‹ Dictionnaire historique d'architectureChapitre 73 sur 258 · I0B HER · texte numérisé non relu

I0B HER

dans une disparate assez sensible. Bernin tut vaincre tous ce» obstacles, en homme habitué à jouer avec les difficultés et a les faire même servir au succès de ses compositions. Il ion de plus heureux que l'art avec lequel , au moyen des deux corps de galerie montante et ornée «le pilastres qui se raccordent avec le petit ordre îles portes, et de chacune de» deux arcades a chaque extrémité du portail, il sut trouver un intermédiaire en rapport réciproque , et faisant liaison , soit avec les colonnades, soit avec le portail.

Quatre files de colonnes disposées sur un plan demicirculaire forment d'un côté comme de l'autre, sur la place de Saint-Pierre , une galerie continue en trois allées dont celle du milieu , qui est la plus large, l'est a*<oz pour que deux voitures y passent de front. Los dessins de Hrrnin nous apprennent que l'ouverture actuelle de la place auroit dù , selon son projet , être fermée par une troisième colonnade qui , 1 deux entrées près , auroit rendu l'enceinte tout-a-fait circulaire. Ce plan ne fut point alors suivi, et depuis on v a encore renoncé , l'idée étant venue de prolonger les colonnade* jusqu'au |xint Saint-Ange. Il est douteux aujourd'hui que ce dispendieux projet reçoive jamais son exécution. llonani , qui a évalué la déjvnsc des colonnades de Saint-Pierre, l'a fait monter à huit cent cinquante mille écus romains (ou quatre millions et demi de notre monnoie).

Saint -Pierre et le Vatican sont pleins de» inventions de Bernin. \a> plus grand ouvrage de bronze qui existe, après le baldaquin qu'on a décrit, est encore une de ses productions. Je veux parler de ce groiipcdes quatre Pèresde l'Eglise qui soutiennent la chaire de Saint-Pierre, an fond ou au rond point de l'édifice. Bernin avoit la modestie de dire qu'il n'avoit réussi que par hasard dans la proportion si juste et si heureuse de ton baldaquin. A peine eut-il achevé la composition de la chaire de Saint-Pierre, qu'il alla prier André Sacchi , peintre célèbre, de venir lui en dire son avis. 1-e peintre, d'une humeur un peu difficile, céda non sans peine à son invitation. Arrivé à la porte de l'église, il s'y arrêta. C'est d'ici, lui dit-il, qu'on doit vous juger; et il ne fut pas possible de le faire avancer d'un pas. Vos figures devraient avoir en hauteur un palme de plus. Il dit, et il s'en retourna. Bernin , dit -on , reconnut que la critique étoit juste ; mais , a vrai dire , qu'est-ce qu'une différence de huit pouces, dans une pareille masse , auroit pu ajoutera son effet?

Le grand escalier qui du vestibule de Saint-Pierre conduit à la salle qu'on appelle sala Regia, fut des ouvrages de Bernin celui qui échappa le plus a la critique. Ce fut aussi celui qui , pour tirer parti d'un local aussi ingrat , lui demanda le plus d'habileté. Le lien où Sixte IV avoit placé cette montée étoit fort obscur. Il n'étoit pas possible de toucher aux murs qui soutiennent la chapelle Pauline, la grande salle et la chapelle Sixtine. Bernin trouva le moyen de l'éclairer , de le décorer avec de* colonnes ioniques ,

BER

Il et d'en orner la voûte par de riches caissons. A voir cette magnifique montée , on la croiroit moins faite pour le local , que le local même disposé pour la monj tée. Le principe de Bernin étoit que le talent de l'ar- | chitecte doit consister a convertir en beauté* précisé- I ment le* défauts des emplacement. Jamais il ne le mit P plus heureusement en pratique.

On dirait que Bernin auroit été formé et envoyé 1 tout exprès à l'époque où il parut , pour raccorder et mettre ensemble toutes les parties de Saint-Pierre et du Vatican , qui , produites dans de* temps et par des I artistes fort différens , sembloient ne pouvoir jamais être ramenées a un plan régulier. Il eut l'art de réordonner le vestibule de l'église , ses avenues , et l'escalier dont on vient de parler ; en telle sorte que tout cela , aujourd'hui , paroit être le résultat d'une combinaison préméditée. Les deux statue» équestre* , l'une de Constantin , l'autre de Chariemagnc , qu'il plaça aux deux extrémités du vestibule , en agrandissent singulièrement l'espace et l'aspect , et donnent au perron du grand escalier un très-beau sujet de I décoration. On pourroit sans doute faire au genre d<- I coratif de tous cet ouvrages le reproche d'affecter un goût plu* fastueux que correct : toutefois il faut avouer que chex lui une certaine magnificence d'idées compense le manque de correction dan* le style.

Cependant les grands travaux de Saint -Pierre ne

temps, par ordre du pape, plusieurs édifices entre lesquels on distingue, sur la place des saints Apôtres, la façade du palais qui appartint depuis au duc de Bracciano. Maigre plus d'une critique assez fondée sur quelques détails de cette architecture , qu'on croiroit n'être pas l'ceuvre d'un senl maître , l'ensemble de ce | palais à l'extérieur frappe par un grand air de richesse. Nous ne diron* rien de l'intérieur, dont le plan appartient a Charles Maderne.

Un petit monument auquel oo ne saurait refuser nn certain charme, indépeudanimcnt de ce que le le goût du temps y a introduit de licences, est l'église de Saint-André à Monte Cavallo, bâtie par Bernin pour le noviciat des Jésuites. Son extérieur offre un parti pittoresque et très-varié , quant au peu d'été n- ■ due de la façade. L'intérieur du monument consiste f en une coupole ovale , dont La partie d'eu-bas est décorée d'un ordre de pilastres c orinthiens sur les piédroits des arcades , qui forment autant de chapelles en renfoncement. La voûte est en compartimens divisés par des côtes saillantes qui répondent aux pilastres , et ces compartimens sont rempli* par de riches caissons en stuc doré. Rien de plu» riche de forme», d'ornement et de matériaux , que cet intérieur. Le luxe ne saurait aller plus loin , et l'on pourroit dire que la parure ici nuirait à la beauté , comme dans ce portrait d'Ilélène cliargé de bracelets et de colliers d'or. Entre tous les ouvrages de Bernin , aucun ne donnerait plus lieu à. cette allusion critique.

La coupole qu'il construisit à YAricia, bourg »i-

BER

tué à quatre lieue» de Rome, est moins magnifique sous le rapport de la richesse matérielle. Mais le parti en est plus grand , la forme plu» sage , et le» détail» en sont plu» régulier». L'extérieur s'annonce par un portique assez saillant , composé d'arcade» dorique», auquel font pendant deux portique» semblable», qui donnent entrée a des galeries circulant autour du monument. Ce plan a quelque chose d'ingénieux, et la place en avant, décorée de deux fontaines, semblerait une petite réminiscence de la grande place de Saint-Pierre. L'intérieur du monument est un de» meilleurs ouvrages de Bernin , et peut-être auroit-il été le plus sage , si la décoration de la voûte eût répondu à tout le reste par plu» d'économie dans le» détails.

En 1664 1 le roi de France , Louis XIY , dont la noble ambition aspirait à tous les genres de gloire , voulut racheter le Louvre, sur un plan et dans un dessin plus magnifique que ceux de» premiers architectes. D'habiles altistes avoient déjà présenté plusieurs projets. Colbert proposa au roi de les envoyer tous à Bernin, comme à l'architecte tout ensemble le plus célèbre et le meilleur juge qu'il y eût. Celui-ci les fit repasser en France, et accompagna ses avis de deux projets de lui , qui furent goûtés |iar le monarque. Louis XIV étendoit alors se» libéralités sur tout ce qu'il j avoit d'hommes célèbre» en Europe. Il fit don à Bernin de son portrait, enrichi de diamans, d'une valeur de trois mille écus , avec une lettre qui l'invitoit a venir en France. Le monarque écrivit au pape, pour en obtenir la faveur (c'en éloit véritablement une) de laisser partir de Kome l'artiste que la gloire de ses grands travaux avoit rendu, pour cette ville , comme une propriété inaliénable.

Bernin avoit alors soixante-huit ans ; il hésitoit i entreprendre un si long voyage. 11 s'y détermina enfin, et quitta Rome en 1U0. On pourrait donner le nom de marche triomphale a son voyage. Toute» le» villes pr lesquelles il passoit lui rendoient des honneurs extraordinaires. Parvenu au pont de Bonvoi- »in , il reçut de la part de Louis XIV les visites et les hommage» des autorité* du lieu.

A son arrivée , Colbert vint le saluer de la part du roi , qui l'attendoit à Saint-Gernuin-en-Laye. Le monarque lui fit l'accueil le plu* gracieux. La première chose que Bernin proposa au roi fut de faire son buste. Pendant qu'il étoit occupé de ce portrait, on faisoit le» préparatifs de la construction nouvelle du Louvre , dout le nwdèle avoit été fait en grand et avec beaucoup de dépense. On ne saurait nier que Bernin n'eût conçu dans l'ensemble de son plan tout ce que la grandeur des partie» qu'il falloit accorder entre elles, et les vue» du monarque, pouvoient inspirer à un génie tel que le rien. Laissant de coté tous le» détails intérieurs du projet, je me contenterai d'en faire eonnoitre le» deux priucipales idées. Il paraît d'abord que c'est a lui qu'est due la première pensée de réunir le palais du l-ouvr à celui

BER lg9

de» Tuileries. Il faisoit ensuite en avant de la façade d'entrée une vaste place qui devoit s'étendre jusqu'au Pont-Neuf. Au mUieu devoit s'élever un rocher de too pied» de haut, avec des figures de fleuve», etc. L n grand bassin auroit reçu l'eau de leurs urne» pour la distribuer dans toute la ville. Le tout devoit

j se terminer par la statue colossale du roi. C'étoit à la réunion des deux palais par deux galeries parallèle», que Bernin devoit porter la plus grande richesse de l'art. Ce qui le prouve, c'est que la façade d'entrée du Louvre, aujourd'hui devenue la plus magnifique par la colonnade de Perrault , eût été la plus simple daus le projet de Bernin , lorsque celle qui devoit regarder le» Tuilerie» aurait dû recevoir deux rang» d'arcade» l'un an-dessus de l'autre, décorés d'ordonnance» de colonnes.

Il parait que les vues de Louis XIV et de Colbert, dans la reconstruction du Louvre, n'éloieut bien déterminées ni pour ce qu'on auroit pu conserver des anciennes constructions, ni pour les modifications

| qu'elles auraient pu subir. On jeta cependant les fondation» de la façade d'entrée, et le rai en jiosa la première pierre. Alors plus d'une intrigue eut lieu dans la vue d'arrêter les progrès de l'ouvrage. Bernin, ne pouvant se résoudre à passer l'hiver en France , obtint la permission de retourner à Rome. La veille de son départ, il reçut une gratification de 20 mille écus, avec la promesse d'une pension de 6 mille fr. pour lui, et d'une de i5 cents francs pour son fils. C'étoit là , comme on le voit , une manière moins de payer se» travaux que d'acheter le droit de se dégager d'avec lui, et de pouvoir renoncer à l'entreprise. A peine fut-il parti , que l'abandon de son projet fut décidé.

Ce fut en conséquence de cette résolution que Claude Perrault, appuyé par Charles, son frère, secrétaire du conseil de» bâtiment formé par Colbert, présenta et fit agréer le projet du péristyle actuel du Louvre, dont le modèle fut enfin adopté, et dout l'exécution ne fut achevée qu'en i()~o.

Il résulte de cette date certaine , et de la date aussi authentique du départ de Bernin avant l'hiver de lG65, qu'il ne put point avoir vu, en arrivant à Paris, le péristyle du Louvre exécuté , ni même son modèle en petit. Dès-lors cette générosité d'éloges que l'on prête à Bernin , la surprise que la vue de ce monument lui auroit causée, et les vent de Voltaire à ce sujet , tout cela doit se ranger parmi ces contes qui , nés on ne Mit continent ■> se per|>étiicnt de même. Pareil trait s'étoit raconté auparavant de Serlio à l'égard de Pierre Lescot. Qui sait si ce ne fut pas une redite occasionée par une circonstance a peu près semblable ?

A ultaire, dans son Siècle de Louis XI /' semble se rétracter. Il donne à entendre que l'admiration de Bernin auroit pu s'appliquer à un dessin qu'il auroit vu du projet de Perrault. Mais cette opinion n'est U guère pins probable. Charles Perrault, qui suivit dans

2nr> BER

Je temps toutes les di*r lissions relatives, soit au projet de Bcrnin, soit à celui de Claude, son frère, et les a soigneusement rapportées, n'auroit pas manque de recueillir une anecdote également honorable pour les deux artistes, dépendant il n'énonce rien qui puisse en faire soupçonner la réalité.

De retour à Rome , Bcrnin retrouva , de la part d'Alexandre A II , La même bienveillance, et en obtint de nouvelles faveurs. Les bienfaits du pontife envers lui et sa famille ne le cédèrent point à la magnificence de Louis XIV. Clément IX , son successeur, lui témoigna le même iutérèt, et enchérit encore à son égard de marques d'attachement. Il l'admettoit dans sa familiarité, et ne le renvoyoit jamais qu'avec les marques d'estime les plus flatteuses. Sous sou pontificat» Bemin orna le pont Saint-Ange de parapets en balustrades , que surmontent des ligures d'anges en marbre.

Rome pprdit bientôt Clément IX , auquel succéda Clément X, vieillard octogénaire, qui s'occupa fort peu des arts. Bcrnin goùtoit sous son rèçne un repos dont il avoit depuis long-temps besoin. Ses loisirs ne furent interrompus que par l'obligation de faire le buste du pontife; par l'exécution de la statue de la bienheureuse Louise Albertoni , représentée expirante, pour la célèbre chapelle de San Francisco in Ripa, et par la commande de quelques tableaux, entre lesquels on cite celui de la chapelle du Saint- Sacrement a Saint-Pierre.

Sous Innocent XII, il termina le mausolée d'Alexandre \ II. Il avoit quatre-vingts ans , et le ciseau obéissoit encore à sa main. Son dernier ouvrage de sculpture fut un Christ, demi-figure en marbre, dont il voulut faire présent à la reine de Suède Christine, retirée alors à Rome. Sur le refus qu'elle fit d'accepter ce qu'elle ne se croyoit pas en état de paver, Bcrnin prit le |»rti de lui léguer cet ouvrage par son

Malgré son grand âge, il travailloit a la restauration de la Chancellerie; et il étoit sur le point d'en terminer les travaux , lorsqu'il tomba dans une foiblesse si grande qu'on désespéra de ses jours. Cette foiblcsse fut suivie d'une lièvre lente et d'une attaque d'apoplexie, qui le conduisit au tombeau le 28 novembre tGHo , dans la quatre-vingt-deuxième année de son âge. Ou lui fit de magnifiques funérailles, à Sainte- Marie-Majeure où son corps fut porté. Tout ce qu'il v avoit d'étraugers et de grands dans la ville se fit un devoir de l'y accompagner. Le siècle, disoit la reine Christine , venoit de perdre son plus bel ornement. Le jour même de la mort de Bcrnin, le pape avoit envové un superbe présent à cette reine. Elle s'informa au messager du taux auquel on portoit la fortune de Bcrnin. On P évalue (dit le camérier) à la somme île quatre cent mille crus romains (deux millions de livres).— J'attrois honte, répliqua la reine, si un Ici homme avait été à mon service, qu'il efit laissé si peu.

Page 1