AVI
ACGUSTODUNUM. ( Voyez Auttm.)
AVILER (Adgcstix -Charles D'), architecte, né a ParU en it»53, d'une famille originaire de Nanci, mort à Montpellier en 1700. Les progrès qu'il fit dans l'architecture le mirent en état, à l'ige de vingt ans, de concourir pour aller a Rome, et d'obtenir une place a l'académie que la France venoit d'établir clans cette ville. Il s'embarqua à Marseille avec I ►esgodets, architecte, et le célèbre antiquaire Jean-Foi Vaillant. Leur vaisseau fut pris par des corsaires algériens , et tout l'équipage fait esclave. Pendant seize mois que dura leur captivité , <f Aviler ne discontinua pu de dessiner : il donna même le plan d'une mosquée qui fut bâtie a Tunis , dans la grande rue qui conduit à Babaluch. On prétend qu'elle est d'un très-bon goût d'architecture; et sans doute c'est le meilleur édifice qui se trouve dans le pays. Notre artiste ne profita de sa liberté , obtenue en 1676 par les instances réitérées de Louis XIV , que pour se rendre à Rome. La , pendant cinq années de séjour, il examina avec la plus grande attention les plus beaux batiniens anciens et modernes. De retour en France , il travailla sous Hardouin Mansard , qui l'employa très-utilement dans plusieurs édifices dont ou l'avoit chargé.
Mais, l'apercevant que Mansard ne lui fournissent jamais l'occasion de travailler d'après ses propres idées , d 'Aviler accepta la proposition qu'on lui fit d'aller * Montpellier pour l'exécution d'une porte , en forme d'arc de triomphe , dont d'Orbay avoit donné le dessin : elle se nomme la porte du Peyrou. La réputation que s'acquit d Aviler dans cette occasion engagea l'intendant du Languedoc à se déclarer son protecteur et à l'employer dans plusieurs ouvrages. Cet architecte conduisit un grand nombre d'édifices à Carcassonne, à Béziers, à Nîmes, a Toulouse. Cette dernière ville possède un de ses meilleurs ouvrage* : c'est le palais archiépiscopal , bâti sur ses dessins. Tant de monumens si heureusement exécutes engagèrent les Etats , en l(x>3 , à créer en sa faveur un titre d'architecte de la Provence. Fixé par reconnoissance en Languedoc , d Aviler se maria à Montpellier; mais à peine commençoit-il s jouir du fruit de ses travaux , qu'il mourut. Il «toit âgé de quarante-sept ans.
Au milieu des exercices pratiques de l'architecture , d Aviler n'avoit point négligé la théorie de son art. De bonne heure il avoit trouvé le loisir de traduire et d'enrichir de notes le sixième livre des ouvrages de Scamoni , architecte italien. Dans la suite, il fit un commentaire sur Vignole , d'après lequel il composa son Court complet d'Architecture.
On doit a d Aviler la première idée d'un dictionnaire d'architecture. Le traité qu'il avoit fait lui en l'idée. Pour ne pas couper à tous momens par des explications indispensables des 1 de l'art, il résolut d'en faire un
AUTV 109
tier, et de les ranger par ordre alphabétique, pour les trouver plus facilement. C'étoit une espèce de table de son Cours que d Aviler vouloit faire : aussi fut-elle publiée sous ce titre : Explication des termes
d architecture. L'auteur y joignit en même temps ceux de Réométrie , de mécanique , de dessin , de
peinture et de sculpture, etc. ; mais cette partie de son travail n'est pas la plus estimable : quoique ses intentions fussent bonnes , il paroîtroit néanmoins que par cette addition il n'avoit principalement eu en vue que de réunir assez de matière pour former un volume. Ce qui dépare surtout les derniers articles , c'est la supériorité de ceux d'architecture , qui forment le corps de son explication. Cest là qu'on reeonnoît le mérite de ce savant architecte : it des définitions assez précises , confir- 1 ou éclaircies pr des citations qui décèlent une connoissance précieuse des plus beaux morceaux d'architecture qu'on voie>n Europe. L'ne chose importante manque néanmoins dans ces détails : l'ordre n'y est pas toujours scrupuleusement observé. D' Aviler lui-même en convient: « Les matières, dit-il , ne » sont pas rangées avec autant de suite qu'on eût pu » faire sur le plan d'un projet régulier. Je puis dire » avec vérité que je ne les ai traitées qu'a mesure - qu'elles se sont offertes à mon idée et que le temps » me l'a pu permettre; ce que j'espère pourtant rec- » tilicr a l'avenir , si mon travail donne quelque sa- » tisfaction à ceux qui prendront la peine de le regar- » der sans entêtement et seulement pour en profiter. »
Ainsi parle à' Aviler à la page 3g2 de son Court darchiteelure. Il se disposoit a donner une nouvelle édition de son livre , qui devoit être considérablement augmentée : la mort interrompit son projet. Alexandre Le Rlond , architecte du exar Pierre— le— Grand , voulut remplir les vues de l'auteur. Il profita des augmentations de d Aviler, enrichit ce Dictionnaire de plusieurs termes qui y manquoient , et mit enfin cet ouvrage en état de voir le jour.
Depuis, il a reçu encore une forme nouvelle et de nouveaux accroissemens par les soins de plusieurs éditeurs qui l'ont successivement augmenté; et ce Dictionnaire a passé jusqu'à ce jour pour être le meilleur et le plus étendu de tous ceux qui ont été faits sur l'architecture.
AVIVER, v. a. Se dit de l'action de couper le bois à vive-arète ou à angle vif. En sculpture , c'est nettoyer , gratter et polir une figure de métal, pour la rendre plus propre à être dorée , soudée , etc.
ALLA. Les uns entendent par ce mot un espace découvert ; d'autres pensent qu'il désigne de grandes salles, des salles à manger en particulier, le palais des princes. {Voyez Palativm.)
ALLjEUM. {Voyez Tapisserie et Toili »t
TMÉATHE. )
AUNE. s. m. Espèce d'arbre dont on se sert pour
,3o AUT
faire des pilotis. Son Irais dure autant que celui du chêne , pourvu qu'il soit toujours dans l'eau ou dans la glaise bien humide. ( foret Bois.)
AUSTÈRE , adj. Se dit quelquefois, en architecture, d'un style sans grâce, dénué d'orncmens et voisin de la pauvreté. L'austérité est l'opposé de l'agrémetit, et diffère de la sévérité. L'austérité de goût résulte des mœurs d'un pays ; la sévérité est l'effet des principes de l'art. La première exclut la beauté; la seconde en est la sauvegarde. On passe plus aisément de ['austérité au luxe et à la licence du goût. La sévérité , qui provient de la coanoissance exacte des règles , est une meilleure défense contre les innovations du luxe et les excès d'une fausse richesse. Le premier style des Romains, ^en architecture, fut
bientôt d'un extrême à l'autre, c'cst-â-dirc, à la mollesse du luxe.
Le premier style des (> recs ne fut que sévère ; et le relâchement , qui est opposé a la sévérité, n'y produisit jamais d'aussi grands contrastes.
Le mode toscan est austère , le dorique est sévère , l'ionique est gracieux , le corinthien riche et pompeux, le composé luxurieux et dissolu. Les Grecs ne connurent ni le premier ni le dernier de ces modes. l>e» Romains, en peu de temps , passèrent de l'un à l'autre : tant il est vrai que les excès sont voisins. ( y ttj-ez Sévère. )
AT TEL , s. m. Ce mot dérive du latin altare, qui vient lui-même d'altus , haut, ou parce que les autel J se dressoient dans les lieux hauts , ou parce qu'où les élevoit sur plusieurs marches.
Servius nous apprend qu'on m et toit une différence entre ara et altare. L'attare , nommé ainsi d'alta ara, étoit pour les dieux célestes et supérieurs. Il étoit exhaussé et construit sur quelque édilicc relevé. L'ara, destinée aux dieux terrestres, étoit posée à rase-terre. Pour les dieux infernaux, l'on faisoit un trou dans la terre, et ces fosses s'appeloient scrobu uU . D'autres veulcut qu'or» signilie l'autel devant lequel on prient , et altare celui qui servoit aux sacrifices. Quoi qu'il en soit de ces distinctions, il ne paroit pas qu'elles aient été fort suivies des anciens auteurs : ils ont employé indistinctement l'un et l'autre de ces deux mots.
Les premiers autels furent des pierres polies et carrées, sur lesquelles on plaçoit les présens qu'on faisoit aux dieux. Lorsque les sacrifices consistoiont en libations, en parfums et en offrandes de ce genre, les autels ne dévoient pas avoir une trop grande étendue : on en faisoit même de portatifs ; mais quand les hommes crurent honorer la Divinité et se là rendre plus propice par l'effusion du sang, les autels devinrent plus considérables. On y adopta diverses formes relatives aux usages et à la nature des sacrifices où l'on egorgeoit et brùloit les victimes. De ce genre est
AUT
le grand autel circulaire de la P~iUa Pamphili à Rome , un des plus grands et des plus beaux qui nous soient parvenus. On v remarque encore l'endroit où l'on mettait les charbons, et où l'on allumoit le fen pour griller les victimes, ainsi que certaines rainures qui servoient a l'écoulement du sang.
Les autels chez les anciens différaient entre eux , parleurs usages, par leurs formes, par leurs ornemens et par leurs situations.
Usages. Les uns, comme on l'a dit, servoient à brûler l'encens et à faire les libations; les autres étoient destinés à l'nsage de» sacrifices sanglans. D'autres étoient faits pour recevoir les offrandes et les vases sacrés.
On voyoit encore un grand nombre d'autels qui n'étoient que pour la représentation t ils étoient des mooumcns de la piété de ceux qui le* consacroient. Quelquefois on en élevoit pour conserver la mémoire de quelque grand événement. Enfin , les voeux , la crainte, la superstition, la reconnoissauce , l'adulation même , en érigèrent de tonte espèce , tant aux dieux qu'aux héros ou aux princes , et qui n'avoient d'autre usage que de rappeler le nom ou de consacrer la mémoire de ceux auxquels on les dressoit. On jumit par les autels t ils servoient d'asile aux malheureux.
Formes. Il y avoit des autels carrés ou carréslongs , d'autres ronds , d'antres triangulaires. Leurs formes va noient encore suivant la matière dont ils étoient faits. Ceux de métal avoient ordinairement la I forme d'un trépied : tels sont les deux beaux autels : de .bronze de Pom]MM , qui furent trouvés dans un lararium. L'un est wmtenu par trois priapes , l'autre par trois sphinx. Plusieurs de ces autels, en forme de trépied, se repliaient et se démontaient pour la facilite du transport ; on en voit on de ce genre au Musceum du Capitale a Rome. Quelquefois ils étoient hâtis en briques ou en maçonnerie : il paroit qu'alors leur forme étoit carrée , si l'on en juge par celui qu'on voit ainsi construit dans l'enceinte du temple d'isis a Pompcï. Il s'en faisoit aussi de buis , mais en très-petit nombre, selon Pausanias. La plus grande partie de ceux qui nous sont parvenus sont de marbre. Il n'y avoit pas de mesure fixe pour leur hauteur, comme il est aisé de le remarquer, tant sur les bas-reliefs, que par ceux qui nous restent. On en voit qui ne vont pas même à la hauteur du genou : d'autres alloient jusqu'à plus de la moitié du corps de ceux qui sacrifioient. Il y en a encore de plus hauts; ce sont particulièrement les autels ronds : en sorte qu'on a quelquefois de la peine à distinguer un autel d'une colonne. Selon Vitruve, les autels dévoient être moins élevés que les statues des dieux, pour n'en point cacher la représentation. Ceux qui sacri noient dévoient aussi juger, à la hauteur des autels, de la grandeur ou , pour saicux dire, du grade de chaque divinité. Ainsi, continue-.-,) . les autels de Jupiter et des auUvs dieux du ciel doivent être fort hauts.
CeuxdeVesta,
ALT
terrestre* et de ceux de la i; aîiui de» autre* en pro- Pausania* nous apprend que l'autel de Jupiter Olympien était élevé sur de» degrés qui a voient par le bas 1 ao pieds de tour ; que la moitié de ces degrés, savoir celle d'en bas, étoitde pierre, et l'autre de cendres. Entre les auteh, il v en avoit de massifs. D'antres étoient creusés par le haut , et assez profondément pour recevoir, ou les libations, ou le sang des victimes.
Ornement. Aux jours de féte, dit Monfaucon, on ornoit les auteh de feuille* d'arbres, doiinaut à chaque
qui lui était consacré. A l'autel de Jupiter, on mettoit de* feuilles de hêtre ; à celui d' A j ml Ion , de laurier; a celui de Minerve, d'olivier; à V autel de Vénus , de nui ii- , a relui d'Ilerrule, de peuplier; 4 celui de Hacchus, de lierre; a relui de Pan, des feuilles de pin. Ces feuilles, dont on ornoit les autels , s'appeloieut verhena. Un les toit aotuâ employées sur beaucoup de has-rciief*, de médailles et de pierres gravées. Ce fut de ce» décorations momentanées que la sculpture et l'art de I
On y voit ici des tètes de victimes; ailleurs les patère*, ks vases et instrumeus de sacrifices sont mêlés aux guirlandes de fleurs qui paraient les victimes, aux bandelettes et aux antres accessoires du même genre. Quelques autels n'avoient pour décoration que les inscriptions qui en appreooient la consécration , le nom de celui qui l'avoit élevé, les motifs de cette dévotion, et la divinité qui en était l'objet. Mais les plus beaux et les plus riches sont ornés de bas-reliefs et d« figures : tel est le bel autel étrusque et triangulaire qu'on voit dans les jardins de la villa Borghése, sur les faces duquel sont représentés les donxe grands dieux; tel est encore celui de la Pilla Pamphili, dont on a parlé plus liant, et qui est orné dans toute sa circonférence de figures divines et consulaires. Sur plusieurs on voit la représentation de la divinité à laquelle ils étaient consacrés, ou de ses attributs. De ce genre sont les trois autels qui étaient dans le port A'Antwm, et qui ont été trouvés k Nettuno. Le premier est consacré a Neptune ; on lit ara Neptuni. Ce dieu y est personnifié, tenant un trident d'une main, . et de l'autre un dauphin. Le second était l'autel de* \eot*, suivant l'inscription qu'on y voit, ara Pentorum; dessus est sculptée une ligure déjeune bomme, volant et soufflant dans une conque. L'aule /du Calme, comme nous l'apprennent ces mots , ara Tranquillitatis, est caractérisé par une barque dont la voile est déployée, et ou cependant on voit un matelot (aire agir la rame. C'est particulièrement des autels antiques, dont le plus grand nombre nous est parvenu dans l'état le plu* entier, qu'un architecte pourrait tirer des sujets d'ornemens variés , des motifs d'allégorie, des modèles de goût, et tous ce* détails pré-
AUT
! et la barbarie ont leur* ravage*. On eu tro le* recueil* de i'irauéai , dans ouvrages d'antiquités.
Situations. Les autels , dit Yitruve, doivent être tournés vers l'orient. Il paroit que cet usage de position regardoit particulièrement ceux que l'on construisoit, et qui étaient d'une forme carrée ou adosse» au piédestal d'une statue. Les autels se plaçaient , ou dans le» temple* , ou dan* le* péristyles , ou souvent même en pleiu air. Dans tes grand* tcni|>le9 de l'ancienne Rome, il y avoit ordinairement trois autel» : ut premier était dan* le sanctuaire et au pied de la statue du dieu; le second était devant la porte du temple; le troisième était un autel portatif, nommé amlabris , *ur lequel on poaoit les offrande* et le* vases sacre*. Il y avoit aussi des autels bon des temple* et de leur enceinte. Ou rn voit un grand nombre clans les difièrens quartier* de Rome. La piété le* avoit également multiplié* dans Athènes. De ce genre fut celui qu'aperçut saint Paul, et qui était dédié aux dieux inconnus des nations. Ou en ptaçoit lur le* montagne*, dan» les forêt», «ur les routes, etc.
Autels de* chiletiehi. L'autel, parmi les chrétiens , se dit d'une table carrée, placée ordinairement a l'orient de l'église pour y célébrer la inesse. Il diffère entièrement pour la forme de ceux des païens, il est fait comme une table, pour rappeler que le mystère qu'on y célèbre fut institué à un souper sur une table.
Ce n'est pa* que l'idée d'autel ne lui convienne aussi, puis* (ne, le mystère qui t'y consomme étant un sacrilice, la table qui sert à cet usage est, dans l'esprit même du mot, un véritable autel.
Dan, la primitive Eglise , le* autels n'étaient que de boi», et *e transportaient souvent d'une place à l'autre; aujourd'hui Y autel est fixe.
La table qui forme V autel n'était quelqucfoi* soutenue que par une seule colonne. On en voit de cette sorte dan* les chapelles souterraines de Sainte-Cécile àRome, et ailleurs quelquefois elle l'était par quatre, comme l'autel de Saint-bébastien in crypta arenarià. Mais la méthode la plus ordinaire , dans les premier* de l'Eglise, fut de placer ces tables sur des de ce que les premiers chré- Jées dan. le* catacombes, célébraient toujours les saints mystère» sur le» tombeaux de* martyr*. Cet usage »'est perpétué jusqu'à nos jours, et pour la forme et pour la dévotion. On a encore aujourd'hui l'attention, en élevant un autel, de mettre dessous le» relique» de quelque «aint. D'aprè* cela , il semble que la forme de tomlieau doit être celle qui convient le mieux aux autels de» chrétiens ; aussi a-t-clle prévalu. La plupart l'ont conservée exactement ; et on en retrouve la ressemblance jusque dan* ceux qui sont formés d'un corps de ma- ' : , orné de sculpture» ou figuré eu
i3a A UT
Les auleh chrétiens varient moins dans leurs formes que dans leur position et leurs accessoires.
Quant à la position, on distingue les autels adossés et les autels isolés. L'autel adossé est celui qui est appuyé contre un mur, comme sont ordinairement ceux des chapelles dont la décoration, sériant de revètissemenl au mur, se nomme retabU{voyez ce mot), et est ordinairement enrichie de tableaux ou de basreliefs. Vautet isolé est celui qui n'est adossé ni à un mur, ni a un pilier, ni à une colonne, et qui a contreretable, comme sont les autels des églises cathédrales. Quelquefois aussi l'autel isolé n'a point de contreretable, lorsqu'il est posé au centre de l'église, comme celui de Saint-Pierre a Kome, ou celui de Saint- Sulpicc à Paris. Le maitre-au/e/ est toujours isolé, soit qu'il occupe le rond-point de l'église, soit qu'il soit placé au centre de la croisée. On n'est pas encore convenu de la position la plus avantageuse pour le roaître-oufr/ dans les temples modernes. Ceux qui ne considèrent que l'avantage de faire participer des jeux un plus grand nombre de spectateurs à la célébration des mystères et aux cérémonies, veulent que Y autel soit placé au centre. D'autres croient imprimer au sacrifice et au cérémonial qui l'accompagne un plus grand air de respect, en l'éloignant des yeux du peuple et en reculant, suivant la méthode des anciens, le sacrarium ou le sanctuaire, dont le point de vue reculé semble plus propre à inviter au recueillement et à la vénération. Ces raisons, et d'autres semblables , n'ont cependant point été celles qui ont le plus influé sur la diversité des opinions a ce sujet. C'est plutôt aux accessoires varies de la décoration des autels qu'on doit l'incertitude qui règne sur leur meilleure position.
Le désir d'embellir les auleh chrétiens et de fixer l'attention et le respect par la richesse et la magnifia fait imaginer une infinité d'accessoires et de décorations qui ne laissent pas néanmoins que de produire un effet contraire à celui qu'on en devoit attendre. Les jilus anciens autels qu'on voit dans 1rs basiliques de nome et ailleurs sont surmontés de ce qu'on appelle le ciboire, espèce de petite coupole portée par quatre colonnes, (t'oyez Ciboire.) Aux ciboires a succédé l'usage des baldaquins, qui n'en furent qu'une imitation plus pompeuse; mais cette décoration paroit avoir été particulière aux autels isolé* et |;I.m . i au centre, ou du moins en avant de l'hémicycle {voyez Basilioie et Abside) , tels qu'on les voit dans les basiliques et aux plus anciennes églises. Les autels adossés ont cherché la magnificence dans ces retables ornés de colonnes, de tableaux, de bas-reliefs et autres objets. Les autels situés au rond-point des églises ont emprunté leur décoration des deux autres espèces; et comme leur position leur permet la réunion des deux genres, on a vu le génie de la décoration s'épuiser en toutes sortes de compositions plus déréglées le* unes que les autres. Tantôt un vaste frontispice d'architecture,
ALT
Idont le goût et la forme sont étrangers an reste de l'édifice, vient obstruer le fond de l'église. Tantôt c'est une espèce de baldaquin, mal supporté par des colonnes qui n'y ont aucun rapport, couronné par des amortiasemens les plus ridicule*, qui vient rompre l'ordonnance générale et gâter le point de vue. Ici des nuages de pierre et des gloires sans éclat, surchargées d'ange* et de groupes d'enfan*, détruisent les membre* d'architecture, et n'offrent au spectateur raisonnable que le prestige ridicule d'une illusion | mer île . Ailleurs la bigarrure des marbre*, la confusion des bronzes, des métaux et de» pierres précieuses, offrent l'idée d'un étalage de curiosités peu compatible avec la dignité de l'objet pour lequel on les a rassemblés. Parmi tant d'inventions I différentes que l'usage a consacrées à l'erabcllisae- ! ment des autels, le bon goût auroit de la peine à en I citer plusieurs qui ne dégradent pas tout à la fois et la majesté du lieu et les formes de l'architecture.
C'est pourtant à cette manie de décoration et aux fausses idées qu'on s'est faites de la uoblesse et de la dignité de* autels, qu'il faut attribuer l'indécision dont on a parlé sur la nature de leurs position*. «Voici, dit Laugier, ce qui m'engage 1 ne point » placer de maitre-aulel au centre de l'église. C'est » qu'il est très-difficile d'imaginer un dessin d'autel » capable de faire une sensation tant soit peu majes- » tueuse, au milieu d'un vide aussi grand que celui » qui se rencontre dans le centre d'une croisée. »
IV ul doute cependant que la position du maîtreautel ne doive dépendre de la forme de l'église, plutôt que de* caprices de la décoration. D'aprè* cela, il semble que le grand autel doit néceasaire- I ment être placé au centre dans les église* eu croix , puisque, étant fait pour fixer le* yeux et l'attention, ce lieu devient le centre de tous les point* de vue de l'église : cette considération doit l'emporter sur tontes le* autres. Dans les églises faites en forme de basilique, c'est-à-dire sans croisée, le maître- autel ne i doit point occuper d'autre place que celle du rondpoint ou de l'hémicycle, soit que le chœur et les stalle* soient placés en avant de l'autel , soit qu'on le* dispose daus la partie circulaire qui forme la tribune ou le rond-point, comme on le voit aux basiliques de Rome. Enfin, dans les deux cas, c'est l'aspect général et le point de vue du |tlu* grand nombre qui I doivent décider de leur |iosition , selon les forme* des I église».
Mais quelle que soit la position du maître-autel, I sa forme doit être grande, et sa décoration simple. I Puisque l'idée de tombeau est celle qui s'accorde le mieux avec l'usage reçu , l'opinion adoptée et consacrée par les rites, rien n'empêche qu'on n'y adapte les formes le* plus belles des tombeaux antiques. Si Vautet se trouve au centre de l'église , qu'il soit élevé sur un vaste soubassement , et que de chaque côté des marelies y conduisent : que de grands candclabics posés à terre , selon l'usage romaiu , en ornent
ALT
le circuit et en éclairent les cérémonies : que le tabernacle pyramide seul sur l'autel; et que le goût le plus sage préside à cette sainte décoration. Le caractère de la gravité, de la simplicité, doit être celui des
ALT
t peu d'accord avec les l de l'objet qui doit seul la fixer.
l.'atilrl placé a l'extrémité de l'église fera peutêtre susceptible d'une plus heureuse décoration : mais qu'elle soit toujours motivée, toujours analogue et toujours sage. Par exemple , on placera avec avantage au fond de l'église la statue colossale du saint qui donne sou nom au temple. I n groupe semblable a celui de V autel de Saintc-Marie-des- Fleurs a Floreoce, ou de Notre-Dame à Paris, ou de Yautel de la Vierge à Saiut-Pierrc-de-Rome, pourra faire un point de vue aussi noble qu'intéressant et vraisemblable. Une croix élevée sur Yautel, des figures dont la présence seroit motivée par une action analogue au sujet , des statues placées dans les s, ou adossées même aux colonnes, t que contribuer à embellir Yautel, et à ses alentours. Mais, dans le choix des décorations, nous croyons que la plus simple sera toujours la plus conforme aux idées religieuses qu'on doit y attacher, et au bon goût de l'architecture. Le service divin s'y feroit avec plus de facilité , les cérémonies s'y rendroient visibles à tout le peuple. Cette noble simplicité, qui seroit l'effet de l'art, et dont le caractère ne seroit pas encore si facile à saisir, l'emporteroit sans doute, dit Laugier, sur tous ces roubles ridicules qui, jusqu'à présent, ont fait la décoration de nos autels; retables chargés de colonnes déplacées, de niches, de frontons, de cartouches, de statues, de piédestaux jetés çà et là sans ordre et sans dessin : retables qui , bien loin de faire un tout avec l'architecture de l'église, ne servent
qu'à la masquer, à l'interrompre , à y mettre de la confusion et du désordre.
Les autels des chapelles devroient aussi avoir tous une certaine uniformité de dessin; et c'est là que la peinture ou la sculpture peuvent être employées avec succès ( voyez Chapelle ) , sans contredire l'effet ■ral par une variété mal entendue et toujours
sur la position des autels particuliers dans les églises, pour lesquelles nous renvoyons à l'article Eglise, {t'oyez ce mot.)
AUTORITE, s. f. Ce mot pris dans un sens figuré , lorsqu'on l'applique soit à l'exercice de quelques professions , soit aux recherches savantes ou aux travaux de l'esprit et des beaux-arts, se dit en général du pouvoir qu'exercent, soit les lois et les usages, des grands écrivains, soit les ou-
v rages dont le mérite est corn tous les temps et de tous les pays.
En matière de goût surtout, et à l'égard de ces travaux qui échappent par leur nature au jugement matériel des mesures et du calcul, il a toujours semblé qne, soit pour prévenir, soit pour apprécier les dissentimens, on ne pouvoit trouver d'autre juge, d'autre régulateur que Y autorité du témoignage universel des temps passés, ou relie des exemples qu'une succession non interrompue d'approbations des hommes les plus éclairés en tout pays ont transmises à leur postérité.
En fait d'arts, et surtout d'arts du dessin, l'autorité, telle qu'on vient de la définir, a toujours été regardée connue inévitable, et même comme aussi utile que naturelle. Si , en effet , on pouvoit la bannir de ces études, s'il falloit que l'étudiant, séquestré du passé dans le présent, n'eût aucune connoissance des ouvrages qui l'ont précédé, on comprend que, l'art étant toujours à recommencer, il resteroit dans une enfance éternelle. Sans doute on a pu , et l'on pourra toujours, abuser de l'emploi de Y autorité, mais l'esprit de routine qui en peut devenir le résultat ue nous avertit que d'une chose, c'est qu'eu cette matière , comme des mesures à garder :
Sun! de
se
Dès qu'on parle d'autorité en fait d'arts, c'est-àdire, des exemples du passé, on voit qu'il est question , avaut toute autre, de Y autorité de l'antique.
Or, c'est précisément contre elle que très- souvent l'on a vu l'esprit des modernes se révolter. Il semble aux yeux de quelques hommes, prévenus par tout ce qu'ils voient de perfectionnement et de progrès dans la connoissance de la nature physique et de» sciences naturelles, que la même progression doit avoir eu lieu dans les arts d'imitation de la nature. Comme ils pensent, et MM raison , que les autorités qu'on iroit chercher, en fait de sciences , dans l'antiquité, ne seraient le plus souvent que des erreurs, ils tirent la même conséquence pour les arts et les ouvrages d'imitation.
Au mot antique {voyez cet article), nous cr avoir développé assez au long les causes de celte < fusion entre les arts et les sciences. Nous ne répéterons doue pas ici qu'il y a une opposition absolue entre la nature des uns et celle des autres, et dèslors une opposition nécessaire dans leur marche et leur cours. En sorte qu'il a dû arriver, lorsque l'autorité de l'antiquité a diminué pour les sciences, qu'elle ait augmenté pour les arts du dessin surtout.
Mais, dira-t-on, si ces arts trouvent daus la nature matérielle les modèles visibles du beau et du vrai , comment se fait-il que l'artiste ait besoin d'autorités pour le conduire dans son imitation? Pourquoi uu guide à qui a des yeux?
ALT
Oui sans doute, l'autorité u'auroit jamais trouve accès dans la pratique de ces arts, si le beau matériel ne se tronvoit très-étroitcment lié au beau intellectuel et moral, et par cela même sujet aux variations de Topinian, selon les temps et les lieux. Mais ce qui plus que toute autre chose a nécessité pour l'étude de ces arts l'intervention de l'autorité, le voici ; et cette raison se déduit de leur nature et de leur histoire.
L'expérience en effet a prouvé que, n'y ayant point de perfection sans terme, et le mot même de perfection indiquant à chaque qualité son point final, l'art arrivé une fois , du consentement universel des hommes, a ce point , trouve dans sa perfection même la cause de son déclin. Quand la nature, dans l'œuvre de l'imitation , se trouve en quelque sorte surpassée par l'art, on voit combien il est facile, et, disons-le, nécessaire , qnc l'ouvrage de l'art remplace auprès des étudians celui de la nature. La , sans doute, est le danger de {'autorité.
Mais si des causes prticulières venoient encore s'interposer, dans un certain état de société et de civilisation, entre la nature comme modèle facile à étudier, et l'artiste étudiant , n'arriveroit-il pas nécessairement que, s'altachant aux ouvrages dans lesquels il trouve écrites les lois de la nature, il en substituât l'étude facile a l'étude de plus en plus difhcultueusc d'un original hors de sa portée? De la la nécessité et la force de l'autorité dans les arts.
Il y a toutefois des mesures que la raison et le goût s'accordent à garder en ce genre. Oui , sans doute , on condamnera cet excès d'autorité qui fcroit tout approuver sans choix, qui, adoptant ou excluant sans critique, iroit jusqu'à entreprendre sur les droits mêmes de la raison , notre premier guide. Le propre de l'autorité est de nous assurer que ce guide ne nous égare poiut.
Ce qu'on appelle goût , en fait d'art , n'est autre chose que la raison du sentiment. C'est à lui qu'il appartient de fixer l'idée du vrai et du beau , et d'en développer les principes et les effets , dans les chefsd'œuvre de l'art , d'une manière souvent plus claire et plus intelligible que ne peuvent le faire les œuvres mêmes de la nature.
Mais s'il est un art qui, phis que tous les autres, ait a redouter la mobilité des opinions et les caprices de l'esprit de changement, c'est sans doute l'architecture. C'est aussi dans cet art que l'autorité bien entendue peut avoir d'heureux effets. L'architecture n'ayaut matériellement aucun modèle visible dans la nature, elle ne fonde son imitation que par analogie, sur les œuvres qui affectent agréablement notre ame par l'entremise de la vue. Elle ne saurait donc trop en étudier les impressions et consulter les ressorts qui les produisent. Le beau essentiel ne pouvant être matériellement déterminé en architecture, le secret de cet art doit être en quelque sorte de juger du beau,