‹ Dictionnaire historique & biographique de la Suisse (volume 3)Chapitre 21 sur 213 · VALS · texte numérisé non relu

VALS

Berne, française

de

éprouvée par la peste jusqu'en 1713 et par les incendies. Celui du 7 avril 1883 détruisit 103 maisons, et un autre, 12 maisons en 1904. Vallorbe a été relié à Lausanne par un chemin de fer en 1867, à Pontarlier en 1875, à la \ allée de Joux en 1886, et le 15 mai 1915 a été inauguré le tunnel du Mont d'Or, qui a fait de Vallorbe une gare internationale.

L'église Saint-Pancrace, qui se trouvait sur l'emplacement du cimetière moderne, a été démolie en 1712 et remplacée par l'église actuelle, située dans le village. Il en outre, une église libre et une église catholique. 1res de baptêmes dès 1569, de mariages dès 1573. de décès dès 1728. — Voir P.-F. Vallotton-Aubert : Vallorbes, 1875. — Journal de la Soc. d'utilité publique, 4898. — Guide de. Vallorbe, 1908. — R. Campiche ■ L'industrie métallurgique à Vallorbe. — ■ DHV. [M. R.] VALLOTON. Famille vaudoise fixée à Vallorbe avant 1496. Armoiries : d'azur à deux fasces d'or, à une croix alésée de gueules, ouverte du champ, brochant sur le tout. — 1.

Pierre, abergataire des forges de Vallorbe en 1528, gouverneur 1544. — 2. Vincent, châtelain de Vallorbe 1568-1590. — 3. Pierre, châtelain 1605. — 4. Jérémie, châtelain 1666- 1680. — 5. Etienne, châtelain 1680- 1686. — 6. Jean-François châtelain 1722-1745. — 7. Albert-Théodore.

f 1754, haut forestier de LL. EE. de Olivier, f 1779, pasteur de l'Église Norwich en Angleterre. — 9. François-Louis, membre de l'Assemblée provisoire vaudoise 1798. — 10. Pierre-François, 1822-1893, professeur aux collèges de Payerne et d'Yverdon ; auteur de Vallorbes, esquisse géographique statistique et historique, 1875. — 11. Paul, 1841 - 10 février 1920, pasteur en France, puis à Gryon (Vaud) 1876- 1883, professeur de théologie à l'académie de Lausanne de 1883 à 1889, pasteur à Lausanne de 1889 à sa mort. Rédacteur en chef du Semeur vaudois, puis de La Cloche. Ouvrages : La Bible, son autorité, sa valeur ; Sermons ; Les ailes de la colombe ; Le Bonheur ; Lettres à une mère ; La vie après la mort ; La grande aurore, son ouvrage capital. Auteur, en outre, d'un Catéchisme et d'une Liturgie nouvelle du mariage. -12. Julie Vallotton-Baridor., 1846-1923, épouse du n° 11, écrivain, auteur de Robert Lalane, de Sara

U Italienne, d'une Vie de Jésus. — 13. Félix, * 28 déc. 1865 à Lausanne, fà Paris le 29 déc. 1925 ; peintre de portraits, de paysages et de mœurs parisiennes, dont les gravures sur bois sont particulièrement goûtées. Naturalisé Français, il a fait sa carrière à Paris et y conquit la célébrité. 11 débuta en 1891 par des portraitsde Verlaine et de lui-même. La plupart des personnalités parisiennes passèrent devant lui. Pendant la guerre de 1914- 1918, il dessina dans les tranchées. Il a laissé un roman : La vie meurtrière 1930. — Voir S KL, avec bibliographie. — H. Hahn loser : F. Valloton. — C.

Fegdal : F. V. (Maîtres de l'art moderne 34). -- 14. Benjamin, fils des nos 11 et 12, * à Gryon 10 janvier 1877, écrivain, professeur de littérature française au gymnase cantonal vaudois 1911, établi à Strasbourg depuis 1921 tout en conservant la qualité de citoyen suisse. Ouvrages : Portes entr' ouvertes, 1905 ; Monsieur L'altérât se marie, 1906 ; Sur la Pente, 1906 (pièce en cinq actes) ; Le sergent Bataillard, 1907; Torgnoiuz, 1908; La famille l'en/il. 1909; La

Félix Vallotton en 1923.

D'après un portrait peint par

lui-même (collection R. Bûhler,

Winterthour).

moisson est grande, 1910 ; Il y a peu d'ouvriers, 1911 ; Leurs œuvres les suivent, 1912 ; tous romans études de mœurs vaudoises. Viennent ensuite d'autres études inspirées par la guerre : A travers la France en guerre, 1915 ; Les racines, 1915 ; Ce. qu'en pense Potteral, 1915 ; On changerait plutôt le cœur de place, 1917 ; Les Loups, 1918 ; Et la Suisse, 1919 ; Ceux de Barivier, 1920. Sous d'autres influences apparaissent enfin : A tâtons, 1921 ; Achille et Cie, 1922 ; Patience, 1923 ; Sur le roc, 1923 et enfin : Noms sommes forts, 1929 ; Suspects, 1930 ; Et voilà la France, 1931. [M. R.]

VALLOUY. Famille originaire de Lyon, bourgeoise de Fontanezier (Vaud) dès 1798. — Paul-Aimé, * 19 janv. 1832 à Bex, f 29 août 1899 à Genève. Professeur de dessin au collège de Vevey. On lui doit des portraits, des tableaux de genre, des scènes alpestres, et le dessin des costumes de la fête des Vignerons de 1889. — SKL. — Livre d'or. [M. R.]

VALMAGGIA, VALM AGGINO, VALMAG- Gl ONE. Des familles portant l'un ou l'autre de ces noms, originaires sans doute du Valmaggia et peut-être aussi de Valmaggina dans le Val Morobbia, sont citées dès le XIIIe s. dans plusieurs communes tessinoises. — 1. Giovan-Francesco, peut-être du Valmaggia, maître constructeur, travaillait en 1448 à la cathédrale de Sienne. — 2. Johannis Vallis Madiae, maître constructeur travailla à la restauration de l'église d'Arosio de 1640 environ à 1647. — L. Brentani : Codice diplomatico. — Le même : Miscellanea stor. — G. Pometta : Briciole di storia bellinz. — E. Maspoli : La pieve d'Agno. — Almanacco ticin. 1932. — SKL. — ■ E. Pometta : Corne il Ticino. — P. Schâfer : Das Sottocenere im Mittelalter. [C. T.]

VALOREILLE, VAREROILLE ou VALLO- R1LLE (G. Berne). En 1180, Vallis aurea. Un village de ce nom figure parfois dans les actes de l'ancien évèché de Bâle, au XIVe s. Il se trouvait à proximité de Bonfol, Vendlincourt et Damphreux. Un nom de lieu en rappelle le souvenir. Une famille de Valoreille est aussi mentionnée, mais on n'en connaît pas l'origine. Elle a donné différents personnages qui ont exercé des emplois à la cour épiscopale de Porrentruy, soit comme maîtres ffénéraux des forêts ou comme conseillers auliques. — Voir Trouillat. — LL. — LLH. [G. A.]

VALS (C. Grisons, D. Glenner, Cercle Lugnez. V. DGS). Com., en rom. Val sogn Pieder (Val de saint Pierre), citée la première fois dans un rentier de l'église de Coire de 1290 environ. Trouvailles de l'âge du bronze. Avant l'immigration allemande, l'évêque et le chapitre de Coire étaient les principaux propriétaires fonciers. Les fermes et les serfs épiscopaux étaient soumis à un Meier, le tribunal siégeait à Sagens. Les sujets du chapitre avaient un ammann qui rendait la basse justice ; de cette organisation sortit plus tard la basse juridiction de Vais ; pour la haute juridiction, Vais dépendait de Lugnez. La charge d'ammann paraît avoir été héréditaire dans la famille des Montalta, qui la vendirent plus tard aux comtes de Werdenberg-Sargans, lesquels la cédèrent en 1383 à Ulrich Brun, de Rhàzûns. Elle passa en 1390 déjà par Elsbeth de Rhàzûns à son époux Kaspar von Sax. Le dernier Sax, Johann-Peter, vendit en 1483 ses droits sur Vais et sur d'autres terres de l'ancienne seigneurie de Belmont à l'évêque de Coire pour 4000 fl. Ce dernier autorisa le rachat de ses droits en 1583, en même temps que ceux d'autres seigneuries. Les domaines du chapitre furent cédés généralement à litre de fiefs héréditaires à partir du milieu du XIVe s. aux Walsers venus du Rheinwald ; ils rachetèrent par la suite leurs obligations et devinrent propriétaires libres. Par eux Vais fut germanisé. Le comte de Sax et ses sujets du Lugnez s'opposèrent à une plus grande avance des Walsers par une loi de 1457 interdisant la vente de biens-fonds à des étrangers. Au spirituel, Vais se rattacha, à l'origine, à Pleif (près de Villa) et s'en détacha probablement dans la seconde moitié du XIVe s. L'église, dédiée aux saints Pierre et Paul, donna à la vallée le nom de St. Peter. La Réforme trouva d'abord un certain écho à Vais par l'intermédiaire du Rheinwald. Une tradition veut que l'opposition de Mesmer fit rejeter la Réforme par la majorité.

YALSAINTE (LA)

VALTELINE

Politiquement, la juridiction de Vais forma avec Lugnez une haute juridiction de la Ligue Grise, de laquelle elle dépendait pour les causes criminelles. La justice civile était rendue par l'ammann, assisté de 12 juges, auxquels se joignaient encore deux représentants de Lugnez pour les affaires matrimoniales. Les relations des Walsers allemands avec les romanches du Lugnez provoquèrent de nombreux démêlés, qui furent tranchés par les arbitrages de 1461, 1547, 1676 et 1692. Au moyen âge et jusqu'à une époque assez moderne, un chemin très fréquenté conduisait d'Ilanz par Vais et le Valserberg dans le Rheinvvald et en Italie. Une route relie le village à Ilanz depuis 1878. Une source thermale déjà connue au moyen âge fait de Vais une station balnéaire. Le village eut souvent à souffrir des éléments: avalanches en 1647, 1693, 1812 ; hautes eaux 1812, 1834, 1868 et 1927. Registres de paroisse dès 1842. - - J.-C. Muoth : JErnierbûcher, dans JHGG 1897. -- F.

Purtscher : Der graue Bund, dans BM 1924. — Le même : Sttidien zur Gesch.

des Vorderrheintales. dans JHGG 1911.

— P.-C. Planta : Curr&tische Herrschaften. — E. Camenisch : Réf. Gesch. — J.-P. Bener : Beitr. z. Hebung der bûndn. Volkswirtschaft, fasc. IL — Ph.-A. Riittimann : Ortsnamen und Fremdwbrter der Valser Mundart, dans BM 1915. — Le même : Valser Unglûckschronik, dans BM 1917 et 1918. — Léo Brun : Zu den Ortsnamen u. Fremdwôrtern der Valser Mundart, dans BM 1916. — Wagner et Salis : Rechtsquellen des Kts. Graubiinden, dans ZSR XXV, N. S. III.— Reg. arch. comm., aux Arch. d'État. [P. Gillardon.]

VALSA INTE (LA) (G. Fribourg, D. Gruyère, Corn. Cerniat. V. DGS). Couvent de chartreux fondé en 1295 par Girard 1 cl Girard II, seigneurs de Corbières, sous le nom de Val-de-tous-les-Saints, convertit bientôt en Valsainte. Les seigneurs de Corbières lui firent de grandes donations. La Valsainte avait droit de haute justice, jusqu'à la condamnation à mort des coupables déférés à son tribunal. Les chartreux étaient donc seigneurs haut-justiciers, avec tous les droits qui rentraient chuis les attributions du pouvoir judiciaire et fiscal. Mais là se bornait leur autorité sur leurs sujets qui, comme eux, dépendaient pour le reste de la seigneurie de Corbières. C'esl pourquoi la seigneurie de Corbières ayant été acquise par la maison de Savoie à la fin du XIVe s., puis vendue par elle aux comtes de Gruyère, en 1454, la Valsainte passa successivement sous leur domination jusqu'en 1553, date à partir de laquelle Corbières fut incorporé au canton de Fribourg. Jusqu'au milieu du XV s. la Valsainte compta de nombreux bienfaiteurs, en particulier Isabelle de Chalon, femme de Louis II de Savoie, sire de Vaud.

A partir de l'an 1600, Fribourg convoita les biens de la Valsainte pour en doter l'évêque de Lausanne. La question de sa suppression fut débattue à plusieurs reprises jusqu'en 1778. Cette année-là, on obtint du pape Pie VI une bulle de sécularisation. Les biens furent répartis entre le collège Saint-Michel de Fribourg, le grand séminaire, la mense épiscopale et l'État. Le monastère ne resta pas longtemps désert. Les cisterciens de la Grande- Trappe, chassés de France par la Révolution, s'y réfugièrent jusqu'en 1791 et y restèrent jusqu'en 1815, sauf deux interruptions. La Valsainte fut ensuite occupée, de 1818 à 1825, par les rédemptoristes. Les bâtiments lurent ensuite vendus, sauf la façade, réservée d'un côté au fermier, de l'autre au chapelain chargé de desservir le hameau, et la partie de l'église enclavée dans cette façade. Tout le reste fut démoli et servit ailleurs de matériaux de construction. Les chartreux de la Part- Dieu, expulsés en 1848, obtinrent en 1859 de pouvoir revenir dans le canton. Ils rachetèrenl la Valsainte, au moyen des biens de la Part-Dieu non encore liquidés, et commencèrent à la reconstruire en 1863. Le couvent fut détruit par l'incendie, complètement en 1381, partielle-

ment en 1732. Un agrandissement devint nécessaire • n 1901, après l'expulsion des religieux de France. Armoiries : dès 1369 : coupé d'argent au corbeau de sable et de gueules à la croix d'argent ; II, dès 1729 : coupé d'azur

La chartreuse de la Valsainte en 1754. D'après une gravure sur cuivre de D. Herrliberger (Bibliothèque Nationale, Berne).

à la croix de Saint-André d'or et d'argenl au tau d'azur : III, dès 1863 : coupé, au 1, d'argent au corbeau de sable, au 2, mi-parti d'azur au globe sommé d'une croix fleuronné d'or accompagnée de sept étoiles du même posées en demi-cercle, et de gueules à la grue essorante d'argent. — A. Courtray : Hist. de la Valsainte. — Voii DHBS, art. Trappistes. [l. s.]

VALTASNA (C. Grisons, D. lnn. V. DGS). Vallée latérale de la Basse-Engadine, qu'elle divise en juridictions d'Obvaltasna el Untervaltasna. La première englobait les communes de Guarda, Lavin, Ardez : Tarasp et Zernez ; la seconde, celles de Fetan, Schuls et Sent. Remiis, avec les communes de Samnaun el Schleins et les juridictions de Stalla et Avers, formait une haute juridiction distincte. Depuis 1851, la Basse- Engadine, moins Stalla et Avers, forme les cercles d'Obtasna, Untertasna et Remiis. — F. Sprecher : Rhetische Cronica, p. 298. — G. Fient : il egweist Einfùhrung in Gesetzes- und Verfassungskun.de. II.. J.

VALTELINE. Vallée de la Haute-Italie, province de Sondrio. Ancien pays sujet des III Ligues grisonnes.

1. La conquête. En 1512, lorsque les Confédérés se mirent en campagne pour arracher le duché de Milan aux Fiançais, les Grisons prirent aussi les armes pour s'emparer des vallées de la Valteline, de Chiavenna et de Bormio, situées au pied méridional des Alpes rhétiques. Fatiguée de la domination française, la population de ces vallées accueillit les Grisons comme des libérateurs et s'empressa de leur rendre hommage. Les garnisons françaises capitulèrent l'une après l'autre.

Institué duc de Milan par les Confédérés. Maximilien Sforza réclama aux Grisons la restitution de leurs conquêtes. Cette exigence, appuyée par les Confédérés, fut repoussée par les Grisons, qui refusèrent encore de rendre les vallées au roi de France lorsqu'il mit repris le duché de Milan. Dans le traité de paix perpétuelle de 1516, la France hn-sa aux (irisons la faculté de conserver la Valteline ou de la restituer à Milan contre indemnité. Ils préférèrent garder leur conquête. Par 11 nion héréditaire de 1518, l'empereur Maximilien s'engagea à ne pas contester aux Grisons leurs possessions du Sud des Alpes, mais ils durent, bientôt après, les défendre contre les entreprises du châtelain de Musso. Au cours d opérations, les Grisons perdirent les trois paroisses (pievi) du Nord du lac de Côme. En 1531, le duc François II de Milan renonça formellement à la Valteline, qui fut dès lors considérée comme partie intégrante des Grisons.

Pour l'existence politique et économique de la Repu-

blique des III Ligues, la possession des trois vallées était d'une grande importance. Sa population s'en trouva doublée ; à la lin du XVIIIe s., ces vallées comptaient 90 000 habitants. Les passages du Splùgen et du Stelvio étaient entièrement aux mains des Grisons, dont le territoire devenait limitrophe de celui de Venise. La considération des Ligues Grises dans le domaine international s'en trouvait accrue, mais elles couraient, d'autre part, le danger d'être mêlées davantage encore à ta politique européenne. L'apport économique de la Valteline étail précieux. Les produits principaux de cette région fertile, au climat, doux, étaient le vin, l'eaude-vie, les châtaignes, la soie, le seigle, etc. Avec le temps, la viticulture prit un grand développement. A la lin de la période grisonne, la récolte moyenne du vin étail de plus de 100 000 hectolitres, dont la plus grande partie étail exportée dans les Grisons. La Valteline constituait, d'autre part, un excellent débouché pour le bétail des vallées rhétiques. Les Grisons en tiraient des revenus considérables qui provenaient des péages, du commerce, du transit, des capitaux investis, des propriétés acquises et des entreprises créées par eux, enfin, de l'administration.

2. Rêformation et Contre-Rèformation. La proclamation de la liberté religieuse dans les III Ligues (1526) favorisa la pénétration de la foi nouvelle en Valteline. Le mouvement religieux vint du Sud ; la vallée ne tarda pas à devenir le refuge de nombreux prédicateurs italiens. De son côté, la République favorisa le protestantisme de toutes ses forces, par conviction certes, mais tout autant pour des raisons politiques : il s'agissait de rattacher aux Grisons par les liens de la foi religieuse une population italienne par la langue, le caractère et les mœurs et qui appartenait, de plus, au diocèse d'un prélat étranger au pays, l'évêque de Côme. Mais cette politique fut combattue par le clergé de la Valteline, l'évêque de Côme, le pape, Milan et les cantons catholiques. Aussi, dès le milieu du XVIe s., une lutte toujours plus vive s'engagea entre les forces de la Réformation et celles de la Contre-Réformation.

La République avait proclamé par des décrets rendus en 1544, 1552 et 1557 la tolérance et la complète égalité de droit des deux confessions, mais en 1558, elle interdit aux couvents d'accepter des novices. Peu après, elle interdit aussi le séjour de tous les prêtres et moines étrangers, notamment des jésuites ; en 1561, elle abolissait la juridiction ecclésiastique. Rome et Milan exigèrent la révocation de toutes ces innovations, mais les Grisons persistèrent à les maintenir. Dès lors, la Réformation fit d'importants progrès. En 1583, la République fonda à Sondrio une école ouverte aux deux confessions. Mais les catholiques n'abandonnèrent pas la lutte. Des protestants de la Valteline furent arrêtés à la frontière milanaise et livrés à l'Inquisition. L'école de Sondrio fut dénoncée comme foyer de l'hérésie et du vice ; un soulèvement fut ourdi en avril 1584. Le cardinal Charles Borromée projetait même une incursion armée en Valteline, quand la mort vint mettre fin à son dessein. Un aventurier voulut reprendre l'entreprise, mais elle échoua devant la vigilance des Grisons, qui instituèrent. un tribunal pénal. Toutefois, ils trouvèrent bon de transférer à Coire, en 1585, l'école de Sondrio. En dépit de toutes les résistances internes et externes, les Grisons persistèrent inébranlablement dans leur politique protestante, jusqu'à la catastrophe de 1620.

3. La première révolte (1620-1639). Pendant la guerre de Trente ans, la Valteline devint à plusieurs reprises le centre de la politique européenne. Les intérêts stratégiques des belligérants s'y entrecroisaient. La route la plus courte et la plus commode entre Milan et le Tirol passait par la vallée de l'Adda. Venise, de son côté, avait besoin de disposer des passages de la Valteline et des Grisons pour communiquer avec ses alliés du Nord. Aussi, la France, l'Espagne, Venise et l'Autriche mirent tout en œuvre pour assurer ce corridor de l'Adda à leurs armées et pour le fermer à leurs adversaires. Jusqu'alors, la France avait, possédé le droit de passage, grâce à son alliance avec les Grisons. Les Vénitiens l'eurent aussi pendant un certain temps. Mais les Grisons avaient constamment repoussé tous les

projets d'alliance avec Milan et avaient persisté dans cette politique même après la construction par les Espagnols, au débouché de la Valteline, du fort de Fuentès en 1603. En 1618, quand la guerre éclata dans l'empire, Milan se décida à ouvrir à tout prix, à travers la Valteline, un chemin aux Habsbourg. A cet effet, Milan prépara, de concert avec Innsbruck, la diplomatie française et la faction hispano-catholique de la Valteline. une attaque contre le protestantisme dans la vallée de l'Adda. Les conjurés de la Valteline étaient chargés de l'exécution de ce dessein.

Le 19 juil. 1620 et les deux semaines suivantes, les protestants de la Valteline et les protestants grisons de la vallée furent massacrés. 500 personnes environ, dont des femmes et des enfants, furent victimes de ce massacre (sacro macello, selon l'expression du clergé de la Valteline). Les fonctionnaires Grisons furent tués ou expulsés. Robustelli, chef des bandes de massacreurs, prit le pouvoir. Les Espagnols firent leur entrée dans le pays. Les Grisons tentèrent de reconquérir la vallée, mais furent défaits à Morbegno, le 2 août. Zurich et Berne se hâtèrent de venir au secours de la République, mais le 11 sept., leurs troupes essuyèrent à Tirano une défaite si complète qu'elles abandonnèrent tout le pays aux Espagnols.

Résolue à ne pas admettre l'annexion de la Valteline par Milan, la France intervint ; le 25 avril 1621, elle passa avec l'Espagne la convention de Madrid, par laquelle ce dernier pays consentait en principe à la restitution du pays aux Ligues. Mais l'exécution de la convention se heurta aux plus grandes difficultés. Entre temps, l'Espagne consolida son pouvoir dans la vallée de l'Adda. Son gouverneur à Milan obligea, le 15 janv. 1622, les députés grisons à reconnaître l'autonomie de la Valteline, moyennant un tribut annuel de 25 000 florins. Mais la convention resta lettre morte. Peu après, l'Espagne, avec l'assentiment de la France, du Piémont et de Venise, confia la vallée à la garde du pape. La Valteline reçut des garnisons papales. Cependant de nouvelles conversations avaient lieu par l'intermédiaire du pape entre Madrid et Paris au sujet de l'application de la convention de Madrid. C'est alors que surgit pour la première fois, l'idée de créer une IVe Ligue, formée de la Valteline, de Chiavenna et de Bormio ou de partager ces vallées entre les III Ligues grisonnes. Ces conversations restèrent sans résultat. Le pape s'accordait avec l'Espagne pour différer le plus longtemps possible la restitution ; pendant ce temps, Milan régnait à sa guise dans le pays, sous la protection des troupes du Saint-Siège.

Au printemps de 1624, Richelieu arriva au pouvoir en France. Il reconnut que la question de la Valteline était, importantissime. Décidé à porter les armes contre les Habsbourg victorieux, il comptait les atteindre en leur point le plus sensible, la haute vallée de l'Adda. A la fin de l'automne de 1624, le marquis de Cœuvres pénétra en Valteline à la tête d'une petite armée de Français, de Grisons et de Suisses à la solde de la France, du Piémont et de Venise, et chassa du pays les garnisons du pape et de Milan. Les Grisons, soutenus par la Confédération, la Savoie et, Venise, réclamèrent alors la restitution du pays. Une conférence eut lieu à Sondrio en décembre entre délégués des Grisons et de la Valteline, mais tout accord échoua devant l'esprit intraitable de ces derniers. L'expédition de Cœuvres finit mal. Les restes de son armée, demeurée sans appui, durent évacuer la vallée en 1625. La Valteline retomba au pouvoir de l'Espagne. Reprenant la voie diplomatique, Richelieu conclut avec l'Espagne le traité de Monzon, le 5 mars 1626. Ce traité replaçait la Valteline sous la domination des Grisons tout en lui accordant, moyennant un tribut annuel de 25 000 florins, une large autonomie, l'élection de ses magistrats et l'interdiction de séjour aux protestants. Cette dernière clause provoqua le rejet de la convention par les communes grisonnes, tandis que la Valteline l'acceptait avec empressement.

Le sort du pays restait incertain. En été de 1627, les représentants de ses communes mirent une constitution sur pied ; un gouvernemenl de 12 membres, présidé par un gouverneur, prit la direction des affaires.

VALTELINE

Mais en fait, la vallée demeurait livrée à l'Espagne, qui se servait habituellement de ce pays pour ses mouvements de troupes vers le Nord. La France finit par se décider à entreprendre une nouvelle action militaire. A la fin de 1631, Rohan arriva dans les Grisons et élabora un plan pour la conquête de la Valteline. Mais il attendit en vain l'autorisation de se mettre en campagne. Bien au contraire, il reçut à la fin de 1632, l'ordre de licencier toute l'armée qu'il avait rassemblée. Ce ne fut que lorsque, au cours de l'été 1634, le cardinalinfant eut, une fois encore, passé par la vallée de l'Adda, pour gagner, avec son armée, le théâtre de la guerre en Allemagne, où il battit les Suédois à Nôrdlingen, que Rohan reçut enfin, sur les objurgations des puissances protestantes, la mission de réunir une nouvelle armée pour arracher aux Espagnols le passage par la Valteline. En 1635, Rohan pénétra dans la vallée, battit les Autrichiens et les Espagnols à Mazzo (2 juil.), dans le val Fraele (31 oct.), à Morbegno (10 nov.) et les rejeta du pays tout entier.

Répondant au puissant mouvement des Grisons en faveur de la restitution de la Valteline, Richelieu autorisa le général victorieux à négocier, sur la base du traité de Monzon, un accord entre la République et ses anciens sujets. C'est ainsi qu'un certain nombre d'articles furent convenus de part et d'autre à Chiavenna, le 7 févr. 1636. Les points essentiels étaient les suivants : 1. Seule la religion catholique serait pratiquée dans les pays sujets, mais les protestants étaient autorisés à y séjourner deux mois par an. 2. Moyennant un tribut annuel de 25 000 florins, les droits de juridiction seraient exercés par les sujets, les autres droits souverains demeurant aux Grisons. Acceptés par les gens de la Valteline, ces articles, d'abord repoussés par les communes grisonnes, finirent par être adoptés avec quelques modifications. Mais Richelieu ne put se résoudre à les ratifier sans conditions. C'est pourquoi, les Grisons rompirent avec la France et se tournèrent vers l'Espagne, qui leur promettait l'exécution intégrale de la convention de Madrid.

Les gens de la Valteline, de leur côté, envoyèrent à Milan et à Madrid des députations qui défendirent avec la plus grande énergie la liberté de la vallée. L'Espagne tenta une fois encore d'imposer à la République les conditions du traité de Monzon. Ayant échoué, elle sacrifia l'indépendance de la Valteline à son alliance avec les III Ligues. La paix perpétuelle du 3 sept. 1639 procura à l'Espagne cette alliance. Un 2e capitulât, conclu le même jour, consacra le retour de la Valteline sous la domination grisonne. L'un et l'autre de ces actes n'eurent, comme contractants, que l'Espagne et les III Ligues ; la Valteline n'y figura pas comme partie.

Elle dut se plier aux conditions dictées par l'Espagne. Aussitôt, les Grisons prirent possession du pays et y rétablirent leur administration. La vallée était dévastée ; la guerre, les épidémies, la disette et l'émigration avaient décimé la population, fortement endettée ; la dissolution des mœurs avait pris des proportions considérables : tout cela fit que la majorité du peuple rentra volontiers sous la domination grisonne.

4. Les capitulais de 1639, 1726 et 1763. Le capitulai de 1639 soumettait la restitution à certaines conditions. Il conférait à la Valteline, sous la forme d'un pacte, une sorte de constitution ; il assurait un meilleur choix des baillis, une administration plus juste et plus impartiale, et prévoyait notamment des mesures pour écarter l'hérésie du pays. Seule, la religion catholique était autorisée ; les adeptes d'autres confessions ne pouvaient s'établir dans le pays ; seuls ceux qui y étaient propriétaires obtenaient chaque année un permis de séjour de trois mois pour faire leurs récoltes. Mais, pas plus que les baillis protestants, ils n'avaient le droit d'entretenir des prédicateurs et d'exercer leur culte. D'autre part, le capitulât garantissait à l'évèque de Côme le libre exercice de la juridiction ecclésiastique ; il interdisait ou révoquait toute loi portant une atteinte quelconque à l'église catholique. Ainsi, le capitulât, apportait de sérieuses restrictions aux droits souverains îles (irisons. Il conférait à Milan un droit de surveillance sur l'administration grisonne et un droit de protection

en faveur des sujets des Ligues. Dans les Grisons, on en ressentit une profonde humiliation. La perte de la liberté religieuse surtout était sensible aux protestants. Elle paraissait priver la partie la plus active de la population des Ligues de la possibilité de s'établir dans les pays sujets, d'y acquérir des propriétés ou d'y fonder des entreprises commerciales.

Depuis lors, l'établissement d'un régime de tolérance religieuse devint un des objectifs essentiels de la politique des chefs protestants de la République. La guerre de Succession d'Espagne parut en fournir l'occasion. Effectivement, le capitulât prit fin à la mort de Charles II (1700). Les protestants s'établirent assez nombreux en Valteline. Mais les Grisons ne surent pas utiliser les conjonctures pour se libérer formellement du capitulât. En 1707, la République conclut avec l'Autriche le traité de passage par lequel l'empereur promettait, sous la garantie de l'Angleterre et de la Hollande, une amélioration du capitulât. Les conditions posées par la majorité des communes à l'adoption du traité de passage étaient les suivantes : 1. Cession des trois pievi du lac de Côme. 2. Démolition du fort de Fuentès. 3. Libre exercice de la religion en Valteline. Mais l'Autriche ne tint pas ses engagements. Les laborieux pourparlers qui traînèrent pendant vingt années, se terminèrent en 1726 par une simple confirmation du capitulât.

Aussitôt, Milan et Vienne se mirent à insister sur le départ des protestants de la Valteline. Appuyée par les nombreux agents à la solde de l'Autriche, la diplomatie impériale parvint à ses fins : la République, elle-même, n'eut de cesse que le dernier protestant n'eût été banni de la Valteline. Une fois de plus, le danger d'hérésie était écarté. Par contre, des abus toujours plus graves se produisaient dans l'église catholique. La vallée fourmillait de gens qui avaient pris l'habit ecclésiastique et menaient, sous la protection de celui-ci, une vie scandaleuse. Grâce à leur immunité et au droit d'asile de l'Église, ils échappaient aux juges temporels. L'évèque de Côme chercha à étendre le plus possible sa juridiction ; il alla jusqu'à interdire, sous menace d'excommunication, la dénonciation de délinquants ecclésiastiques à la justice civile. Le nombre élevé des ecclésiastiques provenait en partie aussi de la coutume, généralisée depuis 1639, selon laquelle les familles aisées, incitaient un de leurs fils à entrer dans les ordres afin de pouvoir lui transmettre, en échange d'une rente annuelle, toutes leurs popriétés froncières. Celles - ci, devenues ainsi biens de main-morte, échappaient au fisc, au grand détriment des pauvres paysans, chargés de tout le poids des dépenses publiques. On estime que la main-morte s'étendait sur un cinquième de la vallée.

Depuis longtemps, la République s'efforçait, par une Concordia jurisdiclionalis avec le Saint-Siège, de remédier à ces abus. L'Autriche promit ses bons offices à Vienne, mais les années se passèrent sans qu'on obtint de résultat. On ne réussit pas davantage à lutter contre l'extension des bénéfices ecclésiastiques. En 1761 et 1 762, la République, négociant avec Milan au sujet d'anciennes contestations, demanda une fois de plus, l'intervention de l'empereur pour la conclusion d'un concordat. Milan y consentit et s'engagea, en outre, par un article secret du capitulât de 1763, à accorder la tolérance aux protestants qui étaient peu à peu revenus en Valteline, malgré les décrets d'expulsion postérieurs à 17iii : Milan posait toutefois la condition que le nombre des protestants ne devait pas s'accroître et qu'ils devaient s'abstenir de célébrer leur culte publiquement. Mais les communes grisonnes rejetèrent Yarticolo secreto dès qu'elles en eurent connaissance. La République ne voulait pas reconnaître une tolérance accordée dans ces conditions et dont seules quelques puissantes familles, comme les Salis, auraient tiré avantage. L'Autriche, toutefois, ferma les yeux et n'insista pas pour l'émigration des protestants établis en Valteline. Cette fois encore, on ne parvint pas à conclure un concordat ; un décret, rendu par l'État grison en 1762, interdisant la mise en mainmorte des propriétés foncières, dut être révoqué à la demande des sujets de la Valteline. La République était

impuissante vis-à-vis des empiétements et des abus eci lésiastiques.

5. L'administration. Sous la domination grisonne, les habitants de la Valteline étaient régis par leur propre législation : les statuLs civils et criminels rédigés dans la première moitié du XVIe s. avec le concours de commissaires des III Ligues, revisés peu après, imprimés en 1549 et confirmés par le capitulât de 1639. La Valteline possédait l'autonomie économique. Le peuple disait les autorités communales et les délégués au Conseil de juridiction. h'Università délia Valtellina était dirigée par un Conseil de la vallée, présidé par un chancelier de la vallée et dans lequel chacune des cinq .juridictions de Tirano, Teglio, Sondrio, Traona et Morbegno envoyait un représentant. Ceux-ci votaient sur instructions ; leurs décisions étaient soumises au référendum.

La République des Grisons exerçait ses droits souverains par des magistrats, élus pour deux ans. Le premier en rang des représentants des III Ligues était le bailli de Sondrio, appelé capitaine général ou governalore générale. Il commandait la milice de la Valteline, était l'intermédiaire entre la République et les sujets et assistait aux séances du Conseil de la vallée. Il fonctionnait, en outre, comme juge civil et criminel de la juridiction de Sondrio, et exerçait, pour certaines affaires, la haute juridiction sur tout le pays. Les baillis de Tirano, Teglio, Traona et Morbegno portaient le titre de Podestù. De même que le gouverneur général de Sondrio, ils exécutaient les décisions du souverain et veillaient au maintien de l'ordre et de la tranquillité publique. Ils contrôlaient les finances communales et exerçaient la justice civile et la basse justice criminelle. Pour les affaires civiles, la procédure était réglée par les statuts et le capitulât. En première instance, les parties pouvaient porter leur litige devant le Consiglio del Savio, dont le vote liait le juge. Du Savio on pouvait en appeler aux Probi viri et, si le jugement de ceuxci n'était pas conforme au précédent, l'affaire pouvait être portée devant un Collegio dei Dottori ou aux III Ligues. Dans les affaires pénales, le juge était lié par le jugement préalable du Vicar (vicaire), qui devait être un juriste. Le vicaire était élu par le Conseil de la vallée, sur une triple proposition du souverain ; de son côté, le vicaire choisissait son assesseur sur une triple présentation du Conseil de la vallée. A la fin de leurs fonctions bisannuelles, les magistrats devaient soumettre leurs comptes à une commission déléguée par le souveverain, le Syndicat.

Malgré sa constitution libérale et la fertilité de son sol, la Valteline ne se trouvait pas dans une situation enviable. Exploitée par la noblesse et le clergé, obérée de dettes, d'impôts et de redevances, laissée sans instruction, la masse du tiers-état menait une vie misérable. L'administration grisonne n'était pas faite, à vrai dire, pour améliorer le sort du peuple. Sans doute, la République se contentait d'impôts modérés et de péages modiques ; ses fonctionnaires avaient des traitements très modestes, mais bénéficiaient de casuels très élevés, si bien que, même sans abuser de leur charge, ils pouvaient jouir d'un revenu considérable. Contrairement aux prescriptions du capitulât, les charges en Valteline étaient souvent attribuées par les communes grisonnes au plus offrant. La conséquence de ces enchères était naturellement que l'acheteur cherchait à tirer le plus grand bénéfice possible de son emploi. A la fois accusateur public, juge et fiscal, il possédait dans certain cas le droit de commuer les peines corporelles en amendes. Cette exception finit par devenir la règle, d'autant plus que les statuts criminels prévoyaient des peines corporelles même pour les délits les plus insignifiants. Des fonctionnaires avides et dépourvus de scrupules utilisaient leurs prérogatives pour négocier le plus possible de « compositions », de « transactions » et de « libérations ». Les instances des tribunaux indigènes furent souvent mises de côté et les statuts de plus en plus remplacés par des ordonnances (Gride) qui ne servaient, la plupart du temps, qu'à remplir la bourse du bailli. Il arrivait fréquemment que le vicariat et le syndicat fussent en accord secret avec les baillis. On

finit par voir de véritables associations se constituer pour acheter les charges plusieurs années à l'avance. Toutes les plaintes des sujets, tous les décrets pris par les communes grisonnes, qui étaient généralement bien disposées à l'égard des premiers, furent impuissants à mettre un terme au scandaleux trafic des charges et aux abus de l'administration de la justice. C'est ainsi que s'élargit toujours davantage le fossé entre le peuple souverain et le peuple sujet ; vers la fin du XVIIIe s., les signes précurseurs de nouveaux conflits se multiplièrent.

6. Les 15 doléances (1787-1793). Deux députés de la Valteline se rendirent en 1786 à la diète des Ligues à Ilanz pour se plaindre des violations faites au capitulât et aux statuts. Le souverain se montra disposé à accepter ces revendications. Encouragé par cet accueil, le Conseil de la vallée députa, au printemps 1787, Diego Guicciardi et Giacinto Carbonera porteurs de 15 doléances, à Coire où était réunie la commission d'État, chargée de concilier les différends. Les doléances tendaient, en substance, aux fins suivantes : 1. Suppression complète de toutes les ordonnances criminelles et de toutes les lois contraires au capitulât et aux statuts. 2. Toute révision des statuts et toute promulgation de nouvelles ordonnances criminelles ne pourraient dorénavant s'effectuer qu'avec la collaboration directe des juristes de la vallée ; 3. Les juges devaient être tenus de respecter les instances nationales (Savio, Probi, Collegio dei Dottori) et de conformer leurs sentences aux votes de ces instances ; de même, le vicaire devait s'en tenir au vote des assesseurs ; 4. Le contrôle des III Ligues sur les communes devait être supprimé. Ainsi, la Valteline demandait les pouvoirs législatif et judiciaire, ne lais- | sant aux Grisons que le pouvoir exécutif. La vallée espérait que cette séparation des pouvoirs la libérerait du gouvernement despotique des Grisons. La commission d'État, dominée par le parti des Salis, ne méconnaissait nullement la nécessité de réformes. Mais, vivant dans l'idée que la République possédait une souveraineté absolue en Valteline, elle écarta la séparation des pou voirs, réclamée par les sujets. Elle y substitua son pro pre projet de réformes, en se plaçant au-dessus des doléances et même au-dessus des statuts. Ce projet devait avoir force de loi si les communes souveraines l'approuvaient. La commission voulait dicter sa décision, tandis que les gens de la Valteline entendaient traitée. Dans ces conditions, toute entente était impossible. Les députés de la Valteline rentrèrent chez eux et firent appel, en 1788, à l'intervention milanaise.

Cette nouvelle causa un vif émoi dans les Grisons : le bruit se répandit que Milan se préparait à annexer la Valteline. Dans un message adressé à la vallée, la commission stigmatisa l'attitude des députés. Mais le peuple se plaça derrière ses représentants et approuva le recours à Milan. Milan prit le parti de la Valteline et demanda à la République de lui envoyer des députés pour concilier le différend par son entremise. Mais La République s'adressa à la cour de Vienne. Celle-ci, beaucoup plus impartiale que Milan, renvoya les sujets à leurs souverains et invita les Grisons à faire droit aux griefs équitables et fondés.

Entre temps, on réclamait de nouveau en Valteline, l'émigration des protestants. On voulait frapper surtout la famille des Salis qui possédait à Ghiavenna, particulièrement, des affaires importantes et de grands biens ; les sujets considéraient les Salis comme leurs principaux adversaires. Cette revendication fut vivement appuyée non seulement par les catholiques des Grisons, mais aussi par les adversaires prolestants des Salis. Vienne toutefois, était opposée à l'émigration, mais entendait s'en servir comme d'un moyen de pression pour briser l'opposition des Grisons aux autres plaintes justifiées de la Valteline.

Au commencement de 1790, une nouvelle commission d'État se réunit à Coire. Le groupe adversaire des Salis y possédait la majorité, mais il n'était pas disposé, lui non plus, à accorder à la Valteline la séparation des pouvoirs. Les députés de la Valteline luttèrent pendant plusieurs jours pour leurs revendications, puis la commission élabora un nouveau plan de

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réformes, le communiqua le 14 février aux communes grisonnes et se déclara dissoute. Ce ne fut qu'ultérieurement que les députés de la Valteline eurent connaissance de ce plan. Bien qu'il leur fît d'importantes concessions, ils le déclarèrent inacceptable. Ils protestèrent aussitôt auprès des communes grisonnes contre la procédure de la commission et leur demandèrent, soit d'accorder les quinze doléances, soit de désigner des plénipotentiaires pour négocier avec Milan. En 1791, les communes finirent par se résoudre à ce dernier parti.

De février à mai 1792, eurent lieu, à Milan, de nombreuses conférences entre le premier ministre Wilzeck et une députation grisonne. Les députés de la Valteline, qui étaient exclus des pourparlers, firent leurs observations par écrit. Le 3 mai, Wilzeck présenta son Progetto finale. Il abandonnait la législation et la juridiction aux sujets, diminuait fortement les revenus des fonctions et décrétait, sur l'insistance des membres catholiques de la députation grisonne, l'émigration des protestants.

Ce projet fut accueilli avec enthousiasme en Valteline, mais pas dans les Grisons, où l'on réclama de nouveaux pourparlers. A l'assemblée des Ligues, tenue à Ilanz en automne de 1792, l'envoyé impérial Crontal e1 une députation d'État, s'efforcèrent de trouver un compromis pour les questions restées en suspens à Milan. Le projet du 18 septembre était beaucoup plus acceptable pour les Grisons que le Progetto finale. Aussi, fut-il accepté par la diète des Ligues et par les communes, mais la Valteline le repoussa et s'en tint au Progetto finale.

En mars 1793, Crontal conféra une fois encore i Coire avec une députation d'État. Les délégués de la Valteline parurent de nouveau, mais persistèrent dans leur intransigeance. Le 4 avril, le traité de Coire était signé. Il différait en plusieurs points de la convention d'Ilanz, mais n'était pas entièrement conforme au Progetto finale. Lassées de ce long conflit, les communes grisonnes ratifièrent le traité de Coire, mais les sujets y refusèrent leur consentement et leur opposition incita la cour de Vienne à ajourner sa ratification.

7. Tentatives d'ententes directes (1794-1796). La longue durée du conflit, et les frais qu'il entraînait, finirent par soulever, en Valteline, un grand mécontentement contre les négociateurs. Au parti aristocratique, qui conduisait jusqu'alors le mouvement national, tout en espérant remplacer la domination grisonne par la sienne propre, s'opposa un parti démocratique, qui n'attendait rien de l'Autriche, penchait plutôt vers la France révolutionnaire et inclinait à s'entendre directemenl avec le peuple des Grisons, sans intervention étrangère. Dans les Grisons, un soulèvement populaire avait renversé le parti aristocratique en I 794 et porté les patriotes au pouvoir. Ce parti démocratique était disposé à tendre la main aux sujets de la Valteline. Sun plan consistait à y envoyer une commission militaire. Lorsqu'elle ferait son apparition, le peuple de la Valteline se soulèverait contre ses seigneurs et, les aristocrates écartés, on poserait les bases d'une entente durable entre les deux peuples. La diète des Ligues de 1794 accepta la proposition d'envoyer en Valteline une commission militaire. Son arrivée était attendue avec impatience par l'opinion publique de la Valteline, mais ce fut en vain : la proposition fut rejetée par les communes grisonnes, insuffisamment informées.

Aussitôt après la conquête de Milan par les Français (mai 1796), le chancelier de la vallée envoya un homme de confiance auprès de Bonaparte pour l'intéresser à la cause de la Valteline. Mais Bonaparte renvoya la Valteline à ses souverains et réalisa, en outre, un très ancien vœu des Grisons en faisant raser le fort de Fuentès. Désormais, l'occasion de liquider les vieilles divergences, enl ie les Grisons et leurs sujets, sans intervention étrangère, était meilleure que jamais. Le capitulât était devenu caduc, la Valteline se trouvait sans appui étranger, l'opinion publique y était favorable aux Grisons. Les anciens députés, tous partisans de l'Autriche, furent remplacés par des gens sympathiques à la République, qui reçurent la mission d'engager une fois encore des conversations amiables avec les Ligues. La vallée était

désormais disposée à se contenter du traité de Coire, en renonçant à toute médiation étrangère, mais elle tenait toutefois à la garantie de Milan. Le 20 août, les nouveaux députés proposèrent, dans un mémoire, La reprise des conférences.

Mais, aux Grisons, les chefs réactionnaires, revenus au pouvoir, ne firent preuve d'aucun empressement. Ce n'est qu'en novembre que le mémoire lui porté à la connaissance des communes. Le 31 déc. 1796, les chefs grisons donnèrent une réponse dilatoire au chanceliei de la Valteline. En mars 1797, le mémoire fut une seconde fois transmis aux communes qui devaient dire si elles voulaient charger la diète, convoquée pour l'automne prochain, de suivre l'affaire ou si elles préféraient une procédure accélérée. Ainsi fut manquée la dernière occasion de s'entendre directement avec la Val-

I eline.

8. La Révolution (1797). En mars 1797. la révolution éclata dans les États de Venise, proches voisins. Aussitôt retentit dans toute la Valteline le cri de liberté. Le peuple fut fortement travaillé par les Lombards, qui le poussaient à adhérer à la nouvelle République cisalpine. Toutefois, la grande majorité du pays ne désirait nullement se détacher des (rusons ; son vœu était d'être incorporé au canton à droits égaux, par l'intermédiaire de la France et sous sa garantie. A la fin de mai, une société patriotique se fonda à Sondrio pour exécuter ce programme ; des associations affiliées ne tardèrent pas à s'étendre au pays tout entier. Les chefs du mouvement. Paribelli, Ferrari et Paravicini, se rendirent auprès de Bonaparte pour solliciter son appui.

Au quartier-général se trouvait aussi Comeyras, le résident français près les III Ligues. Il s'efforça d'obtenir la médiation de Bonaparte. Celui-ci accepta, à condition qu'il ne serait question que de l'affranchissement et de l'incorporation de la Valteline aux Ligues. Dans les (irisons les patriotes des Ligues, agissant en plein accord avec Comeyras. signalaient dans un appel le danger menaçant la Valteline. Le peuple se réveilla et réclama la réunion d'un congrès. Celui-ci, fort de 12 membres s'assembla le 27 mai. Il ne comprit pas la gravité de la situation en Valteline. Il crut encore, contre toute évidence, à la possibilité d'une entente directe. A cette fin il invita la Valteline à envoyer de> députés à Coire. dette missive, datée du 29 mai, donna le coup de mort à la cause grisonne en Valteline.

Le 13 juin, les patriotes de la Valteline se réunirent à Sondrio. La missive du Congrès avait puissamment favorisé les tendances révolutionnaires et séparatistes. L'assemblée décida de proposer au peuple de se déclarer libre et indépendant et de demander à Bonaparte l'incorporation du pays à la République cisalpine. L'après-midi fut planté un arbre de liberté. Les communes suivirent aussitôt cet exemple et adhérèrent aux propositions des patriotes. Le Conseil de la vallée proclama, le 19 juin, la liberté et l'indépendance de la Valteline et délégua les trois députés auprès de Bonaparte pour obtenir de lui l'incorporation à la République cisalpine. Le 21, Carbonera, le chancelier de la vallée, notifia la rupture aux III Ligues. Les baillis quittèrent le pa\ s.

A Coire, le congrès se réunit de nouveau le 21 juin.

II comprit enfin qu'il ne restait plus d'autre parti que celui de demander la médiation de Bonaparte. Gaudenz Planta fut chargé de cette mission. A la fin de juin. il se trouvait avec les députés de la Valteline au quartier général de Bonaparte. Celui-ci approuva les aspirations de la Valteline vers la liberté, mais refusa d'incorporer le pays à la République cisalpine. Il déclara à Planta qu'il était disposé à accepter la médiation sur la base de l'affranchissement et de l'égalité de droit de la Valteline, tout en exprimant aussi le vœu que les Grisons saisiraient cette occasion pour renouveler leur alliance avec la France et la République cisalpine. Le 7 juillet, Planta lit son rapport au congrès. Le 10, le congrès transmit la relation de Planta aux communes, leur exposa clairement ce qu'il fallait faire pour sauver la Valteline et leur demanda, si elles étaient disposées à munir les députés de pleins pouvoirs en vue de traiter avec Bonaparte sur la base de la libération et de l'incorporation.

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réclamées par le général en chef comme conditions préliminaires de sa médiation.

9. L'incorporation à la République cisalpine. Le 2 aoûf, Le congrès procéda au recensement des réponses des communes. Par 39 voix sur 63, La médiation de Bonaparte avec ses conditions préliminaires étail acceptée. Avissitôt les partisans de l'Autriche s'agilèrent. Prévoyant que les négociateurs recevraient des pleins pouvoirs conformes à la décision de la majorité, A. de Salis-Soglio se leva et, à l'avance, protesta, au nom de sa commune, contre l'octroi des pleins pouvoirs trop étendus qu'il qualifia d'anti-démocratiques ; puis il quitta la séance. Le congrès en fut troublé, au point qu'il oublia, chose incroyable de proclamer et d'inscrire au procès-verbal le résultat du vote. Les jours suivants, il arrêta les instructions des députés : mais parmi les différentes combinaisons qu'il envisagea, il omit de mentionner L'affranchissement et l'incorporation de la Valteline à la République grisonne, ainsi que L'exigeait Bonaparte et que l'avaient décidé les communes souveraines. Les négociateurs, mécontents de ces instructions, réclamèrent les originaux des réponses des communes. Procédant à leur tour à un recensement, ils arrivèrent au même résultat que le 2 août. Ils demandèrent alors au congrès s'ils pourraient, au cas où ils y seraient contraints, traiter sur la base de l'affranchissement et de l'incorporation. De son côté, le congrès fit un nouveau recensement et proclama que 21 voix seulement sel aient prononcées pour l'affranchissement et l'incorporation, 16 contre et que 23 n'avaient rien répondu. Cette classification était inexacte. En réalité, sur les 23 voix de la dernière catégorie, 18 avaient accepté les conditions préliminaires du général en chef, mais sans faire, il est vrai, mention expresse de la libération et de l'incorporation. Les meneurs du congres en avaient profité pour faire retrancher ces 18 voix de la majorité des 39, comme si le recès du 10 juillet avait demandé aux communes si elles voulaient ou non accorder à la Valteline l'affranchissement et l'incorporation, alors qu'elles avaient été consultées uniquement sur La question de donner aux députés des pleins pouvoirs pour négocier sur la base des conditions préliminaires fixées par Bonaparte. Mais le congrès, estimant que le peuple n'avait pas tranché la question d'une manière définitive, décida de la lui soumettre encore une fois. Sur quoi, les députés donnèrent leur démission. Les aristocrates étaient vainqueurs. Leur dessein était de gagner du temps, car ils escomptaient une prochaine victoire de la contre-révolution en France.

Gomeyras attendait les députés des deux peuples. Mais seuls, ceux de la Valteline se présentèrent. Ce n'étaient plus les mêmes qu'en juin. Une contre-révolution avait enlevé le pouvoir aux patriotes pour le rendre au parti aristocratique. Les nouveaux députés, conduits par Guicciardi, étaient partisans de la réunion à la République cisalpine. Comeyras les éconduisit, leur déclarant que la volonté de la France était que leur vallée constituât une IVe Ligue grisonne. Les députés rentrèrent chez eux ; le Conseil de la vallée leur donna le mandat d'engager de nouveaux pourparlers avec les Grisons. Auparavant déjà, le 23 août, Comeyras, informé des incidents de Coire, avait adressé un ultimatum au congrès. Si le 10 septembre, disait ce document, les députes n'étaient pas en route pour le quartier général, munis de pleins pouvoirs illimités, Bonaparte décimerait la médiation et la Valteline serait perdue.

Depuis la dernière session du congrès, le parti aristocratique, secondé par l'envoyé impérial, travaillait activement à gagner la majorité des communes grisonnes à sa politique hostile à la médiation française. Cette action fut couronnée de succès. Le 1er septembre, le congrès procéda au classement des votes : 21 voix se prononcèrent pour l'incorporation, 24 la rejetèrent, 14 votèrent pour l'ajournement. L'ultimatum de Comeyras, survenu entre-temps, mit le congrès dans un profond embarras. Il pressa les négociateurs de partir, afin d'arriver avant L'expiration du délai : pendant ce temps, la question des pleins pouvoirs illimités serait soumise encore une fois au souverain, dont les instructions suivraient. Mais les né-

gociateurs réinsèrent de se mettre en route. Désemparé, le congres se transporta à Davos, où siégeait la diète des Ligues. Là, G. Planta adressa un appel pressant à la plus haute autorité du pays, l'informa de la défaite de la contre-révolution en France et de l'escamotage de la classification du 2 août par le congrès. Mais l'assemblée des III Ligues refusa de s'occuper de l'affaire. Le 11 septembre, la question des pleins pouvoirs illimités fut transmise aux communes. Comeyras fut adjuré, en termes larmoyants, de s'entremettre auprès du général en chef, pour qu'il ne refusât pas sa médiation et qu'il ne fit pas payer aux Grisons leur retard.

Le vote émis par les communes grisonnes, le 1er septembre, incita la Valteline à abandonner définitivement l'idée d'une incorporation à la République grisonne. Le 3 octobre, leurs députés arrivèrent au quartier général. Comeyras y attendait toujours les négociateurs grisons, qui ne parurent pas. La patience de Bonaparte était à bout. Considérant le refus de ses conditions préliminaires comme un rejet de sa médiation, requise par les Grisons eux-mêmes, il proclama, le 10 oct. 1797, que les populations de la Valteline, de Chiavenna el de Bormio, étaient libres de se réunir à la République cisalpine. Les députés de la Valteline estimaient que le dernier mot appartenait maintenant aux communes de la vallée. Mais telle n'était pas l'intention du Directoire cisalpin. Le 22 octobre, il décréta purement et simplement l'incorporation des trois pays à la nouvelle république. Lorsque les députés de la Valteline arrivèrent à Milan, ils se trouvèrent en présence d'un fait accompli. Toutes leurs protestations furent vaines. Bonaparte ne voulait admettre aucune votation populaire.

Le 11 octobre, le général Murât, chargé par Bonaparte de pacifier la vallée qui venait d'être agitée par des troubles, y constitua un gouvernement provisoire, (pu décréta, le 28 octobre, la confiscation des propriétés particulières des Grisons. 130 familles grisonnes perdirent ainsi leurs biens en Valteline et subirent une perte qui peut se chiffrer par 4 à 5 millions de francs suisses anciens.

Le peuple grison se souleva. Le congrès fut mis en arrestation. Une assemblée nationale se constitua le 22 | novembre. Elle estimait que la République devait être réintégrée dans ses anciennes limites dès que les conditions préliminaires de Bonaparte seraient acceptées et que les membres fautifs du congrès seraient punis. Mais toutes les mesures prises, toutes les députations envoyées à Milan, Rastatt et Paris arrivèrent trois mois trop tard. Bonaparte considérait l'incorporation de la Valteline à la République cisalpine comme irrévocable et le gouvernement français n'osa pas la remettre en question, bien qu'elle eût été accomplie contre sa volonté.

10. La perte définitive (1815). Désormais, la Valteline constituait avec Bormio et Chiavenna le département de L'Adda de la République cisalpine. En été de 1799, le pays fut conquis par les Autrichiens. Mais ce fut en vain que les partisans de ceux-ci dans les Grisons, qui avaient repoussé en 1797 la médiation française pour l'amour de l'Autriche, attendirent le retour de la Valteline et la restitution des biens confisqués. En juin 1800, la Valteline retomba aux mains des Français. Depuis lors, le pays lit partie, jusqu'en 1805, de la République italienne, puis du royaume d'Italie. Lorsque le royaume d'Italie s'effondra, en 1814, on était décidé dans les (irisons, connue dans le reste de la Suisse, à réclamer le retour de la Valteline. Mais on manqua l'excellente occasion qui se présentait d'occuper militairement le pays lors de la retraite des troupes françaises. Les Autrichiens prirent les devants. La Diète, qui avait ordonné l'occupation avec l'approbation des ministres des puissances alliées, y compris l'Autriche, réclama l'évacuation de la Valteline par les Autrichiens. Mais le général Bellegarde répondit qu'il ne l'évacuerait que sur l'ordre de l'empereur. L'ordre n'arriva pas, ce que Bellegarde mit à profit pour travailler en faveurde la réunion de la Valteline à la Lombardie, avec l'appui de la noblesse et du clergé, mais contrairement à la volonté de la

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grande majorité du peuple, qui inclinait vers la Suisse. Par contre, les ministres des puissances alliées promirent à la Suisse la restitution. Traversant la Suisse, l'empereur François déclara aux députés à la Diète que cette affaire serait réglée par le congrès de Vienne à la satisfaction générale.

En présence de l'opposition probable de l'Autriche, une entente entre la Suisse et les Grisons au sujet de la future situation juridique de la Valteline dans la Confédération, aurait été des plus nécessaires. Effectivement, il s'agissait d'empêcher que la question essentielle du retour à la Suisse ne fût compliquée par des querelles sur des points secondaires. Malheureusement, aucun accord ne se fit. A l'invitation de la Diète, les Grisons précisèrent leur point de vue dans un mémoire. Le canton y réclamait : 1. Une indemnité pour la renonciation à ses droits souverains et à ses revenus. 2. La réunion de Bormio et de Chiavenna au canton, où ils formeraient deux hautes juridictions ; constitution d'un canton spécial de la Valteline. 3. Annulation des confiscations. Reinhard, président de la Diète, ne communiqua ce mémoire ni à la Diète, ni à la commission diplomatique. Tenue dans l'ignorance des intentions des Grisons, la Diète se borna à donner comme instruction aux représentants de la Suisse à Vienne, d'insister énergiquement pour la restitution de la Valteline et de réclamer une indemnité pour les biens confisqués ; l'instruction ne touchait en aucune façon les modalités de l'incorporation.

Deux membres de la famille Salis, chargés des intérêts de leurs compatriotes lésés par les confiscations se rendirent à Vienne. Cette action séparée était pour le moins prématurée ; la façon dont elle fut menée ne devait nullement faciliter la négociation principale. D'autre part, le gouvernement grison envoya, le 24 décembre, deux délégués à Vienne pour représenter les intérêts spéciaux du canton. Guicciardi et Stampa étaient, de leur côté, venus à Vienne, chargés par les autorités de la Valteline, d'invoquer l'entremise de l'Autriche pour obtenir l'union juridique de la vallée à la Lombardie. Toutefois, leurs instructions ajoutaient que la Valteline ne s'opposerait pas à ce que les puissances fissent d'elle un canton autonome de la Suisse. Le 21 septembre, les députés de la Valteline sollicitèrent de l'empereur la grâce d'être admis, avec leurs compatriotes, au nombre de ses sujets.

Dans la commission chargée par le congrès de s'occuper des affaires de Suisse, l'Autriche commença par réclamer la Valteline pour elle-même. Mais elle se conforma ensuite à la volonté des représentants des autres grandes puissances et parut, le 5 décembre, consentir à la restitution à la Suisse. Le 10 décembre, le premier délégué suisse, Reinhard, proposa de réunir les trois vallées aux III Ligues, soit sous forme d'une IVe Ligue, soit sous forme d'un demi-canton. La commission accepta cette proposition.

Mais les Grisons comme les députés de la Valteline, s'élevèrent vigoureusement contre cette solution. Ces derniers, ouvertement ou secrètement soutenus par l'Autriche, demandèrent non seulement la formation d'un canton souverain, constitué par la Valteline et les deux comtés, mais aussi que ces trois pays continuassent, comme canton suisse, à rester sous la protection de Milan. Les Grisons, de leur côté, ne voulaient que la création d'un canton indépendant, libre de toute tutelle étrangère. Si Reinhard avait été bien inspiré, il se serait rallié à cette idée, qui assurait la Valteline à la Suisse. Il le pouvait d'autant mieux que ses instructions lui laissaient, à cet égard, toute liberté, pourvu qu'il obtînt l'essentiel, qui était la restitution. Mais il s'arrêta obstinément à l'idée que le nombre des cantons ne devait pas être augmenté. Cependant, il écarta avec raison la proposition grisonne de céder les droits sur la Valleline moyennant une somme d'argent. Il adopta le principe de l'incorporation de Chiavenna et de Bormio aux Grisons, mais ne tarda pas à l'abandonner pour éviter de faire obsracle à la restitution. Malheureusement, il ne comprit pas qu'il l'empêchait bien davantage encore en combattant l'incorporation de la Valteline à la Suisse comme nouveau canton.

Provisoirement, il eut du moins la satisfaction de faire adopter son avis par la majorité de la commission. Le 16 janv. 1815, les représentants de la Russie, de l'Angleterre, de la France et de la Prusse, se prononcèrent en faveur de l'incorporation de la Valteline, de Bormio et de Chiavenna aux Grisons, comme IVe Ligue. L'Autriche, par contre, en était revenue à son opinion première, qui consistait à former un nouveau canton des trois provinces. Au sujet des confiscations, la commission proposa que les biens non encore vendus seraient restitués, que la part de la Valteline à la dette d'État italienne serait affectée aux indemnités et que le solde des dédommagements serait payé par les trois pays eux-mêmes.

Malgré tout, le désaccord continuait à être complet entre les parties en cause. Metternich sut fort bien exploiter la désunion et la maladresse des Suisses et des Grisons pour faire valoir, au moment opportun, que l'attribution des trois pays à l'empereur d'Autriche était le moyen le meilleur pour sortir de difficulté. Il parvint finalement à gagner une à une les grandes puissances à cette solution. Il n'est fait aucune mention de la Valteline dans la déclaration du 20 mars. Mais le jour même, Metternich écrivit au gouvernement des Grisons que l'empereur avait connaissance des réclamations provoquées par les pertes subies dans le département de l'Adda, désormais rattaché à ses États, et qu'une commission s'occuperait de fixer une indemnité équitable. Comme témoignage particulier de sa bienveillance, l'empereur céderait au canton sa seigneurie de Rhazùns. Les Grisons protestèrent vivement. A plusieurs reprises, le canton chercha à faire valoir ses droits: ce fut toujours en vain. Mais il n'a jamais reconnu la séparation de la Valteline. Les indemnités pour les confiscations se firent longtemps attendre. Ce ne fut qu'en 1833 que l'empereur s'acquitta de sa promesse ; mais contrairement à l'engagement de 1815, les indemnités ne furent pas fixées sur la base de pourparlers entre Milan et la Suisse : elles furent décrétées unilatéralement par Milan. La somme accordée couvrait à peu près la moitié des pertes principales subies en 1797 ; les lésés ou leurs héritiers ne reçurent aucune compensation pour la perte des intérêts. Au surplus, la liquidation définitive de cette affaire se prolongea jusqu'en

Bibliographie. P. -A. Lavizari : Memorie istoriche délia Valtellina. — F. -S. Quadrio : Dissertazioni critico-storiche inlorno alla Rezia di qua dalle Alpi, oggi delta Valtellina. — A. de Simoni : Ragionamento giuridico-politico sopra la costituzione délia Valtellina. — Le même : Prospett : storico, politico e apologetico del governo délia Valtellina e délie sue cosliluzioni fondamentali. — G. Romegialli : Storia délia Valtellina. — Les œuvres des chroniqueurs grisons Anhorn, Guler von Weineck, Juwalta, Sprecher, Salis. — H.-L. Lehmann : Die Landschaft Veltlin. — U. von Salis-Marschlins : Fragmente der Staatsgeschichte des Tais Veltlin. — F. Jecklin : Malerialien zur Standesgeschichte gem. III Blinde. — ■ H. de Rolian : Mémoires et lettres sur la guerre de la Valteline. — C. Cantù : Il Sacro Macello di Valtellina. — D. Veraguth : Herzog Rohan und seine Mission im Veltlin. — F. Pieth : Die Feldzùge des Hcrzogs von Rohan. — U. Martinelli : La campagna del Marchese di Cœuvres. — C. Camenisch : C. Borromeo und die Gegenreformation im Veltlin. — C. Moor : Geschichte von Curràtien. — J. - A. Sprecher : Geschichte der Republik der drei Bi'mde im 18. Jahrhundert. — A. Giussani : //. forte di Fuentes. — Ed. Rott : Histoire de la Représentation diplomatique. — V. v. Planta : Die letzten Wirren des Freistaates der III Biinde. — A. Rufer : Der Freistaat der III Blinde und die Frage des Veltlins. — AS I et IL — Pestalozzis sâmtliche Werke (édition de Gruyter, vol X). — PJ 1887. — Œchsli. — F. Pieth : Graubùnden und der Verlust des Veltlins. — V. Adami : Pagine di storia valtellinese. ■ — La plupart des ouvrages cités contiennent d'autres indications bibliographiques. — Voir également Barth: Bibliogr. der Schweizer Gesch. II, 646. [A. Rufer.]

VALZEINA (C. .Grisons, D. Unter- Landquart, Cercle Seewis. V. DGS). Com. de langue allemande,

VAN B ERG HEM

VANDOEUVKES

formanl avec h'anas et Seewis en Prâtigau, la juridiction de Seewis. Autrefois, Hintervalzeina appartenait à la haute juridiction des V Dôrfer, Vordervalzeina à la juridiction de Seewis, le domaine de Sigg à celle de Selliers.— Neuer Sammler II, p. 383 ; VI, p. 150. [C. J.] VAN BERCHEM. Voir Berchem, VAN.

VANDEL (Vandeli, Wandel). Famille genevoise éteinte, originaire de Septmoncel (Jura). Armoiries : d'azur à 3 lys issant d'un van, le tout d'argent. Galiffe et Gautier, Armoriai genevois, donnent à tort le champ de gueules. La branche aînée écartelait ces armoiries avec celles des du Fresnoy-Chuit.

— 1. Pierre, dit Delacroix, recteur des écoles de Genève, fut reçu bourgeois de Genève gratis en 1470. Est peut-être identique à Pierre Vandel qui fut recteur des écoles de Moudon en 1459. | avant 14 nov. 1517.— Covelle : LB. — Ch. Gilliard : Moudon sous le régime savoyard dans MDR, 2e sér. XIV. — RC. — 2. Cl \i de, notaire, procureur, bourgeois de Genève 1487 ; du Petit Conseil à partir de février 1513. Fut molesté par les officiers du duc à plusieurs reprises, notamment en juillet 1514. En juin 1515, il fut arrêté injustement sur Tordre de l'évêque Jean de Savoie. Les Conseils, invoquant les franchises, protestèrent en vain ; l'émeute menaçait. L'évêque prit le parti de quitter la ville ; le Conseil épiscopal fit alors libérer Vandel. Syndic 1518. Il refusa d'être commissaire de l'évêque, avec charge de juger Philibert Berthelier (août 1518), et en 1519 s'opposa à la négociation de la combourgeoisie avec Fribourg. En 1521, il figure parmi les eidguenots qui déclarèrent faire la paix avec les mamelus. De nouveau syndic en 1523, il mourut, en charge le 29 oct. Souche de la branche aînée. — RC — F. Bonivard : Chroniques II, 34. — 3. Pierre, dit le jeune, frère du n° 2, souche delà branche cadette. —

4. Robert , fils du n° 2, notaire. Il joua un rôle de tout premier plan dans la période troublée de 1525 à 1532. Il fut un des trois eidguenots qui osèrent faire une protestation notariée (30 déc. 1525), contre les décisions du Conseil des hallebardes. Au Conseil général du 4 l'évr. 1526, il dirigea le parti qui annula les articles ducaux de sepl embre I 5 1 9 et qui choisit Jean Philippe, un des fugitifs, comme syndic. A partir de ce moment, il fut membre du l'ehi Conseil. Secrétaire de l'évêque, il aurait, d'après Bonivard, gagné Pierre de la Baume en faveur de la \ ille et obtenu de lui qu'il ne s'opposât pas sérieusement à la combourgeoisie. L'évêque eut confiance en lui jusqu'en I 528 ; il l'envoya, entre autres, à Berne pour obtenir une alliance personnelle avec Berne et Fribourg (1527). Lors de l'affaire Cartelier, il assura en quelque sorte la liaison entre Pierre de la Baume ei les Conseils. A partir de 1526, il fut une vingtaine de fois ambassadeur île la ville auprès des Suisses, à la Diète de Lucerne 1526, à Berne et à Fribourg, et à diverses journées, notamment à celles de Payerne où se discuta la question du \ idomnat. Il fut parfois en opposition avec Besançon Hugues, surtout en juillet. 1527, lorsque les chanoines furent libérés. Le 23 avril 1528, il arracha publiquement la leltre du secrétaire épiscopal fixée aux portes de Saint-Pierre, qui défendait aux syndics de rendre la justice civile. Secrétaire de la ville 1530, -îxclu du Conseil 1531. Robert Vandel fut peut-être le chef de la communauté réformée naissante, -f- 13 déc. 1532. RC. — F. Bonivard : Chroniques. — Balard : Journal, dans MDG X. -- J.-A. Galiffe : Matériaux I] J.-B. Galiffe : Besançon Hugues, dans MDG XL — Ed. Favre : Coinhuuiue"is. — II. Naef : Fribourg nu set ours de Gent ui Ch. Borgeaud La conquêti ligieuse de Genève, dans Guillaume Farel, 1930.

5. Pierre, fils du n° 2, * vers 1507, f vers 1567, eidguenot. Châtelain des terres du chapitre 1537, du Conseil des Soixante 1539. Fut un des premiers réformés e1 parmi les iconoclastes de Saint-Pierre en 1535. En 1537. il fomenta une cabale pour le rétablissement de la charge de capitaine-général. Lors de l'affaire des «articulants ou <• artichauts », il lut délégué à Berne (1539

d 1540) el à la marche de Lausanne (1540). Du Pe-

tit Conseil 1540 ; fut chargé, la même année, d'une mission auprès du président français du sénat de Savoie pour obtenir la restitution du mandement de Thiez. Membre de la commission chargée de rédiger les édits civils et politiques (1541); procureur général 1549, auditeur 1553. Vandel était un des intimes d'Ami Perrin. Il négocia à Berne le renouvellement de l'alliance (1548) el tâcha de faire entrer Genève dans l'alliance générale des Ligues (1550). A l'intérieur, il lutta contre l'influence grandissante de Calvin et des réfugiés lia mais. Lors du revirement contre le régime perriniste, il se trouva impliqué dans la sédition du 16 mai 1555 : il quitta Genève et se retira dans sa terre de Saconnexdelà-d'Arve, dont il était seigneur. Fut condamné à mort par contumace (août 1555). Il resta un des chefs des « Esgrenez » et intrigua à Berne contre Genève. — RC.

— F. Bonivard : Ancienne et nouvelle police. — ■ Ch. Borgeaud dans Guillaume Farel. — Calvini Opéra. — E. Doumergue : Jean Calvin VI et VIL — F. de Crue : Le complot des fugitifs en 1563 dans MDG XX.— 6. Ht gués, fils du n° 2, eidguenot et réformé, joua un grand rôle comme négociateur à Berne et à Fribourg et dans d'autres cantons (Bàle) à partir de 1529. Sa correspondance au Conseil de Genève ou à son frère Robert est une source importante. Il finit par s'établir à Berne dont il devint bourgeois. Seigneur de Saconnex-delà-d'Arve (dit parfois Saconnex - Vandel) 1544. f avant 1551 Sa veuve céda cette seigneurie au n° 5. — Voir de Foras : Armoriai de Savoie, art. Montchenu-Ternier. — 7. Claude, fils du n° 4, * vers 1517, f 28 juin 1563. châtelain de Peney 1547-1549, auditeur 1550, du Petit Conseil 1553-1556. Du parti d'Ami Perrin dont il était beau-frère. — 8. Jean, de la branche cadette. * vers 1542, capitaine 1591 ; fait prisonnier par les Savoyards en 1592. Directeur de la prison 1595-1601. Tué à l'Escalade le 12 déc. 1602. — L. Dufour-Vernes : Les défenseurs de Genève à l'Escalade dans MDG XXVIII.

— Voir en général : J.-A. Gautier : Histoire de Genève. ■ — J.-A. Galiffe : Not. gén. I (incomplet). — H.

lteonna : Le noble jeu île l'arbalète, dans Geutien IX. —

R. Campiche : Généalogie mns. — Le nom de Vandel a été popularisé par deux romans historiques : Ceux de Genève, par Du Bois-Melly, et Nicolle Vandel, Genève 1530-1534, par L. Hautesource (voir article TlSSOT- Cerutti). [h. G.]

VANDŒUVRES (C. Genève, Rive gauche. V. DGS). Corn, et Vge comprenant Bessinge, Chougny, Crête, Miolan, Pressy. Armoiries : coupé de gueules et de sinople à la coquille d'or brochant. En 1225, Vendovre ; en 1280 et jusqu'au XVIe s., Vendovres ; étymologie probable : Vindobriga = château de Vindos. Trouvailles romaines à Vandœuvres et à Chougny, barbares à Pressy. Vandœuvres relevait du chapitre de Genève qui y avait tous droits et toute juridiction, mais son territoire comprenail ('■gaiement les fiefs de Bessinge et de Pressy, une partie de ceux de Cholex et de Gaillard. C'est à Vandœuvres que le châtelain du chapitre tenait sa cour de justice. En 1321 eut lieu aux environs un vif combat entre le comte de Genevois et le comte de Savoie. Vandœuvres était une paroisse du décanat d'Annemasse. Son église, très ancienne, a une tour dalant probablement du XIIIe s. La paroisse de Cologny fui annexée à celle de Vandœuvres de 1406 à 1726. Après la Réforme, Vandœuvres comme terre de chapil re el malgré des tentatives périodiques de la Savoie, fit partie, en fait, de la seigneurie, pour devenir genevoise définitivement en 1754. Un châtelain y rendait la juslice, comme avant la Réforme, mais en 1755 le territoire lui rattaché a la châtellenie de Jussy et la justice fut rendue alterna I ivement à Jussy et à Vandœuvres. En 1785, on frappa à Vandœuvres quelques monnaies de billon. Jean de Millier, précepteur à Bessinge, y écrn il . en 1772, les premières pages de son Histoire de la Suissi Lors de l'annexion, Vandœuvres devint une commune par la loi du 8 fructidor an VI (25 aoûl 1798) ; elle avail alors 548 habitants. En 1816, on lui annexa le territoire

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