‹ Dictionnaire historique d'argot (volume 2)Chapitre 42 sur 474 · XXXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXXII INTRODUCTION

force de loi, et chaque bande a ses petits procédés de déformation (i).

Je ne saurais aussi me dispenser de hïre remarquer que Fargot des classes dangereuses ne se parle pas en réalité comme on s'est plu à récrire dans certains romans. Se modelant sur des textes argotiques, — que je regarde comme des exercices beaucoup plus que comme des reproductions fidèles, — des auteurs ont fait parler à leurs personnages un argot trop complet en ce sens qu'il n'y entre pas assez de mots de la langue usuelle.

Qu'on le sache bien, les vrais argotiers ne sont pas si exclusifs, et leurs phrases admettent au moins 5o pour loo de français intelligible. Pour le reconnaître, il suffit d'un coup d'œil sur les documents reproduits dans cette introduction (pages X et suiv.)*

Pour ce qui regarde la partie étymologique, nous avons toujours marché avec prudence, préférant ce qui paraissait le plus simple, le plus clair; n'hésitant pas â corriger au besoin l'opinion émise dans nos précédentes éditions, et à nous abstenir plutôt que d'émettre une douteuse hypothèse. Bien qu'on nous ait reproché le contraire, nous avons fait le moins de science possible.

Nous n'avons pas fait dériver archi-pointu (archevêque) du latin archiepiscopus ; nous nous sommes contenté de rappeler les pointes de sa mitre.

Nous n'avons pas fait venir briolet (piquette) du latin ebriolus (ce qui était tentant), mais des vins de J?rie,qui avaient encore en 1820 la réputation un peu acide du Suresnes.

Nous n'avons pas non plus avancé qu'avoir son casque (être gris) venait de ce que « l'ivresse amène naturellement une violente migraine, celle que les médecins appellent ^a/ea, parce qu'elle vous coiffe comme un casque. » Non! avoir son casque^ comme avoir dans le toquet^ comme être casquette^ nous a paru tout simplement faire allusion â l'état de réplé-

(i) V. dans le Dictionnaire les articles Dun {parler en), Dunon, Lem, etc. V. dans la préfoce le chapitre III {Des modifications).

INTRODUCTION. XXXllI

tion de Tindividu qui a du vin par-dessus les oreilles, c'est-àdire dans son casque (chapeau), sa casquette ou son toquet. Et cela est si vrai qu'au siècle dernier on disait encore s'en donner dans le casque. De même, la mystification monotone appelée scie nous a paru suffisamment expliquée par une image empruntée au va-et-vient agaçant de la scie à bois, tandis que de vrais savants n'ont pas craint de la faire venir du mot siou^ interjection usitée au moyen ftge.

Pour plus de clarté, nous avons éliminé dans nos explications des dénominations très-françaises, mais trop scientifiques pour beaucoup de lecteurs.

Ainsi, nous avons préféré abréviation â apocope^ vieux mot à mot de langue romane^ harmonie imitative à onomatopée^ On nous excusera en faveur de Pintention.

Quand on veut vulgariser, on ne saurait rien ménager pour se faire comprendre sans efibrt.

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