‹ Dictionnaire historique d'argot; des excentricités du language, augmentée d'un supplément, mis à la hauteur des révolutions du jourChapitre 131 sur 622 · CHEVAUX A DOUBLE SE · texte numérisé non relu

CHEVAUX A DOUBLE SE

MELLE : Jambes. — « Tiens, apprête tes chevaux à double semelle, prends ce paquet et valse jusqu’aux Invalides. » (Balzac.)

CHEVELU : Romantique. — > Les longs cheveux étaient de mode dans l’école romantique de 3o. — « Il peuplait mon salon de jeunes célébrités de l’école chevelue. »

(L. Reybaud.) — « L’art chevelu a fait une révolution pour abolir les tirades de l’art bien peigné. »

(Idem). — « On connaît peu le restaurateur Dinochau. C’est un homme que le commerce des littérateurs chevelus a rendu spirituel. » (Marx, 65.)

CHEVEU : Inquiétude, souci aussi tourmentant qu’un cheveu dans le gosier. — cc Veux-tu que je te dise, t’as un cheveu. — Eh bien! oui, j’ai un cheveu. »

(Monselet.)

CHEVEUX (il a de beaux) : Il a mauvaise mine. Se dit de n’importe quoi et de n’importe qui.

CHEVEUX (Avoir mal aux) :

Avoir la tête lourde un lendemain d’ivresse.

CHEVILLES : Pommes de terre frites. (Rabasse.) Allusion de forme, ou jeu de mots. (Elles bouchent un trou à l’estomsc.)

CHEVISTE : Partisan de la réforme musicale de Chevé. — « Avant trois mois, les chevistes seront sur les dents. » (S. Loudier, 72.)

CHÈVRE : (Gober ou prendre sa) : Mettre en colère. — La chèvre est peu endurante de sa nature. — Mot ancien. « Prenez que la raison lui eût mis de l’eau

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dans son vin ou que son amitié d’autrefois fût fâchée d’avoir pris la chèvre. » (Vadé, 1744.)

CHEVRON : Récidive. (Vidocq.)

CHEVRONNÉ : Récidiviste.— Allusion aux chevrons qui marquent l’ancienneté du service militaire.

CHIC : Mot d’acceptions fort diverses et fort répandues dans toutes les classes. C’est le vieux mot de langue romane chic (finesse, subtilité), qui a fait notre mot chicane. — « J’espère avec le temps que j’entendrai le chic , »

dit du Lorens, un poète satirique du xvie siècle qui était en même temps magistrat. Dans la Henriade travestie , Fougeret de Monbron écrit plus tard :

La Discorde qui sait le chic En fait faire un décret public.

Le chic était donc jadis la science du fin. Il s’emploie aujourd’hui dans les cinq acceptions suivantes :

Chic : Distinction. — Le mot serait ancien dans ce sens. A propos de Reine Audu, la reine des halles, une des héroïnes de nos fastes révolutionnaires, le père Duchesne dit : « Quel chic la liberté donne aux femmes! » (Intermédiaire du 10 octobre 65.) — « Le port des ordres veut de l’élégance sans afféterie, de la tenue sans pose et une aisance qui ne soit pas du sans-gêne; enfin ce qu’on appelait la race au siècle der nier; 1 ebonton ilyacinquanteans; c’était moins et c’était plus que le chic d’aujourd’hui. » ( Vie paris. , 66.) — « Petite friponne ! auraient

dit nos grands-pères... Elle a du chic, ou mieux encore elle a du chien, ou elle a du zing, s’écrient les gentlemen, leurs petits-fils. »

(E. Villars, 66.)

Chic : Élégance de toilette ou d’ameublement. — « Vous serez ficelé dans le chic. » (Montépin.) — « L’officier qui a du chic est celui qui serre son ceinturon de manière à ressembler à une gourde. » (Noriac.) — « Lambert fut enchanté de son gîte. C’est le dernier mot du vrai chic, dit-il. »

(About.) — A l’école de St-Cyr, sous le premier empire, chic était déjà synonyme d’élégance militaire. V. Tic.

Etre au chic : Etre bien vêtu.

(Rabasse.)

Chic : Cachet artistique, originalité. — « Il lui révéla le sens intime de l’argot en usage cette semaine-là, il lui dit ce que c’était que chic, galbe, etc. » (Th.

Gautier, 38.) — « Une première série du Carnaval de Gavarni est loin d’avoir le chic étourdissant de la seconde. » (E. de Mirecourt.)

Chic: Facilité banale, n’ayant rien de sérieusement étudié. — »

C’est le contraire de la signification précédente. Il y a eu sans doute réaction contre l’abus inconsidéré du mot. De là cette divergence ironique. — « C’étaient là de fameux peintres. Comme ils soignaient la ligne et les contours! comme ils calculaient les proportions! ils ne faisaient rien de chic ou d’après le mannequin.»

(La Bédollière.) — « Un paysage d’une délicieuse naïveté. Il n’y a là dedans ni chic ni ficelles. »

(Alph. Karr.)

Le mot chic pris dans ce dçr-

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nier sens, a fini par s’appliquer à la littérature, à l’art oratoire. — « Parleur de chic, comme disent les artistes, il fait de l’amplification. » (P. Véron.)

Chic : Mauvais genre , genre trop accusé. — « Ce chic que le tripot colle à l’épiderme des gens et qui résiste à toute lessive comme le masque des ramoneurs. »

(P. Féval.)

CHIC, CHIQUE : Distingué, opulent, qui a du chic. « Ça un homme chic! C’est pas vrai, c’est un calicot. » ( Les Cocottes , 64.) — « C’est chique et bon genre. »

(Ricard.) — «Ah ! voilà ma femme chic! Madame, j’ai l’honneur d’être. » (De Goncourt.) — « Ceux quî dansent ce sont des gueux.

Les gens chic font cercle autour d’eux. » (Blavet.)

CHICAN : Marteau. (Halbert.)

CHICANDARD : V. Chicard , Chicarder.

CH1CANDER : Danser le pas

chicard. — « Chicard est français

de cœur, sinon de grammaire, bien qu’il ne soit pas encore du Dictionnaire de l’Académie. ..

L’homme de génie qui s’est fait appeler Chicard a modifié complètement la chorégraphie française... Chicard existe, c’est un primitif, c’est une racine, c’est un règne. Chicard a créé chicandard, chicarder, chicandarder ; l’étymologie est complète. » (Taxile Delord.) V. Chicarder .

CHICANE (grinchir à la), CHERCHER CHICANE : Prendre la bourse ou la montre d’une personne en lui tournant le dos.

Ce genre de vol exige une grande dextérité. (Vidocq.)

CHICARD : Personnage de carnaval (à la mode de i83o à 5o).

Son costume, bizarre assemblage d’objets hétéroclites, se composait le plus souvent d’un casque à plumet colossal, d’une blouse de flanelle et de bottes fortes. Ses

bras à moitié nus s’enfoncaient

dans des gants de grosse cavalerie. Le premier qui mit ce costume à la mode était un marchand de cuirs; son chic le fit nommer Chicard. 11 inventa un pas nouveau, dit pas chicard . — « Et puis après est venu Chicard, espèce de Masaniello qui a détrôné l’aristocratie pailletée des marquis, des sultans et a montré le premier un manteau royal en haillons. »

(M. Alhoy.) — « La sage partie du peuple français a su bon gré à maître Chicard d’avoir institué son règne de mardi -gras. » (J.

Janin.)

CHICARD, CHICANDARD, CHI CO CAN DARD, CHICAN- CARDO : Très-chic, remarquable. — « On y boit du vin qu’est chicandard , chicancardo. » (Vacherot, Chanson , 5i.) — « Une dame très- belle, très -coquette, très élégante, en un mot trèschicandarde. » (Ed. Lemoine.) — • « Un auteur plus chicocandard.»

(Th. Gautier.) — « Un déjeuner chicocandard. » (Labiche.) V.

Chocnoso.

CHICARD (pas) : Manière de danser imitant celle de M. Chicard. Le pas chicard s’est conservé jusqu’à nous sous le nom de chicorée. — « Mais qu’aperçois-je au bal du Vieux-Chêne ? Paméla dansant le pas chicard. » (Chauvelot aine.)

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CHICARDER : Danser le pas chicard. — « Quand un bal de grisettes est annoncé, le vaurien vachicarder avec les couturières.»

(Deriège.) — « Le nom de Chicard est devenu célèbre... Enhn on a fait un adjectif de ce nomlà et même on en a fait un verbe :

Homme- chiquart , habit-chiquart, chiquarder , chiquander. » (Jules Janin.)

CHICARDOT: Poli. (Halbert.)

CHICMANN : Tailleur. ( Almanach des Débiteurs , 5i.) — Allusion aux noms germaniques qui abondent chez les tailleurs.

CHICORÉE (fort de) : V. Café.

CHIEN : Chien. — Compagnon.

«Tu passeras renard ou aspirant, après ça tu deviendras chien ou compagnon. » (Biéville.)

CHIEN : Tracassier. — « Le chef est chien ou bon enfant. Le chien est dur, exigeant, tracassier méticuleux. » (Balzac.)

CHIEN : Avare. — Horace (1. II, sat. 2) emploie le mot canis pour signifier avare.

CHIEN : Flamme artistique, feu sacré. — Abréviation de sacré chien (eau-de-vie, pris dans une acception figurée.) — «X... disait de Mlle Honorine qu’elle a du chien dans la voix. — Du chien, fit Z..., c’est trop peu dire... C’est une meute! ! ! » (Marcx.) — « Le style avait du flou, l’alinéa du chien. »

(Michu.)

CHIEN : Eau-de-vie. V. sacré chien.

CHIEN : Originalité, cachet.

Qu’a donc, disait Chose à Machin,

Ce laideron qui passe et repasse?

Du chien...

C’est donc pour cela qu’elle chasse Si bien... (E. Villars.)

« Quel chien! Tourne-moi un peu. Et il sifflottait : c’est un Rubens. » (Vie parisienne , 66.) — Elle a réellement du chien, cette femme -là. » (Droz.) V. Sacré chien.

CHIEN (de) : Excessif. — On dit :

une faim de chien , un mal de chien , une soif de chien.

CHIEN (n’être pas) : Être bon, de qualité supérieure. — « Voilà du pomard qui n’est pas chien. Il y en a six bouteilles. Je ne verse qu’une tournée. Nous boirons le reste à l’office. » (Bertall.)

N’ être pas chien en affaires :

Aller grandement, sans chicane.

CHIEN, CHIENCHIEN : Mot d’amitié. Le chien symbolise la fidélité. — « Mon petit chien !

C’est aujourd’hui la manière de commencer une lettre d’amour dans tous les mondes. ( Paris Caprice , 75.)

CHIEN DE RÉGIMENT : Caporal ou brigadier. — Sa mission est un peu celle du chien de berger.

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