‹ Dictionnaire historique d'éducation, où, sans donner de préceptes, on se propose d'exercer et d'enrichir toutes les facultés de l'ame et de l'esprit, ... Par m. Fillassier, des Académies royales d'Arras, de Toulose, de Lyon, de Marseille, etc. Tome premier troisième Tome troisièmeChapitre 20 sur 169 · Un gentilhommegascon sans argent, apprit qu’un · texte numérisé non relu

Un gentilhommegascon sans argent, apprit qu’un

aubergiste venoil d'être coridamnéà dix éciis d’amende pour .avoir donné un sou filet à un autre gentilhomme. Assuré du fait, il alla chez le même aubergiste ,et passa trois ou quatre jours chez lui , de façon que son compte monta à six écus. Comme il prenoit congé de l'hôte et que cehii-ci demandoit le payement du temps qu’iî avoit passé chez lui , le Gascon lui dit : « Cadédis ! « monsieur , je n’ai pas nn sou ; mais je vous prie de « me donner nn soufilet , et me rendre mon reste ; « car un soufflet , comme vous savez , vaut dix écus , « et je n’en dois que six. »

44- Un officier traversoit une rivière dans tme barque avec uncordelierqni avoitnnâne à côté de lui.Le pauvre animal trembloit de toutson corps. Le capitaine, qui étoit tenté de se moqjierdu révérend père, commença la c“onversation,en lui demandant la cause de*ce tremblement: «Si vous aviez, lui dit le religieux, comme mon « âne , la corde au cou, les fers aux pieds, et un cor- « delierà vos côtés, vous trembleriez bien da^nlage.»

45. Un cordelier en voyage , se trouva pris par la nuit; et, ayant rencontré la maison d’un seignenr, il se

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persuada qu’il y seroil bien reeu. On lui fit en effet un assez bon accueil. T. e sei«*ncur cependant , voyant son hôte embarrasse , résolut de se divertir à ses dépens. 11 le pi'ia donc de passer le lendemain chez lui , et lui proposa une partie de chasse. II avoit dessein de lui faire monter un cheval exlrêincmenl fougueux, et qui ne jiouvoit être domtc que par un autre seigneur du voisinage ■, on lui avoit doiuié le nom deX^i'a- Zi/e.T^^cordelier soupçonna le tour qu’on lui préparoi t; mais, comme il savoit fort bien se rendre maître d’un cheval , il di.ssimula tout , et ne monta dessus qu’apres bien des grimaces, affectant beaucoup de crainte, puis , s’étant bien assuré, il commença à piquer le cheval, et h courir au grand galop. Le seigneur ne pouvant le suivre , et voyant qu’il s’écartoit toujours de plus en plus,luicriades’anêter.Maisle cordelier lui répondit d’un ton railleur : « Le diable m’emporte , le diable « m’emporte. » 11 courut tant , qu’en peu d’heures le diable le yiorta dans son couvent , d'où il ne sortit point pour rctoumer-vers son premier maître.

46.Le cocher d’une remise ayant conduit deux daines et deux cavaliers dans un village à quelques lieues de Paris, les arrêta devant l’église de la paroisse, parce qu’ils voulurent assister aux offices divins. L’on disoit la grand’messe , il nianquoit un chapier \ le cocher s offiit d’en faire la fonction: il s’affubla d’une chape. On vint l’avertir dans ce moment qu’il avoit pris envie à scs chevaux de s’en aller: il sort delegliseavecsa chape , vole après ses coursiers vagabonds, les atteint, et remonte sur son siège pour les ramener devant l’église. Ln des premiers citoyens du village , voyant le phaéton couvert d’une chape, s’imagina que ce pouvoit être le cari-ossedu pape. Il communiqua cette burlesque idée à fous ses compagnons qu’il rencontra; clic fut contagieuse, et l>ientôUine foule de ces lionnes gens allèrent à l’envi au devant de l equipa'm, se jetèrent à genoux ; et, prosternés contre terre, ils dcmandoienl humble-

menllabénédiction du prétendu vicairede Jésus Christ.

47-0\i curé de campagne fort enjoué, eloil en habit coui t dans la ville cathédrale de son diocèse. Un grandvjeaire l’ayant aperçu, l’appela, et lui demanda pour-

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quoi irportoit un habit court? Il répondit que l'habit ëtoit propre à danser : cette réponse irrita le ministre de révêque,qni Inidemanda q\û\\c\.oi\..Ego mmquisum^ reprit le curé. Le grand-vicaire le litcoroparoître devant l’évêque , qui d’abord lui fit des reproches sur ses réponses, auxquelles il dounoit l’épithète d’insolentes et d’impies. «Monseigneur, répondit le 'curé , vous allez « voir si j’ai tort, et si je mérite les titres que me donne « votrç grandeur. Je suis curé d’un lieu appelé « les chemins y sont pleins do boue, même dans la ca- « nicule j c’est ce qui m’a fait dire à M. voti e grand- « vicaire , -que mon habit court étoit propre à danser. « Ensuite, ie m’appelle Cuisson ;\g n’ai pas cru l’olTen- « ser en lui- disant mon nom qu’il me demandoit. » Le prélat , à ces. mots , fit' comme le roi, dans Boileau :

Et le toi , que fit- il î Le roi se prit à rire.

48. Un homme qui bégayoit , demanda en plusieurs temps, et en comptant tous ses mots dont il répétoit les syllabes , le nom d’une rue qu’il ne pouvoil trouver. 11 s’adressa justement à im homme qui avoit à la langue le même défaut que lui , et qui lui enseigna ce qu’il demandoit en imitant parfaitement les bégaiemens de celui qui l'intenogeoit. Le questionneur crut avoir trouvé un moqueur qui le vouloit tourne)' en ridicule en le copiant ; il s’échauffa et s’emporta contre lui : celui-ci , en vouhmt s’excuser, bégayoit encore davantage. Ce bredouillement réitéré fait ci oire à l’autre qu’il avoit en tête un plaisant qui n’en Vouloit point démordre : il s’accroche avec lui, et l’accueille à coups de poings. Un autre bègue survient, et s’efforce de séparer les combattans : il en vient à bout ; mais , voulant savoir le sujet de leur querelle, il leur parla d’une voix si entre-coupée , qu’ils crurent que ce médiateur vouloit se moquer d’eux. De concert , ils fondent sur lui pour le pimir ; et sans doute ils yl’auroient mis en pièces dans leur colère , si des gens charitables ne l’eussenj: arraché de leurs mains. Quand ils apprirent tous trois leur défaut commun , leur fureux s’éteignit; et ils rirent eux-mêmes de leur méprise.

4g. Un homme de la cour jouôit au piquet ,'él'étok ïmpati’enlé par un voisin à vtie courte et à long ne». Pour s’end^arrasser, U prit son mouchoir etmoueba le nez de cet homme incommode. « Ah ! monsieur , « lui dit-il aussitôt , je vous demande pardon ; je l’a- « vois pris pour le mien. » oyez Bons-Mots, Naï- VBTÉ , Raillekie , Repartus.

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