LIBRAIRIE D'ADRIEN LE CLERE ET O
QCAI DES AtGVSTINS, H* 35.
Noos aurions désiré pouvoir embrasser dans le plan, le cadre et la forme d'un corps d'histoire universelle, les notions de l'architecture de tous les temps et de tous les pays : mais nous avons dû renoncer à tout système méthodiquement suivi d'un ensemble régulier. Aucun art n'offre en effet à l'écrivain qui voudroiten subordonner toutes les parties à l'uniformité d'un plan historique, une aussi grande diversité de points de vue, d'objets plus distans entre eux , d'élémens plus difficiles à combiner, et à soumettre systématiquement à l'ordre régulier de cette liaison qu'on doit attendre d'une histoire suivie.
Lorsqu'on analyse à l'égard de l'architecture, ou de l'art de bâtir desdifférens peuples , ce qui devroit constituer un véritable corps d'histoire , on y découvre de si grandes divisions de temps et de lieux, qu'il seroit impossible d'en coordonner les productions et leurs notions à aucune méthode, soit abstraite, soit chronologique ou géographique.
Que si , sans embrasser cette universalité , on se borne à l'histoire de Yarchiiecture Grecque, devenue celle de toute l'Europe et d'un grand nombre d'autres contrées, on ne trouvera encore que trop de difficultés (pour ne rien dire de plus) à soumettre la totalité de ces connoissances au système régulier d'un ordre méthodique , et d'un plan à proprement parler historique.
C'est donc sous la forme et avec la méthode de Dictionnaire, que nous avons tenté de rassembler les principaux matériaux d'une histoire universelle de l'architecture. Si nous n'avons pu en présenter la totalité (impossible à constater), nous nous flattons d'avoir au moins réuni le plus grand ensemble de connoissances qui ait encore été publié en ce genre.
Pour remplir le moins imparfaitement qu'il nous a été possible la condition d'universalité que doit comprendre l'histoire de l'architecture, nous en avons divisé les matériaux sous les sept points de vue qui nous ont paru de nature à embras-
ser toutes les parties de la matière; savoir, les notions Historiques, Àrchœologiques, Biographiques, Descriptives, Théoriques, Didactiques et Pratiques de cet art. Nous allons rendre compte en peu de mots des moyens par lesquels nous croyons avoir pu atteindre, en chacune de ces classifications, la généralité des notions qu'elle comporte , et présenter, dans leur répartition par ordre alphabétique , l'équivalent d'une histoire de l'architecture.
Ainsi les notions générales de la partie Historique, et qui se rapportent à toutes les architectures connues , se trouvent sous les noms et les désignations des pays qui leur ont autrefois donné l'être, ou qui continuent de les employer.
Par exemple, au mot ÉGYPTIENNE (architecture), on a taché de réunir dans un article d'une assez grande étendue , et d'après des autorités certaines , tout ce qui peut faire connoitre le principe originaire de cet art de bâtir, ses procédés, son goût , son genre de construction , ses propriétés caractéristiques , et l'idée générale de ses monumens. Par ce procédé analytique, il n'est aucune espèce d'art de bâtir connu , qui ne trouve , sous le nom de pays qui le désigne , un article historique propre à en donner l'idée sommaire, et à faire connoitre les particularités de son goût , par celles de ses monumens , avec une étendue proportionnée à sa valeur ou à son importance. C'est de cette manière et dans cette vue que nous avons consacré des articles spéciaux aux architectures Chinoise, Indienne, Persanne, Mauresque , Gothique , etc. et cela indépendamment d'un grand nombre d'articles , où les principales notions de leurs ouvrages les plus remarquables se trouvent, par exemple, sous les mots obélisque, pyramide, minaret, kiosque, karavenserai , pagode, etc., etc.
L'architecture Grecque ou Gretco-romaine , c'est-à-dire celle des peuples de l'antiquité et des nations modernes , tant de l'Europe entière que d'un grand nombre d'autres contrées, étant nécessairement la matière principale de notre ouvrage, elle devoit exiger beaucoup moins d'étendue dans l'article qui porte son titre.C'estàelle que se rapporte très-principalement, sous une multitude de mots et de noms, et avec une grande étendue, la partie que nous avons appelée Archéologique , dont les innombrables notions se présentent au lecteur sous les titres, par exemple, de basilique, temple, cirque, thermes, théâtre, amphithéâtre , aquéduc, tombeau, etc. et embrassent encore, sous toutes sortes de dénominations tecbniqucs, tout ce que
Vitruve et les monumens nous ont appris sur les principes et les raisons de chacune des formes architecturales et de leurs détails.
Cependant l'histoire des principaux monumens de tous les âges et de toutes les nations antiques et modernes n'auroit pu trouver ni ordre constant, ni suite régulière dans aucune sorte de plan, même d'un dictionnaire, sous leurs désignations particulières, la plupart oubliées ou contestables.
Nous avons donc imaginé d'en faire entrer la description plus ou moins détaillée selon leur importance. i° Pour les ouvrages antiques, aux articles portant le nom de chacune des villes soit encore existantes, soit plus ou moins ruinées, qui ont conservé des restes et des témoins de leur ancienne existence : c'est à ces articles que nous avons recueilli avec plus ou moins d'étendue, selon leur degré de célébrité ou de conservation , les témoignages précieux du goût et du génie de ces temps reculés. 2' Pour les ouvrages modernes, nous avons pensé que la place la plus naturelle et la plus convenable à leurs descriptions, devoit être celle des articles biographiques de tous les Architectes dont les noms ont mérité d'être recueillis , dans d'assez nombreuses collections, la plupart toutefois ou incomplètes, ou que leur rareté soustrait à la curiosité du grand nombre. Cest en réunissant sous ce point de vue, et dans une rédaction tout-à-fait nouvelle, les mentions biographiques des artistes connus par des ouvrages célèbres, que, nous pouvons l'assurer, aucun édifice renommé, ou méritant de l'être, dans les siècles modernes, n'aura été frustre d'une description ou d'une mention proportionnée à son mérite ou à sa célébrité.
Cette classification nous a tout naturellement procuré l'occasion de traiter, et avec beaucoup plus de détails, et sous des rapports de critique bien plus variés qu'on ne l'a fait jusqu'à ce jour, l'histoire de tous les Architectes et de toutes les époques des siècles modernes. Peut-être nous seroit-il permis d'avancer que celte partie de l'histoire de l'Architecture, en même temps qu'elle est entièrement faite à neuf, est la plus étendue et la plus complète que l'on ait encore publiée.
Ce qu'on vient d'énoncer embrasse , comme on voit , nécessairement aussi dans son ensemble cette partie qui s'y joint étroitement , savoir, la Partie descriptive . dont nous ne dirons ici autre chose , sinon que nous ne connoissons aucun Monument d'architecture doué de quelque mérite ou de quelque célébrité , dont
nous n'ayons, grâce aux recherches et aux savantes découvertes des voyageurs, pu donner une connoissance exacte et des descriptions vérifiées par de la critique.
S'il nous faut parler ici de la Partie théorique de l'Architecture, que notre ouvrage s'est hazardé d'offrir au lecteur, nous ne le ferons qu'avec beaucoup de réserve, cette partie entièrement nouvelle ne nous ayant fourni aucun secours étrangers. Nous nous permettrons seulement de dire, qu'en réunissant tous les articles où se trouvent développées, pour la première fois, sous les noms de toutes les qualités propres de cet art, les idées et les notions plus ou moins abstraites qui en ont fait un art d'imagination, d'imitation et de goût, on auroit un Traité entièrement neuf. Il le seroit surtout pour le grand nombre de ceux qui, dénués de toute élude en ce genre, se portent si souvent pour juges de ce qu'ils ignorent.
La sixième partie de notre ouvrage est celle qu'on appelle Didactique. Elle est à l'Architecture ce que sont les grammaires aux arts de la poésie, de l'éloquence et à la littérature. Tout le monde sait qu'elle se compose de ce genre de notions qui s'appliquent à tous les membres, profils, détails ou ornemens de colonnes, et autres parties de l'Architecture. Nous n'avons pu mieux faire que d'emprunter la matière de ces objets aux Traités classiques des Palladio, Vignola, Serlio, etc.
Dans la septième partie nous avons embrassé, sous le nom de Partie pratique, tous les documens qui se rapportent d'abord à la bâtisse en général , à la connoissance , aux choix et à l'emploi des matériaux , aux procédés de la construction , selon les besoins divers des pays et des climats , à tout enfin ce que de tels travaux offrent de technique et de matériel, et que l'on trouve détaillé dans une multitude de petits articles. Quant à la partie savante de l'art de bâtir, et qui repose sur les notions de la géométrie , ou les calculs de la mécanique , après en avoir applique les notions sommaires à quelques articles qui les comportent, nous avons pensé devoir nous étendre d'autant moins sur celte matière, que son ensemble vient d'être reproduit dans une nouvelle édition du Traité de TArt de bâtir, par Rondelet.
ABAJOI'B. , snhst. nue. Quelnnes-nn* écrivent ABBAJOUR , d'autres ABATJOUR ; espèce de fenêtre en l'orme de grand, soupirail , dont l'objet eit d'éclairer tout étage souterrain, comme cuisines, offices, caves, etc. Elle reçoit le jour par le moyen de l'embrasement de l'appui qui est en glacis, autant incliné que l'épaisseur du mur peut le
On appelle aussi abajour la fermeture ou glacis d'un vitrail d'église ou de dôme , d'un grand salon ou galerie , etc. Lorsqu'on est obligé de pratiquer à cette croisée un glacis à la traverse supérieure ou inférieure de son embrasure, pour raccorder la décoration extérieure et intérieure d'un édifice, comme on le remarque aux églises de la Sorbonne et des Invalides.
Le mot abajour est cnm|)Osé de
abattre et jour, parce que cette sort descendre la lumière de haut en bas
sorte de fenêtre fait
ABAQL'E, s. m. C'est la partie supérieure, ou le couronnement du chapiteau de la colonne. Ce mot vient du latin abacus, et du grec Afi«?. Les anciens mathématiciens te servoient , pour dessiner leurs figures, d'une petite table couverte de poussière, sur laquelle ils traçoient leurs plaus et leurs lignes, témoin le passage de Perte :
Née qui tbsco natm et ficto in palrcre veut Sot tkÊm «1er. (S*T. I, t. iSl.)
Toutes ces étymologies prouvent que l'abaque : ou une planche élevée , ou tout au moins une table; et cela convient parfaitement à l'usage et à la forme de l'abaque ou taUloir des chapiteaux.
\.'af>aque fut le chapiteau primitif Si l'on en
recherche l'origine dans la charpente, ce ne fut autre chose qu'un morceau de bois carré , qu'on mit entre la colonne et l'architrave, pour assurer l'une et mieux asseoir l'autre. II fut d'abord très-épajs et très-saillant , comme nous l'indiquent encore les tailloirs des colonnes doriques grecques, qui ont conservé fidèlement écrite l'histoire de leur origine; dans la suite, une partie de l'abaque, taillé en bizeau, servit a faire l'échine : celle-ci s'arrondit et s'embellit par les recherches de l'art; l'abaque ne fit plus enfin qu'une portion du chapiteau.
Si l'on veut qu'il ait pris naissance dans les constructions en pierre , il ne dut être imaginé , comme dans la charpente , que pour donner aux pierres de l'architrave une assiette plus solide et plus étendue. Les Egyptiens n'employèrent souvent pour tout cliapiteau qu'un simple abaque. Ces formes varient beaucoup chez eux : le plus souvent il ne consiste qu'en un dé de pierre ; il s'en trouve aussi quelquefois jusqu'à trois l'un sur l'autre ; on l'y voit presque toujours nu, et quelquefois orné. [P. Architecture