‹ Dictionnaire historique d'architectureChapitre 93 sur 258 · CAR · texte numérisé non relu

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extravagantes de terme», de gaine*, entremêlés d'ornemens, d'attributs, d'allégorie» sans objet, au milieu desquel» l'emploi des caryatides , perdant toute, signification naturelle, devrait disparaître si une Mine théorie ne pouvoit le» ramener à leur > raie destination.

NOTIONS TlltORIQtES SC» I.'CÏIPLOI l>t* CAUYATIDES.

Les notions de théorie relative* aux caryatides, c'est-à-dire , les maxime* de goût qui se rapportent a leur emploi, me paroissent ■•enfermées dan» la solution de ces trois questions : i° Doit-on admettre Us caryatides dans l'architecture ? 2° Comment doit - on les y admettre ? 3° Où doit - on les employer?

£ \". Doit-on admettre les caryatides dans fflrchïtccture? — Ceux que l'emploi <les caryatides choque le plus , surtout dés qu'il ne se fonde point , comme cela eut lieu chez les Grec*, sur un motif politique , font valoir contre cet usage l'invraisemblance que présente aux yeux et à l'esprit la prétention de faire supporter par des figures d'hommes, et de femme» surtout , l'énorme fardeau des entablemens et de» combles d'édifices.

La vue et l'imagination semblent en effet rontra- : par une imitation de choses «oser un seul instaut la réalité possible. Une simple considération peut faire disparaître, même au gré de l'instinct ou du sentiment , ce que l'on pourrait trouver de choquant dans cet usage. C'est qu'ici tout est bois du domaine de l'imitatiou, à plus forte raison de l'illusion ; c'est que l'architecture, dénuée de tout prestige iinitatif, n'emploie aussi la sculpture que sou* une sorte de rapport purement matériel. Dans le fait , tout objet de sculpture ne peut point n'être pas aussi envisagé sous le rapport de la matière qui a servi à son imitation.

Sans doute , sous le rapport de l'objet imité , rien de plus absurde et de moins possible que de faire faire à un homme le service d'une colonne. Mais, sous le rapport de la matière , rien de moins déraisonnable et rien de plus possible que de faire jouer ce raie à une statue de marbre, dont la solidité est égale à celle d'une colonne. Lors donc qu'on fait supporter par des figures humaines les entableiuens ou d'autres parties île l'architecture, le simple bon sens fait entendre que ces figures ne sont pas là en tant que personnages réputés vivant, mais en tant que simulacres matériel* et inanimés de l'objet représenté.

Ilien ne saurait donc empêcher l'architecte, qui dans tous ses ouvrages n'emploie que de la matière et ne saurait en exiger une illusion qui n'est pas dans ses attributions, de considérer les caryatides uuiquestatues colonnes; et , quant au i, on ne voit pas qu'il lui faille un grand effort pour se préserver d'une illusion dont tout doit concourir à détruire chez lui "

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Mou* ne nierons pas cependant qu'il y a , de la part du sculpteur et de l'architecte, une mesure de convenance à observer, pour oter tout prétexte à ce que pourrait alléguer la critique du sentiment sur ce point. Cette mesure consistera dan* une sorte de réserve facile à observer, et dont l'effet doit être de donner à ces figures peu de mouvement et d'action , et peu de cette mollesse qui devient volontiers l'expression de la vie. Par exemple, si l'on voit une statue égyptienne transformée en caryatide, personne n'imaginera que la vérité, ou même la vraisemblance, puissent s'y trouver offensées. C'est que la privation absolue d'action et dévie, qui est le caractère particulier des statues de l'Egypte, ne saurait produire aucun prétexte à contradiction entre l'idée de ligure et celle de support ; c'est que , dans ces simulacre* humains , La matière prédomine l'imitation au point qu'aucune force d'imagination ne saurait y voir autre chose qu'une pierre façonnée en homme.

C'est peut-être bien l'excès contraire à l'immobilité égyptienne qui aura, dans beaucoup de caryatides modernes, provoqué la répugnance d'un certain sentiment à admettre des imitations d'homme* pour supports de» entablement. Nous avouons que cette délicatesse a pu trouver sa raison ou «on excuse dans un grand nombre de productions moderne*.

On voit que nous voulons parler de l'abus où sont tombé» beaucoup de sculpteurs qui , faute d'être dirigé» par le sentiment architectural dans la conqiosition et l'exécution de leurs cary atides, n'y ont vu que l'occasion d'y de[>loycr leur talent d'imitation, indépendamment de toute conveuauce. De là toutes cet figures accablées ou péuiblcmeut courbées sous les masses de construction qui semblent les écraser. Plus le statuaire y aura déplové le savoir de la musculature, plus il y aura imprimé d'action, de mouvement et d'apparence de vie , et plus il se sera éloigné de la vérité relative à son ouvrage: plus aussi le s|iectateur instruit ou ignorant se trouvera révolté d'une imitation dont l'expression déplacée prétend le contraindre à voir en idée de la chair, là où la réalité ne veut que de la pierre. C'est ce que nous allons développer en-

§ II. Comment doit-on admettre les caryatides ilans l'architecture ? — La réponse à cette question se divisera en deux parties , l'une s'appliquera aux figures caryatides considérée* en elles-mêmes, l'autre regardera particulièrement l'architecture qui le* emploie , et les détails qui doivent en être l'accompagnement.

Si nous avons suffisamment établi que les caryatides employées , non dans la région capricieuse de La décoration, niait bien clans le domaine raisonné de l'architecture, doivent y être considérées coin tu. des représentation* de colonnes propres à en faire réellement, quoique fictivement, l'office, nous trouverons dans les pratiques générales de l'antiquité à cet

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égard , les exemples île ce que la raison et le goût peuvent proposer à l'artiste.

Un voit dans l'emploi que les anciens ont fait des caryatides comme supports effectifs des entablemens, deux degrés de couqiosition au-delà desquels l'art, tombant dans l'arbitraire du pittoresque, sort de sa sphère et ne présente plus que riucouséqueucc du caprice. Tantôt , comme les exemples déjà rapportés en font foi , les caryatides ne sont autre chose que des statues isolées, de l'un ou de l'autre sexe, tuais plus souvent de femmes drapées , dans des attitudes simples et généralement privées de toute action. Tantôt, selon l'indication qu'athénée nous en a laissée, il y eut des statua caryatides, désignées sous le nom de tclamons ou porteurs, et du sexe masculin , qui , dit cet écrivain , auroicut eu les bras élevés au-dessus de la tète. Cette élévation des bras est celle que nous avons fait remarquer plus haut dans les colosses du temple d'Agrigente. Ici , comme dans la salle des bains de Pompeï , les caryatides ou tclamons août bien , si l'on veut , des statues de ronde bosse, mais destinées a supporter, non l'entablement d'un portique isolé, mais une corniche circulant autour de l'édifice, et toutefois adossées a des montans ou piédroits : on observe que l'artiste les a figurées dans l'attitude qui est celle d'hommes soumis à un fardeau. Du reste, ces statues sont tout-a-fait dans le principe de simplicité imitative, d'uniformité d'action, et de raideur de forme ou de contour, tous caractères qui les reudeut très-propres au râle qu'on leur fait jouer.

C'est donc à l'architecte qui confie au sculpteur le soin d'une semblable ordonnance , qu'il a|ipartient de dicter le mode et le degré d'imitation propres à cet

emploi.

Si ce sont «

viriles, que le sculpteur i cor|* de ses statues dans des trop violentes; qu'il ne raidisse point leurs muscles et tous leurs membres contre le fardeau qui semblera les oppresser ; qu'il se gardé encore de faire grimacer leurs visages par la violence de la contrainte. Quelque habileté qu'il mette à ces sortes d'expression , plus il y aura de ce genre de vérité de sculpture, plus cette vérité fera mentir l'intention de l'architecte.

Si ce sont des figures de femme que l'architecte veut substituer aux colonnes , U est inutile de répéter qne la mollesse de la grâce , que la souplesse d'altitudes ou de postures variées seraient ici autant de contre-sens. Peut-être fandroit-il que le sculpteur fût l'architecte lui-i

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pour des statues mutilées, afin de leur faire

le rôle de /fi-

nances, ou , mieux encore, que l'architecte fût son propre sculpteur, comme cela eut lieu pour la tribune de Jean Goujon , qui en fut en même temps le sculpteur et l'architecte. Dans aucun monument, nous ne voyons en effet mieux réalises les préceptes de cette théorie , que dans ces belles caryatides où , pour qu'on ne pût s'v tromper, le sculpteur a jugé a propos de leur supprimer les bras, les faisant passer

ainsi

mieux prendre 1'; tues colonnes.

Ce qui nous reste à dire sur la manière dont les cary atides doivent être admises dans l'architecture

niques.

Les modernes ont voulu ioirc que les anciens avoieut fait un ordre effectif du genre de support formé par des statues appelées caryatides, ce qui voudrait dire qu'ils auraient au moins assujetti a quelques règles les formes ou les proportions d'entablemens de chapiteaux et d'onieniens propres à cet ajustement. Quand le silence de Yilruve à cet égard ne devrait pas invalider cette opinion, les monumen* assez nombreux qui nous sont parvenus sufliroient pour la contredire.

Effectivement, la première diversité qui la combat est celle des chapiteaux qui tantôt semblent se rapprocher de la forme dorique, comme aux caryatides d'Athènes, et tantôt affecter la forme du corinthien, comme à celles de la villa Albani. C'est entre ces deux genres que l'option nous paraîtrait devoir se renfermer, ftous ne saurions approuver autant le genre du chapiteau en manière de corbeille allongée de la statue persiquedu palais Farnèse, ni cet emploi de profils et de tores trop rigoureusement prononcés ; encore moins peut-on se permettre, en ce genre, la suppression totale de chapiteau , comme l'a fait Sarrasin aux caryatides du pavillon de la cour du Louvre dont on a parlé plus haut. Quoiqu'on ne reconnoisse les caryatides que comme figurant des statues, le goût répugne à voir des entablemens reposer immédiatement , et sans une assiette intermédiaire, sur le sommet des tètes de statues.

Il n'y a , sur les détails de théorie applicables à l'admission des caryatides dans l'architecture , que des préceptes fondés sur un sentiment d'harmonie, si l'on peut dire, matérielle. C'est par suite des cfTels de ce sentiment qu'on ne saurait admettre l'emploi de caryatides figurant sous la retombée d'arcades qui sembleraient peser sur elles d'une manière fatigante pour l'œil du spectateur. On peut même avancer encore que le goût , d'accord avec les exemple», autorise à siipprimerquelqn'iine des parties de l'cntahlement qne soutiendront des caryatides; ainsi , au portique d'Athènes, l'architecte a cru devoir les alléger du surcroît de hauteur de la frise.

Aucune ordonnance (pour ne pas lui donner le nom d'ordre) n'admet, ni plus volontiers ni avec plus de convenance que l'ordonnance caryatide , le luxe , l'élégance et la richesse des ornemens. Cependant Jean Goujon nous paraît en avoir excédé la mesure dans l'entablement qu'il a fait supporter à ses belles caryatides ; il n'a introduit ancun lisse dans le plus petit profil ; de sorte que , si ce n'est pas l'entablement , c'est sa décoration qu'on peut accuser de lourdeur. On doit regretter de n":

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sancc Je l'entablement supporté par le* caryatide* de ! la villa Albani ; celui qu'on y voit n'est qu'un composé dr pièces de rapport, antiques ri l'on veut, mai» étrangères au monument original. C'est à celui d'Athènes <pi'on trouve le ronronnement le plus élisant et le plu» conforme a sa destination.

Les sup|K>rts appelés caryatides, considère» soit I comme colonnes, «t ri comme sUtues, exigent des bases ou des piédestaux dout l'élévation leur soit proportionnée. A Athènes leur piédestal est un stylo* hate continu ; mais Jean Goujon a élevé les siennes sur des piédestanx circulaires , qui ont l'avantage d'introduire de la légèreté dans l'ensemble , et de | rappeler «la ns le bas l'idée de colonne, qui sans cela n'existeroil que dans la partie supérieure, c'est-adire le chapiteau.

§ III. Où doit-an employer les caryatides? — Nous tramons dans Chambrai , écrivain dont le jugement et le goût font regretter qu'il ait trop peu parlé sur l'architecture, une observation qui nous fournira la meilleure réponse à la question de ce paragraphe.

« Ce que j'en ai dit (des caryatides) fait assez en- » tendre qu'il y a peu d'occasion* où elles puissent » être employée* judicieusement , quoique la plupart » de nos modernes se soient donné une grande li- •• ccncc de les introduire indifféremment en toutes » sortes d'ouvrages, dr non-seulement dans les pa- <• lais des grands princes, mais jusqu'aux maisons des » particuliers, dans les églises même et les sépultures, » tout en est rempli, sans aucun égard à la raison de >• l'histoire et au décor; et bien souvent, par une » méprise insup|>nrtahle , ils font entrer, en la place » de ces pauvres et misérables captives IVarienues) , -des ligures vénérables, comme les Vertus, les » Muses, les Grâces, et les Ange* même* , au lieu que plutôt il y fa udroit attacher et emmeuotter le» » Vices. Mais il me suffit d'avoir averti dé ces abus, » tans m'amuser davantage à déclamer contre. »

Bien qu'on ait accordé que le» caryatides, accompagnées de toute* le» bienséances que le goût seul peut dicter , étoient susceptibles de trouver place dans les inventions d'une architecture grave et raisonnée, on n'a pas moins reconnu qu'en elles-mêmes ces ligures, aujourd'hui substituées à des colonnes, étoient une de ce» licences métaphoriques qui, comme telles, ne sauroient être employées indistinctement à tou» les genres, a toute» les parties d'édifices. Il suffit de celte restriction pour discerner ce que la raison et le goût peuvent autoriser et doivent condamner dans l'emploi d'un motif de décoration si voisin du caprice.

N'entendant pi r 1er sur ce point, comme nous l'avons fait dans toute cette dissertation, que de» caryatides statues de ronde bosse, nous ne prétendons rien dire ici de celles qu'on met en pilastres, et dont Chambrai a justement réprouvé l'emploi abusif. Ce» sortes d'ajuilemens de figure» en gaine nous parois-

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sent rentrer plus spécialement dan» la catégorie de» pilastre» hermétique» ou de» termes, et c'est à ce dernier mot que nous renvoyons la critique de leur emploi, (fores TtastE.)

Quant aux \n\<* caryatides ou statue» colonnes, nous dirons que généralement leur emploi, en tant qu'il est une exception à la nature propre de la construction et de» élément de l'architecture , r'est-sidire en tant que ces objets sont un produit de la fantaisie décorative, ne saurait convenir indistinctement au caractère de tous les édifices, et surtout de ceux qui exigent de la sévérité dans leurs formes et dans leur composition. Selon nous, les caryatides se trouveront a leur vraie place dans toute» les conceptions architecturales qui doivent exprimer de» idées de variété, d'agrément, comme les théâtres, le» lieux de fête ou de plaisir, les bâtimens de plaisance, enfin tou» ceux dont la destination ne commande point un caractère sérieux et imposant. C'est dire assez que leur admission est , pour ainsi dire, de droit dans les compositions temporaires des fêtes, des réjouissances, ou des pompe» éphémères des catafalques ou autres cérémonies de ce genre.

A l'égard des situations phvsiqnement convenables aux caryatides, on doit faire observer que si elles peuvent prendre la place des colonnes , ce ne saurait être indistinctement pirtout et en tout eudroit des édifices. Ainsi il faudra éviter de le» situer dans certaines positions où elles seroient dominées par des masses trop considérables d'architecture, qui en rapetisseraient la dimension pour l'œil et eu diminueraient l'effet pour l'esprit.

En général, il en sera de l'effet de» caryatides comme de celui de» colonne»; et de même que le* pilastres et les colonnes engagées ne produisent dans les édifice» que de foibles impressions, on en dira autant des caryatides en bas—relief, ou appliquées soit à des murs, soit à des piédroits. C'est réellement en plein relief et isolées qu'il convient de les employer. Elle* seront agréables à ta vue, si la masse qu'on leur donnera à supporter n'excède pas une certaine mesure de vraisemblance physique, que le sentiment seul détermine. Ainsi on les appliquera très-convenablement à supporter quelques corps avancés, comme, pr exemple, une tribune, un balcon, un portique, une loggia, enfin tout ce qui n'exigera au-dessus de leurs chapiteaux que la hauteur ordinaire d'un entablement.

CASCADE, s. f. Ce mot, qui vient de l'italien cascata (chute], se donne le plus souvent à ce qu'on appelle une chute d'eau dans la nature, c'est-à-dire une masse d'eau provenant, soit d'étang, soit de sources, toit de torrent, soit de fleuve ou rivière, qui se précipite d'un lieu élevé.

La cascade, telle qu'on vient de la définir, n'a de rapport avec l'art que par les imitations qu'on en fait pour l'embellissement des maisons de campagne et des

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La conduite , U distribution et le jeu des eaux dont l'architecte pourra disposer dans le* châteaux de plaisance, devront exercer heureusement son imagination. Mais quant à la cascade, il ne lui conviendra d'en faire la dépense qu'autant qu'il pourra disposer d'un volume d'eau suffisant et qui ne soit pas sujet à tarir.

Les eaux qu'on applique à ce ment sont ou des eaux courantes et des eaux que I on recueille de qu'on rassemble dans des réservoirs, et qu'on ne fait jouer que pendant un temps donné. Les eaux courantes et continues sont nécessaires pour les cascades que nous appellerons simples ou naturelles, et qui consisteront uniquement en une chute dont les eaux sont récites dans un bassin avec une décharge pour le trop plein. De pareilles cascades ne demandent guère les ressources de l'art : 1a simple nature leur en tient

Nous appellerons artificielles, quels que soient l'origine et le volume de leurs eaux, les cascades qui sont de véritables constructions de l'art, et dont l'architecte a tellement disposé, combiné l'ensemble et les détails, qu'il en résulte pour les yeux on véritable spectacle formé de tontrs les sortes de jeux variés que l'art hydraulique peut faire prendre aux eaux. Telles sont, à Frascati et dans d'autres villes d'Italie, les cascades qui probablement auront servi de modèle à d'autres; telle est à Saint-Cloud près Paris la grande cascade qu'on y admire.

L'art consiste donc, dans ces cascades, à savoir combiner tous les moyens hydrauliques pour y augmenter le volume apparent des eaux , pour en varier les effets, en multiplier les ressources par des contrastes heureux ou par de doubles emplois, soit en éparpillant, soit en divisant adroitement des masses d'eau qui, sans cet artifice, n'auraient presque point de valeur.

C'est sans doute avant tout de la disjwsition générale et du parti de l'invention que dépendent le mérite et Le plaisir de ces spectacles hydrauliques; mais certains détails ingénieux y ajoutent aussi un charme assez piquant. Par exemple, on y introduit des ligures fantastiques d'animaux de tout genre , qui semblent se combattre avec les eaux qu'ils se lancent , car ce genre de spectacle admet tous les caprices d'animaux et d'êtres fabuleux. On y verra des Fleuves , des Naïades , des Tritons , des dragons , des chevaux marins, des dauphins, des griffons, des grenouilles, et autres animaux aquatiques, s'attaquant par des jets d'eau.

De semblables enscades reçoivent encore des colonnes contournées en spirale , d'où les eaux tombent en suivant les directions qu'on leur donne. C'est à l'architecture de toutes ces masses qu'il convient d'appliquer les diverses sorte* de formes de co de stalactites, de coquillages, de rocaillcs ,

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d'eau, de joncs, de productions aq

imitations des

CASERNE, s. f. On appelle de ce nom des édifices destinés an logement des gens de guerre.

Les anciens Romains appeloieut du mot général castrum ce que nous entendons aujourd'hui par caserne. Quelques restes de ces édifices é|urgncs par le temps nous donnent encore à connoître quel étoit le genre de leur construction, [f^oyez C\stm:ii .)

Quant aux lùtimens militaires qui, chez les modernes, servent à loger les soldats, on en distingue de deux sortes: ceux que l'on construit, soit daus les villes non fortifiées, soit dans leurs environs, et ceux qu'on bâtit dans les places de guerre.

Les casernes du premier genre ne sont autre chose que de vastes bàlinicns qui doisent être bien aérés, qui contiennent des dortoirs, de grande» salles et des distributions commodes. Aucun luxe intérieur ou extérieur n'y doit être admis. Solidité et propreté, voila tout ce qu'on y demande.

La secoude sorte de casernes , celles que renferment les places de guerre, couqiortcnt des dispositions qui dépendent de la situation de leur emplacement et du genre de troupes qu'on y loge, comme aussi de l'art des fortifications. Ces sortes de casernes exigeront de grandes salles d'armes, des manèges, des écuries, des emplacemcns propres aux munitions de guerre. La construction et son caractère devront correspondre au genre propre de l'architecture militaire.

CASINFM , ville antique d'Italie dont on voit aujourd'hui les ruines à Casino. Elle étoit située sur le |>cnchant de la montagne , au sud-est de l'endroit ou est actuellement l'ablnve du mont Casai n , c'est-àdire dans le nouveau Latium, qui porte aujourd'hui le nom de Campagna fclice ou Terra di sMvore.

Casinum fut ruiné par Théodoric , roi des Gotlis. Le reste le plus remarquable qui en existe est ce qu'où appelle la chapelle del Crocifisso. C'est uu ancien temple en forme de croix grecque , de 5o pieds de long sur 35 de large, bien construit et de la meilleure conservation. Il est formé de gros blocs de pierre de taille, dont quelques-uns ont de 8 a y pictls de long . joints sans aucun mortier. Sa couverture consiste eu une espèce de coupole surbaissée , percée de quatre petites fenêtres aujourd'hui bouchées. La construction de cet édifice est d'un genre solide , et qu'on pourrait appeler rustique. C'est à cette solidité , et probablement encore à sa petitesse , qu'il doit d'avoir survécu à la ruine de Casinum.

Près de la , et a coté du chemin qui conduit à Rome, est le reste de l'antique amphithéâtre de Casinum. Il

le milieu nu compter l'e

a environ Sio pieds de circonférence ; l'arène a loo pieds de longueur, sans c< placement des anciens gradins, qui sout

tièrement détruits. La

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322 CAS

pieds. On entrait dans l'édifice par cinq grandes portes qui ont 20 pieds de hauteur sur l3 de large et sont construites en très- grosses pierres de taille. On voit encore les loges des U'ies destinées aux combats et les aqueducs qui y cond\iisoient des eaux. Les murs extérieurs sont revêtus de briques disposées en losange ; ils sont surmontés de grandes pierres en saillie , arec des trous pour rerevoir les mâts où s'attachoient les toiles qu'on étendoit au-dessus des spectateurs.

Le théâtre , dont on voit un peu plus haut quelques foibles restrs, est beaucoup moins bien conservé. Toutefois , d'après ce qui subsiste encore de sa forme demi -circulaire , on reconnoit que son diamètre fut de 283 pieds. La construction de ses murs étoit du même genre que celle de l'amphithéâtre.

On aperçoit aux environs de ces ruines quelques conduits d'aqueducs souterrains , des restes inoohérens de constructions, et un fragment de grand chemin, pavé, comme toutes les voies romaines, de grands blocs de pierre en polygones irrcguliers.

CASTRUM. C'est le nom que les Romains donnoient à ce que nous appelons aujourd'hui camp et aussi à ce que nous appelons alterne.

Dans les provinces conquises, les Romains avoient coutume de laisser des corps d'armée considérables, et des garnisons qui occupoicut dans les villes des bàtimens auxquels on donnoit le nom de castrum.

Rome, centre de toute cette puissance militaire, avoit dans l'enceinte de ses murs un assez grand | nombre de semblables édifices, dont le souvenir s'est conservé à l'aide de quelques vestiges encore existans, et surtout des noms castra perrgrina, castra prxrtoria , ri autres, dont les antiquaires ont recueilli les notions. Dans plusieurs autres villes , on trouve des restes considérables d'édifices auxquels on n'avoit su, jusqu'à présent , donner aucune dénomination , et qui ne peuvent s'expliquer par d'autre usage que celui des casernes.

De ce genre sont ces constructions composées d'une suite de petites chambres voûtées, qu'on voit .. Baies et à la villa Adriana , et auxquelles on a donné la dénomination insignifiante de cento catncrelte ou cento relie. Nous avons dit, à l'article Baies, que l'on ne devinoit pas quel avoit été l'emploi des cento celle. Il I parait qn'on pourrait leur appliquer l'explication donnée par Winckelmann îles cento camerelle de la villa Adriana. Cet hahile antiquaire soupçonne qn 'elles étoient destinées à la garde impériale ; elles n'avoient de communication entre elles que par une j galerie extérieure en bois, qu'on pouvoit fermer et | faire occuper par une sentinelle ; à chaque rang de voûtes étoient deux guérites élevées sur un plancher dont l'assiette étoit formée par des pierres saillantes.

I n édifice loiit-à-fait semblable a été reconnu, vers la lin du dernier siècle, dans les ruines d'Otricoli. On ne saurait v incconnnître un castrum nu quar- N lier des soldats II résulte do vi compnii«on avec ce- I

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lui de la villa Adriana , que les casernes des Romains consistaient ordinairement en une longue file de chambres a plusieurs étages, auxquelles on devoit monter par un escalier de bois et par uue trappe. Les chambres étoient privées de fenêtres, et n'avoient aucune communication; mais une espèce de balcon extérieur régnoit en avant d'elles, formant nne galerie commune et découverte sur laquelle s'ouvraient toutes les portes, de sorte que par ce dégagement chaque chambre restoit isolée et sans dépendance des autres.

Dans les castrum bâtis à grands frais , comme celui de la villa Adriana, les chambres étoient voûtées avec la plus grande solidité. M .11 s à Otricoli , sans doute par économie , les plafonds étoicut en bois; on voit encore les trous qui recevoient les maîtresses poutres. Les entrées générales au rez-de-chaussée cousistoient en corridors voûtés , au bout desquels étoient les petits escaliers dont on a parié , pour monter au premier étage et de celui-là aux supérieurs.

Tout cet édifice , tel que nous le trouvons dessiné dans le Journal d'Antiquité de l'abbé Guatani (ann. 1784, Monumcnti antichi inediti), consiste en douze allées ou promenoirs , flanqués de côté et d'autre par deux corps de bâtiment dont ou ne saurait deviner la destination, n'ayant ni portes, ni fenêtres , ni aucune issue qui puisse en indiquer l'emploi. Au milieu de ces allées, il eu est une plus large qui conduit à uue pièce ornée de quelques colonnes de travertin , où l'on a trouvé des tuyaux et des conduits qui indiquent qu'il dut y avoir là un réservoir d'eau à l'usage de la garnison. Enfin , ces douze corridors aboutissent chacun à une pièce carrée dont les ' comme on l'a dit, s'ouvrent sur la galerie de communication extérieure désignée plus haut.

On trouve de semblables allées ou corridors à Rome, et dans les ruines de constructions que l'on conjecture avoir dù être des casernes.

Mais un véritable castrum, et dont on ne révoque point en doute l'authenticité , est celui que les éruptions du Vésuve avoient comblé dans la ville de Pompei , et que les déblaiemens ont fait reparaître avec les signes les moins équivoques de sa destination. Il dut servir et aux logemens militaires, et aux exercices des troupes romaines; c'est ce qui lui a fait donner le nom de quartier des soldats. Cet édifice, peu élevé, d'une construction d'ailleurs assez légère, a, probablement à cause de cela, moins souffert des trcmblemens de terre qui , avant l'éruption du Vésuve , avoient renversé beaucoup d'édifices ; on y a retrouvé les murs presque entiers et la plupart des colonnes encore debout.

Ce bâtiment, ainsi qu'on pent le voir par le plan rapporté dans le fbjrage pittoresque de Naples, avoit la forme d'un carré long, entouré de colonnes et d'une galerie couverte. Elle donnoit entrée dans de petites chambres situées tout autour , et qui dévoient être les logemens des soldais. Il y avoit deux étages de ces

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logemcns. Les cases de l'étage supérieur communiquoient par une petite galerie suspendue. On voit encore k marque des solives qui la formoient. Ces chambres ne recevoient de jour que par leurs portes, ou par une ouverture dans le haut.

On a été de plus en plus induit à penser que ce bâtiment étnit un logement de soldats , par des trophées d'armes qu'on y a trouvés , et qu'on voit dans U collection du muséum, par une pièce qui parait avoir servi de prison , et où les soldats auroient été enchaînes plusieurs ensemble; ce qu'on a conclu de j plusieurs squclcttrs rangés les uns i coté des antres. Ces malheureux, dans l'épouvante générale, n'auront pu ni se sauver, ni être secourus.

CATACOMBES, s. f. pl On appelle de ce nom des cavités souterraines, rmnlovces à la sépulture des

L'étjmologie de ce mot, formé du grec k«t« et kvmCm creux , ne donne de ces cavités aucune explication relative a uu usage quelconque. Si, dans celte acception ordinaire , ce mot semble se lier à l'idée comme a l'usage des sépultures, ou ne saurait eu conclure qu'il ait eu la même valeur et le même sens chei les anciens, qui avoient beaucoup d'autres mots, tels que hypogœa , crypta , cimcleria , sepulcrctu , pour exprimer ces grands amas de sépulcres souterrains qu'où retrouve aux environs de presque toutes leurs villes.

Et dans le fait , ces vastes cavités, que nous appelons catacombes , servirent, dans quelques villes, à d'autres usages que ceux des sépultures. De pareils souterrains, à Syracuse, avoieut le double emploi de prison et de cimetière oublie.

Le mot de catacombt , dans les premiers siècles du christianisme , emportoit avec lui l'idée religieuse de tombeaux des martyrs. Une sainte crédulité transforma ces souterrains en lieux de dévotion , sous le prétexte qu'ils avoient servi de retraite et de sépulcre aux premiers chrétiens persécutés. Le chiffre XP, qu'on crut être le monogramme de J ésus- Christ , gravé sur plusieurs sarcophages , imprima à ces hypogées le même caractère de sainteté et de respect qu'aux temples mêmes.

On a proposé des conjectures bien ridicules sur l'origine des catacombes , sur l'époque de leur excavation, sur leur emploi, et sur la qualité des personnes qui y étaient enterrées.

Mais de toutes ces conjectures , la moins vraisemblable est que d'aussi vastes souterrains aient été fouillés par les chrétiens, pour s'y réfugier dans les temps de persécution , y célébrer les mvstères , et en faire le lieu de leurs sépultures. Peut-on supposer qu'une secte d'hommes assez nombreuse pour entreprendre et exécuter les travaux de l'importance de ceux dont on va rendre compte, ait pu y parvenir aui alentours des villes sans être aperçue , et par conséquent troublée dans son entreprise? Sous quelle pro-

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tection les chrétiens auroieut-ils pu conduire de pareilles excavations, eux qui étaient pauvres, méprisés, décriés , et obliges , par la nature même du fait , en le supposant possible , de cacher sous terre leur existence religieuse? ou bien si cette protection exista, pourquoi les condamna-t-elle à des travaux bien plus pénibles que ceux qu'exigeoit l'exécution des monument ordinaires?

S'il n'y a rien de plus insoutenable qu'une telle opinion , il n'y a lien aussi de plus probable, en revanche , que la conjecture de ceux qui voient dans ces souterrains des refuges naturels contre la persécution. Cette hypothèse acquerra plus de consistance encore, en supposant que déjà ces grottes étaient consacrées à la sépultnre ; et dans ce cas le respect des anciens et l'inviolabilité «les tombeaux ajoutaient encore à l.i sûreté de l'asile que les proscrits se seraient choisi, mais seulement pour quelques instans et pour

ta née!1*

Nous ne regarderons donc pas ces souterrains comme des monumens do christianisme, par cela seul qu'on v en trouve les signes et les svmboles, Mais comme l'usage d'inhumer les corps, usage qui avoit été celui des premiers siècles de Rome, qui revint sous les empereurs, et qni n'avnit jamais cessé d'avoir lieu pour la classe inférieure du peuple, dut confondre ensemble, dans les premiers âges du christianisme, les païens et les chrétiens pauvres; comme enfin, vers le déclin de l'empire, la religion du Christ devint générale et dominante , on ne doit pas plus s'étonner de trouver des chrétiens dans ces sépultures publiques , que d'en trouver dans nos cimetière».

Quant aux chapelles et aux antels qu'on y voit, quoiqu'il soit difficile d'en déterminer la date et 1'époqne, il est probable qu'ils y furent pratiqués postérieurement à celle qu'on leur donne ordinairement, c'est-à-dire dans des temps où la religion , devenue publique et autorisée par les empereurs, permettait aux fidèles que la dévotion y rassemhloit de célébrer les mystères sur les tombeaux des martyrs et des saints. Ainsi de ce qu'on trouve dans les catacombes des sépultures et des marques extérieures du culte des chrétiens, on ne saurait en conclure qu'elles soient lenr ouvrage.

Une autre question relative aux catacombes est di savoir si elles ont été creusée» pour l'objet auquel on voit qu'elles fuient destinées depuis, ou bien si l'on ne fit que mettre à profit , pour cette destination nouvelle, des souterrains fouillés pour un autre objet, et dans une toute autre vue que relie d'enterrer 1rs morts.

On ne saurait faire à cette question de réponse générale pour toutes les espèces de catacombes connues. Il en est qui ne doivent leur origine qu'aux travaux indispensables des carrières près des grandes villes . et aux fouilles de terre et de sable propres à la construction. Telles sont indubitablement celtes de Kâ-

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pies et de Rome , taillée* et excavée* , les premières tians un tuf qui sert de moellon (tour bâtir, les autres dans ces bancs de sable qu'on appelle pouzzolane , et dont l'usage est si connu pour la boute des mortiers et la liaison des pierres. A cet égard , presque toutes Jes grandes villes modernes ont aussi des catacombes auxquelles il ne manque, pour être prises dans toute l'acception de ce mot, que d'avoir donné lieu à l'idée si naturelle d'en faire des sépultures publiques, et de rendre ainsi utiles à la société des excavations qui, sans cela , restent sans objet.

Dans le détail très-abrégé que je vais donner de quelques-uns de ers fameux souterrains, je ne suivrai aucun ordre historique , et je parlerai d'abord des catacombes de Rome , parce qu'elles sout les plus connu* - , quoiqu'elles ne soient ni les plus anciennes, ni les plus grandes, ni, a beaucoup prés, les plus belles. ,

Ce qu'on appelle a Rome les catacombes consiste en un labyrinthe souterrain de galeries assez étroites, et généralenkcut d'une modique élévation , creusées quelquefois dans la pierre ou le tuf, mais le plus ordinairement dans des bancs de pnuuolane, qu'on alloit chercher à une très-grande profondeur ; car ces couches s'enfoncent quelquefois jusqu'à 80 pieds audessous du niveau du sol. Tout le terrain de la campagne de Rome est miné par la fouille de ce sable. En plusieurs endroits de cette campagne , des ébottlemens de terre ont pratiqué subitement des entrées nouvelles dans des souterrains inconnus , mais de pareils éeroulcmcns ont obstrué d'autres allées, en sorte que la connoissanec totale de cette ville souterraine est une chose dont on doit désespérer. La longueur infinie de ces allées, dont quelques-unes ont encore

cJdc méthode qu'on suivit jadis dans ces excavations qui KTOMB! pour objet de suivre les bancs de pouzzolane, les encombreinens survenus depuis, et qui ne font qu'augmenter de jour en jour les dangers auxquels on s'expose dans la recherche pénible et peu fructueuse de ces corridors tortueux, le peu de découvertes intéressantes qui en est résulté , tout a contribué à faire abandonner le lil topographique de ce dédale téuébrcux. On n'eu a et l'on n'eu aura jamais que des plans partiels.

La plupart des galeries que l'on peut parcourir à l'aide des flambeaux, ont ordinairement 3 à .{ pieds de large Sur (» a 7 pieds de hauteur. Quelques-unes cependant sont si lasses, qu'il faut s'incliner beaucoup |»ur pouvoir y passer. On n'y voit ni maçonnerie ni voûte ; la terre s'y soutient d'elle-même. Les deux côtés de ces rues, que l'on peut regarder comme des murailles , servoient du haut en lias à recevoir les sarcophages qui se ti-nuvent placés dans des niches ou entailles refermées par des hriqnes fort épaisses, ou quelquefois par des plaques de marbre, et cimentées d'une manière qu'on auroit peine a imiter de nos jours. Ces niches sont à trois ou quatre rangées les

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I unes au-dessus des autres, ce qui donne, selon la hauteur du souterrain , plus ou moins d'étages de morts placés en long et parallèlement à la nie. Quelque» tombeaux sont posés à plate-terre et sont recouverts de marbre. On retrouve encore dans un grand nombre d'urnes des os qni , au contact de l'air et de la main , se réduisent en poussière. Le nom du mort se trouve quelquefois , mais rarement, sur les urnes ou sur les tuiles qui en bouchent l'ouverture. On y voit quelquefois une branche de palmier avec cette inscription , peinte ou gravée, X P. Mais on y trouve aussi fréquemment des marques du paganisme; ce ' qui prouve que ces sépultures étoient indistincte- ! ment consacrées au peuple et aux citoyens de tous les cultes.

Ce qu'on a découvert et ce qu'on découvre encore tous les jours de sculpture , de peintures ou d'ornemens dans ces catacombes, n'a jamais excité l'attention des artistes ni des curieux. La plupart des sarcophages sont unis et sans relief ; et, quant au peu de peintures, elles sont des bas siècles de l'empire et ne méritent aucune admiration. Presque toutes les chambres ou les rues que l'on peut visiter se ressemblent , et ne diffèrent que par le plus nu le moins de I largeur et de hauteur. On assure que l'on pourrait y faire vingt milles de chemin. Tous les jours il se I forme , comme on l'a dit , de nouvelles entrées. Mais I les plus connues sont celles de Saint-Sébastien , de Saint-Laurent, de Porta-Portèse. Près de cette porte on trouve celle de Saint-Félix , qni fit donner a cette route le nom de strada Felice; celle de Pontianus, où est une belle fontaine qui étoit nu ancien baptistère , celle de (ienerosa ad sextum Philippi, et de saint Jules, pipe.

Antoine Bosius , dans sa Roma sotterranea, a distingué dans les catacombes plusicnrs cimetières particuliers, entre autres un qu'il dit avoir servi exclusivement aux Juifs ; il étoit creusé grossièrement dans le tuf, et marqué dans plusieurs endroits par le chandelier a sept branches.

Les catacombes de Naples sont bien plus grandes et bien plus belles que celles dont je viens de donner la description , et qui , comme on l'a vu , sont basses , étroites, et ne sont taillées que dans le sable ou la terre molle. Celles de Saint-Gcnnaro (tassent pour avoir deux milles de longueur. On assure qu'elles s'étendent jusqu'il 1 ,000 toises au nord-est de Ponte di Poggio Rcalc:nn a cru aussi qu'elles alloient jusqu'à Poutzol, et qu'elles servirent de sépultures aux villes de la côte; mais cette opinion a peu de vraisemblance. Actuellement on ne peut en parcourir qu'une Irès-petilr partir .

Ces souterrains ne s'étendent pas sous la ville, ainsi que ceux de Rome ; ils sont pratiqués au nord de Naples, à travers une montagne, et creusés les uns sur les antres, non dans le roc vif, mais en partic dans la pierre dont on se sert a tapies pour hitir, et en jarlic dam une terre compacte, ou pour

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mieux dire, dans une espèce de sable d'an jaune roussàtre, ferme et même dur en certains endroits, qui est de la véritable pouzzolane durcie et qu'on prendroil quelquefois pour du tuf. Il y a trois ordres de galeries ou trois étages l'un au-4icssu4 de l'autre; on en trouve le plan dans la Description de Naplcs par Cela no ; mais des tremblemens de terre en ont fermé les issues : on ne va même plus dans l'étage inférieur.

Depuis l'entrée des catacombes , on marche longtcm|M par une rue droite qui a iB pieds de large , et dont la voûte , dans sa plus grande élévation , |>cut avoir à peu prés 1 4 |>ied* de hauteur. Cette roc devient ensuite irrégoliêre , et semble avoir été percée au hasard dans la montagne, ainsi que diverses autres plus ou moins élevées , auxquelles elle communique de tous côté». Ces souterrains ressemblent assez, pour la distribution , aux fouilles de nos carrières. On y trouve des chambres, des culs-de-sac et des carrefours , au œUieu desquels on a laissé des piles et des massifs pour empêcher l'éboulemcnt des terres.

Parmi ces différentes salles souterraines, il s'en trouve qui paraissent avoir servi de chapelles. Les deux premières qui se présentent quand on est entré dans les catacombes , contiennent des autels de pierre brute , et quelques (teintures à fresque d'un goût gothique, mais dont les couleurs sont encore assez vives. Elles représentent la Vierge et des saint» , qui paraissent être du dix-septième siècle.

Dans tonte la longueur des mors, on aperçoit de chaque côté une quantité prodigieuse de cavités percées ltorizontalement. On en voit quelquefois cinq , six , et même sept , les unes au-dessus des autres. Ces cavités sont toutes assez grandes |»ur recevoir un corps humain, mais non un sarcophage. Elles sont U inégales , et il parait qu'on ne les faisait que sur la grandeur des corps qui dévoient y être placés, tant les mesures en sont variées. On en aperçoit pour tous les différens âges , et il s'en trouve de si petites , qu'elles n'ont pu servir qu'à des enfans. Lorsque les corps y étoient déposé», on fermoit l'entrée de ces trous avec une longue pierre plate ou avec plusieurs grande* briques rapprochées et scellées à chaux et ciment. Dans beaucoup d'endroits, on rencontre des chambres avec des niches où l'on dressoit les corps. Ces nielles étoient peut-être des sépulture» particulière» de certaines famille». Elle* ont presque toutes au fond et par terre un ou deux cereneils en forme d'auge. On y voit aussi des tombeaux , dont plusieurs sont revêtus de mosaïques du bas-iige. Il y en a du même temps qui n'ont point été ouverts.

Les trous ou niches dont je viens de parler sont vides : les cadavres en ont été enlevés ; et si l'on aper- j coit encore des essemens dans certains lieux , on assure que ce sont les corps de ceux qu'on y a mis lors de la dernière contagion.

On a trouvé dan» ce» catacombes des monnmens en marbre , avec des inscriptions grecques et latines : on le» a sciée» pour faire le pavé de l'église de la |[

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Sanita. Célano dit qu'on ne saurait voir «ans verser des larmes ce pavé parsemé de caractères antiques qu'il n'est plus possible de déchiffrer.

La Sicile nous présente beaucoup d'excavations semblables , et destinées aux mêmes usages. Gitane , Païenne , Agrigente , Syracuse , toutes ces villes antiques que le temps a détruites , ne semblent vivre aujourd'hui que dans leurs tombeaux ; et ces monnmens indestructibles sont, pour ainsi dire, le» seuls qui attestent leur ancienne population , leur grandeur et leur puissance passée.

Les catacombes de Syracuse sont les plus vastes , les mieux conservées qui existent, et peut-être les plus propres à donner une idée de ces sombres demeures. Celles-ci forment comme une ville souterraine , avec ses grandes et petites rues, ses carrefours et se» jdaecs taillées, excavées dans le rocher, à plusieurs étages, et évidemment creusées pour en faire des sépultures; en cela différentes d'autres excavations de la même ville, qui ne furent certainement que des carrières. Les catacombes eu question n'ont pu que difficilement se prêter a l'extraction de» pierres, le* issue» n'en étant ni larges, ni commodes. Tout l'espace intérieur a été travaillé à différentes époques, et distribué en voûtes plates, ceintrées ou sphrriques, mais eu si grand nombre , que cet ouvrage doit avoir occupé un grand peuple pendant une longue suite de siècles.

La rue principale, dans laquelle on entre après avoir passé par une espèce d'église souterraine, est MM large ; elle est en ligue droite et a voûte plate. On peut la suivre très-long-temps, mais on ne saurait en évaluer la longueur, parce qu'il s'y est formé des attérisseirtens qui empêchent de la parcourir dan» son entier. Les parties latérales de cette rue sont remplies de grands tombeaux incrustés dans le roc. Leur forme demi-circulaire est terminée et recouverte par une voûte en plein ccintre.

D'espace en espace sont deux excavatioas profondes et en ligne droite , où l'on voit jusqu'à soixante tombeaux , tous de la même grandeur, ménagé» dans le massif de la pierre. U parait qu'ils ont tous été ouverts et fouillés. Dans d'autres endroits, il y a de» chambres sépulcrales particulières , avec des portes qui autrefois ont fermé à clef; on y voit encore l'entaille des gonds, et au milieu de ces salles de grandes et larges tombes isolées, et destinées sans doute aux chefs des familles. De distance en distance , l'on rencontre des espèces de carrefonrs formés par la rencontre de deux rues. Ces carrefours sont ouverts de quatre côtés, et quelques-unes de ces rues donnent entrée à de grandes salles dont les voûtes étoient cylindriques, artistement travaUlécs, et percées par une ouverture qui alloit aboutir à la superficie du sol pour y chercher l'air extérieur. Autour de ces salons sont des tombeaux placé» symétriquement, et de même forme que ceux de la rue principale.

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étonné d'être revenu «or ks pas saut «'eu être aperçu, rt de se trouver dan» un étage au -destous de relui qu'on vient de quitter. Quoique à chaque instant on mit arrête par de» décombres et de» attérissemens , et que I on ne puisse parcourir qu'avec peine une partie de ce» vastes souterrain», ce qu'on en voit c*t *i i, qu'il faut «'étonner de la grandeur des is, du nombre prodigieux de bras qui durent être employés à ces excavations, à moins qu'on n'aime mieux supposer qu'elle» lurent le résultat progressif du travail de plusieurs siècles. Cependant il est vraisemblable que ces sépulture» ont été faites du t«-nq>» des Grecs, puisque, pendant et depuis la dominaliou des Romains, S> racnse n'a jamais été assex peuplée pour avoir pu entreprendre de» travaux aussi considérables, quand tous ses habitans y auraient été employés. Il semble en outre que cette grande simplicité, que cette égalité jusque dans les honneur» rendus aux morts, annoncent un temps et des mœurs

pas à la prise de

t qu'on rencontre dans quelques endroits de ces catacombes y ont été ajoutés postérieurement, et se réduisent à quelque» mauvaises (teintures grecques des derniers temps de l'empire , laites sur un enduit appliqué a la roche , avec des lettres grecques on latines, ou bien encore à des marque» de symboles de martyrs qui étoient peints dans l'intérieur des tombeaux. On doit penser que ces espèces de monogrammes n'ont pu être placés que long-temps après, et dans les premiers siècles de l'Eglise , époque où ces souterrains furent vraisemblablement occupés par des fidèle* qui ajoutoient ces differens caractères à leur» sépultures, pour distinguer leurs frères d'avec les idolâtres qu'ils avoient remplaces.

En général, les catacombes de Syracuse n'ont point l'aspect lugubre des catacombes de Naple» et de Rome ; il y règne une tranquillité mystérieuse qui annonce le sanctuaire du repos. Enfin , de tous les monument qui restent de cette ville, on peut regarder celui-ci comme le plus capable de donner une idée de la grandeur d'une cité autrefois si puissante et si peuplée.

Pour tout ce qui regarde l'usage et les formes des sépultures anciennes et modernes, je renvoie le lecteur aux différent articles Cimetière, Tombeaux, Sépci/ttbe , SifiLcaE, etc. etc.

CATAFALQUE, ,. m. Ce mot, qui vient de l'italien catafalcc, signifie proprement un échafaud ou élévation. C'est une décoration d'architecture, de peinture et de sculpture , établie sur une bâtisse de charpente, pour l'appareil et la représentation des tombeanx nu cénotaphes qu'on élève dans les pompes funèbre». Ainsi catafalque est précisément ce qu'on entend par cénotaphes. Mais l'usage a étendu ce mot à la décoration générale des clu|ieUes ou églises sépulcrales temporaires que l'on

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pente, ou que l'on dispose pour le» grandes cérémonies funèbres.

Les catafalques étant des monument temporaires de décoration auxquels on ne saurait guère proposer d'autres règles que celles des exemples, nous avons

sortes de compositions qu'en rapportant la description, fidèlement conservée par les contemporains, de celui qui fut exécuté en l'honneur de Michel-Ange par Ln réunion de tous les célèbres artistes de cette époque.

Dès que le corps de M ichel- A nge eut été transporte à Florence , l'académie , d'accord avec le grand-duc , résolut de faire les obsèques de ce grand homme avec une magnificence qui répondit à sa haute vertu. Ammanati, Vasari et Bronzino furent choisi» pour diriger cette grande entreprise. Si l'on n'eût écouté que l'ardeur et l'émulation de tous les artistes qui vouloient y contribuer, le luxe et la pompe de la décoration eussent peut-être été poussés trop loin. Il fut résolu sagement qu'on chercherait à honorer le génie de Michel-Ange plutôt par le» productions de l'art et du génie, que par les effets dispendieux d'une stérile richesse.

« En effet, disoient les académiciens, ayant à bo- » norer un homme de génie tel que l'admirable » Michel-Ange, professant un art qui étoit le sien , » et nos richesses consistant plu» dans nos talent que • dans l'or et l'argent, nous ne devons pu» penser ■ à une magnificence royale et a un luxe superflu j » mais il faut honorer l'art par l'art; et l'amour dont » nos cœurs sont enflammes pour cet nomme divin » doit éclater dans les plus beaux ouvrages que pour- » ront produire le génie et l'adresse de» mains. Et » quoique nous puissions espérer de Son Excellence » tout l'argent dont nous aurons besoin { ce qu'il nous » en a déjà donné peut nous en être un sûr garant;, » cependant nous devons être convaincus que ce que " l'on attend de nous, c'est plutôt de belle» inventions » qu'un appareil éclatant et dispendieux. »

On peut assurer pourtant que la magnificence égala la beauté des ouvrages qui sortirent de leurs mains; c'étoient des obsèques vrainn ut roi aies. On va en juger.

Au milieu de la nef de Saint-Laurent , vis-à-vis les deux portes collatérales , s'élevoit un catafalque de forme carrée , haut de 28 coudées , avec une Renommée au sommet. La longueur étoit de 30 coudées , et la largeur de q. A la base , et à la hauteur de a coudées,, glisc, étoien

Tibre. L'Arno tenoit nne corne d'abondance pleine de fleurs et de fruits, pour signifier par-là les richesses de Florence dans les beaux-arts. Le Tibre , en étendant un bras , ouvrait les mains pleines des mènes fleurs et des mêmes fruits qui tomboient de la corne d'abondance de l'Arno. L'intention de l'allégorie étoit d'indiquer combien Rome avoit profité de» ri-

côté de la porte principale de Trichés deux fleuve», l'Arno et le

muer eonil Florence ,

et de faire

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que Michel- Ange avoit passe une grande partie de sa ne à Rome , où sont les chefs-d'oeuvre de son génie. Il est mutile de faire observer que l'Arno avoit à coté de loi un lion , et le Tibre la louve allaitant Réinus et Roraulus, Le Tibre étoit de la main de Jean- François de Castello, élève du Bandinelli, et l'Arno, de Baptiste Bencdetto, élève d'Ajumanati.

Au-dessus de ce plan s'élevoit un grand carre de 5 coudées et demi avec ses corniches. Dans le milieu

non Je

de chacune des faces de ce en grisaille. Sur la lace des deux fleuves, on voyoit le grand-duc Laurent de Médicis recevant dans son jardin le jeune Michel-Ange, dont il avoit déjà vu quelques essais comme autant de fleurs qui annon— coient les fruits que devoit produire son génie avec tant d'abondance. Dans le second tableau , vis-à-vis la porte latérale de l'église, on voyoit Michel-Ange accueilli , après le siège de Florence, par Clément VII, contre l'attente du public. Le peuple n'avoit jugé des sentimens du pape que par l'opposi- I l'artiste à ses intérêts; mais Clément n'avoit ns cette opposition qu'une grandeur d'ame qu'il ■oit d'amircr : aussi dans ce tableau , pour ras- Michel -Ange et lui montrer son estime, le pape ordonnoit la construction de la nouvelle sacristie et de la bibliothèque de Saint-Laurent. Michel-Ange présentait en même temps le plan de la sacristie ; et derrière lui on apercevoit les modèles de la bibliothèque , de la sacristie , et des statues dont il l'orna , |x>rtées par de petits génies et autres figures. Ce tableau étoit de la main d'un peintre flamand , dit le Padouan.

Dans le troisième cadre , qui regardoit le luailreautel , ou lisoit une grande épitaphe latine , faite par le savant Pierre Vettori.

■ Collegium pictorum, itatuariorum, architecto- » mm, auspicio optqne siii promptd Cotimi tiueU, » auctorit suorum commodorum , suspiciens singu- » lartm virtulem Michaelis - Angeîi Buonarotce , » inUlligensque quanto sibi awzilio semper Jucrint ■• praclara ipsius opéra, sluduit se gratum erga ît » lum ostendere summum omnium qui unquam fut- » nnt pictorum , statuariorum, arcmtectorum; ideo- » que monumentum hoc suis maniùus extructum » magna animi ardore ipsius memoria dedicavil. ■

« Le collège des peintres, sculpteurs et architectes,

■ sous les auspices et avec le secours du duc Corne, « auteur de tous ses avantages , voyant la vertu sin-

■ gulière de Michel -Auge Buonaroli, et sacluut

lui ont été utiles, a

: au plus grand . de tous les peintres, sculpteurs et architectes; et » dans cette vue il a érigé de ses mains, et avec la » plus grande ardeur, < » sa mémoire. »

Cette épitaphe nies pleurant.

La peinture qui étoit

vis-à-vis la porte du doitre

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représentait Michel- Ange soutenant le siège de Florence avec les fortifications du mont Saint-Miniato.

Aux quatre angles de la base du catafalque étaient des groupes de figures plus grandes que nature. La première en allant vers le maitre-autel à droite, étoit un jeune homme svelte, avant deux petites ailes au haut de la tète , comme on en voit à Mercure. Il représentait le Génie, et fouloit aux pieds l'Ignorance caractérisée par des oreilles d'âne. Ce groupe étoit de Vincent Danti, de Pérou se.

Sur l'autre piédestal qui regardoit la sacristie neuve , s'élevoit la Piété chrétienne , tenant sous ses pieds le \ ice, son ennemi ; elle étoit de V alèrc-Simou Cioli. A la gauche de celle-ci, on voyoit uu autre groupe allégorique ; c'était l'Art tenant sous ses pieds l'Envie : l'Art paroissoit sous les traits de Michel- Ange; l'Envie avait la forme d'une vieille femme sèche et décharnée : des serpens l'entouroient, et elle tenoit une vipère à la main. Ces deux figures étaient d'un très-jeune artiste , nommé Lazare Calamech , de Carrare.

Sur le quatrième piédestal étoit placé un groupe d'André Calamech, élève d'Aminanati et oncle du jeune homme dont on vient de parler. La principale figure représentait l'Etude sous les traits d'un jeune homme fier et décidé , qni avoit aux poignets deux petites ailes , pour marquer la promptitude de l'exécution ; il fouloit aux pieds la Paresse , personnifiée par une femme languissante , fatiguée , | tenante et dormeuse dans tout son maintien.

C'était de dessus le piédestal orné de ces quatre groupes que s'élevoit le massif orné de peintures dont on a parlé ; il servoit encore de base à un troisième de même forme , mais plus étroit, décoré à ses quatre angles de figures grandes comme nature. A leurs attributs , il était aisé de les i

l.i PcUltUJ f, 1,1 Si-illulnre. I'

Cette dernière , la Ivre en main , avoit le costume de Calliope. Voici ce que représentaient les peintures de face du second plan.

Dans le premier cadre, on voyoit Michel-Ange présenter au pape Pie IV le modèle de l'étonnante coupole de Saint-Pierre de Rome; la surprise du pape et de tous les spectateurs était exprimée d'une manière frappante. L'auteur de cet excellent tableau était Pierre Francis, peintre florentin. La statue de l'Architecture, placée à gauche, avoit été faite par Jean-Benoît Castello. Dans le second cadre , vers la porte latérale, on voyoit Michel-Ange peindre son Jugement Dernier; ce tableau étoit du aux élèves de Michel Ridolphi : ils y avoient mis une grâce et une beauté que l'on ne sauroit exprimer. A la gauche, la statue de la Peinture étoit du ciseau de Baptiste Cavalieri. Le troisième tableau, tourné vers le maitreautel, c'est-à-dire au-dessus de Pépita plie , présentait Michel - Ange l'entretenant avec une femme qu'à ses attrihutsTonreconnoissoitaisément pour la Sculpture; il paroissoit délibérer avec elle, et avoit autour de lui

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plusieurs «le ses chefs-d'eeuvre. La Sculpture tenoit a sa main une tablette où on lisoit ce» roots : Simili ,u/> imagine formons. Ce tableau, plein d'invention, ,1e goût et altitude, êtoit d'André del Minga, Florentin, et la statue de la Sculpture qui l'acrompagnoit étoit d'Antoine de Gino Loreiui , excellent sculpteur. Dans le quatrième tableau , la Poésie étoit représentée |ur Michel-Auge occupé à écrire une de «es composition», et entouré de» neuf Muse» dan» toute la pompe que leur prêtent le* poète». A leur tète parniauil Apollon , la Ivre en main et une couronne de laurier «ur le front ; il en tenoit une autre pour en ceindre celui de Michel-Ange, et on lisoit à côté ce» paroles du D.mtc :

a Gin dure mi, A polio; ^

« Apollon, guide mes pas, et le» neuf Muse» me » montrent le i>ùle. ■

Ce tableau étoit d'une riche composition ; la manière, les attitudes en étoicut frappantes : Jean-Marie Buttric eu étoit l'auteur. La statue correspondante, étoit de la main de Dominique Poggini. Jusque-la le catafalque avoil trois plaus qui alloîent en décroissant : sur le premier étoient couches les fleuves; le second étoit celui qui porloil les groupes, et le troisième porloit les ligures des arts. Sur leur embase-

.- C'est ainsi que l'art est honoré par l'art. » Au-dessus de ce dernier plan s'élevoit une pyramide de la hauteur de neuf coudée», au \:ed de laquelle, sur deux de se» faces , c'est-à-dire celle» tournée» «ers la porte et vers l'autel, on totuit, dan» des ovales en bas-relief, la tète de MicheWAnge moulée d'a|irè» nature, et exécutée avec le plus grand soin par Santi Buglioui. An sommet de cette même pyramide étoit une boule destinée à renfermer I*» cendres de M ichel-Angc, et au-dessus de la boule planoit une Renommée plus grande que nature , et embouchant une trom|>ette à trois pavillons. Elle étoit de la main de Zanohi Laslricati, qui outre les soins dont il fut accable comme sur-inspecteur de tout l'ouvrage, voulut encore concourir à ce grand teuvre par des productions de son ciseau. Ainsi, depuis le pave jusqu'à la tète de la Renommée, il y avoit 28 coudées.

Toute l'église étoit tendue en drap noir, attaché uon pas aux colonnes comme on le fait ordinairement, nuis aux chapelles collatérales ; ce qui faisoit un trèsbeau coup-d'œil, par le contraste de la blancheur de» colonnes qui se déUchoicnt sur le noir. L'église de Saint-Laurent a trois nef» soutenues par deux rangs de colonnes, d'une très-belle pierre sereine. Dans le mur des nefs collatérales ou bas-côtés, sont distribuées les chapelles eu forme de niches, aussi larges que les intervalles des colonnes , «t dont l'ouverture est for-

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mée par des pilastres corre»|)ondans à ces colonnes. Cette disposition est la même pour la nef de la croisée. I.a tenture étoit donc coupée par toutes ces ouvertures, et tous ce» intervalle» étoient remplis par des tableaux.

Dans l'ouverture de la première chapelle, qui est à coté du mailre-autel en allant vers la vieille sacristie , il y avoit un tableau haut de 6 coudées et long de 8, avec une invention vraiment |>oétiqoe. Michel- Ange v étoit représenté an milieu des Champs-Elysées, ayant à sa droite les plus fameux peintres et sculpteurs de l'antiquité, dont chacun avoit quelque attribut qui le faisoit aisément distinguer. On rcmarquoit Praxitèle avec son satyre, Apelles avec sou portrait d'Alexaudre-le-Grand, Zeuxis avec la grappe de raisin qui trompa les oiseaux , etc. On apercevoit à la gauche de Michel-Ange les modernes qui, dans les premiers temps de la renaissance des arts, avoient été formés par Cimabuc. On y reconnoissoit le célèbre Giotto , à une tablette sur laquelle on voyoil le portrait du Dante encore jeune ; Masaccio y étoit d'après nature, et dans toute la vérité de son costume et de son maintien; Donatello de même. On distinguoit Bruneleschi à sa coupole de Sainte-Marie-des-Fleurs; on vovoit représentés au naturel et sans attributs , Fra Philippe Tliaddeo , Gaddi , Paul Ucello , Francesco, Jean-Ange Mont'Orsoli, Pontormo, Salviati, et autres qu'il seroit trop long de nommer. Tous ces personnages, tant anciens que modernes, paroissoient pleins d'amour et d'admiration pour Michel- Ange; ils l'accueilloicnt comme le Dante dit que fut accueilli Virgile par les autres poètes. Aussi étoit-ce de la fiction du Dante qu'on avoit tiré l'idée de ce tableau , comme l'épigraphe qu'on lisoit au bas : Tutti l'tmimrtn , tutti onor gli fauo.

« Tous l'admirent, tous lui rendent hommage. » Cet ouvrage fut infiniment estimé; il étoit de Alexandre Allori , élève de Bronzin.

Dan» l'espace de U chapelle du Saint-Sacrement étoit un tableau long de cinq coudées et large de quatre, dans lequel on voyoit autour de Michel- Ange toute l'école des arts, le* petits enfan* et les jeunes gens de tout âge et de toute condition. Bs of- I froient à Michel-Ange, comme à une divinité, le* prémices de leur» travaux , c'est-à-dire des peintures, des sculptures avec quelques-uns de ses modèles; il les recevoit avec bonté , et leur montrait les beauté» de l'art. Cette troupe innocente et docile l'écoutoit avec la plus grande attention , et le regardent avec des attitudes admirables. Pour mieux exprimer le sujet , on y avoit mis les deux vers suivans :

Tu psier, ei rerum inventer, tu patria nobu

« 0 toi ! notre père , toi l'inventeur des 1 choses, tu nous donnes des préceptes patei

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Ce tableau «voit été peint par Baptiste, ji élève de Pantormo.

En venant ensuite ver» la principale porte de l'église, il »'en présentoit un autre, haut de 6 coudées et large de 4. Le sujet étoit la faveur extraordinaire qu'accorda au mérite de Michel-Ange le pape * t III »

qui le fit venir à la villa Julia jiour s'entretenir avec lui. On les voyoit converser ensemble assis, tandis que les cardinaux, les évêques et autres grands de la cour de Rome étoient debout à l'entour. Ce sujet , traité avec toute la vigueur et l'énergie d'un maître consommé, étoit cependant l'ouvrage du jeune Jacques Zucrhi , élève de Georges Vasari.

I n peu plus loin sur le même côté, en avançant vers l'orgue, on apercevoit un quatrième tableau, haut de 4 coudées et large de 6, qui représentait d'autres honneurs rendus à Michel-Ange; c'étoient ceux dont André Grilti , doue de Venise, le combla au nom de la république. Jean Strada, Flamand, étoit l'auteur de cette peinture.

Encore un antre hommage éclatant rendu au génie de Michel-Ange frap|)oit les regards à l'autre côté de l'église. C'étoit la réception que faisoit le duc Cômc a ce grand homme , qui venoit le visiter. On sait qu'aussitôt qu'il l'aperçut , il se leva , rounil audevant de lui pour le faire asseoir dans son propre fauteuil , ensuite l'éconta dclwut et découvert, avec l'attention et le respect qu'auroit un lils bien né pour son père. Toutes ces circonstances étoient merveilleusement représentées dans ce grand tableau. On vovoit aux pieds du prince un petit enfant tenant le bonnet ducal , et à côté étoient rangés des soldats en costume antique. Ce qui fixoit surtout l'attention , c'étoit l'air et l'attitude du duc et de Michel-Ange.

Dans le tableau suivant , haut de r, coudées et large de 17, Bernard Timante Buonta'lenti, peintre très-aimé de Côme, avoit peint d'une belle manière les fleuves des trois principales parties du monde venant joindre leur douleur a celle de l'A rno et le consoler de la perte commnne ; ces trois fleuves étoient le Nil, le Gange et le Pô. Le Nil avoit pour attribut nn crocodile et une couronne d'épis, symlx>le de l'abondance et de la fécondité du terrain qu'il arrose ; le Gange avoit le grifTon et une guirlande de pierreries; le Po se distinguoit par un cygne et une couronne d'ambre noir. Amenés tous trois dans la Toscane par la Renommée que l'on voyoit planer en haut, ils eotouroient l'Arno, qui, couronné de cyprès, tenoit d'une main son urne renversée , et de l'autre un rameau de cyprès ; il avoit aussi un lion sous ses pied»; et pour faire voir que le génie de Michel- Ange s' étoit envolé au séjour des immortels, le peintre avoit mis dans les airs une grande lumière, dans laquelle s'elevnit et se confondoit un petit génie , avec ce vers lyrique :

Virai orbe petit liudibw rtbera.

« Toujours vivant sur la terre , ma gloire m'élève -jusqu'aux cicux. »

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Le peintre avoit encore placé aux deux côtés du bleau , sur dpux piédestaux , deux grandes figures : l'une étoit Vulrain, tenant une torche a la main et foulant aux pieds la Haine , qui faisoit effort pour se relever ; son attribut étoit un vautour, et le vers suivant lui étoit adressé :

Surjrrc qmd proférai , Odiam crwlele ? Jwrto.

« Pourquoi tentes-tu de te relever, Haine cruelle? » reste abattue. «

L'autre figure étoit Aglaïa, l'une des trois G races, et femme de Volcan ; elle tenoit un lys, et la figure qui , sous ses pieds , sembloit se débattre , avoit pour attribut un singe, avec cette devise :

Vinu et ntiiKlui duemt ne steraere tnrpe.

<• C'est ainsi qu'il nous apprit , et pendant sa vie et « après sa mort, à fouler aux pieds l'Infamie.

Yenimui, Arae, tuo oonGu es vnlnere mœ,u Flumioa , ut ercptaoi muado ploreami hoanrrm.

•> Percés «lu même trait , nous venons , Arno , pleu- » rer avec toi la perte que fait le monde. »

Ce tablean fut jngé un des plus beaux : ce qui le rendoit encore plus recomniandablc, c'est que le peintre n'avoit été chargé de rien, et ce qu'il fit pour la mémoire de Michel -Ange fut un hommage volontaire de son «eur.

Thomas de San-Friano avoit représenté dans le tableau supérieur, haut de 4 coudées et long de G, l'entrevue de Michel-Ange et de Jules II, lorsque ce pape irrité venoit de le nxlemanderjusqn'à trois fois, avec menace, à la république de Florence.

Le quatrième, du même coté , étoit de la main d'Etienne Piciï, élève du Bron/in ; il avoit représenté Michel-Ange en négligé { tel qu'il étoit auparavant; , assis à côté de Son Excellence dans une salle et conversant familièrement avec lui.

Aux endroits où il n'y avoit pas de tableaux , les intervalles étoient ornés de morts, d'attribut* et de devisa. Une Mort, représentée par un squelette, avoit jeté sa faux par terre , et , paraissant affligée d'avoir été contrainte d'enlever Michel-Ange, elle s'en excusoit par celte devise:

Coegit dort imwmiIu.

» La cruelle nécessité m'a forcée. »

Elle tenoit aussi en main une bouledu monde, sur laquelle étoit un lys qui avoit trois calices ; la tige en étoit coupée par le milieu. Celte invention étoit d'Alexandre Allori , dont on a déjà cité le nom. On voyoit encore d'autres figures de Morts dans d'autres compositions. Il y en avoit une couchée par terre; l'Eternité, une palme en main, la fouloit aux pieds et paroissoit lui dire d'un air de mépris que sa vo-

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lonté ou la nécessité n'avoit rien bit, parce que, malgré elle, Michel. Auge vivroit toujours. La devise étoit:

Ticitincljlâ viitu».

« L'éclatante vertu a triomphé. »

Toute» ce» figures do morts éloicnl éparses sur la tenture. L'invention de la dernière étoit de Georges Vasari , qui se prêta avec la plus grande ardeur i tous les soins de sa commission. L'amitié, comme on sait , lui donnoit un intérêt plu» particulier.

Michel-Ange, pendant sa vie, se servoit pour cachet de trois cercles entrelacés ; il avoit probablement en vue de faire entendre par-là l'union intime des trois arts du dessin qu'il avoit professés , et dont l'étude ne devroit jamais être isolée. On changea ces trois cercles en trois couronnes, et on y joignit cette devise :

Tagemiai. lolUt hosoribu..

« L'art lui décerne un triple honneur. »

L'allusiondc la triple couronne étoit fort naturelle, et il n'étoit point nécessaire de savoir que Michel- Ange se fût servi de trois cercles pour cachet symbolique ; mais cette nouvelle convenance ajoutoit un prix de plu» à l'allusion.

A la cliairc dans laquelle Benoit Varchi prononça l'oraison funèbre, il n'y avoit aucun ornement, parce que , comme elle étoit de bronze avec des bas- reliefs du célèbre Donatello, toute parure étrangère eût été moins belle ; mais sur une autre, qui étoit vis-à— vis, on avoit placé un tableau de 4 coudées de haut et large de •?. environ, qui représentoit une Renommée, ou plutôt la Gloire, dans une superbe attitude , une trompette à la main , et les pieds appuyés sur le Temps et la Mort. L'ouvrage étoit de Vincent Danti, de Pérouse.

Tel étoit à peu près l'appareil funèbre de ce catafalque , le plus célèbre de tous ceux qui furent jamais élevés, et dan» lequel on vit une réunion de beautés qu'il serait difficile et même injuste d'attendre aujourd'hui dans les ouvrages du même genre. J'ai cru qu'on lirait avec intérêt la description abrégée de ce beau monument de gloire , élevé à l'art par l'art luimême, et j'ai pensé qu'une telle description aurait sur l'imagination des altistes plus de pouvoir que les précèdes d'une froide théorie n'en pourraient exercer sur leur esprit. De tous les ouvrages que l'architecture peut inventer ou diriger, il en est peu qui présentent à son génie une carrière plus étendue ; il eu est jteu aussi qui se prêtent mieux aux caprices du goût , car on ne saurait y exiger la sévérité ordinaire de» règles.

Le moyen d'assigner un caractère convenable à ces décorations , c'est de composer leur ordonnance de manière qu'elle fasse éprouver au spectateur cette tristesse de lame qui puisse lui retracer l'image de la destruction et du néant des choses humaines, en lui

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rappelant aussi la perte qu'a faite la patrie dans la personne à la mémoire de laquelle ces monumens sont élevés.

Pour y parvenir, il faut que la décoration soit a la fois grande et peu chargée de détails. On doit en exclure tout ornement frivole ; n'y faire entrer ni or ni azur, à l'exception peut-être des blasons. Ce n'est point de l'éclat, ce n'est point du faste qu'il faut ici ; il s'agit de peindre à l'esprit le séjour de la mort : pour cela il ne faut employer que des couleurs sombres ; il faut disposer, de distance en distance, des groupes de lumières dont l'éclat ne détruise |»s trop l'aspect lugubre et ténébreux qui est essentiel pour caractériser le genre des catafalques dont nous parlons, puisqu'il» ne sont autre chose que la représentation des tombeaux ou des chapelles sépulcrales, dont on fera mention ailleurs.

CATANIA, Catane, ville de Sicile, située au pied de l'Etna , et au voisinage duquel elle doit son nom , qui n'est qu'une altération de Cala-Etna , mot qui signifie dans sa composition saui l'Etna ou contre f Etna.

Dans la vérité, c'est sous les laves de l'Etna qu'il faut aujourd'hui aller chercher quelques traces ou quelques débris de cette ville antique , ruinée par les

> clTcts du volcan , et puis ensevelie de manière qu'on

I aurait pu ignorer son antique existence , sans le zèle , les soins et les dépenses du prince de Discari , qui du

] sol de la moderne Catane a su exhumer les souvenirs de l'ancienne.

Ainsi , c'est sous la cathédrale et en avant de son portail qu'on a retrouvé les thermes de la ville antique. Ce qu'on en a excavé , quoique considérable , n'est qu'une partie fort petite de cette grande con-

[ struction , et consiste dans une galerie extérieure , deux portes d'entrée, un péristyle intérieur qui distribuoit |)eut-êtrc dans les appartemens dos bains. Ce local se compose de portiques formés par des piliers avec voûtes à plein ceintre : ces voûtes sont enduites d'un stuc qui parait avoir été composé de cendre de lave , sur lequel étoient sculptées des figures portées par des rinceaux d'arabesque. Il est assez difficile d'apprécier la forme et les détails de cet ancien édifice, l'eau qui s'échappe sans cesse des anciens conduits ayant empêché de fouiller jusqu'au premier sol. Les fondations de l'église et celles des maisons adjacentes ont arrêté les recherches du prince.

Son zèle a été mieux récompensé dans les fouilles de l'amphithéâtre. Ce qu'on en voit toutefois aujourd'hui n'en est, si l'on peut dire, que le squelette. Quelques-uns de ses débris consistent en gros piédroits quadrangnlaires , sur lesquels retombent les arcs qui formoient la galerie extérieure. Luc seconde galerie sur laquelle étoit portée la rampe des gradins, distribuoit par des escaliers dans les corridors et les votnitoires. Du reste, il serait difficile aujourd'hui de rendre

ï à ce monument, par le dessin, sou ancienne intégrité.

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Ce n'a été qu'après le tremblement de terre de ilifif), qu'en nivelant les terrains on en a découvert les ruines. On en voit encore quelques traces sur le sol de la place publique , dans l'arrachement d'un mur circulaire qui portoit la voûte de la plus basse des galeries intérieures; de sorte que le sol de la place publique actuelle n'est plus qu'à la hauteur de cinq gradius du niveau de l'arène.

Le théâtre est encore plus maltraité. Il le doit à la richesse des matériau» , qui ont tenté la cupidité des temps modernes. Ce qui en reste, et dont on doit encore la jouissance au prince de Biscari, prouve qu'il avoit la même grandeur que celui de Taorminium ( voyez ce mot) , et qu'il étoit généralement revêtu en marbre blanc de a pouces d'épaisseur. La scène , dont il ne subsiste plus rien , offrait dans sa décoration de grandes colonnes de granit qu'on a employées a la façade de la cathédrale

Attenant au grand théâtre, il y en avoit un autre qui lui étoit joint par un escalier de communication. On croit que ce pouvoit être un odeum ; il est aujourd'hui trop encombré pour qu'on puisse eo bien déterminer la dimension.

Tout près est une chapelle qu'on a pratiquée dans un bâtiment circulaire antique , qui probablement faisait partie des thermes, et que l'on voyoit au couvent des bénédictins. C'étoit un édilice très-considérable et magnifiquement orné de statues, de revetisseracns en marbre, de pavés en mosaïque, dont il existe des fragmens considérables dans le palais.

Quoiqu'il soit difficile d'assigner avec précision l'époque de la splendeur de l'antique Catania , le grand nombre d'inscriptions latines trouvées dans les thermes, l'amphithéâtre, la naumachie, tous édifices dont les usages s'annoncent comme particuliers aux Romains, pourrait iuduire a rapporter la date de leur construction au temps qui suivit la quatrième guerre punique, temps où les Romains restèrent tranquilles possesseurs de la Sicile.

L'époque de la ruine cl de la spoliation de tous les monument de celte ile est moins incertaine : c'est généralement aux Normands qu'on l'attribue ; c'est encore aux guerres des temps plus modernes donl la Sicile a fréquemment été le théâtre. De nos-jours ç'a été, connue on l'a dit, au zèle du prince de Biscari que la ville de Catania a dû de sortir du tombeau que les éruptions de l'Etna lui avoieut imposé. Nonseulement on lui doit la découverte des principaux mon u mens dont on a parlé, mais il en a formé un qui n'honore pas moins sa ville et sa mémoire ; c'est un grand et beau muséum où tous les genres d'antiquités se trouvent disposés avec autant de goût que de connoisBances. On y remarque uu recueil de toutes sortes de fragmens d'architecture antique , tels que chapi-

riaux de construction de tout genre.

In monument aussi curieux que singulier décore le nidieu de h place de Catanc. C'est un obélisque

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|| de granit d'Egypte, couvert de «ignés hiéroglvphiques , et dont on trouve un fragment semblable dans le muséum dont on vient de parler. On suppose qu'il servit autrefois d'ornement a la t/tina d'un cirque resté enseveli. Cet obélisque est porté sur le dos d'un éléphant colossal taillé dans une pierre de lave, qu'on donne pour être un ouvrage antique, mais du Bas-Empire. Il paraît probable qu'une composition semblable du Bernin, sur la place de la Minerve à Rome, aura pu faire naître a Catane l'idée de rap. procher ainsi ces deux morceaux d'antiquité. Ce rapprochement aurait eu cela de plus heureux, que l'éléphant fut l'ancien symbole de la ville. Peul-étre a-t-il encore l'avantage d'offrir un ajustement plus simple et plus naturel que celui de Bernin. L'inscription nous apprend que ce monument fut érigé eu 1^36.

CATENjE et CATENAT10NES. Ces mou signifient, dans Vitruve, les liaisons des pièces de bois de charpente entre elles, liaisons qui ont heu par la seule coupe du bois, et non par ce qu'on appellerait des chaînes de fer. C'est de cette façon que elavis , dans de pareils assemblages, ne signifie pas des clefs de serrurerie. Calenœ étant donc iri ce que nous appelons des tirans, on doit en conclure qu'elles signifient des pièces de bois mises en travers sur l'extrémité supérieure des poteaux rainés, pour les lier ensemble. C'est ce que donne encore à entendre clairement un autre passage de Vitruve, où cet écrivain, enseignant la manière de lier les solives des toits, recomuiaude d'employer des liens {calenœ) d'un bois qui ne soit pas sujet à se gâter par l'humidité. Calma- signifie donc ce que nos charpentiers appellent des liens. Ce sont des morceaux de bois qui ont un tenon à chaque bout, et qui, étant chevillés, entretiennent la charpenterie en tirant , de même que les esscliers et les jambettes entretiennent en résistant. Ils servent à attacher les membrures courbées aux solives du plancher ou aux cherrons du toit.

CATIIETE, s. f. On appelle ainsi dans la construction une ligne verticale qu'on suppose passer au milieu d'un corps cylindrique, comme une colonne. Plus ordinairement on donne à celte ligne le nom A'axe. Ce mot vient du grec kathelon , perpendiculaire.

On appelle du même nom la ligne verticale qui passe par le milieu de l'œil de la volute ionique, aplomb du nu inférieur de la colonne et du bas du tailloir du chapiteau. Cette ligne, ainsi nommée, a fait donner à l'œil de cette volute le nom de eatkète.

CAV-iEDIl M. Il est clair, et par la composition de ce mot, et par l'emploi qu'en ont fait Vitruve et Pline le jeune, que cavadium, chez les Romains, répondoit à ce que nous appelons la cour dans le* maisons dont la disposition comporte l'espace vide laissé eutre les corps de bâtiment qui l'environnent.

m cav

En effet , si l'on suppose plusieurs corps de logis formant ou un quadrangle ou un cercle dans la composition d'une maison, il sera vrai de dire que l'espace renfermé entre ces corps de logis ou de bâtiment peut être regardé comme le vide ou la cavité de cette maison , cava-adium , eu égard aux corps-pleins qui s'élèvent à l'entour.

De là il résulte qu'il y a une distinction élémentaire entre les mots cavadium, atrium , vettibulum et au/a, quoiqu'on ait très-souvent défini ces mots dans un même sens, et que souvent aussi les auteurs anciens aient pu les employer comme synonymes. Nous avons déjà fait voir au mot Atmiim {voyez cet article; en quoi il différoit du vettibulum, qui étoit moins une partie de la maison que de ce qui en formoit l'entrée. Quant à l'atrium , il faisoit réellement jiartie de la maison, et il étoit ordinairement placé entre le toblinum et le cavadium. Ce seroit improprement que ce dernier seroit appelé partie de la maison, puisqu'il iieli.il, comme on l'a dit, autre chose que le vide entre le corps des bàtimens dont la maison étoit composée.

Barbaro, et Palladio après lui, ont cru que cavadium et atrium étoieut deux espèces de vestibules; en sorte que atrium auroit été un vestibule nécessairement couvert, et cavadium un vestibule quelquefois couvert, quelquefois découvert. Mais ceci ne saurait être vrai selon Vitruvc , qui , après avoir parlé des cinq espicesde cavadium , fait un chapitre à part pour l'atrium, et eu fait, comme on |>eut le voira ce mot, une description toul-j-£ait différente. A toutes les espèces d'atrium il y avoit deux rangs de colouues, c'est-à-dire trois allées, une au milieu plus large que les deux collatérales; ce qui n'a aucuu rapport avec les cinq es|)èces de cavadium tels que \ itruve les décrit.

Ou les dislinguoit , selon cet auteur, par les noms »ui\»a» : tuscaiucum,corintfiium,tctrast) ton,di.<pluviatum , testudinatum , cour toscane , corinthienne , tétrastyle, découverte, et voûtée.

Le cavadium toscan étoit celui qui étoit abrité tout à l'entour par des auvents portés sur quatre poutres, que soutenoient quatre potences posées dans les angles rentrans des bàtimens élevés autour de la cour. Des gouttières, soutenues par des ais, jeloient les eaux du ciel dans la citerne, qui occu|wit le milieu du cavadium .

Le cavadium corinthien avoit une semblable disposition , quant aux solives et à la citerne (compluvtum) ; seulement la saillie des solives portées sur des colonnes étoit plus considérable.

Le cavadium tétrastvle, ou à quatre colonnes, étoit celui ou la saillie des solives de l'auvent n'avoit de support que les quatre colonnes situées aux quatre angles.

[m cavadium displuviatum ou découvert se dislinguoit par des chenaux portés sur les covaux, et par la privation totale d'auvent cl de gouttière. Cette

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disposition egayoit beaucoup les appartemens d'hiver, parce que le réceptacle des eaux du toit se trouvant ainsi élevé au-dessus de la maison, aucune avance ou saillie n'enlevoit de la lumière à l'intérieur des appartemens. Il y avoit toutefois un autre inconvénient, c'est que l'eau des toits s'engorgeoit quelquefois dans les tuvaux de descente, et, refluant par sa trop grande abondance, endommageoit les murs et quelquefois aussi los intérieur».

Le cavadium couvert cl voûté se pratiquoit ainsi lorsque la portée n'étoit pas trop considérable, et le dessus de cette couverture pouvoit servir à l'extension des habitations supérieures.

CAVE, s. f. On appelle ainsi, dans toutes les maisons, celle partie souterraine que l'on distribue ordinairement en espaces plus ou moins multipliés et voûté», et qui ont deux objets d'utilité, l'un de rendre le sol du bâtiment moins humide , et par conséquent l'habitation plus saine : voyez SoiTEUMl*), l'autre de contenir un grand nombre de provisions; mais surtout les vins, les liquides de tout genre, les bois et autres sortes de combustibles.

En envisageant les caves sous ce dernier emploi , particulièrement de la garde des vins , on observera de les pratiquer, autant qu'il est possible , exposées au nord. Généralement la hauteur de leurs voûtes ne doit guère excéder celle de 9 à to pieds sous clef. Trop d'élévation dissipe la fraîcheur, et devient pour le moins inutile. Lorsqu'on est obligé de leur donner une grande étendue, et qu'on craint la poussée des voûtes contre les murs latéraux, on pratique dans cet espace plusieurs piédroits, sur lesquels prennent naissance d'autres voûtes d'arète.

On doit constamment observer d'éloigner des fosses d'aisance les caves destinées aux vins. Malgré les contre-murs qu'on pratique, il est diflicile d'empêcher des transpirations dont les exhalaisons seraient ca|Kibles de gâter les vins.

Il convient que les principaux escaliers qui conduisent aux caves soient spacieux, commodes, et n'aient qu'une seule ram]>c droite, pour procurer la facilité de la descente des tonneaux.

Quant anx caves où l'on serre le bots on le char- Ikui , il suffit qu'elles ne soient pas humides ; pour 1 cela, on v ouvre des soupiraux du côté du midi, et on les fait assez grands pour permettre la circulation de l'air. On donne aux caves à bois pins de hauteur | qu'à celles qui sont pour le vin.

Dans les hàtimen* ordinaires, on construit les murs et les voûtes de caves en moellons qui doivent être maçonnés en mortier de chaux et sable , et non en plâtre, parce que l'humidité le décompose facilement. Dans les bàtimens d'une certaine importance, les murs et les voûtes de caves sont construits en moellons piqués, pour plus de propreté et de solidité, et I aussi pour éparguer l'enduit.

I Lorsque les voûtes doivent avoir pins de i5 pieds

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de diamètre et une longueur proportionnée , il est a propos, pour plus de solidité, d'y pratiquer des chaînes en pierre de taille , de distance en distance , avec des i aussi en pierre, et qui répondent aux chaînes , ut s'il doit se trouver au-dessus , soit d'autre*

La hauteur des eat-es est ordinairement depuis 7 jusqu'à i o pieds. On surbaisse la courbe du ccintre, |»ur diminuer leur élévation. Si elles doivent avoir beaucoup de largeur, au lieu de les voûter en berceau , ou construit dans le milieu , comme on l'a dit , •les piliers qui doivent être en pierre de taille, et on y fait reposer les voûtes d'arête, avec lunettes et dossercts.

Dans les bâtimens ordinaires, les murs des caves doivent tous répoudre a ceux du rez-de-chaussée, et avoir au moins 6 ponces de plus en épaisseur, afin d'offrir une retraite à ht construction supérieure.

Comme l'étage des caves est toujours environné d'un terre-plein, leurs murs reçoivent toujours plus d'épaiïseur qu'il n'en faut pour soutenir la poussée des \ n 1 1 1 1 s . d iiiit.int plus ' j m. la charge qui leur est imposée contribue encore à augmenter leur résistance. C'est pourquoi il est inutile de faire usage des chaînes de fer, des tirans ou des crampons pour retenir l'effort des voûtes, ainsi qu'on le pratique pour celles qui sont au rez-de-chaussée ou aux étages supérieurs.

Afin d'entretenir la sécheresse des caves, on a coutume de former leur sol avec une aire de recoupes provenant de pierre tendre , et bien battue.

Ca\ e. On appelle aussi de ce nom les souterrains qu'on pratique sous les églises , et qui ont long-temps servi à la sépulture des morts : cet usage sulwUte encore dans quelques pays.

CAVEA. Ce mot désignoit dans les amphithéâtres romains les loges, ordinairement souterraines, où l'on enfermoit les bètes féroces destinées aux combats de l'arène. Mais il paroit que de la désignation d'une partît de ce qui composoit l'ensemble d'un amphithéâtre , ce mot auroit pu être transporté à la signification de l'édifice entier. C'est ainsi qu'il est employé par A m mien Marcellin dans ce passage : Aller in amphithcatrali caved càm adfuiurus spcclaculis iittroirel.

Ou voit encore à beaucoup d'amphithéâtres les cavea ou les loges

ment placées sous les gradins, et elle! porte q m débouchoit dans l'arène. Ces des grilles. {Voyei AMPHiTHÉvrae.)

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