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Si nous demandons au mot caryatide, c'est-à-dire à sou étymologie , de nous apprendre l'origine de* statue* colonnes , voici , selon Vitruvc , quelle fut la cause ou l'occasion qui fit employer des statues de femmes, par l'architecture, à servir de support en place de colonnes.
Le* habitaus de Carie , ville du Péloponèse ( dit cet écrivain, Ht. l , ch. l), s'étoient joints aux Perse» dans une guerre que ceux-ci avoient faite aux autre» peuple* de la Grèce. Une victoire aussi glorieuse que complète mit les Perse* en fuite , termina cette guerre, mais ne satisfit pa» le» justes ix-sseutiiuens des Grecs : ils tournèrent leur» armes contre les Cariâtes, prirent leur ville, la ruinèrent, et passèrent le» hommes au fil de l'épée. La vengeance des vainqueurs réservoit aux femmes de Carie un traitement plus cruel encore. Destinées à la pompe du triomphe, elles en suivirent la marche selon l'usage; mais, par un raffinement nouveau d'opprobre et d'humiliation, on le» força d'eu prolonger le spectacle. A cet effet, on ne |>ermit point aux femmes de distinction de qnitlcr leur* stoles accoutumée» : réduites à traîner dans une honteu»e captivité le* vètemen* de leur ancienne opulence, elles devinrent l'aliment journalier d'une curiosité insultante ou d'une humiliante pitié. L'effet de ce* outrage* et leur durée dévoient encore s'étendre et s'accroître au-delà du terme de leur vie :
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la sculpture se chargea d'en éterniser la par la représentation durable de leurs traits et de leurs personnes Pour comble d'insulte , leuis simulacres, condamné* à gémir sous le poids des cntablemens et des combles des édifices , devinrent un monument commémora tif de la trahison des Cariâtes et du châtiment qu'ils subirent.
L'architecte historien qui non» a conservé cette curieuse notion , ne nous apprend point quelle fut la ville où l'on se plut à perpétuer aiusi ces trophées de la vengeance. Si toutefois on s'en rapporte aux propres paroles de son récit, ces effigies de servitude auroietit servi de support à (dus d'un édifice, et plu» d'un architecte aussi se serait prêté à «atisfairc , par plus d'une répétition de ce» images captives, la passion et le ressentiment de ses compatriote». Ideo (dit Yitruve) oui tune architecti Juerunt , adificiis publicis drsignaverunt eorum imagines oneri ferendo collocatas. (Vitr. ibid.)
Nous aurons occasion bientôt , en citant quelque* ouvrages antiques de ce genre parvenus jusqu'à nous, d'en montrer la conformité avec le passage de \ itrtive.
Pour compléter ce que cet écrivain nous apprend sur l'origine des statues colonnes, nous devons rapporter la suite de son passage , qui a rapport aux statues viriles appliquées au même usage , et qu'on a nommées statues persiques.
Par*» le» batimen, publics (dit-il ) et I dont la principale place de Lacédénionc étoit i ronnée, on distinguoit surtout le portique de» T soutenu par des effigies de captifs. L'entablement n'y reposoit pas (selon l'usage) sur des colonnes, mais il ctoit immédiatement supporté par des statues ffllnt sales de marbre blanc , qui représentaient les principaux chefs de l'armée de Aerxès pris ou tués à la bataille de Platée ; Alardonius y paroissoit dan» l'attitude humiliante de» captifs, et vêtu selon le costume asiatique usité pour les satrape* de la Perse ou de la Médie. (Vitr. ibid.)
Cet écrivain ajoute que de là vint l'usage, suivi par
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que» à supporter les eutaWemeiis, ce qui fournit aux édifices un surcroît de décoration» variée*. : /laque ex eo multi statuas persicas subsline.ntes epistylia et ornamenta eorum caUocavcrunt ; et ita ex eo argumente varietates egregias auxerunt opcribiu. (Vitr. ibid.)
Héritier, en fait d'histoire d'architecture , des notions originaires que les Grecs lui avoient transmises sur tous les détails de son art, ^ itruve nous paroît l'autorité la moins contestable dont on puisse se prévaloir'pnur regarder l'invention et l'emploi des statues colonnes ou caryatides comme appartenant en propre à la Grèce.
Nous savon», à cet égard, quelle réserve la critique doit porter dans les attributions exclusive» d'invention , dont on a été fort souvent prodigue en faveur
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îles Grecs. Nous convenons volontiers qu'en fait d'art il y a eu fort peu d'iuventions ou d'inventeurs qui n'aient eu, n'importe jusqu'à quel degré, quelque antécédent ou quelque prédécesseur. Ainsi uous ne disconviendrons pas qu'on ne puisse rencontrer, soit en Egypte, soit en Asie, pins d'une indication de composition susceptible d'être assimilée, sous quelque rapport , aux caryatides des Grecs.
A l'égard de l'Asie, et spécialement de la Perse, nous ne |x>uvons alléguer que des conjectures encore fort équivoques, tirées des décorations arabesques des Romains. Quelle que soit la |irobabilité que ce genre de décorations peintes, et son application aux intérieurs des maisons, sera venu de l'Asie; comme le goût de caprice et de bizarrerie n'a guère besoin de modèles effectifs, il uous paroit que tout ce qu'on peut rencontrer, dans ces jeux du pinceau, de figures d'hommes ou d'animaux fantastiques employées à supporter des toits, ou autres objets tout aussi bizarres, peut fort bien n'avoir eu d'originaux que les idées du peintre. Nous accorderons cependant qu'on voit à Pcrsépoli» des espèces de chapiteaux formés de figures de chameaux, de chevaux, et autres animaux t pis et accroupis sous l'architecture qu'ils supportent.
Les Egyptiens, si l'on en juge d'après l'imitatiou sans art de leur sculpture, d'après le genre d'immobilité de leurs statues et leur goût pour le colossal , nous paroissent avoir pu employer en place de colonnes des idoles très-propres dans le fait a servir de support. Deux passages de Diodore de Sicile nous donnent à entendre , l'un , qu'on voyoit dans le monument d'Osymaudnos un péristyle supporté par des figures monolithes de seize coudées, l'autre, que Psammetichus, dans un propylée de Memphis, avoit, en place de colonnes , employé de la même manière des colosses de douze coudées de hauteur.
Quand on conuoit la forme des statues de l'Egypte, adossées d'ordinaire a un montant de matière réservé par derrière dans toute la longueur de la figure, nonseulement on croit facilement qu'elles purent suppléer les colonnes , mais on a quelque peine à croire qu'elles aient pu être employées a un usage plusd accord avec leur manière d'être. C'est ce qu'on se persuade facilement en voyant les deux idoles égyptiennes de granit qui supportent aujourd'hui l'entablement de l.i grande porte d'entrée du Muséum faticanum à Rome. Ces idoles colonnes «voient été placées autrefois a l'entrée du canope de la vil/a d'Adrien, et l'on croit que l'empereur de ce nom les aura fait tailler en Egypte, à l'instar des simulacres de ce pays , et dans l'intention d'en faire des supports , car on leur voit la tète surmontée d'un chapiteau en forme de cloche renversée.
On peut conclure de ceci qu'il y eut en Egypte, et dès la haute antiquité, des idoles destinées à figurer ou remplacer des colonnes, sans qu'il soit nécessaire que les Spartiates, après la défaite des Perses,
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I aient eu la moindre idée de faire a l'Egypte l'emprunt des statues colonnes. On croirait plutôt, d'après les deux exemples cités des esclaves caryates et des prisonniers perses, qu'une idée politique aurait pu douncr naissance à cette pratique en Grèce, et que le» statues de ces personnages, soumises à la charge des entablemens, auraient été l'emblème le plus significatif et le plus durable à la fois de leur défaite et de leur honte.
Vitruvc nous a fait entendre toutefois que beaucoup d'architectes empruntèrent de cet exemple l'usage de décorer les édifices avec de semblables statues colonnes , et que ce fut un nouveau motif de décoration. Nous ne devons donc plus voir dans l'emploi de ces statues qu'un surcroît d'embcllisaemens dont on aura fait un usage totalement arbitraire , c'est-à-dire sans aucun motif politique ou allégorique.
Le monument tout a la fois le plus authentique et le plus précieux que l'antiquité grecque nous ait transmis sur l'emploi des caryatides, est à Athènes un petit édilicc qui fait comme une dépendance du temple de Minerve Poliado. C'est un portique dont l'entablement est porté par six statues de femmes en marbre , quatre dans la façade , deux à chacun des petits côtés , en comptant celle de l'angle. La hauteur des statues est de 6 pieds. Elles posent sur un soubassement fort élevé qui ferme l'enceinte de ce petit péristyle. Du sommet de la tète de chacune s'élève un chapiteau composé avec goût, qui va s'élargissant et se terminant par une sorte de tailloir qui offre une assiette suffisante à l'architrave. Une de ces caryatides a été transportée à Londres , et se voit au muséum de celte ville. La sculpture en est d'un très-bon travail. L'ajustement n'est nullement celui des matrones de Carie. Il consiste dans le ctamydion et la tunique, dont les plis , qui descendent perpendiculairement , s'accordent parfaitement avec k rôle que doivent jouer ces statues.
Si nous avions à faire ici une histoire complète et chronologique des caryatides ou statues colonnes , d'après les mentions des écrivains ou les restes de l'antiquité , nous pourrions citer en Grèce des témoignages beaucoup plus anciens de cet emploi. Par exemple, nous verrions que le sculpteur Ralhycles, à une époque fort antérieure a la guerre des Perses , aToit donné pour supports, du moins apparens, au trône d'Amyclée , des figures représentant les Grâces et les Heures, qui , selon la dimension du monument, durent avoir au moins (i pieds de hauteur. On pour-
9*^ aÎirt ^uTaucnn doute attribuer a l'art des Grecs, et aux beaux temps de cet art, les belles statues caryatides de femmes qui soutiennent le petit péristyle des jardins de la villa Albani a Rome. Quand on a lu les passages de \ itruve rapportés plus haut , et dont il résulte que plus d'un architecte avoit dû reproduire dans plus d'un édifice des répétitions de
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femme» employas en statue* à la décoration architecturale, au lieu de colonnes, on a beaucoup de peine à Ne dissuader que le» caryatides de la villa Albani aient été des figures «le cette csjièce, transportées de la Grèce à Rome. Ajoutons qu'une inscription grcc<tuc trouvée sur une de ces statues , nous apprend qu'elles furent l'ouvrage de deux statuaires athéniens , Criton et Nicolaiis. San» vouloir porter plus loin la vraisemblance de notre conjecture , nous dirons qu'il est impossible de ne pas trouver d.ins leur habillement , dans le caractère et le luxe île tout leur ajustement, une sorte de coïncidence avec le passage qui porte: Non passt sttnt stolas alque ornatus matronalet deponere.
En mentionnant comme nous venons de le faire ce» caryatides, qu'on voit à Rome, non» ne croyons pas être sorti» de la méthode naturelle, qui exige qu'en suivant dans l'histoire des arts l'ordre des temps, les m mmens des Grecs précèdent ceux de l'Italie.
C'est rester dans le domaine des arts de la Grèce , que de suivre l'invention et l'application des caryatides i un des plus considérables monumens de l'antique ville d'Agrigente, et à vrai dire de toute la Grèce. Nous voulons parler du vaste temple de Jupiter Olympien construit dans cette ville, et qui, par le» suites de la guerre, ne put recevoir son dernier achèvement, c'est-à-dire sa couverture. {y«y. Aghicentk.) I.es dernières recherches qui ont été faites au milieu des ruines de ce temple nous ont appris pourquoi on lui avoit, dans le moven âge, donné le nom de Temple des Géant; ce nom lui étoit venu des restes encore subsistai)* de quelques figure» colossales restées debout , et que le langage populaire du pays désignoit par le mot de géant. On a donc découvert dans le» ruines de ce temple les débris de plusieurs statues colossales de l5l 10 pieds de proportion , et ces débris réunit, et remis ensemble , ont constaté l'existence d'une suite de statues colonnes, ou caryatides, qui larmoient dans l'intérieur de la nef du temple comme le second ordre ou l'ordonnance supérieure. Mous renvoyons , pour une plus ample description , au mot Téi.svwi , qui , avec le mot Atla>tf. , est un svnonymc du mot caryatide.
Vu emploi tout semblable de cette espèce de support , quoique d'une dimension inlinimeut plus petite, a été, depuis peu d'années, mis au jour dans les fouille» de Pomprï. I ne salle de bains y a été dérouverte, dont l'entablement est soutenu par des earyatides ou tê/amons, représentes dans une attitude de poi tu-faix entièrement conforme à l'attitude des colosses caryatides d'Agrigente. Ils sont de terre cuite, et n'ont que 2 pieds ,{ pouces de hauteur.
Les Romains, qui, en architecture surtout , empruntèrent tout aux Grecs, leur durent bientôt, sous le règne d'Auguste, un très-magnilique emploi des caryatides. Le Panthéon d'Agrippa, d'après la notion que Pline nous a transmise, eu offrit un des
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plus remarquables exemple». Ces figures étoient l'ouvrage du sculpteur Diogène», d'Athènes. Winckelmann a cru voir dans la figure vulgairement appelée Persique, au palais Farnèse, une des figures qui auroient pu entrer dan» la décoration intérieure du Panthéon. Comme, selon tontes les apparences, ce» caryatides «voient dù occuper dans l'intérieur du temple l'espace de l'attiquc actuel , jugé par tous les conn
derne, on a cru trouver une sition dans le rapport de hauteur entre l'espace i on a parlé, et la figure tronquée qui porte sur sa tète un chapiteau en forme de cor!>eitle.
On ne sauroit cependant énoncer rien de positif à cet égard. On sait qu'un antiquaire du seizième siècle (connu sous le nom de Monltostus) , et qui avoit , à cette époque, fait des recherches sur l'ohjet qui nous occupe , découvrit , du coté droit du Panthéon , quatre ligures caryatides qui étoient de bas-relief, et dont la tète soutenoit une sorte d'architrave taillée dans le même bloc.
Ces cary atides auroient eu beaucoup de blance avec celle» de l'antique édifice de ] appelé les 7Wc/r.*,elqui,i dans le dix-septième siècle, auroit été entièrement perdu pour l'histoire de l'art , si Perrault ne nous en avoit pas conservé un dessin. / ••>'- Boirdku x.)
Salnnique nous montre encore un assez lieau reste de monument, où des colonnes corinthiennes supportent un entablement au-dessus duquel règne un altique formé de pilastres quadrangulaires isolés. Sur les deux faces plus larges de ces pilastres, sont sculptées des figure» d'un assez fort relief, dont la hauteur est à peu près la même que celle des pilastres. Ce» figure», et la place qu'elles occupent, semblent bien correspondre aux colosses caryatides du temple
d'Agrigente. Cependant ceux-ci ne laissent dans leur attitude, et celle de leur» bras replovés sur lcuis tètes, aucun doute sur leur fonction de tétamons ou porteurs. Or, il nous semble que, pour prononcer avec certitude que des figures sculptées de bas-relief, ou de ronde bosse, ont lait fonction de caryatides ou de teltimons , dans l'architecture, il faut, ou qu'elles expriment par leur attitude l'action de supporter, ou que leurs tètes soient surmontées d'un chapiteau quelconque. C'est pourquoi nous n'affirmerons rien sur les ligures de» Tuteles , à Uourdeaux, ni sur celles de Sa Ionique.
Dans le recueil des Sepnlrri antirhi, par Pietro Santi Hartoli 'pl. 3y) , on voit l'intérieur d'un columbarium a plusieurs rtag.>s de niches. Trois de ci s étages sont ornés, l'inférieur par des colonnes, les deux d'en haut par des caryatides en bas-relief, dont l'idée et l'ajustement rentrent évidemment dans le» caprices de la décoration , mais n'en mériteut pas moin» quelque attention. Ile ce» deux derniers rangs, . l'inférieur se compose de figures de femmes drapées, H dont les bras étendus soutiennent un grand voile qui
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leur surmonte U trie. Elles n'ont point de chapiteau, mais leur» pieds sont montés sur un petit socle. Les caryatides de l'ordre supérieur et leur composition offrent un caprice assez curieux ; on diroit que le décorateur auroit eu l'idée de faire par-là l'histoire on la critique de l'emploi des caryatules : ce sont des ligure* d'hommes nus , dont la tête, surmontée d'un chapiteau , porte la eoniiclve , taudis que des deux mains ces hommes tiennent à coté d'eux une colonne per)>endicu)aire qui ne »up|>orte rien. Ce badinage semblerait en avoir produit un autre plus moderne et plus bicarré encore , qu'on attribue a Datiiel de Volterre dans sa chapelle de l'église de la Triuite-du-Mont, à Rome, où l'ou voit des ligures de bas-relief soutenant d'une main le chapiteau d'un entahlcment, et tenant de l'autre la colounc qui doit y être soumise.
Il n'est pas besoin de prévenir que ces jeux du caprice, qui peuvent figurer dans quelques détails de l'ornement, ou dans les ludinages de l'arabesque, •ont trop étrangère à l'architecture |mur que nous allongions cet article de leur description. Ce serait improprement, en effet, qu'on prétendrait mettre au rang des caryatides toutes f« compositions de génies ailé-» , de termes , de griffons , et de tant d'autres animaux fantastiques, qu'on voit employés avec autant d'art que de goiit au support vrai ou simulé des autels, des trépieds, des vases, et d'une multitude de meubles ou d'ustensiles antiques. Tous ces objets, avec quelque charme de com|m»ition ou d'exécution que le génie de l'antiquité les ait employés , n'en sont pas moins étrangers aux graves inventions de l'archi-
C'est peut-être faute d'avoir aperçu la différence qui duitséparcr celles-ci des badinâmes d'un luxe subalterne, que le goût des modernes ■] Mil perdu de vue les coiiveuances du genre des caryatides , on y a indiscrètement introduit une variété, et même une vérité dont l'effet est contraire à leur caractère propre. On a oublié que ces figures, faisant fonction de colonnes, ne doivent être considérées , et dès-lors composées , traitées et exécutées , que jx>ur être , et surtout paraître uniquement des statues 'ce qu'on établira dans la partie suivante de cet article}.
Toutefois le premier monument moderne, en fait de caryatides , qui doive paraître (à notre counoistance ) digne d'être cité comme une parlaite imitation du stvlc des anciens, est la célèbre tribune de Jean Goujon , dans une des salles du Louvre , devenue aujourd'hui une des plus grandes du Muséum des antiques. Ou ne saurait dire si , à celte époque , quelque des ouvrages de la Grèce, en ce genre, I qu'il put trouver dans \ itruve , serait ; à cet artiste. Si Jean Goujon les ignora , le > de l'idée et de sa conqtositiou lui appartenant,
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que
Utiou semblable, qui ne <
de* œuvres du ciseau grec, une imi- j
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lition du simple motif, ne lui ôteroit en rien la valeur de l'originalité.
En effet , ces colosses caryatides de douie pieds de haut, qui déjà, par leur volume et leur hauteur, surpassent de beaucoup les statues athéniennes, n'ont avec elle» d'autre ressemblance (pie celle de leur genre et de leur disposition symétrique. iMais le parti de leurs draperies est tout différent, et entièrement de l'invention du sculpteur, qui cx< clloil en re genre. Le chapiteau qui s'clève sur leurs tètrs a cette particularité, qu'au lieu de s'identifier avec elles il eu est isolé par îles draperies. Chaque figure |xwc sur un piédestal de forme circulaire et richement orné. A cela près de quelques critiques auxquelles l'entablement leurrait donner lieu, on doit dire de cet ouvrage, qu'il est précieux quant à U sculpture , grand dans sa conception , et aussi remarquable par son caractère que p.i i sa belle exécution.
On ne voit pas que depuis il ait été composé ou exécuté rien qui puisse en soutenir le parallèle. Les figures caryatides de Sarrasin qui ornent le pavillon du côté occidental de la cour du Louvre, doivent leur réputation à la place qu'elles occupent, plus qu'a leur cararlère et à leur composition.
L'Italie moderne ne nous présente rien non plus, en fait de caryatides, qu'elle puisse opposer à l'ceuvre de Jean Goujon. Les ligures de ce genre faites par Orcagna pour la célèbre loggia dé Ijanzi , à Florence, et beaucoup d'autres allantes qu'on voit. Uni dans cette ville qu'ailleurs, plier sous le faix de l'architecture qui semble les écraser, ne sont que des productions capricieuses où le sculpteur décorateur a souvent consulté plutôt l'intérêt de son art que les rapports de sa convenance avec l'architecture. Ce goût, dont on tâchera de faire sentir le vice et le contresens , devoit s'accréditer de plus en plus dans l'architecture, à la faveur des exemples que la peinture décorative des âges suivans multiplia sans mesure.
Le plus grand nombre des peintres qui ont fait entrer des caryatides dans les compositions décoratives de l'architecture feinte, est fort loin d'y avoir observé cette juste mesure de convenance et de vraisemblance dont il faut louer Raphaël d'avoir donné l'exemple. On connoit les belles ligures caryatides en grisaille que ce grand homme a introduites sous les emblèmes des vertus dans le soubassement d'une des villes du Vatican. Bientôt ce genre de statues feintes devint général dans toutes les décorations de plafond. LesCarrache, le* Dominiqiiin.les I.anlmnr, en multiplièrent à l'excès les répétitions. L'art de les composer ne connut plus d'autre terme que la fantaisie dn peintre, qui les considéra comme des espèce» de figures qu'on appelle académies ou d'étude , contournées sans but et sans raison dans des altitudes insignifiantes. Or, de ce mélange de statues en peinture ou en relief devoit résulter l'oubli des vrais modèles en ce genre, et des règles dictées par la convenance. De là toute» ces compositions plus ou moins