DE TRIOMPHE
BÉNITIER, s. m. Vaisseau dans lequel on met l'eau bénite , et qui est placé à l'entrée des églises.
Les anciens appeloient sympulum le vase qui contenoit l'eau sacrée nécessaire aux sacrifiées. On en connoit la forme ; elle n'a rien qui ressemble à nos bénitier*. Cependant, sur le las-relief d'un tombeau rapporté dans Monfaucon (tom. v, p. ;S , on voit un petit frontispice de temple, a coté duquel est attache et suspendu un vase à anse , fait pour contenir l'eau lustrale; ce qui donne à nuire, comme le dit aussi Monfaucon , que ce vase étoit la pour un objet à peu près semblable à celui de nos bénitiers, et qu'on en plaçoit de pareils a l'entrée de tous les temples.
Les bénitiers reçoivent différentes formes, et se font de plus d'une manière ; tantôt c'est une espèce de bassin, pour l'ordinaire de marbre, porté sur un balustrc, lequel est appuyé lui-même sur un socle; tantôt il est fait en manière de coquille naturelle , et alors il est ou adhérent au mur de l'église , ou soutenu par des accessoires allégoriques.
On en voit de la première espèce dans plus d'une ! église à Rome ; cette forme est celle qui comporte le meilleur st>le et l'imitation la plus heureuse des ouvrages de l'antiquité. On prend alors pour modèle ces bassins portatifs que les anciens plaçoient ou dans les jardins, ou dans l'intérieur même des maisons, et d'où s'éievoient des jets d'eau, tels qu'on en voit au Muséum de Portici. Il est encore des formes de trépieds ou d'autels antiques qui peuvent se transporter aux dessins des bénitiers. Les plus beaux que l'on connoisse de ce genre sont a l'église de Saint- Silvestre à Rome; ils sont de bronze, et des beaux temps de l'art moderne ; leur forme , le goût de leurs omemeiis , le travail de la ciselure , tout semble le disputer aux ouvrages de l'antiquité. Cette forme de bénitiers est sans contredit celle qui peut s'employer le plus généralement , surtout dans les églises à colonnes.
La seconde espèce s'adapte mieux aux piédroits des églises en arcades. Les plus fameux bénitiers de ce genre sont ceux de l'église de Saint-Pierre à Rome . Ils consistent en une coquille de marbre jaune antique, ajustée devant une draperie de marbre bleu (un juin , qui sert de fond. Deux anges, sous la forme
| d'enfans de quatre à cinq ans , supportent cette coquille ; ils sont appuyés eux-mêmes sur les tores des bases de* pilastres. Ces enfans ont 6 pieds de proportion, et leur accord avec les vastes dimensions de l'église est tel , qu'ils ne paroissent avoir que la grandeur ordinaire d'un enfant de leur âge; ce n'est qu'en approchant d'eux , et au moyen du point de
Il comparaison qu'on trouve à leur opposer par soi-
BER
! , qu'on peut se convaincre de leur taille gigan-
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de Saint - Su 1 pi ce à Pari* possède deux bénitier* remarquables par la grandeur des coquilles naturelles dont il« sont formes, et qu'on a placées chacune sur un rocher de marbre blanc.
BERCEAU, s. m. On appelle ainsi une voûte cylindrique , dont le ceintre est formé par une courbe quelconque , et dont les naissances portent sur deux murs parallèles. Ces voûtes se construisent en pierres de taille, en moellons ou eu briques. De quelque manière qu'on les fasse , il faut que chaque rang soit parallèle aux murs qui supportent la voûte, et que les joints soient perpendiculaires à la courbe. Luc voûte en berceau n'est autre chose qu'un arc dont la longueur est prolongée; elle prend le nom d'arc toutes les fois que sa longueur est moindre que son diamètre. Ainsi , les voûtes en berceau sont susceptibles des mêmes modifications que les arcs, c'està-dire qu'elles peuvent être surhaussées, surbaissées en plein cciutre, biaises, rampantes, etc. {V. Ane.)
Le berceau, dans les jardins , se fait de treillages qu'on soutient par des niontans de traverses, cercles, arcs-boutans et barres de fer. On forme ce treillage avec des échala» de bois de chêne ou de châtaignier bien planés et bien dressés, dont on fait des mailles de 7 à i o pouces carrés, qu'on lie avec du fil de fer. Ces sortes de berceaux n'ont de rapport avec l'architecture que parce qu'on leur donne volontiers des élévations où l'on figure avec les treillages, des voûtes, des arcades , ornées de colonnes , de frises , et d'entableroens. (foj«Ts.tHAAOE.)
BERETTINI (Pietho) di Cortona. Pieire de Cortone , né a Cortonc , dans la Toscane , en 1 5g(i , et mort à Rome en 1669.
Cet artiste est, a juste titre, beaucoup plus célèbre comme peintre que comme architecte. On doit le regarder comme l'homme de son époque , comme un génie fécond , hardi , doué d'une extraordinaire facilité, mais comme celui qui, par l'éclat et la facilité de son pinceau et de sa manière , devoit le plus contribuer à élargir la route où le goût faux et maniéré de ceux qui l'ont suivi devoit précipiter la peinture.
La nature avoit doué Pierre de Cortone d'un de ces heureux talens dont il est toutefois trop facile r. Une sorte de compensation semble devoir toujours dans ses présens. Ceux qu'elle prône sont pas souvent les plus précieux , et plus d'une fois sa parcimonie a mieux servi l'artiste que sa libéralité. Le Domiuiquin en fut une preuve. H lui fallut arracher à force de travail et d'étude ces fruits que Pierre de Cortone sembleroit n'avoir pas même eu la peine de cueillir. Mais , comme si ceux auxquels la nature ouvre tous ses trésors dussent moins en sentir le prix, il n'est pas rare de les voir abuser de ses largesses et discréditerses dons, par l'emploi abnsif
qu'ils en font. C'est le reproche qu'a I un certain point Pierre de Cortone.
Un génie facile et vif, une grande abondance d'inventions, et la précocité du talent, lui firent trouver des protecteurs zélés dans la famille des Sacbetti. Il fut reçu dans leur palais, oû , développant les premiers essais de son talent , il surpassa ce qu'on devoit en attendre. La réputation s'empressa de venir au-devant de lui. Urbain Mil lui confia bientôt des travaux importans. Leur succès engagea le pontife à le choisir pour peindre le vaste plafond du palais Barberini, ouvrage resté en ce genre modèle et chefd'œuvre tout ensemble. C'est là qu'on juge à quel point un dessiu libre et facile , une prodigieuse entente de la couleur et le maniement hardi du pinceau , ayoient dû le porter aux grandes compositions décoratives. Il en a laissé de nombreux monumens en Italie. Le palais Pitti, a Florence, renferme peutêtre les ; lus précieux. Quant aux autres productions de son pinceau, quel qu'en soit le nombre , et quelle qu'eu soit la grâce et l'heureuse facilité , elles n'ont jamais, dans l'opinion générale, obtenu les suffrages mérités par les grandes entreprises dont on a parlé . et pour lesquelles la nature l'avoit forme.
Cette sorte de génie s'accorde aussi ment avec les qualités principales qu'exige l'architecture. Aussi Pierre de Cortone porta-t-il dans cet art, et les abus propres du goût décoratif, et les licences qu'une habitude d'indépendance systématique ne saurait manquer d'y introduire.
Ses premiers ouvrages sont peu connus. On ne parle guère du palais dont il (it les dessins pour sou bienfaiteur, le marquis Sacbetti , qui le fit exécuter à Ottia. Les projets qu'il envoya en France pour l'achèvement du Louvre lui acquirent plus de réputation. Il les fit en concurrence avec Bernin et Rainaldi , et reçut du monarque , en récompense , son portrait enrichi de diamans. Quelques dessins de mausolées, tels nue celui du comte MonUuti dans l'église de Saint-Jérôme de la Charité, à Rome ; celui de la famille des Amicit, à la Minerve; la chapelle de la Conception dans l'église de SS. Laurent et Danoise , sont encore des ouvrages de peu d'importance qu'on attribue à Pierre de Cortone.
Mais l'entreprise qui fit prendre a Pierre de Cortone rang parmi les meilleurs architecte* de son époque, fut le grand ouvrage de restauration intérieure et de construction extérieure qu'il eut à exécuter à l'église de la Paix [Santa Maria delta Paee]s située sur la place Navone. Sa nef, beaucoup trop petite pour sa coupole nouvelle, annonce déjà, par les peintures de Raphaël qu'on y admire eucorc, une assez grande ancienneté. Nous ignorons si le monument étoit resté imparfait, ou si, dans le projet nouveau do l'agrandir, on détruisit l'aucienne construction , à la réserve de la nef dont on a fait mention . Celle-ci paroilroit n'avoir dû sa conservation qu'au
u>f BER
respect qu'on eut pour le* œuvre* de Raphaël. Dans ce cas , cette nef auroit été une sujétion à laquelle le nouveau plan de Pierre de Corlone auroit été tenu de se subordonner. En effet , elle ne semble guère propre aujourd'hui qu'a servir de vestibule à la coupole qu'il éleva, et qu'il sut raccorder habilement a l'ancienne construction. Son plan est octogone et bien conçu. Les chapelles et les issues s'y trouvent heureusement distribuées. On reproche à l'ordonnance intérieure les pilastres ployé» dans les angles; mais on y admire la décoration de la voûte, distribuée en beanx caissons exagoncs. Les pendentifs ont été peints par l'Albanc.
C'est dans la composition extérieure du portique et du frontispice de l'église que Pierre de Corlone donna l'essor à son génie décoratif et à son goût pour le pittoresque. Peut-être eût-il été difficile, vu la nature du local , de faire quelque chose de plus varié , de plus grand, et de plus neuf en ce genre. On doit des éloges à cet ensemble ingénieux. Il en eût obtenu et en obtiendrait encore davantage des gens de goût , si des licences inutiles et les détails vicieux de quelques parties n'en déparaient l'aspect.
Le petit portique circulaire et nouveau en avant de la façade est peut-être ce qu'on y approuve le plus, bien que la simple raison dise qu'une pareille forme n'est bien à sa place, et selon la raison des convenances , que lorsqu'elle termine la partie postérieure d'un édifice. On trouverait encore à y blâmer l'accouplement des colonnes et plus d'un détail de formes tourmentées , dans la composition de l'ordre supérieur du frontispice. Mais il faut songer qu'alors avoit commencé dans l'architecture cette révolution de goût, par suite de laquelle on regardoit les formes, tant essentielles qu'accessoires, des élémenset anssi des détails de l'art de bâtir, comme des matériaux imaginaires avec lesquels l'art pouvoit badiner, et dont l'emploi arbitraire se devoit prêter a toutes les combinaisons du hasard nu de la fantaisie.
! .. pape Alexandre VI fut si satisfait de l'ouvrage de Pierre de Corlone, qu'il le récompensa largement et le lit chevalier.
Plus d'une raison avoit accrédité alors l'usage des frontispices d'églises nu de portails à plusieurs étages. ( t'oyez PoaTiii.. } Pierre de Corlone l'adopta , et le suivit constamment dans toutes les églises qu'il éleva.
Celui qu'il construisit a l'église de Santa-Mana in vid Laid est certainement un des plus l>eaux qu'on ait faits selon ce ststème. On doit dire qu'il n'a point le désavantage «le ces monotones compositions de placage, ou si l'on veut de bas-relief, à laquelle tous les portails se sout trouvés assujettis. Pierre de Corinne y ménagea un enfoncement qui forme, à rez-dechaussée , le porche ou le vestibule inférieur. L'étage supérieur, également dégagé et en saillie, présente une vaste loggia. De cette composition est résulté , dans la devanture du monument, un effet de légèreté et un mouvement de masses qu'on ne rencontre
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guère a de semblables frontispices. L'ordre inférieur est corinthien : celui du haut est composite. Le pord'cnlrée dont on a parle est formé de quatre
se rétré^nriviu" drinTlieu^7e^usbr^en Le" dissous de ce vestibule se fait admirer par sa disposition symétrique et régulière, ainsi que par la sagesse de sa décoration. On vnudroit trouver la même qualité dans la distribution des pilastres qui ornent les murs servant de contreforts à l'édifice, et qui produisent des groupes d'où , vu les inégalités d'entre— colonnemens, résulte, surtout à l'égard des chapiteaux , une confusion désagréable. L'ordonnance de l'étage supérieur est a |ieu près semblable. La seule différence consiste dans unearcadequi interrompt l'entablement , et coupe U base du fronton , sorte de licencea laquelle, en grand surtout, on ne saurait trouver d'excuse. A part ces détails vicieux, on peut dire que l'élévation de ce frontispice présente une masse heureuse et un ensemble satisfaisant. C'est peut-être le morceau d'architecture le mieux entendu qu'ait produit Pierre de Corlone.
11 regardoit pourtant l'église de Saint-Luc comme son chef-d'œuvre ; il l'appeloit sa fille favorite. Nonseulement il en fut l'architecte , mais encore le fondateur. Il en construisit à ses frais les fondations, et laissa à cette église, pour la terminer, toute sa fortune, qui étoit considérable. On l'évaluoit à cent mille écus romains (cinq cent mille de nos livres). Le jugement de la postérité n'a pas confirmé l'opinion qu'il avoit conçue de ce monument. Quoique ce soit son plus grand ouvrage , on est généralement d'avis que c'est la plus médiocre de se* productions.
On n'y admire guère autre chose que le plan en croix grecque, dont les quatre hranches se terminent par des parties circulaires, et la forme générale de U coupole. Le reste ne mérite |>as qu'on en fasse mention. Tout s'y trouve gâté par les caprices que le mauvais goût, qui alloit toujours croissant, accréditoit de plus en plus. On en doit dire autant de la façade antérieure , dont le portail est mixtiligne , c'est-adirc , convexe dans son milieu , et recttligiie vers se* extrémités.
Pierre de Corlone racheva , dans l'église de Saint- Charles au Course, l'omrage A'Onorio I.unghi, Il en dirigea la coupole, la tribune et la croisée; et l'on doit dire que la partie décorative de l'intérieur, bien qu'on puisse y reprendre uu goût massif et lourd , est peut-être ce qu'il a fait de plus sage, et ne laisse pas d'en imposer par un grand air de richesse et de magnificence.
ISous terminerons ici ce que nous avions à dire de ce célèbre artiste. Son histoire pittoresque nous eût offert , sans doute , une j>lus ample et jilus brillante matière. Mais nous avons dû laisser celte tâche a d'autres.
BERGES, s. f. pl. (Terme de jTonts-et-chaussées.)
tique
colon
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On appelle ainsi les bords ou levée* des rivières et des grands chemins, qui , étant taillés dans quelques côtés , sont escarpés en contre-haut, ou dressés en contre- bas avec talus , pour empêcher réhoulemeut des terres, et retenir le* chaussée* faites de terres
i des berges pour les chemins est inique , et qui ne demande que de l'attention à bien affermir. le sol, ou, suivant sa qualité , à le planter de buissons, alin de le contenir par l'entrelacement de leurs racines.
Le* berges de* lleuves et des rivières sont de plu* grande conséquence , parce qu'elles sont exposées au courant de l'eau, qui travaille sans cesse a les détruire. Aussi ont-elles été dans tous les temps l'objet detravaox importons de la part desarchitectes et des ingénieurs. Pour en déterminer la construction, il faut connoître la vitesse du courant auquel elles sont exi , et bien étudier les écarta du fleuve même. La », proprement dite, s'applique alor» a ces i, et cette application fournit deux renies fondamentales pour la construction de* berges. La première est que la forte moyenne de l'eau , sur leur surface , est exprimée par la moitié de la diagonale répondant à la plus grande profondeur. La seconde règle est celle-ci : Les berges dont ta surface intérieure est inclinée ne se ressentent de la vitesse du fleuveque parce qu'elles ont d'horizontal, ce qui est toujours exprimé par la ligne qui marque leur talus. On trouve le développement de ces règle* dans V Architecture hydraulique de M. Belidor.
BÉRIL, s. m. Pierre précieuse de couleur d'eau de mer , c'est-a-dire , mêlée de vert et de bleu , d'où les modernes l'ont appelée aiguë marine. Les anciens distinguaient plusieurs sortes de Aén'/j. Les plus beaux étoient ceux dont la couleur approchoit le plus de celle de l'eau de mer. Il y en avoit de plus pàlcs, et qui avoient des reflets de couleur d'or. Cette pierre , à laquelle les modernes ont donné des noms divers , et qui se classe en différentes espèces, a serv i aux graveurs en pierre. On l'emploie encore aujourd'hui au même usage. Elle entre aussi dans la composition de la mosaïque en pierre dure , dont on fait , a Florence surtout , des tables et des revètissemen* précieux.
BERME, *. f. (Terme de ponts-et-chaussées. ) C'est un chemin qu'on laisse entre une levée et le bord d'un canal ou d'un fossé, |>our empêcher que les terres de la levée , venant a s'ébouler , ne remplissent le canal ou le fossé.
M K M V en italien Bes-kiri. (Jea*-Lacb.ent.)
Naplcs doona le jour a Bernin, Il y naquiten 1 589. Cependant son père Pierre Bernin étoit né en Toscane, où il avoit exercé la sculpture avec assez de distinction. L'espoir de la fortune le conduisit à Naplcs, où il épousa Angclica Galante, mère de
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notre artiste. Mais appelé à Rome par Paul V, pour y décorer la chapelle Pauline de Sainte-Marie-Majeure, il vint s'etoblir dans cette ville avec sa famille.
Le goût de l.aurml Bernin son fils pour les arts du dessin s'étoit manifesté dès sa plus tendre enfance. Les premières leçons de la sculpture avoient fait l'amusement de son plus bas âge. Mais le séjour de Rome et la vue des grands modèles vinrent accélérer chez lui le développement d'une précocité extraordinaire. Paul V ayant eu occasion de le voir, fut étonné de trouver un sculpteur habile dans un enfant de dix ans. Il prévit dès-lors ce qu'il deviendrait nn jour. Le cardinal Maffei Barbcrin , admirant avec lui ces prodiges d'un talent aussi prématuré, Oeillet, lui dit le pape, sur les études de Bernin, et soyez le garant des succès qu'on a droit if en attendre'. Je me flatte qu'il deviendra le Michel-Ange de son siècle.
Ces pronostics flatteurs ne firent d'autre impression sur l'esprit du jeune Bernin, que de l'animer à les justifier. L'amour de la vraie gloire le préserva des séductions de la vanité. Son ambition était de mériter que son nom trouvât place un jour à coté de ceux de ses plus célèbres prédécesseurs. Il étoit un jour dans la basilique de Saint-Pierre avec Annibal Carrache et d'autres maîtres habiles; en sortant de 1 Yglise , et se retournant vers la coupole : Ce ne sera point, dit Carrache , un médiocre effort de génie, que d'élever sous ce ddme une confession digne d'un
temple aussi auguste Putssé-je, reprit Bernin,
(tre l'heureux artiste qu'une si belle entreprise attend! Ses vneux furent exauces.
La mort de Grégoire XV laissa vacant le trône de Saint-Pierre. Maffei Barbcrin fut nommé pour l'occuper; ses grandes qualité* l'y avoient appelé. Le vœu des artistes surtout avoit été rempli. Le sien fut de répondre aux espérances qu'il avoit fait concevoir. Bernin, vous €tes heureux, sans doute, lui dit-il , de voir Maffei Barbcrin pape; mais il s'estime plus heureux encore de ce que Bernin vit sous son règne. Dès-lors il lui communiqua les grands projets d'embellissement dont il vouloit lui confier l'exécution.
La première entreprise à laquelle il employa le talent de Bernin, fut ce qu'on appelle la confession de Saint-Pierre. On donne ce nom en Italie aux autels placés snr les corps des martyrs. La confession ou l'autel de l'ancien Saint-Pierre s'élevoit à l'endroit où avoient été inhumés les corps de saint Pierre et de saint Paul , et l'autel du nouveau temple est encore a la même place. Or, dans la vieille basilique, douze colonnes torses en marbre formoient la décoration du grand autel. Huit de ces colonnes ornent aujourd'hui les quatre tribunes à balcon des quatre piliers du dome. Deux sont à la chapelle du saint Sacrement; une , que Piranesi a gravée , est dans la chapelle du Crucifix, et la douzième fut brisée dans la déposition qu'on en fit.
ic) BER
Quoique l'on ignore d'où viennent originairement ces colonnes torses, et quel est leur véritable titre d'antiquité, ou en a dit assez pour montrer aux critiques d'un goût sévère, i" que bcrnin ne fut pas l'auteur de ce qu'ils ap|iellent un caprice d'architecture que tout le monde, à la vérité , coodamneroit dans un ouvrage de construction , où la solidité des colonnes et des supports doit être aussi apparente que réelle ; 2° que /fer/lin fut induit par l'exemple de l'ancienne confession de Saint- Pierre, à en reproduire la tradition et l'imitation dans la nouvelle.
On doit dire encore que cette composition , appelée baldaquin, à l'instar d'une impériale de lit , a son origine dans l'antique c thorium de» premières églises,
monté d'une sorte de dais. Or, la tradition de ces usages nous explique l'intention de Bernin dans sa composition. De fait, il nous apprend lui-même qu'il ne voulut lui donner ni la réalité ni l'apparence d'une construction sérieusement architecturale. Il est donc permis de croire qu'à des formes et à des détails arbitraires, rien ne convenoit mieux que l'arbitraire des formes et des détails de la colonne torse. {y oy a Bamuocin.)
Une des premières difficultés de l'entreprise de Bernin devoit être de placer dans un aussi vaste local, et sous l'immense coupole de Saint-Pierre, un objet dont les proportions répondissent à celles du monument. Or, c'est là un des rares mérites de ce 141 nul ouvrage , où Bernin déploya comme d tcur toutes les ressources de son esprit, où I peut que vanter la magnificence du travail je celle de la matière, et où il ne scroit |<crmis de regretter que deux choses, l'une qu'il ait été fondu aux dépens des métaux du Panthéon , l'autre qu'il ait donne heu à tant de mauvaises imitations.
Le pape , avant de récompenser Bernin,
proraon ne inte à
tant qu'intéressée, ouvrit l'avis qu'on donnât à l'artiste une chaîne d'or de cinq cents ducats. F«rt bien, répondit le pape; l'or servit pour Bernin, métis la chaîne servit pour l'auteur du conseil. Il lit sur-lechamp porter à Bernin dix mille écus 'jo,ooo liv.) , lui accorda plusieurs pensions , et donna un bénéfice à chacun de ses fivres.
l'rbain \ III pressoit vivement Bernin d'orner avec des niches les quatre énormes piédroits qui soutiennent la coupole de Saint- Pierre. Il exécuta ce projet, et bientôt les piédroits furent décores de quatre grandes statues colossales, dont une (celle de «aiut Longin ) est de sa main. Ces niches et les escaliers pratiqués dans l'intérieur des massifs pour monter aux tribunes à balcon dont on a déjà parle, servirent de prétexte aux envieux de Bernin pour nuire à sa réputation. Ils attribuoieut l'effet des lézardes de la coupole à un prétendu affaiblissement de la masse des piliers. La chose manquoit de vraisemblance. Mais, en supposant que les vides pratiqués dans les piliers
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auraient po contribuer au mal, ce qu'il faut dire encore , c'est qu'ils n'étoient pas du fait de Ber
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de la
Mais la malignité, bien que convaincue d'imposture, ne renonce pas pour cela au plaisir de nuire , et la satire ne cessa point ses poursuites.
Toutefois la réputation de Bernin étoit trop bien établie pour avoir à souffrir de ces attaques. Il n'y répondit qu'en donnant de nouvelles preuves de son habileté , dans une multitude d'ouvrages dont nous ne pourrions, sans trop de prolixité, présenter ici la simple énuniération. Oblige de choisir, nous devons citer parmi les monumens qu'il construisit à cette époque, le magnifique palais Barberini , où l'on admire, entre plusieurs traite de son habileté, ce bel escalier bâti eu limaçon sur un plan elliptique ou ovale, dont l'idée est aussi ingénieuse que l'ensemble en est majestueux ; on loue surtout au rez-de-chaussée l'ordre dorique, dont l'exécution est sage et régulière, dont l'ajustement est bien entendu. Ce palais, un des plus remarquables de Home , aurait offert un ensemble encore plus achevé, si tous les accessoires eu •voient é*é terminés selon les dessins que lie en avoit donnés , mais dont les dont il étoit alors chargé Te l'exécution.
Son nom étoit devenu fameux dans toute l'Europe. Plus d'un souverain se disputoit ses ouvrages ou sa personne. Le cardinal Mazarin lui fit offrir douze mille écus de pension pour l'attirer à Paris, mais le pape ne put se résoudre à le laisser partir : Bernin, disoit- il , étoit fait pour Rome, et Borne étoit faite pour Bernin. Afin de l'y attacher de plus en plus , il ne cessoit de l'exhorter à sVngager dans les liens du mariage. L'artiste céda à ces il se maria en 1 63g, et il vécut sa femme , dont il eut une famill
Urbain VIII, après avoir fait décorer de Saint-P la facad
devoit l'tre accompagnée selon le projet de Charles Maderne. Chargé par le pape du soin de cette entreprise, Bernin commença par consulter les deux constructeurs qui , sur la lin du pontificat de Paul V, avoient travaillé aux fondations du corps d'édifice sur lequel devoit reposer la construction nouvelle. D'après les assurances positives qu'ils donnèrent de la bonté des rondeinens, le campanile de la jiartie droite du péristyle fut entrepris. It se composnit de deux étages ornés de colonnes , les unes corinthiennes , les autres composites ; le tout avoit 77 palmes de haut, à la réserve de la pvramide qui devoit couronner le tout, et qui ne fut exécutée qu'eu bois. Ce campanile étoit achevé , lorsque la partie du frontispice de Saint-Pierre qni lui servoit de soubassement s'ouvrit en plusieurs endroits. Aussitôt les ennemis de Bernin se déchaînèrent contre lui ; I
terre, prit la résolution d'en orner aussi en élevant les deux campaniles dont elle
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BEII du p»pe, qui
lernin
ue pou voit pa* être l'auteur du mal, lequel d'ailleurs n'etoit pas sans remède; qu'il sufliroit de renforcer ici fondations en cette partie , après quoi on rachc— veroit l'ouvrage et ou feroit ensuite son pendant. La chose anroit eu lieu si la mort d'I rbain Vlll n'eut lait suspendre toute l'entreprise.
Sous Innocent X. Bernin ne trouva pas la même Dés hommes ignorans et mal intentionnés lui rte: ils de la
tirent une guerre ouverte : ils persuadèrent au nou-
de Bernin , mais comme la plus heureuse de toutes celles qu'on pourroit y comparer dans le même genre et partout ailleurs.
Ce que Bernin fit de plus remarquable en architecture vers la findn pontificat d'Innocent \. fut le palais appelé aujourd'hui à Home de Monte Citnho, et bâti pour le prince Ludovic, mais que Innocent XII depuis à être le palais de justice. C'est un te corps de bâtiment , dont l'élévation e\té-
et obtint que le
terrain fût sondé. H anroit même ete question de diminuer par quelques suppressions le poids du campanile ; mais le parti oppose ai oit résolu sa destruction, et il l'emporta : le campanile fut détruit en 1(1(7. Peut-être a'r a-t-il guère lieu de le regretter, soit l'honneur de Bernin , soit par rapport au bon du frontispice de Saint-Pierre.
rntn ne fut pas insensible à cette sorte de disgrâce , mai* il la fit servir à exercer sa philosophie. Lorsque ses ennemis croroient l'avoir vaincu sur nn point , il triomphait d'eux sur un autre . en donnant let dessins de la chapelle Corna ro à l'église de la Victoire, où il plaçait son célèbre groupe de sainte Thérèse ; dans le même temps le maguilique mausolée d'I rbain \ III à Saint-Pierre mettoit le sceau à sa répatatioo en sculpture- Mais l'impression des critiques de ses ennemis et oit plus forte que celle de ses nouveaux succès, sur l'esprit du pape, qui avoit résolu de l'éloigner des travaux dont il méditoit l'entreprise. Innocent X avoit le dessein de faire élever au milieu de la place .Navone l'obélisque importé à Rome sous le règne de l'empereur CaracaUa, et qui et oit resté enseveli sous les ruines de son cirque. Les plut habile» artistes de Rome a» oient été appelés à donner des projets pour l'exécution d'une magnifique foutaine destinée a (briser un ensemble avec l'obélisque. Bernin seul n'a* voit été ni invité ni consulté; cependant le prince Lodorisi , neveu du pape, lui commanda secrètement nn modèle, qu'il lit porter de même an pilais Parophih , dans nne pièce que devoit traverser le pape en sortant de table. La nouveauté de l'idée, h de l'invention et du sujet étonnèrent le pontife foUà , s'écria-t-il , un tour du prince Ludovisi sera donc fore* d" employer Bernin! Il le manda surle-champ , et après toutes sortes de démonstrations amicale* et du regret d'avoir négligé un talent tel que le sien , il le chargea d'exécuter l'ouvrage dont il ne pouvoit se lasser d'admirer le modèle.
Dé* ce moment le pape admit Bernin dans ses s grâce*, et jusque dans l'iutimite d'un comfamilier: Cet artiste, disoit-il, est né pour nrre avec Us princes. Le grand ouvrage de la fon- : isolées laine >avooe fut entrepris , et on doit le regarder et de |
celles que leur renommée ne penucttroit point de passer sous silence.
Le pontificat d'Alexandre A H lui vit produire celle qui non-seulement l'emporte sur toutes ses autres créations à Rome, mais qui n'a point de rivale dans le reste de l'Europe. A peine assis sur le trône de Saint- Pierre, le nouveau pontife appela /forai/r, et lui commanda de décorer d'une manière aussi neuve que magnifique les avenue* de la basilique du Vatican. Les somptueux portique* «le la place Saint-Pierre sortirent bientôt de terre. On parle de la fameuse colonnade, qui seule eût suffi pour immortaiiaer le nom de Bernin , sous lequel , dans le (ait , elle est aussi cooniie que sous celui qu'elle emprunte a l'église même. Depuis les pompeuse* entreprises des empereurs romains, jamais l'architecture n'avoit rien entrepris d'aussi magnifique, uniquement pour le plaisir de la magnificence. A peine, dans ces description» de monument enchantes que rêve à son gré le génie de la féerie, le poète ponrroit-il non* donner l'idée de ce qu'e en réalité le spectateur qui parcourt les T des colonnades de la place Saint-Pierre.
Le projet de faire précéder le portail de ce I par des avant -portiques qui en fussent digues 1 né , dit-on , avec le monument même dans ( esprit de Michel- Ange, qui en avoit emporte le projet an tombeau. \oos doutons qu'aucun architecte eut été plus capable que Bernin d'en faire revivre l'idée et de la réaliser. Ce n'etoit |ias un problème de goût facile à résoudre que celui d'annexer après coup , et de manière à ne point pa roi Ire addition posthume, une sorte d'avant -scène au frontispice colossal de Saint-Pierre. Deux conditions etoieut nécessaire* a . La première, d'établir entre les portique* et la masse principale du temple, un rapport de proportions assez juMe pour que l'un n'en parût que plus grand et que les autres n'en fussent pas trop rapetisses. Mais le second point , peut-être le pîtis embarrassant , devoil être le rarcoedemeut de ces nouvelles galeries avec l'ordonnance architecturale dn frontispice , qui , par l'effet des changemens d'élévation dus à Charles Madrrnc, au lieu d'être, selon le vomi de* premiers architectes, en colonnes isolée*, n'offroit qu'une masse de et de pilastre* , masse à 1 à jour