ÉPOQUE ROMAINE
tations fonl particulièrement défaut. Les tumulus «lu Hallstatt sont souvent groupés et fort somptueux autant à l'extérieur qu'à l'intérieur, (i. de Bonstetten
trouva clans les tumulus d'Anet un attelage comprenant le cheval et le char ; à Gràchwil, on mit au jour un vase grec du VIIIe s. avant J.-C. Il est décoré d'une anse en forme d'Artémis ailée entourée d'animaux. Cet, objet, où l'on reconnaît l'origine méridionale, est, probablement un objet importé, et témoigne ainsi de l'existence du commerce dans la période de Hallstatt. A côté des tumulus isolés, on a retrouvé des nécropoles à Jegenstorf, dans le Birchiwald près de Lyssach, à Murzelen, Anet et Aarwangen (Zopf'en). On peut remarquer qu'elles sont groupées dans la vallée de l'Aar jusqu'au lac de Thoune. I! semble que les bâtisseurs de tumulus, encore peu connus au point de vue ethnique, n'aient pénétré ni dans l'Oberland ni dans les régions supérieures des affluents de l'Aar.
Aux premiers temps de l'âge du fer, le pays était, habité par une population dense de Celtes. Les traces d'un oppidum gaulois ont été mis à jour sur la presqu'île de Tiefenau près de Berne comprenant deux cimetières de la période de la Tène, au Schàrloch et à l'Aaregg ; un temple galloromain sur l'Engemeistergut ; enfin, des travaux de défense sur la pente Est et des remblais et des fossés à l'entrée, du côté de la ville. Près du pontrde Tiefenau, on a découvert en 1849 une quantité d'épées et de pièces de chars, ce qui suggéra l'idée que Tiefenau a été un champ de bataille. A Port, sur le canal de la Thièle, on a trouvé des épées, des pointes de lances, des haches, des faux et faucilles. Ce devait être une station de douane et un poste militaire comme à la Tène.
La région de Berne fournit la preuve de la densité de la population d'alors. On a retrouvé là et dans les environs immédiats plus de vingt sépultures comprenant souvent plusieurs tombes. Dans la vallée de l'Aar, à côté de nombreuses trouvailles isolées, on a mis au jour un cimetière de 220 tombeaux environ près de Munsingen. La vallée de la Gurbe était aussi tout entière colonisée. De là, les tombes celtiques sont disséminées sur les deux rives du lac de Thoune jusqu'à Niederried au bord du lac de Brienz. Alors que dans le Haut-Valais, on commence à en trouver beaucoup dans les hautes vallées (à Aragnon par exemple), elles manquent totalement dans les Alpes bernoises. Les trouvailles de monnaies sont fréquentes dans le canton. Une tombe d'Aaregg (Berne) a fourni une pièce d'argent massaliote. On a trouvé un certain nombre de scyphates, imitation de modèles grecs qui dégénéra bientôt chez les Celtes. Bienne, Munchenbuchsee, Uebeschi près de Thoune ont livré des monnaies d'or, Studen (Petinesca) et Berne (Tiefenau), de la monnaie de billon. La pièce à l'effigie du chef gaulois Dumnorix provient du Belpberg.
Dans le Jura, Quiquerez a attiré l'attention sur un grand nombre de fonderiesde fer. Il atrouvé d'anciennes mines et dans celle de Crémine une hache à douille datant de la dernière époque du fer. Des monnaies gauloises ont été trouvées sur le Mont Terrible et à Courroux. Des morceaux de fer découverts dans de la maçonnerie près de Porrentruy ont fait conclure à l'existence en ces lieux d'un oppidum gaulois. Dans la presqu'île occupée par la ville de Berne, l'on trouve des vestiges celtiques à la Nydeck et des stations romaines, par exemple dans les environs de l'église du Saint-Esprit, à la Taube et probablement sur la Schùtzenmatte, ce qui témoigne d'une continuité d'établissement comme dans la presqu'île de l'Erigé. — Voir J.-L. Wurstemberger: Gesch. der alten Landschaft Bern. — E. Blôsch: Die Urngebung von Bern vor Griindung der Stadt. - E. von Rodt: Die Burg Nydegg und die Griindung von Bern. [0. Tschumi.]
III. Histoire. 1. Époque romaine. On ne trouve de cimetières romains qu'à l'Enge près de Berne et peutêtre aussi à Petinesca. Ils permettent, avec les restes de bâtiments découverts, de iixer le tracé des routes romaines. Le territoire actuel du canton était parcouru pardeux tronçons de la voie militaire du Saint-Bernard au Rhin. L'un conduisait d'Avenches par le grand marais à Petinesca, castel situé sur un chaînon du Jensberg,
dont le nom celtique atteste une colonisation préromaine. On a trouvé les traces d'une population dense non seulement le long de cette voie appelée I lo<h<istnis, par le peuple, niais encore sur le Seeriicken, collinefen bordure du lac, parcourue par la route secondaire Champion Tàufielen-Port. Lors de la construction du canal de Hagneck, en 1873, on rencontra un canal de dérivation souterrain d'origine romaine dont la construction s'est effectuée au moyen de puits verticaux disposés à intervalles réguliers et qui servait à évacuer les eaux des marécages. Les noms allemands des vil- I, lires de Fenis, Vigneules, Gléresse, Locras, Ipsach, Epsach (Agies) et Cerlier indiquent non seulement une colonisation romaine, attestée par les fouilles, mais aussi le nom du propriétaire. (J. Stadelmann : Berner Ortsnamen helv.-rôm. Ursprungs, dans BT II, 1905, p. 239-242.) Dans l'île de Saint-Pierre, de nombreuses traces de l'occupation romaine ont été mises à jour. (MJV 1888, p. 207 ;AHVB XII). — Une voie secondaire conduisait d'Avenches par La Sauge et le marais de Champion au passage de la Thielle près du pont actuel, passage utilisé déjà à l'époque préromaine. Non loin était la colonie de Chules. Quittant Petinesca à l'Est, la route militaire traversait les grands villages de Dotzigen, Ruti, Arch et Leuzigen pour arriver au vicus, plus tard castrum Salodurum. Elle rejoignait là la route parallèle de la rive gauche de l'Aar desservant à partir de Port ou Brugg les grandes colonies du Buttenberg et les villas de Perlen et Longeau, un peu à l'écart de son tracé. Le second tronçon de route traversant le territoire bernois passait par le district de Niederbipp où existait une importante station sans compter les villas d'Attisvvil et de Wiedlisbach.
La région éloignée des routes militaires, le Mittelland bernois entre l'Aar et l'Emme, renferme de nombreuses traces de colonisation romaine, en particulier le Bucheggberg et la région en aval du Lyssbach, où une route et une grande colonie ont été reconnues à Rapperswil. Aux environs d'une route conduisant probablement au Forst depuis Bargen se trouvaient les établissements de Radelfingen (aqueduc) et Sâriswil ; une tuilerie existait au Hirserenholz et des pièces de céramique intéressantes ont été découvertes à Uettligen à côté de. tombes d'une époque indéterminée
Les environs de Berne étaient fortement habités Ober- et Niederwangen, Bùmpliz, Liebewil, Herzwil, Kôniz et Holligen étaient des colonies romaines. La presqu'île de l'Enge a été particulièrement explorée ; elle était déjà habitée à l'époque préromaine. Le riche cimetière du Rossfeld montre que la civilisation de l'époque de la Tène avait continué à se développer sous les Romains Les restes de la villa de la Haspelmatte dans la Schosshaldc et du four à chaux qui s'y rattachait, n'ont pas livré beaucoup d'objets.
Dans la vallée de la Gurbe, à côté de la découverte de dépôts de monnaies sur le Belpberg, à Kehrsatz et au Gurnigel, il faut mentionner la luxueuse villa de Toffen. Sur la rive droite de l'Aar, il exista une grande colonie à Mûri dont proviennent six statuettes de bronze (Triade capitoline, lares, Dea Artio, la déesse des ours, la déesse Naria). On a trouvé des villas dans le Worblental à Sinneringen et Stettlen ; en amont sur l'Aar des colonies à Munsingen et Wichtrach. Thoune, dont le nom est d'origine celtique, était également habité à l'époque romaine.
Sur la rive gauche de l'Aar se trouvaient les colonies d'Uttigen, Uetendorf, Tierachern (dépôt de monnaies) et Allmendingen où l'on a mis à jour 5 bâtiments (sanctuaires ?), delà poterie, des bas-reliefs et des hachettes votives. Amsoldingen conserve dans la crypte de sa très ancienne église des pierres tombales qui doivent avoir été amenées d'Aventicum, et un milliaire. Dans l'Oberland, il n'y a aucune trace certaine d'établissements romains ; on n'a trouvé que des monnaies éparses, au Stockenseeli, à Wimmis et dans la grotte de Saint-Béat.
On ne peut conclure des noms à consonnance latine de Spiez et Gastern, que les Romains utilisèrent le Lôtschenpass et la Gemmi. La découverte de monnaies sur le Kirchet près de Meiringen (voir Bonstetten : Carte archéologique du canton de Berne), l'existence d'une
BERNE
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Berne eu 1549. D'après la Cosmographie de Seb. Miiastar.
L'hùtel de ville de Berue en 15Ô3. D'après un dessin de l'album d'Arnold Streit.
BERNE
(DU Ve Al XIIe siècle)
BERNE
station romaine à Alpnacb el les trouvailles éparses faites dans la région du Brunig permettent par contre d'être plus affirmatif au sujel du Grimsel.
Les renseignements concernant la colonisation du Haut-Emmental sont incertains et vagues. Dans le Bas-Emmental et la Haute-Argovie, «les établissements ont élé trouvés à Alchenstorf, Bollodingen, Herzogenbuchsee (villa de luxe avec fonds en mosaïque), Oberônz, Langental et Roggwil.
Les nombreux restes de la culture romaine dans le Jura sont très peu étudiés. Cette région était reliée à La grande route militaire Aventicum-Petinesca-Salodurum par une voie secondaire partant de Petinesca. Laissant la colonie romaine de Bienne sur sa gauche, elle se dirigeait sur Sonceboz, rejoignait en-dessous de Frinvilliers la Vy de VElraz venant de la montagne de Diesse, et le Galenweg conduisant de Granges à Komont. (Meisterlians : Aeltere Geschichte des Kts. Solothurn, p. 55.) De Sonceboz, suivant, généralement le tracé d'un chemin préromain, la route traversait Pierre- Pertuis (inscription romaine relative à son percement), descendait dans la vallée de la Birse et rejoignait près de Bâle la route militaire de Vindonissa-Augusta Raurica-Arial binnum (usine à gaz près de Bâle). Selon A. Quiquerez, dont les dires n'ont pas été vérifiés, tout son parcours était défendu par des tours et des fortifications auprès desquelles les colons s'étaient groupés. La vallée de Delémont était très peuplée ainsi que les vallées de la Scheulte et de la Sorne (BZ 1910, p. 390; MA GZ XV). Une étude systématique de la région du mont Terrible et de l'Ajoie riche en vestiges préhistoriques donnerait d'intéressants résultats. Il en serait de même pour l'ancien canton où les recherches d'autrefois mériteraient d'être reprises à la lumière de la critique moderne. [E. Schneeberger.|
2. Epoque alémannique. Parmi les monuments de cette époque, nous trouvons les plus anciennes églises, longs bâtiments à une nef à laquelle s'ajoute un chœur rectangulaire : Moutier-Grandval et Saint-Ursanne dans le Jura. La première appartient aux temps précarolingiens ; la seconde a livré entre autres des sarcophages de pierre. A côté de tombes isolées, le grand cimetière de Bassecourt mérite seul une mention, il a été exploré par Quiquerez et Duvoisin. Quiquerez avait déjà remarqué que les sépultures de la période alémannique étaient généralement creusées parmi les ruines de villas romaines ; le fait a été confirmé par les découvertes de Laufon en 1918.
Dans l'ancien canton, les tombeaux sont extrêmement nombreux. Ou bien ils sont plats et souterrains avec ou sans bordure de pierre, ou bien ce sont des sarcophages en pierre. Souvent on les trouve dans les tumulus de l'époque de Hallstatt. Ordinairement la tombe contient le squelette ; l'incinération était rare (tumulus près de Messen). L'orientation est généralement Ouest-Est. Le mobilier funéraire est presque toujours le même ; il est à remarquer que, malgré l'opinion courante, il est très difficile, dans cette région frontière peuplée d'Alémannes et de Burgondes, d'établir le départ ethnique des tombes surtout pour la période ancienne. La colonisation semble avoir été fort dense, à en juger par le nombre de tombeaux retrouvés. On en connaît au pied du Jura, de La Neuveville à Perles ; dans le Seeland à Witzwil, Kallnach et Dotzigen ; dans toute la vallée de l'Aar jusque dans l'Oberland, mais surtout aux environs de Berne où les cimetières du Riederenhubel (Bùmpliz), Niederwangen, Bùmpliz (Neuhaus) et Wabern sont fort peu éloignés les uns des autres. A Bùmpliz, on a trouvé des tombes de l'époque de La Tène, des trous de pilotis et un pavage extérieur, qui témoignent de l'existence d'une maison d'habitation. Dans Je Worblental, mentionnons les stations de Bolligen et Sinneringen ; dans la vallée de la Gurbe : Gelterfingen et Thierachern. Dans ia vallée de l'Aar, on connaît les cimetières de Spiez, Matten et Wilderswil. Le plus élevé doit être celui d'Elisried, avec un mobilier relativement peu ancien. Dans la Haute-Argovie et l'Emmental, il est remarquable que les stations sont rares ou manquent complètement.— Voir F. -L. von Hallervon Kônigsfelden : Helvetien unter den Rômern I et II. -- A. Jahn : Der Kl.
Bern. — Le même : Aehrenlese von Mùnzfunden im Kl. Bern. - F. Keller: Pfahlbauberichte. — G. von Bon stel ten : Recve.il d'antiquités suisses. — G. von Bonstetten : Carte archéologique du canton de Berne. — Kdm. von Fellenberg : diverses monographies. — A. Quiquerez : Monuments de l'ancien évêché de Bâle, topographie d'une partie du Jura oriental. — Le même : Le mont Terrible. — Le même : Nouvelles recherches. — Le même : monographies dans Mémoires de la Soc. d'Émulation du Don hs. — AS G A. — AS A. — Jahresberichte der schweiz. Ges. fur LJr geschichte. — AHVB. — BBG. — Jahresb. des bern. hist. Muséums. — O. Tschumi : Die historische Topographie der Engehalbinsel. [O. Tschumi.] 3. Le territoire bernois du ve au xiie siècle. Au Ve s., les Burgondes s'établirent dans l'Ouest de l'Helvétie et les Alémannes dans l'Est. La frontière entre les deux peuples suivait environ le cours de l'Aar. Dan la région que parcourt cette rivière prédominaient les mœurs et la civilisation burgondes. Au VIe s., toute l'Helvétie fut réunie sous la domination des Francs. Les comtés naquirent par la suite de l'ancienne division territoriale carolingienne en Gau. Lors du partage de Verdun en 843, les territoires à l'Est de l'Aar passèrent au royaume franc oriental, les autres à la Lotharingie, puis au royaume de Haute-Bourgogne fondé en 888 par le comte Rodolphe. Durant les luttes du Xe s. entre Alémannes et Burgondes, ces derniers franchirent l'Aar et introduisirent leur langue et leur culture dans les légions de l'Est. La dynastie burgonde s'étant éteinte en 1032, le royaume passa à l'empereur Conrad II le Salique dont les successeurs rétablirent la langue allemande dans les pays de l'Aar, quoique par ailleurs ils se fussent peu intéressés à la Bourgogne. Les comtes de Vienne, de dynastie indigène, devinrent administrateurs de la Bourgogne. Ils se divisèrent en branches cisjurane et transjurane, ce qui amena une scission durable du pays en deux parties. A l'extinction de la seconde branche, en 1127, l'empereur Lothaire transféra probablement toute la Bourgogne à Conrad de Zàhringen, mais sa famille ne put jamais prétendre qu'à la partie cisjurane. Un document discutable, de 1131, mentionne pour la première fois Conrad comme recteur. Le rectorat resta aux Zàhringen et passa en 1185 à Berthold V. Juridiquement, le recteur était placé entre l'empereur et les grands dignitaires, spirituels et temporels, jusqu'alors immédiats de l'empire ; il les rabaissait d'un degré, ce qui les poussa à une insubordination continuelle. La division administrative reposait sur les comtés. A gauche de l'Aar était la Bourgogne de l'Aar, entourée par cette rivière jusqu'à laSiggerà l'Est, au Sud par la chaîne du Stockhorn, à l'Ouest par la Sarine et au Nord par le lac de Nugerol (Bienne). A droite de l'Aar se trouvait la Petite Bourgogne limitée au Nord et à l'Ouest par l'Aar, à l'Est environ par la frontière lucernoise actuelle, au Sud par la région de Thoune. Le bailliage de Bipp dépendait du Buchsgau. Les titulaires des charges héréditaires de comtes étaient dans la Bourgogne de l'Aar les comtes de Neuchâtel, dans la Petite Bourgogne ceux de Buchegg. Ils possédaient la haute juridiction et le droit de lever l'armée, ces droits sont l'origine de la future souveraineté de Berne. Les comtes devaient probablement prêter hommage au recteur et le suivre à la guerre. Les couvents immunisés, l'alleu des Zàhringen et les anciens biens de la couronne burgonde devenus territoires impériaux en 1032 ne relevaient pas d'eux. On ne sait que pour peu d'endroits, comme Berne et Berthoud, s'ils étaient sur terre d'alleu ou terre impériale. Les recteurs exerçaient la haute et la basse justice dans ces deux villes. Parmi les baronnies de la Bourgogne de l'Aar, nous trouvons celle de Belp, en possession des Montenach, Rùmlingen et Strâttlingen, qui s'étendait du lac de Thoune au Gurnigel. Le Guggisberg avec le château impérial de Grasbourg et le territoire entre Berne et Laupen étaient une terre d'empire comprenant de nombreux fiefs masculins. La seigneurie d'Oltingen appartenait aux Zàhringen, le Seeland aux comtes de Neuchâtel. En Petite Bourgogne, Signau et Geristein étaient mentionnés comme baronnies; de même Heimberg, Sumiswald, Lutzelfluh et d'autres. Dans l'Oberland, à côté
BERNE (fondation de berne — xme siècle) BERNE
de la communauté comtale, des paysans libres détenaient des fiefs mâles, mais le pays était en général composé de baronnies et de terres de couvents. Des branches collatérales des nobles de Thounc, éteints au XIIe s., possédaient les seigneuries d'Oberhofen et d'Unspunnen. Les Brienz (plus tard seigneurs de Riggenberg) avaient étendu des rameaux en Valais, à Rarogne, et au pays d'Uri. Le Haut-Hasli dépendait directement de l'empire. Le Bôdeli et les vallées des Lutschines appartenaient au couvent d'Interlaken, la vallée de Frutigen aux barons de Kien, le Bas-Simmental à ceux de Weissenbourg. Le Haut-Simmental était divisé en quatre seigneuries appartenant aux Weissenbourg, aux Rarogne et aux Strâttlingen. Gessenay était un alleu des comtes de Gruyère. Les grands de l'Oberland s'opposèrent avec le plus de ténacité aux recteurs. Vers 1191, il ne restait des maisons d'Oberhofen et d'Unspunnen que deux héritières que Berthold V maria à deux de ses fidèles de la Suisse orientale. Les Wâdenswil s'établirent ainsi à Unspunnen et les Eschenbach à Oberhofen. Au spirituel, l'Aar séparait les évêchés de Lausanne et de Constance. Le bailliage de Bipp appartenait à Bàle. — Voir Wurstemberger : Gesch. der alten Landschaft Bern. — E. Heyck : Gesch. der Herzoge von Zàhringen.
4. Fondation de Berne. Après que Berthold V eut battu en 1190 près de Payerne les nobles de la Suisse romande et en 1191 près de Grindelwald ceux de l'Oberland, il fonda la ville de Berne sur terre d'empire. La Chronica de Berno, vers 1325, fournit la plus ancienne indication de la date : 1191. L'ancienne chronique zuricoise de 1336 donne le 23 février 1191, mais le renseignement n'est pas authentique. La chronique anonyme de la ville dit : 1191 im meyen, ce qui ferait un mois après la bataille de Grindelwald. Berne est mentionné la première fois dans un document de 1208. La presqu'île de l'Aar où Berne fut bâti, s'appelait selon Justinger im Sack. Au bas, près de l'Aar, était le château impérial de Nydeck. La ville s'étendit du bas de la rue de la Justice jusqu'à la tour de l'Horloge. Comme la ville doit à Berthold V son origine, elle lui doit aussi son nom. Il lui donna celui de Vérone, Welsch- Bern, en souvenir du héros légendaire Dietrich von Bern. L'opinion que Berne était une ancienne localité celtique de ce nom est chimérique. L'ours passant à dextre paraît déjà sur le plus ancien sceau, de 1224. Berthold V dota la ville de forêts et de pâturages d'une étendue inconnue ; il y fit passer un ruisseau et lui donna une constitution qui est perdue, mais qui doit avoir été calquée avec quelques modifications sur celle de Fribourg-en-Brisgau. Il fit de la ville une place d'armes et un marché ; elle était en dehors des grandes routes commerciales et seul un faible trafic avait lieu du Grimsel au Jura et de Berthoud à Fribourg. Le duc confia la protection de Berne à la noblesse des environs, qu'il lia à la ville par des fiefs. Ce fait décida de l'avenir aristocratique de la cité.
5. Le xme siècle. Leduc Berchtold V mourut en 1218; sj maison s'éteignait avec lui. Les alleux de la région de l'Aar passèrent aux Kibourg ; le rectorat prit fin. Un bailli impérial, procurator Burgundiae, dont on suit la trace jusqu'en 1313, administra les affaires de l'empire. Berne possédait certainement l'immédiateté en 1223. L'autorité supérieure y était représentée par le bailli impérial de la ville, advocatus, officialis domini régis, minister imperatoris, qui exerçait les droits impériaux : justice criminelle, monnaie et impôts, et par l'avoyer, Schultheiss, seul têtus, eausidicus, justiciarius imperialis, de qui dépendait l'administration de la ville. Ces deux fonctions étaient d'ordinaire réunies en la personne de l'avoyer nommé par l'empereur. Le premier mentionné est Peter von Krauchtal en 1223 ; les Bubenberg occupèrent cette fonction en 1235 avec le chevalier Peter. L'avoyer était assisté d'un conseil de douze membres n'ayant que voix consultative. Il était nommé par l'avoyer ou se complétait lui-même. Les rôles qui nous sont parvenus contiennent des noms de bourgeois et de ministériaux. Un Conseil des Cinquante est mentionné en 1249, on n'en sait rien de plus. Toute La bourgeoisie collaborait aux affaires important!--.
particulièrement aux affaires étrangères ; aucune loi connue ne réglait cet usage typique essentiellement bernois. Les habitants étaient divisés en deux groupes ; seuls les écuyers pouvaient tenir des fiefs, mais non la grande masse des bourgeois. La ville devait à l'empire les revenus de la haute justice, des péages, de la monnaie et l'impôt impérial qui se montait en 1241 à 40 marcs. Berne posséda très tôt un atelier monétaire impérial.
Les premiers événements de la politique extérieure témoignèrent de la puissance de Berne. La ville reçut en 1224 du chef de l'empire la protection du couvent d'Interlaken, en 1244 celle de Rueggisberg. Le premier démêlé éclata avec le couvent de Kôniz. En 1226 Frédéric II enleva ce couvent aux Augustins pour le donner aux chevaliers de l'ordre teutonique. A Kôniz se trouvait l'église paroissiale de Berne. La bourgeoisie prit le parti des Augustins, l'avoyer Peter von Bubenberg et la noblesse soutinrentles chevaliers teutoniques.L'avoyerdut abandonner passagèrement ses fonctions en 1240, mais son parti eut le dessus. L'église de Berne sortit dû conflit église paroissiale et fut confirmée comme telle en 1276 par l'évèque de Lausanne. Le patronage resta aux chevaliers teutoniques qui furent reçus dans la bourgeoisie en 1257. Leur énergie et leur culture étendue furent utiles à la jeune communauté. Mille hommes de Berne et Morat marchèrent en 1240 sur Lausanne pour prendre part, on ne sait de quel côté, aux combats entre Philippe de Savoie et Jean de Cossonay pour la possession de l'évêché de Lausanne.
Berne soutint sa première guerre d'indépendance contre les Kibourg qui cherchaient à reconstituer le domaine des Zàhringen et à assujettir la ville. Leurs terres entouraient la cité à un jet de flèche. C'est, alors qu'éclata la querelle des investitures ; Berne prit le parti de Frédéric II et les Kibourg celui du pape. Les détails de la lutte ne sont pas connus. Berne conclut en 1243 une alliance défensive avec Fribourg, possession des Kibourg ; c'est la plus ancienne alliance connue de Berne. Une autre existait probablement déjà avec Morat ; ce fut le début des relations de combourgeoisie de Berne avec les pays romands. La ville fit alliance également avec Zurich et Soleure, fidèles à l'empereur. Les Bernois refusèrent le passage aux troupes papales conduites par le légat Octavian et furent excommuniés par Innocent IV. Ils prirent part avec Zurich en 1250 au siège de Lucerne, dévoué au pape, mais en 1251, ils conclurent la paix ou une alliance amicale avec cette ville. La chute des Hohenstaufen donna toute liberté d'action aux Kibourg. Hartmann le Jeune devint en 1250 le chef des possessions bourguignonnes de sa maison. Berne succomba contre lui, mais conclut en 1252 une alliance avec l'évèque de Sion et prit comme avoyer en 1253 le puissant comte de Buchegg. L'anti-roi Guillaume confirma le 2 novembre 1254 à Egmont les droits et franchises de la ville ; c'est le premier document reconnaissant ses libertés impériales. En mai 1255, les bourgeois et paysans de la Bourgogne, de Berne, de Morat et du Hasli, menacés dans leurs libertés impériales, se mirent, avec l'assentiment du bailli impérial, sous la protection de Pierre de Savoie, l'ennemi de Hartmann. L'acte concernant Morat a seul été conservé. Pierre exigea en retour les revenus d'empire et se réserva de se faire investir par l'empire des contrées sous sa protection. Une garnison savoyarde occupa Berne en 1255 et 125(5. Pierre battit Hartmann et au printemps 1256 la paix fut conclue. Le comte de Savoie séjourna alors à Berne. A son nom se rattachent la construction du pont de Nydeck et l'extension de la ville jusqu'à la tour des prisons. Justinger nomme Pierre le second fondateur de Berne. En 1260, la ville l'aida dans sa guerre contre l'évèque de Sion. L'extinction de la branche mâle des Kibourg en 1264 marqua pour la ville le début de son autonomie. Pierre de Savoie et Rodolphe de Habsbourg, les deux plus puissants princes de la région, se disputèrent cet héritage, de 1265 à 1267. Berne soutenait le premier, pour lequel elle attaqua les de Montenach à Belp. Par la paix de Lôwenberg, Rodolphe prit pied dans les environs, à Bargen et à Grasbourg. Peu avant ou après la paix, Pierre libéra Berne de son protectorat . Il
BEHNE
(XIVe siècle)
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mourut en 1208. La ville conclut, le 9 septembre 1268, avec son frère et successeur Philippe une alliance défensive, qui ne touchait pas à ses libertés impériales. Peu auparavant, les Bernois devaient avoir détruit le château impérial de Nydeck. Rodolphe de Habsbourg, dont les terres enveloppaient la ville, fut un voisin dangereux jusqu'en 1273, où son élection au trône fit de lui un ami de Berne. Les députés bernois lui prêtèrent hommage à Bâle, et les 15 et 10 janvier 1274, il confirma les franchises impériales de la cité et la Goldene llandveste de 1218 qui avait été fabriquée de toutes pièces par Berne. — Voir F.-E. Welti : Die Bechtsquellen des Kts. Bern. I, introduction.- — Malgré toutes ses difficultés, l'interrègne fut très avantageux pour Berne. Lorsque le traité avec la Savoie arriva à échéance, la ville poursuivit sa politique d'alliances, en 1275 avec le Hasli, en 1276 avec Bienne ; elle accorda la bourgeoisie aux seigneurs de Signau, en 1286 au couvent de Trub. Lors des luttes entre la Savoie et les Habsbourg, elle prit parti pour Rodolphe et l'assista en 1283 devant Porrentruy et Payerne. Mais lorsqu'on 1285 il exigea des villes impériales un impôt de '/so sur ^a fortune, Berne, qui venait d'être éprouvée par un incendie, se tourna vers la Savoie. Cette dernière était à la tête d'une alliance des seigneurs bourguignons contre le roi. Berne fut cependant abandonnée par eux et assiégée deux fois par Rodolphe en 1288, quoique sans résultat. Son fils réussit par contre en mai 1289 à pénétrer par surprise dans la Schosshalde. Définitivement battue, Berne dut se soumettre. (Voir dans la chronique de Strasbourg le meilleur récit de ces événements.) Le roi Rodolphe mourut le 15 juillet 1291. Le 9 août, Berne renouvelait avec Amédée de Savoie une alliance défensive valable jusqu'à l'élection au trône, et recevait de lui 2000 livres de dédommagements. Une alliance semblable fut conclue avec son frère Louis de Vaud, pour dix ans. Le nouveau roi, Adolphe, confirma les franchises de la ville en 1293 à Zurich et lui accorda le jus de non evocando ; il l'autorisa, à l'occasion de son accession au trône, à élire le juge criminel et l'avoyer. La protection de la Savoie cessa dès lors. Berne sortait de ces événements fortement endettée. La crise économique provoqua des troubles en 1294 : les Juifs furent pillés et chassés, puis les artisans suscitèrent un mouvement constitutionnel ; ils demandaient des corporations avec droits politiques et la participation au gouvernement. Le conflit prit fin sur un compromis, qui fut consigné dans la formule de serment des Seize et des Deux-Cents, du 18 février 1294. La bourgeoisie fut représentée par le Conseil des Deux-Cents, élu non par le peuple, mais par une nouvelle autorité électorale, les Seize. Les corporations politiques étaient interdites, les autres furent autorisées. (Le premier règlement corporatif, celui des tisserands, date du 30 septembre 1307.) Le compromis fut une victoire de la noblesse ; la suprématie du peuple était écartée par le refus du vote populaire et des corporations. Quoiqu'il n'existât plus de différence légale entre la noblesse et la bourgeoisie, la première gardait cependant son rang et son influence ; Berne restait une ville aristocratique. Les «anciennes fonctions » furent probablement aussi instituées en 1294 : les bannerets (attestés en 1334), les conseillers secrets (1339), le secrétaire de ville (1295), le greffier de justice (1327), le grand sautier (1373). En 1298, un bourgeois fut la première fois avoyer : Kuno Munzer, dans la famille de qui cette fonction resta jusqu'en 1319. C'est probablement à cette époque que le Conseil des Deux-Cents enleva définitivement à l'empire le droit d'élire l'avoyer ; il obtint aussi l'élection du Petit Conseil. L'autonomie de Berne était devenue complète. — Voir K. Geiser, dans Festschrift von 1891. — A. Zesiger : Das bernische Zunftwesen.
Les rapports entre Berne et Fribourg étaient tendus depuis 1288, car Fribourg avait été alors parmi les ennemis de la ville. Lors des luttes de l'empire, Berne tint parti pour Adolphe, Fribourg pour Albert d'Autriche. Berne s'allia en 1294 avec Soleure et gagna à son parti les comtes de Habsbourg-Laufenbourg, Aarberg et Kibourg, ennemis de l'Autriche, tandis que Fribourg s'unissait à la noblesse romande. Louis de Vaud se
sépara de Berne, la Savoie resta neutre. Par la bataille du 2 mars 1298 au Jammertal près d'Oberwangen, Berne affirma définitivement sasupériorité. — Voir Chronica de Berno. — Annales deColmar. — Les Bernois emportèrent les plus proches places fortes ennemies, Bremgarten et Belp. Le baron Ulrich von Montenach entra avec sa seigneurie de Belp dans la bourgeoisie bernoise. Avec lui, la ville prenait pied pour la première fois dans la campagne. C'est par Montenach probablement aussi qu'elle acquit les paroisses de Bolligen, Vechigen, Stettlen et Mûri en Petite-Bourgogne, premier agrandissement territorial de la ville. La puissance des landgraves avait pris fin.
6. Le xive siècle est la période du développement de la ville de Berne, caractérisé par l'audace de la noblesse dirigeante, l'esprit de sacrifice de la bourgeoisie, l'immutabilité de la constitution, la pauvreté de la vieintellectuelle, l'absence de fanatisme quelconque. Les circonstances favorisèrent l'agrandissement de sa puissance. Placée entre les Habsbourg et la Savoie, elle avait la certitude que tous deux souhaitaient que personne ne s'en emparât ; autour d'elle il n'y avait que de petits barons sans chef, les débris de la puissance déchue des landgraves. Elle poursuivit un double but : acquérir des territoires et fonder une confédération bourguignonne. La création de bourgeois externes devint son meilleur moyen d'extension. On compta par milliers au XIVe s. les bourgeois externes, nobles, libres et non-libres, qui devaient le service militaire et l'impôt. Par eux, Berne eut raison de la noblesse territoriale et des landgraves.
La ville était pleine de méfiance envers Albert I, quoiqu'il eût confirmé sa charte en novembre 1298, mais non les privilèges accordés par Adolphe. Elle s'allia en 1301 avec l'administrateur des Kibourg, Ulrich von Thorberg, et avec Laupen. Une paix stable fut conclue avec Fribourg le 7 avril 1308. Albert prenait pied dans l'Oberland en 1306 par l'achat des terres des Eschenbach, quand sa mort, le 1er mai 1308, tranquillisa la ville. Le 8 mai, elle arracha la forêt du Forst au bailli impérial de Bourgogne, Otto de Strassberg. Avec l'appui de ses alliés de Bourgogne, elle empêcha les Habsbourg, dans leurs désirs de vengeance, de s'emparer des biens des Brandis en Emmenthal, et les conserva aux Kibourg. Le nouveau roi, Henri VIIj confirma à Bâle en avril 1309 tous les droits de Berne, ainsi que celui de non evocando. Il s'arrêta dans la ville en 1309 et 1310, la seconde fois pour préparer son expédition de Rome. Pour trouver de l'argent, il hypothéqua le Hasli aux barons de Weissenbourg, Laupen àOtton de Grandson, Morat et Grasbourg à la Savoie, le péage impérial aux comtes de Buchegg. Une troupe bernoise semble l'avoir accompagné en Italie. Cependant les Habsbourg demeuraient le principal souci. Berne obtint en 1311 que le comte Hugo von Buchegg cédât ses droits de landgrave en Petite-Bourgogne aux comtes Hartmann et Eberhard von Kibourg, bourgeois de la ville. Par les accords de Willisau, du 1er août 1313, ces droits passèrent à Léopold d'Autriche, de qui les landgraves les reprirent en fief et à qui ils donnèrent les biens des Brandis. Les hommes de la Petite-Bourgogne prirent part à la bataille de Morgarten avec Hartmann et éprouvèrent de fortes pertes. (Voir l'obituaire de Fraubrunnen.) Le duc Léopold d'Autriche fut élu avoué du couvent d'Interlaken en 1318 et acquit en même temps les droits des Wàdenswil. Lors de la double élection de 1314 Berne ne reconnut ni Frédéric d'Autriche ni Louis de Bavière et recommanda la neutralité à ses amis. C'est dans ce sens qu'elle conclut en 1318 une alliance de cinq ans avec Fribourg, Morat, Bienne et Soleure. Le duc Léopold tenta inutilement pour ce fait d'assiéger Soleure en automne 1318. 400 Bernois vinrent au secours de leur alliée (Justinger). La tension des relations extérieures causa la retraite des Munzer qui siégeaient au gouvernement depuis 1298. Jean de Bubenberg le cadet succéda comme avoyer à Lorenz Munzer. La durée de cette fonction fut réduite à un an. La noblesse reprit la direction des affaires. Berne s'accorda avec l'Autriche et reconnut Frédéric, qui confirma ses franchises en avril 1322. Mais la guerre fratricide des Kibourg amena
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Berne au milieu du XVIIe siècle. D'après un tableau de Kauw. Reproduction à l'aquarelle faite en 1S:>U par J. Weibel.
La porte inférieure à Berne en 1680. D'après un tableau de Joh. Dûnz copié par E. de Rodt.
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bientôt la rupture. Hartmann trouva de l'appui auprès de l'Autriche, Eberhard aufn'i-s de Berne dont il acquit la bourgeoisie. Eberhard lii jeter Hartmann du haut du château de Thoune le .'il octobre 1322. Le duc Léopold crut pouvoir s'adjuger son héritage, mais Berne prit parti pour Louis de Bavière qui lui confia la protection des droits d'Eberhard ; la ville conclut au printemps 1323 sa première alliance avec, les Waldstàtten (l'acte manque). Le 19 novembre 1323, elle acheta d'Eberhard la ville et la seigneurie de Thoune pour 3(i()U II), ei les lui remil en flef héréditaire moyennant un intérêt annuel d'un marc d'argent et d'une paire de gants de peau blancs ; en 1324 Eberhard conclul une alliance de vingt ans avec Berne. La même année, la ville acquil l'hypothèque de Perrod vom Thurn sur Laupen. Ce fut le premier bailliage bernois. Les rapports avec l'Autriche se détendirent par la mort subite de Léopold en 1326. De 1327 à 1331, la ville fit partie de l'alliance des villes rhénanes. Berne et Fribourg se brouillèrent à cause de la région de la, Singino où des nobles fribourgeois possédaient Grasbourg et Gummenen. La guerre de Gummenen, 1331-1333, ne fut pas une victoire complète de Berne sur Fribourg. Berne conclut en été i 333 une alliance de cinq ans avec les Suisses afin de pouvoir agir librement dans l'Oberland où les seigneurs de Weissenbourg avaient acquis une puissance dangereuse. Us possédaient le Simmental, les seigneuries de Weissenau et Unspunnen, et le Hasli. Quand en 1334 les Wâdenswil s'éteignirent dans l'Oberland et que les Bernois occupèrent leur château de Mulenen en garantie d'hypothèque, la lutte éclata entre eux et les Weissenbourg et Peter vom Thurn. Les Bernois prirent Wimmis, peut-être aussi Unspunnen, et la paix du 30 juin 1334 leur donna le Hasli qui devint le plus libre des pays sujets de Berne, avec un impôt annuel de 50 lb. Les Weissenbourg furent liés par un traité de combourgeoisie. Le couvent d'Interlaken acquit la seigneurie de Weissenau. Un autre point d'appui dans l'Oberland, la seigneurie de Spiez, fut acquise en 1338 par Jean de Bubenberg. Le 19 février 1336, le comte Rodolphe de Neuchâtel-Nidau, qui s'était constitué une principauté entre le lac de Morat et le Hauenstein, conclut pour ses fils un traité de combourgeoisie avec Berne pour vingt ans. Les progrès faits par la ville excitèrent l'envie de ses ennemis. La noblesse bourguignonne des deux langues se réunit à Fribourg, appuyée par l'Autriche et l'empereur Louis de Bavière à qui Berne n'avait jamais prêté hommage. Comme il était excommunié, Berne tenait le parti du pape. Il se forma ainsi deux groupes d'ennemis : les welsches, avec les comtes de Neuchâtel, d'Aarberg-Valangin, de Vaud, de Gruyère, le baron de Thurn et l'évêque de Lausanne ; les Autrichiens avec les comtes Eberhard von Kibourg, Pierre d'Aarberg, Rodolphe de Nidau, Imer de Strassberg et l'évêque de Bâle. Fribourg reliait ces deux groupes. Berne, qui reconnut le danger en 1338, se ravisa sous l'influence de Jean de Bubenberg l'aîné et le curé Diebold Baselwind et proposa une journée de médiation le 24 avril à Neuenegg. Mais, l'insolence des adversaires dont le but était de détruire Berne avant qu'elle eût obtenu l'hégémonie en Bourgogne, fit éclater la guerre au commencement de 1339. Le comte Aymon de Savoie abandonna Berne à son sort, et ses combourgeois romands se dérobèrent. Seuls les Waldstatten vinrent à son secours. Gérard de Valangin ouvrit les hostilités et dévasta le territoire bernois autour d'Aarberg. Berne avait occupé et fortifié Laupen à temps. Le 10 juin, cette petite ville fut investie par l'armée de la noblesse, qui ne put la prendre. L'armée bernoise se rassembla le 20 juin, comprenant 900 hommes des Waldstatten. Le 21, elle partait pour Laupen (voir les art. Laupen, Bubenberg, -Erlach). Bien que la victoire du 21 juin fût complète, la situation resta indécise et une guerre d'escarmouches s'ensuivit. Morat, Bienne, Soleure, Thoune et le Guggisberg furent obligés de rompre leur alliance avec Berne. Les Bernois brûlèrent Huttwil le lOavril 1340;ils furent victorieux sous les murs de Fribourg les 24 et 27 avr.,alorsqu'une tentative fribourgeoise contreBerne échouait. Le Guggisberg fut dévasté. La reine Agnès s'entremit le 9 août 1340 entre Berne et l'Autriche avec
ses alliés : chacun conserva ses positions, rien ne fui réclamé pour les dommages réciproques. Berne conclut le même jour une paix de cinq ans avec Fribourg et la noblesse de langue française. L'alliance avec Fribourgfut renouvelée en juin 1341 et le 2 février 1342 Herne conclut avec l'Autriche une alliance de dix ans comportant l'engagement d'aide réciproque. Les seigneurs de A\ reis- .senbourg furent obligés d'hypothéquer Wimmis et Weissenbourg.En 1347 et 1348. Berne étouffa un soulèvement des gens du couvent d'Interlaken soutenus par l'Obwald ; la ville obtint le droit de lever des hommes sur les terres du couvent. La guerre eut ainsi pour effet d'établir en Bourgogne la prépondérance bernoise. Berne reforma l'alliance des villes romandes et conclut le 18 avril 1345 un traité de combourgeoisie perpétuelle avec Soleure.
En 1345, la ville s'étendit jusqu'à la tour Saint- Christophe, mais elle s'était fortement endettée, spécialement envers les Bâlois. Le premier impôt extraordinaire sur la foitune/Te//e = taille J est mentionné en 1339. Parmi les fondations pieuses, il faut mentionner jusqu'au milieu du XIVe s : l'hôpital du haut, fondé en 1233 par l'ordre du Saint-Esprit ; la léproserie, vers la porte du bas, en 1288 ; l'hôpital du bas, en 1307 ; l'hôpital, fondé en 1354 par Anna Seiler. La peste fit en 1348 jusqu'à 60 victimes par jour.
Le nouveau roi Charles IV confirma les franchises et les hypothèques impériales de Berne les 15 et 16 janvier
1348. Il s'arrêta dans la ville en 1365. Berne et Fribourg entrèrent en guerre contre le comte de Gruyère, en
1349, à la suite de l'acquisition de la seigneurie de Mannenberg dans le Haut-Simmental par Ulrich de Bubenberg en 1348, et à la suite de l'attentat dont fut victime la dame de Maggenberg (Montmacon). Les Bernois remportèrent une victoire près de Trême et prirent Laubegg et Mannenberg. Le 25 janvier 1350, la paix fut conclue entre Berne, Fribourg, Amédée VI de Savoie, les baronnes de Vaud et l'évêque de Lausanne ; elle assura la paix à l'Ouest pour cinquante ans. En 1353 et 1354, Berne fournit des secours à Amédée contre la France. A cette brillante politique extérieure s'oppose la chute de celui qui l'avait dirigée, Jean de Bubenberg, resté avoyer sans interruption depuis 1338. Il semble qu'il fut victime de la jalousie des riches familles bourgeoises. Il ne fut pas confirmé dans ses fonctions à Pâques 1350 et fut exclu aussi du Petit Conseil dans les années suivantes. Avec lui furent éliminés du gouvernement ses amis personnels et la noblesse ; le pouvoir passa aux principales familles bourgeoises : les von Balm, von Seedorf, von Krauchtal, vom Holz, qui ne s'adjoignirent qu'un seul noble, le vieux Philippe von Kien, qui, en 1338, avait dû céder son poste d'avoyer à Bubenberg. La chute de ce dernier amena une période de troubles dans la bourgeoisie, qui dura trentecinq ans.
Le nouveau gouvernement conserva la même politique extérieure, maintint des relations amicales avec l'Autriche à laquelle il envoya du secours en 1351 et 1352 devant Zurich ; il affermit les relations avec les Waldstatten par l'alliance des 6 et 7 mars 1353. Celle-ci avait pour but de régler la question des secours réciproques et de protéger l'Oberland contre les menées de l'Obwald, sans aller à rencontre des obligations envers l'Autriche.
Berne était la première cité de la Bourgogne qui entrait dans la Confédération. L'importance de ce fait n'apparut que plus tard, quand Berne fut obligé de servir de trait d'union entre ses combourgeois romands et ses confédérés alémanniques. Pour le moment, ces derniers n'avaient pour elle qu'une importance secondaire — En 1358 Berne prit pied dans le Seeland, en recevant en hypothèque la ville et seigneurie d'Aarberg du comte Pierre II. En 1365, le couvent de Frienisberg lui confia l'administration de ses terres. Sous le duc Rodolphe IV, le danger autrichien reparut. Ce duc tenta contre Berne une politique d'encerclement ; il se fit nommer landgrave de Bourgogne par Charles IV en 1358, sépara Soleure de Berne en 1359, gagna la Savoie en 1360, chercha à reprendre Aarberg et acheta en 1363 aux Kibourg le reste de leurs biens : Berthoud, Oltingen et
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les droits sur Thoune. La coalition de la guerre de Laupen paraissait se reformer quand d'heureuses circonstances tirèrent Berne d'embarras. L'empereur se brouilla avec Rodolphe, qui abandonna subitement en automne 1363 ses projets en Suisse, se rendit auTirol et renouvela le 27septembre 1363 son alliance avecBerne. La bourgeoisie n'était pas contente de ses nouveaux maîtres, qui abusaient de leur puissance pour s'enrichir, entre autres Peter von Krauchtal, avoué de Rueggisberg. Un soulèvement populaire renversa ce gouvernement au printemps 1364 sous le prétexte de vénalité. La noblesse et le vieux Bubenberg reprirent le pouvoir. Les fils de Bubenberg : Johann, Ulrich et Otto lui succédèrent dans ses fonctions d'avoyer jusqu'en 1393 et doublèrent jusqu'à cette date l'étendue des terres bernoises.
Lorsque Charles IV visita la ville, en 136."), il confirma le jus de non evocando et accorda à Berne le droit de racheter les hypothèques impériales dans un rayon de six milles, d'exercer la police dans un rayon de trois milles. Les Bubenberg se tournèrent vers le Seeland. Ils se querellèrent avec l'évèque Jean, de Bâle, au sujet de la combourgeoisie avec Bienne. Le 2 novembre 1367, des marchands bernois ayant été arrêtés sur le marché de cette ville, Berne déclara la guerre à l'évèque le 14 novembre. Bienne fut brûlé par les troupes de ce dernier. Les Bernois et les Soieurois marchèrent sur Moutier et Bellelay sans obtenir de succès décisif. Un armistice fut conclu et un arbitrage condamna Berne en novembre 1368 à payer 30 000 fl. de dédommagement. Berne s'y refusa, mais en 1376 à la suite d'un nouvel arbitrage, l'évèque reçut 3000 fl. Cette guerre conduisit à la conjuration dite de Geltenhals de 1368. la plus grave menace que subit le gouvernement aristocratique bernois. C'était la demande formulée par les artisans d'être groupés en corporations politiques et d'avoir une participation au gouvernement. Une partie des Deux-Cents était avec eux. La conjuration fut réprimée avec énergie.
Le 15 juillet 1375, Berne racheta des Kibourg le fief de Thoune pour 20 100 fl. La somme fut trouvée par un emprunt à Bâle et un impôt extraordinaire sur la fortune (Telle). Peu après eut lieu l'invasion des Anglais de Coucy (voir Coucy). Berne acheta définitivement Aarberg en 1377 et acquit en 1380 les droits de seigneurie sur les terres du couvent de Frienisberg. Par contre, les Kibourg, héritiers de la famille de Nidau éteinte en 1375 lors de la guerre des Anglais, vendirent en 1379 Bùren, Balm, Altreu, Nidau et le landgraviat de la Bourgogne de l'Aar à Léopold III d'Autriche et à Fribourg.
La guerre de Berthoud, au commencement de 1383, permit à Berne de donner le coup de grâce aux Kibourg, qui, peu auparavant, avaient tenté vainement de s'attaquer à Soleure. Berne se servit pour la première fois de canons, qu'elle emprunta à Lucerne et à la comtesse de Neuchâtel. Quand les châteaux de Friesenberg, Grimmenstein et Trachselwald, appartenant à des ministériaux des Kibourg, eurent été détruits, Berne mit le siège devant Berthoud à fin mars. Les Confédérés et les Savoyards envoyèrent un contingent de 6000 hommes. Le comte Berthold défendait la ville, et, vers la mi-mai, probablement après une attaque infructueuse, le siège fut levé. Le dernier succès bernois fut la prise de Gru- ;>erg. Léopold III et les Confédérés, ces derniers penchant plutôt en faveur des Kibourg, s'interposèrent et négocièrent la paix. Le 5 avril 1384, les Kibourg vendirent Berthoud et Thoune aux Bernois pour 37 800 fl., somme dont les 20 100 fl. déjà payés pour Thoune fuient déduits. La paix conclue le 7 avril entre Berne, Soleure et les Kibourg était un arrêt de mort pour la politique de ces derniers. Ils devinrent bourgeois de Laupen, par déférence pour Fribourg et ne purent dès lors entreprendre aucune guerre sans l'autorisation des deux villes. — Voir F.-E. Welti : Die Stadtrechnungen von Bern aus den Jahren 1375-1384. — H. Tiirler : Die Rechnung uber den savoyischen Hûlfszug von 1383. De cette guerre data une nouvelle orientation de la politique bernoise, des relations plus étroites avec la Savoie, avec laquelle Berne s'allia le 4 avril 1384. La
ville fut en froid avec les Confédérés et l'on s'aperçut pour la première fois que les aspira lions de Berne en Bourgogne ne correspondaient pas avec celles des Confédérés.
Une autre conséquence de la guerre fut le soulèvement populaire de 1384. La bourgeoisie était poussée par le besoin, irritée de l'introduction en 1375 du Bospfenni n (impôt sur le vin), d'un nouvel impôt extraordinaire et de l'ajournement de la paix. Le Grand Conseil, qui la représentait, n'était qu'un instrument aux mains du Petit Conseil, et ce dernier était soupçonné d'intelligences avec l'ennemi. Lors de l'assemblée extraordinaire au couvent des dominicains, le 25 février 1384, le Petit Conseil fut déposé à l'exception de quatre membres et de l'avoyer Otto de Bubenberg. Une résolution du même jour demandait : le renouvellement annuel des fonctionnaires, des assemblées régulières de la communauté, la ratification des élections par ces assemblées, un Grand Conseil formé uniquement d'artisans. La souveraineté eût ainsi été dévolue au peuple, mais ce succès apparent n'eut pas de lendemain. Les assemblées de communauté disparurent jusqu'à la Réformation, le renouvellement régulier des fonctionnaires ne se fit pas et le gouvernement aristocratique fut assuré pour des siècles.
La guerre de Sempach surprit Berne. Sa rupture avec Fribourg et l'Autriche était inévitable, mais le moment choisi par Lucerne était fâcheux pour elle. Elle avait participé aux tentatives de conciliation de Zurich en février 1386, sans qu'on sache dans quel esprit. L'armistice qui dura jusqu'au 2 juillet lui permit de se préparer. Rodolphe d'Aarbourg mit le château deSimmenegg à sa disposition. En juin arrivèrent les appels des Confédérés ; le 25, un appel pressant et direct de Zurich. Considérant ses propres difficultés, Berne ne répondit pas. Depuis dix ans, la ville était excédée par les guerres et les achats et avait souffert de trois incendies de 1380 à 1383. Fribourg menaçait dans le Seeland et le Simmental, où elle avait acquis Mannenberg et Laubegg ; l'Autriche et ses vassaux l'entouraient au Nord et à l'Est. Malgré cela, Berne était tenue de fournir du secours en vertu de l'alliance de 1353, qu'il s'agît d'une guerre offensive ou défensive. Après Sempach, les Bernois ravagèrent le Val-de-Ruz pour punir Mahaud d'Aarberg qui avait renoncé à la combourgeoisie; ils firent de même à Willisau et au château de Hasenbourg qui lui appartenaient ; ils prirent à Pierre de Thorberg les châteaux de Thorberg et Koppigen et déclarèrent la guerre à Fribourg le 11 août. Mannenberg et Laubegg leur prêtèrent serment le 28 août. Berne ne rompit pas avec l'Autriche ; le 28 septembre, elle conclut un armistice avec Fribourg, jusqu'au 2 février 1387. Les Confédérés en firent autant avec l'Autriche le 12 octobre. Cet armistice, prolongé jusqu'au 2 février 1388, fut suivi de la reprise des hostilités. Enguerrand de Coucy avait obtenu entre temps de l'Autriche, en échange de mercenaires, Nidau, Buren, Wangen et Wiedlishach, qu'il avait occupés. Buren fut détruit et brûlé par Berne le 5 avril 1388. Fin avril, les Bernois envoyèrent un contingent aux Confédérés devant Rapperswil. Le 5 mai, ils mirent avec Soleure le siège devant Nidau, que la famine força à se rendre en juin. Fribourg et Berne entreprirent des incursions l'un contre l'autre en .juillet et en août, et les récoltes furent détruites. En janvier 1389, Berne entreprit une campagne contre l'Autriche, jusqu'à Brugg et dans le Fricktal. La paix du 1er avril 1389 lui donna : Mannenberg, Laubegg, Unterseen, Oberhofen, Balm, Unspunnen, Nidau avec la haute juridiction sur la montagne de Diesse, Gléresse, Douanne et le protectorat sur l'île de Saint-Pierre, la seigneurie de Buren dont la partie située sur la rive Nord de l'Aar échut en partie à Soleure Les prétentions de Fribourg sur le Seeland furent écartées par un arbitrage de 1395. Le résultat le plus remarquable de la guerre fut l'exclusion de l'Autriche de la Bourgogne. Neuveville devint combourgeoise de Berne en 1388 ; des traités d'amitié furent conclus avec les comtes Thiébaud de Neuchâtel-Bourgogne et avec le comte Etienne de Montbéliard. Les acquisitions territoriales de 1389 firent passer, en fait, le pouvoir des landgraves
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(XVe siècle)
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de Kibourg à Berne. Après la guerre, la dette de la ville se monta à 60 000 11., soil le septième de la fortune totale de Berne. Cette dette fui rapidement éteinte. Un impôt annuel extraordinaire sur la fortune de 2 y2 ",, fut levé de 138!) à 1393 sur les bourgeois el les bourgeois externes, puis le Bôspfennig fui réintroduit. La ville fil cependant de nouvelles acquisitions territoriales. Simmenegg 1391, Signau 1399, Frutigen 1400. Elle se consacra aussi à îles œuvres d'utilité publique : amenée d'eau potable et pavages de routes en 1399. Le XIVe s. transforma Berne en un État, le plus puissant de l'ancienne Bourgogne.
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7. XVe siècle. Les nouvelles tâches de Berne étaient l'extension et l'organisation de son territoire, puis l'admission de ses alliés enBourgogne dans la Confédération. L'extension fut surtout réalisée par la création de bourgeois externes. D'après les registres d'impôt, il n'y avait presque pas un village dans la région de l'Aar où il n'existât quelques bourgeois externes astreints à l'impôt et au service militaire. Les nouveaux bourgeois furent : en 1401, Guillaume de Valangin ; en 1403, Gessenay et Château-d'Œx; le 23 avril 1406, le comte deNeuchâtel; le 24 avril, la ville et le chapitre de Neuchâtel. En vertu de la combourgeoisie, Berne était instituée arbitre des litiges entre le comte et la ville de Neuchâtel. En 1407 furent reçus combourgeois les villes et seigneurs d'Argovie avec le consentement de leurs seigneuries; de ce fait, l'Autriche reconnaissait la situation de Berne. Lors du renouvellement de l'alliance avec Fribourg, en 1403, celui-ci fut astreint à prêter secours aux Confédérés. Le 14 mai 1405 éclata le plus grand incendie de Berne ; comme Albert de Bonstetten le dit plus tard, la ville fut rebâtie plus belle. La liquidation des terres des Kibourg eut lieu en 1406. Berne acquit ce qui leur restait des pouvoirs de landgraves en Petite-Bourgogne, et racheta en 1407 des Grunenberg l'hypothèque grevant le bailliage de Wangen. Berne et Soleure s'assurèrent la même année les droits hypothécaires sur Bipp, Wiedlisbach et Erlinsbourg, territoire qu'ils administrèrent en commun dès 1413 et se partagèrent en 1466. Berne acheta aussi en 1408 la seigneurie de Sumiswald avec Langnau et Huttvvil. Une difficulté surgit en 1410 avec la Savoie au sujet d'Oltigen ; c'est d'alors que date la première ordonnance de guerre bernoise qui nous soit connue. Le conflit fut apaisé par un arbitrage et Berne acheta Oltigen en 1412.
Les relations avec l'empire se ranimèrent occasionnellement. Le roi Sigismond, qui avait confirmé les libertés de Berne en 1413, visita la ville du 3 au 5 juillet 1414 et fut magnifiquement reçu. Par l'acte important du 23 mars 1415, qui couronna toutes les concessions impériales précédentes, il accorda à Berne le droit de lever des impôts sur ses sujets, de les astreindre à servir et d'exercer sur eux sa juridiction. Il confirmait ainsi le pouvoir de landgrave acquis par la ville et lui conférait la souveraineté effective sur toutes ses terres. De
tous ces droits, Berne exerça surtout celui de lever la troupe el chercha à soumettre se- sujets à l'impôt sur la fortune (Telle) el au Bôspfennig. La division administrative du pays se fit vers 1409. Le plus ancien territoire, les quatre paroisses de .Mûri, Bolligen, Stettlen et Vechigen dépendaient de la juridiction de la ville. L'Oberland avait -, m organisation propre. Le reste forma quatre juridictions : à gauche de l'Aar : Seftigen el Neuenej plus tard Sternenberg : à droite de l'Aar : Konolfingi a et Zollikofen : de cette dernière dépendaient aussi les seigneuries soleuroises de Buchegg et Bal m. A la tète de chaque juridiction était un bannerel / Venner). Leurcompétences étaient très diversement limitées par les droits de petites seigneuries ou des bailliages particuliers connue Laupen, Aarberg et par l'autonomie des petites villes de la campagne. La [dus grande variété régnait dans les coutumes et dans les droits des diverses localités. — Voir Th. Fricker : Twingherrfnstreit.
Avec la conquête de l'Argovie en 1415, Berne sortit pour la première fois de la Bourgogne. Dans les annéesuivantes, elle s'assura la route de l'Argovie par un traité de combourgeoisie avec Saint-Urbain. Elle acquit Landshut, les avoueries de Fraubrunnen, Kirchberg et Aarwangen. A l'occasion du concile de Constance, le pape Martin Y visita Heine du 24 mai au 3 juin 1418 et y fut brillamment reçu.
8. Troubles dans le Valais. Lucerne, Uri, Unterwald conclurent en 1416-1417 un traité de combourgeoisie avec les dizains supérieurs, concernant aussi l'Eschental, au sujet duquel les cantons primitifs étaient en guerre avec la Savoie ; leurs relations avec Berne s'étaient tendues en même temps, cette ville refusant de renoncer à ses relations amicales avec la Savoie. Des inquiétudes se manifestèrent dans la ville au sujet de l'Oberland. Les Yalaisans ayant en 1417 chassé Guichard de Rarogne, bourgeois externe de Berne et rejeté un arbitrage impartial, Berne leur déclara la guerre en 1418. Sion fut incendié par les Oberlandais. La sentence d'un tribunal arbitral à Zurich, qui condamnait les Yalaisans. fut rejetéepareux. Berne fit appelalors àtousles cantons. Uri et Unterwald se dérobèrent par haine de Berne et de la Savoie. Schwyz se décida pour Berne ; Zurich aussi en principe, mais cette ville voulut éviter la guerncivile. La politique franchement suisse de Zurich réussit, et les trois cantons primitifs restèrent neutres. En août 1419 eut lieu le combat du Lôtschenpass, et le 1er octobre la grande expédition à Ulrichen. Les Bernois passèrent le Grimsel avec 13 000 hommes parmi lesquels des alliés romands et des Schwyzois. L'avantgarde fut surprise à Ulrichen ; le 3 octobre la troupe se retira à cause des chutes de neige et du manque de vivres ; une autre incursion avait lieu en même temps par le Sanetsch. Berne prépara une seconde expédition, mais le duc de Savoie, l'archevêque de Tarentaise et l'évêque de Lausanne mirent fin au conflit par un arbitrage, qui condamna le 7 février 1420 les Yalaisans à payer les indemnités à Berne et à Guichard. Les deux parties acceptèrent cette solution. — Voir E. Hauser : Gesch. der Freiherren von Baron.
La conquête de l'Argovie avait rapproché Berne des Confédérés, mais la politique ultramontaine des Waldstâtten, qu'elle n'avait jamais approuvée, l'en sépara de nouveau. Berne ne combattit pas à Arbedo en 1422, mais en novembre 1425, elle envoya un secours de 2500 hommes aux Schwyzois devant Domo d'Ossola, ce qui rétablit les bonnes relations. Elle servit d'intermédiaire pour la paix avec Milan en 1426. Un désaccord survint avec Lucerne lorsqu'en 1420 Berne acheta Schangnau, qui dépendait du comté de Wolhusen. En 1423, Berne et Fribourg achetèrent la seigneurie de Grasbourg avec Guggisberg à Amédée VIII de Savoie. Berne rapprocha en 1424 le duc des Confédérés et sortit ainsi de sa situation ambiguë. Rudolf Hofmeister fut avoyer de la ville de 1418 à 1446 sans interruption. Pendant cette période, deux monuments furent élevés à la grandeur de Berne : en 1420 le Conseil chargea Justinger d'écrire la chronique officielle de la ville, et décida la construction de la collégiale.
9. La guerre de Zurich. Berne penchait plutôt en faveur de Schwyz dans son démêlé avec Zurich au sujet
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(XVe siècle)
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de Sargans, à cause de ses relations plus étroites avec ce cunlnii. cl par jalousie envers Zurich. Berne avança à Schwyz l'argenl nécessaire à Tachai de Sargans, au mépris de la combourgeoisie que cette ville avait avec Zunch. La sentence du Conseil bernois, du 29 novembre 14:58, donnait raison à Schwyz quant au fond et ne reconnaissait que la combourgeoisie de Zurich et Sargans. Berne voulut la guerre de 1440, malgré la résistance de ses alliés romands. Le Conseil donna l'ordre de mobiliser le 29 octobre ; Schwyz envoya la déclaration de guerre à Zurich Le 2 novembre. Henri de Bubenberg présida les négociations delà paix qui fut trouvée trop dure par Zurich ; celle-ci s'allia à l'Autriche en 1442. Le roi Frédéric III étant arrivé à Zurich, les envoyés bernois lui demandèrent la confirmation de leurs libertés, mais il réclama au préalable la restitution de l'Argovie. Sa visite à Berne le 6 octobre ne modifia pas ses exigences. La situation s'annonçait grave pour la ville : -l'Argovie était menacée, la France et la Bourgogne entraient en scène, travaillées par l'Autriche. La Savoie resta fidèle et retint la Bourgogne, en sorte que le duc Philippe se déclara neutre le 17 juillet 1443. La France ne se prononça pas. Dans ces conditions, Berne eût préféré conclure un arrangement, mais les Confédérés provoquèrent la guerre par la prise des fortifications du Hirzel. Heine rompit alors aussi avec Zurich, les 27 et 28 mai 1443, pour aider aux petits cantons, et entreprit en juin une expédition jusqu'à la Glatt. Les Bernois n'assistèrent pas à Saint-Jaques sur la Sihl ; ils assiégèrent inutilement Laufenbourg. Après un court armistice, les hostilités reprirent au printemps 1444. Les Bernois participèrent en mai au siège de Greifensee et furent en juin durant plusieurs semaines devant Zurich. Rechberg, commandant de cette ville, s'acquit la complicité de Ilans von Falkenstein, seigneur de Farnsbourg et de son frère Thomas, tous deux bourgeois de Berne comme leur grand-père. Ils surprirent Brugg, dont Rechberg voulait se faire un point d'appui, et furent assiégés dans leur château.
A fin juillet, la première nouvelle de l'arrivée des Armagnacs parvint à Berne. Bâle appela à l'aide, mais Berne avait ses troupes devant Zurich et Farnsbourg, et l'on ne sait en quelle mesure elles participèrent à Saint-Jaques sur la Birse. Une levée générale fut décrétée, mais la campagne était lasse et le Conseil n'osait pas punir les déserteurs. Les forces principales se réunirent en Argovie et les Bernois furent appelés à traiter avec le Dauphin à Bâle et Ensisheim ; au nom des Confédérés, ils conclurent avec la France le 21 octobre une paix qui ouvrait une longue ère de relations amicales entre eux et ce pays. Le premier ambassadeur français était Gabriel de Bernes, qui vint à Berne avec le traité de paix que la ville signa au nom de tous les Confédérés. Pour la première fois, cette cité formait le centre de la Suisse, le trait d'union entre les terres de langue française et les cantons allemands. Berne et la Savoie conclurent le 9 juin 1446 un armistice avec l'Autriche, et la paix fut signée en 1450.
Un soulèvement avait éclaté dans l'Oberland, durant li guerre, causé par la haine des sujets du couvent d'Interlaken contre ce dernier, et leur aversion pour les guerres multipliées. Une sentence des Confédérés, du 2:5 avril 1445, prononça en faveur du couvent ; le 2 mai les gens du couvent conclurent à ^Eschi le Baser Bund avec le Gessenay, le Simmental, /Eschi et Unterseen afin de se séparer de Berne. Cette ville en appela aux Confédérés qui cassèrent cette alliance le 28 août 1446. Les difficultés avec Gessenay durèrent jusqu'en 1451. — Voir G. ,-Ebersold : Studien zur Gesch. der Landscliaft San nen.
Une autre conséquence de la guerre fut la rupture avec Fribourg qui s'était aussi brouillée avec la Savoie. Berne et le Valais firent alliance avec cette dernière le 31 août 1446 et la guerre éclata à la fin de 1447 maigri' l'opposition du peuple bernois. Des razzias furent entreprises des deux côtés. Berne s'empara du bailliage de Grasbourg. Les Fribourgeois surprirent Grasbourg le 28 mars 1448, mais ils furent battus par les Bernois. La paix du 16 juillet 1448 fut dure pour Fribourg. Berne el la Savoie, qui tous deux convoitaient la ville, s'enga-
gèrenl par un accord de 1450 à ne pas empiéter sur leurs droits réciproques. Le duc rompit le traité en 1452 el accepta l'hommage des Fribourgeois. L'indignation de Berne fui étouffée par un arbitrage des Confédérés, du 18 décembre 1452 ; 15 000 fl. lui furent promis, mais le désaccord régna dès lors avec la Savoie. Berne chercha à gagner Fribourg par la bonté ; elle renouvela son traité de combourgeoisie et l'admit au bailliage de Grasbourg. En 1467, lorsque la frontière fut délimitée, ( iiinimenen devint bernois.
Dans la seconde moitié du siècle, Berne se développa beaucoup au point de vue de la culture générale. Dans bien des domaines l'ancienne simplicité disparut. Des modes romandes s'introduisirent. De vieilles traditions bernoises se perdirent. Les horizons s'élargirent, et, pour la première fois, se manifestèrent des goûts littéraires. De nouvelles familles s'élevèrent ; les nobles de Mulinen, vom Stein, Hallwyl et Bonstetten devinrent bourgeois; les familles de marchands des Diesbach, Malter, Schopfer, Zigerli (Ringoltingen) furent élevées à la noblesse. La noblesse l'emportait au Petit Conseil et détenait exclusivement les fonctions d'avoyer. Le Grand Conseil appartenait aux artisans ; il comptait environ 400 membres, soit un père de famille sur quatre.
Dans la campagne, on chercha à supprimer les différences entre sujets. Le gouvernement laissait tomber l'institution des bourgeois externes, qui avait fait son temps, et commença à affranchir les serfs. Un grand pas fui fait en 1468, quand les hommes tant libres que nonlibres furent appelés à prêter serment de fidélité. En des occasions importantes, le gouvernement consulta le peuple, la première fois en 1449 au sujet d'un nouvel impôt, le Wochenangster. Les petites seigneuries étaient un obstacle à l'unité. Tous les seigneurs avaient acquis une série de droits seigneuriaux, ce qui avait amené de la confusion dans les compétences juridiques. Le droit coutumier d'alors, la Gschrift, ne suffisait plus. — Voir E.von Wattenwyl: Ueber das Sffentliche Bec ht der Landscliaft Kleinburgund, dans AS G XIII. Le boucher Peter Kistler, avoyer, provoqua l'affaire des « seigneurs justiciers », le Twingherrenstreit (voir cet art.).
Diverses questions de politique extérieure restaient pendantes après la guerre de Zurich. L'Autriche ne renonçait pas à l'Argovie et demeurait une source d'inquiétudes quoique Berne cherchât à rentrer en bonnes relations avec elle et ne prit aucune part aux entreprises des Confédérés contre Rapperswil et en Thurgovie, excepté devant Diessenhofen. Dans la Suisse occidentale, Berne conservait sa prépondérance. Elle recherchait l'amitié de la France depuis Saint-Jaques sur la Birse et négocia le premier accord entre la France et la Suisse, du 8 novembre 1452. Elle écarta une menace de Louis XI contre la Savoie. En 1465, Berne déclina des ouvertures bourguignonnes et reprit les relations avec la France par l'ambassadeur Niklaus von Diesbach. Les avances de la Bourgogne furent partiellement accueillies en 1467 : un traité d'amitié fut signé le 22 mai, dans lequel furent compris Zurich, Soleure et Fribourg. Les autres cantons avaient une profonde aversion pour cette expansion à l'Ouest.
Le danger autrichien entra dans une phase aiguë lorsque Soleure eut attiré Berne dans l'alliance avec .Mulhouse, ce qui irrita l'Autriche sans motif. La guerre menaça en 1467 à cause de Schaffhouse qui fut protégé par des troupes bernoises. Mulhouse entra en campagne en 1468 et fut assiégé par la noblesse autrichienne. Les Confédérés firent en juin et juillet une cruelle et inutile expédition dans le Sundgau. A leur retour, Mulhouse fut de nouveau assiégée. Les Bernois rentrèrent chez eux, les Confédérés n'ayant aucun plan arrêté, mais à la nouvelle du siège de Waldshut, ils rentrèrent en campagne. Leur intention était d'entrer dans le Fricktal et la Forêt-Xoire pour couvrir l'Argovie, mais la paix de Waldshut, du 27 août 1468, leur causa une amère déception. — Le traité de Saint-Omer conclu par Louis XI effraya Berne. L'Argovie parut plus menacée que jamais. Diesbach rapporta de son ambassade en France des propositions d'alliance que Berne accepta. L'amitié de Louis XI apparaissait comme l'ancre du salut en présence du danger bourguignon. Entre temps eurent
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(XVIe SIÈCLE)
lieu les agissements du bailli Hagenbach. Une mission d'Adrien de Bubenberg auprès de Charles-le-Téméraire, en avril 1470, resta sans succès. L'alliance défensive avec la France fut alors acceptée par tous les cantons. Les premières pensions françaises furent distribuées à Berne en 1471.
10. Les guerres de Bourgogne Tous les actes de Charles furent dès lors interprétés dans un sens belliqueux. Berne rechercha l'amitié des Habsbourg. Bubenberg en juin 1473, puis Diesbach en automne se rendirent auprès de l'empereur, tous deux sans résultat. Scharnachtal et Wabern se présentèrent en janvier 1474 à Charles, à Ensisheim ; il les reçut gracieusement, mais ne voulut rien changer en Alsace. L'influence de Diesbach, partisan aveugle de Louis XI, devint alors prépondérante. Grâce à lui, le roi obtint que Sigismond renonçât aussi pour ses descendants à l'Argovie qui fut ainsi définitivement assurée à Berne. La guerre fut concertée avec Louis XI et au retour de Diesbach, Berne entreprit d'y décider la Suisse. Diesbach y parvint ; seul Bubenberg reconnut la duplicité des Français, se persuada des sentiments pacifiques de Charles et réprouva la campagne de calomnies menée par Diesbach contre la Bourgogne. Berne accueillit les offres françaises d'alliance le 22 septembre 1474 ; Diesbach brisa les dernières résistances le 21 octobre à la Diète de Lucerne. Auparavant, le 2 octobre, Berne avait secrètement fait au roi une déclaration qui n'engageait pas ce dernier de manière absolue. Berne déclara la guerre à Charles le 25 octobre. Elle espérait conquérir le pays de Vaud, mais son expédition était au point de vue diplomatique insuffisamment préparée. La campagne fut commencée avant que Louis XI eût ratifié l'alliance, il attendait le résultat de la première bataille. Berne ne conclut aucun accord avec lui au sujet des buts de la guerre. La situation en Savoie restait ainsi mal définie. La valeur de l'infanterie suisse sauva la situation. Une grande distribution de pensions eut lieu le 4 avril 1475, après la bataille d'Héricourt, dans la maison de Diesbach. La Diète ratifia la déclaration secrète du 2 octobre ; la Savoie resta neutre. Jacques de Bomont plaça le pays de Vaud au printemps 1474 sous la protection de Berne. Mais quand Diesbach eut été offensé à Genève aux premiers jours de 1475, Berne adressa le 21 janvier un ultimatum à la Savoie. La duchesse Yolande ne l'accepta pas, et les Confédérés interdirent à Berne de déclarer la guerre. Les Bernois entreprirent en avril une expédition en Franche-Comté, conduits par Diesbach. Mais il dirigea subitement l'armée vers le pays de Vaud, au grand effroi du Conseil. Grandson, Échallens, Jougne furent pris, mais la Savoie n'entra pas en campagne. Le 10 juillet, un tribunal de parti exclut Bubenberg du Conseil ; ce fut le dernier acte de Diesbach qui trouva la mort au siège de Blamont. Son parti se maintint quoique Louis XI l'eût abandonné au traité de Souleuvres, le 13 septembre. Charles était encore disposé à la paix, mais Berne était décidée à tout, malgré son isolement. Elle répondit aux offres de la Bourgogne en déclarant la guerre à Jacques de Bomont le 14 octobre, et entraîna les Confédérés avec elle. Aigle avait été pris le 16 août ; une alliance conclue le 7 septembre avec l'évêque de Sion enlevait toute inquiétude au sujet du Saint-Bernard. Le 14 octobre une deuxième incursion fut faite avec Fribourg dans le pays de Vaud ; elle ne rencontra qu'une faible opposition. Les Lucernois rallièrent l'armée et les bannières suisses flottèrent pour la première fois sur les rives du Léman. Genève put échapper à Berne et aux Confédérés en payant une rançon de 26 000 écus de Savoie. L'armée principale des Confédérés arriva trop tard ; Berne et Fribourg conservèrent le pays de Vaud. Scharnachtal ôta aux États de Vaud leurs privilèges. Grandson et Yverdon furent occupés par des garnisons. Une nouvelle intervention pacifique, de Rodolphe de Hochberg, comte de Neuchâtel, n'eut pas de succès. Le 1er février 1476, on apprit à Berne l'arrivée de Charles-le-Téméraire dans le pays de Vaud ; le 8, il l'occupait en entier. L'armée principale bernoise se trouvait le 15 vers Morat, attendant l'ennemi du côté de Payerne. La levée des troupes fédérales n'eut lieu que le 23. Le 27, les Bernois se dirigèrent sur Neuchâtel où ils se joignirent
aux contingents des Confédérés. L'armée suisse se mit en marche le 2 mars sur Grandson; le même jour eut lieu la bataille devant cette localité. Elle se termina à l'avantage des Confédérés qui ramassèrent un butin énorme (voir art. Grandson). Les fortes pertes de Grandson causèrent un grand deuil à Berne. Charles réunit en mars son armée à Lausanne. Berne ayant ouvert les hostilités le 18 sans décision de la Diète, dut faire campagne seule. Bubenberg occupa Morat le 8 avril avec 1600 hommes ; il disposait de pouvoirs illimités et avait deux mois pour se préparer. Louis XI resta sourd à tous les appels. Charles se mit en marche le 27 mai ; l'armée bernoise fut mise de piquet le 29. Les Simmentalois tombèrent sur Vevey le 8 juin ; Charles était le 9 devant Morat ; le 10 l'armée bernoise couvrait la Sarine et la Singine. Elle repoussa le 12 une attaque bourguignonne sur Laupen. Le territoire de la Confédération ayant été violé, les Confédérés furent contraints de venir au secours de Berne. Il n'y eut pas de levée générale, mais chaque canton envoya le contingent qu'il voulut. Les Bâlois arrivèrent premiers le 17, les Confédérés de la Suisse orientale les derniers le 21. La bataille de Morat qui eut lieu le 22 juin, fut une grande victoire des Confédérés (voir art. Morat). Peu après les Suisses envahirent le Pays de Vaud. Louis XI demanda la cessation de la campagne. Le 29 juin un armistice fut d'abord conclu avec la Savoie. Berne, toujours aveugle au sujet de Louis XI, le pria de se faire représenter au congrès de paix. Mais au moment décisif, la Diète enleva à cette ville la direction des affaires. Les Français l'abandonnèrent au congrès de Fribourg et la possession du pays de Vaud lui fut refusée. Elle n'obtint que Morat, par la paix du 16 août, et en commun avec Fribourg. Par contre, les conquêtes dans la vallée du Rhône et les fiefs de la maison de Chalons dans le Nord du pays de Vaud, restèrent tacitement aux vainqueurs. Une dispute éclata là-dessus parmi les Confédérés, Berne ne voulant pas tolérer d'autres cantons comme co-seigneurs du Pays de Vaud, puisqu'elle ne s'immisçait pas dans les affaires de la Suisse orientale. Pour finir, Berne et Fribourg payèrent aux autres en 1484 20 000 fi. et conservèrent en commun Morat, Échallens, Grandson et Orbe. Berne garda Aigle et Cerlier pour elle seule. La guerre finie, Berne abandonna sans regret la direction de la Confédération et s'occupa de ses affaires dans la Suisse occidentale.
Le conflit au sujet de la Franche-Comté témoigna à nouveau de l'existence d'un parti opposé à Louis XI à Berne. Le Petit Conseil voulait la laisser à Louis XI, le peuple s'y opposa. La Diète l'adjugea au commencement de 1478 à Maximilien et à Marie de Bourgogne, grâce à l'influence de l'avoyer Bubenberg.
Une crise économique suivit les guerres de Bourgogne. La peste régna en 1478-1480 et en 1482-1483 ; les moissons manquèrent en 1477, 1478 et 1480-1482. Le gouvernement interdit l'exportation et la vente des principales denrées alimentaires. La misère fut à l'état aigu en 1482, des gens moururent de faim.
Mais en 1483 la peste disparut, et les récoltes furent bonnes. La dépravation et la corruption étaient devenues telles depuis la guerre que tous les mandements étaient restés impuissants. Le gouvernement appela l'église à son aide. On organisa de grands pèlerinages dits de Borne, en 1476, 1478, 1480-1484, dont le produit fut partiellement affecté à la construction de la collégiale. Déçue à l'Ouest, Berne dirigea vers le Nord, dans l'évêché de Bâle, sa force d'expansion. Elle s'était engagée envers l'évêque en 1470 à ne pas recevoir ses sujets comme combourgeois, et avait conclu avec lui une alliance en 1484. Cependant la ville de Berne se mêla en 1485 de l'élection litigieuse d'un prévôt à Moutier ; elle occupa le val de Moutier et reçut le serment des habitants. Mais devant la colère des autres cantons, elle se retira après avoir conclu un traité de combourgeoisie, le 14 mai 1485, avec la prévôté de Moutier et Bellelay. L'évêque dut se soumettre au traité du 26 novembre 1485 et ne rentra dans ses droits qu'en 1495.
A la mort de Bubenberg, Berne se rapprocha de la France. Elle voulait renouveler l'alliance, mais le gou-
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(xve-xvie siècles)
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vernement français se récusa et conclul en 1485 un simple traité d'amitié. Berne se tourna alors vers l'empire, et dliiini en I'i87 la confirmation de ses franchises. Malgré l'identité de sa politique avec celle de Waldmiiiin, Heine laissa tomber ce dernier, Q 'étant pas tenue comme les Waldstàtten à le protéger. Les mêmes éléments de trouble menaçaient à Heine comme à Zurich et la fermeté seule du gouvernement parvint à étouffer un soulèvement . Berne entreprit une politique autrichienne en opposition complète aux Waldstàtten. Quand l'alliance héréditaire avec Maximilien échoua en 1491, Berne voulut au moins maintenir la neutralité et se refusa à une alliance avec la France.
Le commencement des expéditions en Italie, en 1494, eut son contre-coup en Suisse. Berne ferma sans succès réel la route aux racoleurs français. Des propositions d'alliance furent faites en 1495 par la Fiance et Milan ; Berne opta pour Louis Sforza. Elle fut l'unique canton représenté à la Diète de Worms en 1495, et promit à Maximilien de remplir ses obligations envers l'empire, malgré la colère des autres États. Là-dessus sept cantons entrèrent le 1er novembre dans l'alliance française. La réponse de Berne fut la capitulation de Milan du 1er mars 1496 ; Schwyz et Obwald la signèrent aussi. Le 11 juillet, elle conclut un accord avec la ligue anti-française pour toucher des subsides. Les autres cantons étaient irrités de la clause de neutralité prévue dans la capitulation ; elle leur enlevait le secours de Berne. Le peuple bernois lui-même critiquait la politique gouvernementale. La noblesse bernoise se joignil à Maximilien lors de son expédition à Rome en 1496. Dans la guerre entre la France et l'empereur, de 1498, Heine resta neutre ; les autres cantons laissèrent leurs mercenaires servir en France. Lors de la guerre de Souabe, Berne se rallia à la mobilisation décrétée par la Diète, tout en désapprouvant la guerre ; le 1er mars, elle entra dans l'alliance française. (Voir art. Souabe,