‹ Dictionnaire historique & biographique de la SuisseChapitre 51 sur 425 · GUERRE DE · texte numérisé non relu

GUERRE DE

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11. XVIe siècle. Au commencement de ce siècle, Berne sembla avoir perdu sa ligne politique. Durant les guerres d'Italie, la politique officielle qui de tout temps avait été opposée aux ambitions ultramoni aines, fut contrecarrée par des intérêts privés. Des fils des premières familles se trouvaient à Xovare en 1500 dans le camp français et dans celui du duc. Le principal agent français fut à ce moment, par exception, sévèremenl puni. Les lettres de pensions de 1500 et

1503 furent dressées à l'instigation de Berne ; en 1501, Heine refusa les pensions françaises et en 1504 dénonça l'alliance, mais en 1505 déjà elle y était ramenée par l'évêque de Lausanne Aymon de Montfalcon. Berne penchait cependant en faveur de Maximilien et travaillait à reprendre les négociations pour l'alliance héréditaire. La Diète y consentit en 1507 el offrit son appui à Maximilien pour son expédition de Rome. Les Français gagnèrenl alors l'opinion publique bernoise à prix d'argent et réussirent à séparer Berne de Maximilien. L'affaire Jetzer manifesta une fois de plus l'ignorance et la superstition qui régnaient dans la ville. Berne prit parti pour Venise contre la ligue de Cambrai, mais se refusa â une alliance à cause de la question financière. L'alliance française ne fut pas renouvelée et prit fin en 1509. En 1510 Heine accepta l'alliance avec le pape et en 1511 l'alliance héréditaire avec Maximilien. Un petit groupe, dont l'avoyer Guillaume de Diesbach faisait partie, resta secrètement fidèle à la France. La Suisse centrale se défiait de Berne, aussi après l'affaire des trois hérauts dont l'un était Bernois, Berne voulut-elle conserver la paix. Elle ne déclara la guerre à la France le 26 novembre 1511 que sous la pression des autres cantons, et envoya 22IIH hommes pour la « campagne d'hiver ». A la fin.de 1511, elle somma les autres cantons de l'aider à faire la conquête de Neuchâtel, dont le comte était au service de France ; ils refusèrent. L'insuccès de la campagne de Milan ralluma la suspicion contre Berne qui dut se justifier. Ses tentatives de conciliation furent inutiles, la Diète prit le parti de la Sainte-ligue. Berne envoya 1000 hommes mal équipés à l'expédition de Pavie, qu'elle avait voulu empêcher au dernier moment. Berne, Bienne et Gessenay rapportèrent une bannière de .Jules II de la conquête de la Lombardie. En juillet 1512, Berne occupa Neuchâtel avec Lucerne, Soleure et Fribourg ; les autres cantons, sauf Appenzell, furent admis au gouvernement de ce comté en 1514. Berne arrangea l'alliance entre la Savoie et les autres cantons. Les relations secrètes duraient toujours avec la France. Une ambassade française fut reçue à la fin de 1512 ; elle enrôla secrètement des soldats et acheta les membres des autorités. Diesbach était le premier en liste des pensionnés français. Toutefois, le gouvernement n'osa pas accorder aux mercenaires le droit de passage par crainte du peuple, de sorte que la honte d'une trahison lui fut épargnée. Berne perdit 150 hommes le 6 juin 1513 à la bataille de Novare, parmi lesquels Benedikt von Wingarten. Les vainqueurs ramenèrent un jeune ours qui fut mis dans un des anciens fossés de la ville (origine de la fosse aux ours).

Le bruit de pertes élevées devant Novare, l'agitation parmi les paysans, la haine des pensionnés de la France, la persuasion de la trahison du gouvernement, l'insolence de la jeunesse de la ville à l'égard des campagnards provoquèrent un soulèvement qui éclata à la fête patronale de l'église de Kôniz, le 26 juin. L'avoyer von Wattenvvyl réussit à maintenir l'ordre. Des émeutes eurent lieu aussi dans l'Emmental et dans la Haute-Argovie. Les Oberlandais marchèrent sur Berne. Le gouvernement conclut le 2 juillet un accord moyennant une amnistie totale. Le rôle des pensions fut lu au peuple à Kôniz et la honte des dirigeants bernois découverte. Les principaux coupables furent expulsés des Conseils et condamnés à des amendes. Michael Glaser, le distributeur des pensions et chef des mercenaires, fut décapité ; le banneret Hetzel, dont le fils avait été le principal enrôleur pour la France, fut mis à mort par les paysans alors qu'il se rendait à la Diète d'Olten. La décision du 28 juillet stipulait : Pas d'alliance extérieure sans l'avis du peuple, suppression des pensions, allégement des conditions économiques.

A l'instigation de Berne, qui leva 2700 hommes, une expédition en Bourgogne fut décidée. Elle ne réussit pas, à la déception delà ville. La situation internationale resta tendue. Sur le conseil de Berne, les Confédérés entrèrent au commencement de 1515 dans une alliance avec l'empereur et l'Espagne. François I" menaça la Lombardie au printemps La première levée de troupes réunit 400 Bernois sous les ordres d'Albrecht vomStein, la seconde 1500 sous les ordres d'Anton Spilmann ; la

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Berne au XVlIIe siècle. D'après une gravure sur cuivre de D. Herrliberger.

L église du Saint-Esprit et le i.'rand hôpital de Berne en 1740. D'après un tableau de M. Grimm,

reproduit en couleurs par S. Weibel.

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(XVIe siècle)

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frontière de L'Ouesl fui en même temps occupée. La discorde éclata dans l'armée, qui se sépara à Novare ; les Bernois e1 ses alliés de la Suisse occidentale se retirèrent, le 27 aoûl à Arona. La p;ii\ de Gallarate fut acceptée le 8 septembre par le conseil de guerre, réuni à Domodossola, avanl (|u*il eut reçu les pleins pouvoirs du Conseil. Le 11, les contingents de la Suisse occidentale prirent le chemin du retour. Les autres se dirigèrent sur Milan. Les 13 et 14 septembre avait lieu la bataille deMarignan, à laquelle participèrent néanmoins 1000 volontaires de Berne et les troupes de la Basse-Argovie. Après la bataille, on comprit à Berne que la Suisse n'était pas capable de jouer un rôle dans la politique des grandes puissances, on renonça à la politique ultramontaine pour se tourner décidément vers la France. La paix se fit le 7 novembre 1515 à l'instigation de Berne et une nouvelle alliance fut conclue. Cinq cantons rejetèrent cette paix, outragèrent Berne et envoyèrent au commencement de 1516 leurs mercenaires à l'empereur Maximilien pour conquérir Milan. Ceux de Berne entrèrent au service du roi de France, de sorte que des Suisses se trouvèrent dans les deux camps devant Milan. La Diète aussi s'opposait à Berne ; une catastrophe fut évitée par la retraite de Maximilien. Le 29 novembre 151 6 enfin, tous les cantons signèrent une paix perpétuelle avec la France. L'interdiction relative aux pensions de 1513 fui levée à Pâques 1517. La même année, Berne rapprocha la Savoie de la France, mais en 1519 elle était adversaire de la candidature de François Ier au trône impérial. Depuis la réunion des monarchies d'Espagne et des Habsbourg, Berne considérait que la Lombardie devait rester à la France, ce qui l'obligea dans les années suivantes aux plus grands sacrifices. Le 5 mai 1521, une nouvelle alliance fut conclue avec la France. Charles- Quint commençait en même temps les hostilités contre Milan ; Berne contraignit la France à épargner la Franche-Comté. Chaque année, il fallut envoyer des hommes en Lombardie et chaque année la situation empira. En 1522, les brillants mercenaires de Stein tombèrent à la Bicoque ; la noblesse de Berne pleura ses fils. Une dernière levée de troupes eut lieu à fin 1524, mais seuls quelques-uns se sauvèrent de la catastrophe de Pavie, le 25 février 1525, et rentrèrent désarmés au pays. Cette défaite fit réfléchir les Bernois dont l'ardeur guerrière fit place au désenchantement.

12. La Benaissance se manifesta à Berne par un grand désir d'indépendance. Un intense besoin de vivre traversa la ville et la campagne. Mais il n'en résulta que plus de rudesse dans les mœurs, moins de sécurité, et des désordres. Attirés par le service mercenaire, les hommes abandonnaient le travail. Le peuple était mécontent, car l'or de l'étranger n'arrivait pas jusqu'à lui. Dans la ville, où les magistrats étaient déjà inamovibles, les deux avoyers furent changés tous les deux ans dès 1507. Chacun pouvait encore obtenir la bourgeoisie, mais elle était peu recherchée, car les levées de troupes et les impôts pleuvaient sur la ville. Celle-ci ne cherchait pas à opprimer la campagne, mais elle montra dans maintes occasions malheureuses qu'elle comprenait mal les besoins de cette dernière. Berne subit peu l'influence de l'humanisme. Ses grands chroniqueurs et secrétaires de ville venaient d'ailleurs. Elle ne posséda une imprimerie que des années après Berthoud.

13. La Réformation. Berne était restée jusqu'alors fidèlement attachée à sa religion. Elle fêta seule en 1501 le jubilé d'Alexandre VI, alors que les autres cantons n'en firent rien. L'exécution des dominicains, qui furent brûlés vifs en 1509 pour s'être laissé duper par un audacieux imposteur, Hans Jetzer, fut un meurtre judiciaire (voir Jetzer, Affaire). Le clergé était corrompu par de grasses prébendes, ignorant, et incapable de marcher avec le progrès. Douze couvents et maisons religieuses existaient en ville, la plupart bien déchus. Le gouvernement se substitua aux évêques incapables, punit es religieux fautifs, ordonna des pèlerinages et des pénitences et réalisa ainsi une sorte d'église d'État dont la tenue était remarquable. La première opposition naquit lors de la vente des indulgences par Sanson en 1518. Les pionniers de la Réforme furent Berchtold Haller dès 1520, et divers étrangers : le chroniqueur Y.

Anshelm, le cordelier Sébastian Meyer, et Niklaus Manuel, «lotit les ancêtres étaient italiens. En 1522 Haller affirma du haut de la chaire ses opinions luthériennes ;

le Conseil le protégea contre l'évêque de Lausanne. Le premier mandement de réformebemoisparut en 1523, ordonnant de ne prêcher que l'Evangile. A partir de cette année-là e1 jusqu'en 1528, un mandement fut édicté chaque année, tantôt en faveur de l'ancienne foi, tantôt en faveur de la nouvelle, selon la puissance des partis. La raison d'État jouait un rôle important ; les grandes convictions faisaient défaut. A Noël 1525, Haller cessa «le dire la messe : la dispute de Baden, à laquelle Haller et le curé Kunz d'Erlenbach prirent part, eut lieu en mai 1526. La majorité catholique du Petit Conseil tenta sans succès d'éloigner Haller ; la rupture avec Zurich demandée par les catholiques fut aussi écartée. Les Réformés obtinrent la majorité aux élections de Pâques 1527. Des lois d'exception exclurent les catholiques des deux conseils. Des avoués furent donnés le 28 juillet à tous les couvents. La campagne était cependant favorable en général à l'ancienne foi et vivait dans une incertitude religieuse générale. Pour éclairer l'opinion, il fut décidé d'organiser une dispute religieuse ; on y invita des personnages marquants, les cantons et alliés, tous les ecclésiastiques, et les quatre évêques du territoire bernois. Les cantons catholiques déclinèrent l'invitation, seul l'évêque de Lausanne envoya des représentants. Les débats durèrent du 6 au 26 janvier 1528. Tandis que les protestants avaient envoyé entre autres Zwingli et Œcolampade, les catholiques étaient insuffisamment représentés. Le 27 janvier, le Grand Conseil décida la suppression dans la ville des images et de la messe qui fut remplacée par le prêche et la Sainte Cène. De suite eut lieu l'enlèvement et la destruction des ornements d'église. Le 2 février, la bourgeoisie prêta serment à la nouvelle confession ; le 7 parut le mandement décisif rendant valables pour tous les ecclésiastiques les dix thèses de la dispute et supprimant le pouvoir des évêques. Des messagers du gouvernement parcoururent la campagne pour faire accepter le protestantisme. La confiscation des biens d'église donna lieu toutefois à des soulèvements. Les legs pieux furent retenus par le gouvernement, les dîmes, durent lui être payées. Des troubles locaux éclatèrent dans le Seeland, tandis qu'un dangereux soulèvement dans l'Oberland, soutenu par Obwald, dut être étouffé par la troupe.

Berne s'attira l'inimitié de l'Autriche en supprimant le couvent de Kônigsfelden ; elle avait rompu avec les cantons primitifs depuis le soulèvement de l'Oberland. Elle conclut un traité de combourgeoisie en 1528 avec Zurich, Constance et d'autres villes. Berne fut dissuadée par Manuel de participer à la première guerre de Cappel. Ses conditions et non celles déraisonnables de Zurich servirent de base à la paix. Dans la seconde guerre de Cappel, elle envoya 6000 Bernois en Argovie et 4000 aux frontières de l'Emmental et de l'Oberland. Des mésintelligences éclatèrent entre Berne et Zurich, la Béforme dans les bailliages en fut la victime lors de la paix du 24 novembre 1531.

La Réforme provoqua du reste une transformation intérieure totale. Les pensions furent interdites ; d'anciennes familles disparurent de la scène politique alors que d'autres y parvenaient. Les biens et revenus des églises et des couvents passèrent à la ville. Elle reprit aussi leurs dettes, s'occupa des religieux, améliora les bénéfices et fit de grandes dotations aux hôpitaux. La campagne fut divisée en chapitres, le synode cantonal créé ; les collations revinrent en général au gouvernement. L'organisation de l'église fut réglée par le grand synode de 1532. Un collège théologique fut créé en 1528 pour former de nouveaux pasteurs, et doté de bourses. La vie intellectuelle naquit, une imprimerie s'ouvrit en 1536,1a première bibliothèque en 1540. Des mandements sur les mœurs furent édictés ; un consistoire chargé de veiller à leur application. Un consistoire semblable fut créé dans chaque paroisse, composé du pasteur et de deux laïques, et dépendant du Haut-consistoire de Berne. La superstition disparut devant une éducation austère, le peuple devint sobre et laborieux, plus modéré

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(XVIe -XVIIe siècle)

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et réfléchi en général. Le gouvernement agit énergiquement contre les anabaptistes, sans pouvoir cependant en venir complètement à bout. Berne chercha à répandre la nouvelle foi chez ses sujets et ses alliés. Aigle, où Farel séjourna en 1527, fut la première localité de langue française qui adhéra au protestantisme. Dans les bailliages communs, on ne tint pas compte de Fribourg, qui se fâcha. Schwarzenbourg et Morat renoncèrent au catholicisme, Grandson et Orbe plus tard. — Dupraz : Le «Plus» à Orbe et Échallens dans ZSK 9, 10.

14. Berne et Genève; Conquête du Pays de Vaud. Dans la lutte entre Genève et le duc de Savoie, Berne prit le parti de la ville, quoiqu'elle eût en 1518 refusé de lui reconnaître le droit de conclure alliance. En 1526, les deux cités conclurent un traité de combourgeoisie. Berne participa en 1530 avec Fribourg et Soleure à l'expédition destinée à libérer Genève. Elle y introduisit la Réforme et y envoya Farel. Il en fut chassé, puis rappelé, fin 1533. Une ambassade bernoise exigea sous menaces l'introduction du culte évangélique en février 1534 et des commissaires bernois veillèrent à l'application de cette mesure. Berne devint ainsi l'ennemi de la majorité catholique des cantons, de l'empereur et du duc de Savoie. Le Conseil déclara la guerre à ce dernier le 27 décembre 1535. Hans-Franz Nàgeli se mit le 22 janvier 1536 à la tête de la première expédition composée de 7000 h. ; il prit le pays de Vaud sans coup férir, occupa Genève, le pays de Gex, le Genevois et une partie du Chablais. Genève refusa le protectorat de Berne. La seconde expédition, de 1800 hommes, partit le 20 mars, prit Lausanne et délivra Bonivard à Chillon. Fribourg obtint la partie Est du pays de Vaud, sans avoir dû participer à la guerre ; Genève fut liée par le traité perpétuel du 7 août 1536 et dut renoncer à son droit de conclure des alliances. Le pays de Vaud fut divisé en bailliages, les anciens droits furent autant que possible conservés, une juridiction créée par bailliage avec un tribunal d'appel français à Berne. Les nobles prêtèrent le serment de vasselage, les villes conservèrent leur administration propre. Le pays se soumis sans résistance ; aussi, le 24 décembre 1536, le mandement de réformation fût-il édicté. A l'instigation de Nàgeli, l'allemand devint la langue officielle pour les relations avec Berne. Pendant plusieurs dizaines d'années, la Savoie songea à reconquérir les territoires perdus. Les relations avec Genève restèrent tendues à cause du traité perpétuel et de l'attitude de Calvin qui refusa en 1538 d'accepter l'ordonnance ecclésiastique bernoise. Berne s'opposa à l'entrée de Genève dans la Confédération, en 1549 ; les deux villes laissèrent tomber en 1555 leur traité de combourgeoisie qui fut renouvelé à perpétuité en 1558 à cause du danger savoyard. Berne et Fribourg acquirent par traité du 6 novembre 1555, et pour 85 000 couronnes, le comté de Gruyère. Berne eut pour sa part Gessenay, Rougemont, Château-d'Oex et la seigneurie d'Oron.

Le pays de Vaud fut plus difficile à garder qu'à conquérir. Berne ne risqua rien tant que la France maîtrisa la Savoie. Mais Charles-Quint était l'ami du duc ; en 1542, la Diète de l'empire intima l'ordre de lui restituer le pays de Vaud. Le duc Emmanuel-Philibert reçut la Savoie en 1559 et éleva immédiatement des prétentions sur Vaud et Genève. Berne était abandonnée par la France et les Confédérés, et ne possédait aucun chef capable. L'Espagne empêcha la guerre d'éclater et obligea le duc à négocier. Genève fut ainsi sauvée, mais Berne perdit le pays de Gex, le Genevois et le Chablais par la paix de Lausanne, du 30 octobre 1564. C'était la première fois que Berne rétrocédait quelque chose ; ce fut une perte pour la Suisse et la considération bernoise en fut diminuée.

Dans les années suivantes, les guerres de religion en France et le maintien de l'intégrité genevoise vinrent occuper Berne. A la demande du duc, l'alliance avec la Savoie fut renouvelée le 5 mai 1570, mais une alliance défensive de Genève avec la France échoua. Le duc s'allia en 1577 aux cantons catholiques ; Berne, Soleure et Genève y répondirent le 8 mai 1579 par une alliance défensive avec la France, avec protectorat francobernois sur Genève. Le duc Charles-Emmanuel investit

Genève en 1582, de sorte que sur les rives du Léman, les Bernois se trouvèrent en opposition aveclesjWaldstâtten. La France intervint. Berne soutenait dans ce pays le parti d'Henri de Bourbon. Elle prit part en juin 1587 à l'expédition en faveur des protestants de Mulhouse. En 1588, Zurich et Berne conclurent un traité de combourgeoisie avec Strasbourg. La même année, le duc renouvela ses prétentions sur Vaud et Genève et organisa à Lausanne une conjuration qui échoua. Berne hésita devant une déclaration de guerre ; le peuple semblait avoir perdu le goût des armes. 12 000 hommes dirigés par l'avoyer von Wattenwyl marchèrent sur Genève en juin 1589. Les négociations et l'immobilité lassèrent l'armée qui rentra dans ses foyers le 19 août. L'Espagne empêcha le duc de marcher sur le Pays de Vaud, qui fut sauvé par la paix de Nyon du 11 octobre 1589 ; Genève fut abandonnée. Le peuple, indigné contre le gouvernement, rejeta cette paix, et l'avoyer von Wattenwyl fut même déposé. La situation resta telle jusqu'à l'armistice de 1594, qui dura de longues années.

La question de Bienne occupa Berne longtemps. Elle négociait depuis 1596 avec l'évêque de Bàle pour faire de Bienne une ville sujette. Elle acquit cette ville et seigneurie le 27 novembre 1599 pour 15 000 couronnes ; l'Erguel et le val de Moutier, où Berne renonçait à sa combourgeoisie, passaient entièrement à l'évêque. Ce traité fut annulé en 1606, Berne n'ayant osé l'exécuter à cause du mécontentement des autres cantons et de Bienne même. De longs démêlés s'élevèrent avec Fribourg, qui voulait partager les bailliages communs aux fins de rétablir l'ancienne foi dans les territoires qui lui reviendraient. Berne demeura inflexible. Elle ne fut rassurée cependant que lorsque le duc Charles- Emmanuel eut définitivement renoncé. au pays de Vaud et renouv.elé son alliance le 23 juin 1617.

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15. De la guerre de Trente ans a 1798. L'affaire des bourgeois renonces de Neuchâtel envenima les relations avec la France ; Berne, appelée à prononcer entre le prince Henri II de Longueville et la ville de Neuchâtel, donna raison à cette dernière le 26 février 1618. La France se vengea sur les Grisons auxquels Berne devait porter secours en vertu de l'alliance de 1602. Le massacre de la Valteline fut commis en juillet 1620. 2000 Bernois furent levés sous les ordres de Niklaus von Mulinen, auxquels se joignirent 1000 Zuricois. Ils furent battus près de Tirano. Les Bernois rentrèrent aussitôt chez eux, abandonnant les Grisons à eux-mêmes. C'est alors que Richelieu se réconcilia avec Berne.

Durant la guerre de Trente ans, Berne observa une stricte neutralité et se consacra à relever sa puissance militaire. Le front Ouest de la ville fut fortifié par la construction, de 1622 à 1644, des grands et des petits remparts. Les villes de la campagne furent aussi renforcées et on commença à bâtir la forteresse d'Aarbourg. Un conseil de guerre fut créé en 1613, les troupes fu-

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(wir siècle)

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rcii! réorganisées en 1628. L'édil impérial de restitution provoqua une frayeur passagère, mais l'évêque de Bâle resta tranquille. Berne s'attira la haine des catholiques par ses relations secrètes avec La Suède, qui n'eurent d'ailleurs aucun résultat. Le 20 novembre 1632, des Soleurois fanatisés, conduits par les baillis de Bechburg el Falkenstein, surprirent clans la Klus .">() Bernois qui se rendaient à Mulhouse, en i nèrent 9 el firenl 28 prisonniers. Berne exigea nne sévère punition ; une guerre civile élait imminente, mais Rohan s'interposa et Soleure punit les coupables.

Un impôt de 1 °/00 sur la fortune fut levé en 1641 sur la ville et la campagne, et provoqua partout des (roubles. Une garnison occupa Berne, les Confédérés intervinrent à Thoune. L'impôt avait été décrété pour six ans, mais ne fut prélevé qu'une année.

La Guerre des paysans fut provoquée par des causes économiques. A la paix de Westphalie avait succédé une crise due à l'abaissement des prix des marchandises et produits du sol. Des redevances odieuses et des mesures fâcheuses comme l'interdiction du libre commerce des produits agricoles, les monopoles du sel et de la poudre, l'arbitraire de certains baillis comme Frisching et Tribolet de Trachselwald, exaspérèrent le sentiment général. L'abaissement du batz bernois à la moitié de la valeur qu'il avait le 2 décembre 1652, mesure nécessaire, mais mal exécutée, fit déborder la coupe. L'effervescence s'accrut, surtout dans les districts de Konolfingen et de Zollikofen. Le gouvernement fit appel aux cantons alliés et concentra des troupes welsches à Berne. L'émeute éclata le 17 mars 1653 à Langenthal ; le 24, les paysans se rassemblèrent à Trachselwald sous les ordres de Nicolas Leuenberger. Parmi leurs réclamations, il n'y en avait que deux de nature politique : le maintien des anciens privilèges des villages et des campagnes, et le droit de tenir des landsgemeindes. Une intervention des Confédérés aboutit, le 4 avril, au compromis de Berne. Le gouvernement céda sur 27 points, les paysans demandèrent pardon et une amnistie leur fut accordée. Un nouveau mouvement naquit dans l'Entlebuch. Les paysans, méfiants, refusèrent de prêter serment dans l'Emmental et la Haute-Argovie. A la landsgemeinde du 23 avril à Sumiswald, les paysans élirent Leuenberg pour chef, et un pacte d'alliance fut dressé.

Une tentative de conciliation des Oberlandais échoua le 30 avril à la première assemblée de Huttwil. Lors de la seconde, le 14 mai, une lettre du gouvernement, qui accordait des concessions sur 47 points, ne fut pas prise en considération, et la ligue des paysans futjurée. Leuenberger leva le landsturm le 21 et marcha sur Ostermundigen près de Berne où les gens de l'Entlebuch et de l'Oberland le rejoignirent. Après de longues négociations avec le gouvernement appuyé par la ville et le clergé, le faible Leuenberger signa la paix du Murifeld le 28 mai, renouvelant l'accord du 4 avril, l'amnistie et le serment de fidélité. Le gouvernement devait en outre payer 50 000 livres. Les paysans se retirèrent le 29, niais Leuenberger, au su des événements d'Argovie, leva de nouveau le landsturm le 2 juin, participa le 3 au combat de Wohlenswil et le 4 à la paix de Mellingen. Entre temps, S. von Erlach était entré dans la Haute-Argovie avec des troupes gouvernementales, et le 7, le gouvernement cassa le traité du Murifeld. L'opposition paysanne fut brisée le 8 à Herzogenbuchsee. Sous la pression de Zurich, le gouvernement édicta le 22 juin un mandement confirmant ses premières concessions. Les meneurs furent punis, ainsi que quelques baillis convaincus d'abus de pouvoir. Leuenberger fut exécuté à Berne le 6 sept. (Voir aussi Paysans, guerre des.)

16. Première guerre de Villmergen. La tension permanente entre catholiques et protestants s'accrut par une suite de circonstances telles que le renouvellement de l'alliance des cantons catholiques avec la Savoie et l'évêque de Bâle, ou l'appui de Berne aux Vaudois du i Piémont. La guerre menaça à Berne dès l'été 1655 ; après avoir publié avec Zurich un manifeste de guerre commun le 6 janvier 1656, elle mobilisa toutes ses troupes et fut battue le 27i janvier à Villmergen. Cette défaite mit fin à la campagne.

A l'époque de la prééminence française, les relations

■ La France n'avaienl pas seulemenl un caractère politique. En 1658 fut renouvelée l'alliance avec les ranlons protestants, et en 1663 avec le Corps helvétique en général. Berne ne fit rien en 1067 pour protéger la Franche-Comté dans la crainte de déplaire à la France, mais elle travailla activement, en 1668, en faveur du Défensional. En 1671 fui créé le régiment d'Erlach à la solde de la France de façon permanente. En 1073, la Franche-Comté étant de nouveau menacée, Berne refusa aux troupes catholiques de secours le droit de passage par crainte de la France et de la Savoie ; elle secourut par contre Strasbourg son alliée, avec Zurich, en envoyant quelques centaines d'hommes, de 1073 à 1679. Ceux-ci furent impliqués dans un combat contre les Français en sept embre 1*17 4. A la révocation de l'Édif de Nantes (1685), Berne fut de tous les cantons celui qui vit arriver le plus fort contingent de réfugiés. Les autres cantons réformés durent lui verser des subsides en leur faveur. La majorité des réfugiés fut envoyée en Allemagne, mais il en restait encore environ 6000 dans le canton en 1693. Les visées françaises sur Genève et la persécution des protestants du pays de Gex provoquèrent un revirement à Berne (1689) : le parti hostile à la France, ayant à sa tête lebanneret Daxelhofer, parvint au pouvoir. Des difficultés confessionnelles éclatèrent avec la Savoie au sujet des Vaudois du Piémont. Zurich el Berne obtinrent en leur faveur, en 1664, une lettre de grâce, qui fut révoquée en 1086. L'intervention (\>-> deux villes leur rendit l'émigration possible. Berne les accueillit dans le pays de Vaud et les conduisit en Allemagne. Leur tentative de rentier dans leurs foyers en septembre 1689 ne réussit pas ; Berne punit de mort leur chef J.-J. Bourgeois. La Savoie, en mauvais ternies avec la France, chercha à se rapprocher de Berne en 1690, mais cette dernière resta dans l'expectative. Durant la guerre du Palatinat, elle entretint une garnison à Genève. Lors de la guerre de succession d'Espagne, Berne, conduite par le banneret et futur avo\rer Willading, prit résolument parti pour l'empereur et la coalition. Le Vaudois Pesme de Saint-Saphorin était l'agent de la coalition à Berne ; son plan, qui était d'arracher l'Alsace et la Franche-Comté à la France, fut approuvé par le gouvernement. Toutefois Berne refusa de conclure une alliance avec l'empereur, mais soutint toutes les entreprises contre la France. Berne fut aussi le principal adversaire de Louis XIV, dans l'affaire de Neuchâtel en 1099 ; elle mit alors une garnison dans cette ville. Lorsque s'ouvrit la succession de Neuchâtel, en 1707, Berne soutint la candidature du roi de Prusse contre les prétendants français ; elle répondit aux préparatifs militaires français par des contrepréparatifs, et réalisa l'accord du 2 mai 1708. Elle craignit la fureur du roi après la paix, mais pour sa tranquillité, la Suisse fut comprise dans les traités de paix de 1713 et 1714.

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BERNE

Porte de la Golatenmaltgass à Berne et fosse aux ours en 1796. D après un dessin colorié de S. Weibel.

Porte de Genève à Berne avant sa démolition en 1807. D'après un dessin de G. I.on .

(XVIIIe SIECLE)

BERNE

17. Seconde gt erre de Villmergen. Berne avait d'abord soutenu L'abbé de Saint-Gai] favorable à l'empereur, niais Zurich la lit changer d'opinion à partir de 1707. Les deux villes conclurenl le 4 mars 17U7 un accord en faveur des sujets. L'affaire du Toggenbourg devait être terminée avant la conclusion de la paix européenne à cause de l'attitude menaçante de l'empereur ; ce l'ait permit à Willading de gagner le Conseil bernois à la guerre. Quand les gens du Toggenbourg entrèrent en campagne en février 1712, Berne avait 40 000 hommes disponibles, pour la première fois en uniforme et munis d'armes d'ordonnance. 20 000 furent chargés de garder la frontière et 20 000 autres étaient prêts pour l'attaque. Une brigade bernoise aida à prendre l'abbaye de Saint- Gall. Le 2 juin, les Bernois et les Zuricois, qui s'étaient réunis dans le Freiamt, prirent Baden ; Berne obtint la victoire décisive le 25 juillet. La paix d'Aarau, du 11 août, donna à Berne, Zurich et Claris, Baden, le bas Freiamt et Bapperswil ; en outre Berne fut admis au gouvernement de Sargans, du Rheintal, de la Thurgovie et du haut Freiamt. La France ayant soutenu les catholiques, les protestants ne participèrent pas au renouvellement de l'alliance en 1715. La direction des affaires suisses passa à Berne et Zurich, les deux grands cantons. La paix ne put être conclue qu'avec le successeur de l'abbé Burgisser, le 15 juin 1718. Le Toggenbourg dut renoncer à son autonomie, mais il obtint la liberté de confession.

18. Le patriciat. Le régime bernois se développa au XVII'' s. dans le sens oligarchique. Sa constitution est consignée dans le Livre rouge (Rotes Buch). Le peuple était mis à l'écart, son concours n'étant plus nécessaire. En 1610 eut lieu la dernière consultation populaire. La ville considérait la campagne comme sa propriété, en droit public et privé. L'Église inculquait aux sujets la notion du droit divin des autorités. Depuis que Berne était un État florissant, le droit de bourgeoisie et les fonctions publiques n'étaient plus des charges, mais des privilèges, qu'une minorité cherchait à se réserver. Les admissions de nouveaux bourgeois étaient limitées ; en 1635 l'accès des fonctions leur fut rendu plus difficile et en 1643, il leur fut fermé. Dès 1651 on ne reçut plus de nouveaux bourgeois. La population de la ville était formée en partie de personnes dépourvues de droits politiques et dont le permis de séjour devait être renouvelé chaque année, puis d'habitants permanents jouissant du droit de bourgeoisie sans participation aux fonctions publiques ; enfin des familles éligibles aux Conseils. Les membres de cette dernière classe furent dénommés patriciens dans une ordonnance de 1651, et le terme devint usuel. Parmi ces derniers, il n'y avait en réalité qu'un cercle restreint de familles, environ 80 sur 400, qui détenait les fonctions publiques. Ni les artisans indigènes, ni les étrangers ne pouvaient s'élever au patriciat. La souveraineté, autrefois entre les mains du Conseil et de la communauté, fut confiée définitivement en 1649 au Conseil et aux Bourgeois. On désignait sous le terme de Conseil le Petit Conseil ou Tâglicher Rat, et sous celui de Bourgeois le Grand Conseil ou les Deux-Cents. Le Petit Conseil, ou gouvernement, se composait de 27 membres ; en faisaient partie les deux chefs de l'État : l'avoyer en charge et l'avoyer en disponibilité qui alternaient chaque année ; les quatre bannerets, à l'origine officiers militaires et auxquels on confia par la suite l'administration des quatre juridictions, la surveillance des affaires financières et le droit de présentation aux principales fonctions ; les deux directeurs des finances : le trésorier du pays allemand et celui du pays de Vaud ; les deux conseillers secrets du Petit Conseil (Heimlicher), et les deux du Conseil des Deux-Cents. A ces derniers était confiée la défense des droits du Grand Conseil devant le Petit Conseil. Le Conseil secret, formé d'une partie du Petit Conseil, dirigeait les affaires importantes de l'État. Les « Seize » ou « Seizeniers » complétaient le Petit Conseil pour les questions constitutionnelles et avaient droit de présentation pour les élections au Conseil des Deux-Cents. Depuis 1682, les Deux-Cents comptaient au plus 299 députés ; la qualité de membre du Grand Conseil permettait de monter à de plus hautes fonctions et de devenir bailli.

Les fonctions d'avoyer et celles de grand ou petil conseiller étaient conférées à vie ; celles de membre des

Seize donnent un an, celles de banneret quatre ans. et celles de bailli six ans. Les élections avaient lieu chaque année le lundi et le mardi après Pâques; en fait ce n'était qu'une confirmation des autorités lorsque aucune place n'était vacante. Les hauts emplois et les sièges au l'etii Conseil étaient repourvus sitôt vacants. La procédure était compliquée, moitié élection, moitié tirage au seul. afin d'éviter les manœuvres électorales. Le Grand Conseil n'était complété que lorsque son eifectif s'approchait de deux cents ; tous les huit ou dix ans avaient alors lieu les élections. La cérémonie, qui avait lieu tous les dix ans au lundi de Pâques, était un grand jour de la république; de lui dépendaient le bien-être ou l'infortune de bien des familles. Ces sièges étaient fort recherchés parce qu'ils permettaient de devenir bailli. Ils étaient à la nomination du patriciat, de sorte que les emplois étaient toujours réservés à un petit cercle de familles. L'administration occupait plus de 40 chambres ou commissions ; les jeunes patriciens s'y initiaient comme volontaires au service de l'État. Les salaires n'étaient pas élevés. Le secrétaire d'État recevait à titre d'homme de confiance 3600 écus au maximum (le thaler ou écu valait environ 4 fr. 50). L'avoyer en charge touchait 1480 écus, partie en nature ; un membre du Petit Conseil 460 écus, un grand conseiller quatre muids d'épeautre. Cela ne suffisait pas à assurer l'existence des patriciens qui se rattrapaient sur les fonctions lucratives des dix directions et des cinquante bailliages. Ceux-ci étaient classés en quatre catégories qui rapportaient, outre l'entretien complet, la première de 14 à 25 000 francs anciens, la seconde de 10 à 18 000, la troisième de 8 à 15 000 et la quatrième de 4600 à 8800. Une fortune assez importante pouvait ainsi être réalisée pendant les six années que duraient les fonctions, ce qui rendit inévitables les menées électorales. En 1710. le choix des baillis fut remis au sort. Le patriciat dédaignait les occupations bourgeoises comme le commerce. Les affaires de l'État étaient tenues avec beaucoup d'ordre et d'économie. Vers 1750 les revenus annuels s'élevaient à 1 200 000 francs anciens dont 6 à 7000 francs provenaient d'amendes. Il n'y eut plus d'impôt extraordinaire au XVIIIe s. De grands bâti- ■ ments furent construits, comme le Grenier et l'hôpital bourgeois ; un réseau de routes fut commencé en 1740. L'armée était à la tête de toutes celles des cantons suisses (voir chap. spécial) ; la justice était compliquée et incorruptible, le commerce et l'industrie libres, l'état ecclésiastique accessible aux sujets, le travail à domicile heureusement allié à l'agriculture. Les sujets supportaient allègrement le joug léger de l'aristocratie. Berne s'acquit à l'étranger la réputation d'un État aristocratique modèle.

Le revers de la médaille était le mépris manifesté pour la culture intellectuelle, l'incurie apportée à l'instruction du peuple et l'absence d'esprit critique. Les attaques contre le patriciat ne partirent jamais des sujets, mais seulement des bourgeois mis à l'écart. Les abus furent souvent blâmés. Avant les élections au Grand Conseil en 1744, une adresse au gouvernement fut mise en circulation. Ses auteurs furent bannis. La conjuration avortée de 1749 dont S. Henzi était le chef, voulait remplacer le patriciat par une constitution corporative. La campagne y aurait perdu, aussi pritelle parti pour le gouvernement. La jeunesse patricienne suivit en général le mouvement philosophique de la seconde moitié du XVIIIe s. Voltaire et Montesquieu étaient plus appréciés que Rousseau qui fut chassé du territoire bernois en 1765. Haller lui-même voyait son idéal dans une aristocratie améliorée. Selon la coutume bernoise, les tendances nouvelles furent dirigées dans un sens utilitaire. J.-R. Tschiffeli fonda en 1759 la société économique pour l'encouragement de l'agriculture. Existaient en outre : les sociétés littéraire, patriotique et morale. L'influence de l'esprit nouveau eut pour résultat la fondation de la Société typographique en 1758, de l'école d'art en 1779, de l'école littéraire en 1783, et de l'institut politique en 1787. Le caractère exclusif du patriciat eut pour conséquence de resserrer ses rangs ;

BERNE

L'Hôtel de ville de Berne avec l'ancien Conseil des Deux-Cents avant la Révolution de 1798. D'après un dessin au

Musée historique de Berne.

La place de la cathédrale à Berne avec la procession de la Diète helvétique. D après un dessin au Musée hist. de Berne.

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(XVIIIe siècle)

BERNE

de 1684 à 1784, 207 des 450 familles patriciennes s'éteignirenl ; en 1787, il ne restail plus <i " •' 68 familles régnantes. Une décision de 1790 déclara que le nombre -les familles patriciennes ne devail jamais descendre au-dessous de 236 el que 76 d'entre elles au moins devaient être représentées au Grand Conseil. La bourgeoisie lui de nouveau rendue accessible, et 28 familles \ entrèrenl de 1790 à 1794.

La politique extérieure du XVIIIe s. fut calme, Berne n'ayant rien à convoiter ni à défendre. Elle resta liée à la France par des capfl relations militaires ; des l roupes bernoises combattirent pour ce pays dans Ja guerre de la succession d'Autriche et dans la guerre de Sept ans. Berne fut appelée à plusieurs reprises à intervenir en faveur de ses voisins, en particulier elle s'interposa plusieurs fois entre Genève et la France. Klle fut appelée encore par Frédéric-le-Grand à prononcer en 1767 dans l'affaire des Fermes soulevée par la ville de Neuchâtel : Berne donna raison à Frédéric. En 1781, elle permit au patriciat fribourgaois, par un prompt secours, d'étouffer la révolution de Cheneaux.

19. Chute de l'ancienne Berne. La plupart des patriciens restaient fermés à l'esprit nouveau. Quelques tentatives révolutionnaires dans le pays de Vaud en 1 7 '. > 1 furent sévèrement punies. Le danger d'une guerre avec Ja France menaça depuis 1792 à cause de la partie Sud du Jura, que Berne borda de troupes. La tension s'accrut sous le Directoire. Après le coup d'État du 18 fructidor (4 septembre 1797), les ennemis de Berne les plus acharnés, Reubel et Bonaparte, prirent à Paris une place en vue. Dans son mémoire du 11 septembre 1797, Laharpe recommandait au Directoire l'invasion du pays de Vaud. Bonaparte traversa la Suisse en novembre, ne resta qu'une demi-heure à Berne et s'y montra très réservé. L'attaque de cette ville fut décidée à Paris en décembre. Les Français occupèrent la partie Sud du Jura le 15 et Bienne le 16. Un parti de la guerre ayant à sa tête l'avoyer de Steiger faisait opposition à celui de la paix conduit par le trésorier Frisching. Ce dernier l'emporta, et la Diète d'Aarau, de janvier 1798, fut aussi pour la modération. La République Lémanique fut décidée le 24 janvier à Lausanne. F.-R. von Weiss, nommé par Berne au haut commandement du pays de Vaud, se montra incapable d'agir quoique le peuple fût encore favorable à la ville. Les Français conduits par Ménard occupèrent le pays de Vaud. Berne leva ses troupes le 28 et fit appel aux autres cantons. Un soulèvement à Aarau, le 4 février, fut réprimé. Au commencement du même mois, 19 000 hommes couvraient la frontière. Les autres cantons envoyèrent 4900 hommes en tout, dont les conseils de guerre respectifs se réservaient l'utilisation. Les sujets des autres cantons étaient peu disposé à soutenir le patriciat de Berne. 52 députés de la campagne furent reçus le 2 février par le Grand Conseil ; le 3, on résolut de modifier la constitution selon les idées nouvelles. Le 4. le général Brune prit à Lausanne le commandement des troupes françaises ; Schauenbourg opérait sous ses ordres dans le Jura. Le parti de la paix à Berne fit manquer l'attaque au moment favorable ; Brune entama des négociations, afin de gagner du temps pour renforcer son armée. En attendant, la désagrégation menaçait les troupes bernoises. Le général en chef, Charles- Louis d'Erlach, reçut le 26 février l'autorisation d'ouvrir les hostilités le 2 mars. Il était trop tord. L'ultimatum de Brune, qui expirait le 1er mars à 10 heures du soir, exigeait la déposition de l'ancien gouvernement et le licenciement de la troupe. Le matin du 1er, il attaquait déjà. Le 2, Schauenbourg prenait Soleure après un combat près de Lengnau. Fribourg tombait au mê- ,me moment. Le 3 et le 4 s'écoulèrent sans combats. L'aile droite bernoise était déjà dispersée, la gauche s'appuyait à la Sarine et à la Singine. Au centre, d'Erlach cherchait à former la ligne Aarberg-Grauholz, mais ses ordres furent contrecarrés par le conseil de guerre. Un nouveau gouvernement, provisoire, se constitua le matin du 4 à Berne, dirigé par Frisching. La proposition de Brune d'occuper la ville fut rejetée. Le 5, commandés par Graffenried et Weber, les Bernois remportèrent la victoire à Neuenegg, mais subirent une

défaite an Grauhol/. L'après-midi à 2 heures, Schauenbourg entrait dans la ville.

La chute de l'ancienne Berne était celle de la Confédération. Brune promit de respecter- la propriété privée, cependant des excès furent commis. Le liaut commissaire Gottlieb von Jenner ne put sauver que 545 000 livres (1 livre = 1 franc environ) du trésor de la ville qui s'élevait à 11 600 000 Ib. Le reste et des titres pour une valeur d'environ 18 millions de francs tombèrent aux mains des Français. Ils emportèrent 250 canon- i I 30 m m fusils des arsenaux, ainsi que trois ours tirés de leur fosse. La campagne fut aussi éprouvée, les patriciens durent payer une contribution de 6 millions de livres, que Jenner parvint à réduire à 2 millions. La constitution helvétique du 28 mars divisa le territoire bernois, à titre de punition, en cantons de Vaud, Oberland, Argovie et Berne. Ce n'étaient cependant que des circonscriptions de l'administration helvétique: l'ancienne Berne avait pris fin.

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20. Reconstitution de l'État bernois. Elle débuta avec la constitution de Malmaison, du 29 mai 1801. L'Oberland fut de nouveau rattaché à Berne, quoique d'abord incomplètement : la justice et la Chambre administrative en étaient encore détachées. La municipalité de la ville retomba aux mains des patriciens ; elle protesta le 20 juin 1801 contre la séparation de Vaud et d'Argovie. Les troupes françaises se retirèrent en été 1802. Un parti secret de patriciens, constitué en 1798, développa des rameaux en Argovie et dans l'Oberland, et fit la révolution de septembre 1802. Le 12 septembre, R. von Erlach et May von Schôftland soulevèrent l'Argovie ; le 17, N.-F. von Mulinen et N.-R. vonWattenwyl l'Oberland (Stecklikrieg). Eflinger marcha sur Berne ; le gouvernement helvétique capitula le 18; les vainqueurs entrèrent le 20 dans la ville ; le 21, l'avoyer et les deux conseils de 1798 rentrèrent en fonctions et une commission d'État forma un gouvernement provisoire. Mais la mission de Mulinen à Paris échoua. Le général Ney, envoyé par Bonaparte en qualité de ministre plénipotentiaire, fit entrer une armée en Suisse. Les autorilés helvétiques furent rétablies. L'Acte de Médiation porta préjudice à Berne, qui perdit ses possessions hors du canton : Vaud et Argovie. Son gouvernement provisoire fui composé de quatre patriciens et de trois unitaires sous la présidence de N.-R. von Wattenwyl.

21. L'Acte de Médiation. La nouvelle constitution imposée par Bonaparte prévoyait pour Berne cinq districts : Oberland, Mittelland, ville de Berne, Emmental. Seeland, divisés chacun en treize collèges électoraux. Chacun des 65 collèges nommait un membre du Grand Conseil et quatre candidats choisis dans les quatre districts dont elle ne faisait pas partie. Des 200 candidats, la moitié, soit 130, était désignés par le sort pour faire partie du Grand Conseil avec les 05 membres élus directement par les collèges. Pour être électeur en ville, il

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(xi\° siècle)

BERNE

fallait posséder 1000 livres suisses et 500 livres à la campagne; pour être porté sur la liste des candidats, la fortune exigible s'élevait à 20 000 livres et à 5000 livres pour pouvoir être nommé directement par le collège. Le Petit Conseil ou gouvernement comptait 27 membres dont 2 avoyers ; il était élu par le Grand Conseil où ses membres siégeaient aussi. Un Cons.eil d'État de six membres disposait de pouvoirs extraordinaires pour veiller à la sécurité de l'État. La plus haute autorité judiciaire était la Cour d'appel formée de 13 membres du Grand Conseil sous la présidence de l'avoyer non en fonctions. Berne ne posséda jamais un gouvernement aussi puissant que sous l'Acte de Médiation. Ce dernier fut accepté froidement par la ville et la campagne. Les patriciens obtinrent la majorité aux élections du 9 avril 1803 au Grand Conseil ; 121 bourgeois de Berne furent élus. Les unitaires n'obtinrent que trois sièges au Petit Conseil. Les avoyers furent N.-B. von Wattenwyl

La situation politique n'était cependant pas satisfaisante ; le peuple était sévèrement surveillé et la presse censurée. Bien des mesures impolitiques furent prises sur l'intervention de Napoléon, ce qui excita la colère du peuple. Lors du renouvellement de la liste des candidats au Grand Conseil, en 1808, 24 collèges votèrent contre le gouvernement. Quelques-uns des votes furent simplement annulés. Malgré son pouvoir, le gouvernement était dans une situation difficile entre les patriciens intransigeants et Napoléon. Berne se ressentait moins du blocus continental que la Suisse occidentale, mais après le tarif de Trianon, de 1810, les magasins de denrées coloniales restèrent fermés pendant plusieurs semaines. Comme les autres cantons, Berne devait fournir son contingent de troupes à Napoléon et malgré le peuple, le gouvernement fut obligé d'accorder aux recruteurs des pouvoirs étendus. Les frais du recrutement se montaient à 221 000 francs au 1er juillet

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Berne en 1730 environ, d'après une gravure sur cuivre de R. Gardelle.

et N.-F. von Mulinen. Un décret du Grand Conseil, du 10 juin 1803, divisa le canton en 22 districts. Tous les Bernois au-dessus de 16 ans prêtèrent serment le 18 juillet. Une loi de mai 1804 imposa le service militaire de 16 à 50 ans. La restauration des finances fut une œuvre difficile. Des valeurs qu'il avait sauvées, Jenner remit au gouvernement 900 000 francs en espèces et 4 800 000 francs en valeurs anglaises pour le moment impossibles à négocier. Les recettes étaient formées du produit de l'ohmgeld, des régales et des redevances. Les anciens péages divers furent rétablis quoique modérément. Une stricte économie et un train modeste firent monter à fin 1813 le trésor de l'État à deux et demi millions defrancs environ. En vertu de l'Acte de Médiation, l'État dut donner à la ville de Berne une compensation pour les possessions qu'elle avait perdues. Par l'acte de dotation du 20 septembre 1803, celle-ci reçut des prés et des champs dans ses environs, les forêts de Bremgarten et du Forst, des vignes au bord du lac de Bienne, des établissements de bienfaisance avec leur fortune, soit l'hôpital de l'Ile, l'hôpital bourgeois, l'orphelinat, la bibliothèque de la ville, etc. La loi du 7 mai 1804 confia à l'État l'administration des biens d'église ; les ecclésiastiques demeurèrent expressément serviteurs de l'église et non de l'État. L'ordonnance judiciaire de 1761, complétée par la loi pénale helvétique de 1799, fut réintroduite comme code civil et pénal. L'organisation scolaire de la ville fut rénovée en 1805 et comprit une école élémentaire, un gymnase inférieur et supérieur, une académie (voir chap. Ecoles). Les lois sur l'établissement, la liberté de travail, l'assistance, etc., étaient à plusieurs points de vue remarquables. La tolérance régnait en matière de religion ; en 1804 le culte catholique fut de nouveau autorisé dans la ville.

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1810 et des mesures toujours plus sévères durent être prises jusqu'en 1813 pour en assurer la bonne marche. Des édits de cette année-là punirent de quatre ans de service militaire tous les délits ne portant pas atteinte à l'honneur.

22. Fin de la période de Médiation. La censure bernoise ne fit connaître la nouvelle de la bataille de Leipzig que le 2 novembre 1813. Les patriciens intransigeants commencèrent immédiatement à s'agiter, dans l'espoir de rétablir l'ancienne Berne. Les patriciens modérés, parti du gouvernement, souhaitaient aussi le retour de Vaud et de l'Argovie. Ces visées provoquèrent la méfiance du reste de la Suisse. Le gouvernement voulait garder les frontières, tandis que les «Absolus» désiraient l'entrée des Alliés. Quatre d'entre eux, le comité de Waldshut, se rencontrèrent en ce lieu au commencement de décembre chez le comte Johann von Salis, agent de Metternich, puis chez ce dernier lui-même au quartier-général de Fribourg-en-Brisgau et plaidèrent auprès des Alliés l'envahissement du sol suisse. Làdessus l'ambassadeur autrichien von Schraut demanda le 18 décembre la retraite du gouvernement moyennant quoi l'Autriche promettait à Berne Vaud et l'Argovie. Une lutte violente s'engagea au sein du gouvernement ; le 21 lui parvenait la nouvelle de l'entrée des Alliés et dans l'après-midi du 23, le Grand Conseil, chargé de prendre la décision, abrogea l'Acte de Médiation. A la même heure, les Autrichiens entraient àf Berne. 139 membres de l'ancien Grand Conseil se réunirent le 24 et nommèrent une commission d'État, composée d'Absolus et de Modérés, à titre de gouvernement provisoire. L'armée de Schwarzenberg, forte de 75 000 hommes, traversa les territoires bâlois et bernois à la fin décembre, en cinq colonnes. Elle imposa de multiples réqui-

Février 1922

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