‹ Dictionnaire historique d'argot; des excentricités du language, augmentée d'un supplément, mis à la hauteur des révolutions du jourChapitre 90 sur 622 · BOUILLON DE CANARD · texte numérisé non relu

BOUILLON DE CANARD

Eau.

Jamais mon gosier ne se mouille

Avec du bouillon de canard. (Dalès.)

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BOUILLON POINTU : Lavement. — Double allusion à sa canule et à son contenu. — « Dieu !

qu’est-ce que je sens? — L’apothicaire. poussant sa pointe : C’est le bouillon pointu. » ( Parodie de Z aire.)

Le meilleur looch et le meilleur topique,

C’est un bouillon pointu. (Festeau.)

BOUILLON POINTU : Coup de baïonnette. — ce Toi, tes Cosaques et tous tes confrères, nous te ferons boire un bouillon pointu. » (Layale, i855.)

BOUIS : Fouet. (Halbert.)

BOUISBOUIS : Marionnette.

Onomatopée imitant le cri de Polichinelle. — cc Le véritable magicien est celui qui ensecrète les bouisbouis. » (Privât d’Anglemont.)

BOUISBOUIS : Petit théâtre, tripot. — De bonis : cloaque, maison de boue. (Dhautel.) — « Le bouis-bouis est le café-concert qui a pour montre un espalier de femmes. Le théâtre qui en étale est un bouis-bouis. »

( 1 86 1 , A. Daunay.)

M. Th. Gautier écrit bouigbouig. — « Ces tréteaux sans prétention qu’on nomme des bouigsbouigs dans un nom peu académique maisqui finira par prendre place au Dictionnaire. » (Th. Gautier.)

BOUISER : Fouetter. ( Halbert.)

BOULANGER : Diable. (Vidocq.)— Ironie de couleur. Il est aussi noir que le boulanger est blanc, et il met au four de l’enfer.

— Moreau Christophe donne avec ce sens la Boulangère.

BOULANGER : Charbonnier.

— Ironie de couleur. Le noir est mis pour le blanc.

BOULANGER (remercier son) :

V. Mourir. — Même allusion que dans perdre le goût du pain. V.

Pipe ( casser sa).

BOULE : Foire, fête (Vidocq.)

BOULE : Tête. — Elle est ronde comme une boule. — « Vu l’épaisseur de ces boules de campagnes. » (Balzac.) — « ils ont la boule noirecomme del’encre.»

(Cogniard, 1 83 1 . ) — « Bonne boule, n’est-ce pas? figure respectable. » (L. Reybaud.) — ((Polissonne de boule, en fais-tu des caprices! » ( Les Amours de May eux , 1 83 3 .)

BOULE (perdre la) : Perdre la tête, devenir fou. (Caillot, 1829.)

— « Et six cents gredins prétendent changer tout cela avec une boule dans une urne! C’est le cas de dire qu’ils perdent la boule ! »

(Félix Pyat, 1871.)

BOULE DE LOTO : Œil saillant et rond, comme une boule de loto.

BOULE DE NEIGE : Nègre.

— Ironie de couleur.

BOULE DE SON : Figure tachée de rousseurs, qui sont aplées aussi taches de son.

BOULE DE SON : Pain de munition. — Il contenait autrefois beaucoup de son.

BOULE JAUNE : Potiron. (Colombey.)

BOULENDOS ; Bossu. (Vi-

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docq.) — Il semble avoir une boule dans le dos.

BOULER : Refuser. — Même étymologie que Blackbouler.

« Le marquis : Ne m’en parle plus... je l’ai boulé avec perte; tu seras la femme d’Oscar.

Yseult : Mon père, je connais mes devoirs, j’obéirai; l’un ou l’autre, ça m’est bien égal. » (Marquer)

BOULER : Battre. Mot à mot :

Faire rouler son adversaire comme une boule.

Si tu dis mot, j’ te boule.

( Chansons , Avignon, 1 8 1 3 . )

BOULET : Personne dont on ne peut se débarrasser. — Allusion au boulet traîné par les militaires. — « Bal à la Renaissance ce soir. Lâche ton boulet! » Gavarni.)

BOULET A QUEUE : Melon.

(Vidocq.)

BOULETTE : Petite faute. Un peu plus grave, elle devient une brioche. On appelle sale pâtissier , un homme peu soigneux ou tripotant des affaires véreuses. La pâtisserie est-elle redevabledeces acceptions aux soins minutieux qu’exige son exercice? En ce cas, •il faut sous-entendre mauvaise avec brioche et boulette. V. Brioche. — « Faut croire que j’ai lâché quelque boulette. » (Frémy.)— « Enfin, un quaker l’a prise en pitié, et dit : Fille, tu as fait une boulette. » (M. Alhoy.)

BOULEVARDIER : Homme qu’on rencontre tous les jours flânant sur les boulevards, du faubourg Montmartre au Grand- Hôtel. — a Vous connaissez W.?

un long sec, un boulevardier fini. » ( Figaro , 1867.)

BOULEVARDIERE : Femme galante fréquentant les boulevards. En juillet 1872, la Liberté signale vertueusement la « tolérance dont on continue d’user à l’égard des boulevardières, devenues aussi nombreuses que les bocks et les sorbets du soir. »

BOULINE : Collecte. — « Les truqueurs des foires de village font ce qu’ils nomment une bouline, c’est-à-dire une collecte entre eux, et ils chargent un compère de distraire le surveillant, de l’emmener à l’écart, de l’inviter et de le griser. Alors malheur aux pauvres pétrousquins (particuliers) qui s’aventurent à jouer!

ils sont rançonnés sans merci. »

(Privât d’Anglemont.)

BOULINER : Faire un trou ou boulin à la muraille. (Vidocq). — — De boulinoire.

BOULINER : Voler en boulinant. (Halbert.)

BOULINER : Déchirer (Idem.)

BOULINOIRE : Vilebrequin.

(Vidocq.) — Allusion à son mouvement circulaire et peut-être aussi à la boule de bois de sa poignée.

BOULON (vol au) : « Il est commis aux étalages de dentelles en les attirant à l’aide d’une tringle à crochet passée par un trou de boulon de la devanture. (Rabasse.)

BOULOTTER : Vivre à l’aise.

Diminutif de bouler : rouler comme une boule. Boulotter l’existence : rouler sans peine

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dans la vie. — « Ils boulottaient l’existence, sans chagrin de la veille, sans souci du lendemain. »

(De Lynol.) — « Pourvu que nous ayons de quoi boulotter tout doucement, je serai content. »

(Friès.)

BOULOTTER : Être en bonne santé. — Même image dans ça roule. V. Rouler.

BOULOTTER : Prospérer, fructifier, s’arrondir. — « Voilà deux cent mille francs qui ne rapporteront rien... Il resterait donc cent mille francs à faire boulotter. » (Balzac.)

BOULOTTER : Assister. (Vidocq.)

BOULOTTER : Manger. (Halbert, Rabasse.)

BOUM : Cri par lequel le garçon de café annonce qu’il a entendu l’ordre du consommateur.

— « Ces satanés garçons! Avezvous remarqué quel sourire narquois ils ont presque toujours sur les lèvres lorsqu’ils toisent la pratique et surtout l’habitué ! Va, mon bon homme, ont-ils l’air de dire... abrutis-toi dans cette atmosphère délétère d’alcool et de tabac. Prépare-toi une précoce vieillesse... Versez... Boum!...

Ce boum! lui-même n’est-il pas une ironie? Boum! c’est comme la parodie du bruit du canon.

Boum ! cela fait penser auxgrands carnages. Boum! boum! Défiezvous... Le café, c’est le tueur en détail! » (P. Véron.)

BOUQUINE : Barbe poussant sous le menton comme celle du bouc. Une mazarinade de 1649 (l’illustre barbe) fait un crime

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au cardinal de sa barbe boucquine.

BOURDON : Prostitué. (Halbert.)

BOURGEOIS : Bourg. (Idem.)

BOURGEOIS : « Les grands seigneurs, si toutefois vous voulez bien en reconnaître, comprennent dans cette qualification de bourgeois toutes les petites gens qui ne sont pas nés. — Le bourgeois du campagnard, c’est l’habitant des villes. — L’ouvrier qui habite la ville n’en connaît qu’un seul : le bourgeois de l’atelier, son maître, son patron. — Le bourgeois du cocher de fiacre, c’est tout individu qui entre dans sa voiture. Chez les artistes, le mot bourgeois est une injure, et la plus grossière que puisse renfermer le vocabulaire de l’atelier.

Le bourgeois du troupier, c’est tout ce qui ne porte pas l’uniforme. Quant au bourgeois proprement dit, il se traduit par un homme qui possède trois ou quatre bonnes mille livres de rente. »

(Monnier, 1840.)

BOURLINGUER : Avanceravec peine dans la vie, se remuer sur place. Ce terme vient de la marine où un bâtiment bourlingue lorsqu’il lutte inutilement contre la grosse mer. — « Dans ce pays que j’ai sillonné dans tous les sens, où j’ai bourlingué déjà pendant dix ans. » (A. Lecomte, 61.)

BOURR1CHON (se monter, se charpenter le) : S’illusionner, se monter la tête. — « As-tu fini ?

Des nerfs ! Est-ce à ton âge qu’on se charpente le bourrichon. »

(Monselet.) — « Sylvia :Tu ne te montes pas facilement le bout-

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richon, mon chéri. — Dorante:

Pas si pante. » (L. de Neuville.)

BOURRIER : Ordure, fumier.

■ — Vieux mot. — «Je nesuisqu’un bourrier de la rue. » (Balzac.)

BOURRIQUE (tourner en) :

Abrutir. — « C’est ce gueux de Cabrion qui l’abrutit... Il le fera bien sûr tourner en bourrique. »

(E. Sue.)

BOURSICOTER : Jouer à la Bourse. — Se dit aussi pour :

amasser une petite somme, un boursicaut.

BOURSICOTEUR, BOURSI¬ COTIER, BOURSIER : Homme qui joue à la Bourse. — « Boursier hardi, coulissicr intrépide.»

(Festeau.) — « L’esprit est inutile à un boursicotier; de cœur, il n’en faut pas du tout; d’argent, on peut s’en passer au besoin; mais ce qu’il lui faut surtout et avant tout, c’estde l’audace, beaucoup d’audace et une certaine habileté de calculs et d’intrigues qui lui assure toujours un gain, même lorsque des événements imprévus peuvent lui faire subir une perte. » (Boursicotiérisme.)

BOURSICOTIERS E : « Le boursicotiérisme est l’art de jouer, de parier, de spéculer en Bourse, quelquefois sans argent, comme sans probité; en d’autres termes, le boursicotiérisme est l’art de surprendre habituellement le bien d’autrui par un ensemble de moyens non prévus par la loi ou insaisissables à la justice. » (Idem.)

BOUSCAILLE : Boue. (Vidocq.) Addition de tinale.

BOUSCAILLEUR : Balayeur.

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BOUSIN : Tapage.

Quand on entend le refrain D’un infernal bousin,

Cent fois pis que le sabbat.

[Chanson des canotiers.)

BOUSIN : Maison mal famée, lieu de débauche. Mot à mot :

maison de bouse ou de boue. — « Cette maison est un vrai bousin; pour dire qu’elle est mal gouvernée et que chacun y est maître. » (Dhautel, 1808.)

BOUSINER : Faire du tapage, du bousin.

BOUSINEUR : Tapageur, faiseur de bousin. — « Est-on bousineur dans ce bahut-ci i — Pas trop; le sous-directeur est sévère!

— Ça m’ l’enfonce... » (Les Institutions de Paris, 1 858.)

BOUSSOLE : Cerveau. — Il dirige l’homme comme la boussole dirige le navire : « J’ai ça dans la boussole. Ainsi ne m’en parlez plus. » (Vidal, i833.)

Perdre la boussole : Devenir fou.

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