DE LA DISPOSITION DES C VISSONS
Ce qu'on peut dire de la disposition des caissons se divise,
i* En observation* générales relatives à la nature et à retendue des voûtes et des plafonds où ils se trouvent distribués ;
2° En remarques particulières aux caissons en eux-mêmes.
La première observation générale dans la disposition des caissons, et la plus importante à faire, a rapport au nombre et à la prO|x>ilion qui leur conviennent. En général , dans les plafonds les caissons doivent être moins multiplies que dans les voûtes, parce que la superficie des premiers présente moins d'étendue que celle des seconds. Mais c'est aussi la
Cudcur de l'édifice qui décide de celle proportion, grand tout doit avoir de grandes parties. A ne considérer les rompartimens d'une voûte que comme la représentation d'un assemblage de charpente, il est certain que la couverture d'une grande nef ou d'une grande rotonde ne comtiorteroit que de grandes pièces de bois, et que de grandes solives ne donneroient que de grands et de larges renfoncemens. M. ii-. le goût seul indique la nécessité d'une distribution grande et peu multipliée. Un grand espace trop subdivisé se rapetisse ; un petit gagne de la grandeur par la division.
Les anciens nous ont laissé des exemples en ce genre qui peuvent devenir des règles. Dans les grandes voûtes du Panthéou et du temple de la Paix , on ne compte que cinq rangées de caissons , quoiqu'on pût les y multiplier au double. La crainte d'y produire de la confusion et «l'atténuer l'effet de la voûte par une trop grande division, engagea encore l'architecte du Panthéon à supprimer dans le sommet deux rangées de caissons qui pouvoient y trouver place : ce grand repos fait briller davantage les richesses.
I- ne autre raison de ce grand lisse laissé au sommet ■le la voûte fut peut-être aussi d'éviler la jietitesse et la mesquinerie des caissons supérieurs, qui dans une coupole , comme on le sait, vont toujours en diminuant de grandeur par le rétrécissement même de la voûte. Celte considération n'a pas été aperçue par les architectes modernes, qui en pareil cas n'ont point suivi la même méthode. Au reste , ou ne saurait faire une 1 1 ■ ; li ■ de cette pratique ; mais il doit résulter de la diminution nécessaire des caissons dans une coupole, que pour éviter l'excessive petitesse de ceux du sommet, il ne faudra pas les trop multiplier, surtout si l'on y introduit des profils , de* ornemens et des i rosaces; autrement l'œil se fatigue à les regarder, et ce cliquetis d'objet» que l'effet de la perspective rap- I
CAI 277
proche encore entre eux , fait éprouver à la vue un effet qui ressemble a de rebloiiisscmeut.
Dans les voûtes d'une moindre étendue, les anciens bc sont permis de multiplier bien davantage les caissons. On peut en voir la preuve a toutes les voûtes tk* arcs de triomphe ; d'où l'on peut inférer que le module du caisson, tout arbitraire qu'il suit, peut se fixer à peu près par l'échelle générale de l'édifice, par la distance des poiiits de vue et le rapport naturel des parties avec le tout. Si l'on sent combien de petits caissons feraient un mauvais effet dans une grande voûte, on comprend de même que de grands compartimens rciidroient l'effet d'une petite lâche et diffus. Ces observations sont de nature à être plus aisément senties que démontrées. Les règles du goût doivent persuader , plutôt que convaincre.
Il y a daus la disposition des caissons certains rapports nécessaires avec la construction et l'esprit de la cltarpente , qui en est le type premier, sur lesquels ou ne saurait élever ni doute ni contestation.
Le premier de ces rapports est que les caissons soient toujours en nombre iuqiair, tant dans les voûtes que dans les plafonds, de manière que le milieu de la voûte soit occupé par un vide et non par un plein. Cette règle , constante dans tous les édifices, pose sur l'usage , qui n'admet jamais de pleins daus aucun milieu de surfaces, quelles qu'elles soient : mais cet usage dans la répartition des caissons , est fondé luimême sur la nature des choses. Dans le système primitif de la cabane, que j'ai fait voir être le modèle réel ou analogique de l'architecture (»»r. Auciiitectlre} , les solives du plancher reposent à-plomb de chaque colonne. Par une conséquence du même système , le milieu de tout édifice étant un entrc-colonnement , le milieu de tout plafond doit èlrc un cnlresolit'c ou un renfoncement : ce serait un contresens que d'admettre un plein qui ne pourrait être censé porté que sur un vide.
De ce premier rapport il s'en suit un autre; c'est que dans les intérieurs où l'on admet des ordonnances de colonnes, il faut que les montans des caissons , ou les pleins , répondent a l'aplomb de l'axe de chaque colonne , ou que , si les caissons sont trop multipliés el les cnlrtM.olonnemcns trop larges pour qu'on puisse s'astreindre à celte disposition , au moins toutes les solives, ou les montans figurés des solives dans les voûtes, répondent au milieu des colonnes et des enlrecolnnnemens. Cette observance de symétrie et cette régularité sont indispensables. Au Paulbéon , quoique l'ordonnance de rolonues y ait été introduite après coup, ou a observé toutefois ce rapport de disposition ; et toutefois entre celles-ci et la voûte il régne un attique fort élevé, qui pourrait rendre moins nécessaire et faire perdre de vue celte corrélation de solives avec les colonnes.
Les remarques particulières à la disposition des caissons en eux-mêmes ne sont pas nombreuses ; elles rentreraient , la plupart , dans celles qu'on a déjà faites
CAÎ
»ur leur* formes , et < elles qui restent à faire sur leur décoration.
Mai» il en e»t une qui a rapport à la perspective, et dont on ne «aurait se dispenser de faire mention ici. On observe aux caissons de la coupole dn Panthéon une disposition particulière dans la configuration des degrés qui forment leurs renfoncemens. Les carrés qui font le compartiment de la voûte y sont enfoncés comme par degrés. L'épaisseur de ces degrés est coupée suivant des lignes lesquelles, étant |mi-j1léJes à celles qui partent du centre de la rotonde , à 5 pieds de hauteur, vont au milieu du carré. Cela est ainsi pratiqué, pour faire que tons ces degrés soient vus d'une même manière dans chacun de» carré», et que les degrés qui sont au bas des carrés ne soient pas cachés par la saillie qu'ils ont les uns sur les antres.
Celte pratique , consacrée dans un des plus beaux inonunicn» et des plus respectés de l'antiquité, a partagé jusqu'à présent les opinions des architectes. Il se trouve en effet, dans les ouvrages des Grec» mêmes, quelques exemples de ces changemens de proportion, dont l'effet est de corriger l'altération apparente que la perspective introduit dans les formes des édifices , comme, par exemple, des inutules oblongs pour paroitre carrés. \ itruve approuve aussi cette méthode , en restreignant toutefois les circonstances où l'on doit l'admettre. A l'égard de la proposition générale du changement des proportions , il parnît que le ingénient de la vue, qui ne se trompe presque jamais , doit rendre ces précautions inutiles. I te plus, le changement des aspects, qui es! presque toujours libre, doit rendre ce» corrections vicieuse» ; car, si une certaine inclinaison fait paroître une surface un large à une certaine distance, elle paraîtra trop large si Ton sort du point de distance pour lequel elle a été ainsi changée. Il est sans doute quelques occasions où Von peut se dispenser de» règles ordinaires; ce sont celles où l'on est contraint à n'avoir qu'un seul aspect, comme il arrive à ces figures d'optique dont les partie», quoique sans proportion, paraissent bien proportionnées, parce qu'on ne les regarde que par un trou. Mais, dans l'exemple du Pauthéon, rien ne parait devoir autoriser cette inégalité de largeur aux degrés qui forment les reufoneemeus des caissons: en effet , la variété de tous les aspects que le spectateur est libre de choisir dans ce vaste intérieur, doit produire, comme elle produit réellement, un grand nombre de points de vue où l'illusion manque son but , et où la maladresse de l'artifice se fait seulement remarquer. En général , il est permis de croire, malgré cette autorité, qu'il faut laisser aux effet» de l'optique toutes les illusions que la nature y produit ; qu'il faut s'en rapporter au jugement de l'œil pour les rectifier; et que l'art ne devrait chercher ni à les prévcnÏT] ni à les diminuer, ni à les exagérer, (foyti cette question plu» amplement traitée à l'article Changement du raoponTio.Ns.)
CAI