CHATEAUNEUF
Sainte-Croix. V. DGS). Hameau où se trouvait le château de Sainte-Croix, construit par Pierre de Grandson après que la terre de Sainte-Croix eut été détachée en 1317 de celle de Champvent. Ses ruines étaient encore debout au début du XIXe siècle, et les vestiges trouvés tout autour font présumer qu'il a subi un siège, cause sans doute de sa destruction, peut-être en 1475. — Voir DHV. [M. R.]
CHÂTEAU-BLANC (C. Genève, Rive gauche, Corn. Thônex. V. DGS, sous Villette). Fief et château à Villette qui fut pris le 16 juin 1305 par le comte de Genevois, et saccagé par les Genevois en février 1536. Le fief de Château-Blanc, qui appartenait aux de Villette passa à la fin du XVIe s. au comté de Rossillon. Les Rossillon élevèrent une nouvelle demeure seigneuriale au Château-Blanc, qui fut démolie après 1851 pour faire place à une maison de campagne dite le Parc. — Voir RG. — Arch. de Genève : Fief Bernex ; R. C. — Gaudy-Le Fort : Promenades histor. II, 59. [P.-E. M.l
CHÂTEAU-DES-BOIS (C. Genève, Rive droite, Com. Satigny. V. DGS). Domaine rural avec maison d'habitation dont l'origine remonte à Jean Turrettini, qui obtint de la République (14 juin 1631) la création de la terre et seigneurie de Turrettin, détachée du mandement de Peney, avec haute, moyenne et basse juridiction. Il y construisit un château, désigné en 1685 comme « maison haute », qui a été entièrement modernisé au milieu du XIXe s. Le domaine est resté jusqu'en 1846 la propriété de la famille Turrettini ; il a passé dès lors par héritage aux familles Sarasin, puis van Berchem. — Voir C. Martin : La Maison de ville de Genève, dans MDG III, 4°, p. 81. [V. v. B.]
CHÂTEAU-D'ŒX (en allemand Œsch) (C. Vaud, D. Pays d'Enhaut. V. DGS). Commune et chef-lieu de district. Anciennes formes : Oiz en 1115 ; Heiz en 1271 ; Oez en 1285 ; Oyes en 1438. Comme les expressions Ogoz et Uechtland, dérive d'un mot celtique signifiant en haut. Lenomd'Œx apparaît pour la première fois dans la Pancarte de 1115, par laquelle l'évèque de Lausanne constate la donation faite, entre 1073 et 1085, par le comte de Gruyère de l'église d'Œx, de son avouerie et d'une partie de la vallée au prieuré de Rougemont ; on y mentionne que les estivages supérieurs étaient déjà habités, ce qui suppose une colonisation de la vallée déjà ancienne. La plus ancienne agglomération est la Villa d'Œx, qui est encore le centre de la localité et a toujours possédé l'église paroissiale. La seconde est le castrum. Il faut entendre par là une enceinte fortifiée, que les érudits locaux placent avec, raison près du hameau de Pré, sur la colline rocheuse dite du Château Cottier, où l'on voit des ruines d'édifices et où l'on a trouvé en 1877 des poutres carbonisées et une catelle portant la grue. Une famille May or, qui habitait le castrum en 1328 et y possédait plusieurs maisons, paraît avoir tiré son nom de l'office de mayor, devenu héréditaire, qu'a remplacé celui du châtelain dans la seconde moitié du XIIIe s. Peut-être était-elle l'héritier d'un vidomne Recho de Villars cité en 1185. Le château lui-même est mentionné pour la première fois en 1255 ; le comte Rodolphe de Gruyère reconnaît à cette date le tenir de Pierre de Savoie. En 1336, Jean de Gruyère, sire de Montsalvens, le donne à ses neveux Rodolphe et Jean, en s'en réservant l'usufruit. En 1407, Louis de Jenville, vice-gouverneur de Gruyère pour le comte Antoine, ayant voulu faire annuler un traité de combourgeoisie que le Gessenay venait de contracter avec Berne, une guerre s'ensuivit. Le chroniqueur Justinger dit que les Bernois s'emparèrent du château d'Œx et en déposèrent les clefs au château de Thoune. La population semble l'avoir abandonné après les événements de 1406 pour se réfugier soit au hameau de Pré, soit à la villa d'Œx. En 1328, un homme est dit libre quand il habite le château, taillable lorsqu'il est au mont. En 1388, le comte affranchit les gens de Château-d'Œx de la main morte, moyennant payement de 1600 fl. Les habitants bénéficiaient du coutumier de Moudon ; pour échapper à la dîme, ils cultivaient la fève, d'où leur surnom de favotains. En 1341 déjà, Pierre de Gruyère avait déjà renoncé, pour 1000 lb. lausannoises, à tous ses droits
utiles, ne réservant que la chevauchée et la juridiction. Le comte de Gruyère s'était tout d'abord fait représenter dans la vallée d'Œx par un vidomne, semble-t-il, puis par un mayor et enfin par un châtelain. Aux termes d'une sentence arbitrale bernoise de 1528, celui-ci devait être gruyérien. S'il ne résidait pas, il devait être remplacé par un lieutenant, bourgeois de Châteaud'Œx. Le curé d'Œx avait, en 1438, pleine autorité sur les maisons allant de la Motte au milieu du village sans que leurs habitants fussent tenus à redevances au comte. Registre de baptêmes dès 1572, de mariages dès 1571, de décès dès 1708.
Les gens de Château-d'Œx prirent part, en 1475, avec les Gruyériens et les Bernois, à la conquête du mandement d'Aigle ; l'année suivante, au fort de la guerre de Bourgogne, ils allèrent piller le Châtelard sur Montreux, incendier La Tour-de-Peilz et piller Lausanne. En 1502, ils marchèrent avec les Bernois au secours de Genève, menacée par les gentilshommes de la Cuiller. En 1555, à la suite de la débâcle du comte Michel, ils devinrent sujets de Berne qui leur imposa de force la Réforme. Ils résistèrent longtemps avec énergie, mais en 1798, ils furent aussi parmi les derniers qui renoncèrent au régime bernois. L'église paroissiale, dédiée à saint Donat, se trouvait primitivement au Chêne, où un acte de 1524 mentionne un « ancien cimetière ». L'église actuelle a été édifiée sur la Motte, en remplacement d'une tour désaffectée à la suite d'une guerre entre le comte de Gruyère et le seigneur de Corbières. La tour a été transformée en clocher ; on y a adossé un chœur voûté et une nef plafonnée. Devant le château était une chapelle de saint Jean-Baptiste, mentionnée de 1504 à 1522. Un incendie détruisit, en 1800, 42 maisons avec leurs granges et 27 boutiques. Un collège, l'Institut Henchoz, a été ouvert en 1850 à Château-d'Œx avec une dotation privée. Château-d'Œx a donné plusieurs personnages marquants : Pierre Geneyne (1690-1775) ; Jean-Georges, son fils (1725-1805) ; David Morier (1746-1800), et ses fils James (1780-1848) et David- Richard. — Voir DHV. — Hisely : Comté de Gruyère.
— Gauty : Château-d'Œx. — /Ebischer : La Pancarte de Rougemont, dans RHV 1920. — Reymond : L'église de Ch. d'Œx, dans L'Écho vaudois 1920. [M. Reymond.]
CHÂTEAU DU BOIS (C. Fribourg, D. Sarine; Com. Belfaux.V. DGS). Maison construite au XVIIIe s., au lieu dit « Au Bois » ; elle appartenait alors à la famille Gady, puis passa en diverses mains et fut possédée par le Pensionnat de Fribourg pendant une dixaine d'années. Après le départ des Jésuites et la fermeture du Pensionnat à la suite du Sonderbund, cette propriété fut acquise par la famille de Reyff qui la posséda jusqu'en 1907. A cette date, la section fribourgeoise de l'Oeuvre catholique suisse de relèvement moral y installa un asile appelé Refuge de Belfaux « Villa des Bois ».
— Voir A. Rœmy de Bertigny : Souvenirs de Fribourg, 2 livr. — Livre d'or des élèves du Pensionnat de Fribourg. —Archives de l'État de Fribourg. [G. Corpataux.]
CHATEAUNEUF, de. Ancienne famille genevoise qui s'illustra dès le XIVe s. Armes: de sable au mur de château oblong sans créneaux, portes ni fenêtres, sommé de trois tours crénelées, celle du milieu plus élevée, ajourées, chacune de deux fenêtres ; le tout d'argent maçonné de sable, sur terrasse de sinople. Parmi les membres les plus marquants de cette famille citons : 1. Claude, syndic, 1495, député au duc de Savoie pour le rétablissement des foires. — 2. Aimé, docteur en médecine, syndic en 1611. — Le S KL cite plusieurs orfèvres et fonctionnaires de la monnaie genevoise du nom de Châteauneuf. Sur le territoire de Neydens, autrefois genevois, François de Châteauneuf, f 1593, posséda un fief qui porta son nom. — Voir Arch. de Genève. — Galiffe : Not. Gén. I, 490. — Arm. gen.[C. R.]
CHATEAUNEUF, François de. Résident de France à Genève, accrédité le 25 avril 1792 par Louis XVI. Le 27 septembre, il protesta contre l'entrée des troupes bernoises à Genève après l'entrée de l'armée de Montesquiou en Savoie ; il quitta la ville le 3 octobre. Châteauneuf revint à Genève le 27 octobre, Montesquiou ayant par le traité de Carouge (22 octobre) obtenu le retrait des Bernois. Il fut rappelé le 3
CHATEAUVIEUX
CHATEAUX
août 1793. — Voir Sordet : Hist. des résidents de France à Genève. — Correspondance du général Montesquiou. — ASHR. — Kaulek : Papiers de Barthélémy. — Marg. Cramer : Genève et les Suisses. — H. Fazy : Genève de 1788-1792. — Galiffe : D'un siècle à l'autre. — M. Peter : Genève et la Révolution. [A. R.]
CHATEAUVIEUX (C. Valais, D. et Com. Monthey). Nom conservé à un promontoire qui domine au Sud le débouché de la Viège et le bourg de Monthey. Il n'en reste plus de traces. Ce promontoire a été coupé en 1726 par une tranchée destinée à redresser et endiguer le cours de la Vièze qui ne cessait d'inquiéter la bourgade. Il n'en subsiste plus, de ce côté, qu'un mamelon sablonneux. Quant au nom même de Châteauvieux, il reste attribué au premier gradin du plateau d'Outre- Vièze (rive droite). — Voir Alfred Comtesse dans : Annales valaisannes, 1920. [L. C]
CHATEAUVIEUX. Régiment suisse au service de France, soit régiment Lullin de Châteauvieux. Le 30 mars 1783, le maréchal de camp Jacques-André Lullin de Châteauvieux reçut en qualité de colonel-propriétaire le commandement du régiment suisse d'Aubonne, créé en 1677 sous le nom de Stuppa et revêtu entre temps de 11 propriétaires et noms successifs. Le régiment de Châteauvieux tint garnison à Briançon puis, de 1784 à 1788 en Corse ; de 1788 à 1789 il cantonne à Nantes, Nancy, Orléans, Paris (mai 1789) d'où il regagne Nancy en août 1789 ; ce fut dans cette ville que, cédant à l'indiscipline croissante et à l'exemple des régiments français, il fut agité par des réclamations de soldes qui aboutirent à une rébellion à main armée, le 31 août 1790 en l'absence du colonel de Châteauvieux, contre les troupes du marquis de Bouille. 294 Suisses prirent part à cette affaire, de concert avec les mutins français ; 138 furent faits prisonniers et jugés le 4 septembre par le conseil de guerre des régiments de Castella et de Vigier ; le plus coupable fut roué vif ; 22 furent pendus ; 41 condamnés aux galères. Malgré le refus des cantons suisses, l'assemblée nationale amnistia le 31 décembre 1791 les condamnés, qui, au nombre de 40 et coiffés du bonnet rouge des galériens, reçurent le 9 avril 1792 les honneurs de la séance et furent promenés dans Paris le 15 avril lors de la première fête de la Liberté. Les autres troupe: du Régiment ayant fait leur soumission restèrent fidèles à la royauté ; en exécution des règlements du 1er janvier 1791, Châteauvieux devint le 76me d'Infanterie ; il passa de Nancy à Bitche ; après le 10 août 1792, il décida en bloc, officiers et soldats, de quitter le service et la France et fut licencié avec les autres régiments suisses le 20 août 1792. Dès 1786, l'uniforme de Châteauvieux était l'habit rouge avec le collet jaune. — Voir du Fresnel : Un régiment à travers l'histoire. Le 76me, p. 339-390. — Hanoteau et Bonnot : Bibliographie des historiques des régiments français. — Grenus : Glanures, p. 46-50. — Bivoire : Bibliographie n° 3758. [Paul-E Martin.]
CHÂTEAUVIEUX. Fief et seigneurie de l'ancien territoire genevois de la mouvance de l'évêque, puis de la Bépublique de Genève, à cause du château de Peney. Le nom de Châteauvieux aurait comme origine le vieux château de la Corbière (Com. Challex, Ain), ou plus probablement la famille des de Duyn, seigneurs de Châteauvieux de Duyn. En 1575 fut inféodée à Jean Bernard, syndic de Genève, sous le nom de seigneurie de Châteauvieux, la juridiction sur les quatre villages de Challex, Dardagny, Malval et Bussin. Ce domaine faisait partie des fiefs tenus en 1298 par André de la Corbière, Bodolphe et Michaud de Livron, et qui passèrent dès lors en de nombreuses mains. Dès 1650 Ami Favre, syndic de Genève, réunit la totalité de ce complexe féodal, appelé seigneurie de Châteauvieux aux XVIe et XVIIe s., droits et juridiction, dits de Dardagny, Confignon, Challex, etc. En 1685, les Lullin succèdent aux Favre. Charles Lullin garde pour lui la seigneurie de Châteauvieux et Confignon après le traité du 15 août 1749. Son petit-fils, Jacques-André Lullin de Châteauvieux, fut créé marquis par Louis XVI en mai 1785. La seigneurie de Dardagny, appelée aussi de Châteauvieux, Confignon, Bruel, etc., fut acquise par Genève le 16 juillet 1795. — Voir Regeste gen. p. 47. — Galiffe :
Genève historique, suppl. p. 155. — Galiffe : Not. gên. IV, 2e éd. — Arch. d'Etat Genève : Fiefs, Châteauvieux; Tableau de succession des fiefs de Châteauvieux-Dardagny établi par le commissaire Dupraz, en 1785. [P.-E.M.]
CHÂTEAUX. Le nombre et l'importance des châteaux-forts qui se dressent encore aujourd'hui sur le sol suisse ou qui le parsèment à l'état de ruines plus ou moins bien conservées, mettent notre pays au premier plan pour l'étude de ces fortifications spéciales au moyen âge. Nous nous attacherons dans cette courte étude au château-fort proprement dit, négligeant le château moderne, maison de plaisance située à la campagne, qui ne possède aucun caractère militaire. La période des châteaux-forts s'étend à peu près du Xe au XVIe s. ; ils naissent avec l'apparition du régime féodal et cessent de jouer un rôle lorsque le développement des armes à feu rend leur valeur défensive illusoire.
Un château est essentiellement le siège fortifié d'un propriétaire terrien. Bien n'est plus controversé que la question de l'origine de ces demeures qui sont en même temps des forteresses. Certains érudits ont cru devoir rattacher cette origine aux castels ou aux tours de guet romains, mais il paraît bien qu'il n'y a là qu'une similitude de nom et que les prétendues tours romaines de la tradition populaire ne remontent pas au delà du Xe s. Quelques-uns des châteaux du moyen âge ont été, il est vrai, notamment dans la Suisse septentrionale, élevés sur des soubassements romains, et le nom de Kastel, Kastelen, Kastelberg qu'ils portent quelquefois tendrait peut-être à prouver leur filiation antique. Mais ce n'est là qu'une exception (l'exemple le plus probant est constitué par la ruine de Kastel en Thurgovie, qui s'élève non loin du château moderne actuel), et l'hypothèse de l'origine purement romaine est à peu près complètement abandonnée aujourd'hui. Plus séduisante est la théorie qui les fait dériver des fortifications de terre et de palissades des peuples germains envahisseurs de l'Empire, qu'ils auraient remplacées au moment où l'on se remit à bâtir en pierre. Quoi qu'il en soit, c'est à l'époque où l'insécurité générale, suite de la faiblesse et de la décomposition de la monarchie carolingienne ainsi que des incursions normandes et sarrazines, rendit leur rôle nécessaire, qu'ils apparaissent un peu partout à la fois. Là où se trouvaient de vieilles murailles, restes de castra, de castella ou de speculae romains, il n'est rien d'étonnant à ce qu'on les ait utilisées. C'est ainsi que la tour d'Uetelenberg près de Zurich possède un noyau de maçonnerie antique.
La répartition des châteaux sur le territoire de la Suisse actuelle est assez inégale. Il semble bien qu'au début on les ait élevés de préférence non loin des grandes routes qu'ils étaient destinés à couvrir et à protéger. Au Xe s., les voies romaines étaient encore en usage, et c'est précisément dans leur voisinage que nous voyons se dresser les châteaux les plus remarquables par leurs dimensions et leur force. Le long de la voie allant en Italie par le Grand-Saint-Bernard, ils se suivent à intervalles presque réguliers et se multiplient là où par leur configuration naturelle les passages sont le plus faciles à défendre : dans les défilés du Jura d'une part et le long de l'Aar d'autre part, au bord du lac Léman et dans le Valais. Dans le canton des Grisons, où convergent quatre voies alpestres très fréquentées venant des cols du Bernardin, du Splugen, du Julier et de l'Albula, le nombre vraiment extraordinaire des châteaux (environ 140) témoigne de leur destination primitive. La route du Gothard, qui, comme on sait, ne fut ouverte que très tard, est relativement pauvre en châteaux : ceux qui couronnent Bellinzone montrent, avec toute l'évidence possible que le but de leurs constructeurs était de barrer le grand chemin. Les gués ou autres passages fluviaux étaient également couverts par des postes fortifiés. Quelques-uns de ces châteaux de routes sont même devenus par la suite des résidences princières : Lenzbourg, Kibourg, Berthoud, Neuchâtel et Chillon entrent dans cette catégorie.
La plupart des châteaux suisses se dressent sur des mamelons, des collines abruptes et même des rochers escarpés ; quelques-uns cependant, comme par exemple Hallvvyl, empruntent leur valeur militaire à l'eau qui
CHATEAUX
CHATEAUX
les entoure de toutes parts. Un encore habités de nos jours, soit soit par les autorités cantonales
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Type de château du XIIIe s. Château de Chillou vers D'après une gravure sur acier de A. Kesca.
sont devenus des établissements d'utilité publique. Tous ces édifices ont été plus ou moins transformés par l'adjonction de nouveaux bâtiments ou la démolition de parties devenues inutiles, quelques-uns cependant sont presque restés dans leur état primitif. Les châteaux abandonnés et tombés en ruines forment en tout cas la grande majorité. Ils ont été détruits soit par les villes dans leurs luttes contre la noblesse, soit par les princes qui voulaient supprimer des repaires de chevaliers pillards. C'est dans les parties du territoire où la noblesse maintint le plus longtemps sa puissance, comme par exemple dans le Pays de Vaud et en Argovie, que l'on rencontre aujourd'hui le plus grand nombre de châteaux encore debout.
La partie la plus ancienne du château est constituée par une tour carrée ou ronde, de grande hauteur et aux murs très épais, qui s'élève généralement près de l'entrée et de telle manière que l'assaillant lui présente son liane droit, c'est-à-dire celui qui n'est pas protégé par le bouclier. Cette tour est essentiellement destinée au guet et à la défense. Elle n'est pas habitable, les chambres très exiguës dont elle se compose ne recevant que très peu de lumière par d'étroites meurtrières. On y pénètre par une porte percée à la hauteur du premier étage et accessible par une échelle mobile. L'étage inférieur ne présente primitivement aucune ouverture ; on y descend par une trappe pratiquée dans le plancher de la chambre supérieure : c'est là que l'imagination populaire place les fameuses oubliettes. L'épaisseur des murs diminue à chaque étage ; ceux-ci, au nombre de trois ou de quatre, communiquent par une échelle ou un escalier de bois, ils sont séparés soit par des planchers, soit par des voûtes, mais ce dernier cas est très rare. Le sommet de la tour est constitué par une plate-forme apte à recevoir les machines de jet. Cette plate-forme crénelée est parfois recouverte d'un toit ; il est du reste à présumer que celui-ci forme une adjonction ultérieure. La forme des meurtrières a été modifiée dans la suite des temps, d'abord au moment de l'apparition Type de l'arbalète au début du XIIIe s., puis plus tard à l'époque où les armes à feu devinrent d'un usage courant. Il arrive parfois qu'en perçant des fenêtres et en pratiquant une ouverture au rez-de-chaussée de cette tour, on l'ait rendue plus ou moins habitable.
Cette tour, d'abord isolée, puis entourée de bâtiments
adjacents, porte en allemand le nom de Berchfrit, Bergfried, devenu en français beffroi. Le bâtiment que les auteurs fiançais nomment donjon, et qui semble être d'origine normande, ne correspond pas au Bergfried germanique. Le donjon proprement dit n'existe pas en Suisse, où se trouvent par contre de nombreux exemples du Bergfried. Le château de La Sarraz en présente un très caractéristique, celui de Chillon a reçu plus tard des modifications; le beffroi existe également aux châteaux de Kibourg et de Berthoud, à celui de Rapperswil et à de nombreux autres. Dans la grande majorité des cas, ces tours ont été élevées au XIe ou au XIIe s. ; il se peut que quelques-unes soient antérieures à cette époque.
Le Bergfried ne pouvant servir d'habitation, on construisit dans son voisinage immédiat un autre bâtiment, généralement moins élevé, qui contenait une salle, une cuisine et des chambres. C'est la « tour d'habitation » (ail. Wohnturm). Elle se distingue du palais ou logis proprement dit (ail. Palas) en ce sens qu'elle peut être défendue. L'entrée se trouve également à la hauteur du premier étage. Il est du reste excessivement difficile de caractériser d'une manière certaine cette partie du château, qui présente les plus grandes variétés. Il existe en effet entre le « Bergfried » simple et la tour d'habitation tous les intermédiaires possibles, et de celle-ci à la maison non défendable il y a également place pour des constructions tenant de l'une et de l'autre. Cette lour peut être couverte par le Bergfried, comme à Chillon, ou contribuer avec lui à la défense de l'entrée qu'elle flanque, comme à Berthoud ; dans la plupart des cas les deux bâtiments sont accolés, ou bien encore l'un entoure l'autre, comme la « Maison des comtes » du château de Kibourg. Souvent l'enceinte contient une troisième construction postérieure aux deux premières, qui présente l'aspect d'un palais ; c'est par exemple à Kibourg la « Maison des chevaliers », le logis du seigneur.
Beaucoup de châteaux ne se composent que d'une « Tour d'habitation », qu'il est possible dans ce cas d'assimiler au donjon normand. Ceci se produit lorsque le propriétaire-constructeur était trop peu fortuné pour se permettre le luxe de deux tours, aussi voyons-nous la plupart des habitations de la petite noblesse réduites à ce seul bâtiment. Certains grands châteaux cependant, comme ceux de Thoune, de Gruyère, de Valangin, résidences de riches familles, ont comme partie principale une très forte et très vaste tour d'habitation. Parmi les moindres, nous citerons les châteaux d'Arbon, de Môrsburg et de Greifensee. Plus on avance dans les temps modernes, et plus ce type tend à se généraliser. Le beau château de Vufflens est formé de deux tours semblables, dont l'une, la supérieure, fut élevée au début du XVe s.,
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de château du XIV s. Le château de Kibourg. D'après un dessin.
à la même époque que le château épiscopal ae Lausanne.
La salle, pièce principale du corps de bâtiment où réside le seigneur, oll're en général des dimensions assez vastes ; elle se trouve soit au premier, soit au second
CHATEAUX
CHÂTEAUX
étage, elle est éclairée par de larges fenêtres donnant sur la cour, elle est munie d'une cheminée, ainsi du reste que les autres pièces habitées. Elle est souvent ornée de peintures et même de sculptures. Elle servait aux réunions ou aux fêtes, on y rendait la justice aux habitants de la châtellenie, c'est-à-dire du territoire dépendant du château. Non loin de la salle se trouve la cuisine, reconnaissable à sa cheminée à vaste hotte et à la pierre d'évier située dans l'embrasure d'une fenêtre. Les sous-sols sont le plus souvent réservés au logement de la garnison ou servent de magasins ; les chambres sont réparties autour et au-dessus Je la salle.
La cour, plus ou moins spacieuse, où s'élèvent la tour de défense et la tour ou maison d'habitation est entourée d'un mur d'enceinte percé d'une porte d'entrée et précédé d'un fossé. Il existe des châteaux où ce mur manque (Obarjuvalta, Grisons). La muraille, très épaisse du côté où l'attaque est facile (cette épaisseur est de trois mètres au château de Kibourg) devient plus mince aux endroits où l'escarpement de la colline ou du rocher ou tout autre cause naturelle rend un assaut impossible. Parfois même, elle s'interrompt à ces endroits (Berthoud). Il arrive souvent que la tour de défense et la tour d'habitation s'appuient au mur d'enceinte et en fassent même partie intégrante, c'est la règle dans les petits châteaux. Lorsqu'un des murs de la tour d'habitation fait partie de l'enceinte, il se dresse généralement là où les obstacles naturels empêchent l'assaut de se produire : dans ce cas, la muraille peut être percée de fenêtres, sinon elle ne présente aucune ouverture. Il règne à la partie supérieure de cette muraille un chemin de ronde pris parfois dans son épaisseur ou bien élargi vers l'intérieur au moyen de poutres et de planchers ; les défenseurs circulent sur ce chemin et peuvent observer la campagne par les embrasures des créneaux. On élargit souvent le chemin de ronde en encorbellement vers l'extérieur, afin de pouvoir battre le pied de la muraille en jetant des pierres sur l'assaillant ou en versant sur lui de l'huile bouillante ou de la poix fondue ; ce dédoublement du chemin de ronde prend le nom de « hourd » lorsqu'il est construit en bois, auquel cas il peut n'être que temporaire, et de « mâchicoulis » lorsqu'il s'appuie sur des corbeaux ou des arceaux de pierre. Il semble que le mâchicoulis soit d'origine française, il se rencontre plus fréquemment dans la Suisse romande (Chillon, Lausanne, Vufflens, etc.) ; ce n'est du reste qu'à partir de la seconde moitié du XIIIe s. qu'il se généralisa. Les hourds pouvaient également être disposés au haut de la tour de défense ou de la tour d'habitation.
Le chemin de ronde ne sert pas qu'à des fins défensives ; il rend aussi les communications faciles d'une partie à l'autre du château. Il est souvent protégé par un toit aussi bien contre les intempéries que contre le jet de projectiles enflammés. Il contourne les tours du côté de la cour (Rapperswil), ou bien est interrompu par elles ; on y accède soit par des escaliers de pierre, soit par des échelles, soit directement d'une des tours. Les parties supérieures du château peuvent recevoir un supplément de valeur défensive par l'adjonction de ibretèches», qui sont des hourds ou des mâchicoulis de longueur minime. Le mur d'enceinte est souvent flanqué de tours, demi-cylindriques dans la plupart des cas (Berthoud, Chillon, Valangin), faisant saillie à l'extérieur et servant à battre le pied de la muraille et le fond du fossé. Ces tours ne datent généralement pas de la fondation du château, elles ont été élevées après coup aux XIVe et XVe s. Elles sont réservées à la partie de l'enceinte la plus exposée aux assauts ou aux attaques. Des échauguettes s'élèvent aux angles des murs.
Lorsque, comme à Chillon, la cour a été agrandie et qu'on a conservé la vieille muraille, il s'étend entre l'ancien et le nouveau mur un espace qu'on nomme les lices. Ces lices, qui se trouvent fréquemment dans les fortifications des villes, sont assez rares dans les châteaux.
Outre les deux ou l'unique grosse tour, qu'accompagne ou non une maison d'habitation ou logis, la cour contient un certain nombre d'autres bâtiments. Ce sont des magasins et des celliers, des écuries, des logements
pour les serviteurs et les soldats. La disposition de ces bâtiments, leur nombre et leur importance varient à l'infini. Il en est de même de la chapelle, dont la pré-
Type de château du XVI* a. Le château de Berthoud en 1642. D'après la Topographie de Matth. Merian.
sence n'est du reste pas constante. Cette chapelle peut être isolée dans un angle de la cour, elle est parfois située dans l'intérieur d'une des tours. Au château de Morsbourg, qui ne se compose que d'une énorme tour d'habitation, la chapelle est prise dans l'épaisseur de la muraille, tout en haut du bâtiment. A Berthoud, elle formait une partie de la salle, séparée de celle-ci par un mur de refend.
On pénétrait dans la cour par une porte percée soit dans la muraille d'enceinte, soit dans une tour spéciale. Cette porte était primitivement disposée de façon à ce que la personne entrant dans le château offrît le côté droit (non protégé) au défenseur placé sur la grosse tour, mais plus tard on n'observa plus cette règle à la lettre, surtout quand la porte fut défendue par un ouvrage spécial où l'on avait à plaisir accumulé tous les obstacles. C'était d'abord un ouvrage avancé (barbacane) élevé de l'autre côté du fossé. On franchissait celui-ci sur un pont-levis, qui en se relevant masquait l'ouverture de la porte. Celle-ci était encore fermée par une herse et des vantaux de bois épais maintenus par de fortes poutres. L'assaillant qui essayait de détruire ces différents obstacles recevait des projectiles partant de hourds ou de mâchicoulis surmontant l'ouverture et de tours qui la flanquaient. Avait-il réussi à enfoncer herse et vantaux, il se trouvait dans un étroit passage où s'ouvraient des meurtrières et des trappes permettant de continuer la défense, ou dans une avant-cour dominée par des courtines et quelquefois par la tour de défense, et il se heurtait à une seconde porte. C'est dans ces ouvrages que l'imagination des ingénieurs militaires du moyen âge s'est donné le plus libre cours. Ceux de Chillon, de Berthoud et de Kibourg présentent entre autres un intérêt tout particulier ; le second ne date du reste que du XVIe s.
Nous avons à différentes reprises parlé du fossé. Il entourait parfois tout le château, renforçant ainsi le mur d'enceinte ; mais lorsque, ce qui arrivait le plus souvent, la forteresse s'élevait sur un promontoire rattaché d'un seul côté à la colline ou au plateau, le fossé n'était creusé que de ce côté. Il pouvait dans ce cas être double (Kibourg). En avant de lui on avait délimité une seconde enceinte, la baille extérieure ou faubouig (ail. Vorburg). C'est là qu'étaient disposés les logements das vassaux et les autres dépendances du château pro-
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