‹ Dictionnaire historique d'architectureChapitre 87 sur 258 · DE L4 FORME DES CAISSONS · texte numérisé non relu

DE L4 FORME DES CAISSONS

Il est peu d'objets dont la forme essentielle soit plus évidemment , plus impérieusement écrite et ordonnée que celle des caissons. H en est peu cependant dont le caprice se soit joué avec plus de hardiesse, était plus dénature l'esprit et le caractère. Tel a toujours été le sort de l'architecture, que manquant d'un modèle visible , cet art s'est insensiblement dégradé par les copies que la routine a multipliées. In monument deveuaut toujours le modèle d'un autre, les ty pes primitifs dévoient s'altérer au point que les vérités les plus fondamentales seraient bientôt des sujets de doute , et finiraient par avoir l'air de paradoxes

C'est surtout le génie de la décoration et de l'ornement qui introduit dans l'architecture cet abâtardissement de formes et cet oubli des priucipes. L'ortiement . comme on aura occasion de le dire ailleurs ( vorez Oh.nkmknt ) , ne pose véritablement sur aucune base solide. Il n'est à l'architecture que ce que les broderies sont aux vêtemens , c'est-à-dire , un accessoire presque toujours indépendant des formes essentielles , et dont l'art, à toute rigueur, pourrait se passer.

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, |>uiir se convaincre <

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Il ne faut ]»s descendre jusqu'aux ouvrages des

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que le génie malfaisant de l'ornement a la partie des édifices dont je parle. Les

monumeos de Baalhcck et de Palmyre sont reniais de ces caprices en forme de caissons , dont les combinaisons, sans doute, sont ingénieuses, mais qui «croient tout au plus admissibles dans l'aral>esque. Au milieu de tous le* compartiment sulxiivisés qui les composent , l'on cherche en vain la foiiue essentielle du caisson : elle disparott confondue dans toutes les figures que le jeu de l'artiste s'est plu à y tracer : on croit voir dans ces entrdas, plutôt le dessin fantastique d'un pavé ou d'une mosaïque , que la représentation des solives d'un plancher.

Ce genre d'abus a été poité par les modernes a un degré bien plus blâmable. On conçoit que la transposition du boisa la pierre peut amener enfin l'oubli des formes de la clurpente. L'on doit perdre de vue un modèle dont l'existence ne se retrace que dans des imitations de plus en plus imparfaites. C'est ainsi qu'un grand nombre de parties caractéristiques de la charpente se sont trouvées insensiblement dénaturées, et que le goût de l'ornement , propre a tout décomposer, est parvenu a détourner de leur véritable sens les membres les moins susceptibles d'équivoque. Mais on a peine à concevoir que cette dissolution de principes ait pu s'opérer jusque dans les plafonds en bois, que les modernes ont si souvent employés ; car enfin, si le principe des caissons avoit pu s'altérer dans les constructions en pierre , où le changement de matière pouvoit égarer l'artiste, rien ne pouvoit pluserocaermeut le ramener au vrai que l'usage des plafonds en bois. C'est en ce genre cependant qu'ont été produites les bizarreries les plus extraordinaires. Il n'est poiut de formes irrégulières, grotesques et tourmeutées, que le délire des architectes n'ait enfantées dans le «lésai n de ces caissons. Lasanges, guillocltis, entrtlas les plus ridicules, mélanges monstrueux et choquans de toutes les ligures géométriques, contresens absurdes d'exécution, invraisemblance de détails, incohérence d'objets, impassibilité même d'exister sans les ressorts cachés et la supercherie d'un mécanisme maladroit : voilà ce que l'ou voit dans une multitude de plafonds en bois, dont les rompartiraeus bizarres n'appartiennent à aucun ordre de choses.

Le goût plus sage et plus pur qui, depuis (ilusieurs années, semble ramener l'architecture à la counoissanec de ses vrais principes , a déjà proscrit dans la décoration des plafonds toutes ces formes bâtarde* de caissm. que l'arabesque même auroit honte d'employer. Essayons donc d'établir brièvement les règles de convenance que comporte ce geure.

Les formes régulières sont les plus parfaites en géométrie; elles sont aussi les plus agréables à l'œil, qui les embrasse aisément.

N'y «ût- il aucune autre raison pour préférer, en

posées, le rapport que je viens d'indiquer décideroit toute question à ce sujet. Mais dans l'objet de cet article, c'est la nature même des choses qui impose la nécessité des formes simples et régulières ; ainsi le bon sens et le bon goût se réunissent pour pronver et démontrer la forme naturelle des caissons.

Ile toutes les manières d'établir les solives d'un planrher, celle qui tend à former un échiquier est la plus simple et la plus naturelle ; ce sera celle où l'instinct primitif réunira le plus grand nombre d'hommes. La forme de /osante aura moins de solidité , parce qu'elle exigera plus de longueur dans les solives qui feront la diagonale ; parce que la plus grande force se trouverait aux angles, qui en ont Ir moins besoin, et le point de faiblesse au centre, qui exige le plus île solidité. La nature des choses et la : donc la forme carrée dans les cais- ., qui ne sont que la représentation des rnfouccmens produits par les intervalles des solives.

Toute forme de cuissons qui s'éloigne de la forme carrée ne peut s'envisager que comme une licence de décoration ; et voici comment on peut en excuser et expliquer le changement.

Si le caisson est circulaire (et cette forme est susceptible d'agrément), on suppose que les angles du

carre sont remplis après coup pi

rtions de

cercle ; mais alors il conviendra de faire sentir que le cercle se trouve inscrit dans le carre ; ce que quelques ornemens disposés avec art expliqueront aisément. L'on ne prend pas, je le sais, de pareilles précautions; aussi les caissons ne ressemblent- ils le plus souvent qu'à dm badinages ingénieux dont les plafonds ne sont que le champ, à des broderies fantastiques où la raison ne trouve ni motif ni bienséance.

J'en dis autant des caissons exagones ou octogones, qui figurent avec beaucoup de noblesse dans l'architecture. Pour les ramener à un principe qui soit simple et uniforme , on doit toujours considérer le iioWt'one comme inscrit dans un carré. Tel a sans doute été le système des anciens; et l'on en voit la preuve dans les caissons polvgoncs du temple «le la Paix

Qu'on ne prétende pas justifier les formes composées ou bigarrées des caissons par les exemples que la charpente |>ourroit fournir : c'est dans la rharjicnle primitive que l'architecture trouve son modèle, et

la nature, la raison et la soUdite Accordent à reconnoître pour leur seule base.

S'il y a lieu de permettre quelques-uns de ces badinages que le caprice du cravon enfante avec tant de profusion , c'est uniquement dans les décorations d'arabesque. Les plafonds de» loges de Raphaël, au Vatican,sont reniplisde modèles en ce genre. Il yauroit sans doute trop de sévérité à vouloir juger ces décorations idéales et fantastiques d'après les règles de

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principe» ne saurait s'appliquer à un genre qui n'est que le résultat de l'abus de tous le» princi|ics. Los seuls cependant qu'il reconnoisse , ceux du goût , lui interdiront encore ces Tonnes de caissons chantonnées, ce* compositions bizarres et tourmentées qui ne sauraient trouver grâce dans aucun cas, ni aux yeux d'aucun homme de goût.

D'après le système d'imitation que l'architecture s'est imposé, le caisson n'étant que la représentation des creux formés par la rencontre des solives d'un ' plancher, sa forme se compose de vides et de pleins. Les pleins sont les solives elles-mêmes qui environ- i nent le renfoncement ; les vides sont ce renfoncement environné des solives. Le rapport dos pleins aux vides est une des choses les plus importantes à observer pour la beauté de leur forme. En général , plus les pleins seront forts, plus le plafond aura de caractère. Sansovino, dans son beau plafond de la bibliothèque de Saint- Marc, à Venise, ne donne aux renfoncemena que le double de la largeur des deux solives. Dans les plafonds des entablemens des ordres, le caisson a presque toute la largeur du tnodilloti ; mais dans l'étendue d'un plafond , ce rapport serait outré cl produirait beaucoup de pesanteur. La proportion de Sausovino parait plus heureuse et celle qui tient le plus juste milieu.

11 faut observer encore que dans 1rs plafonds plats , ou ceux qui se construisent en charpente, les pleins ou les solives doivent avoir plus de largeur que dans les voûtes qui se font eu pierres ou en maçonnerie : la raison en est toute simple.

Le plafond plat n'offrant aucune imitation, surtout s'il est en bois, et nVtant, quelle que soit la matière qui le compose, qu'un assemblage plus ou moins réel ou fictif desolives horizontales ; si les vides sont trop larges par rapport aux pleins, il n'aura ou ne paraîtra avoir aucune solidité. Il sera donc essentiel que l'encadrement des caissons ait au moins la moitié de leur largeur.

Dans les voûtes ornées de caissons, les solives pourront avoir moins d'e|aisseur, parce que la forme convexe , que l'on suppose leur être prescrite |iar la ' rliarpente, donne à tout l'assenililage line solidité réelle ou apparente que les plafonds plats ne sauraient avoir.

Dans les plafonds, les solives doivent être épaisses, parce que la première condition d'une couverture de ce genre est la solidité, llans la voûte, les solives le seront moins, parce que la légèreté semble être la première condition d'un assemblage voûté. Oltsrivons encore que le |)lafond suppose, surtout dans les appartenons, la possibilité de sup|iorter une charge, telle que celle d'un étage supérieur, et «pic la voûte exclut cette idée par son apparence, comme souvent dans la réalité.

Quelquefois le caisson ne forme qu'un renfonce— meut simple, comme aux plafonds de Sainte-Marie- Majeure a Rome et de la bibliothèque Saint-Marc

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à Venise. D'autres fois, et c'est ordinairement lorsqu'on veut lui donner une plus grande profondeur, ce renfoncement se forme de plusieurs degrés, au nombre de deux ou trais , comme sont les caissons du Panthéon et ceux du temple de la Paix a Rome. Ces degrés vont diminuant de largeur cl d'épaisseur, à mesure qu'ils approchent du fond ou de la rosace. Le motif et l'objet de ces degré» est doter aux caissons la trop grande crudité qui résulterait de leur profondeur, s'ils faisoient un angle droit avec les | solives des |>lafonds ou les montans des voûtes.

En général , la profondeur des caissons doit être déterminée par la grandeur, |>ar la largeur des solives, par la hauteur des plafonds, et par l'effet que la lumière y peut produire. Sur crt article, il serait difficile d'établir des règles de pro|x>rtions fixes et uniformes. L'on peut dire seulement qu'ils ne peuveut jamais avoir en profondeur plus de h» largeur de la solive , que l'on suppose ordinairement devoir être exactement carrée , ni moins de la moitié de cette largeur, en supposant les solives plus larges qu'épaisses. A oilà ce que la convenance et la nature des choses | |ieuvent indiquer de principes a ce sujet. Le reste dépend uniquement du goût de l'architecte, du plaisir des veux et des convenances de l'optique.

11 doit suffire d'iudiquer à l'architecte intelligent les nuances de caractère que le goût seul peut saisir.

Je pense doue que les degrés, dans le renfoncement des caissons, leur niant l'apparence de la profondeur et adoucissant à l'reil la crudité qui résulte de leur enfoncement perpendiculaire, il convient de ménager cette modification et d'en projiortionncr la variété aux caractères différens des édifices et des ■ ordres. Ainsi , l'ordonnance dorique exigera des caissons renfoncés carrément et sans degrés; l'ionique admettra un ou deux degrés; le corinthien, plus riche et plus varie, en demandera trois. Ces règles, qui ne sont que de goût, pourront encore être Subordonnées à la nature et à l'éteudue du local.

Par le même principe d'harmonie de forme relative a chaque oitliv , et au caractère (lui lui convient I dans chaque partie, je pense que la forme des caissons quadrangulairrs étant la forme primitive, et qui appartient le plus à l'essence de la i liai pente, doit être aussi celle qui sera propre au dorique, cet ordre le plus grave de tous, et qui |«rte le plus d'empreintes des types de la construction primitive en Itois.

La forme des caissons circulaire* suppose déjà une recherche d'agrémrns qui ne convient pas mal à l'ordre ionique, dont la grâce et la délicatesse forment le caractère particulier.

La forme des cuisions exagone* ou octogones offre une variété de lignes, une richesse de détails qui s'accorde particulièrement avec la magnificence de l'ordre corinthien , ou des ordres composés qui n'en sont que des modifications plu* ou moins somptueuses. On sent bien que si le coriuthieu peut admettre dans

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ses caissons un moindre degré de richesse , la condition ne serait pas réciproque pour le dorique , ou la gravité et la simplicité sont impérieusement requises.

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