PRECISION
[ociow, Tundes plus grands capitaines qui aient illustré Athènes, se dislinguoit sur-tout par une éloquence serrée et concise. É^tant un jour dans l’assemblée du peuple , et paroissant méditer profondément, melqu’uu s’approcha de lui , et lui demanda â quoi il songeoit : « Je songe , répondit-il , si je ne pourrois pas retrancher quelque chose de ce que j'ai â dire aux Athéniens, a
3. Les Lacédémoniens étoientsingulièremenf avares de paroles , et le laconisme a pris son nom de la brièveté de leurs discours. Un député d’Abdère a3’^ant parlé très-long-temps en présence du roi Agis II , lui demanda ce qu’il diroit de sa part à seâ concitoyens : « Dis-leur , répondit le monarque , qtie , pen- « dant ton discoims , j’ai gardé le silence. » rouvoit-il mieux faire sentir à ce ridicule orateur , que sa vaine prolixité ne méritoit aucune réponse ?
Un autre ambassadeur , non moins insupportable , après une harangue qui paroissoit devoir être éternelle , lit à cé prince une question semblable : « Dis « â tes citoyens , répondit-il , que nous avons eu beau- « coup de peine , toi à finir , moi à t’entendre. »
3. Archidame 17/ du nom , roi de Sparte, aya^t^&ft une irruption dans l'Arcadie , apprit que les Él^ü' venoientau secours ^des villes attaquées : pour les détourner de cette entreprise téméraire , il leur envoya cette exhortation vraiment laconique : « Archidame « aux Eléens , bon repos et pnidencc. »
Après la bataille de Chéronée , Philippe , roi de Macédoine , écrivit à ce prince dhin ton fier et insolent. « Mesure ton ombre , lui répondit Archidame;
« et tu verras qqe depuis ta victoire elle n’est pas « devenue plus grande. »
4- Un officier qui avoit été chargé de défendre contre l’ennemi un poste important , l’ayant rendu avec ti-op de facilité à la première attaque qu’on en fit, lorsqu’il auroit pu résister plus long-temps, voulut s'excuser des reproches que lui en faisoil son général:
« Le poste , lui dit-il, étoit indéfendable. » Le général, le regardant d’un air de mépris , se contenta de. lui répondre : « Cela n’est pomi français. » ' ♦
5. Un officier gascon demandoit avec beaucoup d’instance une audience au roi ; on la lui ménagea, a condition qu'il ne diroit que deux mots. Il se présenta donc au monarque ; et lui tendant un placet dans lequel il demandoit une pension : « Sire , signez. »
6. Un religieux de bon appétit , et qui n’aimoit pas à être interrompu dans l’exercice delà table, ne répondoitqiAvec une précision véritablement digne deSpar-te, aux questions réitérées qu’on lui faisoit. Un jour, un de ses convives, quivouloit le forcer de parler, lui fitces interrogations r« Quel vfn buvez-vous dans votre cou- « vent? — : Rouge. — Quel pain mangez-vous? — Bis.
’ « • — Mangez-vous beaucoup ? — Tout. — Quelle viande « vous sert-on ? — Boeuf. — Combien êtes-vous « Trop- — Prenez-vous souvent la disci pline ? — Point. »■
7. M. d' Ar gouges , intendant de Bourgogne , passant par Mâcon , alloit être complimenté par les mus. Il dit à celui qui devoit porter la parole : « Soyez « coqrt, monsieur, je vous supplie. » L’orateur, pour toute harangue , faisant une ample et profonde salutation , prononça ce mot :.Dixi ; « J’ai dit. »
8. M. de Noviott , premier président du parlement, liaraiifçiiant j\I. le due de Boiir^oj^ne , encore au berceau , se contenta de lui dire : « iVIonseij'nenr , nous « venons vous ofl’rir nos respects ; nos enfans vous « odriront leurs services. »
9. Dans un eomhal sanglant entre l’armée de l’empereur UéracUus et «-elle des Sarasins , il se répandit un bruit que le général infidèle, nommé Dérnr , étoit tué. Les Sarasins en fiireut épouvantés. Raji , un de leurs capitaines , les voyant fuir , s’écria : « Où cou- « rcz-vous ? Ce n’est pas là que sont les ennemis. On « vous a dit que le général est tué. Eli ! qu’importe « qu’il soit au nombre des vivans ou des morts? Dieu « est vivant , il vous regarde : marchez. » Dans une autre circonstance , un général musulman dit à ses troupes : « Disciples du grand prophète, voilà le Cielj « combattez pour Dieu : il vous donnera la terre. »
10. Guillaume le Bâtard , duc de Normandie , appelé à la couronne d’Angleterre par le testament A’ Edouard III , étant entré dans le royaume avec de bonnes troupes , brûla ses vaisseaux , et dit à son armée : « Enfans , voilà votre p<itrie. »
11. Xerxès , roi de Perse , écrivit à lAonidas , roi de Lacédémone : « Rends les armes. — Viens les « prendre , » répondit le prince Spartiate.
« Les ennemis sont près de nous , » disoit à ce même prince un soldat effrayé. — « Et nous près d’eux , » répondil-il.
12. B/a J, général lacédémonien, s’étant laissé surprendie et investir dans une passage fort difficile, par Iphicrate, capitaine athénien, ses soldats lui demandoient ce qu’il falloil faire dans cette circonstance désespérante : « Fuyez , leur dit-il ; je vais mourir. »
13. Après une bataille perdue contre les Athéniens, et la mort de leur général , les Spartiates écrivirent aux éphores , pour leur donner avis du grand échec qu’ils venoient de recevoir. Leur lettre étoit courue en ce peu de îiiots : « La fleur de votre armée a péri ; notre « commandant a été tué; le reste des troupes meurt.de « faim ; nous ne savons que faire , ni que devenir. »
14. Les Anglais faisoient le siège deCa^lix, en 1702. Comniela vigueur étoitnéeessaire pour forror imposte ai avanlageux, le général des assaillans crut devoir les encourager par une harangue: f<Anglai8,leurdit-il,qui « mangez tous les jours duhonhreufet de la bonne soii- « pe , souvenez-vous bien que ce seroit le comble de « rinfainiede vous laisser battre par cette canaille d’Ks- « paguols, fpû ne vivent que d’oranges et de citrons.»
15. En i683 , le duc de Lorraine eloit it la tête d’un corps d’armée en Hongrie , pour empêcher les horribles dévastations des T urcs et des Tartares. Dans une attaque très-vive, quelques escadrons allemands , qui avoient beaucoup souffert , commcncoient à se retirer en bon ordre. Le duc de Lorrainecourt à eux : « Quoi ! « messieurs , leur dit-il , vous abandonnez l’honneur « des armes de l’empereur.^ Vous avez peur de ces « canailles? Retournez ; je veux les battre avec vous , « et les chasser. » Us font aussitôt volte-face , marchent aux Infidelles , et les battent.
16. Sur le point de livrer la fameuse bataille d’Ivri , Henri i#’'parcourt tous les rangs de son armée ; montrant aux soldats son casque surmonté d’un panache blanc , il leur dit: « Enfaus,si les cornettes vous man- « quent, voici le signe du ralliement; vous le trouverez- « toujours au chemin de la victoire et de l’honneur.»
Dans un autre jour de bataille , il se contenta de dire à ses guerriers : « Je suis votre roi ; vous êtes « Français ; voilà l’ennemi. »