‹ Dictionnaire historique d'argot; des excentricités du language, augmentée d'un supplément, mis à la hauteur des révolutions du jourChapitre 341 sur 622 · V. Caroubleur · texte numérisé non relu

V. Caroubleur

PLUME DE BEAUCE : Paille.

— La Beauce est riche en céréales. — « Quelle poésie! la paille est la plume de Beauce. » (Balzac.)

PLUMET (Avoir son) : S’enivrer, s’empourprer le visage comme un plumet d’uniforme.

— « N’est-ce pas que j’ dois vous faire l’effet d’avoir c’qui s’appelle un plumet? Messieurs, c’est le picton ! » (Voizo.)

PLUS QUE ÇA de chic ! Plus que ça de monnaie ! Plus que ça de genre : Quel chic! quelle fortune! quel genre ! Mot à mot: Tu n’as pas plus que ça de chic ? etc.

La négation est ironique comme dans 11 n’est rien chic. V. Rien.

— « Mazette ! pus que ça de chic !»

(E. Blondet.) — « Mon homme a la croix d’honneur. Pus que ça d’ monnaie! » (Ricard.)

Pour abréger, on dit aussi Qiæ ça : « C’est la voiture du vicomte de Saint-Remy. — Que ça de genre? merci! » (E. Sue.)

PLUS SOUVENT : Jamais. — « Ma sainte te ressemble, Nini.

— Plus souvent que j’ai un air chose comme ça! » (Gavarni.) V. Rasoir.

POCHARD : Ivrogne, ivre.

Mot à mot : buveur qui a rempli sa poche ou son estomac. — «Je ne sais pas ce que j’ai... je crois que je suis un peu pochard. »

(M. Michel.)

POCHARDER : Enivrer.

Puisque tu soldes ma dépense,

Je n’ me pochard’rai qu’avec toi.

(Festeau.)

POI

POI

POCHÀRDERIE : Ivrognerie.

(Vidocq, 37.)

POCHE : Même sens que pochard, dont il est l’abréviation.

POCHON : Contusion. — « Suivant qu’un pochon bien appliqué vient nuancer un œil ou froisser un nez. » (H. Rolland.)

POÉTRIAU : Petit poète sans valeur. — « Des peintres, des poétriaux. » (Balzac.)

POGNE : Voleur. — Mot à mot : qui empoigne. V. Empogne. — « La pogne pour fendre un archer levait déjà le bras. y> (Grandval, 1726.) V. Poigne.

POGNON, Poignon : Argent.

(Halbert.) — Mot à mot : ce qui se prend et passe dans la main ou pogne. — « Casque donc ton pognon, mon vieux. » ( Almanach du Hanneton , 67.) — « Est-il homme à lâcher son poignon ? »

(Cavaillé.)

POIGNE, POGNE : Main. (Vidocq.) — La main empoigne . — « J’ai la poigne solide, ça me suffit, et je vous étrangle. » (E.

Lemoine.) V. Loubion, Bridon.

POIGNE (A) : Qui n’hésite pas à prendre des mesures de rigueur. Mot à mot : qui empoigne ou fait empoigner (arrêter) sans hésiter. C’est un mot du second empire où on a parlé beaucoup des préfets à poigne (prononcez pogne). — « Un de ces ministres à poigne qui ne reculent devant aucun moyen. »

( Liberté , 75.)

POIGNET (Mme veuve) : Onanisme. — Cette image sinistre en dit plus que tout le

traité de feu Tissot sur le danger d’une telle monomanie.

POIGNON : V. Pognon.

POIL : Réprimande. — « Et quand tu es rentré, tu as dù attraper un fier poil? — Ne m’en parle pas, on 'm’a envoyé coucher sans souper. » ( Evénement .) — « Je suis allé rendre visite au colonel qui m’a administré un poil. » ( Comm . de Loriot.)

POIL (A) : Résolu. Motàmot:

ayant du poil au cœur. V. plus bas. — « Des bougres à poil, déterminés à vivre libres ou mourir. » (Hébert, 1793.)

POIL (A) : De talent. — «M’est avis qu’il faut z’être un artiste à poil pour ça. » (Désaugiers.)

POILS (A) : Nu. Mot à mot :

sans autre vêtement que ses poils.

POIL AU CŒUR (Avoir du) :

Avoir du courage. — Le poil est un signe de virilité. Le plus souvent cœur est remplacé par un mot qui a la mêmelettre initiale.

— «Quoi! dit-il, ta valeur lassée!... Popule, as-tu du poil au cœur?» (A. Lagarde, le Bonhomme Popule, Pau, 36.)

POIL DANS LA MAIN (Avoir un) : Être fainéant. (Dhautel.) — On dit plus longuement : Il a un poil dans la main qui l’empêche de travailler, pour faire entendre que la cause de son inaction est imaginaire.

POIL (Faire le) : Surpasser.

Mot à mot : raser. — « 11 n’y a pas moyen de me taire le poil. »

j (Vidal, 35.)

POI

POILS (Monter à) : Monter un cheval sans selle. Mot à mot :

n’ayant que ses poils pour couverture. — « Je sautai à bas de mon cheval. 11 me regarda, disant étonné : Comment! à poil!.. »

(Souvenirs de Krettly, 09.)

POIL (Tirer le), Tomber sur le poil : Battre. Mot à mot :

prendre aux poils, c’est-à-dire aux cheveux.

POINT : Monnaie. V. Croix.

POINT DE COTÉ : Créancier, chanteur exploitant les hommes qui ont certains vices. — Allusion à la gêne causée par le mal de ce nom.

POINTE (Avoir sa) : Avoir un commencement, une pointe d’ivresse.

POIRE (Faire sa) : Jouer le dédain. — Allusion à la moue qui allonge les lèvres en gonflant les joues. — « Je pourrais m’en targuer et faire ma poire. » (L.

Poilet.)

POIREAUX (Il est comme les) : Il est vert et vigoureux malgré ses cheveux blancs. — Allusion à la racine chevelue et blanche du poireau. — L’expression n’est pas d’hier. — « Tu me reproches mon poil grisonnant et ne consydère point comment il est de la nature des pourreaux esquelz nous voyons la teste blanche et la queue verte, droicte et vigoureuse. » (Rabelais, 1. III, ch. xviii, Pantagruel.)

POISON : « Sobriquet outrageant que l’on donne aux courtisanes les plus viles. » (Dhautel, o'i.) — «O poison ! disait mademoiselle P ... — Égout des cœurs !

POI

répliquait mademoiselle T... »

(J. Janin.) V. Drogue.

POISSE : Voleur. (Halbert.)

— De poisser.

POISSER : Voler. — Allusion aux propriétés de la poix qui retient tout ce qu’elle touche.

Page 1