CHEVAUX A DOUBLE SE
MELLE : Jambes. — « Tiens, apprête tes chevaux à double semelle, prends ce paquet et valse jusqu’aux Invalides. » (Balzac.)
CHEVELU : Romantique. — > Les longs cheveux étaient de mode dans l’école romantique de 3o. — « Il peuplait mon salon de jeunes célébrités de l’école chevelue. »
(L. Reybaud.) — « L’art chevelu a fait une révolution pour abolir les tirades de l’art bien peigné. »
(Idem). — « On connaît peu le restaurateur Dinochau. C’est un homme que le commerce des littérateurs chevelus a rendu spirituel. » (Marx, 65.)
CHEVEU : Inquiétude, souci aussi tourmentant qu’un cheveu dans le gosier. — cc Veux-tu que je te dise, t’as un cheveu. — Eh bien! oui, j’ai un cheveu. »
(Monselet.)
CHEVEUX (il a de beaux) : Il a mauvaise mine. Se dit de n’importe quoi et de n’importe qui.
CHEVEUX (Avoir mal aux) :
Avoir la tête lourde un lendemain d’ivresse.
CHEVILLES : Pommes de terre frites. (Rabasse.) Allusion de forme, ou jeu de mots. (Elles bouchent un trou à l’estomsc.)
CHEVISTE : Partisan de la réforme musicale de Chevé. — « Avant trois mois, les chevistes seront sur les dents. » (S. Loudier, 72.)
CHÈVRE : (Gober ou prendre sa) : Mettre en colère. — La chèvre est peu endurante de sa nature. — Mot ancien. « Prenez que la raison lui eût mis de l’eau
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dans son vin ou que son amitié d’autrefois fût fâchée d’avoir pris la chèvre. » (Vadé, 1744.)
CHEVRON : Récidive. (Vidocq.)
CHEVRONNÉ : Récidiviste.— Allusion aux chevrons qui marquent l’ancienneté du service militaire.
CHIC : Mot d’acceptions fort diverses et fort répandues dans toutes les classes. C’est le vieux mot de langue romane chic (finesse, subtilité), qui a fait notre mot chicane. — « J’espère avec le temps que j’entendrai le chic , »
dit du Lorens, un poète satirique du xvie siècle qui était en même temps magistrat. Dans la Henriade travestie , Fougeret de Monbron écrit plus tard :
La Discorde qui sait le chic En fait faire un décret public.
Le chic était donc jadis la science du fin. Il s’emploie aujourd’hui dans les cinq acceptions suivantes :
Chic : Distinction. — Le mot serait ancien dans ce sens. A propos de Reine Audu, la reine des halles, une des héroïnes de nos fastes révolutionnaires, le père Duchesne dit : « Quel chic la liberté donne aux femmes! » (Intermédiaire du 10 octobre 65.) — « Le port des ordres veut de l’élégance sans afféterie, de la tenue sans pose et une aisance qui ne soit pas du sans-gêne; enfin ce qu’on appelait la race au siècle der nier; 1 ebonton ilyacinquanteans; c’était moins et c’était plus que le chic d’aujourd’hui. » ( Vie paris. , 66.) — « Petite friponne ! auraient
dit nos grands-pères... Elle a du chic, ou mieux encore elle a du chien, ou elle a du zing, s’écrient les gentlemen, leurs petits-fils. »
(E. Villars, 66.)
Chic : Élégance de toilette ou d’ameublement. — « Vous serez ficelé dans le chic. » (Montépin.) — « L’officier qui a du chic est celui qui serre son ceinturon de manière à ressembler à une gourde. » (Noriac.) — « Lambert fut enchanté de son gîte. C’est le dernier mot du vrai chic, dit-il. »
(About.) — A l’école de St-Cyr, sous le premier empire, chic était déjà synonyme d’élégance militaire. V. Tic.
Etre au chic : Etre bien vêtu.
(Rabasse.)
Chic : Cachet artistique, originalité. — « Il lui révéla le sens intime de l’argot en usage cette semaine-là, il lui dit ce que c’était que chic, galbe, etc. » (Th.
Gautier, 38.) — « Une première série du Carnaval de Gavarni est loin d’avoir le chic étourdissant de la seconde. » (E. de Mirecourt.)
Chic: Facilité banale, n’ayant rien de sérieusement étudié. — »
C’est le contraire de la signification précédente. Il y a eu sans doute réaction contre l’abus inconsidéré du mot. De là cette divergence ironique. — « C’étaient là de fameux peintres. Comme ils soignaient la ligne et les contours! comme ils calculaient les proportions! ils ne faisaient rien de chic ou d’après le mannequin.»
(La Bédollière.) — « Un paysage d’une délicieuse naïveté. Il n’y a là dedans ni chic ni ficelles. »
(Alph. Karr.)
Le mot chic pris dans ce dçr-
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nier sens, a fini par s’appliquer à la littérature, à l’art oratoire. — « Parleur de chic, comme disent les artistes, il fait de l’amplification. » (P. Véron.)
Chic : Mauvais genre , genre trop accusé. — « Ce chic que le tripot colle à l’épiderme des gens et qui résiste à toute lessive comme le masque des ramoneurs. »
(P. Féval.)
CHIC, CHIQUE : Distingué, opulent, qui a du chic. « Ça un homme chic! C’est pas vrai, c’est un calicot. » ( Les Cocottes , 64.) — « C’est chique et bon genre. »
(Ricard.) — «Ah ! voilà ma femme chic! Madame, j’ai l’honneur d’être. » (De Goncourt.) — « Ceux quî dansent ce sont des gueux.
Les gens chic font cercle autour d’eux. » (Blavet.)
CHICAN : Marteau. (Halbert.)
CHICANDARD : V. Chicard , Chicarder.
CH1CANDER : Danser le pas
chicard. — « Chicard est français
de cœur, sinon de grammaire, bien qu’il ne soit pas encore du Dictionnaire de l’Académie. ..
L’homme de génie qui s’est fait appeler Chicard a modifié complètement la chorégraphie française... Chicard existe, c’est un primitif, c’est une racine, c’est un règne. Chicard a créé chicandard, chicarder, chicandarder ; l’étymologie est complète. » (Taxile Delord.) V. Chicarder .
CHICANE (grinchir à la), CHERCHER CHICANE : Prendre la bourse ou la montre d’une personne en lui tournant le dos.
Ce genre de vol exige une grande dextérité. (Vidocq.)
CHICARD : Personnage de carnaval (à la mode de i83o à 5o).
Son costume, bizarre assemblage d’objets hétéroclites, se composait le plus souvent d’un casque à plumet colossal, d’une blouse de flanelle et de bottes fortes. Ses
bras à moitié nus s’enfoncaient
dans des gants de grosse cavalerie. Le premier qui mit ce costume à la mode était un marchand de cuirs; son chic le fit nommer Chicard. 11 inventa un pas nouveau, dit pas chicard . — « Et puis après est venu Chicard, espèce de Masaniello qui a détrôné l’aristocratie pailletée des marquis, des sultans et a montré le premier un manteau royal en haillons. »
(M. Alhoy.) — « La sage partie du peuple français a su bon gré à maître Chicard d’avoir institué son règne de mardi -gras. » (J.
Janin.)
CHICARD, CHICANDARD, CHI CO CAN DARD, CHICAN- CARDO : Très-chic, remarquable. — « On y boit du vin qu’est chicandard , chicancardo. » (Vacherot, Chanson , 5i.) — « Une dame très- belle, très -coquette, très élégante, en un mot trèschicandarde. » (Ed. Lemoine.) — • « Un auteur plus chicocandard.»
(Th. Gautier.) — « Un déjeuner chicocandard. » (Labiche.) V.
Chocnoso.
CHICARD (pas) : Manière de danser imitant celle de M. Chicard. Le pas chicard s’est conservé jusqu’à nous sous le nom de chicorée. — « Mais qu’aperçois-je au bal du Vieux-Chêne ? Paméla dansant le pas chicard. » (Chauvelot aine.)
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CHICARDER : Danser le pas chicard. — « Quand un bal de grisettes est annoncé, le vaurien vachicarder avec les couturières.»
(Deriège.) — « Le nom de Chicard est devenu célèbre... Enhn on a fait un adjectif de ce nomlà et même on en a fait un verbe :
Homme- chiquart , habit-chiquart, chiquarder , chiquander. » (Jules Janin.)
CHICARDOT: Poli. (Halbert.)
CHICMANN : Tailleur. ( Almanach des Débiteurs , 5i.) — Allusion aux noms germaniques qui abondent chez les tailleurs.
CHICORÉE (fort de) : V. Café.
CHIEN : Chien. — Compagnon.
«Tu passeras renard ou aspirant, après ça tu deviendras chien ou compagnon. » (Biéville.)
CHIEN : Tracassier. — « Le chef est chien ou bon enfant. Le chien est dur, exigeant, tracassier méticuleux. » (Balzac.)
CHIEN : Avare. — Horace (1. II, sat. 2) emploie le mot canis pour signifier avare.
CHIEN : Flamme artistique, feu sacré. — Abréviation de sacré chien (eau-de-vie, pris dans une acception figurée.) — «X... disait de Mlle Honorine qu’elle a du chien dans la voix. — Du chien, fit Z..., c’est trop peu dire... C’est une meute! ! ! » (Marcx.) — « Le style avait du flou, l’alinéa du chien. »
(Michu.)
CHIEN : Eau-de-vie. V. sacré chien.
CHIEN : Originalité, cachet.
Qu’a donc, disait Chose à Machin,
Ce laideron qui passe et repasse?
Du chien...
C’est donc pour cela qu’elle chasse Si bien... (E. Villars.)
« Quel chien! Tourne-moi un peu. Et il sifflottait : c’est un Rubens. » (Vie parisienne , 66.) — Elle a réellement du chien, cette femme -là. » (Droz.) V. Sacré chien.
CHIEN (de) : Excessif. — On dit :
une faim de chien , un mal de chien , une soif de chien.
CHIEN (n’être pas) : Être bon, de qualité supérieure. — « Voilà du pomard qui n’est pas chien. Il y en a six bouteilles. Je ne verse qu’une tournée. Nous boirons le reste à l’office. » (Bertall.)
N’ être pas chien en affaires :
Aller grandement, sans chicane.
CHIEN, CHIENCHIEN : Mot d’amitié. Le chien symbolise la fidélité. — « Mon petit chien !
C’est aujourd’hui la manière de commencer une lettre d’amour dans tous les mondes. ( Paris Caprice , 75.)
CHIEN DE RÉGIMENT : Caporal ou brigadier. — Sa mission est un peu celle du chien de berger.