‹ Dictionnaire historique & biographique de la SuisseChapitre 58 sur 425 · ÉCOLES — JUSTICE · texte numérisé non relu

ÉCOLES — JUSTICE

BERNE

en vigueur, organisa définitivemenl cel enseignement destiné à compléter l'école primaire. L'Étal prit à sa charge la moitié des traitements du personnel enseignant. En outre, des progymnases furent ouverts à Berne, Berthoud, Thoune, Bienne, Neuveville, Porrentruy el I (elémont.

La loi de 1856 sur les écoles cantonales prévoyait un établissement de ce genre à Berne et un aulre à Porrentruy, divisés en sections littéraire et réale. Le programme des écoles secondaires et les progymnases devint identiques à celui des classes correspondantes des écoles cantonales : l'école cantonale de Berne fut supprimée en 1880, et dès lors tout renseignement scientifique resta confié aux écoles moyennes dans l'ancien canton. Ces écoles sont communales et l'État leur alloue la moitié du traitement du personnel enseignant. A Berthoud. le gymnase supérieur fut réuni au progymnase en 1873. Le progymnase de Bienne se divise en sections française el allemande. Le gymnase y fut créé en 1817, supprimé en 1836 et remplacé par le progymnase. Le gymnase supérieur fut rouvert au printemps 1902. L'école cantonale de Porrentruy continua à se développer.

Plusieurs établissements privés à Berne se sont beaucoup développés, tels que la Neue Mddchensclude. fondée en 1851, Frètes Gymnasium (Lerberschule), fondé en 1859. EvatK/elisches Serninar sur le Muristalden, fondé en 1854 (voir BSL 1(1 c. 2, p. 69, 74 s. 108 sur ces écoles et autres écoles privées).

r ) Écoles professionnelles. Elles sont toutes de création moderne et n'ont qu'une courte histoire. Nous nous contentons donc de les mentionner. Un technicuin fut fondé à Bienne en 1890 ; un autre, cantonal, à Berthoud en 1891. Celui de Bienne devint cantonal en 1910. Le musée cantonal des arts et métiers à Berne date de 1868 et l'école des arts et métiers naquit en 1899 de la fusion de l'ancienne école de métiers (1828) et de l'école d'art (1869). Les ateliers d'apprentissage de la ville de Berne datent de 1884. Mentionnons encore l'école d'horlogerie et de mécanique de Saint-Imier, l'école d'horlogerie de Porrentruy et l'école de sculpture de Brienz.

Des écoles de commerce publiques sont jointes au gymnase et à l'école des filles de Berne, Bienne, Delémont, Neuveville et Berthoud.

A Berne, on trouve une école normale pour maîtresses ménagères, fondée et dirigée par la section bernoise de la société féminine suisse d'utilité publique et subventionnée par l'État. Des écoles ménagères sont ouvertes aux jeunes filles libérées des classes à Worb, Berne. Herzogenbuchsee, Choindez, Saint-Imier et Saignelégier. L'enseignement ménager pénètre lentement dans les écoles primaires et secondaires.

Nous mentionnerons enfin l'école d'agriculture de la Riitti, créée par Wilhelm Fellenberg. Il en existe d'autres à Schwand près de Mûnsingen, Langenthal et Brienz (école d'alpage). Œschberg près de Koppigen possède une école de jardinage.

Bibliographie. — A. Sichler dans BSL V 10 c où sont consignés les auteurs des travaux parus avant 1907 tels que : Fr. Schàrer, J. J. Kummer, R. Fetscherin (manque: Allg. Uebersicht (1er 1831 u. 32 eingesandten Berichle u. Wunsche iiber d. Pritnar-Schulwesen, Bern 1834), Ad. Fluri, J. Egger, F. W. Gohl, X. Kohler, A. Heuer, F. Haag, A. Lasche, A. Liischer, E. Martig, K. Grùtter, Ed. Mùller, G. Dummermuth, A. Hùppi, O. Liithy etc. Sont encore à citer les travaux parus depuis 1907: H. Buchmuller: Die bernische Landschulorduung von 1675. — A. Fluri : Schulhausbauten. dans Kulturgeschichtl. Mitieilungen. — F. Haag : D. Sturmu.Dran g période d. bern.Hochschule 1834-54. — J.W\>v : D. Bielcr Schulwesen 1269-1815. — Schàr-Ris : Geseh. d. Thuner Stadtschulen 1266-1803. — G.-A. Blocher : Entstehung des ersten bernischen Primarschulgesetzesvon 1835. — J. Somazzi : Die Lehrgotten in Bern 1389- 1798. [A. Schrag.]

5. Justice, a) Sous l'ancien régime. L'ancienne procédure de droit coutumier se conserva longtemps dans les tribunaux de campagne sous sa forme originale ; la justice était rendue publiquement et verbalement. Les quatre bannerets présidaient les quatre

juridictions de Seftigen, Sternenberg, Zollikofen et

Knnolfingen. Certaines vallées de l'Oberland avaient leur organisation propre. Les basses juridictions avaient remplacé les anciens tribunaux de dizains. Les religieux et les bourgeois de Berne étaient exceptés des tribunaux ordinaires. Lors du contlit de Berne avec les seigneurs justiciers • (Twingherrenstreit) de 1470, les compétences de la Aille et des seigneurs furent délimitées : l'accord du 7 février 1471 attribua la haute juridiction à Berne et la basse aux nobles. L'instance supérieure fut d'abord un collège de 60 conseillers. On pouvait en appeler de ses décisions au Conseil des Deux-Cents. Le décret du 7 janvier 1650 transforma ce collège en un tribunal d'appel ; on s'éloignait ainsi de plus en plus du principe de la justice populaire.

A la Réforme, le pouvoir judiciaire de l'évêque échut à la ville. Le tribunal matrimonial et les consistoires furent introduits en 1528; la première loi matrimoniale fut édictée le 8 mai 1529. La sécularisation des couvents fit passer à la ville les juridictions conventuelles, qu'elle confia à des baillis (Amtmânner, Vôgte).

A la fin du XVIIIe s., la première instance de justice civile était le tribunal, puis venait le bailli (pour la campagne seulement) et enfin la Cour d'appel et le Conseil des Deux-Cents. Les délits relevaient de la justice de la ville, surtout du greffier, et à la campagne des baillis. Le Petit Conseil jugeait les affaires criminelles, dont le décret du 8 août 1704 confia l'instruction à une commission criminelle.

b) Au XIXe siècle. 1. A Berne. L'organisation judiciaire actuelle naquit sous l'Acte de Médiation. La Constitution cantonale de 1803 institua une Cour d'appel composée de 13 membres du Grand Conseil ; elle prononçait en dernière instance sur toutes les affaires civiles et criminelles. Le décret du 17 juin 1803 augmenta d'un le nombre de ses membres ; la cour se divisa en commissions, la commission criminelle était en même temps chambre d'accusation. La Constitution du 6 juillet 1831 créa un tribunal cantonal dont les bases furent revisées par la Constitution du 13 juillet 1846 et dans celle du 4 juin 1893. La loi du 31 juillet 1847 sur l'organisation des autorités judiciaires divisa le tribunal cantonal en cour d'appel et de cassation et. en deux chambres pénales. La loi d'organisation du 31 janvier 1909 en fit deux chambres pénales et deux chambres civiles. La Constitution de 1831 prévoyait l'institution de six cours d'assises. La loi d'organisation de 1847 introduisit cinq circonscriptions pénales pour affaires criminelles, politiques et délits de presse. L'organisation actuelle repose sur la Constitution du 4 juin 1893 et sur la loi d'organisation du 31 janvier 1909. La dernière exécution capitale a eu lieu dans le canton en 1861.

2. Dans les districts, a) Juges. Le bailli fonctionna comme juge dès le 20 juillet 1803 ; il était suppléé par un lieutenant. Il jugeait les affaires civiles jusqu'à 25 francs, présidait le tribunal de district et le tribunal de police. En 1831, la séparation des pouvoirs eut lieu dans les districts ; le bailli fut remplacé par le juge et le préfet.

b) Tribunaux de district. Présidés par le président du tribunal, ils jugent les affaires civiles d'une valeur de 400 à 800 francs et fonctionnent aussi comme tribunaux correctionnels.

c) La Constitution de 1831 créa des juges de paix dans les communes. La Constitution de 1893 et la loi d'organisation du 31 janvier 1909 les supprimèrent.

d) Les eonsistoires furent remplacés en 1831 par des tribunaux de mœurs. Ils étaient tous deux chargés des questions matrimoniales, de diriger les tentatives de réconciliation avant le divorce et de prendre les mesures préparatoires dans les recherches de paternité. La loi d'organisation de 1847 ne les mentionne plus.

3. Tribunaux spéciaux, a) Tribunaux de prutl'hommes. Basés sur le code de procédure civile du 2 avril 1883 et introduits par le décret du 1er février 1894, ils connaissent des litiges dans les contrats d'apprentissage, d'emploi et de travail entre ouvriers et employeurs. La loi du 31 janvier 1909 et le décret du 22 mars 1910 sur les tribunaux de prud'hommes étendirent leurs

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compétences à (uns les litiges susceptibles d'éclater entre employeurs et employés.

b) Tribunaux d'arbitrage. La loi du 23 février 1909 et le décret du 21 mars 1910 les instituèrent afin de résoudre les conflits collectifs entre patrons et ouvriers.

c) Tribunaux de commerce. Introduits par la loi du 31 janvier 1909 et le décret du 30 novembre 1911 sur la juridiction commerciale, ils connaissent de tous les litiges de droit commercial, de droit des obligations et de droit mobilier.

d) Tribunal administratif. Il fut prévu par la Constitution du 4 juin 1893 et. créé par la loi du 31 octobre 1909. Berne est ainsi l'un des premiers cantons à posséder une juridiction indépendante pour prononcer sur les conflits de droit public. — Voir F. Stettler : Staats- und Rechts geschichte fur den Kanton Bern. — Hodler : Notizen ilber die Organisation der bernischen Behôrden. — K. Geiser : Langenthal tinter der Twingherrschaft des Kloslers St. Urban. — Fr. Moser : Zur Gerichts organisation, insbesondere zur Frage der Bezirksgerichte, dans Zeitschrift des bern. Juristenvereins, XIV, 321 [P. Fluckiger.]

6. Militaire. 1. De 1191 à 1798. a) Direction. L'avoyer disposait à l'origine de toutes les forces armées de la ville ; plus tard ce pouvoir passa au Grand et au Petit Conseil. Dès 1294 l'avoyer et les quatre bannerets formèrent une commission militaire permanente et consultative. En temps de guerre, les quatre bannerets, les quatre conseillers secrets et les capitaines de la ville constituaient un conseil de guerre pour la durée des opérations ; ce conseil ne devint permanent, qu'en 1598. L'avoyer le présidait, six membres du Petit Conseil et autant du Grand le composaient, et le fourrier en était secrétaire. Pendant la guerre de Trente-Ans (1628- 1644), la direction des affaires militaires fut confiée à un conseil secret de sept membres.

b) Organisation de l'armée. Infanterie. Jusque vers la fin du XVIIe s., seuls les hommes du pays, mariés, devaient aller à la guerre quoique toute la population masculine de 16 à 60 ans fût astreinte au service militaire. Le centre de l'armée était à l'origine le fanion ou contingent de la ville, sous lequel se groupaient les hommes de chacune des 14 corporations. Par suite de l'accroissement du territoire, de nouveaux contingents vinrent s'y ajouter. Ils réunissaient un nombre d'hommes très inégal : celui de Brugg 60, celui du Haut-Hasli 100, celui de Berthoud 500, celui de Lenzbourg 700. Chaque contingent avait son capitaine, un banneret, un sergent-major, un porte-enseigne, un fourrier, un chirurgien, un certain nombre de chefs de file ou chefs de groupe, un tambour et un fifre. Dès 1572, le gouvernement chercha à égaliser les forces des contingents et à en nommer les capitaines ; obligé cependant de compter avec les droits et franchises de la campagne, il chercha à légaliser ses intentions en s'adressant au peuple. Après deux insuccès, en 1595 et 1598, le vole de 1610 vint remplir ses désirs. Deux corps d'armée de 6000 hommes furent constitués, et divisés chacun en 26 contingents de 4 à 500 fantassins. Lin second pas fut lait en 1628 par la réforme militaire de d'Erlach. La compagnie, désignée par un numéro, remplaça le contingent nommé selon sa provenance. 66 compagnies de 200 hommes formèrent 6 régiments, quatre allemands ri deux welches. Les capitaines furent élus par le Grand Conseil, mais choisis aussi en dehors des bourgeois de la ville. Pour la première fois on vit. des noms comme ceux d'Ulrich Im Obersteg, de Zweisimmen, Peler Haldi, de Gessenay, Heinrich Dur, de Berthoud, à la tète d'une compagnie. Les 6 régiments avec leurs 13 200 hommes formaient l'élite de l'armée tenue de prendre part aux expéditions lointaines. Mais elle ne comprenait guère que le tiers des hommes astreints au service. Les deux aulres tiers furent aussi organisés en compagnies et pourvues de cadres, en 1651 et 1652 ; on créa ainsi 124 compagnies nouvelles avec 24 000 hommes. L'organisation de l'infanterie se poursuivit par la suite, mais sans changements importants. Au XVIIIe s., la force de l'élite fut portée à 26 000 hommes formant 21 régiments. La population ayant augmenté, il restait encore 31 000 h., eux aussi organisés en bataillons et régi-

ments. Le principe d'après lequel les hommes mariés devaient seuls servir, fut abandonné.

Cavalerie. En comparaison de l'infanterie, la cavalerie ne joua qu'un rôle modeste dans l'organisation militaire bernoise. L'obligation de servir à cheval ne concerna d'abord que la noblesse bourgeoise, domiciliée en ville ou aux environs. Les détenteurs de fiefs nobles ou militaires, dans les pays conquis, Argovie et Vaud y étaient aussi contraints. Plus tard un certain nombre de bourgeois de la ville et de paysans vinrent d'euxmêmes à cheval lors des mises sur pied. La cavalerie comptait de 50 à 110 lances lors de la conquête du pays de Vaud ; de ce pays en vinrent environ 200 autres. Cette troupe d'origine féodale diminua toujours plus dès le XVIe s. et le gouvernement dut songer à la reconstituer. Un grand nombre de paysans aisés se présentèrent volontairement comme dragons en 1655 et une compagnie put être formée. Se ba-

wùnlimkï woimrnf

Drapeau flammé, rouge et noir, avec croix grecque du régiment oberlandais. Ordonnance de 17G6. Musée historique. Berne.

sant sur le Défensional de 1667, le gouvernement demanda aux communes de fournir 6 cavaliers équipés pour chaque compagnie de fantassins. Les fâcheuses expériences faites durant la guerre du Toggenbourg firent abandonner ce système des cavaliers pour revenir aux dragons Us formèrent en 1780 dix-huit compagnies de 60 chevaux.

Artillerie et génie. Alors que Berne avait pu créer son infanterie et sa cavalerie, elle dut. s'adresser à l'étranger pour son artillerie et ses fortifications. Selon Justinger, le premier grand canon vint en 1413 de Nuremberg. Les maîtres artilleurs étaient aussi étrangers. Par contre, l'intendant de l'arsenal, de qui dépendait l'artillerie, était Bernois. L'influence de l'étranger en matière de fortifications se fit sentir lorsque la puissance de l'artillerie provoqua, au commencement du XVIIe s., des changements dans ce genre de construction. L'Allemand Valentin Friderich, qui vint à Berne en 1610, fut le premier des ingénieurs étrangers. Ces conseillers venus d'ailleurs étaient généralement également expérimentés dans l'artillerie et dans l'art des fortifications. Un membre du Petit Conseil, l'intendant des bâtiments, avait la surveillance des fortifications.

Dans la seconde moitié du XVII s;, en 1673, on créa une compagnie d'artillerie permanente ; ses maîtres canonniers furent pris dans la ville et les servants dans la campagne. A la fin du XVIIIe s., on était arrivé à constituer 12 de ces compagnies avec '(99 canons.

Flotte. A Mire de curiosité, il faut ajouter que Berne

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posséda dès k' milieu du XVI0 s. une marine de guerre. Une flottille de quelques grands bateaux et davantage de petits, commandés le plus souvenl par des étrangers, sillonnait le Léman. Il y cul même quelque temps, vers 1672, une école de navigation, entretenue par l'État, à Morgés. - Voir B. Haller, dans RHV 1896.

c) Armement et instruction. Infanterie. Les hommes des contingents des XIIe- XVIe s. étaient pourvus comme les Confédérés de la hallebarde et de la lance. Quoique le tir fût recommandé par le gouvernement, il ne joua un rôle que dans les batailles du XVIIe s. En 1588, le tiers des fantassins allemands et la moitié des welches possédaient un mousquet. Avant, la guerre du Toggenbourg déjà, tous les hommes étaient armés du fusil à pierre. Une importante subdivision était constituée par les grenadiers. Toutes recherches historiques sur les exercices militaires avant 1600 étant demeurées sans résultat, il faut admettre qu'ils ne furent introduits qu'avec l'usage général des armes à feu. Le premier règlement d'exercice bernois est de 1615. Dans son ensemble, il reproduit le règlement hollandais. Après plusieurs tentatives inutiles pour joindre les exercices d'armes aux tirs des dimanches, le gouvernement introduisit les Trullmusterungen (inspections et exercices). Le tir devint aussi obligatoire dès 1616, l'arme et la munition étant aux frais des tireurs ; pour les encourager, le gouvernement leur alloua chaque année des primes de tir. Ce système fut conservé avec quelques modifications jusqu'en 1798, mais la complication du chargement et la manière de combattre ainsi que l'absence complète de véritables manœuvres militaires ne donnaient qu'une infanterie insuffisamment préparée. Dans la cavalerie, les vassaux furent d'abord lanciers, puis cuirassiers. Les cavaliers introduits après 1667 étaient pourvus de la carabine, de deux paires de pistolets et du sabre. Les dragons, d'abord fantassins montés, portaient une carabine à baïonnette, des pistolets et un sabre. Ils ne furent jamais appelés à des exercices particuliers avant 1712 ; ils faisaient le drill et la parade avec l'infanterie. En 1724 seulement, le gouvernement édicta des règlements d'exercice distincts pour les cavaliers et pour les fantassins. Selon un décret de 1768, les dragons devaient se réunir par sections trois jours chaque année pour une revue et des exercices. Des installations spéciales pour le tir du canon ne se rencontrent qu'au XVIIe s. Un collège d'artillerie, appelé depuis 1698 Feuerwerker-Kollegium, donnait les connaissances théoriques. Des bourses encourageaient les jeunes gens capables à se perfectionner dans l'artillerie à l'étranger. Les tirs d'artillerie étaient rares; de temps à autre au XVIIIe s., le gouvernement accorda les crédits pour l'achat de la poudre nécessaire; on n'appelait que les cadres à ces tirs, rarement des compagnies entières. — Voir Valentin Friderich : Kfiegskunst zu Fuss. — Du même: Kurlzer Begriff und Anleitung des Krie.gs Exercilii. — Du même : Brief recueil de l'exercice de milice. — K. Geiser : Gesch. der bernischen Verfassung. — Jacob de Geyer : Waffenhandlung von den Hiiren. Musquetten und Spiessen. — E. von Rodt : Gesch. des bern. Kriegswesens. — J. Steinemann : Reformen im bernischen Kriegswesen. — G. Tobler, dans BT 1891. — H. Turler, dans BT II, 1902. — - A. Zesiger : Das bernische Zunftwesen. — Le même : Bernische Heeresreformen .

2. De 1798 à 1848. Durant la République helvétique, les milices suisses furent organisées d'une façon uniforme, mais dès l'Acte de Médiation reparurent de nouveau les organisations cantonales. Berne mit à la tête des affaires militaires une commission dépendant du Conseil d'État ; la Restauration revit aussi l'ancien ^ conseil de guerre. La loi du 26 mai 1804 posa les base> de la nouvelle armée du canton. A rencontre de la République helvétique, elle ne reconnut pas le service obligatoire pour tous, mais institua le tirage au sort ; elle créait une troupe régulière de 5500 h. dont la moitié seulement, jusqu'en 1813, fut organisée. La Diète édicta le 5 juin 1807 le Règlement militaire général des troupes des contingents confédérés, base d'une armée fédérale à laquelle Berne devait fournir 2292 h., 15 canons de quatre livres et 4 obusiers. — Une nouvelle

organisation militaire, du 26 mai 1812. divisa le canton en quatre départements administrés chacun par une commission d'instruction. L'élite comprenait 5500 h. volontaires ou célibataires désignés par le sort, de 20 à 30 ans. La réserve de lre classe réunissait tous ceux qui sortaient de l'élite, jusqu'à l'âge de 50 ans. Tous les autres Bernois capables de porter les armes, âgés «le lfi à 50 ans, formèrent la réserve de 2e classe. Les communes versaient chaque année fr. 4 à la caisse militaire pour chacun des soldats (dragons exceptés) qu'elles fournissaient, et l'État en faisait autant. Les officiers s'équipaient à leurs propres frais. Une école militaire cantonale fut ouverte à Berne. Le canton augmenta les effectifs après les événements de 1813 et 1814, il arma aussi les réserves et en forma quatre bataillons. 8 à 9000 h. de la landwehr durent pourvoir eux-mêmes à leur armement, et furent organisés en 1815 en 22 compagnies de grenadiers et 8 de carabiniers. En 1816, le Leberberg (Soleure) fut incorporé au canton comme 5e département militaire et lui apporta 2800 h. d'élite. Le règlement militaire de 1817. par lequel la Diète voulait créer une nouvelle année fédérale, exigeait 11 648 h. du canton de Berne. Ce dernier dut se donner une nouvelle constitution militaire, le 4 juin 1818, qui institua le service obligatoire pour tous. Il y avait 3 classes : l'élite, envoyée à l'armée fédérale, forte de 8800 h. ; la réserve, formée de ceux qui sortaient de l'élite, puis la landwehr de lre et 2e classe, qui s'armait et s'équipait à ses propres frais. Le temps de service était de 12 ans dans l'élite, 6 dans la réserve, 12 dans la landwehr de lre classe. La landwehr de 2e classe était destinée au service intérieur et ses obligations duraient jusqu'à l'âge de 40 ans. Le canton fut divisé en 8 départements au lieu de 5. En 1818, pour encourager le tir, furent créées les sociétés officielles de tireurs.

Vers 1820, la nécessité d'améliorer le militaire provoqua une série de projets de réforme dus à des officiers bernois ; le résultat fut la nouvelle organisation de 1828, dont les principes restèrent en vigueur pendant de nombreuses années. Elle divisa le canton en 8 circonscriptions militaires à la tête de chacune desquelles était un commandant et 2 à 3 adjudants. L'obligation de servir s'étendit de 19 à 39 ans révolus, dont 12 ans dans l'élite (les dragons 8 ans) et 8 dans la réserve. La formation des recrues et les cours de répétition eurent lieu à l'école militaire de Berne. Lalandwehr était instruite dans les communes, dix fois l'an, par 340 instructeurs. Diverses prescriptions réglèrent les détails, la discipline, la solde, l'entretien, les inspections, l'habillement, l'armement, etc. L'armée fut augmentée ; elle comptait en 1836 9000h. d'élite, 4000 de réserve et 26 900 de landwehr, soit en tout 39 900 soldats de toutes armes. Durant les années agitées de 1830, des gardes bourgeoises volontaires furent organisées dans tout le pays. Il y en avait 211 en 1833, réunissant 23 429 h. On en retint 8688 volontaires qui furent répartis en 81 compagnies de marche. A Berne, la garde bourgeoise devint en 1833 une Stadtlegion portant un uniforme spécial ; il en était de même du corps franc académique, devenu plus tard le Studentenkorps, armé, mais non équipé par l'État, et qui se maintint jusqu'en 1854. Cependant, le goût pour le militaire diminua au cours des années qui suivirent 1830 ; le gouvernement se vit obligé, par la loi du 14 décembre 1835 sur l'organisation militaire, de réduire le service dans l'élite de 12 à 8 ans et de supprimer les exercices d'instruction. L'autorité supérieure devenait le département militaire avec un conseiller d'État à sa tête. Les dispositions d'ordre social de cette loi sont remarquables : l'État était chargé de l'entretien des invalides et de ceux que laissaient dans le besoin les soldats morts au service. Les forces bernoises se montaient en 1840 à 38 328 h. dont 12 666 h. d'élite. Une ordonnance fédérale introduisit en 1841 le fusil à percussion.

Le dernier remaniement important fut provoqué par l'organisation militaire du 16 avril 1847. L'obligation de servir fut étendue de 16 à 50 ans, l'âge du recrutement porté de 17 à 20 ans. L'élite fut formée de volontaires et d'hommes désignés par le sort, âgés de 21 à 28 ans, la landwehr de tous les autres hommes, de 21

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(architecture et beaux-arts)

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à 40 ans. L'État garda le droit d'appeler aussi les classes d'âge de 41 à 50 ans. Le canton fut divisé en 14 arrondissements de 2 districts, ou de 4 quartiers chacun. La valeur de cette organisation fut démontrée par le Sonderbund. • — Voir K. Egli : Schweiz. Heereskvnde. — Feiss : Das Wehrwesen der Schweiz. — K. Koch : Uebcr die Kriegsvcrfassun g des Kts. Bern. — H. Leemann : Abriss der Militârstatistik der Schweiz. — D. Zimmerli : Blicke in das Bernersche Militârwesen. ■ — ■ Gesetz ûber die Militàrverfassung der Bepublik Bern, 1835. — Militai-organisation des Kts. Bern, 1847. — H. Merz : Das bernische. Militârwesen von 1798-1848 (Ms.). — Rapp. sur l'administration du C. Berne [E. Merz.]

7. Architecture et art. Jusqu'au XVIIe s., le canton de Berne ressort plutôt de l'art souabe que de celui du haut-Rhin. L'architecture, la peinture et la sculpture ont un caractère souabe bien défini. L'influence française se fit sentir au XVIIe s., il en résulta un style mêlé que l'on peut admettre comme spécifiquement bernois. La ville n'a jamais passé pour un centre artistique, quoiqu'elle ait souvent fait autorité, surtout dans les périodes où elle posséda des artistes de renom. L'ancien canton est relativement pauvre en œuvres du moyen âge, car beaucoup furent détruites lors de la Réforme.

1. Architecture, a) Édifices religieux. L'architecture religieuse ne remonte guère au delà du XIe s. La plus ancienne des églises paroissiales est peut-être celle de YVimmis qui remonte probablement au Xe s. Il existe encore nombre de constructions romanes, souvent défigurées par des adjonctions ultérieures. De l'abbaye des premontrés de Gottstatt, l'église presque seule est debout ; des ruines indiquent le couvent, de Rueggisberg. La Commanderie des chevaliers teutoniques de Kôniz a été plus tard complètement transformée, mais on peut reconnaître dans l'église des traces de style roman. La basilique à trois nefs d'Amsoldingen, dont les pierres de la crypte proviennent d'Avenches, est restée passablement intacte; la petite église d'Einigen au bord du lac de Thoune l'est encore davantage, elle présente le meilleur type de l'art roman en terre bernoise. Bûren sur l'Aar possède un chœur roman ; Kirchlindach, Spiez et Villarsles-Moines des éléments de construction et des ornements romans. Les anciennes tours romanes sont de/ meurées ici ou là, alors que le reste de l'édifice fut restauré ; cependant on ne trouve nulle part de monuments importants construits dans le style roman.

L'art ogival ne pénétra qu'au XIIIe s., introduit par les ordres religieux ; d'abord par les cisterciens à l'abbaye de Frienisberg et au couvent de femmes de Fraubrunnen, actuellement presque disparus, puis par les dominicains dans leur église de Berne. Le chœur de cet édifice (aujourd'hui l'église française) est peut-être le plus ancien monument ogival du canton. L'église des chanoines de Saint-Antoine dans la rue de la Poste (de 1494) est du même style, elle a malheureusement été profanée et se trouve dans un état lamentable. A la campagne, il faut citer l'église des chevaliers de Saint- Jean à Mùnchenbuchsee, celles des couvents de Saint- Jean et de Frauenkappelen, les églises paroissiales de Xcuenegg, de Hindelbank (1512), Jegenstorf (1514), la Lenk (1504), Aarberg, Frutigen et surtout l'église de la Sainte-Croix, à Gléresse, la plus importante de toutes au point de vue architectural.

L'époque du gothique flamboyant a laissé deux églises urbaines qui sont les plus belles créations de leur temps. <;e sont l'église paroissiale, à trois nefs, de Berthoud, • ommencée en 1471 et à laquelle travaillèrent Niklaus Birenvogt, architecte de la Collégiale de Berne, et le Fribourgeois Peter de Cometo, puis surtout la Collégiale de Berne. La première pierre de cet édifice fut posée le 11 mars 1421 et les travaux durèrent jusqu'à la fin du XVIe s. En 1420, le Conseil appela Matthâus Ensinger, d'LTm, pour diriger les travaux. Maître Matthâus demeura 26 ans à Berne. Il élabora le plan d'ensemble, bâtit le chœur, les chapelles latérales et une partie des bas côtés. Ses successeurs, Stefan Hurder (1453- 1469), Niklaus Birenvogt (jusqu'en 1481) et Moritz Ensinger (jusqu'en 1482) poursuivirent l'entreprise. Erhart Kùng (1483-1506), qui était surtout sculpteur, modifia quelque peu les formes architecto-

niques. Peter Pfister, de Bàle (1506-1520), termina le chœur et la tour jusqu'à l'octogone inférieur. Peter Kleinmann, de Bienne (1520-1540), vit la Collégiale saccagée par la Réforme ; son activité se limita à effacer les traces de l'orage. Enfin, en 1573, Daniel Heinz construisit la voûte de la grande nef.

La fonction d'architecte de la Collégiale continua d'exister quoique les travaux fussent arrêtés. Pendant deux siècles, les titulaires eurent la haute surveillance sur les constructions dans tout le canton et fixèrent ainsi le caractère architectural des bâtiments édifiés dans la campagne par l'État, en particulier des églises paroissiales. Ils se contentèrent d'abord de transformer les édifices religieux ou simplement de les réparer. Abraham Dùnz, en fonctions de 1660 à 1688, qui transforma ou reconstruisit ainsi 18 églises de la campagne, leur donna un nouveau type, plus approprié au prêche évangélique. Ce sont entre autres celles de Langnau, Langenthal, Brienz et Wattenwil. Il renonça au chœur, allongea la nef et plaça les fonts baptismaux au centre et dans l'axe principal de l'édifice. Abraham II Dùnz et Johann-Jakob Dùnz (1703-1728) furent de remarquables constructeurs d'églises rurales. Le Bernois Niklaus Schiltknecht fut le plus grand des architectes de la Collégiale au XVIIIe s. Son œuvre principale est l'église du Saint-Esprit, à Berne, qu'il exécuta de 1722 à 1729 ; elle constitue l'unique édifice du canton construit spécialement jusqu'à la fin du XVIIIe s. en vue du culte réformé.

Il n'y a presque rien à dire sur l'art architectural religieux du XIXe s. ; on se contenta d'imiter les anciens styles.

b) Edifices civils. On doit admettre que les maisons fortes des familles nobles furent en bois jusqu'au XIIIe s. Il n'en reste aucune trace. Les premiers châteaux de pierre datent du XIIe s. ; ils se composent généralement d'une tour de défense et d'une autre sci vaut d'habitation (Palas). Les plus beaux et les plus sûrs devinrent plus tard les demeures officielles des baillis et furent transformés pour la plupart. Ils sont aujourd'hui encore habités ou servent de prisons. Les mieux conservés sont ceux de Berthoud et de Thoune, ainsi que les châteaux de Trachselwald, YVimmis. Oberhofen, Worb, Laupen etNidau. Un peintre du XVIIe s., A. Kauw, a laissé des vues d'un grand nombre d'autres châteaux, aujourd'hui disparus.

La période du gothique flamboyant est encore représentée par quelques maisons urbaines pour lesquelles l'Hôtel de ville de Berne servit souvent de modèle. On commença à cette époque à unifier le type de la maison d'habitation seigneuriale, caractérisé par une façade à pignon et une tour d'escalier extérieure. Un peu plus tard prédomina l'influence française ; les châteaux furent d'abord simples (Gerzensee), puis s'enrichirent et s'embellirent (Thunstetten, Hindelbank). Ces derniers se distinguent par des ailes latérales et des communs, ils servirent de modèles aux châteaux et maisons de ville du XVIIIe s. (Hôtel d'Erlach). Des architectes bernois en furent très souvent les auteurs, mais on ne sait auquel attribuer tel ou tel travail. Lorsqu'il s'agissait de grandes constructions en ville, on faisait parfois venir des architectes étrangers. Plusieurs ont été mentionnés comme architectes de la Collégiale. Niklaus Schildknecht collabora avec le Français Abeille à la construction de l'hôpital bourgeois (1741), on lui doit aussi l'hôtel de l'État extérieur (1721). Le grand Grenier est l'œuvre de Franz Bar, de Bregenz. Mais l'homme qui eut le plus d'influence en matière d'architecture civile de style rococo fut le dernier architecte de la Collégiale, Niklaus Sprûngli (1725-1802). Ses œuvres les plus connues sont la grand'Garde, l'Hôtel de musique et la galerie de la Bibliothèque, édifiés entre 1767 et 1773 ; le second fut entièrement transformé à l'intérieur et la dernière démolie.

Au XIXe s., il faut mentionner les palais fédéraux bâtis entre 1852 et 1901.

2. Sculpture. Les plus anciennes œuvres de sculpture sur territoire bernois sont les fonts baptismaux d'Amsoldingen, de style roman, les sculptures de l'église romane de Buren sur l'Aar et celles des restes de l'église du

BEHNE

(architecture et beaux-arts)

BERNE

couvent de Rueggisberg, du XIIIes.Le XIVe s. semble n'avoir rien laissé. La Collégiale de Berne devail être richement ornée de statues ; on voit encore dans le chœur et la nef des consoles ou parfois leur emplacement. Tout fut détruit par la Réforme ; seule la décoration du portail principal a été conservée. Elle est l'une des pi us riches de la Suisse par le nombre et la beauté

plafonds de bois, en partie peints. Elles sont apparentées à celles qui de nos jours encore font le principal ornement des fermes bernoises. Les stalles du chœur de la Collégiale ( 1523) sonl un chef-d'œuvre de la sculpture sur bois de ce temps.

De nombreuses fontaines des XVe et XVIe S. ornent les rues de Berne et de quelques villes du canton ; leur

La fontaine du Banneret à Berne. D'après un dessin à la pluinede J. A. Klein 1820.

des pers tages. Klle représente le Jugement dernier.

Erhard Kùng en est l'auteur, il vécut à Berne de 1452 à 1506. Le sculpteur nurembergeois Albrecht fut peut-être son collaborateur. Témoin de l'influence du théâtre de l'époque sur la sculpture, -ce chef-d'œuvre du gothique flamboyant mérite dans l'histoire de 1 ail une place plus large que celle qui lui est ordinairement accordée. Il appartient sans aucun doute à l'art souabe. On trouve encore sur la Collégiale la statue en pied de son architecte, faite au commencement du XVIe s.. ainsi que quelques autres motifs sculptés sans grande valeur. Certaines des clefs de voûte du chœur sont t rès belles ; leur ensemble offre l'image de la Cour céleste. De la même époque datent les sculptures du jubé de l'église de Berthoud.

De nombreux autels durent être sculptés au XVe s., mais il n'en reste rien. Dans quelques églises de campagne (Adelboden, Blumenstein, Kôniz, etc.), on voit encore des sculptures gothiques en champ levré sur les

forme varie du gothique au baroque. Elles représentent soit des guerriers tenant un écu, soit des vertus ; souvent, elles sont l'insigne de quelque société ou corporation. On a longtemps admis que la plupart des fontaines de la ville étaient dues à l'artiste fribourgeois Hans Geiler (vers 1540).

Après la Béformation, la sculpture ne fut guère représentée que par des pierres tombales. L'architecte de la Collégiale, Johann Thûring, exécuta en 1601 le tombeau dit des Zahringen, de style baroque, placé dans la Collégiale. Les tombes des avoyers Franz-Ludwig (t 1659) et Sigismund (t 1699) d'Erlach, dans l'église de Spiez, méritent aussi une mention, ainsi que le monument du colonel Albrecht de Wattenwyl (t 167 1), à Oberdiesbach. et surtout celui du feld-maréchal Jérôme d'Erlach, conçu selon le goût français, dans l'église de Hindelbank. Son auteur, le sculpteur berlinois August Nahl (1710-1781), édifia en 1751 dans la même église un second monument pour la femme du pasteur Lang-

BERNE

(architecture et beaux-arts)

BERNE

hans. L'incendie de 1911 fit beaucoup de tort au premier de ces deux mausolées. J.-J. Langhans est l'auteur des reliefs du fronton du Grenier de Berne. Au XIXe s., quelques monuments furent aussi élevés, entre autres les statues romantiques du duc de Zâhringen. par Tscharner (dont une Pietà orne une des chapelles de la Collégiale), et de Rodolphe d'Erlach, par Joseph Vollmar. Adrien de Bubenberg, par Leu (1897), est une œuvre typique de l'école historique.

L'histoire de la sculpture bernoise serait incomplète si l'on n'y ajoutait celle Au travail sur bois de l'Oberland. Depuis 1816 la sculpture sur bois se développa en une florissante industrie. L'école de sculpture sur bois ouverte à Brienz en 1885 eut pour but d'élever le niveau artistique de ces produits.

3. Peinture. II n'y a de peintures romanes que dans l'église d'Amsoldingen, où l'on mit à jour en 1906 une grande image de saint Christophe. Les autres tableaux et peintures murales ne remontent pas au-delà du XVe s. Ce sont surtout des images de saints au plafond de bois de nombreuses églises rurales, en particulier de Kôniz. Les peintures murales des églises de village sont de valeur inégale. Lors de la Réformation, elles furent recouvertes de badigeon ; aujourd'hui on les remet à jour et on les restaure tant bien que mal. Les fresques d'Adelboden, Belp, Kirchlindach. celles de la chapelle du château de Berthoud. de la chapelle de Sainte-Catherine à Wiedlisbach, Bùren. Neuveville, méritent une mention.

Au début du XVIe s., la peinture prend un essor considérable, grâce au maître Hans Bichler. Il exécuta en 1480 un tableau de la bataille de Morat pour l'Hôtel de ville de Fribourg. L'original en est perdu, mais il est cependant connu par des reproductions. On a identifié son auteur, sans preuve bien évidente, avec le «Maître à l'œillet», dont on conserve quelques œuvres au Musée des Beaux-Arts de Berne et ailleurs, et qui peignit les fresques de l'ancien couvent des dominicains et du porche de la Collégiale. Il travailla de 1490 à 1510 environ. Jakob Boden, mentionné comme peintre verrier en 1502. fut peut-être son élève : il est l'auteur d'une image votive de 1515, donnée par l'avoyer Jacques de Wattenwil.

L'art bernois entra avec Nikolaus Manuel Deutsch (1483-1530) dans une brillante période. Manuel fut l'un des meilleurs peintres de l'ancienne Confédération. Il étudia la Renaissance en Italie et la transplanta en Suisse sans oublier l'art gothique : de ces deux éléments il obtint des effets charmants. Son œuvre la plus célèbre, une peinture murale du couvent des dominicains de Berne, représentait la danse des morts (1517-1520); il n'en reste que des copies. Ses meilleurs tableaux sont au musée de Bàle ; ce sont entre autres la décollation de Jean-Baptiste, Bethsabée au bain, sainte Anne. Le musée de Berne conserve deux de ses premiers tableaux : la Nativité de la Vierge et saint Luc, qui sont encore purement gothiques. Manuel n'eut pas de successeur à Berne. Son fils Hans-Rudolf était aussi peintre. La seconde moitié du siècle fut très pauvre en artistes. Dans quelques maisons patriciennes se rencontrent des tableaux de ce temps, mais les auteurs en sont inconnus. Il n'est pas certain que le portrait de Roveréa soit du peintre-verrier Hans Funk (1470-1539).

Le XVIIe s. fut une période de complète décadence pour la peinture bernoise. Des maîtres étrangers séjournèrent parfois dans la ville, jamais longtemps. Josef Werner (1637-1709) fut un véritable artiste. Il passa nombre d'années en Allemagne, en Italie et en France. De 1682 à 1695, il dirigea une académie de dessin à Berne, peignit des allégories et de beaux portraits. Johannes Dùnz, de Brugg, 1645-1736. eut un grand renom de portraitiste ; la bibliothèque de la ville conserve plusieurs portraits d'avoyers de sa main.

Les peintres du XVIIIe s. déployèrent une certaine activité dans le portrait. Johann-Rudolph Huber. de Bâle. 1668-1748, fut élève de J. Werner. Il habita presque continuellement Berne de 1702 à 1738. On l'égalait au Titien et à van Dyck et on l'appelait le Tintoret suisse. Son successeur, Emanuel Handmann. 1718-1781. de Bàle aussi, s'établit à Berne vers 1750 et y demeura

jusqu'à sa mort ; on lui doit de nombreux portraits.

L'art bernois acquit une renommée européenne vei - 1770. On se mit à graver légèrement sur cuivre des pays sages suisses qu'on coloriait ensuite. L'inventeur de cette nouvelle branche de la peinture fut J.-L. Aberli. 1722- 1786, de Winterthour, établi à Berne depuis 1741. Il fit école et ses élèves et imitateurs publièrent jusqu'en plein XIXe s. des vues et des scènes populaires. Parmi cesderniers citons le célèbre Siegmund Freudenberger. 1745- 1801, le Poméranien B.-A. Dunker, 1746-1807 ; Dinkel, 1762-1832; F.-N. Kônig, 1765-1832; Gabriel Lorv père, 1763-1840 ; G. Rieter, 1788-1835 : Gabriel Lory fils, 1784-1846. Quelques-uns d'entre eux, entre autres Heinrich Rieter, 1751-1818, furent aussi de bons portraitistes. Les noms des deux Volmar, père et fils, ne doivent pas èt#e omis. G.-J. Volmar, 1770-1832, fut paysagiste et peintre de genre ; ses élèves J.-S. Volmar, 1796- 1865, et Fr. Kurz, 1818-1871, jouèrent un certain rôle dans l'histoire de la peinture romantique ; de même Fr. Walthard, 1818-1870. La manière classique de David fut cultivée à Berne par l'émigré français Legrand de Serant, 1758-1829. Le portrait fut surtout représenté au XIXe s. par J.-F. Dietler, 1804-1874, et R. Durheim, 1811-1895.

La seconde moitié du siècle fut illustrée par quatre artistes bernois : Clara von Rappard, 1857-1912 ; Karl Stauffer-Bern, 1857-1891 ; Max Buri, 1868-1915. et Ferdinand Hodler, 1853-1918. Buri seul habita constamment le pays de Berne, cependant leur art à tous a des traits bernois. Ils ont étendu au loin la réputation de la peinture de leur canton. A Anet, Albert Anker, 1831-1910, peintre de genre, illustra la vie de la campagne. Il appartenait à l'école de Dusseldorf. mais montra une grande originalité ; les types qu'il a créés demeureront populaires.

Il reste à parler d'une branche plus rapprochée de l'art industriel que de l'art proprement dit, de la peinture sur verre, pratiquée dans toute la Suisse. Le canton de Berne est particulièrement riche en beaux vitraux. Les plus anciens, du XIVe s., à Munchenbuchsee, présentent encore des formes romanes. Ceux de Blumenstein et Kôniz sont purement gothiques. Du XVe s. datent ceux de la Collégiale de Berne, qui sont splendides. et ceux de l'église d'Hilterfingen. La fenêtre dite de cabinet remplaça peu à peu les grandes baies vers 1450 ; son ornementation est surtout héraldique et accompagnée d'une image de saint jusqu'à la Réformation. L'art du verrier eut sa plus belle floraison au premier quart du XVIe s. On voit les types renaissance remplacer peu à peu le gothique. D'abord colorés et lumineux, les vitraux deviennent aux XVIIe et XVIIIe s. toujours plus mats et froids. Les noms des peintres verriers ont rarement été conservés ; les plus connus sont Hans Funck. 1507-1539, et surtout Hans Sterr. vers 1515. — Voir Rahn : Gesch. der bildenden Kiinste in der Scliweiz. — Kuhn : Allgemeine Kunstgeschichte. — Hàndcke : Schweizerische Malerei des 16. Jahrh. — Ed. von Rodt : Bernische Burgen. — Le même : Bernische Kirchen. — F. Thormann et YV.-F. von Mulinen : Die Glasgemàlde in bernischen Kirchen. — Tràchsel : Festschrift zur Erbffnung des Kunslmuseums in Bern. - — Tillier : Gesch. Bern. — H.-B. de Fischer : Le, portrait bernois à travers les siècles. — H. Turler : Bern, Bilder ans Vergangenheit and Geijenwart. — Festschrift zur 500jâhrigeït Feier der Grundsteinlegung des Berner Munsters. — H. Lehmann dans AS A et dans MAGZ. — BT. — BBG. — AHVB. [R. Nicolas.]

8. Édifices publics. L'aspect actuel de la ville date dans son ensemble du XVIIIe s. Ses arcades ou passages couverts longeant les rues sous les façades des maisons sont connus dans le monde entier. La vieille ville présente en outre un caractère architectural tranquille et fermé par suite de l'identité de style des bâtiment- el de l'emploi d'une seule sorte de pierre, la molasse gris clair. Dans la longue série des édifices publics remarquables, mentionnons les suivants, sans autre description, avec la seule indication des dates qui les concernent :

a) Églises : La Collégiale de Saint-Vincent, fondée en 1421 en remplacement de l'ancienne église parois-

BEIINK

(ÉDIFICES publics)

BKHNE

siale de 1279, fui terminée vers le milieu du XVIe s., sauf la four qui porta dùranl des siècles un toit provisoire ci lui achevée, haute de uni mètres, en 1893 seulement. — Voir FestschrifL,. 1921. - BJ3G 1921. — L'église du Saint-Espril lui construite de 1726 à 1729, sur l'emplacement de l'église d'un petit couvent tospi-

Ancien Musée historique de BerDe (1773-1775). D'après une aquarelle de P. Wyss.

talier de 1230. L'église des dominicains ou église fran- quartiers de la vil caise, bâtie entre 1280 et 1300 pour le couvent des dominicains, fut attribuée au culte français en 1623 et partiellement transformée en 1753 et 1913. L'ancienne église catholique - romaine, aujourd'hui catholiquechrétienne, fut élevée de 1859 à 1864.

b) Constructions fédérales. L'aile Ouest du palais fédéral a été édifiée de 1852 à 1857 par la ville de Berne sous la direction de Friedrich Studer après qu'elle eût, le 18 décembre 1848, accepté d'être ville fédérale. L'édifice devint propriété de la Confédération en 1876. La construction de l'aile Est eut lieu de 1888 à 1892 par l'architecte H. Auer. Les deux bâtiments, de style

florentin, devinrent les ailes du palais du parlement, dont la coupole s'éleva, de 1894 à 1902, également sous la direction et d'après les plans de l'architecte Auer. Au Nord l'ut bâtie la Banque nationale de 1909 à 1914, sur les plans d'Ed. Joos. — Voir Festsckrifi liber das mur Schweizerische Bundeshaus, 1902. — SBZ.

r) Edifices cantonaux. L'hôtel de ville fut construit de 1406 à 1416 et restauré en 1 754 et 1867.

Le Stift (ancienne maison des chanoines), rebâti de 1744 à 1748, est actuellement occupé par l'administration cantonale.

L'université fut ouverte en 1903.

d) Bâtiments de la ville.

L'hôtel d'Erlach est dû à l'avoyer A.-F. d'Erlach, 1752 ; il abrita tour à tour le Directoire helvétique, l'administration fédérale de 1848 à 1857 et actuellement l'administration communale. L'orphelinat de garçons fut bâti en 1782. L'hôpital bourgeois fut bâti de 1734 à 1741, destiné à recevoir les bourgeois hommes ou femmes âgés, infirmes ou malades. Le casino fut, construit où était l'ancienne université (couvent des franciscains) en 1909. Le Grand Grenier, élevé de 1711 à 1716, fut transformé en musée des métiers en 1895.

La tour de l'Horloge, anciennement l'extrême tour de garde vers l'Ouest, servit de prison jusqu'en 1405. Une horloge y fut adaptée au cours du XVe s.

et c'est de 1527 que date le mouvement actuel, œuvre du serrurier Kaspar Brunner, avec calendrier et carillon. Le musée historique est dû à la collaboration de l'État et des communes de bourgeois et d'habitants ; il fut ouvert en 1894.

Le musée d'art fut inauguré en 1879. L'hôpital de l'Ile fut fondé en 1354 par Anna Seiler et se trouvait à la rue de l'Arsenal. Il fut transféré en 1531 à l'ancien couvent de dominicaines ou couvent de l'Ile et en 1724 dans un bâtiment neuf sur l'emplacement de l'aile Est du palais fédéral. Les bâtiments actuels, près de Holligen, furent élevés de 1881 à

e) Ponts et divers. L'ancien pont de la Nydeck, bâti en bois en 1256, reçut des piles de pierre en 1461. Le nouveau date de 1840 à 1844. Celui du Kirchenfeld, de 1883, et celui de la Grenette, 1898, relient le centre avec les nouveaux La plateforme de la Collégiale

servit de cimetière jusqu'à la Béformation, puis de promenade publique. Le mur de soutènement fut entrepris en 1334 ; les puissants contreforts datent de 1479 à 1547. — [H. Tr.l — La fosse aux ours date de 1513 : Le premier ours fut pris au commandant français La Trémouille par le capitaine Glado von May à la bataille de Novare et mis dans l'ancien fossé delà ville près de la tour des prisons, au lieu encore appelé « place des ours » ; de 1764 à 1825, la fosse était à l'Est de la porte intérieure de la Golatenmattgass; en 1825, elle fut transférée dans une partie du fossé au Nord de la porte d'Aarberg et en 1857 à l'emplacement actuel

BERNE

Costumes de l'Oberland bernois.

Christian Windenberger et Marg. Leuthold de Meiringen.

Peints par Jos. Reinhard en 1790. Mus. hist., Berne.

Costumes de l'Oberland bernois.

Jak. Gassmann et Marg. Dallenbach, de Grindelwald.

Peints par Jos. Reinhard en 1790. Mus. hist., Berne.

Costumes de l'Emmental.

Peints par Jos. Reinhard en 1791. Mus. hist., Berne.

Costumes du Guggisberg.

Anna Z'binden, Barbara Binggeli et Barbara Pauli. Peintes par Jos. Reinhard en 1791. Mus. hist., Berne.

BERNE

Infante

Fusilier 1712

Fusilier 1760

Officiers

Dragon 1775

Artillerie 1792

Infanterie

Artillerie

Cavalerie

Officier Je la Compagnie d'Étal 1804

Fusilier 1813

Sous-officier de l'artillerie montée 1813

Dragon 1829

D'après la collection de A. Poclion-Demme. Berne.

(littérature)

BERNE

près du pont de laNydeck. — [R.Ys'.J — La tour de Saint- Christophe ou de Goliath a aujourd'hui disparu ; c'était la principale porte de la troisième ligne da fortification de la ville. Elevée en 1346 et 1347, elle reçut plus tard dans une niche pratiquée dans la façade intérieure la statue en bois haute de 9 mètres de saint Christophe. La tour fut démolie en 1864 pour faciliter la circulation. Pour le même motif disparut en 1909 un des plus beaux édifices du vieux Berne, l'ancien musée historique, bâti de 1773 à 1775 par Niklaus Sprûngli, et dont la façade en style rococo fut réédifiée sur la place de Thoune en forme de fontaine monumentale. — Voir H. Tùrler : Bem, Bilder ans Vergangenheit und Gegemuart. [H. Tr.]

9. Littérature. On ne sait à quelle époque ont retenti dans les Alpes bernoises les premiers Ranz des vaches et les chansons des pâtres, car il n'existe aucune trace de poésie indigène précédant les troubadours. Le comte Rodolphe de Neuchâtel ou de Fenis (Vinelz) et Heinrich l'on Stretlingen, dont les chansons d'amourappartiennent à la fin du XIIe et à la première moitié du XIIIe s., sont les premiers noms historiques des lettres bernoises. Une poésie populaire, contemporaine des troubadours, est attestée cependant par les chansons historiques en vers et strophes, relatives à l'alliance de Berne et Fribourg en 1243, puis à la guerre de Gummenen, 1331-1332, et à la guerre des Gugler en 1375. — Johannes von Ringgenberg fut poète moraliste dans la première moitié du XIVe s. C'est à lui ou à quelque homonyme qu' Ulrich Boner, dominicain à Berne, dédia sa collection de fables versifiées, une des meilleures de ce siècle, VEdelstein, premier livre imprimé en langue allemande portant une date (1461). — Au XVe s., Berne brilla par ses chroniqueurs (Voir chap. Historiographie). — Niklaus Manuel, de Berne, dépassa au XVIe s. tous les autres auteurs bernois par l'originalité et la hardiesse de ses pièces de carnaval, entre autres les Totenfresser ou Vom Papst und seiner Priesterschaft, et Von Papsts und Christi Gegensatz qui ont été probablement jouées pour la première fois au carnaval de 1523 à Berne. (Pour ses autres œuvres, voir l'art. Manuel, Niklaus.) Son fils, Hans-Rudolf Manuel, fut auteur dramatique et écrivit Von der trunknen Rott, joué à Zurich au carnaval de 1548. Hans von Riïte était plus lourd et plus prolixe ; il traita des sujets de la Réformation et aussi de l'Ancien Testament. La poésie religieuse et patriotique était cultivée dans l'Oberland surtout, ainsi que dans le Mittelland, l'Emmental et la Haute-Argovie, aux XVIe, XVIIe et XVIIIe s. mais en général sans beaucoup de talent. La bonne prose fut représentée par le chroniqueur Valerius Anshelm et par Wilhelm Ziely, homme d'État bernois qui traduisit des romans français. Au XVIIe s., il faut nommer Jakob Graviseth, auteur d'Heutelia ( = Helvetia), 1658, la première satire littéraire des mœurs suisses et surtout bernoises.

La situation géographique de Berne en fit de tout temps le trait d'union entre les civilisations allemande et française, mais c'est au XVIIIe s. surtout qu'elle joua ce rôle et qu'elle fit connaître en France la littérature allemande. Albert de Haller, le poète des Alpes (1729), fut le premier auteur de langue allemande admiré en France, grâce à la traduction de Vincenz-Bernhard Tscharner. Cette œuvre marque le début d'une nouvelle floraison littéraire allemande. Avant Haller, son cornbourgeois Béat-Louis de Murait se fit aussi remarquer par son livre écrit en français : Lettres sur les Anglais et les Français et sur les voyages (1725), tant par l'élégance de son style que par la thèse nouvelle en ce temps-là que l'esprit national des Anglais dépassait en santé et en vigueur celui des Français. En français furent aussi écrites les poésies satiriques et dramatiques de Samuel Henzi, les lettres pleines d'esprit de Julie Bondeli, le Voyage historigue et littéraire dans la Suisse occidentale et d'autres œuvres de Jean-Rodolphe Sinner, de Ballaigues, et enfin les poèmes de Sigmund-Ludwi g vonLerber. Cependant c'est Charles-Victor de Bonstetten. 1745-1833, qui fut l'intermédiaire le plus important entre les Allemands et les Français ; par sa connaissance des deux langues, ses voyages, ses relations littéraires : Jean de Muller, Matthisson, Friederike Brun, Benjamin

Constant. Madame de Staël, et surtout par ses facultés d'assimilation, il était bien placé pour réunir en lui et dans ses œuvres (L'homme du Midi et Vhomme du Nord) les mentalités des deux races.

Au début du XIXe s., la littérature se sépara résolument des tendances françaises et revint à la poésie indigène avec le poète populaire Goltlieb- Jakob Kuhn et avec Johann-Rudolf \Vyss, collectionneur de légendes bernoises et de chansons du terroir. Ce dernier édita les Alpenrosen, 1811-1830 ; le Robinson suisse, écrit par son père, eut un grand succès. Les frères Karl-Ludwig et Ludwig-Rudolf Wurstem berger écrivirent des drames historiques et patriotiques.

Le plus grand génie épique bernois fut Jeremias Gotthelf (Albert Bitzius), 1797-1854, le créateur du roman paysan et de la nouvelle villageoise. Du Baucntspiegel, 1836, au Zeitgeist und Bernergeist, 1852, il employa son talent à rendre les mœurs des paysans bernois au milieu desquels il vivait comme pasteur de Lùtzelfliih. Produites sans interruption, grâce à une connaissance approfondie de son sujet, ses œuvres sont une peinture de la vie populaire d'une fidélité incomparable, d'une grande puissance de création et d'une haute valeur éducative. Ses récits historiques et légendaires méritent aussi d'être nommés ; le Knabe des Tell fut le premier écrit historique pour la jeunesse.

Gotthelf fit école. Ses disciples employèrent tantôt le dialecte, tantôt le bon allemand; ce furent sa fille Marie Walden (Elise Ruetschi-Bitzius), R. Ischer-Bringold et actuellement Emil Gunter, Rudolf Trabold, C.-A. Loosli, Rudolf von Tavel, le créateur de la nouvelle historique en patois bernois, Simon Gfeller, le peintre de la vie populaire de l'Emmenthal. Du vivant de Gotthelf, Arthur Bitter (Samuel Haberstich) commença dans un autre esprit la longue série de ses récits populaires (Bergkristalle). En dialecte écrivirent aussi Christian Widmer, le serrurier de Signau, Christian Ott, de Worb, le pasteur biennois Fr. Molz, J.-J. Romang, de (icssenay et Samuel Liechti, de Thoune.

Les poèmes de Dranmor (Ferdinand Schmid) et de Rudolf Niggeler, les drames patriotiques de Rudolf Kocher sont empreints d'un esprit nouveau. A eux se rattachent trois auteurs lyriques de talent, prématurément décédés : le peintre Karl Stauffer, Walter Zulauf et Gcrtrud Pfander. Parmi les vivants, orientés les uns vers le lied, les autres vers la méditation, citons Heinrich Hugendubel, Hans Miïhlestein, U.-W. Zûricher, Emil Bilrgi, Walther Schâdelin, Gottfried Bohnenblust, Robert Walser, Georg Ktiffer, Emil Schibli, Hans Wagner, et Hans Rhyn, auteur de ballades. Walter Morf cultive la lyre patoise et le conte en vers, de même que Walter Dietiker, occasionnellement.

Doué d'une culture très étendue, Josef-Viktor Widmann, 1842-1911. originaire de l'Autriche, produisit une œuvre très variée ; il créa même pour les plus graves de ses poèmes : Die Maikàferkomôdie et Der Heilige und die Tiere, une forme à la fois dramatique, épique et lyrique. Il fut longtemps rédacteur au Bund et se fit apprécier par sa critique impartiale. Dans les œuvres en bon allemand, plusieurs femmes se sont placées au premier rang ; ce sont Lisa Wenger- Rutz, Marie. Waser née Krebs, Grete Auer, Lili Haller, et Elisabeth Muller, auteur d'ouvrages pour la jeunesse. Eduard Lauterburg et Jakob Widmer-Stern utilisèrent des données indigènes pour leurs romans, Johann Jegerlehner fait revivre les légendes et le pays valaisans. Parmi les jeunes auteurs qui se sont exercés dans le domaine lyrique et dramatique ainsi que dans le roman, citons Max Pulver, Albert Steffen, Wilhelm Oclisenbein, et Chariot Strasser. Robert Walser a écrit des esquisses pleines de vie, Hans Blœsch des récits de voyages. Le drame patois, cultivé depuis 1890 par Emst Millier, Albert Heimann, Otto von Greyerz et Hedwig Dietzi, a pris un essor plein de promesses depuis la création du théâtre du Heimatschutz à l'exposition nationale de 1914. A côté de la farce et de la comédie, le dialecte à Berne s'est attaqué au drame. Ses représentants actuels sont Rudolf Trabold. Fred. Stauffer, Hans Zulliger et surtout Simon Gfeller. — Voir au sujet des noms cités leurs articles

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BERNE

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