V. Canon
CANAILLE : Rusé, malicieux.
— Se dit amicalement. — « Elle m’a dit qu’elle me donnerait son adresse; mais je ne la lui ai pas demandée. — C’est canaille! »
(T. Delord.)
CANAGE : Agonie. (Colombey. V. Caner.
CANARD : Fausse nouvelle, récit mensonger inséré dans un
journal. — « Nous appelons un canard, répondit Hector, un fait qui a l’air d’être vrai, mais qu’on invente pour relever les Faits- Paris quand ils sont pâles. » (Balzac.) — « Ces sortes de machines de guerre sont d’un emploi journalier à la Bourse, et on les a, par euphémisme, nommées canards. » (Mornand.) — Une anecdote du tome Ier du Dictionnaire de V Industrie (Paris, Lacombe, 1776), semble nous livrer l’origine de ce mot :
On lit, dans la Galette d’agriculture, un procédé singulier pour prendre les canards sauvages. O11 fait bouillir un gland de chêne, fgros et long, dans une décoction de séné et de jalap ; on l’attache par le milieu à une ficelle mince, mais forte ; on jette le gland à l’eau. Celui qui tient le bout de la ficelle doit être caché. Le gland avalé purge le canard qui le rend aussitôt : un autre canard survient, avale ce même gland, le rend de même ; un troisième, un quatrième, un cinquième s’enfilent de la même manière.
On rapporte à ce sujet l’histoire d’un huissier, dans le Perche, près l’étang du Gué-de-Chaussée, qui laissa enfiler vingt canards ; ces canards, en s’envolant, enlevèrent l’hussier. La corde se rompit, et le chasseur eut la cuisse cassée.
Ceux qui ont inventé cette histoire auraient pu la terminer par une heureuse apothéose, au lieu de la terminer par un dénoûment aussi tragique.
La grossièreté de cette histoire , comme dit notre citation, — l’aura fait prendre comme type des contes de galette, et canard sera resté pour qualifier le genre entier.
On trouve « donner des canards :
tromper » dans le dictionnaire d’Hautel (180S).
CANARD : Imprimé banal
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crié dans la rue comme nouvelle importante. V. Canardier.
CANARD, COUAC : « Ces explosions criardes des instruments à vent si connues sous le nom de canards. » (A. Luchet )
— Le second mot est une onomatopée {couac) ; la comparaison d’une fausse note au cri du canard a fait former le premier.
CANARD : Sobriquet amical donné aux maris fidèles. Le canard aime à marcher de compagnie. — « Voici, mon canard, dit-elle... Or, le canard de madame Pochard, c’était son mari!
Il avait reçu de sa douce moitié ce sobriquet d’amour. » (Ricard.)
CANARD sans plumes : Nerf de bœuf servant à la correction des forçats. (Colombey.) — Jeu de mots signifiant grosse canne qui n’a pas la douceurdesplumes.
CANARDER : Tromper. — « On a trop canardé les paroissiens... avec la philanthropie. »
(Gavarni.)
CANARDIER : Crieur, confectionneur de fausses nouvelles.
— « Place au célèbre Edouard, le canardier par excellence, le roi des crieurs publics ! »
(Privât d’Anglemont.)
CANASSON : « Nom familier donné à leurs chevaux par les cochers de Paris. » (Lem. de Neuville.) — «Traitez de canassons les chevaux de M. de Lagrange. » (Marx.) — On dit en abrégeant can’son.
CANCAN : Se dit d’une certaine manière de danser le quadrille, avec des mouvements de bras, de jambes, de tète et de
croupe, non prévus par la chorégraphie régulière. Cette danse paraît être née dans le quartier Latin, sous la monarchie de Juillet; mais son nom existait déjà.
Le Dictionnaire du vieux langage de Lacombe (1766) explique ainsi le mot cancan : — « Grand tumulte ou bruit dans une compagnie d’hommes et de femmes. »
Cela répond assez exactement, on le voit, à la signification actuelle.
Messieurs les étudiants,
Montez à la Chaumière,
Pour y danser 1’ cancan.
Et la Robert-Macaire.
(Letellier, 1 8360
« Nous ne nous sentons pas la force de blâmer le pays Latin, car, après tout, le cancan est une danse fort amusante. »(L.Huart, 1840.) — M. Littré n’est pas aussi indulgent. Il dit : Cancan , sorte de danse inconvenante des bals publics, avec des sauts exagérés et des gestes impudents, moqueurs et de mauvais ton. Mot très-familier et mêmede mauvais ton. (Littré, 1864.) V. Chahut : — « Nous avons le cancan gracieux, la saint-simonienne, le demi-cancan, le cancan, le cancan et demi et le chahut. Cette dernière danse est la seule prohibée.» (Alphonse Karr.) — « On va pincer un léger cancan, mais bien en douceur. » (Gavarni.)
Voici, pour les archéologues, une description exacte du cancan d’il y a trente-cinq ans. Elle est extraite des Nouvelles a la main de 1841 :
« L’étudiant se met en place, les quadrilles sont formés. Dès la première figure se manifestent chez tous une frénésie de plaisir, une sorte de
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bonheur gymnastique. Le danseur se balance la tète sur l’épaule ; ses pieds frétillent sur le terrain salpêtré : à l’avant deux, il déploie tous ses moyens : ce sont de petits pas serrés et marqués par le choc des talons de bottes, puis deux écarts terminés par une lançade de côté. Pendant ce temps, la tête penchée en avant se reporte d’une épaule à l’autre, à mesure que les bras s’élèvent en sens contraire de la jambe. Le sexe ne reste pas en arrière de toutes ces gentillesses ; les épaules arrondies et dessinées par un châle trèsserré par le haut et traînant fort bas, les mains rapprochées et tenant le devant de sa robe, il tricotte gracieusement sous les volans de sa jupe que soulèvent des petits coups de pied réitérés ; tourne fréquemment sur luimême, ét exécute des reculades saccadées qui détachent sa cambrure. Toutes les figures sont modifiées par les professeurs du lieu, de manière à multiplier le nombre des : En avant quatre A tous ces signes, il n’est pas possible de méconnaître que ce qu’on danse à la Chaumière. C’est le... cancan. » (Roqueplan.)
CANCANER : Danser le cancan. — « J’ai cancané que j’en ai pus de jambes. » (Gavarni.)
CANCRE : Mauvais élève. — Allusion au cancre de mer qui recule au lieu d’avancer. V. Piocheur.
CANE : Mort. V. Canage. — C’est l’heure où l’on a peur, où on cane.
CANELLE : Caen. — C’est un diminutif avec transposition de la seconde voyelle.
CANER : Avoir peur, reculer, plonger , comme fait une cane.
— Vieux mot. — « Par Dieu!
qui fera la cane de vous aultres, je me donne au diable si je ne le fais moyne. » (Rabelais.)— «Lau¬
rent de Médicis... voyant mettre le feu à une pièce qui le regardait, bien luy servit de faire la cane, car aultrement le coup qui ne lui rasa que le dessus de la teste luy donnait dans l’estomach. » (Montaigne.) — « Oui, vous êtes vraiment français; vous n’avez cané ni l’un ni l’autre. »
(Marco de Saint-Hilaire.)
. Madame prend son criard,
Monsieur cane comme une victime.
(Festeau.)
CANER la pégrenne : Mourir de faim. (Colombey.)
CANER : Agoniser, mourir.
(Vidocq.) — Les approches de la mort vous font peur, vous font caner. V. Rengr acier.
CANER : Aller à la selle. (Moreau C.)
CANESON (mon vieux): Terme d’amitié. Mot à mot : mon vieux cheval. V. Canasson.
CANEUR : Poltron.
CANICHE : Ballot carré. (Vidocq. — Sa couverture de toile se prend par les coins qui forment des oreilles semblables à celles d’un petit chien.
CANIF dans le contrat { donner un coup de) : Commettre une infidélité conjugale. — « Et puis ces messieurs, comme ils se gênent pour donner des coups de canif dans le contrat ! La Galette des Tribunaux est pleine de leurs noirceurs, aussi nous sommes trop bonnes. » (Festeau.) — « Elle avait tellement trépigné dans le coup de canif, que c'est à peine s’il restait quelque chose du contrat. » {Vie parisienne, 55.) — «La