IV. Développement de la civilisation. — 1. Ui '.\ i
loppement économique, a) De la fondation de la ville aux guerres de Bourgogne. A l'époque de la fondation de Berne, les deux rives de l'Aar étaient déjà habitées jusqu'aux Alpes par une population assez rieuse dont la majeure partie était soumise à la noblesse ou au clergé. (Iliaque seigneurie formait une unité économique capable de pourvoir à son existence propre. Les impôts se payaient surtout en nature, principaux produits du sol, étoiles, objets en fer et poteries. Le forgeron était presque l'unique artisan des villages. Les couvents et les nobles entretenaient eux-mêmes les ouvriers dont ils avaient besoin. Les denrées que la région ne produisait pas faisaient seules l'objet du commerce. Des marchands ambulants importaient le sel, l'épicerie et la quincaillerie. Jusqu'à la fin du XIIe s., le pays de l'Aar ne posséda aucun marché ; la fondation de Berne vint y pourvoir, et ce fut certainement l'une des raisons qui la motivèrent. Dès l'origine, on chercha à assurer la sécurité de son commerce. La ville s'agrandit rapidement en attirant dans ses murs une population d'artisans. Des corporations s'organisèrent mais ne parvinrent pas à jouer un rôle politique malgré leurs tentatives réitérées. Du XIIIe au XVe s., l'industrie se développa beaucoup. Les relations commerciales avec la campagne en firent autant ; les monnaies, poids et mesures de la ville avaient cours dans une région assez étendue. Des objets de fabrication bernoise furent exportés à l'étranger dès le commencement du XIVe s. L'industrie bernoise atteignit son apogée au XVe s., avant les guerres de Bourgogne. Les tanneries occupaient le premier rang avec les industries du cuir, elles pourvoyaient non seulement le marché indigène mais encore les foires de Genève, Lyon et Francfort. Le tissage de la laine et du lin avait une importance tout aussi grande. Les toiles de fil étaient pour la plupart tissées dans le pays et s'exportaient en Allemagne, en France, en Italie et même en Espagne. Des Bernois avaient des succursales à Barcelone ; les Diesbach entretenaient des relations commerciales avec Prague et la Pologne. Les étoffes de laine étaient fortement concurrencées par celles d'Angleterre et de Hollande malgré les mesures protectrices du gouvernement, qui interdit même, de 1471 à 1473, l'importation des draps étrangers. La fabrication des armes occupait nombre de forgerons et d'autres ouvriers sur métaux. On faisait aussi venir des armures d'autres pays. Les habitudes de luxe croissant développèrent les industries du vêtement ; avant les guerres de Bourgogne déjà, le gouvernement dut édicter des lois somptuaires. — Ce que l'on sait de la vie corporative des villes de la campagne, Thoune, Berthoud, Bienne et Nidau entre autres, montre que la production industrielle y était aussi florissante.
Le commerce par contre était fort modeste. Fort peu de Bernois n'étaient que négociants. En 1475, des 812 membres des corporations, 31 seulement faisaient partie de celle des marchands. Ils s'approvisionnaient autant que possible directement chez les artisans et visitaient eux-mêmes les foires d'autres villes et d'autres pays. Beaucoup de nobles et de propriétaires fonciers faisaient du commerce, mais non pas à titre exclusif. A côté des Diessbach, Schopfer et d'autres, c'étaient surtout les May qui faisaient le grand commerce dans la seconde moitié du XVe s. — Le transit des villes d'Allemagne en Italie se faisait par le Grimsel et les passages valaisans. Une partie du trafic avec le Sud de la France passait par le territoire bernois. Les voies fluviales étaient plus utilisées que celles de terre, très mal entretenues. Les auberges étaient fort nombreuses et pouvaient atteindre une célébrité européenne, comme ce fut le cas de la Rote Glocke, à la Grand'rue, dont le propriétaire, dakob Lombach, était réputé l'hôte le plus riche et le plus renommé de Lyon à Nuremberg.
La situation du peuple s'améliora au cours des siècles avec la disparition de la mainmorte. Dans la plaine, l'agriculteur pratiquait le système de l'assolement triennal. Dans les montagnes, on élevait le bétail et l'on pratiquait l'industrie laitière. Les produits se vendaient bien et la richesse augmentait. Les relations de fermiers à seigneurs fonciers étaient encore cordiales ; le paysan
bernois était à bon droit envié loin à la ronde. Danson ensemble, la période qui précéda les guerres de Bourgogne apparaît ainsi comme l'une des plus florissantes de la vie économique bernoise.
b ' Des guerres <!<' Bourgogne à 179H. Après les guerres de Bourgogne et même déjà avant, commença une période moins prospère qui dura dans les villes, malgré des retours passagers, jusqu'à la fin de l'ancien régime. Les bourgeois devenus riches méprisèrent le travail manuel ; le service mercenaire et les pensions servies par l'étranger exercèrent leurs effets démoralisants. Les jeunes gens délaissèrent les ateliers pour vendre leur sang sur les champs de bataille étrangers. L'or abondant provoqua le luxe et la vie à grandes guides. Nombre de bonnes familles s'appauvrirent ou se ruinèrent même complètement malgré les riches pensions qu'elles touchaient. L'agriculture souffrait du même mal ; de grandes étendues des meilleures terres restaient incultes. (Test alors que les premiers maçons italiens apparurent ; l'État même leur confia du travail. Les conséquences économiques de la découverte du Nouveau Monde se firent sentir en terre bernoise comme ailleurs ; avant tout, la dépréciation de l'or et de l'argent amena une hausse générale des prix. Le gouvernement chercha à y remédier par des interdictions d'exportation, des ordonnances contre les usuriers, la réglementation des prix, sans grand succès d'ailleurs. La mendicité et le vagabondage augmentèrent dans la mesure où le bienêtre général diminuait. Le moment le plus critique fut l'époque de la Réforme. L'esprit sérieux que celle-ci introduisit et la suppression du service mercenaire amenèrent un changement, dû avant tout à un nouveau goût pour le travail. L'imprimerie apparut en 1537, fondée par Mathias Apiarius. Les anciens métiers eurent un regain de vie passager. Mais les dernières décades du XVIe s ramenèrent la cherté et même de terribles années de disette.
Au XVIIe s., la vie économique subit l'influence défavorable du régime politique ; l'exclusivisme excessif et croissant qui régnait dans toutes les classes sociales empêchait l'afflux des forces vives de la campagne. Le fonctionnarisme exagéré jeta toujours plus de discrédit sur l'industrie. Le gouvernement chercha cependant aussi à intervenir et créa en 1687 une Chambre de corn-merce. remplacée en 1695 par un Conseil de commerce, dont les instructions s'inspiraient dans leur ensemble du système économique de Colbert: développement des industries du pays, protection douanière et interdiction d'exporterde l'argent. Les réfugiés français travaillèrent quelque temps à Berne dans la manufacture de soieries, qui ne put durer à cause du mauvais vouloir de la bourgeoisie. L'horlogerie, nouvellement introduite, et la fabrication de cotonnades enregistrèrent quelques résultats, mais le travail manuel tombait toujours plus en décadence dans les petites villes de la campagne encore plus qu'à Berne.
Au XVIIIe s. régna à Berne une grande activité dans la construction, due à l'accroissement des fortunes. A l'effondrement économique des villes répondit le développement de l'industrie et du commerce de certaines parties de la campagne. Dans l'Emmental, en Haute et Basse- Argovie, le tissage de la toile, pratiqué à domicile depuis des temps fort anciens, prit une grande extension ; la production suffit aux besoins indigènes, l'on travailla même pour l'exportation dans certains endroits. Le chanvre et le lin devaient encore être achetés en Allemagne. A Langenthal et en Argovie existaient de grandes blanchisseries. La filature du coton s'introduisit dans les mêmes régions vers le milieu du siècle. Par contre celle de la laine ne se maintint que dans l'Oberland et ne pouvait suffire aux besoins de la contrée. Le tannage conserva une plus grande importance, sans avoir celle de jadis. Dans le commerce, la campagne prit aussi le pas sur la ville. Si Langenthal était le centre industriel, Berthoud était le marché principal du fromage, des chevaux et bestiaux.
Les origines de l'industrie des étrangers remontent à la seconde moitié du XVIIIe s., il en sera question plus loin. Après les crises du XVIIe s. vinrent des temps meilleurs pour l'agriculture. L'élevage et l'industrie laitière
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(développement économique)
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prirent un rapide essort. Le commerce du fromage trouva des débouchés de plus en plus étendus et passa petit à petit des intermédiaires étrangers aux mains de maisons suisses. La culture des céréales diminua certainement, la surface des prés et pâtures allant en augmentant. De 1760 à 1780, l'agriculture vit surgir une série d'importantes innovations dues à l'activité de la Société économique fondée en 1760. Le gouvernement luimême attachait la plus grande importance à l'agriculture ; un grand nombre de patriciens passaient au moins une partie de l'année sur leurs terres dont ils dirigeaient l'exploitation en personne. L'élevage du cheval fut répandu à grands frais par l'autorité, car l'exportation dans les pays voisins, toujours en guerre, était très intense et atteignit certaines années 10 000 têtes.
c) De 1798 à nos jours. La République helvétique donna à toute la Suisse la liberté absolue d'industrie et de commerce, que le gouvernement bernois maintint en général sous l'Acte de Médiation et même plus tard. Toutefois ces droits presque illimités donnèrent lieu à des plaintes sur la concurrence déloyale, le relâchement des apprentissages, l'envahissement de la camelote, etc. Des milliers d'ouvriers étrangers, capables, accaparèrent peu à peu tous les petits métiers. La loi sur l'industrie, du 7 novembre 1849, provoqua enfin une amélioration de la situation. L'horlogerie, dans le Jura, fut la seule grande industrie qui prit une certaine extension. Lorsqu'en 1815 ce territoire devint bernois, elle occupait déjà près de 1200 personnes, et 6000 vers 1840. Dans l'ancien canton, toutes les branches de l'industrie textile, autrefois si florissante, étaient en recul, et la population emmentaloise surtout était en grande partie tombée dans la misère. De toutes les tentatives faites pour introduire de nouvelles industries, seule la sculpture sur bois réussit à prendre pied dans l'Oberland bernois. Telle était la situation quand, grâce à la Constitution fédérale de 1848 et à l'ouverture des premières lignes de chemins de fer, le trafic se trouva en peu de temps grandement facilité. Une série de grandes entreprises industrielles naquirent en certaines contrées. L'horlogerie, dans le Jura, atteignit, malgré des crises passagères, un développement remarquable et s'étendit dans le Seeland ; la ville de Bienne en devint le centre. En 1888, le canton, qui fournit aujourd'hui la moitié de la production totale des montres suisses, comptait déjà 20 000 horlogers ; il exporta jusqu'en 1901 pour plus de 50 millions de francs de montres par an. Une certaine stagnation avec même des périodes de recul, se fit sentir depuis le commencement du XXe s., et les années qui suivirent la guerre européenne eurent les plus fâcheuses conséquences pour cette fabrication. L'industrie des étrangers, dans l'Oberland surtout, prit aussi une énorme extension et occupa des milliers de personnes. Le nombre des étrangers ayant passé une nuit à Interlaken était avant la guerre européenne de 400 000 et plus par an. La circulation des bateaux à vapeur sur les lacs de Thoune et de Brienz était trente-cinq fois pius intense en 1903 qu'en 1836. Les principales stations d'étrangers, Interlaken, Grindelwald, Mùrren, Beatenberg, Gstaad, Kandersteg et Thoune acquirent un renom mondial. Cette industrie souffrit naturellement aussi beaucoup durant et après la guerre européenne ; elle fournissait du travail à une série de branches secondaires, dont la sculpture sur bois, ayant Brienz pour centre, occupait à domicile environlSÔO personnes. Les nombreux cours d'eau ont permis l'installation de puissantes usines électriques ; celles des vingt dernières années ont réalisé d'immenses progrès et de nouvelles usines, dont celle du Haut-fTasli, sont prévues. Les principales actuellement existantes sont à .Muhleberg, Hagneck, Spiez, Kandergrund, Wangen sur Aar,Wynau etFelsenau près de Berne; un grand nombre d'autres, de moindre importance, appartiennent à des communes ou des particuliers. Les autres industries, qui malgré leur introduction tardive ont réussi à égaler ou dépasser ce qui s'est fait dans les autres cantons, sont les suivantes : Industries textiles : filatures de coton, de laine, de soie et de lin dans la Haute-Argovie, le Bas-Emmental et le Mittelland (Langenthal, Herzogenbuchsee, Berthoud, Worb, Belp). Fabriques de cho-
colat, à Berne, où se centralise toute l'industrie alimentaire, sauf la fabrication du lait condensé qui se fait à Thoune, Stalden en Emmental et à Neuenegg. Le sucre est fabriqué à Aarberg. Des tanneries et d'autres industries du cuir se rencontrent dans l'Emmental et à Berne. Dans cette ville on trouve encore la mécanique de précision, le travail du bois, la fabrication du papier et les industries chimiques. Pour le fer, le ciment et la chaux, voir l'article Mines. Les poteries sont fabriquées à Thoune et Heimberg. On construit des machines à Berne, Oberburg, Berthoud.
L'agriculture, avec l'industrie laitière et l'élevage du bétail, reste, comme autrefois, la principale ressource des habitants de la campagne. L'extension des prés, aux dépens des champs, augmenta encore au XIXe s., si bien que de nos jours la moitié au plus du territoire cultivable produit du blé, alors qu'en 1846 encore, près de 24 000 quintaux de céréales et de farine purent être exportés. Les fromageries de village, au nombre de 120 en 1840, sont au nombre d'environ 700 en 1921 ; leur production, dont les neuf dixièmes proviennent du centre (Emmental, Mittelland, Haute- Argovie et Seeland), atteint en temps normal 140 000 quintaux de fromage et 18 000 quintaux de beurre. Cette extension de l'industrie laitière est cause que les régions de la plaine élèvent aujourd'hui trois fois plus de gros bétail qu'il y a cent ans. La race a été extrêmement améliorée, aussi les bêtes du Simmental en particulier jouissent-elles d'un renom européen. Il faut remarquer en outre que l'agriculture, qui occupait en 1900 le 40 % et en 1921 encore le 35 % de la population totale, ne peut suffire, malgré l'emploi d'engrais artificiels, aux besoins du canton. La Société économique provoqua dans les dix dernières années du XIXe s. la fondation d^un grand nombre de sociétés d'agriculture, locales ou de districts, qui se réunirent en une vaste Association des sociétés d'agriculture de Berne et des cantons voisins (Fribourg et Soleure). L'État a ouvert des écoles d'agriculture à Rùti près de Zollikofen et à Schwand près de Munsingen ; on y a ajouté dernièrement une école d'économie alpestre à Brienz
Sylviculture. Le canton possède environ 152000 ha.de forêts, dont 13 000 appartiennent à l'État, 79 000 à des communes et corporations, 60 000 à des particuliers. Le revenu moyen annuel se monte à 20 millions de francs. Le bois est devenu l'objet d'un assez fort commerce depuis son emploi dans la fabrication du papier. La chasse est une régale d'État : elle n'a aucune importance économique et est soumise à un système de permis. Dans l'Oberland, quatre districts francs permettent au gibier alpin, surtout aux chamois, de se multiplier. La pêche a fait des progrès depuis l'organisation de la pisciculture. Dans les grands cours d'eau, la quantité du poisson a beaucoup diminué en comparaison d'autrefois. La pêche est également sans importance économique.
Il est évident que les conditions et moyens de transport eurent de tout temps la plus grande influence sur le développement économique. Aux XVIIIe et XIXe s., l'État bernois fit les plus grands efforts pour améliorer et augmenter son réseau routier. La loi sur les routes, de 1834, divisait celles-ci en quatre classes : routes principales, de campagne, chemins de communication et de villages. L'État a la charge des trois premières catégories. Ses dépenses se montèrent pour tout le XIXe s. à environ 65 millions de francs. La longueur du réseau passa, durant le siècle, de 910 à 2158 kilomètres. Les postes bernoises furent de 1675 à 1832 le monopole de la famille von Fischer (sur les premières postes, voir BT 1884, p. 60) ; elles dépendirent du canton jusqu'en 1849, puis de la Confédération. La première ligne télégraphique, entre Berne, Zurich et Coire fut inaugurée le 9 août 1852 ; le téléphone apparut en 1881 et le premier tram pneumatique à Berne, de la gare à la fosse aux ours, date du leroctobre 1890. Le Grand Conseil accorda la première concession pour la construction d'une ligne de chemin de fer, le 24 novembre 1852, à la compagnie du Central suisse, pour le tracé Olten-Berne. Le développement du réseau des voies ferrées dans la seconde moitié du XIXe s. et au commencement du XXe est
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(chemins de fer)
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l'un des plus importants chapitres de l'histoire bernoise (voir le chap. Histoire de 1860 a 1921). En 18(54, l'État ouvrit à l'exploitation les lignes Berne-Langnau et Berne-Bienne-Neuvevilla, construites à ses propres irais. Il participa par de fortes subventions à l'établissement du réseau qui se constitua rapidement dans les années suivantes, et mesure actuellement 1070 kilomètres (y compris les chemins de fer à voies étroites). Pour les détails sur ces lignes, voir le chap. Chemins de FER. — Voir Bern und seine Volkswirtschaft, publ. par la Chambre cantonale du commerce et de l'industrie. — C. Mùhlemann : Untersuchungen ilber die Entwicklung der wirtschaftlichen Kiiltur... im Kt. Bern.
— K. Geiser : Bùckblick auf die Entwicklung der wirtschaftlichen Verhâltnisse... dans le catalogue de l'exposition de Thoune 1899. — Le même : Studien iiber die bernische Landwirtschaft im 18. Jahrh. — E. Lerch : Der bernische Kommerzienrat im 18. Jahrh. — Mitteilungen des bern. slatist. Bureaus. — E. von Rodt : Bern. [H. Tr.]
Population de la ville de Berne: 1798: 1 1 147 ; 1850 : 27 558; 1880:43 197: 1900: 64 227: 1920 (avec Bumpliz): 104 620 hab.
2. Chemins de fer. La construction du réseau des chemins de fer bernois, favorisée par de nombreuses subventions de l'État, présente plusieurs étapes. C'est d'abord la construction de tronçons de lignes, à partir de 1858, dans l'ancien canton, puis dans le Jura. La plupart d'entre eux furent réunis plus tard au Jura- Simplon. A côté de cette puissante compagnie et des C. F. F. qui lui succédèrent, de petites sociétés se constituèrent pour exploiter des lignes secondaires à l'aide des subventions de l'État.
1. Chemins de fer de VÉtat (Neuveville-Bienne- Berne-Langnau-Lucerne). Le Grand Conseil bernois, par les décrets du 3 avril 1857 et du 20 novembre 1858, accorda à la compagnie de l'Est-Ouest des concessions pour les lignes Berne-Langnau-Lucerne et Berne-Bienne- Neuveville, et en outre une subvention de 2 millions de francs. La compagnie s'étant dissoute avant d'avoir achevé ses entreprises, l'État de Berne fut obligé de racheter les lignes et de les terminer. Il décida également de les exploiter. Elles furent ouvertes à la circulation le 1er juin 1864 sur un parcours total de 87 km. L'exploitation fut déficitaire et chargea assez lourdement le budget bernois. La vente aux enchères de la ligne Berne-Lucerne en 1877 ajouta la section Langnau-Lucerne aux chemins de fer de l'État qui mesuraient 143,1 km. Le tracé Berne-Bienne-Neuveville fut acquis la même année par la compagnie du Jura pour 11560 000 francs; celle-ci se chargea d'exploiter le Berne-Lucerne jusqu'à ce qu'en 1889 tout le réseau du Jura-Berne-Lucerne eût fusionné avec le Jura-Simplon.
— Voir K. Geiser : 40 Jahre bernischer Eisenbahnpolitik. [H. Tr.]
2. Ligne Berne-Lucerne. La compagnie du Berne- Lucerne se constitua en 1870, quand le percement du Gothard fut assuré, pour prolonger jusqu'à Lucerne la ligne de Berne-Langnau existant depuis 1864. Elle acquit cette dernière section, propriété de l'État bernois, pour 6 600 000 francs en actions libérées. Le canlon lui accorda en outre une subvention de deux millions de francs. La ligne fut ouverte à l'exploitation le 11 août 1875, mais la compagnie fit bientôt faillite, quoique le gouvernement bernois lui eût encore avancé un million. Comme principal créancier, le canton fut obligé d'acquérir aux enchères, en 1877, toute la ligne pour 8 475 000 francs. Elle fut réunie aux chemins de fer de l'État bernois. — A. Roth : Die Bern-Luzern- Bahn. — Busenberger : Schlussbericltt ilber die Liquidation... 1876-1879. [H. Tr.]
3. Chemins de fer du Jura Bernois Un mouvement dirigé par Xavier Stockmar partit déjà en 1842 de Porrentruy en faveur de la construction d'un réseau ferré jurassien. Il devint plus important après 1856. Aucun projet ne fut cependant agréé ni exécuté qu'après la construction des chemins de fer de l'État bernois, lorsque des raisons politiques et économiques interdirent de plus longues tergiversations caries lignes récemment achevées avaient éloigné tout trafic de la
voie de transit du Jura et menaçaient de ruiner toute cette contrée. Le Grand Conseil approuva le 2 février 1867 la construction des lignes Bienne- Sonceboz-Convers, Sonceboz-Tavannes et Porrentruy- Delle ; il leur accorda une subvention de 6 956 000 francs auxquels les communes et les particuliers du Jura ajoutèrent 9 380 000 francs. Le trajet Porrentruy-Delle fut ouvert à l'exploitation en 1872, les autres en 1874. La concurrence de la compagnie du Central Suisse poussa la population, après la mort de Stockmar, et sous la conduite de Pierre Jolissaint, à demander de nouvelles lignes. Dès le 26 février 1873, le Grand Conseil vota à l'unanimité la mise à exécution de tout le réseau du Jura auquel il fut accordé une subvention globale de 18 y2 millions. L'une après l'autre s'ouvrirent les lignes Defémont-Bâle (1875), Delémont- Glovelier (1876), Delémont-Moutier-Tavannes (1876), Glovelier-Porrentruy (1877). L'État bernois avait entre temps vendu le tronçon Berne-Bienne-Neuveville à la compagnie du Jura et lui avait affermé le Berne-Lucerne. Cette dernière acquit en outre le chemin de fer Lyss- Fràschelz et celui du Bôdeli ; enfin elle exploitait celui du Brunig et posséda de 1875 à 1885 la ligne du Jura Neuchâtelois. Son réseau total comprit ainsi en 1888 une longueur de 358 km. dont 260 dans le canton. Les lignes du Jura rendirent la vie économique à cette région. En 1889, la compagnie du Jura-Berne-Lucerne fusionna avec celles de la Suisse occidentale et du Simplon sous le nom de compagnie du Jura-Simplon. A côté des lignes déjà mentionnées, on construisit dans le Jura celles à voie étroite de Tavannes-Tramelan (1884) et Saignelégier-La Chaux-de-Fonds (1892) ; celles à voie normale de Porrentruy-Bonfol (1901), Saignelégier- Glovelier (1904) et Moutier-Soleure (1908) ; enfin la ligne électrique à voie étroite Tramelan-Breuleux- Noirmont, ouverte en 1913. — Voir L. Lièvre : Le Jura et la politique ferroviaire bernoise. — E. Schùler : Le Jura bernois. [G. A. et H. Tr.]
4. Chemins de fer subventionnés (Berner Dekretsbahnen). Les lignes secondaires bernoises, subventionnées par le canton, sont les suivantes :
a) Chemins de fer des Alpes Bernoises (Berne-Lôtschberg-Simplon). La Compagnie, fondée le 27 juillet 1906, avait pour but de construire une voie ferrée reliant Frutigen à Brigue par Kandersteg.En 1913, elle fusionna avec la Cle du chemin de fer du lac de Thoune, qui l'année précédente avait absorbé la Cle de navigation sur les lacs de Thoune et de Brienz. De ces fusions naquit une importante entreprise de transport embrassant les lignes de Scherzligen-Spiez-Brigue et Spiez- Interlaken-Bônigen, ainsi que les services de navigation sur les lacs de Thoune et de Brienz. La Compagnie exploite en outre les lignes Spiez-Zweisimmen, Thoune-Belp-Berne, Berne-Schwarzenbourg et Bdne- Neuchâtel. — Voir Art. Alpes (chemins de fer des) — Voir aussi Dautin : Die Berner Alpenbahn. — E. Platzhoff : Die Berner Alpenbahn. ■ — ■ F. Volmar : Bernische Alpenbahnpolitik 1850-1906.
b) Berne-Neuchâtel (Ligne directe) de 42 km. de longueur, ouverte à l'exploitation le 1er juillet 1901.
c) Berne-Schwarzenbourg. Ligne de 20 km. de longueur, ouverte le 1er juillet 1907, à traction électrique dès 1920.
dj Autres lignes : Berthoud-Thoune, chemin de fer de l'Emmental, Soleure-Moutier, Langnau-Huttwil, Huttwil - Wolhusen, Huttwil - Eriswil, Bamsei - Sumiswald— Huttwil, Anet-Morat-Fribourg, Vallée de la Singine, Saignelégier-Glovelier, Porrentruy-Bonfol. [E. Akert.]
5. Chemins de fer de l'Oberland. Le 1er juillet 1890 furent ouvertes à l'exploitation les lignes : Zollhaus- Lauterbrunnen etZweilûtschinen-Grindelwald; le4août 1891 : Lauterbrunnen-Mûrren ; en 1893 : le chemin de fer de la Wengernalp et Wilderswyl-Schynige-Platte; la ligne de la Jungfrau jusqu'au Jungfraujoch en 1909. Ces lignes furent électrifiées en 1914. [G. B.]
3. Église, a) Avant la Réformation. Des données certaines manquent sur les origines du christianisme et de l'organisation religieuse du canton de Berne actuel, ainsi que sur la répartition du pays entre les diocèses voisins : la rive gauche de l'Aar sauf le Haut-Hasli à
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l'évêché de Lausanne, la rive droite à celui de Constance, le bailliage de Bipp à l'évêché de Bâle, auquel serattachait aussi le Jura bernois actuel sauf l'Ajoie et les Franches-Montagnes, dépendant de l'archevêché de Besançon, et le val de Saint-Imier, Bienne et La Neuveville, relevant de Lausanne. Comme l'organisation épiscopale est déjà attestée au Valais vers 370, que Vindonissa était le siège d'un évêque vers 500, que dans Fribourg el Vaud, aux frontières de Berne, des paroisses rurales doivent dater du VIe s., on peut admettre que les missionnaires francs et irlandais introduisirent également le christianisme en pays bernois. On a découvert à Elisried près de Schwarzenbourg, à Niederried près d'Aarberg et à Bubigen des tombeaux chrétiens aléuiano-burgondes. Dès le VIIIe s., le couvent de Saint - Gall reçut des domaines situés dans la Haute- Argovie. Les premières églises de campagne mentionnées sont : Spiez et Scherzligen 761, Bohrbach 795, Orvin, Sombeval, Péry et Tavannes 866, Oberbalm 961, Kirchberg et Wimmis 994. Les plus anciens couvents sont Moutier- Orandval fondé vers 630, Vernies, Saint-Ursanne, Saint-Imier (VIIe s.), Rueggisberg (vers 1050). Les ordres religieux suivants étaient établis dans le canton : les clunisiens à Belmund-Ile de Saint-Pierre, Hettiswil, Leuzingen, Villars-les-Moines, Pons Bargiae, Bôtenbach et Bueggisberg ; les bénédictins à Herzogenbuchsee, Biiegsau, Saint-Jean, Trub et Wangen ; les augustins à Amsoldingen, Dârstetten, Frauenkappelen et Interlaken ; les cisterciens à Dettligen, Frienisberg et Fraubrunnen ; les prémontrés à Bellelay et Gottstatt ; les chartreux à Torberg ; les franciscains à Berne et Berthoud; les dominicains àBerne-Brunnadern et àMariental-1'Ile ; les chevaliers de Saint-Jean à Bienne, Munchenbuchsee et Thunstetten ; les chevaliers teutoniques à Kôniz et Sumiswald ; les frères hospitaliers et les antoniens à Berne. Le cartulaire de Cuno d'Estavayer contient une liste des édifices religieux bernois du diocèse de Lausanne en 1228. Les édifices religieux les plus importants sont : de l'époque romane, ceux d'Amsoldingen, Scherzlingen, Spiez, Einigen, "Wimmis, Meiringen, Kirchlindach, Saint-Imier, Saint-Ursanne ; de l'époque ogivale : la collégiale de Berne, les églises de Bienne, Berthoud, Porrentruy, Gléresse, Mùnchenbuchsee, Kirchberg, Koniz, Sumiswald, Jegenstorf, Worb, Wynau, Blumenstein, Interlaken, Zweisimmen, Thoune (la tour) etGessenay (la tour). Les principales manifestations de la vie religieuse furent la construction de la Collégiale de Berne, commencée en 1421, les prédications de Berchtold von Begensburg à Thoune en 1254, et de Vinzenz Ferrer à Berne en 1404. Des hérétiques sont mentionnés à Schwarzenbourg en 1277 et à Berne en 1399. Au cours du XVe s., le gouvernement s'attribua de plus en plus les pouvoirs épiscopaux, il mit sous tutelle le couvent d'Interlaken en 1473 et fonda en 1485 à Berne le chapitre de Saint- Vincent, destiné à devenir le centre religieux du pays. Cette évolution fut complète dès l'introduction de la Béforme, adoptée par la ville après une période d'hésitation. La campagne restait plutôt favorable à l'ancienne foi, sauf quelques parties de l'Emmental, du Bas-Simmental et du Seeland. Un soulèvement eut lieu en automne 1528 dans les bailliages du Haut-Hasli, Interlaken, Frutigen et le Haut-Simmental ; il fut réprimé par la force armée. Une nouvelle organisation religieuse fut introduite peu après.
b) De la Réformation à 1798. Les actes du colloque de 1528 et les décisions synodales de 1532 servirent de base à la nouvelle organisation ecclésiastique. Les anciens décanats furent remplacés par les chapitres de Berne, Thoune, Berthoud, Langenthal, Nidau et Buren. Le doyen de celui de Berne, généralement premier pasteur de la Collégiale jusqu'en 1798, avait le rang de l'antistès de Zurich, de Bâle ou de Schaffhouse ; il était conseiller en matière ecclésiastique auprès des autorités. Cette charge fut occupée successivement par Berchtold Haller 1528, Erasmus Bitter 1536, Jodokus Kilchmeyer 1547, Hans Haller 1552, Johann Fâdminger 1575, Abraham Musculus 1586, Samuel Schneuwlin 1592, Johann Dick 1602, Christoph Lùthard 1610, Stephan Schmid 1622, Jakob Venner 1648, Heinrich Hummel 1662, Johann-
Rudolf Hibner 167 i. Johann-Rudolf Strauss 1692, Samuel Bachiuann 1696. Samuel Hopf 1709, Johann- Mudolf 1716, Simeon Nôtigèr 1718. Johann-Rudolf Blauner 1726, Johann-Jakob Dachs 1732, Johann-Jakob Morell 1744, Johann-Anton Kirchberger 1747, Johann- Jakob Zehender 1752, Abraham von Greyerz 1766, Johann Wvttenbach 1778, Johann Ith 1799, Theophil Risold 1813, Samuel Studer 1827, Emanuel Stierlin 1831. Le premier doyen présidait les synodes du Corps pastoral bernois, qui se réunit la première fois en 1530, puis en 1532, 1533, 1534, 1536, 1537, 1544, 1549, 1562, 1581, 1597 et 1615. Chaque doyen dirigeait les assemblées de son chapitre. Lorsqu'on cessa de réunir le synode général, la direction des affaires ecclésiastiques, pour autant que l'État ne l'exerçait pas lui-même, fut confiée parluiàune Commission (Konvent) ecclésiastique oit l'emportait l'influence du clergé de la ville. L'exercice de la juridiction ecclésiastique était confiée par le gouvernement à des Consistoires. Celui de la ville, institué en 1528, servait d'instance supérieure à ceux de la campagne. Les décisions de 1528 et 1532 fixèrent l'organisation et l'enseignement de l'église ; à partir de 1547 tous les serviteurs de l'église et de l'école durent jurer de les observer en apposant leur signature dans le rôle des prédicants, ainsi que les deux confessions helvétiques de 1536 et 1566, le Consensus Tigurinus de 1549 et la Formula Consensus de 1675. Les ordonnances de 1532 puis celles pour les pasteurs, de 1587, 1638, 1657, 1667, 1734, 1748 et 1824 organisèrent les paroisses. La première liturgie, le livret de baptême de 1528, fut continuée et revue en 1529 (1541), 1551, 1598, 1612 (1639, 1649), 1724, 1752, 1761, (1775), 1846, 1878, 1888 et 1912. On utilisa les catéchismes de Haller 1530, Megander 1536, Bucer 1538, un catéchisme anonyme de 1551, le petit catéchisme bernois d'Abraham Musculus en 1581 et celui de Heidelberg depuis 1615 environ. Le chant d'église, supprimé lors de la Réforme, fut réintroduit en 1558 ; on se servit du psautier de Lobwasser, imprimé pour la première fois à Berne en 1606, et remplacé en 1775 par le psautier de Stapfer. Un recueil de cantiques lui succéda en 1851. On employa au XVIe s. la Bible zuricoise et celle de Luther. Dès 1616, celle du professeur Piscator fut recommandée; en 1684 elle devint la bible officielle et fut imprimée" pour la première fois à Berne cette même année et la dernière fois en 1846-1848. Dès l'origine, il exista des paroisses de langue française dans le gouvernement d'Aigle ; dès 1530 s'y ajoutèrent celles des bailliages communs avec Fribourg, Morat, Grandson et Echallens. Berne appliqua à ces dernières les stipulations de la première paix de Cappelselon lesquelles on ne tolérait dans les paroisses que les minorités réformées, tandis que la messe était définitivement supprimée dès que la majorité se prononçait pour le nouveau culte. Les pays de Vaud, Gex, Thonon et Ternier reçurent l'organisation religieuse bernoise dès leur conquête en 1536 ; de même le Gessenay et le Pays d'Enhaut en 1555. Par son influence et ses relations de combourgeoisie, Berne introduisit la Béforme dans levai deMoutier et dans le comté de Neuchâtel, et décida sa victoire à Genève. L'affermissement de l'église réformée sur un aussi grand territoire de langue française eut les plus grandes conséquences pour la diffusion de la nouvelle doctrine dans l'Europe occidentale.
Dans l'Emmental, les anabaptistes se maintinrent fort nombreux malgré les mesures sévères prises contre eux. Les luttes entre luthériens et zwingliens troublèrent profondément l'église bernoise ; les derniers eurent définitivement le dessus en 1548. Dans le pays de Vaud surtout, l'organisation religieuse créée par Berne entra en conflit avec la théocratie de Calvin. Berne sut trouver un solide appui dans l'école. Le clergé se formait à l'académie de Lausanne et à l'école supérieure de Berne où enseignèrent Musculus et Aretius. Berne se dépensa aussi beaucoup en faveur de ses coreligionnaires de l'étranger, aux XVIe, XVIIe et XVIIIe s. Elle s'opposa résolument à l'universalisme de l'académie de Saumur comme au cartésianisme ; cependant elle subit quelque peu, au XVIIIe s., l'influence du mouvement philosophique. Berne se
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détourna du mouvement piétiste, qui se manifesta dès la fin du XVIIe s., et agit rigoureusement envers quelques-uns de ses chefs.
c) De 1798 à nos jours. En 1803, après les crises de la Révolution et de la République helvétique, l'église bernoise se releva presque sans changement dans ses rapports avec l'État et dans son organisation. Dès 1804, l'État se chargea de percevoir les revenus des biens ecclésiastiques, d'importance très variée, afin d'égaliser les traitements des pasteurs, qu'il avait pris à son compte. L'académie, qui faisait suite à l'école supérieure, ne fut plus exclusivement réservée à la formation du Corps pastoral. Durant la Restauration se produisit un mouvement de Réveil, qui donna naissance à diverses églises libres. Les événements de 1831 provoquèrent en 1834 la suppression du premier doyen et de la commission ecclésiastique. Le synode général et le conseil d'éducation remplacèrent ce dernier. La constitution ecclésiastique de 1852 donna à l'église une organisation synodale à trois degrés : le conseil d'église de chaque paroisse ; le synode de district formé de pasteurs et de laïques, remplaçant le chapitre ; enfin le synode national, composé comme le précédent, et représentant l'église dans son ensemble. La loi de 1874, sortie du Kulturkampf, donna aux paroisses une grande autonomie, le droit d'élire leur pasteur et d'opposer leur veto aux décisions synodales ; elle supprima les synodes de district, fixa à six ans la période des fonctions des ecclésiastiques, confia l'administration des églises au Département des cultes et la partie religieuse (culte, soin des âmes) au synode d'église élu à raison d'un député pour 3000 habitants. Cet organe nomme le conseil synodal de 9 membres, autorité suprême d'administration et de surveillance de l'église du canton. Les consistoires, oubliés sous la République helvétique, rentrés en activité en 1803, dénommés tribunaux de mœurs dès 1831, perdirent le droit de prononcer des peines et furent transformés en 1852 en conseil paroissiaux chargés des premières enquêtes dans des cas de recherche en paternité et de divorce pour en déférer à la justice laïque; en 1874, ils perdirent ces dernières compétences. Les organisations religieuses et ecclésiastiques libres sont entre autres: la société biblique fondée en 1815,1e comité des missions 1819 et 1839, la société évangélique 1831, la société protestante de secours 1843, la société cantonale des pasteurs 1839, le comité de bienfaisance ecclésiastique 1883. L'église bernoise traversa plusieurs crises au cours du XIXe s. : l'orientation vers la théologie spéculative née de la philosophie de Hegel (appel du professeur Zeller, 1847), les mouvements de réforme de 1865-1870. Des courants religieux sociaux naquirent dans les villes surtout à la fin du siècle. La science théologique fut représentée à l'Université par plusieurs professeurs éminents. Actuellement l'église bernoise, à laquelle furent incorporées en 1815 les paroisses réformées de l'ancien évêché de Bâle, la plupart de langue française, compte 200 paroisses avec 245 postes pastoraux et 7 vicariats de district. Il faut y ajouter 8 paroisses du canton de Soleure rattachées au synode bernois. — Voir J.-J. Frickart : Beitràge zur Gesch. der Kirchengebràuche ira ehemaligen Kanton Bern seit der Reformation. — G. Finsler : Kirchliche Statistik der Schweiz. — E. Blôsch : Gesch. der schweiz. reformierten Kirchen. — Sammlung der kirchenrechtlichen Verfassungsbestimmungen ... 1916.- — Kirchenordnung fur die ev.-ref. Kirche des Kantons Bern. — E. Blôsch : Die Vorreformation in Bern, dans JSGIX. [E.B.]
d) Eglise catholique romaine (après la Réforme). Lors de l'introduction du nouveau culte en terre bernoise, en 1528, le catholicisme et ses cérémonies religieuses furent supprimés; il fut également interdit d'assister à ces dernières hors du pays ; le retour à l'ancienne foi fut puni sévèrement. Avec le temps, on toléra les catholiques dans le canton. Un changement effectif n'eut lieu cependant qu'à la Révolution française, quand l'ancien régime tomba et fut remplacé par la République Helvétique, 1798-1803. A Pâques 1798, un culte eut lieu quelque temps à la chapelle de l'hôpital bourgeois pour les soldats catholiques. L'autorité helvétique de
Berne autorisa le 9 juin 1799 dans le chœur de la Collégiale le premier culte catholique officiel, tenu par le père Grégoire Girard, franciscain. Celui-ci fut nommé curé par le Directoire et Stephan Buchs, de Bulle, lui fut adjoint en qualité d'aumônier. L'autorité helvétique et le père Girard, le prédicateur du gouvernement, durent abdiquer en 1803 ; l'Acte de Médiation attribua aux cantons la compétence en matière religieuse et le Petit Conseil bernois décida, le 1er février 1804, de tolérer le culte catholique placé sous le contrôle du Conseil d'église protestant. Les tentatives de prosélytisme furent menacées de peines sévères. La messe fut célébrée d'abord du 25 mars 1804 à 1864 dans l'église française. Le père Girard retourna à Fribourg en 1804. Il eut de nombreux successeurs. Anton Dolder seul resta en fonctions de 1814 à 1824. Il créa une école catholique, un hospice de pauvres et une école du dimanche pour ouvriers. Après la chute de Napoléon, Berne reçut du Congrès de Vienne le Jura bernois en compensation «le l'Argovie et de Vaud. Ce territoire comprenait 40 000 catholiques environ. La nouvelle Constitution fédérale attribuait aux cantons le droit de légiférer en matière religieuse. Berne reconnut le catholicisme dans les communes jurassiennes ; en ville, il ne fut que toléré ; le curé et dès 1820 le vicaire du Corps diplomatique furent soumis au contrôle de l'État. La conversion de Charles- Louis de Haller, petit-fils du célèbre Albert de Haller, le 17 octobre 1820, provoqua beaucoup d'irritation. Le Petit Conseil ouvrit une enquête, revisa la formule d'assermentation du curé et remplaça le décret de 1804 par un Règlement concernant le culte catholique. Au curé Anton Dolder que l'évêque pria de démissionner, succéda le 20 septembre 1824 Christian-Anton Tschann.
11 fonda une école de jeunes filles que l'État subventionna. Quand l'évêché de Bâle fut réorganisé, le
12 juillet 1828, Tschann devint chanoine résident à Soleure. Il eut pour successeur Antoine Baud, de Chênes (Genève), qui réunit des dons volontaires pour acquérir une cure et une maison d'école dans la rue des Bouchers, 98. De 1831 à 1839 eut lieu à Porrentruy un mouvement séparatiste, conduit par Xavier Stockmar, tendant à détacher le Jura de l'ancien canton. Le gouvernement réprima ces tentatives et Stockmar s'enfuit à l'étranger. La paix dura dans le Jura bernois jusqu'au Kulturkampf-, 1874. Baud parvint à introduire le culte catholique à Interlaken en 1842. En vertu d'un accord entre le pape et le gouvernement, le canton de Berne en entier fut incorporé en 1864 à l'évêché de Bâle. La partie de l'ancien canton qui est à droite de l'Aar faisait déjà partie de ce diocèse, tandis que la rive gauche appartenait jusque-là à l'évêché de Lausanne. La Constitution fédérale de 1848 garantit le libre exercice du culte sur tout le territoire suisse. Berne étant devenue ville fédérale, Baud poussa à la construction d'une église catholique. Le gouvernement accorda son autorisation en 1853 et céda le terrain nécessaire à la rue des Bouchers à côté de l'hôtel de ville. L'église de SS. Pierre et Paul fut achevée en 1864. Le curé Baud avait réuni presque tous les fonds nécessaires, 650 000 fr., au moyen de contributions du pays et de l'étranger ; il mourut en 1867. Sous son successeur, Stephan Perroulaz, de Fribourg, éclata l'orage du Kidturkampf de 1874, dans lequel le gouvernement bernois joua un rôle important. La publication du décret du concile du Vatican, du 18 juillet 1870, sur l'infaillibilité du pape, provoqua le mouvement des vieux-catholiques qui rejetaient ce dogme. Quand l'évêque Eugène Lâchât, de Bâle, fit officiellement connaître les décisions du Vatican, Berne et quatre autres cantons le déclarèrent déposé de ses fonctions et il fut interdit aux ecclésiastiques de continuer leurs relations avec lui. Berne répondit à la protestation du clergé jurassien par l'expulsion de 84 prêtres, le 30 janvier 1874. On les remplaça par des « curés d'État » venus du dehors. Des troupes furent envoyées dans le Jura pour conjurer un soulèvement. La tension des esprits ne diminua que lorsque le gouvernement bernois, à la demande de la Confédération, eut révoqué l'édit de bannissement et que l'évêque Lâchât eut renoncé à l'évêché de Bâle. Les vieux-catholiques de la ville fondèrent en 1871 le Verein freisinniger Katholiken
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qui fut agréé par le gouvernement. Un vote populaire du 18 janvier 1874, dont la majorité fut fournie par les protestants, conféra au Vieux-catholicisme le rang d'église officielle à laquelle furent attribuées en 1875 l'église des saints Pierre et Paul, bâtie dix ans auparavant par la paroisse catholique-romaine, ainsi que l'école et la cure habitée par le curé Perroulaz; les classes catholiques-romaines furent supprimées. Le katholische Mânnerverein, composé de catholiquesromains, recourut inutilement au gouvernement et au Conseil fédéral. Ils furent autorisés à faire leur culte dans l'église française. Les services de la semaine et du dimanche après-midi eurent lieu quelque temps dans la maison de MmeEstherde Murait à la rue des Gentilshommes, et dès le 29 septembre 1875 à l'ancienne auberge de la couronne d'or à la rue de la Justice, où une chapelle avait été aménagée. Au curé Perroulaz qui s'était retiré en 1876, succéda Jakob Stammler. Lorsqu'au 1er janvier 1883, le Code fédéral des obligations entra en vigueur, la communauté fut constituée selon l'article 716 en association religieuse sous le nom de paroisse catholique-romaine de Berne, et reconnue comme personne juridique avec le droit de posséder des biens. Elle subsista dès lors par des contributions volontaires. Le curé Stammler trouva les fonds pour édifier une cure et une église, dédiée à la Trinité, et terminée le 5 février 1899. En 1877, il parvint aussi à réintroduire le culte catholique à Thoune et en 1881 à Interlaken. Thoune eut son église en 1892, son propre curé en 1894, Interlaken en 1895 etBerthoud en 1897. Depuis la nomination de Stammler au poste d'évêque de Bâle et Lugano, le 4 juillet 1906, Mgr. E. Nùnlist est curé de Berne. La paroisse compte aujourd'hui environ 40 sociétés. Le recensement de 1920 a compté à Berne 10 229 catholiques-romains, et dans tout le canton 85 048. — Voir Jakob Stammler : Gesch. der rômisch-katholischen Gerneinde in Bern. — Louis Vautrey : Histoire de la persécution religieuse dans le Jura bernois, 1873-1875. — Theodor Scherer-Boccard : Wiedereinfuhrung des katholischen Kultus in der protestantischen Schweiz im XIX. Jahrh. — Bas Pfarr- Wochenblatt : Korrespondenzblatt fur die rômischkatholische Pfarrei Bern. [W.-J. M.]
e) Église catholique-chrétienne. Le gouvernement bernois confirma en 1873 la décision de la conférence diocésaine de relever l'évêque Lâchât de ses fonctions, et défendit aux ecclésiastiques catholiques toutes relations officielles avec lui. Ceux-ci s'y refusèrent et protestèrent même contre le décret gouvernemental ; 69 d'entre eux furent alors déposés le 15 septembre 1873, et remplacés, dans les principales paroisses, surtout par des religieux français. La loi sur les églises du 18 janvier 1874 et le décret du 9 avril 1874 institua 42 paroisses et le décret du 2 décembre organisa le synode. L'« église catholique bernoise» fut ainsi créée. Le synode réalisa d'importantes réformes et fusionna en 1877 avec l'église catholique-chrétienne fondée entre temps et reconnue par le Conseil fédéral et plusieurs cantons. La plupart des communautés ne comptaient que peu d'adhérents, la population s'étant en général tenue très à l'écart de la nouvelle église. En bien des endroits, personne ne voulut accepter une élection au synode. Une faculté de théologie catholique fut créée le 29 juillet 1874 par le Grand Conseil et ouverte l'automne suivant. Les professeurs demandèrent de pouvoir utiliser l'église paroissiale, ce qui leur fut accordé en février 1875. Cette faveur eut pour conséquence la démission du curé Perroulaz et de 46 fidèles ; la paroisse resta dès lors composée uniquement de catholiques-chrétiens.
Le pape Léon XIII accorda en 1878 aux catholiquesromains du Jura l'autorisation de participer aux élections. En même temps, le Grand Conseil vota, le 12 septembre, un décret d'amnistie, permettant la réélection des prêtres déposés. Les ultramontains participèrent alors aux élections, y obtinrent la majorité ainsi qu'au synode (qui se réunit la dernière fois en 1883), et supprimèrent les réformes. Seules les paroisses de Berne, Bienne, Laufon et Saint-Imier restèrent catholiqueschrétiennes. La Constitution de 1893 reconnut trois
églises nationales : réformée, catholique-romaine et catholique-chrétienne. Cette dernière obtint en 1904 son organe propre : la commission catholique-chrétienne. Les paroisses y sont représentées par le président du Conseil d'église et le curé, la faculté de théologie par un membre. [W. Herzog.]
f) Israélites. La présence des Juifs à Berne est attestée la première fois par un document de la fin de l'année 1259. De cette date à 1427, ils furent expulsés à quatre reprises, la dernière fois même à perpétuité. La première communauté dura jusqu'en 1294 ; elle devait avoir son cimetière, car la démolition de l'hôpital de l'Ile en 1888 mit à jour un fragment de pierre tombale israélite (au musée de Berne) datant de 1293 selon le professeur Euting de Strasbourg. Les incendies de 1285 et 1287, le double siège de l'année suivante et surtout le mystérieux assassinat d'un enfant chrétien, Buf (Budolf), pour lequel les Juifs furent accusés de meurtre rituel, les firent chasser.
La deuxième communauté dut apparaître dans la première moitié du XIVe s. Elle était organisée et possédait son propre rabbin, très considéré dans les cercles cultivés. Le rabbin de Mayence, Jakob Môllin, nous apprend par son Responsum que son beau-père était alors rabbin à Berne. La peste vint alors de la Chine, la « mort noire », et les Juifs, de nouveau accusés de l'avoir provoquée en empoisonnant les fontaines, furent condamnés à périr par le feu. Trente ans plus tard, il y avait de nouveau des Israélites à Berne, formant probablement une communauté cultuelle. A la Saint-Georges 1384, le Conseil décida, pour s'opposer à leur commerce d'argent, qu'à l'avenir on ferait les emprunts chez les bourgeois et que les prêteurs ne devaient être ni gens tarés, ni usuriers. Malgré cela, les Juifs furent expulsés une troisième fois en 1392. Ils furent rappelés quinze ans plus tard avec des conditions extrêmement avantageuses ; on leur délivra en 1408 une attestation disant « que la ville les avait toujours vu avec plaisir pour ses emprunts ».
Berne se trouvait alors dans une grande pénurie d'argent par suite des incendies d'avril et de mai 1405. Mais quand la ville, après la conquête de l'Argovie entre autres, eut recouvré sa puissance politique et financière, les vieilles haines contre les Juifs reparurent. ' Justinger, qui faisait aussi le commerce de l'argent, s'en fit le porte-parole. C'est ainsi que pour la quatrième fois les Juifs furent expulsés, à perpétuité, le 10 mai 1427. La quatrième communauté dut être importante, car le plan de Berne de 1583 indique une porte des Juifs et une rue des Juifs assez étendue, formant aujourd'hui la rue de la Préfecture, la rue Théodore Kocher et une partie du palais fédéral.
Le décret d'expulsion de 1427 resta en vigueur jusqu'à la chute de l'ancienne confédération, mais non pas si strictement que ses auteurs l'eussent voulu. Des Juifs isolés des pays sujets, Baden et Thurgovie, purent occasionnellement pénétrer dans la ville pour leur commerce. En 1476 et 1480, on eut recours aux célèbres médecins israélites de Fribourg et Lausanne. En 1665, trois Juifs des comtés de Baden, Diïngen et Durlach, accompagnés chacun d'un serviteur, furent autorisés à parcourir la terre bernoise pour y acheter comptant du bétail pour l'étranger. Ils ne devaient passer plus de trois nuits au même endroit ; ils payaient 3 % de douane à la frontière plus une finance annuelle de 3 ducats. Le 24 décembre 1723, les Juifs furent affranchis de ces redevances, afin, dit le mandat, d'être attirés davantage aux foires de bétail. Cependant, en 1787, toutes les relations entre Berne et les Juifs cessèrent, mais, le 1er juin 1798, tous les impôts prélevés sur eux furent qualifiés de violation des droits de l'homme et supprimés. En 1807, le Petit Conseil refusa d'autoriser l'érection d'une synagogue, et ordonna de ne plus employer le local situé vis-à-vis de l'église française, qui avait été secrètement aménagé dans ce but. L'autorisation fut cependant accordée quelques années plus tard.
Jusqu'en 1864, les Juifs n'étaient pas émancipés en Suisse et pour cela rencontraient de grandes difficultés pour s'établir à Berne. Ceux qui venaient d'Alsace et de
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France devaient faire inscrire les naissances et les décès à la légation française et non à l'état civil de la ville. Quand la communauté israélite fut fondée, en 1848, elle réunit pour ainsi dire trois sortes de Juifs : les Suisses d'Endingen et Lengnau, les Français et Alsaciens et les Allemands du Sud. Elle fonda en 1855 une synagogue à l'Anatomiegasse, aujourd'hui Genfergasse ; c'était une salle aménagée dans une maison d'habitation. Des représentants de l'église et de la ville de Berne assistèrent à l'inauguration. A cette occasion, le Grand Conseil, sur préavis du Département des cultes, remit à la communauté israélite une belle coupe d'argent, œuvre de l'artiste Rehfuss.
Il y avait alors 200 Juifs dans la ville et à peine 500 dans le canton. La communauté posséda dès 1871 son propre cimetière, à la chaussée de la Papiermùhle. Dès cette date, elle s'accrut lentement et régulièrement. Une nouvelle synagogue fut bâtie en 1906 à la Kapellenstrasse. La communauté possède une école de religion, une petite bibliothèque et une caisse d'assistance pour les coreligionnaires pauvres, établis ou de passage. Actuellement Berne compte 1019 Israélites, parmi lesquels de nombreux étudiants de l'Université, et le canton entier un peu plus de 2000 depuis 1848, il existe aussi à Bienne une communauté dont les institutions sont les mêmes qu'à Berne. — ■ Voir FRB II, 492. — Augusta Steinberg : Studien zur Gesch. der Juden in der Schweiz. — E. v. Rodt : Bern im XIII. und XIV. Jahrh. (supplément). — G. Tobler : Bern und die Juden, dans BT II, 1893-1894. — Arch. d'État Berne : Rotes Buch, Stadtsatzung n° 116 ; Mandatenbuch 13, p. 160. [J. Messinger.]
4. Écoles, a) Écoles primaires. Les enfants du peuple des villes recevaient de temps à autre une certaine instruction grâce à des maîtres ambulants, qui, par exception, se rendaient aussi dans les plus grandes localités de la campagne. Ce n'est qu'au commencement du XVIIe siècle que les écoles primaires reçurent une organisation officielle. Elles étaient sous la tutelle de l'église, en ce sens que les pasteurs en avait l'inspection et qu'elles devaient faire apprendre aux enfants le catéchisme. Le gouvernement ordonna en 1616 que des maîtres fussent chargés dans toutes les grandes communes de l'instruction et de l'éducation des enfants. La première ordonnance scolaire imprimée parut en 1628. Elle prescrivait que l'école fût tenue non seulement en hiver, mais autant que possible aussi en été. Une nouvelle ordonnance parut en 1675 ; elle fut revisée en 1720 et resta en vigueur jusqu'en 1835. En 1798, il existait 500 écoles primaires pour 217 165 habitants. L'enquête ordonnée par Stapfer, ministre de l'instruction publique sous la République helvétique, constata que sur 419 écoles, 302 possédaient un bâtiment ou un local propre et encore les deux tiers étaient-ils dans le plus pitoyable état. La moitié des maîtres touchaient au plus 20 couronnes (75 francs). La loi sur l'école primaire du 1er octobre 1835 fixa les principes de l'enseignement nouveau, mais il n'était pas possible de les suivre d'emblée. Il y avait encore des classes de 140 élèves. Les maîtres manquaient ; ils se formaient dans des cours spéciaux. Les exercices de mémoire étaient la méthode courante. La loi prescrivait les branches obligatoires suivantes : religion, langue maternelle, calcul, écriture et chant.
L'école normale de Munchenbuchsee fut fondée en 1833 et occupa l'ancien couvent de ce village jusqu'à son transfert à Hofwil en 1884 dans l'ancien institut Fellenberg (voir cet article). Le 13 décembre 1903, elle fut divisée en école normale inférieure à Hofwil et école normale supérieure à Berne. L'école normale d'institutrices fut créée en 1838 à Niederbipp, transférée de 1839 à 1919 à la cure d'Hindelbank, puis à Thoune.
Le développement complémentaire des instituteurs fut préconisé par une loi de 1848 qui réunit en synode scolaire les représentants du personnel enseignant de toutes les écoles publiques à l'exception de l'Université. Ce synode discutait les questions que lui soumettait le Département de l'Instruction publique. Les lois sur l'école primaire de 1860, 1871 et 1894 apportèrent de DHBS II — 8
nouvelles améliorations. La loi sur les traitements du 21 mars 1920 donna aux maîtres primaires de 3000 à 5000 francs, ainsi que le logement, le bois et un jardin.
L'école primaire jurassienne ne fut pas meilleure que celle de l'ancien canton jusqu'au milieu du XIXe s. Porrentruy posséda très tôt une école de garçons, qui fut quelque peu améliorée au XVIIIe s. et devint obligatoire dès 1742 pour les enfants de 7 à 14 ans. Le bailli de Delémont ordonna en 1730. au nom de l'évêque, à chaque commune de l'évèché d'avoir un maître d'école et que les enfants fréquentassent la classe cinq jours par semaine. La seule ordonnance concernant les écoles de l'évèché était celle de 1784. Elle prescrivait l'enseignement de la religion, de la lecture, de l'écriture, du calcul et du chant. Le maître, nommé par l'évêque, n'était le plus souvent qu'un sacristain. L'enseignement se donnait le matin en été, tout le jour en hiver, et la libération dépendait d'un examen de sortie. La Révolution interrompit le développement de l'école jurassienne et la Restauration n'apporta rien de nouveau. Le décret du gouvernement de 1834 créa une école normale à Porrentruy. En 1845 une autre fut ouverte à Delémont pour les institutrices.
Les instituts pour enfants pauvres et abandonnés sont des établissements dans le genre de ceux de Pestalozzi et de Fellenberg ; ils possèdent un train de campagne et des classes primaires. Leur administrateur est un pédagogue. Les élèves sont groupés en familles. L'État entretient huit de ces instituts et en subventionne beaucoup d'autres créés par des particuliers. La plupart remontent à la loi sur l'assistance publique, de 1857, due au conseiller fédéral Karl Schenk, alors conseiller d'État. Les nouvelles lois, de 1897, puis de 1912, rendirent un grand service à la jeunesse en permettant d'agir contre les parents récalcitrants.
b) Écoles supérieures. Il est impossible de dire quand s'ouvrit la première école à Berne, mais elle est mentionnée en 1218 dans la charte de l'empereur Frédéric II ; Berne pouvait en élire et révoquer le maître. De 1228 à 1286, avec la fondation des couvents, s'ouvrirent quatre écoles. Une école latine exista à Thoune dès 1266. à Bienne dès 1269, à Berthoud dès 1300 ; il y avait une école de couvent à Amsoldingen en 1310. Celui qui voulait compléter son instruction devait aller à l'étranger. On créa des bourses pour séjours d'étude à Bologne. Paris etc. Une nouvelle maison d'école fut bâtie à Berne en 1481. On ne sait quelles branches étaient enseignées. La première ordonnance pour les écoles de Berne, Thoune, Zofingue et Brugg fut édictée en 1528. Il y eut depuis lors à Berne une école inférieure de cinq classes ouvertes 4 heures par jour, dans le bâtiment construit en 1481. On y ajouta un gymnase supérieur sur le modèle de celui de Zurich (voir aussi art. Académie. Berne). A côté de l'école latine ou municipale il y avait à Berne une école allemande privée déjà en 1389 qui devint aussi école publique et dont les maîtres sont bien connus dès 1482, grâce aux travaux de A. Fluri (dans AHVB XVI et XVII).
L'ordonnance scolaire de 1616 divisait le plus haut établissement d'instruction de la ville en une section inférieure de huit classes et une section supérieure de philosophie et théologie de trois années. Le programme fut parfois augmenté, ainsi en 1697, par une chaire de jurisprudence. Les écoles furent constamment améliorées et augmentées. Après la réforme de 1778, la section inférieure comprit la classe préparatoire, l'école «littéraire», le gymnase et «l'école d'art» ou réale qui s'ouvrit en 1779. Au temps de la République helvétique, la jeunesse bernoise se forma dans des écoles privées. L'Acte de Médiation vit le rétablissement de l'école littéraire à laquelle fut ajoutée l'Académie, destinée aux futurs pasteurs d'abord, aux avocats et aux médecins ; elle fut transformée en université en 1834. Le gymnase supérieur, de trois années d'études, fut ouvert en 1834 aussi.
En 1834, une loi sur les écoles secondaires fut présentée au Grand Conseil. Ces écoles furent créées dans tout le pays par des amis de l'instruction, et subventionnées par l'État. La loi de 1839 encouragea peu l'enseignement secondaire. Seule la loi de 1856, encore
Février 1922
BERNE