Vereins fur Gesch. des Bodensees 1912. — Zeller-Werdmuller : Zur Gesch. der Zûrcher Verfassungsreform von 1336, dans ZT 1898. — K. Ritter : Die Politik Zinichs in der zweiten H al f te des 14. Jahrh.
Epoque de la Réformation, voir article Zwingli.
Période de 1530 A 1798. C. Pestalozzi : Heinrich Bullinger, 1838. — G. von Schulthess-Rechberg : Heinrich Bullinger, 1904. — Eisa Dollfus-Zodel : Bullinger s Einfluss auf das zurch. Staatswesen 1531-1575. — Léo Weisz : Aus dem Leben des Bûrgcrmcisters Salomon Hirzel 1580-1652. — W. Glàttli : Gesch. der Unruhen auf der Landschaft Zurich 1645-1646. — G. Guggenbùhl : Zûrichs Anteil am 2. Villmergerkrieg. — Hans- Martin Stùckelberger : Joh. Heinrich Waser, 1742-1780.
Répurlique helvétique, xixe et XXe s. David Wyss : Lebensgesch. Joh. Kasp. Eschers, 1678-1762, 1790. — Konr. von Murait : Hans von Reinhard 1735- 1835, 1838. — G. Guggenbiihl : Biirgermeister P. Usteri
1768-1831, 2 vol. — ■ F. von Wyss : Leben der Biirgermeister David von Wyss, Vater und Sohn, 2 vol. — Ludwig Meyer von Knonau : Lebenserinnerungen, publ. par G. Meyer von Knonau, 1883. — P. Riitsche : Der Kl. Zurich in der Zeit der Helvetik. — J.-C. Bluntschli : Denkwûrdigkeiten aus meinem Leben 1808-1881, 3 vol., Nôrdlingen 1884. — Heinrich Escher : Erinnerungcn seit mehr als 60 Jahren, 2 vol., 1866 et 1867. — Lily Thomann : Joh. Kaspar Pfenninger 1760-1838. — Emil Brunner : Der Kl. Zurich in der Mediationszeil 1803-1813. — S. Zurlinden : Hundert Jahre Bilder aus der Gesch. der Stadt Zurich, 1814-1914, 2 vol. — W. Wettstein : Die Régénération des Kts. Zurich 1830-1839.
— Hans Fritzsche : Begrûndung und Ausbau der neuzeitlichen Rechlspflege des Kts. Zurich. — ■ Heinrich Gelzer : Die Slraussischen Zerwiir fuisse in Zurich, 1843.
— W. Zimmermann : Geschichte des Kantons Zurich 1839-1845. — Paul Lang : Karl Bùrkli. — E. Feuz : Jul. Frôbel, seine politische Entwicklung bis 1849. — E. Gagliardi : Alfred Escher. ■ — ■ F. Locher : Republikanische Wandelbilder, publié par Emma Locher. — A. Locher : Gottlieb Ziegler. — Hans Strâuli : Johann Jakob Sulzer, 1821-1897. — Hans Schmid : Ulrich Meister 1838-1917. [Hans Nabholz.]
Liste des bourgmestres de Zurich (les dates indiquent l'année d'élection).
Rudolf Brun, hiver 1336.
Rûdiger Manesse, sept. 1360.
Johannes Vink, 1384.
Rudolf Schwend, 1384.
Rudolf Schôn, 1390, déposé en juin
Johannes Manesse, 1392.
Heinrich Meiss, juin 1393.
Johannes Meyer von Knonau, 1393.
Johannes Herter, 1409.
Pantaleon ab Inkenberg, 1414.
Jakob Glentner, 1415.
Félix Manesse, 1427.
Rudolf Stùssi, 1429.
Rudolf Meiss, 1434.
Jakob Schwarzmurer, 1439.
Johannes Schwend, 1441.
Heinrich Schwend, 1442.
Johannes Keller, 1445.
Rudolf von Cham, 1454.
Heinrich Rôist, 1469.
Heinrich Gôldli, 1475.
Hans Waldmann, 1483.
Konrad Schwend, mai 1489.
Félix Brennwald, déc. 1489.
Rudolf Escher, 1499.
Matthias Wyss, 1502.
Markus Rôist, 1505.
Félix Schmid, 1510.
Heinrich Walder, 1524.
Diethelm Rôist, 1524. Johannes Haab, 1542.
Joh. -Rudolf Lavater, déc. 1544.
Georg Mùller, 16 janv. 1557.
Bernhard von Cham, 15 juin 1560.
Johannes Bràm, 13 déc. 1567.
Johannes Kambli, fin avril 1571.
Kaspar Thomann, 30 mai 1584.
Konrad Grossmann, fin déc. 1590.
Johannes Keller, 14 déc. 1594.
Heinrich Brâm, 12 déc. 1601.
Hans-Rudolf Rahn, 12 déc. 1607.
Leonhard Holzhalb, 8 avril 1609.
Johann-Heinrich Holzhalb, 14 avril
Heinrich Brâm, 15 déc. 1627.
Salomon Hirzel, 10 mai 1637.
Hans-Rudolf Rahn, 8 oct. 1644.
Johann-Heinrich Waser, 28 juin
Johann-Heinrich Rahn, 13 nov. 1655 Johann-Kaspar Hirzel, 11 févr. 1669.
Johann-Konrad Grebel, 23 sept.
Sigmund Spôndli, 23 avril 1674.
Heinrich Escher, 22 juin 1678.
Johann-Kaspar Escher, 4 juin 1691.
Andréas Meyer, 16 janv. 1696.
Johann-Ludwig Hirzel, 22 avril 1710.
David Holzhalb, 7 mai 1710.
Hans-Jakob Escher, 13 avril 1711.
Johann-Jakob Ulrich, 20 nov. 1719.
Johann-Heinrich Hirzel, 1er mars
Johannes Hofmeister, 20 mai 1734.
Hans-Kaspar Escher, 17 mars 1740.
Johannes Fries, 3 janv. 1742.
Hans-Jakob Leu, 16 mai 1759.
Johann-Kaspar Landolt, 27 déc.
Hans-Konrad Heidegger, 12 nov.
Johann-Heinrich von Orelli, 4 mai
Hans-Heinrich Landolt, 17 août
Joh. -Heinrich Ott, 20 nov. 1780.
Heinrich Kilchsperger, 5 juillet
David von Wyss, 20 juin 1795, dém.
12 mars 1798.
Hans von Reinhard, 21 avril 1803.
Johann-Konrad Escher, 21 avril
Hans-Konrad Escher, 24 juin 1814.
David von Wyss, 16 déc. 1814.
Paul Usteri, 25 mars 1831.
Hans-KoDrad v. Murait, 13 av. 1831.
Melchior Hirzel, 20 mars 1832.
Johann-Jakob Hess, 1832-1840.
Hans-Ulrich Zehnder, 1844-1866.
(D'après Gerold Meyer von Knonau : Der Kl. Zurich, 1846).
Hans-Konrad von Murait, 1839-
Johann-Heinr.-Em. Mousson, 1840-
Jonas Furrer, 1845-1848.
Alfred Escher, 1848-1855.
Jakob Dubs, 1855-1861.
Paul - Karl - Eduard Ziegler, 1861 -
Eduard Suter, 1866-1869.
Johann-Jakob Treichler, 1866-1869.
[E. Hermann.]
IV. Développement de la civilisation. A. HIS- TOIRE ÉCONOMIQUE. 1. Les origines. Il est des villes suisses dont le développement économique s'est poursuivi d'une façon ininterrompue depuis l'établissement des Romains jusqu'à l'époque actuelle. L'histoire de Zurich ne révèle pas cette continuité. Nous avons toutefois quelques renseignements sur le Turicum des Romains ; nous savons qu'à l'extrémité Ouest du lac de Zurich, il existait une station de péage ayant le rang d'une Quadragesima et qu'un établissement romain occupait le Lindenhof. Mais ce Turicum n'atteignit jamais l'importance d'autres stations romaines de la Suisse, et la connaissance que nous avons de ces temps reculés est trop fragmentaire pour nous permettre de constater un lien de continuité entre cette époque et la ville de Zurich au moyen âge.
durs vu — 33
Le développement économique dont nous pouvons suivre l'histoire à travers les siècles commença dès la fondation de deux établissements religieux, au IXe s., le chapitre des chanoines du Grossmiinster, sur la rive droite, et l'abbaye du Fraumûnster, sur la rive gauche de la Limmat. Les droits fonciers étendus que possédaient ces fondations religieuses exigeaient la présence d'intendants et d'artisans ; les visites de princes créèrent des relations avec d'autres villes et avec les places commerciales de l'étranger. La situation avantageuse de Zurich, à l'extrémité du lac, qui est relié par la Limmat navigable au Rhin et à ses villes florissantes ; au confluent des routes qui, par les cols des Grisons et, dès le XIIe s., par le Saint-Gothard, conduisent, dans la Haute Italie, centre du commerce du Levant et, de l'Est à l'Ouest, de la Haute Allemagne
Décembre 1933
ZURICH
(histoire économique)
ZURICH
en France à travers notre pays, favorisa de bonne heure le développement du commerce et fit de Zurich une ville de marchands. A côté du commerce, se développaient les arts et métiers. Nous savons qu'au XIIe et
Zurich. La porte du lai- (Wassertor ou GrendelJ en 1840 environ. D'après une aquatinte de Franz Hegi. La porte a été démolie en 1881.
au XIIIe s., la ville était déjà le siège de la manutention de la soie et que ses produits pénétraient jusqu'en Hongrie et en Pologne. La première ère de prospérité de cette industrie prit totalement fin, si bien qu'au XVIe s., lorsque la soie fit de nouveau son apparition à Zurich, on ne trouvait plus aucune trace de cette première période industrielle, dont les conditions sont d'ailleurs mal connues.
Les propriétés étendues des monastères, la protection qu'ils accordaient et la juridiction qu'ils exerçaient leur procurèrent d'importants revenus sur lesquels vivaient tous ceux qui n'étaient pas adonnés à l'agriculture, c'est-à-dire les artisans et les marchands. L'échange de leurs produits créa le marché. Il serait toutefois prématuré de considérer le Zurich d'alors comme une ville au sens économique du mot. Jusqu'au XIVe s., Zurich fui une localité mi-agricole, mi-citadine, et sa subsistance était assurée par les produits de son propre sol.
2. La cité économique. La notion économique de « ville » dépend du développement du commerce et des métiers et suppose une répartition toujours plus marquée du travail entre la cité et la campagne environnante. L'activité est répartie en ce sens que la ville devient le centre exclusif du commerce et de l'industrie, l'atelier et le marché de toute une région, dont elle reçoit en échange, les produits agricoles nécessaires à son .ili mentation. Cette division du travail est encore renforcée par les droits de souveraineté de la ville, qui s'entend à assurer et à fortifier sa situation économique exceptionnelle en édictant des règlements sur les corporations et sur les marchés, sur les monnaies et sur les péages. Tel fut aussi le cas à Zurich. La ville possédait, exercés d'abord par l'abbesse du Fraumunster, et plus tard par elle-même, les droits de tenir marché, de battre monnaie, ainsi que de prélever un péage. Au milieu du XIIIe s., elle s'octroya une constitution et assura la paix intérieure — condition nécessaire à tout commerce — par de sévères prescriptions. Elle devint le reninéconomique d'un grand territoire. Les monnaies de Zurich avaient cours dans le Ziirichgau, dans le pays de Glaris et au-delà du lac de Wallenstadt jusqu'à la « haie verte », dans les Waldstàtten jusqu'au Saint-Gothard, en Argovie jusqu'au Hauenstein et dans toute la Thurgovie. Ainsi se développèrent à l'intérieur des murs de Zurich les éléments de cette organisation économique du moyen âge que nous appelons aujourd'hui l'économie urbaine, dont le but était d'assurer à la ville sa subsistance et de faire d'elle le siège exclusif du commerce et des arts et métiers. Mais c'est précisément dans ce do-
maine que Zurich n'a pas pleinement réussi, et l'homme qui chercha à appliquer d'une manière radicale ces principes d'économie urbaine, Waldmann, a payé de sa tète cette tentative.
Une politique économique consciente qui se propose de pourvoir aux besoins d'une agglomération urbaine exige une direction et une organisation. Le genre d'organisation que se donne dans ce but la ville au moyen âge est l'association professionnelle, l'association des marchands : la Hansa, et celle des artisans : la corporation. Zurich manquait d'une corporation de marchands importante et complète telle qu'il en existait alors en Allemagne, en Hollande, en Angleterre et en France, et c'est probablement pour cette raison que les négociants zuricois furent incorporés dans les corps de métiers (Constaffel et corporation du Saffran). L'ancien Zurich des marchands avait favorisé le développement d'un artisanat autonome. Plus cette catégorie acquérait de bien-être et d'indépendance, plus vivement elle ressentait, comme une criante injustice une exclusion qui l'empêchait de diriger les destinées de la ville. Le refus des familles au pouvoir de laisser les corporations d'artisans collaborer à l'administration de la ville eut pour conséquence, à Zurich, comme ailleurs au début du XIVe s., une insurrection des corporations. La révolution de Brun en 1336 assura aux treize corporations de métiers la représentation qu'elles demandaient à avoir dans le Conseil de ville. Leur domination politique a, au cours des siècles suivants, imprimé son sceau à l'économie zuricoise. La corporation est le groupe sociologique le plus important de cette époque. Elle est une véritable et vivante communauté des artisans dont elle forme le trait d'union ; elle intervient dans les manifestations les plus importantes de leur existence, sur le terrain politique, économique, religieux, militaire et social. Mais par suite de la disparition progressive des sentiments de pleine solidarité qui régnait à l'origine et de la prédominance des intérêts égoïstes, jointe à l'inégalité croissante de la situation de fortune des membres, la corporation devint de plus en plus une simple association des intérêts matériels des maîtres d'état. La politique alimentaire de la ville se mua en un monopole entre les mains d'un syndicat de patrons aux idées étroites ; ceux-ci paralysèrent de plus en plus l'économie urbaine par des ordonnant :i is sur les compagnons et les apprentis, par des prescriptions tracassières sur la production et par des interdictions de concurrence. Ils appliquèrent dans toute leur rigueur les principes de l'« économie dirigée ». La ville chercha à s'assurer la vente de ses produits ; cette tendance était normale de la part d'un corps d'artisans strictement organisé et en voie de prospérité ; elle était conforme à la politique que poursuivaient les villes à cette époque. Le marché indispensable fut créé grâce à l'acquisition d'un territoire agricole étendu, qui était appelé, par le fait de la répartition du travail dont il a été question plus haut, à livrer à la ville des denrées et des matières premières et à rerevoir d'elle des produits fabriqués. La zone économique s'étendait au-delà des murs de la ville, à tout un territoire de l'étendue à peu près du canton actuel, et l'on vit se dessiner une politique territoriale dont la ville de Zurich devint incontestablement le centre (les relations de Zurich et de Winterthour caractérisent d'une façon typique la situation privilégiée dont jouissait Zurich à l'égard d'autres localités et la sorte de tutelle à laquelle cellesci étaient soumises).
La Réformation donna un nouvel essor à la vie économique de Zurich. La ville combattit les capitulations militaires qui détournaient en faveur des États étrangers la fleur de la jeunesse et qui mettaient en péril l'agriculture et les métiers tout encorrompantlesmu'iii s. La conception morale que le réformateur Zwingli
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^e faisait du travail et que répandit sa doctrine, ses dons remarquables d'homme d'État qui se révélèrent dans sa sage politique économique et surtout agraire, donnèrent à la ville une nouvelle impulsion. A la fin du XVe s., fut introduite la manufacture du coton et du chanvre pour en faire la futaine si recherchée. Des fugitifs protestants de Locarno importèrent à Zurich l'industrie de la suie et les «industries libres» du coton et de la soie (non soumises à l'ancienne réglementation des corporations) gagnèrent particulièrement sous la direction de ces immigrés.
Parmi les industriels qui s'affirmèrent au premier rang, les Orelli, les Murait, les Pestalozzi, qui existent encore aujourd'hui, et d'autres : les Zanino, les Duno qui ont disparu dans l'intervalle, appartenaient à cette immigration venue du Sud. Au cours du XVIIe s., une autre immigration plus importante encore venue de l'Ouest, celle des huguenots atteignit son point culîuinant à la révocation de l'Édit de Nantes en 1685. Sans le concours de ces coreligionnaires étrangers, le développement économique de Zurich serait incompréhensible.
L'immigration des huguenots et l'essor des anciennes industries d'exportation, qui en fut la conséquence, exercèrent une influence décisive sur les relations commerciales de Zurich avec la France. Depuis longtemps les toiles de Saint-Gall et les brosses de laine de Zurich avaient trouvé preneurs à Genève et dans les régions de l'Ouest, lorsque les foires de Genève durent céder le pas à celles de Lyon. D'anciens privilèges réservés aux négociants suisses en raison des capitulations militaires furent l'origine de ces relations commerciales notamment avec Lyon. Des filés de soie et des produits de soie mi-manufactures provenant de Zurich étaient avec les toiles de Saint-Gall les principaux articles d'exportation aux foires de Lyon. L'importance de ce commerce éclate dans le fait qu'on vit se créer la première correspondance postale entre Saint-Gall, Zurich et Lyon ; depuis 1575, le courrier saint-gallois circulait à cheval. Suivant l'exemple de Saint-Gall, les négociants zuricois se groupèrent en 1662 en un directoire commercial pour traiter en corps avec les places étrangères, pour défendre leurs privilèges et pour régler enfin les questions de droit et de trafic. Cette institution a joué un rôle fort important dans la vie économique zuricoise ; le commerce de gros a trouvé en elle le contrepoids public qui lui était nécessaire vis-à-vis des corps de métiers et du petit commerce.
Il a certainement existé avant la République helvétique un territoire économique suisse, mais la direction de la politique économique était uniquement du ressort des divers États. L'égoïsme régional et la mesquinerie des intérêts privés furent les plus grands obstacles qui s'opposèrent au succès dans certaines circonstances fâcheuses, par exemple, lors de l'envoi de diverses ambassades à la cour de France, alors que les cantons auraient pu maintenir leurs privilèges en se montrant plus résolus. A la politique économique forte et cohérente de la France, les cantons suisses opposaient une politique faible qui manquait d'unité et de suite. Les divergences religieuses, politiques et économiques constituaient, d'autre part, à l'égard de l'étranger, une cause de perturbations et un facteur d'affaiblissement. Il faut relever toutefois à l'actif de nos entreprises capitalistes d'autrefois que la politique économique de Zurich, comme celle d'autres régions du pays, sut toujours trouver les voies et moyens de maintenir ses positions et de progresser dans la voie de la prospérité industrielle au point de devenir un des pays les plus riches d'Europe, bien que les efforts de ses négociants n'aient pas toujours été soutenus par l'union des gouvernements. Dans une direction toutefois, la politique de neutralité des cantons a contribué dans une large mesure au développement économique. Dans les conflits qui divisaient ses voisins, Zurich fit généralement figure de tertius qaudens. Comme l'expose Schinz dans sa si vivante Gesch. der Handelschaft der Stadt und Landschaft Zurich, cette ville dressa, en pleine guerre de Trente ans, un bilan réjouissant, alors que tant d'autres pâtissaient. Le même fait s'est renouvelé à diverses reprises dans l'his-
toire économique suisse et. zuricoise ; la neutralité politique fut l'un des facteurs les plus importants de l'essor pris par notre économie nationale.
Mais cette dernière ne pouvait atteindre un complet épanouissement que si les conditions politiques et l'état du droit lui étaient favorables. La grande diversité des formes politiques avec leurs répercussions sur les conditions sociales, la grande variété de la législation, celle des poids et mesures et des monnaies, les péages intérieurs et les autres difficultés du trafic étaient autant d'obstacles d'ordre matériel dont il fallut triompher pour assurer un plein développement économique. La Révolution française y contribua pour sa part. Sous la pression de celle-ci, le lien assez lâche qui unissait les anciens cantons fut transformé en 1798 par la création d'un État unitaire, centralisé et délimité. Zurich devint partie intégrante de la République une et indivisible, et éprouva les effets d'une législation révolutionnaire. La notion de sujets disparut, la ville et la campagne furent placées, politiquement parlant, sur un pied d'égalité, les droits de péages internes abolis, la liberté du commerce et de l'industrie proclamée, les règlements corporatifs et tous les privilèges de l'ancien régime disparurent. Ces circonstances créèrent un état de choses tout à fait nouveau qui, grâce au développement économique acquis, instaura, au début du XIXe s., un régime capitaliste au sens moderne du mot.
Il est intéressant de constater, à ce tournant de l'histoire, la suppression du régime corporatif, la fin du despotisme des corps de métiers de la ville qui se manifestait encore en 1772 dans une ordonnance sur les fabriques, prescrivant que le travail de la soie, de la laine et du coton ne pouvait être donné à la campagne que par des bourgeois de la ville. Seuls ces derniers pouvaient être éditeurs ; celte profession était interdite aux étrangers et aux campagnards. Et si nous examinons les réclamations qui furent formulées lors des troubles survenus dans la campagne zuricoise au XVIIe et au XVIIIe s., nous constatons qu'elles ont toutes un caractère économique : plaintes sur les restrictions apportées aux acquisitions de terres en faveur des monopoles concédés aux corporations urbaines ; plaintes sur les charges fiscales qui pesaient sur les paysans (dîmes et redevances foncières), sur les inégalités créées par les ordonnances fiscales, qui imposaient à l'agriculture et aux couches inférieures de la population la plus lourde charge des impôts indirects, tandis que la fortune mobilière demeurait presque épargnée. Toute l'organisation créée par l'ancien régime disparut à Zurich le 5 févr. 1798, et s'il est vrai que le mouvement réactionnaire de la Restauration succéda à la République helvétique et à l'Acte de médiation, ce régime réactionnaire ne pul se maintenir longtemps en contradiction avec des circonstances économiques profondément modifiées et aboutit à l'ère libérale de 1830.
L'époque de la révolution politique fut aussi celle de la révolution industrielle, c'est-à-dire d'une transformation complète des conditions de la production industrielle et du trafic, grâce à l'introduction du machinisme et de la vapeur. La révolution industrielle ne fut chez nous, ni autochtone, ni autonome. Nous avons été les imitateurs obligés des changements survenus dans l'économie de l'Angleterre avec laquelle Zurich se partageait l'industrie du coton. Quelques années plus tard, l'industrie zuricoise de la soie adopta les améliorations techniques de l'industrie lyonnaise et les métiers Jacquart se répandirent rapidement dans le pays. Grâce au stimulant de la concurrence étrangère, l'industrie textile zuricoise a été complètement bouleversée, en quelques années dans sa technique de production. Les changements profonds opérés dans ce domaine démontrent la compréhension qu'eurent les industriels zuricois pour les innovations nécessaires et l'énergie qu'ils mirent à les introduire. Un facteur d'ordre politique leur est d'ailleurs venu en aide, le blocus continental, en paralysant durant plusieurs années la concurrence anglaise qui tenait la tête des marchés européens. Ce fait permit à l'industrie suisse, notamment à celle de Zurich, de rattraper l'avance prise par la technique anglaise et de conquérir d'importants marchés.
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Il était toutefois difficile de se procurer des machines à l'étranger, chaque pays gardant jalousement ses inventions pour soi. Sous la direction de mécaniciens anglais on tenta de réparer des machines et on se mit à en construire de nouvelles. En 1805 déjà, la première grande filature mécanique, celle de Kaspar Escher à la Neumûhle, se vit annexer un atelier de réparations et de construction de machines dont devait sortir, vu le besoin toujours plus pressant de machines qu'avaient les filateurs, la fabrique de machines Escher Wyss et Cle. Une évolution analogue eut lieu dans la maison Rieter à Tôss ; là aussi l'atelier de construction primitivement annexé à la fdature devint une entreprise autonome. En 1814, le canton de Zurich possédait 60 filatures mécaniques. Elles étaient installées à la campagne, le long des rivières auxquelles elles empruntaient la force motrice.
vapeur assurèrent bientôt le transport des produits de l'industrie zuricoise par terre et par mer, en particulier jusque sur les marchés américains, d'origine récente, et capables d'une forte absorption. Zurich est le point de départ de la première ligne suisse de chemin de fer (Zurich-Baden 1847) et le centre de la politique ferroviaire. En plusieurs grandes étnpes, il devint, dans la seconde moitié du XIXe s. le centre du trafic interne suisse. En revanche, il est de beaucoup dépassé comme nœud ferroviaire international par Bàle qui a conquis une situation tout à fait particulière dans le trafic mondial. Mais comme station du trafic interne, Zurich est plus favorisée qu'aucune autre ville suisse. Sa situation au milieu de la région la plus industrielle du pays et aussi de la plus peuplée, à l'intersection de la ligne de l'Arlberg, Vienne-Paris, et de celle
Zurich. La gare du chemin (le fer à Zurich en 1S47. D'après une aquatinte de J.-B. Isenrinjr.
Nous n'avons pas connu, comme en France et en Angleterre, une concentration des fabriques en une seule et même ville, avec ses funestes conséquences sociales. Ceci ne veut pas dire que la misère de la classe ouvrière n'ait pas été connue chez nous ; c'est précisément dans la campagne zuricoise, et surtout dans la vallée de la Toss, qu'ont été constatées, dans les premières fabriques installées, des conditions sociales très défavorables (durée excessive du travail lorsque le niveau des eaux s'y prêtait, travail des femmes et des enfants, atteinte portée à l'unité de la famille et à la santé du peuple). Ceux qui vivaient de l'ancien système du travail à domicile tentèrent de retarder l'introduction des nouvelles machines en acceptant une prolongation de la durée du travail et une réduction des salaires. Au cours de ces années-là une profonde misère régna dans le monde des tisserands. Réaction toute instinctive, la fureur du peuple se tourna contre les machines, et la première filature mécanique à Uster fut en 1832 la victime de notre luddisme.
La production en masse par les moyens mécaniques exige la vente par grande quantité. Comme celle-ci ne pouvait être réalisée sur les anciens marchés, il fallut en conquérir de nouveaux dans le vaste monde, d'où nécessité de disposer de nouvelles voies et de nouveaux moyens de transport pour acheminer les marchandises sur de longs parcours. Le chemin de fer et le bateau à
qui va du Wurtemberg et de la Bavière au Gothard assure à cette ville un trafic important et sans cesse croissant. L'importance économique de Zurich, comme centre industriel, commercial et bancaire de portée internationale, exigeait qu'il fût desservi d'une façon intensive par les chemins de fer, les postes, les téléphones, les télégraphes et les services d'avion. Il a conquis dans le domaine du trafic une situation et une influence remarquables.
Si l'on considère l'économie zuricoise dans son ensemble, la multiplicité de ses branches de production amène à se poser la question suivante : pourquoi telle ou telle industrie s'est-elle acclimatée en un lieu qui ne fournit ni la matière première, ni la force motrice (exception faite de l'électricité), et qui n'offre pas même une possibilité d'écoulement de ses produits ? Pour qui étudie de près les questions économiques, la préexistence de richesses accumulées, a certainement été le point de départ du brillant essor économique de Zurich au XIXe s. La production suisse est caractérisée par la prédominance du capital et du travail. Une production qui n'a jamais possédé ces éléments essentiels ou qui les a perdus, se trouve, en Suisse, en état d'infériorité. Le capital, pour être influent dans l'économie moderne n'exige pas seulement la présence de capitaux accumulés qui cherchent des occasions de placement, mais il appelle nécessairement la présence de ces institutions dont la
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mission la plus liante consiste à fournir des capitaux : lc> banques. Au XVIIe s. déjà, le gouvernement zuricois s'esl occupé du placement sur emprunts étrangers des capitaux disponibles qui risquaient de provoquer dans le pays même le danger d'un surendettement (notamment dans l'agriculture). Des sommes importantes prélevées sur le capital zuricois ont été englouties en France dans la débâcle de John Law, ainsi qu'en Angleterre (Smith Sea Bubbles) au début du XVIIIe s. La « commission des intérêts » instituée en 1755 par le gouvernement zuricois est devenue plus tard la banque Leu et Cle, la plus ancienne des banques zuricoises actuelles. Malgré le besoin croissant de capitaux qu'avait l'industrie du pays à l'époque des perfectionnements techniques, de la construction des chemins de fer et de l'essor du commerce au cours du XIXe s., les capitalistes suisses ont toujours cherché à placer à l'étranger leurs disponibilités. Le placement et la conservation de ces capitaux ont fait naître à Zurich les banques internationales qui, dans la période extraordinaire de la guerre de 1914 à 1918 et de l'après-guerre ont acquis, avec les compagnies d'assurance, une importance mondiale et jusqu'alors inconnue. Celle-ci comporte, à côté de fortes chances de gain, aussi des dangers. Le cercle économique national est depuis longtemps rompu (il n'a même jamais existé en Suisse sous la forme d'un état économique limii é), et à l'heure actuelle c'est dans le cadre mondial qu'il faut comprendre et juger l'économie suisse et zuricoise.
Un examen consacré au développement économique île Zurich (examen qui, isolé des événements politiques et sociaux ne peut forcément être qu'incomplet et unilatéral) part des modestes débuts de deux fondations religieuses et, à travers le régime des corporations de métier, aboutit au développement d'importantes industries d'exportation qui franchissent les murs de la ville pour déborder sur la campagne et que le commerce relie avec le vaste monde. Son capital accumulé et ses relations avec l'Angleterre et la France, obligent Zurich à emboîter le pas au capitalisme universel dans son évolution d'ordre technique et font de cette ville le centre économique de tout le pays, un centre que la variété des produits met à l'abri des crises que connaissent les territoires où n'existe qu'une seule industrie (Suisse orientale et Jura). Ses relations mondiales et sa puissance financière lui confèrent une force de résistance qui fait de Zurich, dans les temps difficiles, un des plus solides soutiens de notre économie nationale.
Bibliographie. Zûrichs Volks- und Staatswirtschaft. Festschrift, 1928. — Victor Bôhmert : Untersuchung und Bericht ùber die Lage der Fabrikarbeiter. — Adolf Bùrkli : Die Gesch. der zùrcherischen Seidenindustrie.
— Le même : Das Kaufmànnische Direktorium in Zurich. Le même : Zûrichs Fabrikgesetzlgebung vom Beginn des XIV. Jahrhunderls bis 1798. — G.-C.-L. Schmidt : Der Schweizer Bauer im Zeitalter des Friihkapitalismus, 2 vol., Berne 1932. — M. Grossmann : Das kaufmânnische Direktorium in Zurich, 1662-1834. — O. Haegi : Die Entwicklung der zùrcher - oberiàndischen Baumwollindustrie. — ■ P. Keller : Der Einfluss dm Huguenotten auf die Industrie der Stadt Zurich, dans ZSSt. 1925. — Jul. Landmann : Leu et Co, 1755-1905. — J. Maliniak : Die Entstehung der Exportindustrien und des Unternehmerstandes in Zurich im XVI. u. XVII. Jahrh. — W. Bappard : La révolution industrielle et les origines de la protection légale du travail en Suisse. — Le même : Le facteur économique dans l'avènement de la. démocratie moderne en Suisse. — E. Bichard : Kaufmânnische Gesellschaft Zurich und Zùrcher Handelskammer 1873-1923. — [Schinz] : Versuch einer Gesch. der Handelschaft der Stadt und Landschaft Zurich, 1763.
— Hrch. Sieveking : Zur Zùrcher Handelsgeschichte, dans JSG 35. — Léo Weisz : Aus dem Leben des Biïrgermeisters Salomon Hirzel, 1580-1652. — Ella Wi'ld : Die eidgenos. Handelsprivilegien in Frankreich. — P. Witzig : Beitràge zur Wirtschafts gesch. der Stadt Winterthur im 19. Jahrhundert. [P. K.]
B. Église. Même si la légende de la décapitation des martyrs Félix et Begula survenue au bord de la Limmat à l'époque de Dioclétien est dépourvue de toute base historique, il est très vraisemblable que le chris-
tianisme était déjà connu et pratiqué sur le territoire de notre canton à l'époque de la domination romaine. S'appuyant sur le résultat de fouilles, Bahn présume qu'à l'endroit où s'élève aujourd'hui l'église d'Oberwinterthur se trouvait un oratoire chrétien datant de l'époque romaine. Depuis 536 les Francs, devenus chrétiens, s'efforçaient de gagner les Alémannes au christianisme, et lorsque Colomban parcourut la région, au début du VIIe s., il semble que la plus grande partie de la population était déjà chrétienne, sinon Colomban y aurait séjourné plus longtemps. Sonco mpagnon, Gall, se construisit dans la haute vallée de la Steinach une cellule ; le couvent de Saint-Gall devint le foyer de la culture chrétienne dans la Suisse orientale et, dès 700, les dons provenant du territoire zuricois commencèrent à affluer en faveur du couvent qui, au cours des siècles suivants, étendit toujours davantage ses possessions, notamment dans la région Est du canton. A la fin du VIe s., un évèché avait été fondé à Constance pour les Alémannes convertis au christianisme, évêché auquel se rattachait le territoire du canton actuel. Un petit couvent de femmes existait à la Lùtzelau au début du VIIIe s. Les origines du chapitre du Grossmùnster et de son église sont entourées de mystère. La tradition qui attribue leur fondation à Charlemagne n'apparaît qu'au XIIIe s., après la canonisation du grand empereur. Il n'est pas invraisemblable qu'au cours de ses fréquents voyages, Charlemagne soit venu à Zurich ; il se peut aussi qu'il ait été le fondateur de l'école du Grossmùnster appelée à cause de lui Carolinum ; quoiqu'il en soit, la bibliothèque du chapitre possédait le manuscrit d'une bible en latin selon la version d'Alcuin, le célèbre savant qui vivait à la cour de Charlemagne. Le Grossmùnster, la Turicina ecclesia, acquit bien vite une grande importance ; elle était l'église paroissiale de la région située entre la Limmat et la Glatt. Le chroniqueur saint-gallois Batbert rapporte qu'au IXe s. déjà chaque nouvel évêque de Constance devait célébrer une grand'messe dans le Grossmùnster lors de son entrée en fonctions, afin de se faire connaître au peuple. En face du chapitre du Grossmùnster avec ses 17 à 18 chanoines — ■ dont le nombre fut porté plus tard à 24 — et son prévôt, le couvent du Fraumùnster fut fondé par Louis-le-Germanique sur la rive gauche de la Limmat. L'acte de fondation porte la date du 21 juillet 853. La première abbesse fut la fille du roi, Hildegard, à laquelle succéda sa sœur Bertha. Les deux fondations jouissaient de l'immunité. La véritable église de la paroisse de la rive gauche de la Limmat était Saint-Pierre qui est peut-être la plus ancienne église de Zurich à en juger par son patronage. A la fin du VIIIe s., le couvent de bénédictins de Bheinau fut fondé ; il est mentionné pour la première fois dans un document de 844 ; c'est là que mourut, en 878, Fintan qui fut canonisé plus tard. A la campagne, les églises de Hinwil, d'Illnau, de Dùrnten sont déjà mentionnées au VIIIe s. ; au IXe s., ce sont celles de Pfàffikon et de Bùlach en 811, de Bingwil, filiale de Hinwil, en 837, Egg, Turbental en 858, Dielsdorf en 861, Hôngg en 870. Les églises furent fondées par les évêques et par les couvents, mais aussi par les seigneurs laïques. Depuis le capitulaire d'Héristal, en 779, les églises possédaient le droit de percevoir la dîme. Dans les siècles suivants, le couvent d'Einsiedeln, comme celui de Saint-Gall, étendirent leurs propriétés, notamment sur les rives du lac. Au XIIe s., Zurich fut mêlé à la grande histoire ecclésiastique : de 1142 à 1143, Arnaud de Brescia vécut à Zurich, protégé par le bailli d'empire, Ulrich de Lenzbourg, et y prêcha le retour de l'église à la simplicité des apôtres. Il fut expulsé de Zurich par l'évêque de Constance, probablement sur les instances de Bernard de Clairvaux ; en 1146, Bernard de Clairvaux lui-même vint à Zurich. En 1218, Zurich devint ville libre impériale, ce qui créa une certaine rivalité entre elle et les puissants chapitres qui étendaient dans une mesure considérable leurs possessions dans la ville. Les ecclésiastiques durent défendre leur immunité fiscale et leur droit de juridiction. La faveur du peuple allait toujours davantage aux couvents fondés au XIII0 s. En 1229 fut institué le couvent des frères prêcheurs, en 1234 celui des augustines à
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Œtenbaeh, en 1240 le couvent des cordeliers, en 1270 celui des augustins. Dans la lutte entre l'empereur et le pape, la ville se rangea du côté de Frédéric II et fut frappée d'interdit en 1247, mais elle refusa de céder et expulsa bon nombre de prêtres. En 1249, elle fit la paix avec l'église ; Frédéric mourut en 1250. En 1256 est mentionnée pour la première fois la Wasserkirche, qui fut peut-être à l'origine une chapelle privée des comtes de Kibourg. La même année on commença à vénérer un troisième saint de la ville en la personne d'Exuperantius qui, en 1225, figure avec Félix et Régula sur le sceau de la cité. Dans le chapitre du Grossmùnster, le savant Konrad von Mure (f 1281) exerçait les fonctions de scolasticus et de chantre à côté des prévôts Heinrich Maness et Heinrich von Klingenberg et, depuis 1271, le maître Bertholdus de Constance y déploya son activité comme directeur des écoles.
En 1275, l'année du liber decimationis, la division ecclésiastique du territoire cantonal actuel devint définitive ; tout le territoire dépendait du diocèse de Constance et, avec ce dernier, de l'archevêché de Mayence. Il était réparti entre 4 archidiaconats qui correspondaient aux anciens comtés (Gaue). Les archidiacres étaient à l'origine les vicaires de l'évêque. Les archidiaconats n'avaient plus à cette époque qu'une signification géographique. Pour l'administration ecclésiastique on avait créé de plus petites divisions, les décanats. Les parties Nord et Est du canton appartenaient à l'archidiaconat de Thurgovie et comprenaient les décanats de Dinhard (plus tard Winterthour), de Wiesendangen (plus tard Elggau) et une partie du décanat de Diessenhofen (Rheinau, Laufen, Stammheim). L'Ouest et le Sud-Est appartenaient à l'archidiaconat du Zùrichgau et comprenaient les décanats de Rapperswil (plus tard Meilen et Zurich), Illnau (plus tard Wetzikon) et Kloten (plus lard Regensberg). L'Amt se rattachait à l'archidiaconat d'Argovie et au décanat de Cham, le Rafzerfeld à l'archidiaconat du Klettgau et au décanat de Tengen. Le nombre des paroisses s'élevait déjà alors à cent environ, soit deux tiers de leur effectif actuel. Dans la campagne aussi des fondations et des couvents furent créés : Embrach, Saint-Martin sur le Zùrichberg, Heiligenberg près de Winterthour, Beerenberg près Wûlflingen, le couvent de cisterciens de Cappel, Mariaberg sur l'Albis (transféré en 1259 à Wurmsbach au-dessus de Rapperswil), le couvent de prémontrés de Riiti, celui de dominicaines de Tôss, dans lequel vécut de 1337 à 1360 environ la mystique Elsbeth Stagel, visitée de temps à autre par H. Suso ; la Sammlung à Winterthour, deux maisons de lazarites à Gfenn, près Dùbendorf et à Schlatt sur le Schauenberg, les commanderies de Saint-Jean de Bubikon, Wàdenswil, Kùsnacht, les couvents de frères d'Eschenberg près Winterthour et d'Elgg, un couvent de sœurs à Hausen sur l'Albis. En 1304 fut conclue entre la bourgeoisie de la ville et les deux chapitres du Grossmùnster et du Fraumùnster une convention qui formait, en tant qu'ordonnance sur le clergé, le sixième livre du Ftichtebrief ; selon ces dispositions, les ecclésiastiques, sauf les moines, recevaient le droit de bourgeoisie sans jouir toutefois des droits politiques. Les plaintes des ecclésiastiques dirigées contre les bourgeois étaient portées devant le Conseil, celles des bourgeois contre les ecclésiastiques devant un tribunal composé de trois prêtres, les Pfaffenrichter.
Au XVe s., l'État tendait toujours plus à affirmer ses droits de souveraineté vis-à-yis de l'église, considérée alors comme un Etat dans l'État. Il fut ainsi décidé que les chevaliers de Saint-Jean à Wàdenswil ne pourraient engager comme intendant qu'un bourgeois de la ville ; la ville chercha à accaparer les prébendes ; elle s'immisça dans les affaires économiques des fondations et des couvents en désignant des intendants ; elle lutta aussi contre l'accroissement des biens de mainmorte. Mais l'autorité avait aussi à cœur le bien-être moral et religieux du peuple ; elle lutta contre l'institution des courtisanes et contre la concentration des prébendes dans une seule et même main ; elle sévit contre les prêtres fautifs, elle leur rappela leurs devoirs, occasion en laquelle les prêtres invoquèrent de leur côté leurs immunités, de sorte que Zurich dut, se plaindre à Rome :
« Ces messieurs se conduisent d'une façon beaucoup plus légère et désordonnée que les laïques, tant le jour que la nuit, jouissant du privilège de leur immunité, en vertu de laquelle le Conseil ne peut s'emparer de leur personne ; tout cela cause beaucoup de déplaisir dans notre honnête commune ». Waldmann défendit avec vigueur les intérêts de la ville. C'est ainsi qu'en 1485 il lutta contre la mauvaise administration de l'abbesse Sybilla von Helfenstein ; le 24 septembre de la même année fut promulguée une ordonnance sur le clergé de la prévôté dirigée contre le joyeuse vie que menaient les chanoines. Des plaintes se firent fréquemment entendre contre la vie dissolue des ordres mendiants et des couvents de femmes. Les papes ont octroyé des privilèges spéciaux à la ville la plus en vue de la Confédération. Le plus important est la bulle de Sixte IV de 1479 qui octroie aux autorités de Zurich le droit de présentation à tous les bénéfices des trois fondations, Grossmùnster, Fraumùnster et Embrach, qui deviendront vacants dans le mois papal.
A la veille de la Réformation on constate, à côté de beaucoup de propre justice, de superstition et d'immoralité, diverses autres causes qui nous font comprendre les progrès rapides de la foi nouvelle. Avec l'entrée en fonctions de Zwingli à Zurich, une amélioration se manifesta dans tous les domaines. L'année 1520 vit naître un projet d'ordonnance sur les pauvres, qui apportait de l'ordre dans le domaine de la mendicité et qui cherchait à enrayer celle-ci, ce que de nombreuxrèglements sur les mendiants n'avaient pas réussi à faire. Ce projet devint une réglementation définitive en 1525 ; à son exécution étaient affectées les fortunes des couvents sécularisés. Les défenses, si souvent infructueuses, édictées contre les engagements militaires à l'étranger devinrent inutiles, dès que Zurich eut décidé, en 1521, de ne plus rien faire pour ces seigneurs étrangers et, en outre, de ne pas adhérer à l'alliance française. Les jeûnes et les pèlerinages prirent fin : la dispute de 1523 décida que les ecclésiastiques ne devaient prêcher que ce qui s'appuie sur la parole de Dieu. Le Conseil prit en mains le régime ecclésiastique. En 1525, la messe et les images furent supprimées ; la Réformation était accomplie à Zurich. La dernière abbesse, Katharina von Zimmern, se maria et abdiqua ses privilèges en mains du Conseil. Le chapitre des chanoines du Grossmùnster fut réorganisé. Les couvents furent sécularisés, leur fortune et leurs revenus reçurent des affectations spéciales. Aux 17 collations qui appartenaient au Conseil au début du XVIe s., il vint s'en ajouter un grand nombre de nouvelles, par suite de la sécularisation des couvents. Lorsque Zwingli succomba à Cappel, son œuvre était si avancée, qu'elle survécut malgré la mort du réformateur. Son successeur Heinrich Bullinger, eut le mérite de prendre en mains avec fermeté. sagesse et modération les destinées de l'église. Il est l'auteur de l'ordonnance de 1552 sur les prédicateurs et sur le synode (le synode avait été institué en 1528) : il rédigea aussi la seconde Confession helvétique de 1566. Il conclut avec Calvin, en 1549, le Consensus tigurinus. Ces deux confessions de foi formèrent la base religieuse de l'église zuricoise jusqu'au moment où elles furent tacitement abrogées sous la République helvétique. L'église zuricoise demeura pour ainsi dire sans changement de 1531 à 1798, dans sa forme extérieure comme dans ses institutions ; c'était une pure église d'État. Le Conseil était l'autorité suprême de l'église. Le chef de l'église était l'antistès qui fut, jusqu'en 1833. le premier pasteur en charge du Grossmùnster élu à vie par le Conseil. Il présidait le synode qui se réunissait deux fois par an de 1531 à 1798 et une fois par an dès 1804 ; en firent aussi partie jusqu'en 1621 les pasteurs réformés du canton de Glaris et jusqu'en 1798 les pasteurs exerçant le ministère en Thurgovie et dans le Rheintal. L'antistès présidait en même temps la commission des examinateurs appelée depuis 1803 Conseil ecclésiastique. Elle faisait passer leurs examens aux candidats en théologie et présentait au Conseil des propositions pour les charges vacantes. Jusqu'en 1798 il y eut 14 chapitres ; aujourd'hui ils se confondent avec les onze districts. Un tribunal matrimonial ou consis-
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tpire jugea les conflits matrimoniaux de 1525 à 1830. jusqu'en 1831, les pasteurs étaient élus, sur la proposition de la commission des examinateurs, par le Conseil, plus tard par les communes, mais, au début, avec certaines restrictions. Jusqu'en 1850, le Conseil ecclésiastique, soit le collateur, faisait aux communes une triple proposition ; jusqu'en 1836 les candidats n'étaient éligibles qu'au bout de trois ans, de 1836 à 1873 au bout de deux ans seulement. La constitution cantonale de 1869 prévoyait aussi une réélection des pasteurs tous les six ans. Le 19 févr. 1862, Zurich conclut avec les cantons d'Argovie, d'Appenzell Rh. - Ext., Thurgovie, Glaris, Schafifhouse, Saint-Gall, Bàle- Ville et Bàle - Campagne un concordat sur l'admission réciproque des ecclésiastiques réformés au service des églises.
Depuis 1831), la tendance se manifesta de transformer le synode d'ecclésiastique en un synode populaire mixte, mais ce projet échoua à plusieurs reprises ; en 1895, le peuple adopta un projet sur le synode de l'église qui supprimait la charge d'antistès. Depuis 1833 cette charge n'était plus liée à celle de premier pasteur du Grossmiïnster, mais l'antistès était élu par le Grand Conseil sur une triple proposition du synode pour une période de quatre ans et était immédiatement rééligible. Le nouveau synode promulgua en 1902 une loi ecclésiastique qui fut adoptée par le peuple et, en exécution de cette loi, une nouvelle ordonnance ecclésiastique. L'autorité législative supérieure est le synode élu clans les anciennes circonscriptions électorales du canton, à raison d'un député pour 2000 habitants suisses réformés. Il nomme cinq membres du Conseil ecclésiastique, tandis que le Grand Conseil en désigne deux. Le synode et le Conseil ecclésiastique se constituent eux-mêmes. Outre les onze chapitres, il existe dans les disl ricts des offices ecclésiastiques appelés principalement à surveiller les leçons de religion et la question des pasteurs. L'autorité ecclésiastique locale s'appelait autrefois Stillstand, actuellement administration ecclésiastique. D'après le recensement de 1930, le canton de Zurich compte 452 223 habitants protestants répartis en 157 paroisses, dans lesquelles 217 pasteurs et 2 femmes suffragantes exercent le ministère.
En 1685, après la révocation de l'Édit de Nantes, une paroisse française fut érigée à Zurich pour les réfugiés français, le Conseil y exerçait son droit de nomination ; le pasteur actuel de cette communauté est encore rétribué par l'État.
La vie spirituelle de l'église zuricoise a connu d'importantes évolutions. A l'orthodoxie qui atteignit son point culminant à l'époque de l'antistès Klingler (1688- 1713), succéda l'époque du rationalisme et du supranaturalisme ; à partir de 1830 les tendances libérales se manifestèrent toujours davantage même sur le terrain ecclésiastique. L'affaire Strauss provoqua une vive émotion au sein de l'église. L'apparition de la théologie libérale (A.-E. Biedermann) suscita encore quelque agitation dans le synode, mais elle se calma bientôt, grâce à l'attitude prudente et clairvoyante du dernier autistes, Finsler. On doit à l'église zuricoise cette œuvre remarquable qu'est la traduction de la Bible, faite d'abord par Zwingli et Léo Jud et revisée chaque siècle à l'aide des nouvelles connaissances acquises. La dernière revision complète date de 1931. Depuis la fondation de la Société ascétique par Johann-Jakob Breitinger, en 1768, les pasteurs se trouvaient groupés en une association libre qui, par le moyen de réunions et par la circulation d'ouvrages, leur procurait un précieux stimu-
lant et leur permettait de compléter leurs connaissances ; depuis 1913 ce groupement porte le nom d'Association pastorale du canton de Zurich. En 1915, sur l'initiative de la Société pastorale de Winterthour fut créé
Zurich. Le Grossmùnster au début du XIXe s. D'api
dessin de Deroy.
le Kirchenbote, journal destiné au canton de Zurich. Sources et littérature. Archives d'État Zurich, principalement Divisions E. et. T. — Archives de la Société ascétique à la Bibliothèque centrale de Zurich. — Protokolle der Zûrcher Kirchensynode (imprimés depuis 1831). — ■ Rapports annuels du Conseil ecclésiastique zuricois.
— Rapports de visites d'église du pasteur Ritter (1892- 1897), du professeur Schulthess (1898-1905), du pasteur Sutz (1906-1911), du pasteur Goldschmid (1912-1923).
— Verhindlungen der Asketischen Gesellschaft (Association pastorale) 1864-1922. L'année 1918 donne à page 20 une bibliogr. étendue. — A. Nùscheler : Gotteshàuser. — K. Wirz : Etat. — E.-F. Gelpke : Christl. Sagengesch. d. Schweiz. — A. Lutolf : Glaubensboten d. Schweiz vor S. Gallus.— Rahn, dans MA GZ XXI, 4.— J.-G. Mayer : Zur Gesch. des Landkapitels Zurich. — Gfr. 34, 1.
— J. Ahlhaus : Die Landdekanate des Bistums Konst'an : irn Mittelalter. — G. v. Wyss : Gesch. der Abtei Zurich. — Blôsch : Gesch. der schweiz. réf. Kirchen. — Egli : Schweiz. Réf. Gesch. — Le même : Zurich am Vorabend der Reformation, dans ZT 1896. — Le même : Zûrcher Kirrhenpolitik von Waldmann bis Zwingli, (Lins JSG XXI. — ■ P. Schweizer : Behandlun g der Zûrcher Klostergùter. — C. v. Orelli : Die Zùrch. Kirche... wàhrcnd den letzten 5 Dezennien, 1821. — G. Finsler : Kirchliche Statistik. — Le même : Zùrch. Kirche zur Zeit der Helv. Republik, dans ZT 1859. — O.-A. Werdmùller :
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Glaubenszwang der zùrch. Kirche im 17. Jahrh. — G.-R. Zimmermann : Zùrcher Kirche 1519-1819. — G. Finsler : Gesch. der theol.-kirchl. Entwicklung. — W. Wuhrmann : Die Zùrcher Kirche zur Lebenszeit ihres letzten Autistes.
— W. Baltischweiler : Instilutionen. - K. Pestalozzi : Zùrch. Kirchengut. — E. Jaccard : L'église française de Zurich. — J.-J. Mezger : Gesch. der deutschen Bibelûbersetzung in der schweiz. réf. Kirche.
— Zùrcher Kirchcnbote, dès 1915.
Église catholique. Depuis la Réformation, aucun service religieux catholique ne devait être célébré à Zurich ; les catholiques ne pouvaient être admis à la bourgeoisie. Les hôtes de distinction ou les députés à la Diète qui mouraient à Zurich étaient inhumés dans le cimetière du couvent de Fahr. On célébra pour la première fois à nouveau la messe pour les Russes cantonnés à Zurich en 1799 dans l'église des Frères prêcheurs et au Fraumiinster. Le 10 sept. 1807, le gouvernement autorisa la célébration i-émiliere du service divin catholique à Zurich cl mil à la disposition de ce culte la chapelle St. Anna, dans laquelle, le 27 déc. 1807, le premier ecclésiastique catholique, Moritz Meyer de Soleure, moine à Rheinau, fut installé par le doyen Bossard de Zoug, en présence du médecin Diethelm Zurich. La Lavater qui représentait le gouvernement. De 1833 à 1844, le culte catholique fut célébré au Fraumùnster. Roberl Kâlin lui curé jusqu'en 1863. Le 21 oct. 1844, l'église des augustins fut consacrée au culte catholique par l'évêque de Coire. Lors de la suppression du couvent de Rheinau, survenue en 1862, le Grand Conseil décida le 1er juin 1863 de créer un fonds de dotation de 500 000 francs pour les quatre paroisses catholiques du canton (Rheinau, Dietikon, Zurich, Winterthour) et vota en outre un crédit de 200 001 1 IV. pour les besoins les plus pressants de l'église romaine. Zurich reçut pour sa part 110 000 fr., Winterthour 70 000 fr. et Dietikon 20 000 fr. Ce fonds affecté au culte catholique s'élevait à fin 1930 à 187 326 fr. 90. La loi sur l'église catholique, du 27 oct. 1863, a réglé la situation de ces quatre paroisses et leurs rapports avec l'État. La nomination des curés et des vicaires fut confiée au Conseil d'État. Lorsque le dogme de l'infaillibilité du pape fut adopté le 18 juillet 1870, la paroisse catholique de Zurich repoussa le nouveau dogme et l'Église des augustins fut attribuée à la paroisse catholique chrétienne qui venait d'être fondée. L'église catholique romaine consacra, le 29 juin 1874, une église à son usage, celle des SS. Pierre et Paul à Aussersihl. L'église des augustins est la seule église catholique chrétienne du canton ; elle est reconnue par l'Etat. Le canton de Zurich fait partie du diocèse de Coire ; il est divisé en quatre décanats : Ville de Zurich, Winterthour, Albis, Oberland, avec 45 paroisses. Recensement de 1930 : 133 899 catholiques romains, 8744 catholiques chrétiens.
Bibliographie. Die Einweihung der kathol. Kirche in Z., 1808. — Katholisch Zurich, Jahrbuch u.Fùhrer 1932- 1933. — Gedenkblâtter aus der Gesch. der Au gustiner kirche und der kathol. Kirchgem. X. [willy-L. Wuhrmann.]
C. ÉCOLES. 1. Avant la Ré formation. La plus ancienne école de la ville de Zurich était celle du chapitre du Grossmiinster, dans laquelle un Scolasticus enseignait déjà en 1169. Puis vint l'école du chapitre du Fraunninster, mentionnée pour la première fois en 1283. Vers la fin du XVe s., L'école du Grossmiinster était appelée Schola Carolina, celle du Fraumtinstcr Schola Abbatissana. C'étaient des écoles latines ; on y enseignait, outre le latin, la dialectique et la musique. C'est à la bourgeoisie qu'on dut la création d'écoles allemandes dans lesquelles on enseignait la lecture, l'écriture et le calcul. Elles avaient un caractère plus populaire et admettaient aussi les jeunes filles, du moins temporairement. Par contre, les écoles latines n'abritaient que des garçons et les préparaient aux professions libérales.
Avec le temps, le latin fut aussi enseigné dans les écoles allemandes. Pour les enfants pauvres, on créa dans la ville de Zurich des écoles particulières (Hausschulen) organisées d'une manière très modeste. La mention
Stadelhoferporte, démolie en 1833-1834. D'après une aquatinte de J. Hindermeister.
d'un rector puerum à Regensberg 1287 prouve l'existence d'une école rurale zuricoise longtemps avant la Réformation. Il y eut aussi de bonne heure des écoles rurales à Winterthour, à Elgg.
2. Époque de la Réformation. Toutes les écoles instituées avant la Réformation étaient entretenues par des particuliers. Les réformateurs modifièrent cet état de choses : l'école fut mise au service de l'église et, par celle-ci, au service de l'État. En 1525 Zwingli devint directeur des écoles. En 1523 déjà, il avait transformé l'école du chapitre du Grossmiinster en un institut philologique et théologique ; celui-ci devait servir à la formation du clergé protestant et, dès le milieu du XVIIe s., il porta le nom de Carolinum. La connaissance de la Bible et les humanités étaient le but essentiel de cet enseignement. L'étude des langues anciennes était surtout destinée à assurer aux élèves une meilleure compréhension de la Bible. La préparation plus parfaite du clergé profita aussi aux écoles de la campagne ; en beaucoup d'endroits c'était en effet le pasteur qui tenait l'école.
3. Époque postérieure à la Réformation (1531-1600) . Après la mort de Zwingli, le Conseil tenta, en 1532. de séculariser le chapitre. Bullinger s'y opposa toutefois et obtint le maintien de cette institution. D'après l'organisation scolaire de Bullinger, l'école du Grossmiinster avait quatre classes ; la quatrième classe comprenait les lectiones publicœ. Cette classe se mua en institut autonome et fut séparée de l'école latine en 1568. Dans l'Alumnat ouvert en 1538, 15 garçons de la campagne étaient entretenus, logés et habillés aux frais du couvent de Kappel. Ces 15 garçons devaient embrasser l'état ecclésiastique.
Vers le milieu du XVIe s. l'État étendit sa sollicitude aux écoles allemandes. Elles poursuivaient un double but : elles devaient apprendre aux élèves la lecture, l'écriture et le calcul, puis les préparer à l'école latine. En 1549, il y avait à Zurich deux écoles de garçons et une école de filles, en 1583 quatre écoles de garçons et deux de filles. En 1586 les quatre écoles de garçons furent réunies. Les écoles familiales demeurèrent des écoles privées et faisaient ici cl là concurrence aux écoles allemandes. La plupart des écoles de la campagne étaient seulement ouvertes en hiver. Sur le régime scolaire de Winterthour, voir art. Wintertiiour.
4. Le XVIIe et le XVIIIe siècles, a) Les écoles de la ville. Tandis que Zwingli et Bullinger s'étaient efforcés de préparer le peuple de la campagne aux professions
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libérales, la ville ne voulut pour ainsi dire plus admettre. au \YIle s., d'enfants de la campagne dans ses écoles. A certaines époques, tous les ecclésiastiques qui exerçaient leur ministère à la campagne étaient des bourgeois de la ville. Des habitants venus de la campagne fondèrent en 1791 l'institut pour garçons de la campagne ; comme son nom l'indique cet établissement n'instruisait (pie des campagnards. Une autre particularité des écoles de la ville de Zurich aux XVIIe et XVIIIe s., c'était l'importance donnée aux leçons de religion ; un tiers, voire la moitié des heures d'enseignement étaient consacrées à cette branche.
Au XVIIe et dans la première moitié du XVIIIe s.. la \ ille de Zurich possédait les écoles suivantes : 7 renies privées pour garçons et filles jusqu'à l'âge de 8 ans (lecture et écriture) ; l'école allemande pour garçons jusqu'à leur huitième année (temporairement aussi pour les Mlles) (calcul et chant en plus) ; les deux écoles latines du Grossmiinster et du Fraumiinster, celle-là déjà appelée au XVIe s. école supérieure, schola superior, celleci école inférieure, schola inferior pour garçons de 8 à 16 ans (latin, grec, religion, rudiments d'hébreu) ; le Collegium humanitatis, existant depuis 1G01 avec deux cours annuels pour élèves de 16 à 18 ans, branches de l'école latine et en plus l'art poétique, la rhétorique el le catéchisme ; le Collegium Carolinum, avec trois classes, une de philologie, une de philosophie et une de théologie et 5 cours annuels.
Sous le bourgmestre Konrad Heidegger, la réforme des écoles de la ville, déjà commencée en 1765, fut achevée en 1773. L'enseignement comprit aussi les langues modernes, les sciences naturelles et les mathématiques. L'école latine du Grossmiinster fut transformée en une école secondaire à quatre classes (avec degré inférieur et degré supérieur). Les élèves qui désiraient embrasser une carrière commerciale ou technique quittaient la seconde classe du degré inférieur pour entrer à l'école des arts et. métiers fondée en 1773. L'initiative privée créa en 1774 l'école des jeunes filles. En 1782, l'institut de médecine et de chirurgie fut fondé et devint en 1804 un établissement cantonal.
b) Les écoles de la campagne. A partir de la Réformation, ce fut le clergé local qui enseigna à lire aux enfants dans beaucoup de communes de la campagne ; des greffiers, des sous-baillis et des étudiants itinérants s'en occupèrent aussi. A la fin du XVIe s. et au début du XVIIe s., des écoles proprement dites se créèrent de plus en plus, de sorte qu'en 1637 la ville dota la campagne de son premier règlement scolaire, à vrai dire manuscrit (complété et imprimé en 1658). Ce règlement exigeait en été une demi-journée de leçons et en hiver la journée entière ; toutefois la fréquentation de l'école n'était pas obligatoire. L'écolage était d'un batz par semaine. La surveillance de l'école incombait au pasteur de la localité. La direction de l'école était exclusivement confiée à l'autorité ecclésiastique, le collège des examinateurs. Le fonds 7Airicois des écoles de la campagne fut créé dans le but d'améliorer les traitements par trop modestes des maîtres d'école. C'est à ce mouvement que se rattache le recensement scolaire de 1715 qui donne un aperçu sur la situation des écoles. Une enquête analogue précéda le règlement scolaire de 1778 qui contient le germe de l'école populaire obligatoire. Toutefois, ni les communes, ni l'État ne voulurent poursuivre de force l'application des nouvelles dispositions ; l'un et l'autre manquaient des fonds nécessaires.
5. République helvétique. Acte de médiation et Restauration (1798-1830). La République helvétique tenta de réaliser la séparation entre l'école et l'église. En 1798 le Conseil d'éducation nouvellement institué remplaça la ommission des examinateurs qui se mua en 1810 en Conseil ecclésiastique, autorité suprême de l'église. Ces deux autorités se sont maintenues jusqu'à aujourd'hui. Mais la République helvétique n'apporta que peu de modifications aux choses de l'école.
Sous l'Acte de médiation le règlement scolaire de 1802 supprima la schola realis et lui donna le caractère d'une école bourgeoise, en lui adjoignant une division scientifique. L'école des arts et métiers (devenue oflicielle en 1803) était, dans une autre direction, le prolon-
gement de l'école bourgeoise ; elle reçut une nouvelle extension par la création, en 1827, de l'école technique. Tandis que l'école des arts et métiers peut être considérée comme le précurseur de l'école industrielle du degré inférieur, l'école technique fut le prédécesseur de l'école industrielle supérieure. La dernière réorganisation du Collegium (1806) est en rapport avec la fondation de l'Institut politique (1808); en 1820 fut ouverte l'école vétérinaire. En somme, durant la période de l'Acte de médiation et celle de la Restauration, les choses demeurèrent en l'état ; la liaison étroite de l'école et de l'église persista. Bien que la loi scolaire de 1803 ait exigé une école dans chaque paroisse, les écoles de la campagne ne furent pas améliorées pour autant, parce que les communes devaient seules en supporter les frais. On ne parvint pas à perfectionner l'instruction donnée aux maîtres, ce qui eut été bien nécessaire. On organisa, à vrai dire, en 1800 el en 1809, des cours de perfectionnement pour les insti tuteurs qui furent donnés au Riedtli à Zurich; en 1809 un cours pour les maîtres de ce district eut lieu à Rùti. Le gouvernement aristocratique de 1815 à 1830 manifesta peu d'intérêt pour les questions scolaires. L'asile des aveugles auquel vint s'adjoindre en 1827 l'institul des sourds-muets doit sa création à des initiatives privées.
6. Régénération (1830-1838 ). Les transformations politiques (constitution du 20 mars 1831) provoquèrent un changement complet dans l'organisation des écoles. L'école fut séparée de l'église ; elle devint autonome et soumise aux autorités civiles. Il n'y eut plus aucune dilférence entre écoles de la ville et écoles de la campagne ; la loi scolaire de septembre 1832 réunit toutes les écoles, école primaire, école moyenne, école supérieure en un tout organique. L'école primaire organisée par l'État, contrôlée et soutenue financièrement par lui, comprenait six années de leçons quotidiennes (3 années d'école élémentaire et 3 ans d'école réale) et 3 ans d'école complémentaire ou 2 ans d'école secondaire. Les maîtres primaires et secondaires étaient formés et instruits par le séminaire d'instituteurs de Kiisnacht ouvert le 7 nov. 1832 (Thomas Scherr, directeur). Les études, fixées au début à deux ans, furent étendues à trois ans en 1836, elles commençaient au sortir de la troisième classe de l'école secondaire.
Les écoles supérieures qui avaient existé jusqu'alors furent supprimées. Elles furent remplacées par l'École cantonale et par l'université de Zurich. L'école cantonale continuait la sixième classe de l'école primaire. Elle se divisa en un gymnase qui préparait les élèves à l'université et en une école industrielle (où l'on donnait une préparation technique et industrielle supérieure). Pour Winterthour voir art. Winterthour.
L'université, ouverte le 29 avril 1833, remplaçai! le Carolinum et les instituts politique et de médecine ; elle comptait quatre facultés : théologie, droit, médecine, philosophie.
7. Période de 1839 à 1933. La révolution de 1839 (Zûriputsch) et la réaction qui en fut la suite jusqu'en 1845 ne parvinrent pas à ébranler les fondemenl de la nouvelle organisation scolaire. L'École polytechnique ouverte en 1855 exerça une influence considérable sur l'enseignement supérieur dans son ensemble. En 1853 fut inaugurée l'école cantonale d'agriculture au Strickhof. L'œuvre législative la plus heureuse de 1859 à nos jours fut la loi sur l'instruction publique de Dubs, la dernière réforme qui fut opérée dans l'organisation des écoles du canton. L'âge d'admission à l'école fut fixé à 6 ans révolus au lieu de 5 ans ; le matériel scolaire individuel (même celui de l'école secondaire) était fourni par une centrale cantonale. Le nombre des écoles secondaires passa de 50 à 60. La loi Dubs conféra un caractère légal aux modifications qui résultaient de la réunion de l'école cantonale à l'Ecole polytechnique. I );i ms le sémm.-iire île Kusnarhl l;i durée des études fut portée de 3 à 4 ans.
La faculté de philosophie de l'université fut divisée en deux sections : I. philosophie, philologie et histoire ; II. mathématiques et sciences naturelles. L'élection du recteur fut confiée au sénat de l'université etune commission spéciale instituée. Des séminaires et des cliniques
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(littkuature)
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ont été créés afin de permettre une meilleure formation pratique des étudiants.
La constitution de 1869 a introduit le principe de la gratuité de l'enseignement primaire. A l'école secondaire, l'écolage fut maintenu jusqu'en 1872. Un séminaire protestant pour la formation des instituteurs fut créé par l'initiative privée. Une loi spéciale institua le technicum en 1874.
Plusieurs revisions de la loi sur l'instruction publique (1872, 1875, 1878, 1882, 1887, 1888, 1891) furent repoussées par le corps électoral ou ne lui furent même p;is soumises ; en 1899 fut adoptée une loi scolaire qui donna aux communes la faculté soit d'introduire une septième et une huitième année d'école, soit de limiter l'instruction à deux matins par semaine en été. L'école secondaire, qui constitue depuis 1867 le fondement de l'école industrielle et qui prépare pour le séminaire, le technicum, l'école de commerce et la vie pratique est demeurée .jusqu'à ce jour fidèle à cette mission. De 1867 à 1881, l'instruction des maîtres secondaires était assurée par une école pédagogique adjointe à l'université. Depuis 1881, les maîtres secondaires étudient à l'université. Le gymnase cantonal a été, en 1905, divisé en gymnase scientifique et gymnase littéraire, avec des cours préparatoires communs de 2 ans et des études supérieures qui durent 4 ans et demi. Les deux divisions de l'école industrielle (technique et commerciale) comportent des études d'aussi longue durée. La séparation des programmes d'études de ces deux divisions, opérée depuis 1896, a abouti en 1904 à la séparation de l'école de commerce et à la création d'une division spéciale et autonome de l'école cantonale, sous la direction d'un recteur. L'école industrielle prit le caractère d'une école scientifique du degré moyen.
En 1874, la ville de Zurich institua son école supérieure de jeunes filles dont la création fut suivie par celle du séminaire d'institutrices en 1876. D'après la réorganisation de 1894-1895, elle se divisa en classes de séminaire, classes commerciales et classes complémentaires. En 1908 fut opérée une séparation entre « l'ancienne division » (séminaire, gymnase et école complémentaire) et l'école de commerce.
L'université de Zurich fut la première institution supérieure de langue allemande qui admit des femmes à ses cours. En 1899, les deux sections de la faculté de philosophie ont été érigées en facultés autonomes ; une faculté de médecine vétérinaire fut créée en 1902 et en 1895 la faculté de médecine a été complétée par une école dentaire. Elle inaugura ses nouveaux bâtiments en 1914.
Bibliographie. Die ziirch. Schulen seit der Régénération (3 vol. Festschrift 1933). — O. Hunziker : Gesch. der schweiz. Volksschule. — Ernst Ulrich : Gesch. des ziirch. Schulwesens bis gegen das Ende des 16. Jahrh. — W. Klinke : Das Volksschulwesen des Kts. Zurich zur Zeit der Helvelik. - Le même : Die liefiinu. (1er gelehrlcii Schulen in Zurich. — M. Hartmann : Die Volksschule zur Zeit der Médiation. — Le même : Geist und Kraft unserer Volksschule. — 11. Krnsl : Hundert .laine ziirch. Sekundarscli.il le. — P. Eppler : Fûnfzig Jahre christlieher Lelirerhihitiitti : Ci si li. des eviini). Semiiiars in Zurich. — C. Grob : Das Lehrerseminar des Kts Zurich. - Th. Hug, G. Finsler, Ernst U. Markwart et P. Rûtsche : Zur Gesch. il. zûrcherischen Kantonsschule. — G. Wyss : Die Hochschule Zurich 1833-1883. — R. Keist : Joli. Caspar v. Orelli als Begrûnder d. ziirch. Kantonsschule u. Universit. — Art. WlNTERTHOUR. [Jean Witzig.]
D. Littérature. Le plus ancien nom zuricois qui nous soil parvenu est celui de Ratpert, le directeur de l'école extérieure du couvent de Saint-Gall, contemporain de Tutilo et de Notker-le-Bègue, dont certains prétendent qu'il serait aussi né à Zurich ; Ratpert fut le troisième astre, encore que le plus modeste, de cette constellation sous le signe de laquelle Saint-Gall atteignit son apogée. Zurich participa aussi, grâce à lui, à cette première floraison littéraire qui s'esl épanouie sur le sol suisse allemand, à une époque où la culture de la Suisse allemande s'est acquise une notoriété européenne. En outre, Zurich a donné naissance à deux maîtres distingués dans le domaine de la littérature latine du moyen âge ; au
XIIIe s. Konrad v. Mure (environ 1210-1281) parent et maître de Hadlaub et, au XVe s., Félix Hemmerli (1389- 1462 env.) qui fut au dire des uns le dernier des scolastiques du Sud du Rhin, et suivant les autres, le représentanl de l'humanisme allemand de la première époque. La littérature de Zurich eut un premier épanouissement à l'époque des minnesinger Werner von Teufen et Jakob von Wart, du maître bourgeois Johannes Hadlaub, de la famille des chevaliers Manesse, qui a donné son nom au célèbre manuscrit de chansons. Si Werner von Teufen (mentionné de 1219 à 1223) démontre combien fut grande l'influence romane dans ce territoire alémannique entouré de pays romands, Hadlaub est un type caractéristique de l'essor que prit la poésie du moyenhaut-allemand ; la préférence marquée qu'il eut poulies réalités l'a fait célébrer comme un des premiers représentants du réalisme suisse, qui a dès lors compté maint représentant à Zurich.
A l'époque de la mystique qui fait suite à celle de la poésie chevaleresque. Zurich donna naissance à Elsbeth Stagel, qui a décrit (dès 1340) en tableaux très vivants la vie de ses compagnes au couvent de Tôss et à laquelle on doit avant tout la biographie de Suso, dont elle avait été l'élève enthousiaste.
La littérature de l'humanisme et de la Réformation ne comprend pas seulement la prose et les vers d'Ulrich Zwingli, mais aussi les œuvres écrites en latin par son adversaire Konrad Grebel, le chef des anabaptistes zuricois, et la Bible issue d'une collaboration des pasteurs zuricois (1529), première Bible en langue allemande en même temps que première Bible protestante complète (parue 4 ans avant la Bible complète de Luther). Il faut ajouter la poésie dramatique. Elle est représentée à Zurich au XVIe s. par divers amis de Zwingli, en particulier par son successeur Heinrich Bullinger (1504- 1573), Georq Binder (f 1545) appelé par lui à l'école du Grnssmunster, le pasteur Utz Ekstein (f vers 1558) Jakob Ruf (f 1558) médecin émigré à Zurich, Jos Murer (1530-1580) conseiller, Amtmann, topographe, mathématicien et peintre sur verre, et son fils Christophe (1558-1614). Le 1er janv. 1531, le Plutos d'Aristophane fut représenté en langue grecque à l'école du Grôssmunster avec Binder comme régisseur, Zwingli comme compositeur des chœurs, Rudolf Collin (Ambùhl) comme auteur du prologue en latin et le jeune Conrad Gessner figurant parmi les acteurs. Le Spiel von der edlen Biimerin Lucretia und dem Standhaften Brutus que Bullinger avait composé pendant qu'il enseignait à Cappel (1523-1528) est une œuvre d'humaniste écrite en langue allemande ; toutefois comme elle s'élève, sous prétexte d'histoire, contre les abus contemporains, elle appartient à la catégorie des pièces politiques. La série de celles-ci s'était ouverte déjà en 1514 par la pièce Von den alten u. den jungen Eidgenossen, jouée à Zurich au Nouvel-An, la plus ancienne comédie politique en langue allemande, due probablement à la plume de Balthazar Spross. maître au Carolinum de Zurich. L'œuvre de Ruf, Etter Heiîii, représentée en 1542 semble avoir été inspirée par cette pièce; Ruf renouvela aussi l'L'rner Tellen- -./lie/ (1545). Un dialogue politique et religieux sous la forme d'un jeu de carnaval, tel est le caractère de la Badenfahri guter Gesellen (1526), d'Hans Achtsinit, probablement un pseudonyme d'un poète inconnu, l'un des familiers de Zwingli, tandis que les luttes sociales de l'époque donnèrent naissance au Beichstag d'Utz Eckstein, ainsi qu'à Der reiche Mann und der Armt Lazarus, le plus ancien spectacle biblique, de la Suisse. Ce furent aussi des thèmes bibliques, tirés notamment de l'Ancien Testament, qui inspirèrent les drames de Ruf et de Jos Murer.
L'hostilité que manifesta en Suisse allemande le XVIIe s. à l'égard du théâtre trouva son expression littéraire à Zurich dans la brochure de l'antistès J.-J. Breitinger : Bedenken gegen Comôdien oder Spilen 1 1624). dont les effets se firent sentir jusqu'au XIXe s.
Si Zurich n'a jusqu'alors fourni à la littérature allemande et européenne que des œuvres de second ordre, si à l'époque baroque elle s'est tue comme toute la Suisse protestante et a laissé la direction aux cantons catholiques, elle ne devint pas seulement au
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XVIIIe s. le guide de la Suisse alémannique, mais elle prit une part active à la littérature allemande de l'époque du rationalisme, du Sturm und Drang, de la li I té rature classique; bien plus elle exerça en certaines occasions (avec Gessner, Lavater, Pestalozzi) une influence de portée européenne. C'est ce Zurich qui est décrit dans les souvenirs de Ludwig Meyer von Knonau. L'impulsion était venue du dehors, de Descartes, de Leibniz, de Wolff, et notamment d'Angleterre. Quant aux effets considérables qu'eut cette influence, ils s'expliquent par les circonstances particulières de la Suisse et de Zurich : l'hostilité croissante à l'égard de la France et les anciennes relations des protestants avec la Hollande et l'Angleterre, le détachement qu'éprouvait le public pour des lectures purement éditantes, la joie causée .mx républicains par la liberté manifestée dans la littérature anglaise, l'admiration qu'inspirait l'État libre de Cromwell et de Miltori, l'attrait qu'avait pour les théologiens la culture de l'esprit littéraire, attrait qui poussa même J.-J. Bodmer à renoncer à son ministère pastoral. Une activité commerciale intense régnait à Zurich ; d'autre part on cultivait
et à sa Tod Abels. La double vocation de poète et de peintre se retrouve dans un certain nombre de Zuricois, notamment chez son contemporain, le fabuliste Ludwig Meyer von Knonau, plus tard chez Martin Usteii. David Hess, Ulrich Hegner, August Corrodi, mais surtout chez Gottfried Keller. De même que Bodmer trouva en Sulzer un apôtre dévoué, Lavater eut en Christoph Kaufmann, de Winterthour, un digne émule qui dota la littérature allemande de la formule Sturm und Drang en imposant ce titre à Klinger pour son drame Wirrwarr. Ce terme servit ensuite à désigner toute cette époque agitée.
Zurich n'a pas joué de rôle dans le classicisme allemand, sinon indirectement, par l'amie de Goethe, Barbara Schulthess, à laquelle on doit d'avoir conservé la première version du Wilhelm Meister, et par l'ami du grand poète, Heinrich Mèyer, de Stâfa, qui devint son conseiller après le voyage d'Italie.
Jean-Henri Pestalozzi (1746-1827) fut la personnalité marquante de Zurich au début du XIXe s. Après l'échec de ses tentatives entreprises pour lutter contre la misère et pour venir en aide à l'humanité, le grand phi-
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Zurich. La ville vue du lac au milieu du XVIIIe s. D'après une gravure sur cuivre de D. Herrliberger.
les traditions de famille dans le monde des anciennes familles de la ville, telles que celles des théologiens Breitinger, Lavater, Hottinger, Schweizer, Heidegger, Ulrich, des naturalistes Gessner el Scheuchzer, des artistes tels que les Meyer, les Keller et les Fuessli. C'esl ainsi que s'inspirant du Spectator d'Adison, J.-J. Bodmer (1698-1783) et son ami J.-J. Breitinger (1701-1776) publièrent les Discourse der \lnhhrn, la première revue mensuelle littéraire sur sol allemand ; Milton, que Bodmer s'efforça de traduire, devint le modèle de tous ceux qui se vouaient à la poésie, ainsi qu'il ressort de la Critische Diehtkunst de Breitinger, dont Bodmer écrivit, la préface (1740). Ils considéraient le sentiment et l'imagination comme les véritables sources de l'inspiration poétique, contrairement à l'opinion exprimée par Gottsched, professeur à Leipzig, et préparèrent les voies à la critique de Lessing, ainsi qu'à la nouvelle poésie de l'époque de Klopstock, de Herder et de Goethe. La littérature italienne, notamment les «ouvres de Dante, fut répandue par eux dans les pays situés au Nord des Alpes. Les visites que firent à Bodmer Klopstock, Wieland et Goethe, l'activité déployée en Allemagne par un disciple de Bodmer, Joh.-Georg Sulzer, de Winterthour (1720-1779), firenl participer la Suisse au grand moin «'nient littéraire de l'époque. Ce que Bodmer et Breitinger furent à l'époque du rationalisme, Joh.-Kaspar Lavater (1741-1801) le fut à l'époque du Sturm und Drang, et si Lavater et Bodmer jouèrent en Allemagne un rôle de premier plan, Salomon Gessner (1703-1788) s'acquit en France, el même dans une partie de l'Europe, une grande notoriété grâce à ses Idylle n
lanthrope et le génial éducateur se révéla, poète : en publiant Lienhard u. Gertrud (dès 1781), il dota la littérature allemande du premier roman villageois. Cette œuvre avait été préparée en quelque sorte par celle du médecin de ville Joh.-Kaspar Hirzel (1725-1803), ami de Bodmer et biographe de Sulzer, qui écrivit Die Wirtschaft eines philosophischen Bauers (Kleinjogg 1761) et par l'autobiographie d'Uli Brâker « le pauvre homme du Toggenbourg » édité par Joli. -Heinrich Fuessli.
Zurich, comme d'ailleurs le reste de la Suisse, ne participa que peu au mouvement romantique. Les Zuricois cultivèrent «le préférence l'histoire, préparés qu'ils étaient par les œuvres historiques et les poèmes de Bodmer, par les drames patriotiques de son biographe, J.-J. Hottinger, par les chants helvétiques de Lavater, et par les travaux de tout un groupe d'historiens zuricois (Hch. el Joh.-Conrad Fuessli, J.-Hch. Schinz, J.-C. Faesi, H.-J. Leu, le pasteur Hch. Waser). Martin Usteri (1736-1827) écrivit des ballades et des récits inspirés des vieilles chroniques, ouvrant ainsi la série des nouvelles historiques en prose. Il fut aussi le créateur de l'idylle écrite en dialecte, de l'idylle de petite ville avec De Herr Heiri, de l'idylle villageoise avec De Vikari ; la même vocation double se retrouve chez August Corrodi (1826-1885) de Winterthour. qui fui d'abord l'imitateur d'Eichendorff, mais dont les idylles écrites en dialecte recueillirent l'éloge de Jakob Grimm. Le biographe de Martin Usteri, David Hess (1770- 1845) se montra remarquable dans la peinture des mœurs et la biographie avec Die Badenfahrt (1818). son Salomon Landolt (dont Keller s'inspira pour décrire
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son Landvo gt von Greifensee), el la biographie de sa cousine Anna-Magdalena Hess e1 de son mari Joh.-Kaspar Schweizer, qui vivaient à Paris à l'époque de la Révolution. Les auteurs qui suivirent, d'Ulrich Hegner à Leonhard Widmer, font la transition entre l'époque romantique el le réalisme. Ulrich Hegner (1759- 1840) publia Salys Rrnnlutionstage, premier roman peignant des événements contemporains, et cette œuvre, comme sa Molkenkur, fait de lui une sorte de successeur de Pestalozzi et un précurseur de Gol I lu 'If. Le-. balladeet les légendes de Joh.-Jak. Reilhard (1805-1857) trahissent l'influence de Pouqué el d'Usteri. Comme Pestalozzi, Jakob Stulz (1801-1877) a cherché, par ses tableaux de la vie populaire, à améliorer l'existence du peuple ; mais son œuvre Brand von Fstcr (1836) fit de lui le créateur de la tragédie réaliste paysanne, un genre qui ne devait s'affirmer que beaucoup plus tard. Leonhard Widmer (1808-1868), l'auteur de Trittst im Morgenrot daher, est un précurseur de Gottfried Keller puisque son cantique suisse, comme O mein Heimatland ! de Keller, est devenu un second hymne national.
Avec Gottfried Keller, Conrad-Ferdinand Meyer et Heinrich Leuthold, la littérature zuricoise atteignit son point culminant. Heinrich Leuthold (1827-1879) formé à l'école poétique municoise, est, comme Keller un poêle lyrique, landis que son souci de la forme l'apparente à Meyei : c'esl un maître dans l'art d'écrire. un traducteur habile d'oeuvres lyriques étrangères. En Gottfried Keller ( 1819-1890), Zurich a donné à la littérature allemande l'un des plus grands maîtres du réalisme poétique. Dans Der grime Heinrich, qui est le récit de la vie de l'artiste, celui-ci n'a pas seulement fourni la matière du roman didactique de notre époque; son double talent, de peintre el de poète lui a permis de donner à sa langue couleur et relief. La vie des petits bourgeois de Zurich et. des localités avoisinantes lui a fourni le cadre, le fond et une partie des motifs de cet ensemble de nouvelles que sont Die Leute von Seldwyla, tandis que dans ses œuvres lyriques d'inspiration patriotique et politique, dans ses nouvelles : Dus Fahnlein der sieben Aufrechten ; Frau Hegel . \iurcin unit Un Jihigslrr. ainsi que dans son dernier roman, Martin Salander, il a décrit l'époque où, sous la toile impulsion de Zurich, la Confédération s'est édifiée sur des principes largement libéraux. Si Keller a, dans ses Zûrcher Novellen continué la tradition de la nouvelle historique, Conrad-Ferdinand Meyer (1825-1898) apparaît comme le maître du roman historique. Formé à l'école du style français et de l'art plastique italien, conseillé dans le détail par ses amis les historiens Georg et Friedrich von Wyss et par l'historien d'art J.-R. Rahn, il s'inspire pour ses récits et ses ballades des faits tragiques de l'histoire et continue la lignée des auteurs zuricois de notoriété européenne. Son art lyrique a trouvé le premier l'expression parfaite pour traduire le sentiment qu'inspire l' Alpe à ceux qui ont su la découvrir. Il achève ainsi ce que Konrad Gessner, Josias Simmler et Joh.-Jak. Scheuchzer avaient commencé et que d'autres Zuricois, Eugen Hasler et Hans Rolli ont continué. Ce fui le mérite de quelques Zuricois de répandre ce sentiment, de l'Alpe, notamment de Ernst Zahn (* 1867). de J.-C. Heer (1859- 1925) et de Jakob Bosshart (1862-1924). Zahn et Bossliart continuent la lignée de ces poètes qui voulurent être aussi les éducateurs du peuple. Par son roman Der Rufer in der Wùste (1921), le dernier se range au nombre des écrivains qui s'érigent en accusateurs de l'époque qui aboutit à la guerre mondiale, et proclament la nécessité d'un changement des mœurs.
Notre époque, détachée des traditions, à la recherche de voies nouvelles et divisée entre des tendances si diverses trouve peut-être son expression la plus adéquate dans l'œuvre de Robert Faesi (* 1883). Dans ses œuvres (ie jeunesse et une partie de son activité littéraire, il continue la tradition qui de Keller et de Meyer et de leur ami . \dolfFrey, le successeur de Jak. Bâchtold dans la chaire d'histoire de la littérature à l'université de Zurich, aboulit à l'époque présente ; auteur dramatique, lyrique el essayiste, Faesi puise ses thèmes dans les remous des événements contemporains. Des écrivains de notre lemps, il faut mentionner, les lyriques : Karl Stamm
(1890-1919), Gustav Camper (*1873). Hans Reinhart (* 1880), Max Geilinger (* 1884), S.-D. Steinberg (* 1889), Konrad Bânninger (* 1890). Albert Ehrismann ; les conteurs Traugott Vogel (* 1894), Hermann Weilenmann (* 1893), Albin Zollinger (* 1895), les auteurs dramatiques Hans Ganz (* 1890) et Edouard Liehburg (appartenant à la famille de C.-F. Meyer) el l'historien de la. littérature el essayiste Edouard Korrodi (* 1885). rédacteur du feuilleton littéraire de la NZZ.
Parmi les femmes de lettres de Zurich, le nom le plus connu est celui de Johanna Spyri (1827-1901). l'auteur de Heidi et d'autres histoires pour les enfants ; elle était la fille de la poétesse zuricoise Meta Heusser- Schweizer (1797-1867). Elle a trouvé, tout récemment de dignes émules en Nanny von Escher (y 1932), Olga Amberger et Dorette Hanhart. Dans la poésie écrite en dialecte se sont distingués eu particulier, à côté de leurs aînés: W.-S. Niedermanu. Leonh. Steiner, Ernst Eschmann, Emil Sautter, Richard Srhneiter, et Emilie Locher -Werling. Le festival populaire fit ses débuts avec Heinrich Weber (1821-1890), pasteur à Hongg. Les associations qui se trouvent à la tête du mouvement littéraire snnt : le Lesezirkel Hottingen et. la Literarischi Vereinigung in Winterthur. Nombre de poètes suisse-. qui ne sont pas Zuricois, se rattachent plus ou moins à la. vie littéraire zuricoise par leur profession, ou par un séjour prolongé dans le canton : C. Spitteler, Heinrich Fédérer, Meinrad Lienert, Emil Eriuatinger, Ad. Vôgtlin, Fritz Marti, Hans Trog. Coll. liuhuenlilust, Konrad Falke (Karl Frey), Félix XIbschlin, Jakob Biïhrer, Paul lhj. Max Pulver, Chariot Strasser, Hermann Hiltbrunner, Otto Wirz, C.-F. M iegmid. Maria II 'oser, Johanna Siebel, Esther Odermatt. Zurich fui snuveui le refuge d'écrivains allemands: Richard Wagner. Herwegh, Freiligrath, Kinkel, Fr.-Th. Vischer, Karl Henkell, John-Henry Mackay, Cari et Gerhard Hauptmann, Frank Wedekind, etc. Sur la plupart d'entre eux voir leurs notices dans le DHBS.
Bibliographie. Bâchtold. — Ad. Frey : Schweizer Dichter. — Jos. Nadler : Literaturgesch. — ■ Emil Ermatinger : Dichtung und Geistesleben der deutschen Schweiz. — Otto v. Greyerz : Schweizer Dichtung. dans Reallex. der deutschen Lit. — Die Schweiz im deutschen Geistesleben spécialement vol. 2, 3, 6, 8, 9, 12, 19, 20, 32, 33, 36, 39, 40, 52, 59, 60, 66, 67. — J.-C. Môrikofer : Die schweiz. Lit. des 18. Jahrh. — G. de Reynold : Hist. littéraire de la Suisse au XVIIIe s. — R. Weber : Nationalliteralur I-IV. — Schollenberger : Grundriss. - E. Korrodi : Schweizer Literaturbriefe. — Rob. Faesi : Gestalten u. Wandlungen schweiz. Dichtung. — P. Lang : Zcitgenos. Schweizer Dramatiker. — Meyer v. Knonau : Der Canton Zurich II, p. 68. — K. Dandliker : Sladt und Kt. Zurich. — Walter Muschg : Zûrcher Geist. — M. Hùrlimann : Die Aufklârungin Zurich. — H. Schnorf : Sturm und Drang in der Schweiz. — R. Faesi et Ed. Korrodi : Das poetische Zurich. — S. Zurlinden : Hunderi Jahre. — 150 Jahre N. Z. Z. (1930). — Reinh. Riiegg : Die ersten 50 Jahre des Zûrcher Stadttheaters
— E. Millier : Die Glai7zzeit des Zûrcher Stadttheaters.
— Hedw. Bleuler-Waser : Leben... des Lesezirkels Hottingen. — Emil Sautter : Fiinfundzwanzig Jahre Lesezirkel Hottingen. [E. Miller.]
E. BEAUX-ARTS. 1. Architecture. Les plus anciens vestiges des monuments d'architecture /.uricoise au moyen âge datent de l'époque carolingienne : 1. L'abside du Fraumunstcr qui remonte certainement, à l'époque de la construction de cette église en 853 ; 2. des parties de l'église consacrée en 874 : dans l'ancienne abside la crypte, dont la disposition avec confession et couloirs correspond au plan de Saint-Gall. de 830 environ ; puis des fragments (base de colonne, chapiteau à feuille de roseau). Selon les restes de murs situés sous la paroi Ouest actuelle, l'église carolingienne occupait la même surface que l'église actuelle. Le Grossmùnster, de style roman, à l'exception du faîte des tours, a été édifié en diverses il a pis ; après un incendie en 1078, on y fit deux cryptes voûtées (voûtes d'arêtes sur colonnes) ; la partie contenant l'autel et le chœur, voûtés de même (avant 1117). Une partie de l'ornementation sculpturale révèle l'œuvre de mailles lombards. Une autre (surtout dan- la
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nef et au portail principal au Nord), s'apparente à celle qu'on trouve dans le Roussillon et dans les Pyrénées orientales. La nef a été construite entre 1130 et 1190 environ. D'après le type lombard (Saint-Ambroise à Milan), on avait commencé à construire une église avec tribunes occidentale et latérales. Entre 1227 et 1278 furent construites les parties hautes et la voûte de la nef principale ; le chœur fut surélevé et reçut une nouvelle voûte. Au mur surélevé du chœur on constate des marques de tâcherons identiques à celles qui figurent dans le cloître du couvent des dominicains cons- I ru i L en 1230-1240 et dans les parties basses du chœur de l'église du Fraumûnster. Le cloître du Grossmûnster, qui a été reconstruit en 1840 date de 1200 ; la chapelle des douze apôtres d'environ 1300. Le chœur aménagé dans le clocher de l'église de Saint-Pierre remonte aussi au XIIIe s. Du Fraumûnster sont d'origine romane : les vestiges du cloître datant de 1145- 1170 environ, la tour Sud privée de sa flèche avec ses demi-colonnes et ses corniches d'arcatures de 1170, la tour Nord, de 1230 à 1240, avec sa chapelle, de style pur, enfin le vaste chœur à chevet rectangulaire qui dans ses hautes et sveltes fenêtres en plein cintre trahit le verticalisme de l'art gothique. La nef de l'église des dominicains ( Predi gerlnrrhf ) est dans son essence de style roman, jadis avec plafond plat. A la campagne, la meilleure œuvre est le portail principal de l'église romane détruite du couvent de Rheinau. Il se trouve dans la tour Sud de l'église actuelle. A Zurich les constructions profanes de style roman sont quelques tours modifiées (Brunnenturm, Grimmenturm, Bilgeriturm) et un plafond en charpente avec ornements héraldiques et une cheminée de la maison zum Loch (Musée national) de 1304 ; à la campagne, les tours d'habitation dans les châteaux encore intacts : Elgg. Girsberg, Goldenberg, Greifensee, Hardturm, Hegi, Ribourg, Maur, Môrsburg, Wetzikon, Wyden.
Le style gothique apparut tard à Zurich, en 1270 dans le transept du Fraumûnster. Vers 1300, on n'ose pas encore percer complètement les murs entre les contreforts de l'imposant chœur de l'église des dominicains. La nef de l'église des augustins, très simple, remaniée vers 1320, était autrefois recouverte d'un plafond plat. Le gothique pur, assez sobre, se rencontre dans le vaisseau de l'église des cisterciens à Cappel, consacrée en 1349.
La sobriété des nouvelles églises conventuelles apparaît aussi dans la nef et les collatéraux du Fraumûnster dont la construction n'avança que lentement (ils ne furent voûtés que vers 1400). Le tracé compliqué des meneaux et nervures du cloître des cordeliers date de la première moitié du XVe s. et l'ossuaire de la tour Nord du Fraumûnster (entrée actuelle) est de 1437. En fait d'églises gothiques à la campagne, il n'existe actuellement que quelques chœurs (Altstetten, vers 1418), la crypte gothique d'Elgg, très rare en son genre (1415), et l'église triangulaire de Greifensee, unique en son genre; aménagée avec un seul pilier central dans un angle des murs du bourg.
Vers la fin du XVe s., la construction devint partout plus intense. On rencontre pour la première fois les noms des artistes constructeurs : 1477 au jubé du Fraumûnster. Hans Felder l'ancien, d' « CEttingen im Ries» près Nôrdlingen, construisit la Wasserkirche avec nef unique et voûte à filet ; on attribue à son école les églises île Metmenstetten, de Meilen et de Maschwanden. En 1488-1490, les deux tours du Grossmûnster sont dotées de hautes flèches et de L'étage gothique de la tour Sud (conservé). L'œuvre la plus importante est la nef de Téglise paroissiale de Winterthour (commencée en 1501), non voûtée. Le style gothique profane est représenté par de modestes maisons à la Schipfe, modifiées plus tard, et au Kônigsstuhl (Stûssihofstatt) à Zurich. Le Musée national possède en fait d'intérieurs : la chambre d'Helfenstein de 1489 et deux salles de la dernière abbesse Catharina von Zimmern (1507) avec des sculptures en champ levé peintes, provenant de l'abbaye du Fraumûnster. Le plafond qui présente la plus grande valeur artistique se trouve à l'abbaye des Forgerons, un plafond avec des nervures de bois, des médaillons
sculptés et des sculptures en champ levé dans les frises de Hans Kûng (1520).
Il n'existe dans tout le territoire de Zurich aucun édifice de style Renaissance ; de même les boiseries Renaissance ne sont pas nombreuses dans les maisons particulières. La plus brillante, de 1552, provenant du Seidenhof, se trouve au Musée national. La Réformation marqua la fin du mouvement artistique dans la construction des églises. Les anciennes églises et chapelles suffisaient aux besoins du culte. On ferma les chœurs et l'on obtint de la sorte une salle simple et carrée, favorable à la prédication. Lorsqu'on construisit vers 1600 quelques rares églises à la campagne, on maintint la disposition des anciennes églises catholiques ; on utilisa cependant le chœur pour la foule des fidèles. Plus tard on donna au chœur la même largeur et finalement aussi la même hauteur qu'à la nef.
Ce type baroque unifié (une salle de prédication allongée) fut appliqué entre 1680 et 1720 à de grandes églises de campagne avec toit pesant et une tour à côté du chœur. La seule entreprise importante fut l'aménagement intérieur de Saint-Pierre, dont les galeries, sous l'influence lombarde et sous celle de la Suisse primitive (Sachseln), furent pourvues de deux rangées de colonnes avec arcades en plein cintre, les plafonds décorés de guirlandes (1705-1706). L'église du couvent de Rheinau construite de 1705 à 1710 par Franz Béer, du Vorarlberg, est la seule église monumentale bâtie au XVIIIe s. sur le territoire zuricois ; c'est une église typique du « modèle des Vorarlbergiens » (nef, chapelles latérales qui atteignent la hauteur de la nef, galeries, deux tours de façade). Le style profane se traduit par une dis|i<>si tion du plan en long, à l'extérieur par sa simplicité et ses proportions harmonieuses. Le plus beau spécimen de l'architecture profane du temps est l'hôtel de ville (1694-1698) dont les façades, composées à la manière de la Renaissance, trahissent dans leurs détails le style baroque.
Au début du XVIIIe s. apparaît à Zurich le type de la maison gothique à fenêtres dans les formes du stvh baroque (Charpentiers 1708, Saffran 1719-1723). Des ornements de stuc qui encadrent des peintures de plafond (maison des Tailleurs et demeures particulières) démontrent l'intrusion des artistes du Sud de l'Allemagne, à côté desquels figurent quelques Italiens, tels que G. Appiani qui décora la Schipf à Herrliberg.
Le plan baroque qui dispose tous les locaux sui l'axe de la salle principale d'après le système français, apparaît pour la première fois au Beckenhof (1742). Des motifs baroques plus importants se manifestent plus tard à l'extérieur : avant-corps et comble brisé (toit Mansard) à la Meise (1752-1757) et au Rechberg (commencé en 1759). Ces édifices construits par le meilleui architecte du « rococo », David Morf, qui sut unir au plan des théoriciens français les façades du baroque viennois.
L'art architectural de la campagne fait son apparition vers le milieu du XVIIIe s. avec d'imposantes maisons de bois (Hombrechtikon, Marthalen. Stammheim). L'élargissement de l'axe donne unnouveau type d'églises (l'église large) dont les plus remarquables : Hou, brechtikon (1759), Wâdenswil (1767), et (en projet du moins) Horgen (1782) et Kloten (1786), sont l'œuvre de Joh. -Ulrich Grubenmann. Le classicisme se manifeste avec plus de diversité dans les édifices profanes. Parmi les meilleures œuvres citons l'ancien orphelinat, construit d'après les plans de G. -M. Pisoni alors à Soleure, (1765-1771), le Helmhaus (1791-1794), de Bluntschli l'aîné, et le Schônenhof (1812), de Hans-Kaspar Escher.
Le passage du classicisme aune architecture d'abord plus simple, puis inspirée parles modèles plus riches de la Renaissance est marqué par l'œuvre de Léonard Zeugheer dans l'église de Neumûnster (1839), dans d'autres édifices à Zurich et dans l'ancien musée de Winterthour (1842). Dans les hôtels construits par D. Pflster (Baur en ville 1837) comme dans le gymnase de Wegmann (commencé en 1837) apparaît de nouveau le verticalisme du style gothique de concert avec les formes du classicisme.
Le plus grand architecte du XIXe s. est G. Semper
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