‹ Dictionnaire historique & biographique de la Suisse (volume 3)Chapitre 77 sur 213 · VITICULTURE · texte numérisé non relu

VITICULTURE

Helvétie date de L'époque romaine. Les trouvailles archéologiques fail es en Suisse occidentale, sur les bords du Léman e1 au pied du Jura, tendent à démontrer

la persistance de la culture de la vigne depuis l'occupation romaine. La première mention certaine de cette culture date de l'an 516. Au VIe s., la loi burgonde, dite loi Gombette, contient de nombreuses dispositions qui protègent la culture de la vigne et l'entourent d'un grand respect. En Suisse alémannique, par contre, les documents historiques sont étrangement silencieux et ne font jamais mention de la vigne avant l'époque de Charlemagne. Il est vraisemblable, pourtant, que durant la longue période troublée qui a succédé à la paix romaine, la vigne s'est maintenue el même développée dans ces contrées, car des actes de Fan 850 signalent des vignobles déjà importants sur les rives suisses du Rhin et du Bodan, el en I 150, sur les bords du lac de Zurich. L'aire de la vigne s'est considérablement accrue dans les siècles suivants, le long de tous les affluents suisses du Rhin. Puis, lorsque la régression du vignoble eut commencé, la vigne disparut de nombreuses localités ; seuls les noms de ces endroits ont subsisté comme témoins de l'expansion antérieure de cette culture (Weinberg, Weingarten, Weinfelden, Weiningen).

Du IXe au XIe s., les vignobles romands ont sensiblement augmenté de superficie et. se sont établis peu à peu sur tous les emplacements oit ils ont persisté jusqu'ici : vallée du Rhône, coteaux du Léman, des lacs de Neuliàhl el Bienne, vallées de l'Orbe et de la Broyé, Vully. Dans chacune de ces régions viticoles, la fondation de nombreuses abbayes et couvents, par des religieux de Bourgogne, a imprimé à la viticulture un grand développement, sous l'impulsion des moines de Saint-Maurice, Romainmôtier, Payerne, Lutry, Montheron. spécialement en des localités rocailleuses peu propices à d'autres cultures, comme la côte du Dézaley (abbaye de Haut-Crêt). Jusqu'au milieu du XIXe s., la vigne n'a cessé d'étendre son domaine à la faveur d'une consommai nui locale du vin croissante et de l'absence de relations commerciales importantes avec les vignobles étrangers. La vigne était alors cultivée jusqu'à une altitude très élevée (800-900 m.) et atteignait vers 1850 environ, sa plus grande extension. Dès lors, la superficie viticole suisse a continuellement diminué. En 1877, on l'cstimaU encore a 36 000 hectares. En 1905, elle n'était plus que de 25 000 ha, en 1921, de 18 000 ha, pour tomber à 13 500 ha, en 1929. Dans l'espace d'un demi-siècle, près des trois quarts (73 °„) du vignoble suisse a donc disparu. Cette régression est tout spécialement sensible dans la Suisse du Xord-Est et dans les régions élevées de la Suisse romande ; le recul de la vigne est très marqué (78-95% de la superficie viticole) dans les cantons alémanniques, autrefois très viticoles, de Zurich. Saint-Gall, Argovie, Thurgovie, Schaffhouse. I es cantons romands et le Tessin ont perdu également du 30 au 60% de leurs vignobles. Seul le canton du Valais fait exception, puisqu'il accuse une sérieuse augmentation de sa surface viticole, accrue de 170%, ce qui compense quelque peu le déficit national.

Les causes de cette régression sont très diverses : la diminution de la main-d'œuvre viticole et agricole, conséquence du développement industriel de la seconde moitié du XIXe s., a enlevé des milliers de bras à la culture du sol ; l'extension imprévue et irrésistible du périmètre urbain de la plupart de nos principales cités a fait disparaître de nombreux vignobles : la construction d'un important réseau de chemins de fer et le percement des tunnels alpins ont établi des relations économiques de plus en plus intenses avec les régions méditerranéennes. Il s'en est suivi très rapidement une importation croissante de vins étrangers, plus doux que beaucoup de nos vins indigènes. L'importation encore négligeable en 1850 (Vln de la production suisse) a atteint, en 1913, un chiffre sept fois plus élevé, passant de 2 00 ni. à 1 400 000 ni. En regard de cet accroissement d'importation, la production indigène a reculé de

: U 10 ni. en 1900 à une moyenne de 600 000 hl. de

Le climat tempéré-froid de la Sm^. située à la limite septentrionale de la culture de la vigne, a rendu cette

culture difficile el onéreuse dans mainls vignobles, dont la production quantitative et qualitative apparaissait des plus irrégulières. Le défaut de rentabilité de ces vignobles a causé leur disparition graduelle, les vins obtenus à grand'peine ne pouvant soutenir économiquement la concurrence des vins importés. Le désavantage du climat, le déficit de main-d'œuvre et la concurrence commercial!! n'auraienl pas suffi à eux seuls à provoquer la régression si rapide et si étendue du vignoble suisse, -i dans le même temps n'étaient apparues d'autres causes de diminution : les maladies cryptogamiques de la vigne, oïdium et mildiou. L'extension de ces cryptogames, très vite généralisée à tout le vignoble suisse, a eu pour effet immédiat d'élever considérablement les frais <|,. cuit ures par l'emploi indispensable, chaque année, de produits chimiques tels que le soufre contre l'oïdium, et surtout les bouillies au sulfate de cuivre contre le mildiou. Cette augmentation des frais généraux du producteur a eu pour conséquence la disparition des vignobles en situations défavorables et à petits rendements. Puis un insecte, le phylloxéra, venant de France, où il avait ruiné la presque totalité des vignes du .Midi, est apparu à l'Ouest de la Suisse et a contamine de proche en proche, pendant le dernier quart du XIXe s., tout le vignoble suisse, dans sa marche lente, mais inexorable mis l'Est. L'anéantissement définitif du vignoble attaqué par le phylloxéra, sans égard à la situation, ni au climat, a forcé la Confédération et les cantons à intervenir immédiatement pour sauver la viticulture d'une ruine inévitable, en créant des instituts de recherches et d'expérimentations (stations viticoles de Lausanne. Wâdenswil, Auvernier). Sous l'impulsion et la direction de ces institutions nouvelles, les procédés de défense culturale pratiqués à l'étranger ont été vulgarisés et mis au point pour les besoins de notre pays : traitement au sulfure de carbone pour la destruction de l'insecte dans les foyers localisés et reconstitution ultérieure, au moyen de plants résistants au phylloxéra, des vignobles trop largement contaminés. La reconstitution ne pouvait être réalisée qu'à laide de plants racines insensibles aux attaques du parasite : l'observation ayant démontré que les variétés de vignes sauvages, dites américaines, s'accommodaient, sans en souffrir, du voisinage de l'insecte, alors que tous les cépages européens succombaient rapidement, le principe de la reconstitution a consisté dans le greffage des variétés indigène- gui porte-greffes américains résistants. Avant la réussite définitive de la reconstitution, la sensibilité particulière de, divers porte-greffes à la teneur en calcaire assimilable, extrêmement variable, des sols de nos vignoble-, a nécessité de nombreux essais.

La reconstitution a débuté dans les cantons romands, le- premiers et les plus largement atteints par le phylloxéra, et s'est poursuivie avec énergie sur tout le reste du vignoble suisse. Ce fut une œuvre de longue haleine : les problèmes qu'elle posait ont été' résolus par les organisations expérimentales compétentes et le phylloxéra, en tant que cause de régression du vignoble, peut elre considéré comme vaincu. En outre, la sélection des cépages, apportant à la vigne résistance aux maladies cryptogamiques et productivité, a permis d'augmenter le rendement quantitatif : des améliorations foncières très importantes dans tous les vignobles (chemins de dévestiture, remaniements parcellaires, adduction d'eau, protection contre l'érosion naturelle et plantation à grands écartements) permettront, en abaissant graduellement le coût de production du vin. de lutter contre la concurrence des vins étranger-. Enfin l'introduction, dans la reconstitution, des cépages hybrides dits producteurs directs (P-D) rouges, greffés sur porte-greffes éprouvés, permettra la production de vins rouges de table indigènes, comparables aux vins rouges étrangers de grande consommation et diminuera graduellement l'importation de ceux-ci. au profit de la viticulture du pays.

Nos coteaux produisent des vins qui se distinguent par leur finesse, leur délicatesse, leur parfum et leur bouquet. Le climat de la Suisse romande coin ienl mieux à la vigne que le régime climatique du .Nord de la Suisse. Le climat un peu froid et humide du bassin du Rhin

VITODURANUS

exige des cépages résistants et précoces tels qui' les Riesling, Ftiesling-Sylvaner, Sylvaner, Elbling, Ràusc.hling, < 1 • > 1 1 1 sont principalement formés les vignobles des cantons suisses allemands.

Le vignoble romand est beaucoup plus homogène : le cépage essentiellement cultivé pour le vin blanc est le Chasselas tendant. Les vins rouges son! produits par diverses variétés du Pinot de Bourgogne (Cortaillod, Salvagnin, Dôle), beaucoup moins répandues que jadis. Le vignoble valaisan frappe par la variété des cépages que l'on y cultive. Le Chasselas fendant est le principal cépage produisant les vins blancs de grand commerce ; on rencontre à côté du fendant plusieurs cépages d'origine inconnue, ou introduits par des militaires rentrant du service étranger, donnant des vins très alcooliques, à parfum et bouquet très marqués. Tels sont : PArvine, la Rèze. l'Humagne, l'Amigne, la Malvoisie, le Rhin, le Muscat et l'Hermitage. Comme cépage rouge, le Pinot de Bourgogne ou Dôle est encore assez répandu pour donner lieu à un commerce important. Le vignoble tessinois occupe une place à part dans la viticulture suisse, par sa production presque exclusive de vins rouges : on y cultive certains cépages rouges, vinifiés sous le nom général de Nostrano (Merlot, Fresia, Bondola). donnant des vins équilibrés et alcooliques. La culture du Chasselas y est très limitée.

Pour lutter contre les effets de la concurrence du vin étranger et améliorer sa situation intérieure, la produciinn vinicole suisse a perfectionné son organisation : de nombreuses associations vinicoles se sont fondées, pour la vinification en commun, et dans quelques vignobles les producteurs se sont groupés pour créer des caves coopératives, vinifiant les récoltes de plusieurs centaines de membres. Dans les installations de ces divers groupements, une rationalisation bien comprise du matériel et des méthodes de travail a permis d'abaisser le coûl de production du vin, et surtout d'en améliorer la qualité par une vinification irréprochable. Sur le terrain commercial, plusieurs offices de propagande, entretenus par les subsides des producteurs et de l'État, ont pris pour tâche de faire progresser la consommation des vins indigènes, en faisant mieux connaître aux consommateurs suisses les nombreux crus, bien vinifiés, que produisent nos vignobles. [G. -A. Piguet.]

VITODURANUS. Voir JOHANNES von Winter-

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